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REBELLES
(Jean-Paul Cruse)
Histoire secrète des "maos" (1967-73)
- et ce qui s'ensuivit... (1973-2007)
V
Liquidation
-2-
Avant l'extinction des feux, l'ultime contre-offensive du Parti du
Soulèvement de la Vie,
- Mal Logés...Immigrés - Munich 72, Septembre Noir...
La "base d'Issy" devient "intenable".
C'est de là qu'est parti, dans les tout premiers jours
de 1972, en plein hiver, un mouvement de lutte de mal logés d'une
rare puissance.
Il se traduit par une longue série d' occupations de logements
vides, dans toute la région parisienne, puis en province.
L'actuel D.A.L. ( "Droit Au Logement"), vivace
aujourd'hui, 35 ans plus tard, en descend en
ligne directe. Son fondateur et principal animateur, Jean-Baptiste
Eyraud, "Babar", est un jeune mao
du secteur de la place de La Réunion (XXème arrondissement),
devenue, dès 1973, un fief de l'action directe des mal logés
- et de bien d'autres choses...
Jeune chrétien révolutionnaire, marqué
par l'empreinte de l'"établissement" comme de
l'Evangile, "Babar" a choisi le biblique
métier, manuel et magnifique, de... charpentier.
Rika Zaraï squattée
Tout commence donc sur les hauteurs dominant la Seine, presque en face
de Renault Billancourt, au 13 rue Henri Tarriel, à Issy-les-Moulineaux.
Deux familles s'installent par surprise dans les étages inhabités
d'une superbe villa. Elle appartient au pianiste de la chanteuse Rika
Zaraï - ou peut-être, en réalité, à la
chanteuse elle-même...
Les premiers occupants "sauvages" sont un couple
et ses huit enfants. Ils vivent depuis deux ans en caravane,
sous un pont de chemin de fer, à Issy même. Sans
eau, sans sanitaires ni commodités d'aucune sorte.
Ils sont très vite rejoints par une ouvrière de l'usine
SEV Marchal, toute proche - où les maos ont beaucoup bataillé
à l'occasion de la campagne du métro. "Demandeuse
prioritaire" de HLM depuis une éternité,
elle a dû se séparer de ses quatre enfants,
confiés à un foyer, faute de pouvoir les élever avec
elle dans des conditions seulement décentes dans son tout petit
meublé.
Rika Zaraï, très fortunée, est connue
pour son soutien militant à l'Etat d'Israël, "squattant"
lui-même la Palestine.
La "bande d'Issy" met donc le paquet sur l'affaire.
Très vite, une manif d'une centaine de personnes ("longs
cheveux" connus pour leurs idées rebelles, mais aussi
ménagères, prêtres, vieux travailleurs et sympathisants
des Jeunesses Communistes de la ville) se forme au cri de ."Métro,
boulot, même pas où faire dodo!...".
Elle déboule devant la mairie d'Issy, alors liée au clan
corse pied-noir UDR du secteur de Puteaux, dans le même département
richissime des Hauts de Seine, où la famille Ceccaldi-Reynaud
et sa redoutable police municipale se heurtent régulièrement
aix militants de notre "zone nord-ouest"
(Mokhtar, "Dédé La Couenne, "U Cervu",
etc.).
Bientôt rappliquent d'autres aspirants au relogement "sauvage",
en nombre, rameutés par Didier Cornavin et ses
amis.
Des immigrés logés dans des conditions honteuses
dans toute la banlieue sud viennent se joindre aux deux premières
familles, et l'occupation prend de l'ampleur. "Tous ceux
des foyers viennent, les noirs qui vivent dans des caves et greniers,
se relayant en 3X8, comme à l'usine, dans le même lit"...
Selon les statistiques du gouvernement lui-même, hâtivement
collectées et publiées dans la presse des maos, à
la suite d'un coup de gueule de Jean-Paul Sartre, qui
trouve les reportages "superficiels", la région
parisienne compte alors des dizaines de milliers de familles officiellement
et administrativement recensées comme "sans abri",
et quelque 150 000 logements vides, dont 135 000 maisons
vides pour Paris intra-muros..
Dans un pays dont le dur travail ouvrier, et particulièrement,
celui des immigrés du bâtiment, a fait pousser
partout le béton des tours, des autoroutes et des supermarchés
des "Trente glorieuses", 38% des habitants
vivent encore dans des logements administrativement reconnus comme "surpeuplés"
( 4 personnes ou plus pour 2 pièces, 6 ou plus pour 3 pièces,
3 ou plus pour 1 pièce). Un logement sur deux n'est pas
équipé de W.C. Et trois millions de personnes
doivent se contenter d' "habitat de fortune...bidonvilles,
garnis et taudis..."
Le bois sec est entassé, l'étincelle a jailli, et naissent
les premières flammes de la colère, à l'exemple d'Issy.
Claude Lafond, ouvrier tourneur O.P.3, communiste, père
de famille, et à la rue, lance les Comités de Lutte et de
Défense des mal logés à Saint-Denis (93) - avec le
Secours Rouge...
Le mouvement se coule au long des boucles de la Seine, et
gagne le quartier de La Basilique, à Saint-Denis, municipalité
officiellement "communiste". Le PCF s'est lancé
dans des plans de "modernisation" commerçante
du quartier prolétarisé et misérable devenu l'actuel
quartier commercial, prospère et bien achalandé, où
se pressent de petits cadres (nouvelle base sociale, bien fragile, pour
une vieille force prolétarienne, abandonnée, peu à
peu, par les pauvres "petits blancs"
- des "prolos", chassés par
des expulsions en masse, tandis qu'une nouvelle
population de prolétaires, venue, elle, du Maghreb ou d'Afrique
Noire, peine à se reconnaître dans le parti,
lui-même resté "blanc", et de plus en
plus embourgeoisé, de la brave Marie-George, et de l'énergique
mais confus Braouzec...
Les familles populaires fuient, comme elles peuvent, des immeubles lépreux
qui s'affaissent ou s'écroulent sur des "locataires"
quelquefois confinés jusque dans les caves...Et l'homme
qui met le feu aux poudres, le 28 janvier 1972, est d'ailleurs,
dans cet ancien lieu saint des Roys de France, devenu bastion "rouge"
en transition lente vers le rose pastel, un ancien militant du
PCF, membre du comité de section du parti à Bobigny, Claude
Lafond, tourneur professionnel (O.P.3), militant CGT, père
de famille nombreuse.
Il a tenté de se reconvertir comme patron de café. Mais
il a dû vendre très vite pour rembourser une lourde dette
à l'Assistance Publique, contractée par sa vieille grand-mère,
morte sans un sou après 360 jours d'hospitalisation.
Il redevient alors métallo chez Bronzavia, mais tombe en dépression,
perd 40 kilos, fait des emprunts qui le "plombent"
et finit par se faire expulser du HLM qu'il a pu obtenir, à Villeneuve
La Garenne.
Le jour-même, toute cette famille progressiste, unie et combative,
s'installe alors, dans un petit hôtel de voyageurs de Saint-Denis
- puis se trouve contrainte de placer deux des enfants, les plus jeunes,
dans un centre de l' Assistance Publique avant d'aller se faire hébergeer
chez des amis...
Jusqu'au moment où, exaspéré, Claude et son
épouse s'installent avec deux de leurs enfants sur le marché
pour y camper ensemble, dans une tente...
Ils y sont aussitôt contactés par d'autres personnes en grande
difficulté, issues de la cité Gabriel Péri,
de Saint-Denis, ou de la commune voisine de Pierrefitte
- puis par les militants du Secours Rouge, régulièrement
présents sur le marché.
Encouragés par l'exemple d'Issy, répercuté, sur ses
grands panneaux "à la chinoise" par
l'association de solidarité populaire créée par l'ancien
maire communiste d'Aubervilliers, Charles Tillon, le R.P. Cardonnel, Maurice
Clavel, et d'autres (et animée par les jeunes maos),
les Lafond finissent par s'installer en force dans un deux-pièces
vide, 45 rue Jean-Jaurés, à Saint-Denis.
Les familles occupant la "villa Rika Zaraï"
d'Issy viennent aussitôt sur le marché, pour manifester leur
soutien...Un mouvement collectif est né. Il va déferler
sur toute l'Île de France, et même un peu au-delà.
Il va devenir une des forces majeures d'un tout nouveau paysage
politique, bousculant une république parlementaire vermoulue, au
parlement de moins en moins "représentatif" du
monde réel.
Sur ce nouveau théâtre de combat, mouvant,
imprévisible, où les lignes, à peine établies,
bougent, le mouvement des mal logés occupant des maisons vides
épaule les rébellions d'O.S., à l'usine, les initiatives
sociales de plus en plus autonomes des ouvriers immigrés, sortant
du cadre de l'usine pour attaquer, bille en tête, la question du
racisme, comme celle, liée, de la Palestine. Là-dessus fleurit
la nouvelle presse, insolente et populaire, inventée autour de
La Cause du Peuple, J'Accuse, La Cause du Peuple-J'Accuse, puis l'Agence
de Presse Libération (A.P.L.), et bientôt le quotidien du
même nom, qui doit toute à ce peuple nouveau, qui se "libère"
autant qu'il s'organise...
Le mouvement des mal logés fait vite tache d'huile, trouvant
en lui-même ses militants, ses "cadres" politiques, issus
du peuple des sans-rien, qui organisent la création de Comités
de Lutte et de Défense des Mal Logés, recensent
les appartements ou les maisons inoccupés, organisent pratiquement
les choses - et répandent l'information de marché en marché.
En un mois et demie, cinq occupations sont en place dans
l'agglomération parisienne.
Les petits vieux "enragés"
de la rue Jacquier
"Les chiens à la rue, la SPA les recueille. Alors,
le genre humain, on le laisserait à la rue?",
entend-on, bientôt, du côté du 17 rue Jacquier, métro
Plaisance, dans le XIVème arrondissement de la capitale - où
la vague du mouvement des mal logés vient maintenant rouler...
Le samedi 12 février 1972, un immeuble entier, vide depuis
juillet 71. et en parfait état, tapisseries fraîchement
posées, etc., est occupé. Soixante-dix millions de frais
de remise à neuf viennent d'y être faits par la société
SEMIREP, qui "rénove" tout
le quartier - et compte démolir le bâtiment l'année
suivante...
Les "squatters",qui ont dû "démurer"
les entrées, ne sont pas des étudiants "anars"
hirsutes à longue et grasse tignasse, exubérants,
mais un vieux couple Armand, ancien maçon, 62 ans, mutilé
de guerre, et Andrée, 52 ans, grande infirme, ex-gouvernante...
Dans le cadre, également, des travaux de "modernisation"
du quartier effectués par la même SEMIREP, ils ont été
expulsés du logement qu'ils habitaient, rue Joncquois, dans le
même arrondissement.
Ils y vivaient depuis deux ans chez un vieux monsieur de 73 ans, dont
Andrée est la gouvernante. A la mort de l'occupant légal
des lieux, sa sœur est venue s'installer sur place, dans l'espoir
de bénéficier elle-même d'une indemnisation de la
SEMIREP. Après signification par voie d'huissier, et un petit mois
de délai, Armand, sa femme et leur amie Yolande, une femme de 72
ans venue "associer sa misère à la leur",
et qui fait des ménages "pour faire bouillir la marmite..."
ont été expulsés.
Du coup, Andrée perd sa pension d'infirme...SDF:pas de pension!
Les trois petits vieux se sont alors installés, comme ils ont pu,
sur un terrain vague proche, d'où on est venu, encore, les chasser.
Ici aussi, ce sont les militants locaux du Secours Rouge qui ont tendu
la main à ces personnes en détresse. Comme ils la tendent,
rue des Lyonnais, tout près,à une autre vieille dame reste
seule dans un immeuble dégradé dont tous les voisisns sont
partis...
Mais bientôt, c'est le Comité de Lutte des Mal Logés
(Cdlml) qui prend les choses en main, faisant aussitôt
des trois amis de nouveaux militants. Prenant le relais du Secours Rouge
Il organise sur place une véritable coopérative, recueillant
dans le quartier lits, matelas, vêtements, nourriture...Au passage,
il recense avec les habitants du coin, par le bouche à oreilles,
de nouvelles adresses de maisons vides.
Deux autres familles rejoignent alors l'occupation de la rue Jacquier.
Elles apportent un bain de jouvence. Treize enfants s'égaillent
maintenant dans l'immeuble. Une crèche est bientôt
ouverte, à l'intention, aussi, des habitants "légaux"
du secteur proche. Ils viennent amener leurs petits, en toute confiance,
en passant sous les banderoles colorées: "Résistons
aux expulsions". "Occuper les maisons vides, c'est juste".
Et l'immeuble de la rue Jacquier, solidement enraciné
dans le terreau du quartier, devient un bastion inexpulsable.
Parmi ceux qui sont venus lier leur sort à ceux du vieil Armand,
d'Andrée et de Yolande, Jeanine, secrétaire, vivant au sixième
étage dans une chambre de bonne sans chauffage passait devant l'immeuble
quand son regard est tombé sur une affiche. "J'ai pensé:
"Pourquoi pas moi?".- "J'ai dit: "je
reviens dans une heure"...
Elle est là, donc, simplement. Comme Mohammed, 25 ans, accompagné
de sa femme et de sa fille; Daniel (28 ans), sa femme, et deux deux enfants,
qui dormaient dans leur vieille Dauphine,un autre Mohammed, (28 ans),
avec sa femme enceinte et 5 enfants, Claudine et ses enfants, Bouaziz
et sa famille, Maryse...
Comme dans les ateliers de Renault, de Citrpën ou de Chausson,
c'est tout un petit peuple de base qui, surmontant des divisions
de toute sorte, et pas seulement ethniques, fait ou refait son
unité dans le cadre d'une action sans grande violence, mais hors-la-loi,
tout de même, dans la dynamique crée autour de La Cause du
Peuple. "Le Français qui méprisait l'Arabe,
le vieux qui méprisait le jeune, vivent unis dans l'immeuble occupé",
commente le journal, qui vole de main en main, d'une occupation de maison
vide à l'autre, devient un lien, et le lieu d'un permanent "échange
d'expériences"..."Les occupations de maisons vides jettent
ls bases de ce que pourrait être un quartier. contrôlé
par le peuple...Les terrains vagues transformés en espaces de jeux
pour enfants...Garderie, crèche ouvertes aux autres femmes du quartier...l'entraide
pour l'entretien de maisons...les bases dune vie nouvelle", dans
laquelle.."le voisin n'est plus un ennemi...Il s'agit
de créer une nouvelle forme de vie, celle qui soulève ls
mal-logés, semblable à celle que les ouvriers du Comité
de Lutte Renault commencent de leur côté à imposer."
Le Secours Rouge, qui s'efface de bonne humeur devant
"les mal logés eux-mêmes" du Cdldml,
n'en reste pas passif, d'autant. Il tourne un petit film devant la porte
de cette étonnante communauté populaire, qui se forme, puis
va le projeter sur le marché du quartier.
Les "gardiens de la paix", bien sûr, viennent
faire leur numéro. Ils saisissent la pellicule. "Voleurs!",
hurle une foule aussitôt attroupée - qui les oblige à
le restituer...
Le centre de gravité du mouvement des mal logés
s'est maintenant déplacé d'Issy-les-Moulineaux à
la rue Jacquier.
Sa portée ne se limite plus à la stricte question du logement
- de l'habitat... "Les pauvres seuls ont entrepris de
changer la vie dans les immeubles occupés", souligne
La Cause du Peuple. Sans s'en remettre aux belles paroles
des partis, qui promettent de "raser gratis", au lieu
d'aider les gens à organiser par eux-mêmes l'action
directe, populaire, dont ils détiennent la force, et les
idées...
"Nous sommes maintenant 32 dont 19 enfants,
disent les occupants de l'immeuble.. Tous les jours deux ou trois
personnes viennent pour occuper. On n'est pas une agence.On va aider à
occuper d'autres maisons.En attendant, on partage tout: ménage,
budget,garde d'enfants avec les voisins..."
En région parisienne, le mouvement (où les maos se fondent,
laissant aux nouveaux militants issus directement des familles occupantes,
comme Claude Lafond, la gestion des opérations, et la maîtrise
d'une lutte étendue maintenant à l'ensemble de l'Île
de France, et largement autonome), prend une telle dimension que le
samedi 26 février 1972, lendemain de la mort de Pierre Overney
suivie par la bastonnade de la manif désarmée, à
Charonne, les Mal Logés maintiennent leur propre appel, prévu
de longue date, à leur manifestation spécifique. Dans
ce contexte électrique, elle rassemble 7000 personnes - dont quelques-uns
des rescapés de la "boucherie" de la veille.
Aux cris de: "On a raison d'occuper les maisons
vides", et derrière une vaste banderole du Secours
Rouge, le cortège défile de République au Père
Lachaise - où sera enterré, début mars, Pierre Overney...
La manifestation évite tout de même de redescendre la rue
de Charonne...
Le jour même le Cldml de Saint-Denis lance deux nouvelles
occupations dans sa commune.
La première est réalisée par la famille Courtois,
au 121 rue Gabtiel Péri. Le mari , homme de peine à Pierrefitte,
son épouse, enceinte de 7 mois, et leur premier enfant, âgé
de 11 mois, vivent depuis longtemps dans un réduit de 1,70mX3,50m
pour 180F de loyer (près de 30% du salaire du chef de famille).
Ils en ont marre. L'épouse est dépressive. Elle souffre
d'un voile au poumon. Monsieur Courtois a fini par prendre une charrette
à bras chez son patron, ils ont mis leurs meubles dedans, et sont
allés s'installer devant la mairie de Versailles, où ils
résident alors, le jour d'un grand mariage...
Le maire a fait appel aux pompiers pour dégager la charrette. Ils
ont alors débarqué à l'office HLM, y installant les
petits enfants dans des lits de fortune, posés sur les bancs de
la salle d'attente, jusqu'à ce qu'on leur fournisse un relogement
dans une cité d'urgence, complètement pourrie.
A Saint-Denis, toujours, la deuxième occupation est le fait d'un
ouvrier pâtissier victime d'un accident, et hébergé
chez des amis, à droite, à gauche. Il est accompagné
de Michel, "un camarade travailleur dans la même situation".
Le logement inoccupé où il s'installent, 4 rue Pont du Godet,
appartient à la municipalité communiste de Saint-Denis,
qui décide aussitôt de le murer - comme deux autres logements
vides en bon état que le Cdldml avait ouverts. Les employés
municipaux arrachent portes, fenêtres, fils électriques,
ils cassent les pierres d' évier...
Mais après une nouvelle grande manif des
Mal Logés, le 12 mars, le PCF commence à virer de bord,
et la mairie de Saint-Denis se décide à reloger une première
famille d'occupants sans titre dans un F3. - 10H00, proposition,
11 heures, visite, 14H00 signature, 15H00 emménagement. Le 16 mars,
une promesse de relogement est faite à la famille Courtois: un
deux-pièces cuisine dans l'immeuble qu'ils occupent pour le modeste
loyer de 100F par mois.
Le Cdldml de Saint-Denis regroupe maintenant autour de
la famille Lafond quelques "squatters" isolés,
et deux mères de famille en instance d'expulsion de la
cité Pierre Sémard - du nom d'un des tout premiers
secrétaires généraux du PCF, dans les années
20...
Le mouvement déborde largement la région parisienne. Partout
où les maos "font le boulot", ou le Secours
Rouge, souvent très autonome ( et parfois même créé
spontanément sans la présence d'un seul activiste de la
GP, de l' "ex-GP", ou de "La Cause du Peuple"), des
occupations de maisons vides se développent aussi, dans le même
esprit: Mantes-la-Jolie, Toulouse, Saint-Dizier...
Dans le quartier de La Clochette à Douai (nord),
plusieurs familles s'installent ensemble dans un groupe de maisons inhabitées...Dans
le même département, à Waziers -
où vécut, un temps un "intellectuel bourgeois,
renvoyé à la base pour rééducation",
Serge July - un Comité de Mal Logés rappelle
de bons souvenirs aux habitants. "On n'avait pas vu d'occupations
comme ça dans le nord depuis le Front Populaire et la grande révolte
des mineurs de charbon de 1948...De voir autant d'ouvriers qui sont ensemble,
c'est un cœur". Les maisons occupées appartiennent
très souvent aux Houillères qui, sous la pression, et dans
le souvenir aussi des grandes luttes d'antan, craquent - et commencent
à faire des propositions de relogement dans le cadre de Pact.
L'implantation des maos dans le nord de la France se concentre
autour de trois foyers distincts, relativement cloisonnés. Le
pays minier, la zone portuaire autour de Dunkerque,
et le bassin de la Sambre, autour des usines de sidérurgie
(Vallourec), aux fortes traditions de lutte, et notamment,
de séquestration, et de la ville de Hautmont.
- Dans cette petite localité, un couple de militants dynamiques
et ouverts, Anne et Bernard Vittorri, se sont rendus
très populaires - partis vivre une année entière
aux Etats-Unis après avoir laissé tomber, au moment de la
liquidation de l'"ex-GP", ils n'ont pas souhaité,
malgré de nombreuses relances, donner leur témoignage, et
surtout, leur analyse, de l'impressionnant mouvement développé
à Hautmont, et des raisons pour lesquelles ils ont jugé
bon de s'en éloigner...Il en reste toutefois des traces,
notamment en marge de ce mouvement des mal logés pour les occupations
de maisons vides. Comme l'écrit La Cause du Peuple
(17 janvier 1972), le mouvement a pris là-bas la forme de comités
de locataires dans une cité nouvelle de quelque 500 logements neufs,
les "Provinces Françaises". Là, pas d'occupations,
mais, dans le même esprit, des Assemblées générales
menaçant la société propriétaire d'une grève
des loyers si les problèmes de chauffage ne sont pas réglés.
"Un mouvement mao s'est créé à Hautmont.
Les luttes se mènent un peu partout. Les ouvriers du bassin de
la Sambre sont heureux de voir qu'enfin il y a quelque chose de bon là
derrière...", disent les habitants...
Le dimanche 7 mai 1972, l'effervescence générée par
les actions des mal logés débouche sur du concret. Avec
la création d'une Union des Comités de Lutte des
mal Logés, au cours d'une assemblée populaire de
cent personnes, venus des quartiers en lutte de Belleville, Barbès,
Saint-Denis, Choisy, Issy-les-Moulineaux, à l'occasion
d'un pique-nique familial et militant organisé dans l'immeuble
phare de la rue Jacquier.
"Victor de Rampal", le vieux
héros juif de la lutte des mal logés
C'est "Victor de Rampal", figure emblématique d'un mouvement
social original, brassant toutes les franges d'un peuple aux mille facettes,
que le phénomène mao condense et cristallise autour de lui,
qui a rédigé le texte fondateur.
Victor Silveira, 70 ans, "vieil israélite", selon ses
propres termes, expulsé plusieurs fois, a dû "vivre"
plusieurs mois, de son propre aveux, "de mendicité publique".
Saluant le Secours Rouge pour son aide initiale, il souligne que, maintenant,
"c'est à nous les mal-logés de nous tenir la main (...)".
Il exhorte les Jeanine, les Maryse, les Mohammed, les Claude et les Bouaziz
de toutes les familles représentées à "aller
aux bidonvilles, dans les foyers africains, dans tous les quartiers";
à ne pas se limiter aux occupations, mais à s'occuper de
tout: "les problèmes d'eau coupée, les grèves
de loyers...".... A "progresser immeuble par immeuble, rue par
rue"...
"Le vent ne cessera pas, même si les arbres veulent
se reposer" dit un adage de la Chine ancienne.
Il est remarquable que, quelques mois après l'assassinat
de Pierre Overney, précédé par le désastre
de l'opération contre le P-dg De Wendel, et suivi par la débandade
de Geismar à Charonne, au moment où Serge
July, Pierre Victor etc. touchent le fond du fond dans l'affaire
de BRUAY et où un vent mauvais de démoralisation
et d'abandon souffle, du sommet vers la base, sur le mouvement mao,
un appel de cette nature, revivifiant, émane d'un homme déjà
âgé, expulsé de nombreuses fois, réduit à
la mendicité, et qui n'avait dû sa survie physique la plus
élémentaire qu' "à la synagogue
algérienne" (de Belleville:sans le reloger,
tout de même, elle lui donnait, dit-il, un peu de pain)...
Après l'intervention brutale de la police contre les occupations
en série du secteur Rampal-Ramponneau (trente familles, ensemble),
"le vieux Victor", interpellé comme tous les
occupants, disparaît pendant plusieurs semaines. Personne ne sait
ce qu'il est devenu. Et ce sont de jeunes militants en keffieh
qui finissent par retrouver sa trace - à l'hôpital départemental
de Nanterre.
C'est parce qu'il est devenu un vrai mouvement populaire, bien représentatif
du peuple de France, tel qu'il se manifeste ces années-là,
- femmes, hommes, ouvriers, employés, vieux, jeunes, très
largement multi-ethnique, les "petits-blancs"
pauvres y côtoyant Arabes, quelques juifs prolétarisés,
abandonnés de tous, et quelques noirs d'Afrique...- et se situe,
enfin, en résonance parfaite avec les occupations de fermes en
friche du peuple des campagnes, que ce nouveau sujet social et politique,
porteur d'un nouveau "tous ensemble",
subversif, au-delà cette fois des portes de l'usine, a pu s'installer
durablement dans le paysage.
De longues années après, autour de "Babar", et
de D.A.L., il constitue la trace la plus visible, mais pas la seule, d'un
mouvement mao aux militants immergés en son sein, en profondeur,
"sel de la terre", et portés
par l'esprit de "servir le peuple",
lui-même encore, ici ou là, dans le paysage - pour qui veut
regarder de près, et "descendre de son cheval
pour regarder les fleurs"...
Même si l'incontestable enrichissement "relatif" du prolétariat
français d'origine, contrebalancé, certes, par le démantèlement
de l'industrie française, et le chômage, ont appauvri l'actuel
"Droit Au Logement" (D.A.L.) d'une composante essentielle, le
peuple des "petits blancs", âgés et miséreux,
jetés dans le double piège du Lepénisme, et pour
les juifs d'en bas, du communautarisme, son infect complément raciste.
Il est vrai que l'excellent "Babar" n'y est pour rien.
Une tenaille s'est refermée, hachant le peuple
bigarré, vivant, des "seventies" maos, disloqué
entre, d'un côté, les prostitués à
paillettes de l'antiracisme-spectacle bénéficiant des faveurs
financières et télévisuelles accordées par
la gauche "Vichy Rose", et de l'autre un petit
peuple "français de souche"
jeté, dans le même calcul, entre les pattes "brunes"
du faux blond borgne de Saint-Cloud...
Mais ce mouvement emblématique, vrai chant du cygne d'une
époque de luttes flamboyantes (suivie par une longue période
d'enfouissement dans un combat de réseaux, en voie d'achèvement),
ne pouvait atteindre son apogée sans un retour aux sources, à
la grande "base prolétarienne d'Issy",
extension de l' "Île du Diable"
- dont tout était parti.
Retour Issy
Ce sera chose faite, en deux temps, trois mouvements.
Avec, d'abord une nouvelle expansion de la révolte contre l'usine
à celle des quartiers : elle est celle d'un mouvement de jeunes
filles, mères célibataires d'un "Hôtel Maternel",
"foyer" devenu prison, et centre d'humiliation, caché
derrière un dispensaire de la Croix Rouge...
Les filles d'Issy ont inspiré à pleins poumons l'air frais
de liberté que font souffler les occupants sans titre de la superbe
"villa de Rika Zaraï", chanteuse que toutes connaissent,
et dont certaines apprécient la voix, et les chansons.
Qui peut défier Zaraï, et ce qu'elle représente, peut
défier le ciel - et la direction, réactionnaire, d'une "œuvre
de charité-maison de redressement", où l'on punit de
toutes jeunes femmes du peuple pour crime d'enfants nés ou à
naître...
"Quand on voit nos fiancés, disent-elles, nos éducateurs
nous traitent de putains". Ça va bien...La rumeur leur parvient
de la révolte des filles du Plessis-Robinson, où les féministes
bourgeoises des "grandes consciences", "top-médiatiques",
l'aile la plus américanisée du MLF, se sont parachutées
non sans efficacité sur une rébellion d'adolescentes pour
en faire un "exemple type" d'introduction en France du féminisme
rabique "anti-mecs", importé de New York, de Californie,
et du ghetto de luxe d'Hollywood, qui va bientôt déployer
ses ravages - "châtrant" les "mecs", et contribuant
très largement à la dissolution du jeune militantisme combatif
et populaire porté par "La Cause du Peuple".
Mais, pour les filles d'Issy, liés aux gars d'Issy, à la
fraternité d'usine, et à l'esprit de révolte unie
qu'elle charrie, leur affaire, c'est la leur. Et elles ne laissent à
personne la tentation de la leur voler.
Pendant deux semaines, elles préparent soigneusement une grève
des cours, élisent deux déléguées, et mettent
en commun un petit "trésor de guerre", argent et provisions...
Chez les éducateurs, elles ont un point d'appui, un "mec",
devenu leur ami.
On finit par l'écœurer. Il jette l'éponge, et démissionne.
Elles entrent alors en lutte, et se relaient aux tâches, multiples,
d'une "grève active". Ménage fait en commun, cuisine
itou, crèche "sauvage", distribution de tracts en ville,
où elles trouvent très vite l'épaule du Secours Rouge.
Ensemble, elles écrivent une pièce de théâtre.
Et viennent la jouer, pétulantes, sur le marché. Profitant
de l'occasion pour convier les gens à une Assemblée Populaire,
le soir, au foyer.
Les "gros machos" de la "bande mao" d'Issy, ceux que
les féministes petites-bourgeoises qui rongent, désormais,
de l'intérieur, sous le drapeau frelaté de l' "anti-mec",
les collectifs militants de "La Cause du Peuple", traitent de
"chasseurs de pédés" en pissottières, quand
ce n'est pas de "violeurs", rassemblent 300 jeunes d'Issy et
de Paris, loubards et militants mêlés.
Leur bouillonnant mascaret croise un flux de CRS, en ordre de bataille,
devant le foyer de filles.
Les rebelles en mini-jupe ne laissent pas leur part aux chiens. Elles
montent en première ligne.
Des fenêtres, les redresseurs de mœurs leur crient "Putains!",
et pour qu"elles entendent mieux la voix du Ciel, leur balancent
des seaux d'eau bouillante, des étages.
Du périmètre de l' "Hôtel Maternel", bouclé
par une imposante armada de cogneurs de filles, et de "mecs",
en uniforme, casque et boucliers pare-éclats, l'armée mixte
des jeunes doit bientôt refluer.
Elles sortent une nouvelle arme de leurs sacs à main, devenus,
à l'occasion, matraques, ou boucliers: "Les flics hors du
foyer! Grève de la faim".
Coup imperdable, dans ce climat d'intifada au cœur des Hauts de Seine,
et à portée de lance-pierre des usines Renault, SEV Marchal,
ou Citroën, elles gagnent: renvoi du directeur et des éducateurs,
réorganisation complète du foyer avec la participation des
"jeunes mères célibataires elles-mêmes"...
De la violence au viol, du viol au châtiment
Mais l'ordre de l'usine, qui se veut ordre social global, et qui est,
certes, pas toujours, mais souvent tout de même, sous la loi dite
ou non dite des vieux mâles blancs grognasseurs et rigides, ne peut
pas supporter ces défis répétés à ce
qui lui reste d'autorité, aux marches de son domaine.
L'insolente jeunesse d'Issy, avec ses Louise Michel en herbe, doit être
punie, châtiée. Par la sanction suprême, et la plus
humiliante,touchant le cœur vivant de l'adolescence: le viol.
Le 13 juillet 1972, un commando armé venu de Citroën débarque
en force dans une fête populaire.
Les réjouissances sont organisée par un groupe de vingt-six
familles mal logées, en grande majorité yougoslaves, qui
sont arrivées, ensemble, dans un grand camion loué pour
l'occasion, pour occuper en force deux vastes maisons vides, 4 et 6 rue
Jeanne d'Arc. "Chez nous, disent-ils, on décide tout en réunion,
et on résume tout sur un journal mural"...
Femmes et hommes, unis, ils ont tout retapé, nettoyé, remis
à neuf et même repeint en un temps record.
Ouvrières et ouvriers, travaillant souvent dans le secteur du nettoyage,
ou dans l'automobile, ils se sont liés tout naturellement aux travailleurs
de la SEV Marchal, toute proche.
Tout le quartier les aide, ils partagent les dons strictement, sommiers,
habits, four à gaz.
Ils se sont répartis les chambres, sur des critères égalitaires,
concrètement discutés, en Assemblée Générale.
Trois A.G. successives...Ils réservent même certaine espaces
de vie à l'intention d'amis ou collègues de travail, Algériens
ou Français, qui s'apprêtent à les rejoindre...
Ils partagent même avec des voisins du quartier leurs machines à
laver, et jusqu'à leurs machines à coudre...
Le samedi 17 juin, la vaste communauté "yougo" de la
rue Jeanne d'Arc a réuni une assemblée populaire de 160
mal-logés de la réunion parisienne. Les prises de paroles
s'y succèdent: en Yougo, en Français, en Arabe. Les occupants
d'une nouvelle "zone libérée", celle de La Butte
aux Cailles, dernière colline de la Commune à résister,
en mai 1871, armes à la main, à la soldatesque aux mains
sanglantes du boucher Adolphe Thiers, leur demandent de venir tous le
1 juillet suivant pour empêcher l' expulsion, programmée,
des occupants: quatre familles françaises dont Barbara, 27 ans,
qui vivait avec sa fille de sept ans à l'intérieur... d'une
serre d'horticulteurs, à Charenton, et trois tunisiens, célibataires,
qui auraient aimé que tous les repas soient pris en commun, proposition
refusée par vote démocratique pour protéger "un
peu d'intimité", et ne pas faire dans le style "soupe
populaire".
Au Café de l'Espérance, au bas du 33, l'immeuble occupé,
on dit qu' "à La Butte aux Cailles, dernier bastion de la
Commune, l'esprit y est restéi"
Les "Yougo" de la rue Jeanne d'Arc décident d'aller s'y
ressourcer, et appellent tous les mal-logés parisiens, représentés
à leur A.G., dont Saint-Denis, Rampal-Ramponneau, et la rue Jacquier
à être tous sur place, avec ceux de La Butte, dès
6H00 du matin.
On envoye, sans attendre, des délégations de dissuasion
aussi massives que possible dans les préfectures, les mairies,
ainsi qu'aux HLM. Conclusion de cette belle et chaude assemblée:
l'organisation d'une grande fête, à Issy.
Mais la violence n'attendra pas.
Le 29 juin 1972, une estafette bourrée de nervis d'extrême-droite
attaque La Butte aux Cailles.
Un mois avant, le samedi 27 mai, exactement, deux-cents habitants du quartier,
dont une cinquantaine d'enfants, plus déchaînés encore
que leurs parents, avaient dissuadé 11 cars de CRS venus expulser
trois familles et cinq célibataires à la rue du 56 rue des
Cendriers, occupé, dans le quartier de Ménilmontant.
Les "casqués" en repli, des "civils" en imper,
démasqués, avaient été chassés à
coups de pierre. Ils avaient dû démarrer sur les chapeaux
de roue, fuyant dans leurs voitures banalisées aux vitres brisées...
Le samedi 3 juin, nouvelle attaque.
Quatre cars de "brigades spéciales". Une sirène
d'alerte, bricolée dans les HLM, en face, fait rappliquer, de nouveau,
deux-cent voisins en furie. La "bande du 45" (une cité
de la rue de Ménilmontant, jugée "sensible" ,
encore, au jour où sont écrites ces lignes, constitue le
"bouclier vivant" de la rue des Cendriers.
"On est trente, disent-ils aux occupants, et de toutes les races..."On
n'aimerait pas vous voir vidés...Depuis que vous êtes là,
on a arrêté d'aller en boîte, la "plume"
(outil traditionnel du petit cambrioleur parisien...° et le reste...Des
gens du quartier nous voient porter des sommiers aux occupants: "Tu
te ranges?- Au contraire"...A l'intérieur, Christiane, son
dernier né sur les bras, séparée de ses quatre autres
enfants faute de logement décent, partage le pain, ou le mafé,
des Africains. "Quand jemange, dit l'un d'entre eux, je veux que
mon voisin mange"
Démarré, donc, dans la non-violence-ou-presque, festive
et familiale, de simple occupation de maisons vide, dont il faut simplement
forcer la porte, démurer une entrée, ou, comme au 42 bd
Chapelle, le dimanche 9 avril 1972, construire un escalier en bois pour
loger onze familles, le mouvement des mal logés est amené,
tout naturellement, à prendre le chemin de la résistance
populaire, tracé par les maos, qui l'accompagnent.
Boulevard de la Chapelle, la police intervient, aussi, très vite,
pour jeter à la rue, notamment, une famille d'ouvriers algériens,
qui, vivant dans un hôtel borgne peu à peu transformé
en maison de passe d'abattage, avait dû se résoudre à
le fuir pour protéger l'épouse, et les jeunes filles...La
résistance des occupants est saluée par les klaxons des
métros surplombant le boulevard, où les conducteurs de la
RATP, ces "beaufs franchouillards" (selon la go-gauche snob
à la Charlie Hebdo, méprisante et devenue, depuis, de plus,
islamophobe...) tapent frénétiquement "ce n'est/ qu'un
début/ continuoins le/ combat", le vrai mot d'ordre du grand
mai....
Mais à Issy, "base rouge",pour défendre non seulement
des principes de justice, de dignité, et de simple humanité,
il faut mettre la barre plus haut. On le fait.
Il faut bien.
Viol
Le 13 juillet, au cours de la grande fête ouverte à tous
par les "Yougos", les voyous fascisants venus du "syndicat
indépendant de Citroën", de sa mouvance, ou de la "petite
maîtrise" , raciste, sont montés à l'assaut de
ce lieu de vie, qui défie l'ordre social de l'usine, étendu,
autant qu'il peut, "à toute la société".
Repoussés, ils repartent avec une double prise de guerre: ils ont
réussi à capturer deux jeunes filles. L'une d'elles sera
violée, trois fois de suite.
Il y a eu dix blessés au cours de l'affrontement. Mais surtout,
les Yougoslaves, "sportifs", aidés par la "bande
à Didier de Renault", "Pierrot", "Jean-Marc
Moto", "Le Mexicain", "Narbonne", et peut-être
aussi "Sergent-chef", passant par là, ont réussi
à "choper deux fafs"...
Qu'en faire? on ne va pas demander son avis à Benny Lévy,
qui était "tricard" à Issy, (interdit de séjour...)
avant même sa mortelle crapulerie du 25 février 1972 - dont
le vif souvenir n'améliore pas les choses...
De toute façon, dans son évolution en cours, il irait chercher
la solution au plus profond du Talmud, ou même de la Kabbale - et
ça prendrait du temps...
Châtiment
Au matin, les deux attaquants prisonniers sont promenés dans toute
la ville, une pancarte au cou, comme un propriétaire foncier exploiteur
de la Chine rouge aux mains d'un "tribunal populaire" de "paysans
pauvres" en fureur...: "Fasciste CFT Citroën: que doit-on
faire de moi?" Faute de mieux, ils sont remis, à peu près
en bon état, à la police. Elle les libèrera en catimini,
dès le lendemain...
Immigrés: le Parti de la Dignité
Le jeudi 30 septembre 1971, coup de tonnerre dans le bas ciel du nord,
et sa grisaille, ensoleillé d'un coup par les couleurs de la Méditerranée:
un mouvement de grève des 7000 mineurs marocains éclate
sans prévenir.
"Achetés" par les Houillères dans leurs villages
du bled, ils viennent faire le dur et dangereux travail du fond, que rechignent
à faire, maintenant, les jeunes Français, même fils
de mineurs, et de lignées entières de mineurs...
"On" compte aussi sur eux comme main d'œuvre temporaire,
pour éviter d' avoir à embaucher des professionnels du charbon
à plein statut, dans des mines de jugées "condamnées"
par le "progrès technique" - alors que l'avenir est au
perfectionnement de l'extraction et de l'utilisation, à l'aide
d'innovations écologiques, dépolluantes, gazéification,
liquéfaction, usage du minerai pauvre...
Réunis clandestinement de façon entièrement autonome,
les fiers Marocains, fin tacticiens, ont tout simplement décidé
de revendiquer "la carte de travail pour tous".
Figurant dans la législation mise en place par le gouvernement
d'unité populaire, issu de la Résistance, en 1946 - dans
l'union fraternelle des gaullistes et communistes - la carte de travail
donne un droit minimum à l' ouvrier immigré, embauché,
comme c'est le cas le plus souvent jusqu'aux années 70, directement
"au bled" par une entreprise précise, qui a d'abord envoyé
les "chasseurs d'esclaves" d'une forme nouvelle de "traite",
"modernisée" en asservissement... salarial.
Sans la carte, si Les Houillères, Citroën, ou telle ou telle
entreprise du BTP, le licencie, quel que soit le motif, l'ouvrier n'est
plus rien qu'une "force de travail" libre... de tout travail!
Il n'a plus qu'à "retourner au pays". "Mohammed,
prends ta valise!". Avec la carte, au moins, il est en droit de chercher
un autre employeur - comme tout travailleur de France, quelle que soit
son origine, sa religion, sa langue maternelle, ou la couleur de sa peau
Il a même la liberté, "extraordinaire", de pouvoir
"prendre son compte", si "ça ne va plus" -
si le patron abuse...
Mais le grand patronat de la haute technocratie d'Etat des années
Pompidou n'éprouve, comme le successeur du général,
lui-même, qu'"aversion" pour tout ce qui semble inspiré,
peu ou prou, du programme - démocratique et progressiste - du Conseil
national de la Résistance...
Et la loi de 1946, tombée dans les oubliettes, n'est plus appliquée.
Seulement, les Marocains, fussent-ils simples mineurs de charbon, savent
lire, ils savent ce qu'est un droit, un ouvrier, une loi.
Comme le reconnaît aujourd'hui Aimé Albeher, à Renault-Billancourt,
où travaillent aussi des Marocains, souvent très combatifs,
et parfois syndiqués, la CGT n'a pu, finalement, obtenir la reprise
du travail de mai 1968 qu'en arrachant au "négrier "
Dreyfus, et à ses maîtres de la bourgeoisie du capitalisme
monopoliste d'Etat, un accords spécifique aux immigrés de
l'usine, garantissant ces droits.
C'est dans un puits de mine de Bruay en Artois que tout commence, donc,
avec le débrayage "sauvage" de 59 mineurs marocains du
fond."Si nous n'avons pas de carte de travail, c'est comme ne pas
avoir de papiers d'identité".
Il se trouve que le secteur de Bruay est devenu très tôt
un fief de la Gauche Prolétarienne, bien avant 1970, et son interdiction,
bien avant 1972, et le "caca" journalistico-politique du trio
Serge July-Joseph Tournel-François Ewald, devenus chasseurs de
tête... de notaires, et archéo-polpotistes ridicules, avant
l'heure...
Le débrayage des Marocains de ce premier puits de mine, avant-garde
d'un mouvement encore secret de plusieurs milliers de leurs compatriotes
et frères de classe, rigoureusement organisés, ne tombe
donc pas dans l'oreille d'un sourd. Même si Joseph, physiquement,
et July, politiquement, sont parfois "durs de la feuille"...
Le coup de grisou gréviste s'étend de Bruay à Libercourt,
Ostricourt, Angres..."Lutte pour la dignité, la liberté",
clament-ils. "Le barbelé, c'est le contrat de travail"
- des contrats de plus en plus courts, huit mois maintenant, pour 314
nouveaux esclaves salariés "raptés" par les Houillères
jusqu'aux limites sud du pays. Un mois avant la fin du contrat, visite
médicale. Si le "sujet" est sain, signature d'un nouveau
petit contrat, et départ en vacances au Maroc. Re-visite en fin
de congés. "Ils nous font croire qu'on va avoir la carte de
travail, légale, à la fin du premier contrat. Sans elle,
impossible de quitter les Houillères pour travailler ailleurs.
Ce n'est pas la loi française. Dans la loi, on doit l'avoir automatiquement"
Les mineurs français maoistes, et le clan des "vieux de la
vieille" regroupés autour de La Cause du Peuple, de la pasionaria
Eugénie Camphin, des rescapés de sa famille, et de l'influent
André Théret, défendent les Marocains dans les corons.
Le souvenir des vagues anciennes d'immigration, "rital" ou "polak"
, devenu vivier syndical de la "CGT de lutte de classes", puis
ferment, patriotique, du "Parti de la Résistance", y
a, sans doute mieux qu'ailleurs, préparé les esprits au
"choc des cultures" avec une immigration cette fois maghrébine,
et musulmane. "Si tout le monde se battait comme les Marocains, ça
irait mieux à la fosse", disent les "ch'tis" de
Bruay.
"Le combat des Palestiniens contre l'impérialisme apporte
l'idée de liberté, et des méthodes pour la conquérir,
aux travailleurs du Maroc comme à ceux des mines du nord, insiste
alors La Cause du Peuple...
Au Maroc, un vaste mouvement de grèves sauvages déferle
sur l'ensemble du pays"...20 000 mineurs ont cessé le travail
à Khourigba, plus grand centre phosphatier du Maroc, le conflit
dure depuis un mois, mené par un Comité de grève,
hors syndicats. Il porte sur les conditions de travail autant que les
salaires. Le 14 octobre 1971, ce sont les ouvriers phosphatiers et les
dockers de Casa qui entrent dans la ronde. L'armée quadrille Khourigba.
Silence de la presse. Grève de solidarité des mineurs de
l'Office Cental des Phosphates (OCP) et des mineurs de Yousoufia, entraînant
même les administratifs de l'OCP de Rabat. Grèves sauvages
chez Cosumar (Casablanca), et, dans la même ville, à la Sofima,
chez Simpa (ouvrières), Coma, Mussy, Citra, Sidana, Tognetti, Fargan.
Volvo aussi est touché, avec un mouvement pour la réintégration
de cinq travailleurs licenciés. GRèves encore aux sucreries
et aux bus de Tétouan, occupation de terres par des travailleurs
pauvres à Oulad Tayma (province d'Agadir), etc.
Bien appuyé et relayé par la base mao du nord, le puissant
coup de bélier des mineurs marocains lance un mouvement d'ouvriers
immigrés de France pour la carte de travail, qui va s'étendre
dans tout le pays, et prendre la forme de grèves de la faim en
série, et quelquefois de mouvements collectifs sur le lieu de travail
lui-même.
Un signe avant coureur avait été donné, dans la même
région du nord, avec le mouvement de solidarité de tout
la courée Bonte en faveur de Yamina, une mère de trois enfants,
ouvrière du textile, licenciée pour "improductivité",
et menacée, de ce fait, d'expulsion - faute de carte de travail
lui permettant de rechercher un autre emploi.
Le textile "dégraisse" en masse, et les cas de ce genre
se multiplient, tous aussi odieux les uns que les autres. Mais à
la courée Bonte, l'action des femmes du nord groupés autour
de Yamina, avec le soutien énergique du Secours Rouge, et des étudiants,
mobilisés en masse, prend des proportions exceptionnelles. Un véritable
groupe d'autodéfense est constitué, avec rondes anti-flics,
cloche pour sonner l'alerte, etc.
- Sadok Djeridi, de Sénarpont (Somme) -
Première grève de la faim, première carte de travail
à l'arraché...
En avril 1972, c'est à Sénarpont, une petite localité
bien "franchouillarde" de la Somme profonde,(550 habitants à
peine), à quelques kilomètres d'Amiens - ville d'origine
de Patrick Fers, un des piliers du GPA du Comité Vietnam de Base
de Louis-le-Grand, en 1967-68 - qu' un émouvant mouvement de solidarité
protège le combat du Tunisien Sadok Djeridi, soudainement jugé
"inapte" au travail, et menacé d'expulsion immédiate,
dans la fulée.
Mais là encore, les militants se tiennent éloignés
de l'attitude paternaliste et charitable visant à "défendre"
un malheureux immigré. Car le "parti des immigrés"
que devient La cause du Peuple, est le parti de la dignité des
immigrés, et see mobilise en soutien à leur action elle-même,
pas à leur place. Sadok entreprend une grève de la faim
pour exiger, selon la loi de 1946, sa carte de travail. Deux étudiants
arabes, un jeune chômeur et...le curé de séna rpont
se joignent à lui, et bientôt 1000 personnes défilent
dans les rues d'Amiens. C'est peu mais c'est beaucoup, pour cette ville
juste moyenne, et très paisible. Et c'est assez pour que, ce 25
avril 1972, neuf ouvriers d'un chantier de la société EGCC
(câbles et canalisations) brandissent le poing en solidarité
au passage du cortège. Cinq d'entre eux sont sans carte de travail,
les neuf déclenchent un mouvement collectif, qui s'étend
aussitôt à Sainte-Geneviève des Bois, en banlieue
parisienne, sur un autre chantier d'EGCC. Là, le patron perd les
pédales, il menace de virer une partie des grévistes, et
propose aux autres des améliorations matérielles: "Je
repeins la roulotte où je vous loge. Quelle couleur voulez-vous?
- Nous patron, c'est surtout un problème de carte de travail".
L'incompréhension grandit entre les deux parties, un Comité
de Lutte se forme, des bulldozers de la société se trouvent
pris en otages, comme un des directeurs, qui exhibe un revolver, et le
combat pour la carte de travail fait un bond en avant dans toute la France.
Il s'élargit encore avec la contestation d'une "circulaire
Fontanet", du nom du ministre du travail démocrate-chrétien
de l'époque. Ni vraiment démocrate, ni très chrétien,
cet homme rigide, qui finira assassiné à coups de revolver
dans des conditions encore aujourd'hui obscures, souhaite encourager une
politique de "départs naturels" d'immigrés s'entêtant
à se conduire en hommes comme les autres, dignes du nom d'homme
et de travailleur, et pas comme une "main d'œuvre" - "choisie
"ou non, pal^pée, achetée, pressurée, rendue
"inapte", et renvoyée...
"Il leur faut une réserve de main d'œuvre, de chômeurs
français et immigrés. Mais cette réserve, ils la
veulent divisée et terrorisée, muette, coupée ds
travailleurs actifs, coupée du peuple, commente sèchement
La Cause du Peuple, dont un des militants alors "de choc", le
tunisien Saïd Bouziri, lui-même menacé d'expulsion avec
sa femme Fawzia, fait franchir au mouvement une nouvelle étape,
avec une nouvelle grève de la faim, cette fois en plein cœur
de Paris, et portée par tout le potentiel que l'"ex-GP"
conserve à l'époque - novembre 1972 - dans la capitale et
les banlieues environnantes.
Grève de la faim de Saïd Bouziri: deuxième victoireLes
grèves étendent leurs objectifs à la riposte contre
"toutes les agressions et menaces qui pèsent sur les travailleurs
immigrés", des "expulsions arbitraires" aux "assassinats
racistes".
Organisée dans des locaux d'église, salle saint-Bruno, rue
Pierre L'Hermitte, elle bénéficie de la personnalité
de Saïd, alors rayonnante - rare et précieuse exception parmi
les "cadres dirigeants" de l' "ex-GP" il se manifestera
parmi la cinquantaine d'opposants poubliques à la liquidation du
mouvement mao, un an plus tard, à la Toussaint 1973 à l'Assemblée
des Chrysanthèmes, - venant y féliciter, chaleureusement,
l'auteur de ces lignes pour une intervention, piquante, qui avait plutôt
"clivé" et dont la chute, claquant autour du mot "vérole"
semble avoir laissé jusqu'à ce jour la trace d'une gifle,
cuisante, sur les joues grassouillettes de l'orgueilleux Geismar, ou du
pauvre Theureau, "pine d'ours", alors en débandade, la
queue entre les jambes...Contrairement à Saïd Bouziri, son
frère Hamza, des années après, encore, sur les tables
de montage de Libération, où il travaille, continuera à
exprimer sa fascination pour Benny Lévy, dont il suit le "cercle
philosophique", lui apportant la caution "arabe" d'un "Oncle
Tom". Il sera sonné par la violence des réponses faites,
au téléphone, par les plus emblématiques des ouvriers
arabes de Billancourt, quand il leur annoncera, d'une voix pleine de componction,
le décès de l'ex "Pierre", le dirigeant failli,
en terre palestinienne occupée par Israël (Jérusalem)...
Plus d'un millier de personnes signent en quelques heures en faveur de
Saïd et Fawzya, dont la mesure d'expulsion, reposant sur une base
juridque fragile, sera rapidement annulée.
Quelque peu recentré, depuis, Saïd Bouziri, devenu un des
animateurs du journal Sans Frontières, devenu l'outil de la liquidation
du MTA, qu'il avait contribué à créer, comme Libération
celui de la liquidation de l' "ex-GP", il bénéficiera
bientôt d'un emploi à l'Assedic, comme cadre, avant de devenir
un haut responsable de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH). Il s'y tient,
jusqu'ici, à des positions progressistes, sur le voile méditerranéen,
contre l'islamophobie, et pour la Palestine...
...Et au bout, la victoire!
De grève de la faim en grève de la faim, le mouvement associant
désormais étroitement la revendication de la carte de travail
et la lutte pour l'abrogation de la circulaire Fontanet vole désormais
de ses propres ailes. Valence (22 cartes de travail arrachées au
préfet après une manifestation de 1500 personnes, et des
"grèves de la messe de Noël" organisées,
en décembre 1972, par les chrétiens révolutionnaires
de la ville dans plusieurs églises, à l'initiative de leurs
curés, "chritso-guévaristes conséquents".
"Lorsque un ouvrier et esclave, tous les ouvriers le sont".
A Toulon, ville qui deviendra, huit ans plus tard, sous "Tonton"
Mitterrand, à l'époque où "SOS-Racisme"
et Le Pen occupent, chacun dans son rôle, le terrain massivement
déserté depuis l'auto-dissolution de la majorité
de l' "ex--GP", la tendance est encore à l'anti-racisme
populaire, actif, et dynamique, en ce début 1973: quand un ouvrier
français entreprend lui-même une grève de la faim
de soutien à celles des immigrés. "Je suis un travailleur
français actuellement en chômage. J'ai été
licencié il y a un mois d'une société sous-traitante
des Chantiers navals de La Seyne. En novembre 1972, nous avions fait trois
semaines de grève sur des questions d'hygiène, et de salaire......Les
ouvriers immigrés ont travaillé à notre place. On
voulait mettre en place un piquet. Le syndicat nous a expliqué
que si ces immigrés ne travaillaient pas, ils seraient immédiatement
expulsés...On a perdu la grève...C'est pourquoi je pense
qu'il faut les aider à obtenir les mêmes droits que nous.
Il ne faut pas que les patrons puissent se servir des immigrés
contre les Français. En réduisant comme ça des milliers
d'ouvriers au chômage et à l'esclavage, ils empêchent
l'union de ces ouvriers avec les travailleurs français. Mais cette
manœuvre est en train d'échouer grâce à la lutte
que nous menons pour obtenir la carte de travail".
Dans la même ville de Toulon, cinq ouvriers tunisiens sans carte
de travail lancent leur grève de la faim dans une église
dont le curé décide d'organiser un vote parmi ses paroissiens.
Le résultat est sans appel: 351 pour l'accueil des immigrés
grévistes, 78 contre, 21 abstentions!
Non, la France des années 70 n'est pas raciste.
Pas plus que celle d'aujourd'hui.
N'en déplaise aux pleurnichards de la petite bourgeoisie blanche,
qui ne cherchent qu'à se donner bonne conscience à peu de
frais, en se disant "différents" (supérieurs,
éclairés).
La classe politico-médiatique l'est, oui! Le peuple, non!
Y compris le peuple des paroisses, des soutanes, des rosaires et des crucifix.
Dans la foulée, Claude Nougaro dédie aux grévistes
de la faim sa chanson "Bidonvilles" .
Le mouvement gagnera Mulhouse, Toulouse, Saint-Etienne, la région
Rhône-Alpes, et toute la région parisienne.
En février 1973, une descente musclée d'une puissante délégation
d'ouvriers français et immigrés de l'Union nationale des
Comités de Lutte d'Ateliers et du Comité de Défense
des Droits et de la Vie des Travailleurs Immigrés, créé,
dans un local de la rue Myrha, à la Goutte d'Or (Château
Rouge), autour de Saïd Bouziri, viendra secouer l'ambiance feutrée
du hall de réception de la direction de Citroën - dont treize
salariés, recrutés en Tunisie par l'Office national de l'Immigration
(ONI) et la firme elle-même, promesse de carte de travail à
la clé, voient leurs contrats expirer, avec menace d'être
expulsés...
Des grèves éclatent même dans de petites entreprises,
comme la société Duchesne (restauration), à Paris,
avec comme revendication centrale la carte de travail, puis, en liaison
avec ce problème, l'excès du recours au CDD- début
de la politique de "précarisation" de la force de travail...
Le 30 avril 1973, veille d'un premier mai annoncé comme "un
premier mai d'action contre la circulaire Fontanet" par les syndicats
CGT-CFDT, qui commencent à bouger, près de 7000 travailleurs
immigrés manifestent dans Paris pour la carte de travail, avant
que cent d'entre eux n'aillent tenir une A.G. "autonome", avec
l'aide des maos, rue Saint-Maur.
En juillet 1973, une circulaire du nouveau ministre du travail, Georges
Gorse, un gaulliste social, élu de la circonscription de Boulogne,
aux portes de Renault-Billancourt vient enfin remplacer le texte de Fontanet,
réglant l'essentiel de ces problèmes.
Entre temps, l'offensive du "parti de la dignité" des
immigrés se sera étendue, tout naturellement, à la
riposte aux assasinats racistes, avec l'extension du mouvement de grève
du MTA de Marseille (voir page) à des mouvements comparables, réellement
significatifs, en région parisienne, puis dans le nord.
Suite dernière colonne de droite de la
page, en haut: ici
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Diffamation
"Antisémitisme, négationnisme"...
La XVIIème
chambre du tribunal correctionnel de Paris rend justice à Jean-Paul
CRUSE.
Bernard Ravenel (AFPS) et Richard Wagman (UJFP)
sont condamnés pour diffamation, n'ayant apporté aucune
preuve à l'appui de leurs accusations déplaisantes.
Le bénéfice de la "bonne-foi"
n'est pas non plus reconnu à ces deux "dénonciateurs"
imprudents.
Ils devront payer 1000 euros de dommages et intérêts
à JP Cruse, et 1500 euros au titre de l'article 475-1 du code pénal,
en plus de deux amendes de 1000 euros chacun, assorties du sursis.
Un avertissement judiciaire pour
tous les autres candidats à la diffamation des amis de la Palestine.
Rappel des faits.
Dans un texte communiqué à l'AFP, le 17 avril 2005,
et rendu public sur le blog Imbongi - http://20six.fr/imbongi/archiveofmonth/2005/04/00,
où il est toujours disponible, Jean-Paul Cruse, journaliste
et écrivain indépendant, ami de la Palestine pour
laquelle il combat depuis près de 40 ans, rendait publique
sa décision d'attaquer en justice les responsables d'un site
internet se réclamant, lui aussi, du "soutien à
la Palestine", sur lequel il venait d'être odieusement
agressé, diffamé, traité d' "antisémite
notoire" et de "négationniste notoire".
Et cela, sans aucun fait à l'appui: sinon
l'allégation de sa présence, entièrement
inventée, au cours d'un incident impliquant, en
son absence, d'autres personnes, le 12 janvier 2005, à
l'occasion d'une manifestation contre un gala de soutien à
l'armée d'occupation raciste israélienne devant le
Bataclan, à Paris.
Cette manifestation faisait elle-même suite à une
série d'actions très énergiques, marquées
par quelques sérieux "frotti-frotta" avec
les forces de l'ordre, contre un gala de soutien du même type
(KKL), sur le grands boulevards.
Ces initiatives "musclées" traduisaient
une poussée d'EuroPalestine, vue d'un il inquiet par d'anciennes
associations sclérosées en perte de vitesse. Ces
groupes s'inquiétant aussi de l'apparente montée en
puissance, à cette occasion, au sein du service d'ordre d'EuroPalestine,
ou même à sa tête,d'anciens militants maos des
années 70, dont Jean-Paul, connus pour leur expérience,
et leur goût, des manifs énergiques, et pas "traîne
savate"...
Défendus par l'avocat trotskiste Antoine Comte,
lui-même, dit-il, "ami de la Palestine",
Ravenel et Wagman tentaient, dans un premier temps, de faire annuler
la procédure pour des raisons de forme, fuyant ainsi
tout débat de fond, sur les "preuves".
Défendu avec opiniâtreté par Maître
Mounir Bennouna, du cabinet Bennouna-Menzel, Jean-Paul
Cruse finissait par se constituer partie-civile, rassemblant, pour
la consignation, l'argent d'une souscription auprès d'authentiques
amis de la Palestine, de la Dignité du débat politique,
et de la Vérité.
Le parquet de Paris prenait alors l'initiative des poursuites,
prenant l'affaire au sérieux. Après divers
incidents insuffisants toutefois pour empêcher la procédure
d'aller au bout (dont l'absence inopinée d'un "important
témoin"...parti chercher des preuves jusqu'au
fin fond du Cambodge...) l'affaire venait finalement devant
la XVII ème chambre.
- Malgré, donc, de longues et patientes recherches, Ravenel
et Wagman n'avaient pas pu trouver - et pour cause... - sous la
signature d'un journaliste écrivain en activité intensive
depuis le début des années 70 le moindre écrit
à l'appui de leurs dires.
Au contraire, JP Cruse produisait, lui, plusieurs articles
écrits par lui, et publiés dans Libération,
qui, révélant le curieux contexte d'une "thèse
universitaire" d'inspiration négationniste soutenue
à Nantes, allaient lui valoir les poursuites judiciaires
du négationniste Henri Roques, ancien milicien de la
"collaboration" avec le nazisme. Articles qui, poursuivis
par Roques devant cette même XVIIème chambre, allaient
se terminer, à quatre reprises, deux fois
en première instance et deux fois en appel, par des
défaites judiciaires de l'ancien kollabo négationniste,
renvoyé à ses chères études...
Le "négationniste notoire" JP
Cruse a donc a son palmares quatre affrontements judiciaires, sanctionnés
par quatre victoires, contre une des personnalités les plus
marquantes...du "négationnisme"!
Pas gênés pour autant, RAVENEL-WAGMAN
produisaient à l'audience, à titre d' "offre
de preuves", quatre témoignages...d'adhérents
de leurs associations, affirmant tous et toutes, sous la
foi du serment, et la bouche en cœur, avoir assisté
au fameux incident devant le Bataclan, au cours duquel une tentative
(entièrement imaginaire) d'exclure l' "antisémite
notoire" JP Cruse de la manif avaient donné lieu
à des "cris antisémites" (entièrement
inventés) que, certes, il n'avait pas poussés
lui-même, mais qu'il avait laissé crier autour de lui,
sans rien faire pour s'y opposer...- Vachement crédible...
Plus d'une centaine d'authentiques
amis de la Palestine, membres de diverses associations, présents
ce jour-là, savent ce qu'il en est en réalité.
Puisque JP, retenu par des "réglages" de
service d'ordre, dans un contexte marqué par les menaces
et les provocations de l'extrême-droite pro-israélienne
(LDJ, Betar), était arrivé sur les lieux, au
vu de tous, tranquillement, très visible, grand
keffieh rouge autour du cou, dix minutes
environ après un incident ne le concernant ni de près
ni de loin - et où d'ailleurs, selon les témoignages
des gens dignes de foi, pas le moindre mot d'ordre anti-juif n'a
été émis, ni entendu.
Prouvant, là aussi, et ses affirmations, et sa bonne foi,
JP Cruse produisait plusieurs témoiganges, également
sous la foi du serment, de personnes crédibles, évidemment
pour le moins éloignées de l'UJFP ou de l'AFPS, Boualem,
Sarya, Nadine ou Fatemah.
Allant plus loin, il allait
jusqu'à interpeller le parquet, en pleine audience, en exigeant,
puis en suppliant que, puisqu'on avait affaire à des personnes
témoignant toutes sous la foi du serment, mais disant les
unes blanc, et les autres, noir, des poursuites
soient engagées pour "faux témoignage".
Puisque forcément, quelqu'un ment, et outrage, à cette
occasion, l'institution judiciaire.
Ces poursuites, qui pourraient en tout état de cause déboucher
sur des résultats éclairants sur le contexte de cette
affaire, et les risques judiciaires que sont prêts à
prendre certains prétendus "amis de la Palestine",
par "patriotisme d'organisation", pour "dépanner
des copains dans la mouise", ou pour toute autre raison,
restent toujours envisageables. La
décision du tribunal permettant toutefois,
pour le moment, d'y surseoir...
L'audience ne pouvait pas se terminer sans un numéro de
plaidoierie d'Antoine Comte, l' "Averell Dalton"
du Palais de Justice de Paris, grands moulinets de manches à
l'appui. (Pour en savoir
plus sur Comte, lire ici),
En pleine forme, au point de se caricaturer lui-même, il
allait jusqu'à citer un article de JP Cruse vieux de près
de 15 ans pour expliquer que ceux qui souhaitent la victoire de
"l'esprit contre les choses, et de la civilisation contre la
marchandise", trouvent leur inspiration "chez
Adolf Hitler!" Comme
Moïse dans sa "sainte colère" contre
le Veau d'Or, ou Jésus chassant les marchands du temple,
sans doute...
Un pareil niveau
d'agressivité doublé d'une inculture aussi crasse,
il fallait l'oser. "Plus c'est gros, plus ça passe?".
Eh!bien, non, pas toujours!
Fort heureusement, et pour la dignité de l'institution judiciaire,
les magistrats de la XVIIème n'allaient ni se laisser
bluffer, ni se laisser intimider par les incontinences verbales
d'Antoine, pas plus d'ailleurs que par les surprenantes réquisitions
du parquet qui, représenté par une jeune
substitute blonde, zélée mais un petit peu gênée,
lisant avec application le texte d'un réquisitoire écrit
sans s'en écarter, visiblement, d'une virgule, allait se
prononcer, sans clairement l'expliquer, pour qu'à défaut
d' "offre de preuve" - évidemment inconsistante
- la "bonne foi" soit reconnue à WAGMAN
et RAVENEL (une façon d'obtenir la relaxe, en douce,en matière
de diffamation, en l'absence de toute preuve)...
Il n'est pas courant, à la XVIIème
chambre, spécialisée dans les affaires de diffamation
de toute nature, et bien connue, de ce fait, des professionnels
de la presse, que le parquet se départisse de sa neutralité
- sauf à ce que l'affaire soit jugée "sensible",
voire "ultra-sensible"- avec instructions
orales ou écrites de l'autorité judiciaire, donc
de la chancellerie, du ministère, Place Vendôme.
Il n'a pas été fréquent jusqu'ici, ces dix
ou vingt dernières années, qu'un Président
et ses deux assesseurs, que rien n'oblige à suivre
les réquisitions du parquet, soumis, lui, rappelons-le,
à l'autorité hiérarchique du ministère
de la justice, les prennent à contre-pied,
manifestant de façon spectaculaire leur indépendance,
et peut-être aussi leur "ralbol" devant
certains abus dans la dénonciation de l' "antisémitisme",
réel ou supposé, d'un
adversaire politique qu'on veut salir, ou d'un journaliste qu'on
veut faire taire, au
prix d'une disqualification radicale du vrai et légitime
combat contre le racisme antijuif, qui, au même titre que
le combat contre toutes les formes de racisme, doit être mené
sérieusement, avec conscience, et dans le respect de chacun.
A commencer par le respect des juges, et de la Justice...
C'est pourtant ce qui vient de se produire,
et ce 15 janvier 2008 restera, quoi qu'il arrive par la suite, marqué
d'une pierre blanche par tous les amis de la Dignité, de
la Justice et de la Vérité - et pas seulement de la
Palestine, même si cela n'a rien d'incompatible.
- Nous publierons le jugement dans son intégralité
dès qu'il sera disponible.
- Souhaitons que d'ici là es militants de base de l'AFPS
et de l'UJFP, qui sont respectables, et ne sont nullement responsables
des errements de certains de leurs dirigeants agissant en solo en
bureaucrates "propriétaires" d'associations
dont ils ne sont en principe que les mandataires, élus et
révocables, les convainquent maintenant de reconnaître,
très simplement, leurs torts, ce qui ne serait pas s'humilier,
mais se grandir; et que nous n'ayions pas, dans l'avenir,
à disperser notre énergie dans des batailles de procédures
interminables, dont le seul intérêt est de permette
à chacun de juger sur pièce, posément, et à
partir des faits, des arguments des uns ou des autres, de leur bonne
ou mauvaise foi, et finalement des motivations réelles qui
les animent.
|
. |
Terrorisme
LES REVES ASSASSINS DU "CORBEAU"
D'ISRAËL
La presse a moins parlé de ce "corbeau" là
que de celui de Clearstream. Lui, il envoyait des lettres de menaces
de mort, mettait des balles dans les enveloppes, et achetait des armes
de guerre, à toutes fins utiles. Lire
la suite
le fond du fond de l'affaire de Bruay,
|
(REBELLES,
suite)
V
Liquidation
-2-
Avant l'extinction des feux, l'ultime contre-offensive du Parti du Soulèvement
de la Vie,
- Mal Logés...Immigrés - Munich 72, Septembre Noir...
(...)
L'assassinat raciste de Djillali lance la bataille
de reconquête de Barbès...
C'est la "bataille de Barbès", menée par les immigrés
arabes du quartier, avec le soutien des maos, et de l'Eglise, à
la suite du premier assassinat raciste jamais commis dans ce bastion historique
du FLN depuis la guerre d'Algérie: celui du jeune Djillali.
Les O.S. arabes du cinquième étage de l'Île Seguin,
à Billancourt, dont beaucoup ont rejoint le MTA naissant, viendront
eux-mêmes, accompagnées de leurs "copains" français
de l' "ex-GP", d' "inspecteurs" spécialisés
de la "base rouge" d'Issy, et d'O.S. marocains du "village
arabe" de Gennevilliers, autour de Chausson, "décoquiller"
avec précision, à l'aide d'une lame fine, le mollusque raciste,
venimeux, incrusté dans le Barbès arabe. Un petit réseau
raciste clandestin, bien cloisonné, s'étend d'un couple
de concierges d'immeubles à la boulangerie du coin, qui sera boycottée
à mort avec l'aide des "chebab" du quartier, sous le
regard approbateur des "matrones" en foulard.
Les racistes organisés ont le soutien discret d'un patron d'Hôtel,
manipulé par un élu pied-noir d'origine corse, affilié
au parti pompido-marcellinesque de la "droite modérée".
L'enquête sera tellement soigneuse - montrant tout le potentiel
d'un travail de renseignement fait dans l'esprit mao, et dans la tradition
de "Wu hao" - qu'il ne sera même pas nécessaire
d'en finir par un "déchoukage" à la batte de base-ball,
à la barre de fer, au "cock", au plastic, au pistolet,
voire à la "kalach".
Se sachant démasqués, dénoncés nominalement
par affiches, les membres du réseau raciste quitteront eux-mêmes,
les uns après les autres, et sur la pointe des pieds, un quartier
redevenu lieu de vie, d'harmonie et de tranquillité - ou en tout
cas "normalisé".
D'autres affaires suivront, spectaculaires. Comme celle de Mohammed Diab
- un ouvrier soigné pour une malade des nerfs, père de famille
tranquille, abattu à l'intérieur d'un commissariat, mais
devant témoins, par un brigadier de police "allumé",
qui n'aimait pas sa façon de chantonner en arabe, et le traita
de "sale race", avant de le faire taire...d'une rafle de son
pistolet-mitrailleur réglementaire, sorti pour l'occasion du ratelier.
L'importante mobilisation créée en sa faveur, partie, là
encore, des militants ouvriers arabes de la mouvance mao, mais étendue
à une large frange d'intellectuels et d'artistes du cinéma
ou de la chanson, dont certains très connus, allait être
sauvagement "ratonnée".
On peut reprocher aux nouveaux cadres ouvriers, français ou immigrés,
des milices ouvrières de Billancourt, Citroën ou Chausson,
associés à la frange prolétarienne du "mouvement
de la jeunesse", de n'avoir pas pris les mesures adéquates
pour assurer la protection de ce cortège.
Ils n'ont, en effet, pas encore complètement compris ce qui se
passe du côté de Benny Lévy et consorts qui, renonçant,
avant de l'annoncer ouvertement, à toutes leurs responsabilités
de dirigeants, se contentent maintenant de "laisser faire",
et de coller aux mouvements en cours par la seule arme du papier - les
articles de La Cause du Peuple-J'Accuse, où "l'autodéfense
des manifestations populaires" est prônée, dans de belles
phrases, sans que plus aucune mesure pratique ne soit impulsée,
et prise dans ce sens - et cela depuis l'affreuse débandade de
Geismar et consorts, ce triste 25 février 1972, jour de mort, au
métro Charonne...
Septembre Noir. La vérité sur l'attentat des J.O. de Munich,
et ses suites
Chez les maos, la rupture entre direction et base - et base arabe, en
particulier, s' étend aux militants français d'origine métropolitaine
(notamment mais pas uniquement ouvriers) qui n'ont pas déserté
le terrain de l'antiracisme actif et effectif, donc de la Palestine.
Elle va s'élargir encre, devenant plaie béante, après
l'opération palestinienne aux J.O. de Munich, signée Septembre
Noir".
Cette fois, c'est la crise ouverte.
On en trouve même un reflet - feutré et hypocrite - dans
les colonnes de La Cause du Peuple.
Le Comité exécutif de l'"ex-GP" est globalement
consterné. L'action de la Résistance palestinienne rappelle
à Benny Lévy ses mauvais souvenirs, dans la foule, "basanée",
de la porte Zola, à Renault.
Remontant plus profond encore dans le subconscient tortueux de cet athée
maoiste impérieux, la violence méprisante au bord des lèvres,
et la "haine de classe" à fleur de plume, qui finira
bientôt rabbin rétrograde en chapeau noir, justifiant la
ségrégation des femmes, aussi, au nom de la Torah, son nouveau
Capital, "Munich" sert désormais de prétexte aux
repentis.
Ils commencent à abattre leurs cartes, pour prendre la pose, vertueuse,
du barrage, démocratique, contre les dangers d'un "terrorisme
aveugle", qui plus est, "arabe", et, plus angoissant encore,
sur le sol même de l'Europe - où, en France , et dans la
mouvance mao, plus particulièrement, un prolétariat immigré,
souvent maghrébin, vibre pour Arafat et les fidayin du Fatah, et
approuve, massivement, "la lutte armée palestinienne dans
son ensemble, dans son principe - y compris et surtout "Septembre
Noir".
Mais Benny, qui se sent toujours assis sur un volcan, a la prudence de
ne pas prendre position trop ouvertement.
Il avance, mais il avance masqué, se dissimulant derrière
un texte alambiqué de la Nouvelle Résistance Populaire,
publié dans La Cause du Peuple - texte qui, comme la plupart des
autres, reflète l'opinion personnelle d'Olivier Rolin devenu depuis
défenseur déterminé de l'Etat d'Israël...
Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit depuis,
le texte - il suffit de le relire - se garde bien d'exprimer quelque "condamnation"
que ce soit de l'opération de Munich, qu'il ne dénonce nullement
comme "terroriste".
S'y flattant, immodestement, de l' "expérience" d'une
"branche armée" qui n'a jamais tiré un seul coup
de feu, jamais tué personne, et n'a eu aucun blessé, ni
aucun mort, Rolin - qui ne signe évidemment pas - approuve même,
du bout des lèvres, certes, le principe d'opérations armées
de la Résistance palestinienne, même hors du territoire historique
de la Palestine, ou de ses abords jordaniens - après les effroyables
massacres des camps de la banlieue d'Amman, ou de la forêt de Jerash.
Mais pour la direction mao, sous le masque "glorieux" de la
NRP, et par la plume de Rolin, les Palestiniens ont eu tort de s'en prendre
à de simples civils israéliens, fussent-ils des athlètes
représentant officiellement leur pays, à de prestigieuses
Olympiades dont les Palestiniens sont évidemment exclus, tandis
que leurs tortionnaires israéliens y paradent sous le drapeau blanc
à Etoile de David bleue, inventé par les sionistes...
Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots.
Des ouvriers arabes politisés, cultivés, intelligents, comme
Sadok Ben Mabrouk, qui, de son propre aveu (entretien avec l'auteur, juin
2007) a "rejoint les maos sur l'ensemble de leur travail d'usine,
les O.S etc., mais avant tout pour la Palestine", Mokhtar, de Chausson,
dont la démarche est la même, et sans doute aussi Houcine,
il n'est pas nécessaire d'attendre la "ligne" d'en haut
pour connaître le véritable contexte, les tenants, les aboutissants,
et la signification réelle de l'opération de Munich.
Elle dépasse largement l'idée de protester contre une festive
concélébration de la "communauté internationale"
par elle-même, dont les Palestiniens se sentiraient, à juste
titre, exclus.
Il ne s'agit pas non plus d'une simple riposte aux massacres de Jordanie,
dont un des principaux responsables, le premier ministre Wasfi Tall, est
châtié sans complications inutiles par un autre commando
du même "Septembre Noir", au Caire.
Avec le recul du temps, et le regard de l'Histoire, on sait à peu
près tout, aujourd'hui, sur le sens véritable de cette "opération
spéciale" décidée, avec l'accord d'Abu Ammar
("Le Vieux"), d'Abu Iyad... et du très modéré
Abu Mazen (Mahmoud Abbas, l'actuel président de l'Autorité
palestinienne, successeur démocratiquement élu d'Arafat),
et réalisée, sous la mystérieuse étiquette
de "Septembre Noir", par une nouvelle branche, ultra-secrète,
des services de renseignement extérieurs du Fatah, en septembre
1972 aux Jeux Olympiques de Munich...
Comme les milieux professionnels du renseignement l'ont établi,
parmi les purs "athlètes israéliens", tous de
formation militaire "spéciale", capturés par les
jeunes résistants palestiniens de "Septembre Noir" non
pour être abattus, mais pour être échangés contre
certains au moins des dizaines de milliers de prisonniers politiques palestiniens,
hommes, femmes et enfants,maltraités et torturés, figurent
au moins trois personnages inscrits par les "services" du Fatah,
maintenant très performants, sur une liste noire d' agents du Shin
Beth ou du Mossad formés aux terribles techniques d' "interrogatoire
renforcé" de ce qu'il faut bien nommer: la Gestapo israélienne.
L'opération de Munich, qui les visait tout particulièrement,
au sein du groupe d'otages, n'était en fait que le coup d'envoi
d'une campagne prolongée d'une nouvelle "armée de l'ombre"
palestinienne, épaulée par des réseaux anti-impérialistes
de divers pays d'Europe, dont la France.
Au début des années 70, "Le Vieux" (Yasser Arafat)
a constaté que les tueurs professionnels ("kidon") des
services de renseignement israéliens assassinent systématiquement,
d'un pays à l'autre d'une Europe entièrement complice, où
ils se sentent "chez eux", non les Palestiniens des petits groupes
extrémistes du "front du refus", genre FPLP, FDLP, voire
Abu Nidal, mais les supposés "modérés"
du Fatah engagés dans les premières approches de la "diplomatie
secrète" appelée à déboucher sur les
accords d'Oslo.
C'est la stratégie de libération de la Palestine en "deux
étapes", passant par "deux Etats", que redoutent
le plus les "cerveaux" du Mossad.
Parce qu'ils ont compris, eux, mieux que les gauchistes français,
la petite-bourgeoisie arabe d'ultra-gauche, ou aujourd'hui la frange "ultra"
du Hamas, le redoutable potentiel de cette orientation de long terme.
Une fois l'Etat Palestinien créé au côté d'Israël,
pacifiquement stabilisé, et démocratiquement organisé,
le principe de discrimination ethnique, pour ne pas dire racial, sur lequel
est fondé l' "Etat des Juifs", conforme à la pensée
de Herzl, subira d'irrésistibles tensions politiques.
Ce sont elles qui, succédant à la première phase,
militaire, de lutte armée de libération, puis aux deux premières
intifada, de logique, elles, "politico-militaire", amèneront
à récipiscence l'entité raciste et coloniale de Tel
Aviv.
Israël devra alors choisir:
- soit se transformer de lui-même en un Etat démocratique,
républicain, fondé sur le principe "un homme une voix",
favorable, à long terme à l'actuelle minorité arabe,
"palestinienne de souche", appelée, démographiquement,
à devenir majorité.
Hypothèse, il est vrai, de moins en moins probable.
- soit voir ces mêmes Arabes de l'ancienne Palestine, devenus, sur
le papier, "citoyens d'Israël", mais toujours discriminés,
de fait, dans un Etat qui ne reconnaît qu'une "nationalité
juive" - et même pas de "nationalité israélienne"
- subir l'irrésistible attraction d'un Etat de Palestine, voisin,
libre, pacifique et lui, démocratique (et non ethnique...).
Ne resterait de l' "Etat des juifs", conçu, selon les
mots sinistres de l'autrichien Théodor Herzl, pour une "race
juive", qu'une sorte de nation-croupion, ethniquement pure, certes,
(si la communauté internationale, la vraie, tolère encore
longtemps pareille fantaisie), mais réduite à une sorte
d'enclave urbaine, genre Hong-Kong des XIX et XX ème siècle,
ou Singapour, à la perspective aussi éphémère,
à l'échelle de l'Histoire longue, que l'empreinte de pas
sur le sable au bord des vagues, à l'approche de la marée
montante...
Quoi qu'il en soit, Israël tue.
Le paisible Mahmoud Hamchari, après tant d'autres, meurt, abattu
en plein Paris.
Et la direction de la Résistance palestinienne, la vraie, commence
à se demander si elle n'est pas devenue elle-même victime
du mythe de l'omnipotence et de l'invincibilité du Mossad.
Se poser la question, c'est commencer à y répondre.
Fatah se met à retourner des "agents doubles", fils de
notables palestiniens devenus étudiants en Europe, recrutés
par Israël, puis envoyés à Beyrouth, ou à Tunis,
pour des missions d'infiltration, guidant la main des tueurs. On les gronde,
certes, un peu, mais on ne les châtie pas. Ou pas tout de suite.
"Condamnation à mort, avec sursis": on leur propose de
devenir des "agents triples", en saisissant la dernière
chance qui leur est offerte d'éviter un sort funeste, et peut-être
aussi très douloureux, pour eux comme pour leurs proches - ou de
mourir en héros, "pour la patrie".
Ce qu'ils ont à faire est très simple. Ne rien changer à
leurs habitudes.
Qu'ils continuent à rencontrer régulièrement leur
officier-traitant israélien, à Londres, Bruxelles, Milan,
Madrid, ou Paris. Mais avec un bémol: qu'ils donnent à ce
qui est en train de devenir "Septembre Noir", toutes indications
utiles, au préalable, sur les lieux et dates de ces rencontres...
Munich devient ainsi la première "belle bleue", ou rouge,
comme on voudra, d'un long feu d'artifice décrit en détail
dans ses Mémoires par le principal organisateur - impuni, contrairement,
là aussi, à la légende - de l'opération des
J.O. de Munich et de la suite.
Les Mémoires de feu du grand Abu Daoud
Dans un livre grandiose, que tout véritable ami
de la Palestine devrait chérir, au cœur de sa bibliothèque,
"De Jérusalem à Munich",
publié chez Anne Carrière en 1999, avec la collaboration
du grand journaliste français Gilles du Jonchay, fin connaisseur
du Moyen-Orient comme auparavant du Vietnam, Mohammed Oddeh,
plus connu sous son nom de guerre d'Abu Daoud ("le
père de David"), l'homme qui, après avoir conçu,
pratiquement, l'opération des J.O. de Munich, fait la courte-échelle
aux jeunes du commando, pour qu'ils franchissent les grillages alors médiocres
du village olympique, puis va rembourser à Abu Mazen, à
Tunis, les 500 dollars et 37 marks restant d'un budget prévu de
façon large, clot, si elles ne sont pas mortes, depuis
longtemps, de leur belle mort, les polémiques alambiquées
qui déchirèrent le trognon du trognon de ce qui avait été
l'Etat-Major d'une force maoiste en France, à propos des "risques
de dérapage" du "terrorisme palestinien'", arabe,
etc, et de Munich...
Dans une acceptable synthèse disponible sur le blog maoiste Imbongi
(http://www.20six.fr/Imbongi/
), ce descendant d'une ancienne tribu de caravaniers yéménites
venus se sédentariser, il y a un millénaire, aux portes
de Jérusalem, près d'un point d'eau appelé "la
source de Myriam", parce que Marie
(Myriam, en arabe comme en hébreu), épouse du charpentier
Joseph de Nazareth, et mère du Christ, était venu, dit-on,
y tremper un beau jour ses lèvres virginales, on apprend tout,
et le reste, sur cette histoire épique...
"La riposte des Israéliens ne tarda pas. Quarante-huit heures
après (la prise d'otage de Muncich), leur aviation bombardait unne
dizaine de bases et de camps de réfugiés palestiniens en
Syrie et au Liban. Les raids, effectués en fin d'après-midi,
un vendredi, jour de repos, firent plus de 200 morts, en grande majorité
des civils (...) A peine les dirigeants israéliens avaient-ils
lancé leurs premières représailles, le 8 septembre,
que notre groupe frappait de nouveau (...) Depuis des mois, nous avions
dans notre collimateur un certain Zadok Ophir, (...) en poste à
l'ambassade d'Israël à Bruxelles (...) Sachant que, depuis
la grande brouille de 1967 avec la France du général De
Gaulle, Bruxelles avait remplacé Paris comme plaque tournante des
services secrets israéliens en Europe, Abu Iyad avait envoyé
R. traîner dans la capitale belge avec pour mission de s'y faire
recruter par le Mossad. Le plan avait fonctionné à merveille.
Restait à liquider Ophir, qui, mordant à l'hameçon,
s'était débusqué.
R. s'en chargea lui-même (...) A peine les deux hommes s'étaient-ils
attablés à l'intérieur de l'établissement
que R. soudain se leva, sortit son pistiolet, tira plusieurs balles sur
l'Israélien, puis, profitant de la panique créée
par les coups de feu, partit se fondre dans la foule au-dehors.
J'étais à ce moment-là à Damas où je
remettais à Abu Mazen l'argent qui me restait de l'opération
de Munich - exactement 500 dollars et 37 marks. Nous pavoisâmes
tous à la nouvelle venant de Bruxelles (...)
"Bien que gravement touché, Zadok Ophir survécut. Il
n'empêche qu'en Israël, c'était la douche froide.
Cet attentat contre un agent du Mossad ébranlait sérieusement
la légende de l'infaillibilité des services spéciaux
israéliens. (...)
Après notre action à Munich, elle prouvait que les Palestiniens,
désormais, savaient se rendre pratiquement indétectables,
entretenir des réseaux, organiser des opérations ponctuelles.(Comme
pour enfoncer le clou, d'ailleurs,(...) le 19 septembre, un conseiller
économique auprès de l'ambassade d'Israël à
Londres était tué à son bureau (...) Je n'étais
pas spécialement proche de ceux qui firent le coup: c'était
des camarades du Fatah, liés à Abu Jihad (...) Nous avions
trouvé un terrain de bataille où, pour une fois, nous reprenions
l'initiative aux Israéliens..."
Comme le précise Imbongi, qui cite ces mêmes extraits des
Mémoires d'Abu Daoud, vrai fondateur du premier Septembre Noir,
cette signature recouvre en réalité trois réseaux
différents, tous émanant des services spéciaux du
Fatah d'Arafat:
- Septembre Noir Abu Daoud (sous la direction d'Abu Iyad), le groupe responsable
de Munich 72, avant une série de liquidation de criminels du Mossad,
en Europe
- Septembre Noir-Abu Jihad, rattaché au "ministre de la défense"
d''Arafat, principal coordinateur de la première intifada, responsable
d'autres opérations d'élimination de "barbouzes"
de Tel Aviv en Europe, dont celle de Londres et assassiné à
Tunis pour ces deux raisons conjuguées(Septembre Noir 2, l'intifada...).
- Enfin, un troisième Septembre Noir, auteur d'opérations
spéciales sophistiquées, de très haut niveau, à
l'échelle internationale, était sous la responsabilité
directe de Ghassan Salameh, le "prince rouge", proche conseiller
d'Arafat, chargé par celui-ci des relations avec la CIA notamment
pour aiguiser les contradictions entre les Américains et Israël.
C'est pour cette raison, et non par vengeance pour Munich, opération
à laquelle il était entièrement étranger,
que "Le Prince Rouge" fut assassiné lui-même, à
Beyrouth, par les tueurs du Mossad.
Selon des sources sérieuses, ce sont, des réseaux
logistiques de soutien à Septembre Noir Deux, le sien, qu'Abu Jihad
entreprit de négocier, sous le feu d'une intense canonnade, au
sommet d'une colline boisée du Liban, avec "Momo"
Brover, venu le rencontrer au nom de la majorité - anti-liquidatrice
- de la Nouvelle Résistance Populaire.
Le dirigeant militaire de la résistance palestinienne, lui-même
formé dans des camps d'entraînement de l'Armée Populaire
de Chine, après avoir été le représentant
des étudiants du Fatah dans l'Alger de l'immédiate après
indépendance, où il avait connu Jacques Vergès et
Gilles Munier, avait d'abord proposé au fils, juif antisioniste,
du compagnon de Manouchian, une aide du Fatah à la reconstruction
d'une sorte de "Gauche prolétarienne" en France, mouvement
que les "pro-chinois" du Fatah (tendance "modérée",
"Septembre Noir"...), liés aussi dès l'origine,
et dans la même philosophie politique, au noyau fondateur du Hezbollah
libanais tenaient en haute estime.
Momo, combattant exemplaire mais garçon resté modeste, jamais
"bluffeur", pensait, à l'époque, que nous n'en
avions pas les moyens politiques.
Il déclina l'offre, acceptant simplement quelques soutiens sous
forme d'abonnements au bulletin du C.R.I.S.E., "Données pour
un Moment" - une publication de qualité.
Assez "chinois" toutefois pour savoir qu'on ne dit jamais tout
à fait "non", même si on ne peut pas dire oui,
il fit tout de même une contre-proposition. La
majorité des militants de la Nouvelle Résistance Populaire
avaient refusé de "liquider." Ils étaient restés
à ses côtés, avec tous leurs petits outils, sans en
égarer un seul, notre style était soigneux. Il signala
leur existence, puis les mit en contact avec les services de renseignement
militaires du FATAH.
Et ce sont eux (et sans doute lui, personnellement, mais il ne veut rien
en dire), qui, aidés de militants arabes du MTA, assurèrent
la protection armée des premières réunions de pré-négociation
clandestine rassemblant progressistes israéliens, pacifistes, et
négociateurs du Fatah, soucieux de ne pas finir comme le malheureux
Mohammed Hamchari, un Fatahoui de Paris très proche des maos...
Pour mieux assurer ces tâches de sécurité, accompagnées,
inévitablement, de mesures plus offensives de "protection
active", visant à ramener au calme quelques Israéliens
de Paris et leurs supplétifs arabes, quelques petits lots d'armes
de guerre modernes, kalach, roquettes, et sans doute aussi Colt 11,43,
chers et rares en Europe, transitèrent ainsi quelques temps par
la France, par des filières que la DGSE française a tendance
à lier à l' "affaire Baudet"
(lire page).
C'est dans ce cadre que de premières AK 47 palestiniennes, des
"kalach" venues de Beyrouth par Chypre, transitant sur des bateaux
à voile, accompagnées de Colt 11,43 flambant neufs, de lots
de munitions, de grenades militaires, et même, dit-on, de lance-roquette,
gagnèrent des ports français.
Il me semble me souvenir d'avoir transporté quelques uns
de ces joujoux, dans un grand sac de sport balancé au fond d'un
break 305 Peugeot rouge, et de m'être fait une grosse frayeur, au
bout de 400 kilomètres, quand, fatigué, je fus sifflé
pour excès de vitesse par des motards de la gendarmerie, cachés,
qui vinrent à pied jeter un œil professionnel, mais trop blasé,
sur l'arrière du véhicule...
Destinées à l'armement de commandos anti-terroristes anti-Mossad,
mixtes, composés d'anti-sionistes radicaux, français, servant
de soutien logistique et de structures d'appui, dirigés sur le
terrain par de jeunes cadres venus de Palestine ou du Liban pour de simple
aller retour ("Je vais, je tire, et je reviens"),
ces armes jouèrent un rôle dans les coups portés,
sur le sol européen, aux réseaux de tueurs de Tel Aviv.
Une grande compagnie de taxis, couverture habituelle du Mossad dans Paris,
souffrit dans la même période d'un pourcentage de décès
supérieur aux statistiques de ce métier, certes, dangereux.
Des morts par crises cardiaques consécutives à d'excessives
ingestion, sous forme de cachets, solides, et de gros calibre. Les prescripteurs
"je vais je tire et..." vivaient dans de luxueux appartements
du XV ème arrondissement, loués sous de faux noms, impénétrables.
Mais, la France étant ce qu'elle est, et les liens d'amitié,
ce que nous savons, l'un des AK 47 dériva,
fâcheusement, dans les mains de Pierre Goldman et de son petit groupe.
Pierre, lui-même ami sincère de la Palestine, mais un peu
confus sur le fond du sujet, et, par ailleurs, brouillon dans tout ce
qu'il faisait, en fit un mauvais usage, au cours d'un petit "hold-up
de financement". Il y tua un homme d'une rafale, pour rien,
sur un "coup de nerfs" - un automobiliste de passage, qui lui
paraissait "louche", et qui, peut-être, l'était...
Un tandem bien connu de policiers "barbouzards",
un pied dans la PJ, et l'autre dans les "services", remonta
la piste des balles de 7,62, puis des "kalach", et cet autre
Pierre, jugé jusque là plus pied-nickelé, manipulable
à souhait, que réellement dangereux, fut abattu sur ordre
par une équipe de truands liés à la DGSE, anciens
des funestes "commandos Georges"...
Nous l'avons pleuré.
C'était un fou, incontrôlable, mais un brave garçon,
homme de conviction doublé d'un homme d'honneur, à l'âme
superbe, et qui partageait notre goût pour ce vers de Maïakovski:
"Nous marchons, poursuivis de balles aboyantes. Un jour, nous deviendrons
noms de rues, poèmes, et autres grands navires"...
Les répercussions du coup d'éclat de "Septembre Noir
- Abu Daoud", à Munich, donc, à l'automne 1972, marquent
une nouvelle étape dans le processus de dissolution d'en
haut du mouvement des maos - au prétexte de l'épique
"lutte contre les dérives terroristes" de quelques "anciens
combattants" désabusés, démoralisés et
fatigués avant d'avoir esquissé les premiers gestes du combat
véritable...
Mais cette deuxième offensive idéologique, succédant
après les leçons de "pacifisme" douloureusement
infligées par le duo Benny-Geismat aux malheureux manifestants
anti-racistes, désarmés, du 25 février 1972, à
Charonne, ne sera encore pas suffisante.
D'autant qu'une nouvelle bourde du C.E. vient encore aiguiser les contradictions
qui le minent - en les exposant en pleine lumière.
C'est l'affaire Touvier.
Avec sa face connue de tous, la fameuse Une de La Cause du Peuple "La
guillotine, oui, mais pour Touvier!"... Une manchette démago,
très "France Soir Rouge", gravée dans les mêmes
lettres de sang du même discours - discours...- de la "Terreur",
que le pathos ronflant mêlant les mots de Bruay en Artois (qu'il
a fallu rebaptiser, depuis...), Brigitte mutilée à mort,
"800 grammes de viande rouge", terrain vague, corons, Jean-Pierre,
notaire, Joseph Tournel, Serge July, et "bidonnage"...
C'est la même symphonie fantastique, avec les mêmes vibrations,
sur le registre, d'abord, du Redoutable, suivi par la diarrhée
minable, mode tragico-comique, d'une pièce de Racine montée
comme une pantalonnade bouffonne genre italienne - avec, en guise de bouquet
final, un son gras de flatulence...Ô Serge!..
Mais le dossier Touvier conserve une part d'ombre, avec la mission, confiée
à l'inénarrable Rolin, "Le Maréchal",
d'envoyer "au charbon" les braves "soldats"
de la NRP pour le retrouver, où qu'il
soit, et l'abattre.
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