-Déléguée
générale de la Palestine, et brillante
continuatrice de l'action ondoyante et pas toujours
compréhensible engagée avant elle par
l'ambassadrice Leïla Shahid,
Hind Khoury, palestinienne chrétienne
native de Bethléem, réalise une prestation
de très haut niveau devant l'assistance huppée
du cercle Napoléon par sa modestie, sa précision,
son refus de toute langue de bois, son engagement, et
la précision de ses réponses, même
aux questions difficiles. - Un
événement, et un tournant: ici
Quand des parlementaires
UMP prétendent "se farcir"
le Hezbollah, et se font sévèrement moucher
par le colonel CORVEZ (CR) ICI
-LIBAN,
mystères et violence - un surprenant sourire
du général Pellegrini,
ancien commandant de la Finul a Liban, permet de décrypter
les enjeux cachés des violences du début
de l'été 2007 au pays du Cèdre...ICI
- Julia Boutros:
la voix chrétienne de la Résistance libanaise,
chanteuse du Hezbollah. ICI
- Castro, Chavez,
etc: quand la question de l' "or noir"
cesse d'être une question "arabe":
ici
IMPERIALISME-TERRORISME-ISLAMISME
RADICAL Analyse des relations entre
ces conceptions de l’action violente, au travers
du discours
du Général de Gaulle et de ma connaissance
du monde musulman.
Par
Alain CORVEZ
«Israël ayant attaqué,
s’est emparé, en six jours de combat, des
objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant,
il organise, sur les territoires qu’il a pris,
l’occupation qui ne peut aller sans oppression,
répression, expulsions, et il s’y manifeste
contre lui une résistance, qu’à
son tour, il qualifie de terrorisme. »
(Conférence de presse tenue
au palais de l’Elysée par le Général
de Gaulle le 27 novembre
1967.)
Dans
ce discours fameux, qui souleva aussitôt une intense
émotion dans le monde, de Gaulle replace de façon
magistrale, comme seul il savait le faire, la situation
au Moyen-Orient dans sa conjoncture historique, depuis
l’époque biblique jusqu’à
la déclaration Balfour de 1917, la création
de l’Etat d’Israël par l’ONU
en 1947 , le déclenchement par Israël de
«la guerre des six jours» qui s’est
achevée six mois plus tôt par l’écrasante
victoire de l’Etat hébreu, et l’affrontement
des deux blocs, en dénonçant à
la fin «la guerre odieuse» que «l’un
des quatre plus grands mène ailleurs» ,dans
laquelle il voit des raisons de la tension qui a permis
l’éclatement de la guerre. » Car
tout se tient dans le monde d’aujourd’hui.
Sans la guerre du Viêt-nam, le conflit entre Israël
et les Arabes ne serait pas devenu ce qu’il est.
»
Contrairement à l’interprétation
qui en a été faite généralement,
de Gaulle y exprime de façon poétique
et même affectueuse son admiration pour le peuple
juif dont il relate la merveilleuse histoire, déplore
les «abominables persécutions», vante
l’ingéniosité et le courage.Le seul
passage qui fut retenu est celui où, ayant à
l’esprit la politique agressive de l’Etat
d’Israël il dit:
«On pouvait se demander,en effet, et on se demandait
même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation
de cette communauté sur des terres qui avaient
été acquises dans des
conditions plus ou moins justifiables et au milieu des
peuples arabes qui lui étaient
foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner
d’incessants, d’interminables, frictions
et
conflits.Certains, même, redoutaient que les Juifs,
jusqu’alors dispersés, mais qui étaient
restés ce qu’ils avaient été
de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite,
sûr de lui-même et dominateur, n’en
viennent, une fois rassemblés dans le site de
leur ancienne grandeur, à changer en ambition
ardente et conquérante les souhaits très
émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf
siècles.»
Le colonel Jean d’Escrienne, alors son aide de
camp, m’a fait l’honneur et l’amitié
de me confier quelques confidences qu’il eut à
ce sujet en tête-à-tête avec le Général
qui lui dit: "Ah, si seulement on pouvait dire
des Français...peuple d’élite, dominateur
et sûr de lui. "
Dans
son livre passionnant: "Le Général
m’a dit", publié chez Plon en 1973,
mais
hélas épuisé, il relate une conversation
avec le Général, au cours d’une
promenade dans le parc de La Boisserie le dimanche suivant
la conférence de presse, dans laquelle il lui
fait part de l’indignation d’Israël
et de la presse écrite et parlée, française
et internationale. Le général lui répond
«Je n’ai outragé personne! Vous savez
très bien, quand on étudie un texte sérieusement
et honnêtement, qu’on n’isole pas
une phrase de son contexte, à plus forte raison
un mot à l’intérieur d’une
phrase, sans quoi on altère le sens général,
on fausse l’idée exprimée. J’ai
dit du peuple juif non pas qu’il était
un peuple «dominateur«, mais qu’il
était» un peuple d’élite,
sûr de lui-même et dominateur»: il
y a tout de même une sérieuse nuance! Dans
un sens, c’est même un compliment que j’ai
fait aux juifs; j’aurais mieux compris leur réaction
indignée si j’avais dit, par exemple, qu’ils
étaient outrecuidants, ce qu’ils sont cependant,
en effet, bien souvent!
Quant à la "surprise" de l’opinion,
dont vous parlez, vous savez l’avertissement que
j’avais donné: la France considérerait
comme agresseur celui qui tirerait le premier.Les
Juifs n’avaient qu’à ne pas tirer
les premiers! Le fait d’aimer ou de ne pas aimer
le monde arabe n’a rien à voir dans l’affaire:
ce monde arabe existe et il est présent sur un
territoire qui s’étend du Pakistan jusqu’à
l’Atlantique.Ca aussi, c’est une réalité.
»
Plus loin, le colonel d’Escrienne fait part de
ses propres réflexions:
«Je devais souvent par la suite, penser à
cette conversation dans le parc de La
Boisserie...et au regret exprimé: «Un peuple
d’élite, dominateur et sûr de lui»,
gouverné par de Gaulle! Du coup, que de grandes
entreprises réalisables, que d’espoirs
permis! Il y a, c’est vrai, de quoi en rêver!»
Dans un autre ouvrage aussi riche, «De Gaulle
de loin et de près», publié en 1978
chez
Plon, le colonel d’Escrienne relate une conversation
avec le R.P. Riquet, où il explique à
son interlocuteur: "...Je n’avais jamais
compris et ne comprenais pas encore pourquoi les Juifs,
sachant la position du Général, hostile
à celui qui tirerait le premier coup de feu,ne
s’étaient pas arrangés pour que
"les autres" aient tiré les premiers,
au moment choisi par eux, les Juifs. Cela me semblait
très faisable, avec un peu d’astuce!-Le
père Riquet m’avait regardé en souriant
et fait remarqué que j’évoquais
là une "idée de manœuvre"
du genre de celles qu’on prête, d’ordinaire,
volontiers, aux jésuites!!!»
Tout en ayant signalé les appréhensions
que soulevait la création d’un Etat d’Israël
dans les conditions discutables qui avaient prévalues,
de Gaulle cependant, avec son habituel pragmatisme,
prend acte de la réalité et précise:
«Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux
Arabes que, pour nous, l’Etat d’Israël
était un fait accompli et que nous n’admettrions
pas qu’il fût détruit. »
Paradoxalement, le passage du discours le plus
dur, non pas pour les Juifs, mais pour la
politique de l’Etat d’Israël,
est rarement cité: c’est celui mis en exergue.
Quand on sait l’importance que de Gaulle
attachait à la signification des mots, il est
clair que le vocabulaire employé: occupation,
oppression, répression, expulsions, résistance,
terrorisme, est celui de la Résistance française,
sa Résistance à l’Allemagne nazie
commencée le 18 juin 1940 contre l’occupation
de la patrie, les oppressions, répressions, expulsions
ou déportations en collaboration avec le régime
de Vichy, et qu’il les a prononcés à
dessein. Il semble que ces
mots soient passés inaperçus, comme si
ce qu’ils expriment ne dérangeait personne,
alors qu’ils sont la description de la brutalité
tragique de toute occupation par la force d’un
territoire. Mais peut-être est-ce justement
parce que personne ne pouvait reprocher au Général
de dire la pure vérité des faits: l’extrémisme
entraîne l’extrémisme et ce que l’un
appelle résistance, l’autre le dénonce
comme terrorisme.
La victoire électorale du Hamas en PALESTINE
est une nouvelle illustration de cette vérité:
les Palestiniens de Gaza et des Territoires de Cisjordanie
sont désespérés de voir que leur
situation, loin de s’améliorer ne fait
que se détériorer, que les colonies juives
s’implantent de plus en plus sur leur terres,[Si
l’évacuation récente de Gaza est
un geste positif et courageux d’Israël, c’est
l’inverse qui se produit en Cisjordanie et la
construction du mur de séparation en est l’illustration],
et surtout que le Fatah n’a rien obtenu d’Israël
pour soulager leur malheur. Avec Yasser Arafat, chef
historique et charismatique qu’ils appelaient
affectueusement «Abou Amar», ils passaient
sur la corruption de ce parti et le manque de résultats,
mais Abou Mazen ne leur a rien apporté et conserve
un Fatah aussi corrompu. Ils espèrent donc du
Hamas, qui n’est certainement pas exempt de corruption,
mais qui exige une véritable reconnaissance des
droits des Palestiniens à avoir une terre et
un Etat, qu’il obtiendra davantage de l’Etat
hébreu, ce qui n’est pas impossible, et
qu’il montrera au monde la situation dramatique
où ils sont. Le désespoir, en outre, fournit
des candidats à une mort
héroïque contre l’ennemi. Quand on
est démuni de moyens militaires pour faire la
guerre, le terrorisme est la seule arme du pauvre qui
n’a pas grand-chose à perdre sinon une
vie misérable et déshonorante.
Je laisse le soin à chacun de lire ou relire
l’intégralité de ce discours historique,
dans lequel il décrit vers la fin les conditions
nécessaires à la naissance d’une
solution durable au conflit et qui demeurent d’une
extraordinaire actualité: «évacuation
des territoires pris par la force, la fin de toute belligérance
et la reconnaissance réciproque des Etats en
cause par tous les autres.«Il précise que
Jérusalem devrait recevoir un statut international.
Il est clair que pour
de Gaulle injustice et impérialisme engendrent
le terrorisme.
"Quand je fus envoyé
au LIBAN en 1988 pour
conseiller le général commandant la
Force Intérimaire des Nations Unies au Liban
(FINUL)..."
Ce qui m’amène désormais à
mentionner mon expérience personnelle au Moyen-Orient,
où je fus confronté au terrorisme et où
j’ai essayé de faire la part des choses
entre ces conceptions divergentes.
Ni orientaliste, ni arabophone, mais anglophone, quand
je fus envoyé au LIBAN en 1988 pour conseiller
le général commandant la Force Intérimaire
des Nations Unies au Liban (FINUL), je passai les quatre
mois précédant mon départ à
me documenter et à lire pour acquérir
un minimum de culture de «l’Orient compliqué»
où je voulais, moi aussi, partir avec quelques
«idées claires». Plus j’avançais
dans mon étude et plus tout me semblait encore
plus embrouillé dans cette guerre libanaise cruelle
et fratricide, alimentée à dessein par
les rivalités des pays riverains. Débarquant à Nakhoura au Sud Liban,
je découvris que, les Français étant
la cible privilégiée du Hezbollah pour
les prendre en otage ou simplement les tuer,
le Premier Ministre français de l’époque,
Jacques Chirac, avait décidé l’interdiction
de sortir des bases aux forces françaises, à
juste titre, les Américains ayant depuis quelques
mois repliés leurs observateurs en Israël,
notamment après la capture du lieutenant-colonel
Higgins par le Hezbollah quatre mois avant mon arrivée.
Pour accomplir ma mission il me fallait rapidement multiplier
les entrevues avec les multiples factions libanaises
rivales agissant sur le terrain, armées jusqu’aux
dents, parler avec elles pour essayer de comprendre
leurs motivations, leurs objectifs et leurs stratégies.
Je fus donc le seul, avec parfois un médecin
et un officier humanitaire, à pouvoir me rendre
dans tout le sud avec une escorte blindée qui
ne passaitévidemment pas inaperçue. C’est
ainsi que j’eus rapidement la chance, grâce
à des contacts divers, de découvrir que
la France représentait pour la plupart des Libanais
de toute confession un idéal puissant, évidemment
chez les quelques chrétiens de cette région
qui suscitaient ma vive compassion par leur isolement,
mais aussi chez les chiites qui dominaient la région,
démographiquement et politiquement, avec leurs
rivalités internes entre AMAL et HEZBOLLAH. Ce
sentiment profond me fut davantage communiqué
par mes échanges avec les gens du peuple, dans
les villages, qui
parlaient simplement le langage du coeur, m’arrêtaient
pour m’offrir un café, que par les échanges
de vues officiels avec les chefs locaux, voire nationaux
venus de Beyrouth pour faire passer des informations
à Paris au travers du messager qu’ils croyaient
voir en moi.
" C’est la France qui a créé
le Liban, c’est notre mère à tous,
et pas seulement celle des chrétiens. »
En contradiction avec les résolutions de l’ONU,
notamment la 425, Israël occupait depuis 1978 une
large bande du territoire libanais s’étendant
de la Méditerranée à l’ouest
aux confins du mont Hermon et de la Syrie à l’est,
s’assurant ainsi une zone dite de sécurité
et que la terminologie onusienne désignait par:"Zone
contrôlée par Israël".Son but
était de créer un espace tampon entre
sa frontière nord et le Liban d’où
partait les attaques des Palestiniens et du Hezbollah.
Les relations de la FINUL avec Tsahal étaient
rudes, Israël estimant que nous ne remplissions
pas notre mission d’empêcher les infiltrations
de combattants, ce qui était en partie vrai.
Du coup les soldats israéliens étaient
agressifs et de nombreux incidents éclataient
régulièrement, avec parfois des morts,
en général du côté de la
FINUL. L’animosité onusienne pour les soldats
israéliens était générale
et le fait de la dizaine de nations composant la force,
alors forte de plus de 6000 hommes. Pourtant je m’étais
lié d’amitié avec
un officier de Tsahal qui était chargé
des relations avec la Finul, le capitaine Eitan Brock,
qui défendait les intérêts de son
armée tout en comprenant nos difficultés.
En de multiples occasions il m’aida à régler
des conflits divers qui auraient pu mal se terminer
sans son intervention. Cette amitié se perpétua
quelque temps puisque je le reçus chez moi à
Paris avec sa femme quelques années plus tard.
Mais il ne revint plus à Paris, ou sans me voir,
à cause peut-être d’instructions
reçues, et je le regrette encore car c’était
un homme de grande qualité, intelligent et honnête.
Peu à peu je réalisai qu’au-delà
de cette guerre qui les divisait de façon sanglante,
utilisée par
les puissances voisines pour atteindre leurs objectifs
qui découlaient du conflit israëlo-
palestinien, un sentiment national dépassant
les confessions religieuses existait dans toute les
communautés libanaises, nourri souvent par l’idée
prétentieuse d’être plus malins que
leurs
voisins arabes, ce qui finalement se vérifie
souvent, et en tout cas d’être originaux
en Orient.
Beaucoup de chiites m’expliquèrent qu’au
milieu d’un monde arabe majoritairement sunnite,
leur intérêt était de préserver
cette exception culturelle libanaise, entérinée
par la France lors
de l’indépendance donnée par le
Général de Gaulle en 1943.
Pour
illustrer cette idée, Monseigneur Jean Haddad,
évêque catholique de TYR, courageux
parce que bien seul avec ses quelques ouailles, me donna
une photo réunissant en 1972 son
frère et prédécesseur, Monseigneur
Georges Haddad, et l’Imam Moussa Sader, avec une
dédicace du guide religieux incontesté
des chiites dont la notoriété est encore
fortement
présente, renforcée par sa disparition
mystérieuse en 1978 lors d’un voyage en
Libye de
Kadhafi, dont je notai la traduction de l’arabe:
«Si l’essai de coexistence islamo chrétienne
échoue au Liban, alors la civilisation
mondiale s’obscurcira pour un long temps. »
Comme cette courte phrase, est chargée de sens,
encore aujourd’hui; surtout aujourd’hui
où
les adeptes de la thèse de Samuel Huntington
annoncent le choc inéluctable des civilisations
et que l’impérialisme américain,
au nom de sa conception des Droits de l’homme
et de sa
morale, déroule son rouleau compresseur guerrier
sur la planète pour imposer sa vision du
bonheur de l’humanité, son mode de vie,
à des populations médusées par
un tel aveuglement.
Les cibles choisies prioritairement par Washington pour
leur apporter la démocratie et la
félicité sont tout de même sélectionnées
pour leurs richesses en matières premières,
notamment en pétrole,comme l’Iraq, ou pour
leur situation stratégique économiquement
ou
politiquement,comme l’Afghanistan et l’ex-Yougoslavie,
point clés sur les passages des
oléoducs.
A cet égard, on remarquera comment les Etats-Unis
ont renoncé à poursuivre leurs pressions
sur un autre «Etat-voyou» à leurs
yeux, la Corée du Nord, tout simplement parce
que Pyong
Yang détient l’arme nucléaire
et que, de ce fait, les attaquer est devenu impossible.
On comprendra alors pourquoi la Perse d’aujourd’hui,
grande et vieille civilisation au rôle
régional essentiel, peuplée et riche en
ressources diverses, continuera à défendre
son indépendance et sa souveraineté et
ne se laissera pas intimider par l’Amérique
et son valet
européen, d’autant plus que les pressions
exercées renforcent l’unité nationale
derrière le
régime d’Ahmadinejad, élu démocratiquement
mais souvent critiqué en Iran, notamment par
une jeunesse dynamique, en raison de son caractère
religieux mais non pas de sapolitique
sociale, économique ou étrangère.
La décision d’accéder à la
technologie nucléaire fut prise
par le Shah qui obtint aussitôt la coopération
de la France avec le malheureux projet Eurodif.
Si le régime islamiste qui dirige l’IRAN
devait être chassé, n’importe quel
successeur
mènerait la même politique sur la question
de l’accès à la technologie nucléaire.
Les pressions
américano-européennes, directes et maintenant
au travers de l’ONU, n’ont eu pour effet
que
de renforcer le régime qu’elles veulent
abattre, réveillant la fierté de l’originalité
perse au
milieu du monde arabe et soudant le pays dans l’adversité.
On voit mal comment, dans ces conditions les Etats-Unis
pourraient faire plier un pays soudé et déterminé
sur cette question
et qui dispose d’appuis internationaux, notamment
russe et chinois, même si chacun privilégie
les accommodements.A moins de se lancer dans une nouvelle
guerre suicidaire, alors qu’ils
sont embourbés en Iraq et ne savent comment en
sortir, qu’en Afghanistan le
Président Hamid
Karzaï ne contrôle que Kaboul, le reste du
pays étant aux mains des différent chefs
tribaux.
Pendant ce temps, Oussama ben Laden court toujours le
djebel avec ses acolytes, trouvant
accueil, gîte et couvert dans la plupart de ces
tribus des confins pakistano afghans qui
approuvent sans aucun doute son combat contre un impérialisme
anti-musulman ou jugé
comme tel, envoyant de façon sporadique à
l’Oncle Sam des messages tour à tour menaçants,
ironiques ou sarcastiques.
(On se demande d’ailleurs ce que font
encore nos soldats dans ce pays, à moins
de s’en servir
de terrain d’entraînement, et quels sont
les intérêts français qu’ils
y défendent.)
.
La diplomatie iranienne fait l’effort de ne parler
que de nucléaire civil mais ce n’est que
de la
diplomatie. Ces pressions renforcent aussi les frustrations
de tous les musulmans du monde,
pas seulement des chiites d’Iran, qui pensent
que l’impérialisme euro-américain
veut les
maintenir en état de dépendance en raison
de sa haine de l’islam et soutient pour cela de
façon
unilatérale la politique agressive d’Israël
envers les Palestiniens. Si pour ces raisons la masse
arabe est largement anti-américaine, voire anti-européenne
quand l’UE s’associe aux Etats-
Unis, les gouvernements arabes se montrent très
pusillanimes dans leur soutien à la cause
palestinienne, car nombre d’entre eux sont totalement
inféodés à Washington et ne conservent
leur pouvoir que du fait de cet appui. Nous verrons
plus loin les exceptions irakienne et
syrienne, la Libye de Khadafi s’étant rendue
sans vergogne à Canossa-Washington.
La crise iranienne remet en mémoire les
pressions américaines exercées sur la
France du
Général de Gaulle pour l’empêcher
de fabriquer «sa» bombe, le refus de communiquer
le
moindre détail scientifique et surtout de nous
vendre les ordinateurs géants indispensables,
l’espionnage de toutes nos expérimentations.
Dans
«C’était de Gaulle», Alain
Peyrefitte
cite une confidence du Général:
»Eisenhower m’avait dit: ça vous
coûtera trop cher, vous n’y arriverez pas.
» Et plus loin:
«Mururoa, ça veut dire l’invulnérabilité,
donc la paix. C’est une situation que nous
n’avions jamais connue dans notre histoire. Nous
y sommes arrivés tout seuls, sans aide, et
même avec l’hostilité active des
Américains et l’hostilité passive
des Russes. «
Après l’explosion de la première
bombe atomique chinoise en 1964, Peyrefitte rapporte
la
déclaration du Général au Conseil
des ministres:
«Quels que soient le sous-développement
de la Chine et son retard éventuel à exploiter
ce
succès, elle acquerra cette immunité que
confère la force nucléaire. Elle sera
inattaquable.
Elle entrera dans le cercle de ces quelques nations
contre lesquelles on ne peut rien, ce
cercle auquel nous avons la satisfaction d’appartenir.
Il est vraisemblable que ça
entraînera des changements dans l’équilibre
mondial. Un pays qui n’est pas peuplé de
Blancs a, pour la première fois, acquis l’arme
terrible. Nombreux sont les peuples de
couleur qui en ressentiront la fierté. »
Peu après mon arrivée au Liban,
j’eus la chance de connaître la sœur
de l’imam Moussa
Sader, madame Rabab Sader Saraffedine, femme admirable
à la forte personnalité, dégageant
une aura qui frappait tous les visiteurs que je lui
amenais, par la douceur de son sourire et
l’intelligence de son regard. Elle menait au Liban
une action humanitaire d’envergure auprès
des plus démunis chiites, et notamment à
TYR. Elle me fut d’une grande aide par ses conseils
et s’inscrivait totalement dans la politique de
son frère disparu.
Mon problème principal toutefois, existentiel
si je puis dire, était le Hezbollah dont la doctrine
et les actes étaient radicalement opposés
aux vues de la France. A cette époque, l’idéologie
du
mouvement était d’instaurer un Etat islamique
au Liban, ce qui n’éliminait pas les chrétiens
libanais mais les cantonnait dans une situation de second
ordre, et son action, appuyée par
l’Iran et la Syrie, consistait à chasser
les troupes étrangères du pays en perpétrant
des attentats
meurtriers sur celles-ci. Il serait trop long et inopportun
de donner ici des détails, mais il
advint que je pus comprendre que cette mouvance islamiste
était organisée à l’orientale,
d’une
manière qui n’avait rien à voir
avec la logique cartésienne occidentale, et que
si certains
montaient des opérations pour me prendre en otage
ou m’assassiner, d’autres, souhaitaient
au
contraire engager un dialogue avec moi. J’acceptai
les premiers contacts avec mille
précautions et finalement entretint des échanges
tellement fructueux que je fus renseigné
plusieurs fois sur les pièges que l’autre
tendance m’avait tendus, me permettant ainsi de
les
éviter. C’est donc paradoxalement
grâce au Hezbollah que je n’ai pas été
pris en otage ou tué par le Hezbollah!
Je réalisai en même temps que leur doctrine
était en train d’évoluer, ce qui
expliquait mes
contacts, et qu’ils appréciaient le fait
que je sois croyant et dénonce autant qu’eux
le
matérialisme occidental. Peu à peu, nous
comprenions que nous pouvions trouver des points
de convergence, à condition qu’ils abandonnent
leur politique d’attentats et reconnaissent la
volonté impartiale de la France d’aider
tous les Libanais à sortir de la crise. Il me
sembla que
le parti islamiste était tout près de
modifier sa stratégie.
Je quittai le Liban après un séjour d’un
an ininterrompu, riche d’une expérience
incomparable
et me trouvai chargé à Paris, de conseiller
les autorités françaises dans leurs relations
avec le
Moyen-Orient. Visitant alors de nombreux pays arabes, j’observai
comment l’islam imprégnai dans ses
profondeurs le mode de vie de ces populations et créai
un mode de vie harmonieux et
équilibré, dans un cadre religieux, moral,
social et culturel largement accepté, même
si
certaines règles datant de l’époque
du Prophète Mahomet avaient du mal à s’accommoder
avec les exigences de la vie moderne occidentale. Les
Arabes se montraient la plupart du
temps accueillants et aimables avec le visiteur européen,
les élites comme les gens du peuple
et lorsqu’ils m’accordaient leur confiance,
invité dans les familles j’admirais l’importance
accordée aux parents et aux grands parents, le
respect des enfants pour les plus âgés
et la
place éminente tenue dans l’ombre par les
femmes. Il était frappant de voir des
personnages
importants politiquement ou économiquement s’adresser
à leurs parents, parfois incultes, et
surtout à leur mère ou grand-mère,
avec une délicatesse et une prévenance
qui devient rare en
Occident. Dans les familles où le grand-père
avait disparu, aucune décision importante n’était
prise sans demander son avis à l’aïeule
qui était, sans en avoir le titre, le vrai chef
de famille,
en tout cas le mentor à consulter.
Voici un extrait d’un entretien entre cheikh
Fadlallah et le journaliste libanais Abdel
Karim
Ghandour, paru dans «Le Magazine» du 13
mars 1992sur le rôle de la femme tel que le
conçoit l’islam:
«La femme est un être humain à part
entière. Dès lors, ce n’est pas
sa féminité en tant que
telle qui doit justifier de sa place active mais les
capacités qu’elle lui confère. Sa
complémentarité avec l’homme passe
par la régulation à travers le mariage
qui couronne la
satisfaction d’un besoin de base de l’humanité-au
même titre que le manger et le boire-à
savoir celle de l’instinct sexuel. Pour l’Islam
la chair n’est pas catalyseur de péché
mais
élément de la nature humaine. Notre civilisation
ne fait de la femme ni un objet sexuel ni un
objet tout court. Nous respectons la femme qui ne doit
pas être une vitrine commerciale mais
une créatrice active et responsable. »
L’année 1990 fut marquée au Liban
par la défaite du général
AOUN, ancien chef de l’armée
devenu Président de facto en 1988 après
l’échec du dernier Président élu,
Amine Gemayel,
pour assurer sa succession ou se succéder à
lui-même. Excellent officier, honnête, d’un
patriotisme incontestable, il pensa pouvoir réunir
tous les Libanais derrière lui pour, -- après
avoir écrasé les Forces Libanaises chrétiennes
de Samir Geagea qui prônaient une partition du
Liban pour créer un réduit chrétien,
avec le soutien israélien --, lancer en mars
1989 une
guerre de libération contre la Syrie. Présomption
fatale qui permit à Damas de s’emparer
totalement du Liban en octobre 1990, le Général
Aoun se réfugiant à l’ambassade
de France à
Beyrouth. La mainmise syrienne fut entérinée
à Taëf en Arabie Séoudite le 22 octobre
1989
par des accords parrainés par les pays arabes
et la communauté internationale, dont la France
et les Etats-Unis. Ces accords de Taëf apportaient
enfin la paix, même s’il s’agissait
de la pax
syriana. Tout en laissant au Président maronite
la suprématie, ils diminuaient sensiblement
l’exclusivité de son pouvoir, au profit
du Premier Ministre sunnite et du Président de
l’Assemblée chiite. Par ailleurs, la répartition
confessionnelle des fonctions dans
l’administration, jusqu’ici «pacte
oral», était conservée et pour la
première fois confirmée
dans un texte écrit. Le Président Elias
Hraoui fut élu le 24 octobre 1989, premier Président
du
nouveau Liban prosyrien.
Bien des Libanais opposés à la Syrie se
félicitèrent cependant de l’arrêt
de la guerre civile, de
la fin des attentats et se remirent à vivre normalement,
ce qu’ils avaient perdu l’habitude de
faire depuis quinze ans. Peu d’émigrés
se réinstallèrent mais beaucoup apprécièrent
de
pouvoir revenir dans leur pays voir leurs familles et
amis. Le nouveau pouvoir libanais,
inféodé à la Syrie, fut aussitôt
appuyé par la communauté internationale,
tout particulièrement
par la France. Des ambassadeurs de France de grande
qualité, notamment Jean-Pierre Lafon,
surent alors montrer aux Libanais de tous bords la sollicitude
de la France pour le pays du
cèdre dans sa diversité, avec un sens
aigu de la juste répartition entre les communautés.
L’ouverture d’un grand lycée français
à Nabatiyé au sud, en pleine région
chiite, fut un geste
fort qui marqua les esprits.
La France, à l’époque, était
confrontée au problème du terrorisme venu
de la mouvance
islamiste internationale mais particulièrement
d’Algérie où le
processus électoral de décembre 1990 ayant
donné la victoire au FIS, le pouvoir militaire
algérien l’avait interrompu et engagé
une lutte sanglante contre le terrorisme qui se développa
alors en réaction. Les moyens employés
laissent penser que les attentats du RER de Paris avaient
pour but de persuader les autorités françaises,
indécises, de soutenir les militaires algériens
dans leur lutte contre le terrorisme. Là encore, l’extrémisme
et l’injustice entraînèrent l’extrémisme
et le terrorisme.
Dans cette période je fis de nombreuses missions
au Liban et rencontrai fréquemment les
responsables des différentes confessions.
J’eus avec Sayed Mohamed Hussein Fadlallah
(Turban noir, descendant du Prophète)
plusieurs entrevues riches et fructueuses. Bien qu’il
fut considéré comme le guide spirituel
du Hezbollah, il tenait à marquer sa différence
en précisant qu’il était un responsable
religieux et non un chef de parti politique. Il eut
avec moi des conversations théologiques où
il insista sur le respect de l’islam pour la Bible
d’abord, dont les interprétations scripturaires
divergent à
partir de la descendance d’Abraham avec l’exclusion
de son fils Ismaël au profit d’Isaac, le
Prophète Mahomet situant l’islam dans cette
filiation injustement écartée, pour le
christianisme ensuite dans lequel Jésus est vénéré
comme un grand prophète et pour Marie, sa mère.
Nous
eûmes aussi des discussions politiques et il me
donna beaucoup de conseils. Je
cite ici le préambule d’une fiche rédigée
de retour d’une mission en 1992:
«Estimant positive l’attitude actuelle de
la France vis-à-vis du Liban, la plupart des
responsables chiites libanais considèrent que
les malentendus s’étaient accumulés
par
manque de dialogue, entraînant de la part de la
France une mauvaise appréciation de
l’ensemble des composantes libanaises et, de la
part des musulmans, un sentiment d’exclusion des
préoccupations françaises. Ils recherchent
les occasions de rencontre pour exposer leur point de
vue et pour expliquer, qu’en définitive,
s’ils comprennent et admettent la spécificité
des relations historiques de la France avec les chrétiens
du Liban, celles-ci ne doivent pas froisser les susceptibilités
exacerbées des autres confessions et nuire à
l’entente avec le nouveau Liban issu des accords
de Taef».
Le Secrétaire Général du Hezbollah,
Sayed Hassan Nasrallah, avait pris ses fonctions depuis
peu, après l’assassinat par un raid d’hélicoptères
israéliens de cheikh Abbas Moussaoui, sa
femme et son enfant, ce qui avait, d’après
lui, augmenté l’audience du parti. A chaque
fois
j’étais impressionné par son intelligence,
sa façon d’entrer dans mon raisonnement
et de
deviner mes questions. Il me précisa que la France
pouvait jouer un grand rôle au Liban si elle
restait fidèle à ses idéaux de
1789 en n’apportant pas son soutien aux positions
qui sont une
atteinte à la dignité. Je le cite: «L’islamisme
est désormais dans le monde arabe la seule
issue pour les déshérités et l’oppression
a l’effet inverse de celui escompté par
les pouvoirs
dictatoriaux arabes».
Il déplora, à l’instar des autres
musulmans rencontrés, l’injustice constituée
par l’interruption
du processus électoral en Algérie, me
donna des conseils de modération vis-à-vis
des
militaires d’Alger et m’incita à
tenir compte de l’importante communauté
musulmane
maghrébine de France qui observait ces évènements
avec une sensibilité douloureuse, voire y
était impliquée.
Une de ces entrevues se plaça deux ou trois jours
après la destruction par la résistance
libanaise d’un char israélien et la mort
des cinq occupants. Le Ministre des Affaires
Etrangères français (Roland Dumas je crois)
avait fait une déclaration lénifiante
en déplorant
la violence et la mort des soldats israéliens.
Sitôt après m’avoir salué
et avant d’aborder
l’ordre du jour, il me dit:
»Nous avons été choqués par
la déclaration française regrettant la
mort de cinq soldats sur
notre territoire, tués par des résistants.
Je sais que vous êtes gaulliste: est-ce que les
Français jetaient des fleurs aux Allemands sur
le sol français pendant la dernière guerre?»
Bien entendu il insistait à chaque fois pour
que la France retrouve une politique indépendante
des Etats-Unis et d’Israël et pratique la
justice dans ses rapports avec tous.
,
Mes rencontres avec cheikh Abdel Amir Kabalan,
à l’époque Mufti jaafarite,
c’est-à-dire chiite, de la République
étaient d’une grande cordialité
et se plaçaient souvent autour d’un
repas libanais, même si j’essayais de lui
expliquer que mon agenda était trop chargé:
je ne
pouvais me dérober à ses invitations chaleureuses
et ai du souvent arriver en retard ou annuler
mes rendez-vous suivants. Cet homme jovial, au regard
pétillant d’intelligence, tenait le
même discours que ceux déjà cités
mais il me donna mille conseils qui furent très
utiles. Il
insistait beaucoup pour dire que les musulmans modérés
constituent l’immense majorité et
qu’il fallait dialoguer avec eux et les aider.
Voici quelques uns de ses propos significatifs:
En janvier 1992:» Les conditions sont réunies
pour un rapprochement franco-syrien.
L’alliance américano-syrienne (alliance
non déclarée mais objective à l’époque),
n’est pas
naturelle et Damas regarde vers l’Europe et surtout
vers Paris. C’est important car Damas
est maintenant à la tête du monde arabe
et la politique orientale de la France doit passer par
la Syrie. En Algérie, nous trouvons sage la position
française. Nous pensons ici que le FIS était
soutenu par l’Amérique, car l’Arabie
Séoudite fait la politique américaine
et a financé le
mouvement pour déstabiliser le régime.
Mais les Etats-Unis soutiennent maintenant les
militaires pour empêcher la prise de pouvoir du
FIS. C’est une erreur car on ne peut pas aller
indéfiniment contre la volonté du peuple
qui défend ses intérêts légitimes.
Nous approuvons la nouvelle politique française
de rapprochement avec l’Iran.»
Fin novembre 1992: "La France, qui a décidé
de la frontière sud du Liban avec la Palestine
à sa création, doit nous aider à
la faire respecter. On attend un geste spectaculaire
pendant le
voyage du Président Mitterrand au Moyen-Orient,
de soutien à l’intégrité
territoriale du
Liban. »
Cheikh Kabalan est maintenant Président du Conseil
Supérieur Chiite, poste qu’il occupe
depuis la mort de Cheikh Chamseddine.
Dans les années 90, le Hezbollah, dont la doctrine
était désormais de réaliser l’union
de tous
les Libanais dans le cadre des accords de Taef, dirigeait
la résistance armée à l’occupation
israélienne et devint un parti incontournable.
Avec une quinzaine de députés au Parlement,
parmi lesquels des chrétiens élus sur
ses listes de la Bekaa notamment, il pesait sur toutes
les
décisions gouvernementales.
HIND
KHOURY,
déléguée
générale de la Palestine en
FRANCE, avec rang d'ambassadeur,
brille au dîner-débat du Cercle
Napoléon
-Invitée
du colonel
CORVEZ (CR), ancien numéro 2
de la FINUL au Liban, souverainiste français,
ami du monde arabe, (lire
ci-contre à droite)
la Déléguée Générale
de la Palestine en FRANCE, qui a succédé
à l'onctueuse et floue Leïla
Shahid, éblouit, elle, l'assistance
choisie du Cercle Napoléon par la
netteté de sa pensée, la précision
de ses réponses, sa fraîcheur,
et sa simplicité.
(Compte-rendu et photos ci-dessous)
"Madame,
déclare Alain Corvez (ci-dessus,
notes en main), aujourd'hui consultant
en stratégie internationale,
pendant que les convives s'installent
devant un succulent vin blanc, dans
l'attente des hors d'œuvre, "avec
le sujet sur lequel vous allez ce
soir nous donner votre éclairage,
impartial, (...) nous sommes
au cœur de la crise essentielle
de notre époque. Car le conflit
israélo-palestinien porte en
lui les germes des affrontements dans
le reste du monde. Réglons
cette crise de façon juste
et définitive et nous supprimons
en grande partie les raisons qui justifient
les guerres asymétriques de
part le monde et notamment la dissémination
des actions terroristes, qui sont
la réaction désespérée
des plus faibles à l’oppression
et à l’impérialisme.
Rappelons nous comment le Général
de Gaulle, dans sa conférence
de presse du 27 novembre 1967, analysait
la guerre des 6 jours qui venait d’être
remportée par Israël,
indiquait au monde sa vision d’un
règlement équitable
et liait la situation au Moyen-Orient
à l’affrontement des
deux blocs : «
Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui.
Sans la guerre du Vietnam, le conflit
entre Israël et les Arabes ne
serait pas devenu ce qu’il est.
»
Il avait auparavant donné
sa définition du «
terrorisme » dans
un passage peu relevé par les
médias d’alors, qui reste
pourtant tragiquement actuel, en
faisant une allusion claire à
la Résistance française
à l’occupation allemande
:
« Israël ayant attaqué,
s’est emparé, en six
jours de combat, des objectifs qu’il
voulait atteindre. Maintenant, il
organise, sur les territoires qu’il
a pris, l’occupation qui ne
peut aller sans oppression, répression,
expulsions, et il s’y
manifeste contre lui une résistance,
qu’à son tour, il qualifie
de terrorisme. »
Enfin, il devait dire quelque temps
après au colonel d’Escrienne
qui lui faisait part des réactions
indignées de la presse mondiale
à son discours et qui l’a
rapporté dans un livre, hélas
épuisé :
« Je n’ai outragé
personne ! Vous savez très
bien, quand on étudie un texte
sérieusement et honnêtement,
qu’on n’isole pas une
phrase de son contexte, à plus
forte raison un mot à l’intérieur
d’une phrase, sans quoi on altère
le sens général, on
fausse l’idée exprimée.
J’ai dit du peuple juif
non pas qu’il était un
peuple "dominateur ",
mais qu’il était "un
peuple d’élite, sûr
de lui-même et dominateur ":
il y a tout de même une sérieuse
nuance ! Dans un sens, c’est
même un compliment que j’ai
fait aux juifs ; j’aurais mieux
compris leur réaction indignée
si j’avais dit, par exemple,
qu’ils étaient outrecuidants,
ce qu’ils sont cependant, en
effet, bien souvent ! »
Et plus loin :
« Le fait d’aimer ou de
ne pas aimer le monde arabe n’a
rien à voir dans l’affaire
: ce monde arabe existe et il est
présent sur un territoire qui
s’étend du Pakistan jusqu’à
l’Atlantique.
ça aussi, c’est
une réalité. »
Pour en finir avec les citations,
voici ce que Nietzsche écrit
dans « Par-delà
le Bien et le Mal » :
« Un penseur qui se fait une
affaire de conscience de l’avenir
de l’Europe, tiendra compte,
dans tous les projets qu’il
fait par-devers soi à propos
de cet avenir, des Juifs comme des
Russes, en ce qu’ils sont pour
l’heure les facteurs les plus
sûrs et les plus probables du
grand jeu et du grand combat des forces.
» (Par-delà le Bien
et le Mal. Paragraphe 251)
Pour Nietzsche, contrairement
à ce qui a été
dit, ce jugement est un éloge
et il ajoute :
« Or les Juifs sont sans nul
doute la race la plus forte, la plus
opiniâtre et la plus pure qui
vive aujourd’hui en Europe ;
ils sont passés maître
dans l’art de triompher dans
les pires conditions (mieux même,
que dans des conditions favorables)
»
Nous sommes ici ce soir pour vous
écouter, Madame, et vous demander
votre éclairage sur certains
points de ce conflit devenu inhumain.
Les amis présents ici
sont d’origine et de sensibilités
politiques différentes, mais
pour les connaître à
peu près tous je peux vous
assurer que tous sont des gens qui
pensent par eux-mêmes et ne
se laissent pas impressionner dans
leurs jugements par une presse aux
ordres de la « pensée
unique », c’est-à-dire
de la pensée du plus fort.
(...) Ce monde a inversé les
valeurs ou en a perdu le sens, comme
déjà Malraux le regrettait
et comme Nietzsche, encore lui, le
faisait crier à son insensé
dans "Le gai savoir ":
"Dieu est mort ! "Aphorisme
mal interprété quand
on se limite à cette assertion
car le magistral penseur lui faisait
ajouter : « Nous l’avons
tué,-vous et moi ! Nous sommes
tous ses assassins !...Qui nous lavera
de ce sang ? Quelles cérémonies
expiatoires, quels jeux sacrés
nous faudra-t-il inventer ?...Ne nous
faut-il pas devenir nous-mêmes
des dieux pour apparaître seulement
dignes d’un tel acte ? »
(Le Gai savoir. Aphorisme 125)
Oui l’Homme se veut Dieu
et décide du Bien et du Mal.
En Palestine comme ailleurs en Iraq,
en Afghanistan, l’homme le plus
fort impose sa morale, sa vision de
la justice, en se dissimulant encore
derrière les bons sentiments
de la Démocratie et des Droits
de l’Homme devenu Dieu.(...)
Vous êtes en poste à
Paris depuis mars 2006, ayant succédé
à Leila Shahid, dont la faconde
et le sympathique accent oriental
étaient familiers des Français
car elle était très
médiatisée. Voue êtes
peut-être plus discrète,
mais la clarté de vos vues
et la connaissance en profondeur des
dossiers impressionnent vos interlocuteurs.
Vous êtes titulaire de nombreux
diplômes en Economie et en Management,
après être passée
par l’Université américaine
de Beyrouth, l’Université
Ben Gourion et l’Université
de Boston.
Vous avez occupé des postes
importants en Palestine avec l’USAID,
le PNUD, l’UNESCO notamment,
avant d’être nommée
en 2005 Ministre d’Etat de l’Autorité
Palestinienne chargée du dossier
de Jérusalem, c’est
pourquoi vous connaissez à
fond les problèmes de cette
ville.
Vous êtes mariée et mère
de deux garçons et une fille,
tous plus brillants les uns que les
autres et je suis révolté
de savoir que votre fils, philosophe
de haut niveau a du aller travailler
aux Etats-Unis parce que la France
n’a pas su le retenir.
Je vous propose de nous exposer d’abord
la situation pendant une vingtaine
de minutes puis après avoir
continué notre dîner,
ceux qui le souhaitent vous poseront
des questions. (...)
- Droite et directe, sans apprêt,
et dominant une réserve naturelle
qui pourrait passer pour de la timidité
sans la fermeté bien réfléchie
des propos de cette femme engagée."Bonne
fille du peuple",
Palestinienne de Betléem, de
religion chrétienne,
Hind raconte très simplement
comment, travaillant à Jérusalem,elle
a fait personnellement l'expérience
de "ce mur terrible, qui
sépare aussi et surtout les
Palestiniens les un des autres"."Je l'ai à la porte
de la maison que je partage avec mes
deux enfants et mon mari architecte,
coupé, de ce fait, de ses clients".
Elle a connu, comme toute la foule
de simples gens de Palestine, ces
check-points d'humiliation "où
il m'est arrivé de passer 9
heures d'attente". -
"Les quelques années où,
vivant à Bethléem, j'ai
travaillé à Jérusalem,
m'ont appris la haine, à moi,
bonne fille du peuple, élevée
dans les valeurs chrétiennes
d'amour de l'autre...".
- "Certes, les attentats
suicides, en tant que chrétienne,
d'abord, je ne peux qu'être
contre...Mais, surtout depuis les
propos de Sharon annonçant
clairement son intention de "finir
la guerre de 1948", avec
ces provocations incessantes, jusqu'aux
excavations prétendument "archéologiques",
exprès sous les mosquées,
alors qu'on n'y a rien trouvé,
on joue avec le feu...Et puis, que
veulent-ils dire avec cette idée
d'un"Etat Juif",
quand 20% de la popultion ne l'est
pas, sans oublier le retour des réfugiés
Arabes, chrétiens ou musulmans,
de 1948, qu' un "Etat Juif"
se refuse à réinsérer,
puisqu'ils ne sont "pas juifs..."
- Loin de tout optimisme de façade,
la déléguée générale
de Palestine en France ne nie pas
que la situation d'aujourd'hui soit
"compliquée"."Les Palestiniens ne veulent
pas revenir aux fautes commises à
l'occasion des accords d'Oslo..."
- Avec "les assassinats
ciblés, qui se poursuivent,
tous les jours, cinq, six, dix Palestiniens
tués comme des oiseaux",
la poursuite de la colonisation, Gaza,
etc, la "perspective politique
ne leur apparaît plus...Un jour,
ils penchent un peu plus pour HAMAS,
un jour un peu plus pour Fatah, sans
persoective politique clairement ouverte,
la population reste indécise...L'arrivée
de HAMAS, en 1988, a compliqué
la donne, mais HAMAS n'est pas la
cause...Oui, les Israéliens,
à l'origine, ont aidé
le HAMAS à s'établir,
pour concurrencer l'OLP, l'affaiblir...Après
l'élection d'Abu Mazen, homme
de paix, c'est lui qui est devenu
la cible...Et HAMAS, un très
bon alibi, pour l'affaiblir...HAMAS
peut jouer sur le fait que, depuis
l'ouverture du processus politique,
il y a eu beaucoup de pauvreté,
beaucoup de pertes de terres, beaucoup
d'injustice...En face de cela, la
solution qu'ils proposent est régionale...La
division est là...C'est une
chose très pénible.
C'est le résultat de l'occupation,
clairement. Israël cherche toujours
à diviser pour régner...Les
différences entre HAMAS et
FATAH ne se situent pas tant sur le
plan de l'idéologie politique
que sur celui de l'idéologie
religieuse...En l'absence de projet
politique, crédible, ouvrant
une perspective claire...Deux Etats,
un seul Etat..., alors que la réalité
au quotidien c'est l'apartheid, les
gens n'ont plus de vision, ne savent
plus où ils vont...Sous le
coup de la douleur, nous, chrétiens,
nous pouvons facilemen le comprendre,
on se tourne davantage vers la religion,
mais la religion peut dévier
en superstition...Moi, quand je suis
bloquée trop longtemps à
un barrage, trop humiliée,
lassée, je me tourne vers la
prière...Si le Bon Dieu peut
faire quelque chose, pourquoi pas...Il
faut avoir beaucoup de patience, ne
pas chercher à résoudre
toutes les divisions, tous les conflits,
maintenant, d'un coup...
"Dans
quelle mesure pensez-vous que l'on peut comparer,
Madame, ce qui se passe à Gaza avec
l'insurrection du ghetto juif de Varsovie,
en 1943?", demande
l'amiral Gaucherand (CR) - ci-dessus, debout,
au deuxième plan, sous un des lustres
magnifiques du Cercle Napoléon.
Les questions fusent.
Le rédacteur en chef technique
provisoire de ce site, Le
Monde Réel, demande
s'il y a bien des partisans de l'unité
FATAH-HAMAS ou HAMAS-FATAH
des deux côtés,
et du sectarisme aussi des
deux bords...- Mais la palme
de la question la plus incisive, que
seule pouvait poser un des nombreux
militaires d'expérience, coutumiers
du "brouillard de guerre",
cher à Clausewitz, nombreux
dans l'assistance, vient de
l'amiral Gaucherand ( CR), souverainiste
français, ami de la Palestine,
de l'Irak et du Liban martyr, ancien
lecteur du Monde reconverti vers les
pages du Monde Réel,
et qui a fini par se résoudre,
dans le secret de l'isoloir, a voter
Ségolène Royal au second
tour pour faire barrage à Sarkozy:
"Dans
quelle mesure pensez-vous que l'on
peut comparer ce qui se passe à
Gaza avec l'insurrection du ghetto
juif de Varsovie, en 1943?"
- Un ange passe, comme dirait De Villiers
(Gérard), l'auteurs des "polars"
S.A.S., qui ne figure pas dans la
liste, très sélective,
des invités, mais dont de nombreusx
personnages de romans, diplomates,
généraux, aventuriers,
barbouzes en tenue de soirée,
et belles brunes chaloupées
aux yeux de braise, brillent dans
l'assistance...
Un ange passe, mais le silence
est bref. Car la fille de Bethléem
n'a peur de rien, et ne fuit aucune
question:
-
"La tragédie de Gaza et celle
du ghetto de Varsovie? Il y a un parallèle,
c'est certain... Même si je ne connais
pas encore très bien l'histoire du
ghetto de Varsovie...Mais
ce parallèle ne signifie pas que
l'Histoire doive se répéter...Nous
sommes au XXI ème siècle:
et, de la part d'Israël, ce serait
très irresponsable!"
"Il
y a un parallèle, c'est certain,
même si je ne connais pas encore
très bien l'histoire du ghetto
de Varsovie...
Mais
un parallèle qui ne signifie
pas que l'Histoire doive se répéter...
Nous
sommes au XXI ème siècle,
et, de la part d'Israël, ce serait
très irresponsable".
"Très irresponsable",
en effet.
C'est le mot. Car enfin, pourquoi
Israël n'a-t-il pas déchaîné
sur le flot humain des palestiniens
de Gaza, enjambant joyeusement le
"mur de la haine" (et
de la famine), et en marche vers l'Egypte,
au prix d'images d'une symbolique
et d'une puissance plus fortes que
toutes les bombes à fragmentation
du monde, que le napalm, et même
l'atome?
Et pourquoi n'écrase-t-il
pas, d'un coup, GAZA, puis RAMALLAH,
d'un coup sous le marteau pilon de
sa force aérienne, à
la supériorité écrasante
sur les quelques missiles sol-air
dont dispose FATAH, et peut-être
désormais HAMAS?
- Parce que, comme dit
Alain Badiou, nous
formons aujourd'hui"un
seul monde",
où les techniques de communication
modernes parfois justement décriées
pour leurs dangers, donnent à
tout conflit, et spécialement
à celui qui avilit, souille
et détruit le peuple maryr
de Palestine, terre deJésus-Christ,
des apôtres, et d'une religion
nouvelle proclamant au moins verbalement,
et c'est déjà beaucoup,
à la face de l'univers l'
"amour de l'autre",
et pas seulement celui de son "prochain",
au sens étroit, ethnique et
sectaire du terme,
la guerre obéit à une
logique "politico-militaire",
et pas strictement "militaire".
Dans une guerilla de cette nature,
vainqueur sera celui qui mobilise
autour de lui les forces de l'esprit,
y compris de l'espit laïque empreint
d'humanité, là où
il existe, et
isole son ennemi dans les cœurs
tout en déchaînant contre
lui l'immense puissance humaine, éparse
dans les consciences planétaires,
et source de la seule énergie
qui soit absolument infinie.
Merci,
Hind Khoury. Nous ne lâcherons jamais
la Palestine. Et nous ne vous lâcherons
pas.
Castro,
Chavez......démocratie,
anti-impérialisme et socialisme.
- Un point de vue de Hakim Arabdiou
Arabdiou, suivi d'un très bref commentaire
de ShaoShan
Fidel Castro vient malheureusement d'être "désigné"
candidat à la présidence de l'Etat cubain. J'espère
qu'il "refusera" cette désignation.
Sinon, il discréditera encore plus le socialisme.
Est-ce communiste de s'aggriper ainsi au pouvoir, comme il
le fait ? N'y a-t-il pas de cadres communistes à Cuba
autre que Fidel Castro pour occuper la charge de l'Etat.
Fidel doit apprendre du capitalisme, comme le préconisait
Lénine.
Même quand il tombe malade, c'est (surtout) son frère
Raul qui assure l'intérim. Cela s'appelle du népotisme.
Il s'est ravalé au meme rang qu'un Assad, qui a nommé
son fils pour lui succéder, Moubarek et Kheddafi qui
projettent de remettre le pouvoir à leurs fils respectifs.
Quant à l'échec Chavez (au referendum constitutionnel
de décembre 2007, NDLR), le très
faible (pourcentage) de voix qui l'ont fait échouer
indique que, s'il n'avait pas prévu des dispositions
liberticides dans la réforme constitutionnelle, il
aurait obtenu haut la main la victoire au référendum.
J'espère que cet échec le fera revenir à
la raison sur ce point.
En lisant les textes du camp pro-Chavez, et j'en fais
partie, qui circulent sur le Net, j'ai l'impression
que c'est du déjà lu. Il suffit de changer la
date, le nom de Chavez et le pays, le Venezuela, pour retrouver
des milliers de textes de ce genre dans les années
1960 et 1970, par exemple. Non pas que leurs auteurs ont tort
sur toute la ligne. Bien au contraire, ils ont raison sur
bien des points, voire sur la majorité des points.
Ce qui ne va pas ? C'est leur soutien inconditionnel, leur
aveuglement à l'endroit de ce qui est anti-progressiste
dans la politique et le style de Hugo Chavez. En partant de
l'idée que du moment, il faut fermer les yeux sur ce
qui ne va pas, du moment qu'il est anti-impérialiste
et qu'il décrète un grande nombre de mesures
progressistes. Non, cher(e)s ami(e)s, les droits sociaux
ne doivent plus jamais se faire au détriment des droits
politiques démocratiques.
L'Algérie de Boumediene était
violemment anti-impérialiste, mais plus de 90% de ses
affaires juteuses elles les faisait avec les quatre grands
pays impérialistes et 4 % seulement avec les ex-pays
socialistes.
Mais quand il fallait obtenir des aides substantielles et
autres faveurs (dont des milliers de bourses par an et l'armement),
c'était vers ces derniers pays qu'elle se tournait.
C'est une autre façon de dire qu'il faut faire attention
à l'inflation du discours (souvent sincère)
anti-impérialiste et socialiste.
Hakim Arabdiou Arabdiou
Bref commentaire (ShaoShan)
Bon lancement de débat.
Non à la langue de bois, même
tropical.
Mais qu'appelle-t-on "démocratie"?
Un pouvoir plus étendu du peuple sur ses propres affaires.
De ce côté, le Venezuela de Chavez a marqué
des points. Tandis que le système dit "représentatif",
"parlementaire" à l'Européenne
en perd. Mais il faut inventer sans
cesse de nouvelles formes de participation populaire, de pouvoir
populaire. C'est ça, avancer dans la voie
tracée par les grands ancêtres du "socialisme".
Et pas appliquer un livre de recettes de cuisines.
Quant à l'économie, tout
le monde commence à voir que, si le capitalisme dans
sa forme impérialiste, Bushiste, ou Sarkoziste, a du
plomb dans l'aile, et s'engage, depuis le tournant vietnamien
(1965-68-75), sur la pente de l'agonie, ce déclin,
irréversible, s'annonce long et lent. Aucune révolution
ne se produit d'un CLIC.
Comme les mouvements de la mer, la
libération des peuples, des masses profondes, est progressive.
Elle passe par des ruptures, en série, entre
des plateaux de transition, en série. C'est
ce qu'indique, notamment, l'émergence de la
Chine.
Une "petite
phrase", dans une campagne présidentielle
qui s'annonce saignante, et les chiens
sont lâchés!...
Tout le monde peut
avoir la tentation de s'énerver, et de réagir,
dans la violence, la haine, voire l'hystérie...Tout
le monde...Nous ne nous en excluons pas...C'est un"droit".
Mais le "droit"
n'est pas toujours le "mieux".
On peut aussi avoir la tentation...de réfléchir,
cœur chaud, tête froide, en profondeur...Et
là, on entre dans le domaine du "courbe",
et pas du "droit", de l'oblique,
du complexe, du mouvant, du liquide - bref, de la
politique réelle, dans la réalité
"réelle".
C'est à quoi
nous invite l'entretien ci-dessous, dans Libé, ce vendredi,
22 décembre 2006, avec Marie-Hélène
Labbé, professeur à l'Institut
d'études politiques de Paris, auteur du livre
Le Grand Retour du nucléaire (éd. Frison-Roche).
Spécialiste des questions stratégiques,
elle analyse les différents aspects, méconnus,
traité de non-prolifération nucléaire,
(TNP).
On trouvera,
en bas, notre bref commentaire.
-Libération:L'Iran a-t-il
le droit de développer son industrie nucléaire
civile ?
- Non, car l'Iran viole clairement
ses engagements en matière de non-prolifération,
comme l'a constaté l'AIEA (Agence internationale de
l'énergie atomique) en septembre.
Or, le TNP n'accorde pas un droit inaliénable
au développement du nucléaire civil, comme
on le croit souvent. Il s'agit d'un
droit conditionnel, qui dépend du respect de la
non-prolifération en matière militaire.
A partir du moment où un pays
s'en affranchit, par exemple en relançant
la conversion de l'uranium comme le fait l'Iran,
ce droit tombe.
- Vous êtes donc d'accord avec Ségolène
Royal, qui refuse à l'Iran le droit au nucléaire
civil ?
- Cette position a un sens. Juridiquement, elle n'est
pas infondée, et elle me semble moralement
justifiée.
- En revanche, sur le plan de l'opportunité
politique, c'est beaucoup plus risqué...
- Malgré les arguties et les palinodies
de l'Iran,il serait dangereux
d'enterrer le TNP. Car cela ouvrirait la porte à
des scénarios très très
sombres...
- Peut-on vraiment interdire à un pays qui le souhaite
de passer du nucléaire civil au nucléaire militaire
?
- Bien sûr que non. Ces technologies sont
liées. Même en France, où le
Commissariat à l'énergie atomique (CEA) est
à la fois civil et militaire. Le Japon fait clairement
savoir qu'avec son industrie civile il ne lui faudrait pas
longtemps pour se doter d'une bombe, s'il le souhaitait. Et
les six pays du Golfe, avec l'Arabie Saoudite, viennent
d'annoncer qu'ils se lançaient à leur
tour dans le nucléaire civil...
- Il y a donc des risques graves de prolifération en
cas de disparition du TNP ?
- En réponse à une bombe iranienne, la Turquie
et l'Arabie Saoudite pourraient s'engager dans cette voie.
Et, en Asie orientale, le Japon, la Corée du Sud ou
Taiwan...
Que peut-on faire pour l'éviter ?
Je crois à l'efficacité des sanctions économiques.
Mais encore plus au verrou technologique
: les Iraniens peinent vraiment à enrichir
leur uranium. Il ne faut surtout pas
les aider à se doter des technologies, même civiles.
Il ne faut toutefois pas désespérer totalement.
Britanniques et Américains sont parvenus à convaincre
la Libye du colonel Kadhafi de renoncer à ses programmes
d'armes de destruction massive. Et l'Afrique du Sud a démantelé
son arsenal nucléaire à l'occasion d'un changement
de régime, à la fin de l'apartheid."
Bref
commentaire
Les
"grandes puissances"...du XXème
siècle, ex-"grandes
puissances", pour plusieurs d'entre elles, résidus
d'une époque révolue et morte, ont été
les premières à tricher avec le TNP
qu'elles avaient conclu, puis signé, avant de tenter
de l'imposer à toute la planète. Elles ont continué
à perfectionner leur propre arsenal de mort,
tout en organisant, en douce, en faveur
de leurs alliés du moment (Israël et Afrique
du sud de l'apartheid, pour les uns, Chine, puis Corée
du nord, Inde, Pakistan etc., pour d'autres) la
prolifération qu'elles juraient combattre,
Or, dans le monde...réel,
qui est le nôtre, et qui est désormais
sans Maître, donc sans Loi, sans "Droit"
-plus libre, plus instable, et moins sûr - plus
personne n'est en mesure, au-delà de la grande
parade des mots, d'imposer quoi que soit
à tous les autres.
Mais on ne peut
ce limiter à ce constat, qui resterait, alors,
lui-même, à son tour, de pure rhétorique.
Dans le contexte, troublé/troublant,
du monde où nous souhaitons, pourtant, continuer
à vivre, et à transmettre la vie, donc,
un Espoir, il y a deux voies: jouer
la carte du pire, et du chaos total, fût-ce
au nom du "droit", et de la "liberté"
(de faire exploser toute la planète dans
un Apocalypse Now, global); ou bien chercher
des solutions concrètes, positives, aussi
pacifiques que possible, par la voie d'accords négociés.
par la méthode douce.
- Que ceux qui se sentent,
ou se croient, assez forts pour affronter,
seuls, ou en petit groupes, voire en petit groupes d'Etats,
eux-mêmes, petits ou grands, le Grand Chaos,
prennent la responsabilité de le faire.
- Que
ceux qui pensent une autre voie possible, le prouvent:
en inventant - car il va falloir les inventer... -
les moyens de pression, économiques, technologiques,
diplomatiques, voire, dans certains cas précis
(ne soyons pas naïfs), mais limités,
militaires, permettant d'encourager les peuples,
et donc, leurs dirigeants, à s'orienter dans
la voie de compromis mutuellement avantageux, voie d'un progrès
dans l'harmonie et dans la paix.
C'est la "méthode
chinoise". Elle vaut mieux que
celle des brutes: si, et seulement si,
elle ouvre effectivement, et pas seulement en mots,
les voies d'un avenir meilleur aux peuples du Moyen-Orient,
que l'arrogance raciste et coloniale de l'actuel Etat d'Israël
pousse à l'aveugle dans l'engrenage
d'une militarisation épouvantable.
Un accord négocié
sur une démilitarisation et une dénucléarisation
progressive et par étapes,de l'arc de crise
cancérisant de Tel Aviv à Téhéran,
en passant par Bagdad, Beyrouth, Damas, Gaza, Istanbul, La
Mecque et Karachi, est impossible sans une
conférence globale sur la paix et le développement
dans toute la zone, qui passe, lui-même, par
une libération, elle aussi, par étapes, de la
Palestine martyre, devenue bombe vivante, fragmentant partout
ses terribles éclats.
- On hurlera
que c'est une utopie, que ce n'est pas possible.
- On répliquera
que "les femmes de la Commune de Paris ne se demandaient
pas si une chose était possible, mais
seulement si elle était nécessaire.
Alors, on s'organisait pour la faire."(Louise
Michel). - Et de simples ouvrières, de tout
âge, en guenilles, hissaient à la force des bras,
au-delà des barricades, et pour les protéger,
jusqu'au sommet des rues pavées, pentues, de Montmartre
ou de Belleville, de lourds canons de fonte baptisés
"Liberté", "Egalité",
"Fraternité"...
"En l'occurence et en réponse à
cette exellente analyse, il serait de droit au nom de l'évitation
du risque majeur de big band nucléaire planétaire
d'en arrêter là avec la prolifération.
- OK, très bien cela fait trente ans que, pacifiste
dans l'âme et appel des 200, des 3000 ou autres nous
nous ENGAGEONS dans des campagnes d'opinion opportuniste sur
l'arrêt du déploiement type SS20....
ET ALORS.....
L e monde réél continue et la superpuissance
militaire américaine décline ses intervention
armée classiques à l'abri, non pas de son parapluie
atomique, mais de son innateignabilité territoriale.
La planète est-elle moins dangereuse, et pour qui?
Je propose un sondage d'opinion à Baghdad, Ghaza ou
Beyrouth (sud...)? La peur
du big-bang ne fait frémir que ceux qui se sentent
aujourdhui à l'abri de l'hyper violence quotidienne
du monde réel. C'est une peur de parvenus, de privilégiés,
du niveau de la peur de l'Ogre ou de Barbe Bleue.
Une histoire de plus.
Les Russes et Américains ont eu leur stock de bombes
et bien des occasions d'y aller, ce n'est pas arrivé.
Mais on fait "comme si" c'était
plus irrationnel entre Juifs et musulmans, coréens
et japonais, perses et arabes.... Ça serait pas un
peu condescendant et néo-colonial comme préjugés????
Lorsque la lutte est anti impérialiste, anticolonialiste,
etc... ne pouvons-nous retrouver nos convictions de soutien
total à la résistance? La violence appelle la
violence et la justifie; lutter pour la non-prolifération
serait exiger le désarmenent unilatéral de "notre"
propre camp. Pas seulement de la région exotique concernée
par nos peurs du moment.
Finalement c'est un peu comme d'aller camper sur le canal
avec les SDF, avant de juger les frayeurs des autres et leurs
réponses indélicates, il nous faudrait goûter
leur supplice pour un peu plus de sympathie puis d'empathie.
Réponse
à Yasser Faris
(ShaoShan)
- Si le point de vue généralement
exprimé dans ces pages, et celui (ci-dessus)
auquel entreprend de répondre notre ami Yasser était
ce qu'il dit, néo-colonial, et dicté
par la peur, et la peur, en particulier, de perdre"nos"privilèges
de "dominants"vivant, eux, dans la paix, pendant
que les dominés subissent,
eux, au quotidien, l' "hyperviolence"
(excellente expression), cette réaction de lecteur
ne serait pas ici, noir sur blanc: mais au fond de la poubelle!
Elle n'y est pas. Bien qu'elle ne réponde
nullement aux arguments qu'elle
dénonce, qui ne sont pas les
nôtres, et qui n'ont pas
été publiés ici.
Nous choisissons, donc, comme
on peut le lire, de donner la parole à tous, sur un
sujet dont le caractère complexe autant que passionnel
entraîne, évidemment, chez chacun
de nous,
des réactions
souvent confuses et parfois même violentes.
Mais notre souhait
est d'inciter chacun à dominer ses "réactions",
comme nous nous y efforçons nous-mêmes (sans
doute avec un succès inégal), et à tenter
de dominer chacun son propre "pathos",
ses propres réactions passionnelles, en développant
une réflexion méthodique,
argument effectif contre argument effectif,
pour que tout le monde avance
ensemble, pas à pas. Ce qu'on peut
appeler une dialectique.
S'il y a débat, donc,
c'est parce que certains d'entre nous, et des milliards
de braves gens intelligents,
dans le monde, soutiennent le droit de tous,
y compris celui de l'Iran, à un développement
alternatif au tout- pétrole: mais
souhaitent, en même temps, qu'un partage
concerté des technologies du nucléaire civil,
dont les risques de dérapage plus ou moins clandestin
en prolifération militaire
sont connus, se fasse de façon négocié
entre tous et chacun - dans
l'élaboration et dans l'application de règles
commune.
- Evidememment, on est en droit de penser que
le présent, toujours, n'est que la répétition
sinistre du passé, que rien ne change jamais, que tout
va mal, et de plus en plus mal, que négocier ne sert
jamais à rien, qu'il ne reste qu'à fermer les
yeux, à respirer un coup, avant de hurler, et de taper
dans le tas, à l'aveugle.. Qu'à l'injustice,
il faut répondre par l'injustice, à la souffrance,
par la souffrance, à la bestialité, par la bestialité,
et que rien ne sert de s'efforcer de dominer la "Bête",
qui dort aussi en chacun de nous, et pas seulement chez l'
"autre", fût-il le boucher Bush lui-même.
On le peut. Mais
c'est, on l'a compris, tout le contraire de la démarche
fondatrice du site Le Monde Réel (lire
notamment l'édito de lancement, page d'accueil, tout
en bas: "Un
oiseau noir n'abolit pas le ciel bleu".)
- Les questions, donc, auquelles
nous aimerions inciter chacun, donc, aussi, notre amiYasser,
à réfléchir, peuvent être relues
dans le texte de départ,
en haut de cette colonne, dans le "bref
commentaire" à l'entretien accordé
à nos amis de Libé par la chercheuse Marie-Hélène
Labbé.
- Mais elles peuvent se résumer,
au fond, à une seule, qui est la suivante:
si les choses étaient si simples, pourquoi
l'Iran, fière
nation anti-impérialiste, et terre d'une très
ancienne civilisation, sophistiquée et raffinée,
tout comme son allié stratégique principal,
un pays globalement non-musulman, la
Chine (même profil), se sont-ils prêtés,
comme ils l'ont fait, à une
aussi longue négociation sur la question du
nucléaire civil et/ou militaire?
Et pourquoi continuent-ils
à en prolonger patiemment l'expérience,
malgré les difficultés qu'elle rencontre, à
l'évidence? - Comme le montre, à
l'évidence aussi, la décision collective
de "sanctions" qui n'en sont pas,
et masquent, à peine, la poursuite de négociations,
par étapes, dans la discrétion, sous d'autres
formes?
Une
clique d'UMP-sarkophiles, abusant quelques honnêtes
parlementaires égarés, dont
l'excellent Bernard Carayon, d'ordinaire mieux inspiré,lance
une provocation électorale contre
le Hezbollah.
Vive réplique
du colonel (CR) Corvez. Pour la lire,
clic
ici
- Un surprenant sourire du général
français Alain Pellegrini, ancien commandant
de la Finul a Liban, permet de décrypter les enjeux cachés
des violences du début de l'été 2007 au pays
du Cèdre...
(Entretien réalisé par notre excellent confrère
et ami Nidal Hamade, du magazine Al-Intikad, adapté
et reproduit par le Réseau Voltaire)
Général Alain Pellegrini :
« Il n’est pas difficile de savoir qui
soutient le Fatah al-Islam et les attaques contre la Finul »
Un an, jour pour jour, après l’offensive israélienne
contre le Liban, et à la veille de la réunion à
La Celle Saint-Cloud du forum interlibanais, le Réseau Voltaire
a publié la version française de l’entretien
accordé au magazine Al-Intikad par l’ancien commandant
de la Finul, le général Alain Pellegrini - version
intégrale, non expurgée des noms propres....
- 13 juillet 2007
Le général de division Alain Pellegrini,directeur
de la division Afrique et Moyen-Orient de la Direction du renseignement
militaire à Paris, puis conseiller Afrique-Moyen-Orient du
chef d’état-major des armées françaises,
et commandant de la Force Intérimaire des Nations Unies au
Liban (FINUL), de janvier 2004 à janvier 2007, répond
aux questions de Nidal Hamade.
Comment voyez-vous l’avenir du Liban ?
Alain Pellegrini :
Je ne suis pas optimiste en ce qui concerne la situation dans les
années qui viennent au Moyen-Orient en général
et au Liban en particulier. Je ne vois pas d’indice montrant
une avancée dans le traitement des dossiers politiques. Au
contraire, l’entêtement prend le dessus dans la vie
politique locale.
- Un an après la fin de la guerre au Sud du Liban,
comment évaluez-vous le travail accompli par les forces de
la Finul ?
Alain Pellegrini :
Les forces de la Finul ont réussi leur mission qui consiste
à veiller sur la sécurité, la stabilité
et le cessez-le-feu à la frontière libano-israelienne.
Elles continuent à préserver la souveraineté
du Liban grâce à leur collaboration avec l’armée
libanaise qui a pu se redéployer dans la région après
une longue absence.
- Pourtant les violations israéliennes de la zone
aérienne libanaise continuent sans que la Finul ne réagisse
?
Alain Pellegrini :
La Finul ne peut pas mettre fin aux violations aériennes
israéliennes car elles n’a pas d’armes anti-aériennes
équivalentes à celles que détient l’armée
de l’air israélienne. L’armement de la Finul
n’est pas assez puissant pour atteindre les avions israéliens
à haute altitude. Les meilleurs missiles sont ceux de la
force française, les modèles MISTRAL dont la portée
ne dépasse pas 1 500 mètres.
- Donc, l’histoire des missiles français qui ont été
lancés contre les avions israéliens n’est pas
crédible ?
Alain Pellegrini :
Non, pas du tout, cette histoire est vraie. Cet incident a eu lieu
lorsque les avions israéliens ont survolé, à
basse altitude, la force française. L’objectif était
de tirer des missiles permettant de protéger la force française
qui se sentait menacée.
Le but n’était pas d’arrêter les violations
aériennes du territoire libanais car cela n’est pas
possible. Mais la Finul veille à empêcher les violations
terrestres de la Ligne bleue [1] , et nous avons toujours donné
l’ordre de faire face à toute violation terrestre israélienne.
- Prévoyez-vous une nouvelle offensive israélienne
contre le Liban ?
Alain Pellegrini : Je ne crois pas, au moins à court
terme, pour deux raisons :
la présence des forces de la Finul complique le déclenchement
d’une nouvelle guerre.
les problèmes dont souffre l’armée israélienne
depuis la guerre de juillet dernier.
- Selon vous, qui a perdu la guerre de juillet 2006 ?
Alain Pellegrini : Je ne sais pas. Mais ladite guerre a
laissé des dégâts considérables au Liban.
Quant à ses retombés en Israël, cette offensive
a provoqué une crise au sein de l’armée. Une
crise qui ne sera pas sûrement résolue à court
terme.
- Vous dites qu’Israël a perdu la guerre ?
Alain Pellegrini : Non, je ne dis pas cela. Mais Israël
n’avait pas d’objectif politique déterminé
dans cette guerre. D’autant que même son objectif militaire
n’était pas clair.
- Une opération contre la Finul a coûté la vie
à six soldats espagnols. Cela vous a-t-il surpris et qui,
selon vous, a planifié cette opération ?
Alain Pellegrini : L’attaque a été
perpétrée par des extrémistes salafistes que
nous surveillons. Nous savions qu’ils préparaient quelque
chose contre nous. Ils bougeaient collectivement en voitures sans
êtres armés. Nous avons remarqué la menace qu’ils
représentaient, et nous avons averti le gouvernement libanais
qui a procédé à l’arrestation de certains
d’entre eux.
- Sont-ils Libanais ?
Alain Pellegrini : Certains parmi eux sont Libanais et
d’autres sont étrangers.
- Prévoyez-vous d’autres opérations contre les
forces de la Finul ?
Alain Pellegrini : Oui, ce genre d’opérations
reste très probable. Nous ne pouvons pas empêcher ce
genre d’opération dans cette région. La situation
sur le plan sécuritaire n’est pas facile à contrôler.
- Ce qui se passe dans le camp de Nahr el-Bared vous a-t-il
surpris ?
Alain Pellegrini : Nous avons prévu ce genre d’incident
depuis longtemps. Nous avons même averti le gouvernement libanais,
en novembre dernier, de la présence des extrémistes
salafistes dans le camp de Nahr el-Bared. J’ai personnellement
signalé cela au gouvernement de Beyrouth avant mon départ.
Je l’ai averti de la présence de quelques groupes qui
menacent la stabilité du pays. Ils ont dit qu’ils allaient
prendre ce problème au sérieux.
- À votre avis, qui est derrière le Fatah al-Islam
? [2].
Alain Pellegrini : Vous n’avez pas besoin de beaucoup
de réflexion pour connaître qui le soutient. Ce sont
des extrémistes sunnites actifs dans une région qui
est sous le contrôle d’une faction connue.
- Qui désignez-vous par cela ?
Alain Pellegrini : Ceux qui
financent le Jound el-Cham à Saida sont les mêmes qui
sont derrière le Fatah al-Islam dans le camp de Nahr el-Bared.
Les Hariri ?
Alain Pellegrini : (large sourire)
Que pensez-vous de la politique du président Sarkozy vis-à-vis
du Liban ?
Alain Pellegrini : Une nouvelle politique est mise en œuvre
à l’Élysée, les anciennes méthodes
n’ont plus cours. Ainsi, certains acteurs politiques au Liban
doivent admettre cette nouvelle politique de la France.
La France doit être plus ferme avec les Libanais et surtout
avec ses propres alliés. Elle doit leur demander de tenir
leurs engagements, car la dernière période a été
caractérisée par le non-accomplissement des engagements,
et certains pensent qu’ils n’ont pas de compte à
rendre.
- Quel intérêt voyez-vous à négocier
avec la Syrie ?
Alain Pellegrini : Vous savez bien qu’il faut négocier
avec tous les acteurs dans votre région. Cela fait partie
de la culture politique des peuples de votre région. La Syrie
a son influence, cela implique qu’il faut négocier
avec Damas. Cela ne veut pas dire qu’il faut s’incliner
devant la Syrie. Le dialogue pourra être utile pour convaincre
la Syrie de collaborer plutôt que de se placer dans une situation
délicate. Le dialogue, c’est le réalisme politique.
- On évoque un possible élargissement des missions
de la Finul pour contrôler la frontière syro-libanaise.
Alain Pellegrini : Il n’y a aucun intérêt
à introduire la Finul dans les conflits internes libanais.
Mais il est toujours possible de discuter à propos d’une
possible présence des forces de la Finul aux frontières
avec la Syrie.
- Que pensez-vous de la mission onusienne dans l’affaire de
l’assassinat du président Rafic Hariri ? [3]
Alain Pellegrini : Le fait d’avoir désigné
Detliv Mehlis pour mener l’enquête était une
grosse erreur. Il aurait fallu designer un enquêteur qui connaisse
bien la situation au Liban et les conflits politiques libanais.
Ou au moins le faire entourer par des conseillers expérimentés,
qui connaissent la situation libanaise et ses manipulations politiques.
Ainsi, le conseiller pourra montrer à l’enquêteur
comment se comporter avec chacune des personnalités concernées.
Mehlis était sous l’influence d’un groupe libanais
connu. Il a été victime des manipulations de certains
membres dudit groupe, et des pressions états-uniennes. Quant
à Serge Bremmertz, c’est une personne expérimentée
qui travaille loin de toutes pressions et de politisation.
- Que pensez-vous de la prolongation de la détention
des quatre officiers supérieurs interpelés à
la demande de M. Mehlis ? [4]
Alain Pellegrini : Avant de parler de cette prolongation,
je m’interroge sur les raisons de leur détention depuis
le début. Laissez-moi vous dire quelque chose, je connais
le Colonel Jamil el-Sayed depuis longtemps, depuis que j’étais
attaché militaire à l’ambassade de France. Je
vous confirme, avec toute objectivité, que Jamil est un homme
honnête et juste. C’est un homme de parole qui ne m’a
jamais surpris et qui a toujours tenu ses paroles et ses engagements.
Il est possible de sortir de cette situation illégale en
libérant les détenus sous caution. Ils seront appelés
à passer deux ou trois fois par semaine à un centre
gouvernemental déterminé pour confirmer leur présence
dans le pays. Une telle chose est courante chez nous en Europe.
- Pourquoi ne les a-t-on pas libérés ?
Alain Pellegrini : C’est le Conseil de Sécurité
de l’ONU qui refuse, sous la pression états-unienne,
de leur accorder leur liberté.
- Certains disent que vous avez été plus proche à
la position libanaise que votre successeur à la tête
de la Finul, le général Claudio Graziano ?
Alain Pellegrini : Je pense que le général
Graziano dépend du pouvoir politique en Italie, et l’avis
de celui-ci n’est pas toujours conforme à la nature
de la mission de la Finul. L’Italie a des intérêts
vitaux au Liban. C’est le premier partenaire commercial du
Liban, devançant la France qui occupe la deuxième
place. C’est ce que justifie le commandement de la Finul par
le général Graziano. Aucun responsable français
n’est intervenu dans mon travail lorsque j’étais
en fonction.
- Pensez-vous que vous avez tissé des relations d’amitié
dans le milieu politique libanais ?
Alain Pellegrini : Avant de considérer le coté
professionnel, j’ai des liens familiaux avec le Liban, la
femme de mon oncle est libanaise. Quant à mes relations avec
les acteurs libanais, elles sont très anciennes. Elles ont
commencé lorsque j’étais attaché militaire
à l’ambassade de France à Beyrouth. J’étais
responsable d’une force qui a sauvé plusieurs responsables
libanais lors de la guerre civile, dont le général
Michel Aoun et Nabih Berri.
- Pensez-vous publier un livre sur votre expérience
libanaise ?
Alain Pellegrini : Oui, mais pas tout de suite, car certains
éléments que je souhaite révéler peuvent
porter préjudice à des personnalités libanaises
toujours en activité.
Entretien réalisé par notre ami Nidal Hamade
(Al-Intikad)
Notes
1. L'accusation contre la famille Hariri,
crédible dans la bouche de cet officier supérieur
de très haut rang, spécialisé dans le renseignement,
et les affaires libanaises, et qui n'a pas la réputation
de parler pour ne rien dire, demanderait une réponse, et
un commentaire, de la famille Hariri. N'ayant pas leurs coordonnées,
nous leur faisons passer le message, ici. S'ils tiennent à
s'exprimer, ils sont les bienvenus dans ces colonnes.
2. Suite des notes
[1] La Ligne bleue est la frontière provisoire tracée
par l’ONU entre Israël et le Liban. NdlR.
[2] Voir « Le dossier des mercenaires du Fatah al-Islam est
clos », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 juin
2007.
[3] Voir « La commission Mehlis discréditée
», par Talaat Ramih et « Attentat contre Rafic Hariri
: Une enquête biaisée ? », entretien de Jürgen
Cain Kulbel avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 9 décembre
2005 et 15 septembre 2006.
[4] Accusés de complot dans l’affaire Hariri, Moustapha
Hamdane (commandant de la Garde présidentielle), Jamil el-Sayed
(ancien commandant de la Sûreté générale),
Ali al-Haj (ex-directeur des forces de Sécurité intérieure)
et Raymond Azar (commandant des Services de renseignement militaire)
sont incarcérés depuis le 1er septembre 2005 alors
même que les élèments retenus contre eux ont
été abandonnés.
IMPERIALISME-TERRORISME-
ISLAMISME
RADICAL
Le
colonel (CR) Alain Corvez, conseiller du général
commandant la Force d'Interposition des Nations Unies (FINUL
), au Liban, au début des années 80, rappelle
les éléments essentiels de la pensée du général
de Gaulle, concernant, notamment, la Palestine...Un
vision large et profonde, avec une anticipation puissante des événements...
Jeune
retraité de l'armée, le colonel Corvez est aujourd'hui
un citoyen engagé dans les grands combats de son époque.
Souverainiste, il est un des experts du"Forum
pour la France".Attaché au principe
de l'indépendance de notre pays, contre les dangers d'une
intégration à un bloc fédéraliste euro-atlantique,
il défend, logiquement, comme on va le lire, le droit
des peuples, de tous les peuples, à disposer d'eux-mêmes:
le principe de souveraineté - qui a valeur
pour tous. Et donc, aussi, naturellement, pour
la Palestine, comme pour l'Irak. Ou l'Iran...
Comme
d'autres militaires français de très haut rang, l'amiral
Michel Debray, commandant du porte-avions Foch
au large du Liban, pendant la crise crée par l'invasion
israélienne, au début des années 80,
le contre-amiral Gaucherand,
et d'autres, il a fait partie du groupe d'experts
animé par Gilles Munier,
à la veille du déclenchement de la guerre
d'agression anglo-américaine contre l'Irak.
Courageusement,
ces hommes intègres se sont rendus sur le terrain, alors
que résonaient déjà les tambours de la guerre,
pour y "contrôler les contrôleurs",
sur la question des "armes de destruction massives"...
Analyse des relations entre ces conceptions de l’action violente,
au travers du discours du Général de Gaulle et de
ma connaissance du monde musulman.
Par Alain CORVEZ
«Israël
ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de
combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant,
il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation
qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions,
et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à
son tour, il qualifie de terrorisme. »
Conférence de presse tenue au palais de l’Elysée
par le Général de Gaulle le 27 novembre
1967.
Dans ce discours
fameux, qui souleva aussitôt une intense émotion dans
le monde, de Gaulle replace de façon magistrale, comme seul
il savait le faire, la situation au Moyen-Orient dans sa conjoncture
historique, depuis l’époque biblique jusqu’à
la déclaration Balfour de 1917, la création de l’Etat
d’Israël par l’ONU en 1947 , le déclenchement
par Israël de «la guerre des six jours» qui s’est
achevée six mois plus tôt par l’écrasante
victoire de l’Etat hébreu, et l’affrontement
des deux blocs, en dénonçant à la fin «la
guerre odieuse» que «l’un des quatre plus grands
mène ailleurs» ,dans laquelle il voit des raisons de
la tension qui a permis l’éclatement de la guerre.
» Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui.
Sans la guerre du Viêt-nam, le conflit entre Israël et
les Arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. »
Contrairement à l’interprétation qui en a été
faite généralement, de Gaulle y exprime de façon
poétique et même affectueuse son admiration pour le
peuple juif dont il relate la merveilleuse histoire, déplore
les «abominables persécutions», vante l’ingéniosité
et le courage.Le seul passage qui fut retenu est celui où,
ayant à l’esprit la politique agressive de l’Etat
d’Israël il dit:
«On pouvait se demander,en effet, et on se demandait même
chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté
sur des terres qui avaient été acquises dans des
conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes
qui lui étaient
foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner
d’incessants, d’interminables, frictions et
conflits.Certains, même, redoutaient que les Juifs, jusqu’alors
dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils
avaient été de tout temps, c’est-à-dire
un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur,
n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de
leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et
conquérante les souhaits très émouvants qu’ils
formaient depuis dix-neuf siècles.» (Lire la
suite ci-dessous, ou par CLIC
ICI
En 1996, je crois, je rencontrai le jeune député du Hezbollah,
Hussein Haj Hassan, titulaire
d’un doctorat en physique obtenu en France, alors que le Premier
Ministre de cohabitation
Lionel Jospin venait de terminer une visite en Israël où il
avait déclaré officiellement sa
réprobation des attaques perpétrées par la résistance
libanaise en Galilée, qualifiant le
Hezbollah de milice terroriste. Pour montrer sa sollicitude envers les
Palestiniens, il avait
demandé à visiter l’université palestinienne
de Bir El Zeit où il fut accueilli par des jets de
pierres à cause de cette déclaration. Le Docteur Haj Hassan
expliqua cette réaction des
étudiants palestiniens par la solidarité des victimes de
l’injustice et de l’oppression et se
demandait si la politique arabe de la France avait changé. Le même
jour, une mise au point du
Président Chirac apportait un démenti à cette idée,
confirmé par un communiqué du Ministre
des Affaires Etrangères, Hubert Védrine peut-être.
Parmi toutes les personnes rencontrées, Hassan Youssef, titulaire
d’un diplôme de Docteur ès
sciences obtenu en France, parfait francophone, m’aida beaucoup
à cerner les problèmes et à
entrer dans les raisonnements orientaux parce qu’il réunissait
en lui les deux cultures. Il avait
été en quelque sorte le Ministre des Affaires Etrangères
du parti AMAL de Nabih Berri, puis
Président du Conseil Supérieur du Sud qui consistait de
facto à être Ministre des Affaires du
sud Liban dans le gouvernement issu de Taef.
Après 22 ans d’occupation, le 24 mai 2000 dans la nuit, les
forces israéliennes évacuaient le
sud du Liban sans préavis, y compris à leurs alliés
Libanais de l’ALS (Armée du Liban
Sud).La zone libérée était aussitôt prise sous
son contrôle par le Hezbollah qui fit preuve de
grande maturité politique en empêchant toutes exactions ou
vengeances sur les Libanais de la
région qui pouvaient avoir collaboré avec Israël. Cette
attitude renforça sa notoriété et,
puisqu’il était le chef de file de la résistance,
il ne manqua pas de célébrer avec faste
l’évènement comme sa victoire tout en y associant
l’ensemble du peuple libanais. La plupart
des Libanais en ressentit un sentiment de fierté, sauf ceux qui
étaient liés à Israël bien sûr, qui
eurent le sentiment d’avoir été trahis par leur ancien
protecteur.
L’assassinat de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri
à Beyrouth le 14 février 2005,
intervenant après le vote par l’ONU de la résolution
1559 le 2 septembre 2004 demandant le
retrait des forces syriennes du Liban (en réalité la Syrie
n’y est jamais mentionnée mais la
résolution demande l’évacuation de toutes les forces
étrangères et le désarmement de toutes
les milices: vaste programme! ) , fut le déclencheur d’une
accélération de l’évacuation qui
avait déjà commencée et fut achevée en avril
2005. La SYRIE fut accusée par la foule
libanaise et l’opinion internationale d’être responsable
de l’attentat avec ses alliés libanais et
l’ONU diligenta une première commission d’enquête
qui rendit un rapport en décembre 2005,
accusateur pour la Syrie mais reposant uniquement sur des déclarations
de témoins infondées.
Une deuxième commission est actuellement à l’œuvre
avec une méthode différente.
La résolution 1559 avait été préparée
en commun par la France et les Etats-Unis dès juin 2004
et sans doute qu’à l’origine Rafic Hariri avait pu
y avoir un rôle quand on sait l’influence qu’il
avait en France au plus haut niveau. Toutefois, même s’il
avait eu dernièrement des différends
avec le pouvoir syrien, ce n’était pas la première
fois, et il était depuis longtemps un partisan
de liens étroits entre Beyrouth et Damas qu’il avait maintenus
pendant ses nombreuses années
de Premier Ministre, poste qu’il occupa jusqu’au 26 octobre
2004. On voit mal l’intérêt
qu’aurait eu la Syrie à éliminer un allié qui
pouvait encore lui être utile par son nationalisme
arabe, son soutien indéfectible à la cause palestinienne,
les relations de confiance qu’il avait
établies avec le Hezbollah dont il rencontrait le chef chaque semaine,
et déclencher de ce fait
un vaste mouvement contre elle. Quoi qu’il en soit, elle se trouve
sous pressions de la part de
la France et des Etats-Unis, mais il semble qu’avec le fiasco iraquien
et la crise iranienne, le
risque de voir ressurgir les islamistes des Frères Musulmans, l’Amérique
pourrait finalement
regarder le Président Bachar el Assad comme un élément
de stabilité dans la région dont le
soutien à la cause palestinienne ne menace pas directement Israël.
La nouvelle opposition au Liban formule désormais de plus en plus
d’exigences mais de façon
assez discordante, comme toujours dans ce pays aux dix huit confessions
différentes. Saad
Hariri a repris le rôle de dirigeant de son père mais est
loin de faire l’unanimité. Le général
Michel Aoun, rentré au Liban après le retrait syrien,
semble avoir pris du recul sur les
évènements et évite de crier avec les loups pour
se présenter comme un responsable réaliste,
ce qui n’était pas toujours le cas pendant son exil. Son
rapprochement récent du Hezbollah,
même s’il déplaît à certains chrétiens
encore figés dans un passé révolu, est un
signe de sa
volonté de rassembler tous les Libanais. Aucun chef maronite n’émergeant
vraiment des
divers postulants à la magistrature suprême, sa posture d’attente
pourrait lui être profitable le
moment venu.
La veille de l’intervention américaine en IRAQ en mars 2003,
j’étais à Bagdad avec un groupe de géopolitique
pour inspecter les inspecteurs de l’ONU qui cherchaient
désespérément des armes de destruction massive (ADM)
et montraient parfois des objets incongrus comme indices d’une possible
dissimulation d’activité illicite, ce qui prenait un tour
parfaitement ridicule mais ne les tuait pas! Bien entendu ils n’en
trouvèrent jamais.
L’écrivain Philippe de Saint-Robert, lors d’une mission
analogue un mois auparavant avait
déclaré aux journalistes que la seule arme de destruction
massive qu’il ait vue en Iraq était
l’embargo qui privait ce pays de tout, en particulier de nourriture
et de médicaments et avait
tué au moins un million de personnes parmi lesquelles de nombreux
enfants.
Comme beaucoup de pays du Moyen-Orient, et d’ailleurs, l’Iraq
de Saddam Hussein était une
dictature sévère qui maintenait l’unité du
pays entre chiites, Kurdes et sunnites, dans une main
de fer.
D’idéologie laïque, les tendances islamistes y étaient
soigneusement contrôlées: l’islam
devait se cantonner aux mosquées et aucune religion ne pouvait
s’immiscer dans la politique.
Les chrétiens étaient bien traités et occupaient
des postes importants dans le gouvernement,
l’administration et l’économie.
Les Kurdes se satisfaisaient de l’autonomie que le pouvoir central
leur laissait depuis la
première guerre du Golfe de 1990. Implantés sur des terres
chevauchant les frontières
reconnues internationalement, Turquie, Syrie, Iraq, Iran, ils savaient
que la création d’un Etat
kurde était une gageure analogue à celle de la création
de l’Etat d’Israël, qui rencontrait les
mêmes appréhensions et entraînerait les mêmes
conséquences, bien qu’ils fussent une vraie
nation ethniquement, avec leur langue et leur culture conservée
depuis des siècles, comme la
nation juive. Le modus vivendi avec le pouvoir de Bagdad auquel ils étaient
associés au
niveau ministériel leur convenait donc.
Le terrorisme n’existait pas et la mouvance islamiste radicale internationale
qui n’y avait
aucun asile ne manquait pas de critiquer le régime pour cette raison.
Mais alors que les
nombreuses autres dictatures du globe ne gênaient ni les Etats-Unis
ni Israël, l’Iraq présentait
à leurs yeux un danger car Saddam Hussein en avait fait un pays
développé et prospère,
utilisant son immense richesse pétrolière pour créer
une infrastructure industrielle, routière,
ferroviaire, un réseau de canaux de navigation exceptionnels, un
ensemble éducatif, scolaire et
universitaire, ainsi qu’un système de santé uniques
dans la région. Après avoir été soutenu par
l’occident dans sa guerre contre l’Iran chiite de Khomeiny,
il prétendait à la direction de la
cause arabe, en rivalité avec son voisin syrien, frère séparé
du baasisme laïc et avait des
prétentions territoriales sur le Koweit.
Comme ses immenses réserves de pétrole seront, pour les
cinquante ans à venir
indispensables à l’ensemble du monde, Europe et Asie surtout,
en s’en emparant les Etats-
Unis étaient sûrs de tenir la dragée haute à
tout rival émergeant dans les prochaines années. Or
l’Europe, et tout particulièrement la France étaient
déjà présentes en Iraq, ainsi que la Russie,
mais pas l’Amérique. Même s’il n’y avait
pas d’ADM, il fallait donc y apporter rapidement
les douceurs de la démocratie américaine. On connaît
le résultat et on voit mal comment sortir
de ce chaos, car même un retrait des forces américaines laisserait
désormais un pays déchiré,
bien que le terrorisme aveugle qui s’y développe soit à
distinguer de la résistance à
l’occupation américaine, préparée et organisée
de longue date par les baasistes, désormais
alliée à une résistance islamiste. Le terrorisme
aveugle qui tue des civils innocents chaque
jour et veut créer des haines basées sur le sang entre des
communautés qui cohabitaient
autrefois harmonieusement doit être lié aux nombres d’agents
de renseignement américains,
israéliens, britanniques, allemands présents sur le terrain
et dont certains se sont faits prendre
la main dans le sac. Une solution sous égide internationale paraît
en tout cas seule
envisageable.
Le survol de ces crises où la violence s’exprime sous des
aspects variés montre cependant
une constante: les rivalités mimétiques décrites
par le philosophe René Girard n’ont jamais
été aussi fortes et le terrorisme qui se répand est
le résultat des injustices et frustrations
ressenties par le monde musulman. Au lieu de privilégier le respect
des différences de culture
et l’enrichissement des échanges entre elles, avec l’impérialisme
aveugle qui veut s’imposer
partout sur la planète, le monde se heurte au choc des civilisations
et se précipite vers sa perte,
sous une forme ou sous une autre. Il est terrifiant de constater que les
tenants de cette
politique, l’Amérique souvent suivie par l’Europe,
persuadés d’agir pour le bien de
l’humanité en lui apportant les bienfaits de la civilisation
occidentale, ne réalisent pas
l’insensé de cette attitude, vérifiant ainsi les prophéties
de Nietzsche qui ne voyait d’issue
possible à cette domination de l’absurde que dans l’apparition
de surhommes capables de
sortir l’Europe de cet engrenage fatal, par le retour aux vrais
valeurs qui font la grandeur de
l’homme. (Et non pas pour imposer leur domination comme Heidegger
l’a dit en dévoyant la
pensée de son mentor pour déboucher sur les théories
nazies.)
Pour terminer cette analyse, je laisserai tout d’abord la parole
à l’ambassadeur Camille
Aboussouan qui était un des étudiants présents à
la distribution des prix de l’Université Saint
Joseph de Beyrouth le 3 juillet 1931, quand le Commandant de Gaulle y
prononça un discours
magnifique sur leur rôle pour construire le Liban futur, resté
dans les mémoires de tous les
Libanais. Le jeune et talentueux écrivain libanais, Alexandre Najjar
a écrit à ce sujet un joli
livre intitulé «De Gaulle et le Liban» dont le premier
tome est sous-titré «Vers l’Orient
compliqué, 1929-1931» qui retrace l’historique des
liens entre le Général et le Liban.
"Une minorité agissante, que l'on ne saurait confondre avec
les fidèles de la vénérable religion
juive, est parvenue, au siècle de la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme, à établir
dans les esprits de l'Occident une confusion totale par rapport à
une terre déjà normalement
peuplée et qui élaborait pacifiquement son destin palestinien.
Certes dans les rigueurs qui sont
communes aux deux tiers de l'humanité, mais avec une résolution
riche d'espérances. Les
moyens audiovisuels et ceux de l'écrit ne sont pas encore l'apanage
de ce peuple arabe spolié
et, depuis juin 1967, sa voix est plus que jamais celle de la souffrance
et de l'oppression...
L'Occident protecteur d'un Israël expansionniste et sectaire pourrait
se réveiller un jour effaré
des conséquences tragiques de sa cruelle partialité."
Camille Aboussouan (1968)
Enfin, ayant placé
en exergue une citation du Général de Gaulle, je le laisserai
aussi conclure
avec ces mots où il place dans les relations franco libanaises
un espoir pour la paix du
monde:
"Les liens entre
la France et le Liban s'illustrent par leur solidité et leur sincérité.
Si la
France est investie d'une mission en Orient, le Liban est, de son côté,
investi d'une mission en Europe. C'est pourquoi il importe à nos
deux pays de demeurer en accord, solidaires, non seulement sur les questions
d'ordre pratique, mais également sur les questions politiques.
Cette coopération peut aider à restaurer la paix dans la
région où se trouve le Liban, et contribuer ainsi à
la paix dans le monde." Le Général Charles de Gaulle
(1968) Alain Corvez.
Le 27 novembre 1967, le Général de Gaulle - Président
de la Vème République de 1958 à 1969 -
a dessiné un portrait du peuple juif et d’Israël qui
lui vaudrait à coup sûr aujourd’hui
l’accusation d’antisémitisme.
Conférence de Presse du Général de Gaulle le 27 novembre
1967.
"L’établissement, entre les deux guerres mondiales,
car il faut remonter jusque-là,
l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine et
puis, après la Deuxième Guerre
mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël,
soulevait, à l’époque, un certain nombre
d’appréhensions.
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup
de Juifs,
si l’implantation de cette communauté sur des terres qui
avaient été acquises dans
des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes
qui lui
étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner
d’incessants, d’interminables,
frictions et conflits.
Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés,
mais qui étaient
restés ce qu’ils avaient été de tous temps,
c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de
lui-
même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés
dans le site de leur ancienne
grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les
souhaits très émouvants
qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles.
Cependant, en dépit du flot tantôt montant, tantôt
descendant, des malveillances
qu’ils suscitaient dans certains pays et à certaines époques,
un capital considérable
d’intérêt et même de sympathie s’était
accumulé en leur faveur, surtout, il faut bien le
dire dans la Chrétienté; un capital qui était issu
de l’immense souvenir du Testament,
nourri par toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu
par la
commisération qu’inspirait leur antique malheur et que poétisait,
chez nous, la
légende du Juif errant, accru par les abominables persécutions
qu’ils avaient subies
pendant la Deuxième Guerre mondiale et grossi, depuis qu’ils
avaient retrouvé une
patrie, par leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats.
C’est pourquoi, indépendamment des vastes concours en argent,
en influence, en
propagande, que les Israéliens recevaient des milieux Juifs d’Amérique
et d’Europe,
beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement
de leur
Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les Puissances, tout en
désirant qu’ils
parviennent, en usant d’un peu de modestie, à trouver avec
leurs voisins un "modus
vivendi" pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques
avaient quelque peu
changé depuis 1956; à la faveur de l’expédition
franco-britannique de Suez, on avait
vu apparaître, en effet, un Etat d’Israël guerrier et
résolu à s’agrandir. Ensuite,
l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration
de nouveaux
éléments, donnait à penser que le territoire qu’il
avait acquis ne lui suffirait pas long-
temps et qu’il serait porté, pour l’agrandir, à
utiliser toute occasion qui se présenterait.
C’est pourquoi, d’ailleurs, la Vème République
s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël,
des
liens spéciaux et très étroits que le régime
précédent avait noués avec cet Etat et
s’était appliquée, au contraire, à favoriser
la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr,
nous conservions avec le Gouvernement israélien des rapports cordiaux
et, même,
nous lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements
qu’il demandait
d’acheter, mais, en même temps, nous lui prodiguions des avis
de modération,
notamment à propos des litiges qui concernaient les eaux du Jourdain
ou bien des
escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux
camps.
Enfin, nous nous refusions à donner officiellement notre aval à
son installation dans
un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé
et nous maintenions notre ambassade
à Tel-Aviv.
D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne,
nous avions repris avec les
peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié,
de coopération, qui avait été
pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde
et dont la raison et
le sentiment font qu’elle doit être, aujourd’hui, une
des bases fondamentales de notre
action extérieure.
Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux Arabes que, pour nous,
l’Etat d’Israël
était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il
fût détruit. De sorte que, on
pouvait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait
aider directement à ce
qu’une paix réelle fût conclue et garantie en Orient,
pourvu qu’aucun drame nouveau
ne vînt le déchirer.
Hélas! le drame est venu. Il avait été préparé
par une tension très grande et
constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés
de Jordanie, et aussi d’une
menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai,
l’affaire d’Akaba,
fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir
un prétexte à ceux qui rêvaient d’en
découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait,
dès le 24 mai, déclaré à M.Eban,
ministre des Affaires étrangères d’Israël, que
je voyais à Paris. " Si Israël est attaqué,
lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire,
mais si vous attaquez,
nous condamnerons votre initiative.
Certes, malgré l’infériorité numérique
de votre population, étant donné que vous êtes
beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup
mieux armés, que
les Arabes, je ne doute pas que, le cas échéant, vous remporteriez
des succès
militaires, mais, ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le
terrain, et au point de
vue international, dans des difficultés grandissantes, d’autant
plus que la guerre en
Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension
déplorable et
d’avoir les conséquences très malencontreuses pour
beaucoup de pays, si bien que
c’est à vous, devenus des conquérants, qu’on
en imputerait peu à peu les
inconvénients." On sait que la voix de la France n’a
pas été entendue. Israël ayant
attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des
objectifs qu’il voulait atteindre.
Maintenant, il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation
qui ne peut aller
sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste
contre lui une résistance,
qu’à son tour il qualifie de terrorisme.
Il est vrai que les deux belligérants observent, pour le moment,
d’une manière plus ou
moins précaire et irrégulière, le cessez-le-feu prescrit
par les Nations Unies, mais il
est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il
ne peut pas avoir de solution,
sauf par la voie internationale.
Mais un règlement dans cette voie, à moins que les Nations
Unies ne déchirent elles-
mêmes leur propre Charte, un règlement doit avoir pour base
l’évacuation des
territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute
belligérance et la
reconnaissance réciproque de chacun des Etats en cause par tous
les autres. Après
quoi, par des décisions des Nations Unies, en présence et
sous la garantie de leurs
forces, il serait probablement possible d’arrêter le tracé
précis des frontières, les
conditions de la vie et de la sécurité des deux côtés,
le sort des réfugiés et des
minorités et les modalités de la libre navigation pour tous,
notamment dans le golfe
d’Akaba et dans le canal de Suez.
Suivant la France, dans cette hypothèse, Jérusalem devrait
recevoir un statut
international.
Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre,
il faudrait qu’il y eût l’accord des
grandes puissances (qui entraînerait ipso facto celui des Nations
Unies) et, si un tel
accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à
prêter sur place son concours
politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement
appliqué.
Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître,
non point
fictivement sur quelque formule creuse, mais effectivement pour une action
commune, tant que l’un des plus grands des Quatre ne se sera pas
dégagé de la guerre
odieuse qu’il mène ailleurs.
Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame
du Viêt-Nam, le conflit
entre Israël et les Arabes ne serait pas devenu ce qu’il est
et si, demain, l’Asie du Sud-
Est voyait renaître la paix, le Moyen-Orient l’aurait bientôt
recouvrée à la faveur de la
détente générale qui suivrait un pareil évènement."
Nous ne dirons pas son âge.
Cela ne se fait pas. Et de toute façon, c'est un secret. Un secret
de la Résistance...Notons simplement que quand nous l'avons rencontrée,
un jour, sur le marché de Saint-Denis (93), où cette fille
du Limousin Rouge, qui honore encore la mémoire du "préfet
des maquis" (le colonel Guingouin) accompagnait les jeunes militants
d'EuroPalestine, ils lui avaient apporté un petit tabouret de camping,
pliant...Pour qu'elle puisse distribuer les tracts, sans trop se fatiguer...
Ils l'aident aussi, quand il le faut, à monter les escaliers des
AG, avec sa canne...Bref, Marie-Jeanne, femme de fer au sourire de lumière,
et communiste de choc, à l'ancienne, et qui ignorait, évidemment,
que nous nous préparions à publier, sur le même sujet,
le beau texte du colonel Corvez (ci-dessus), nous envoie, au même
moment, ce petit mot:
" Hier,
je me suis aperçue qu'on fêtait le I8 juin à la Mairie
du XIVème. Je passais à cet endroit et j'ai vu des chaises
et des gerbes... Je suis allée récupérer les photocopies
des textes que je t'envoie, je n'en n'avais que 1O, c'était bien
dommage... Je les ai trés vite distribués, à des
élus que je ne connais ni d'Eve , ni d'Adam, et aux vieux héros
médaillés munis de sonotones. Aprés, j'ai su que
de semblables cérémonies avaient eu lieu dans toutes les
Mairies et j'ai pensé que c'était dommage qu'on n'ait pu
aller partout en distribuant abondamment ces paroles à ces vieux
gaullistes pour lesquels la parole de de Gaulle compte encore même
s'ils sont "embrouillés" par ailleurs...
Juste avant le I8, le I6, j'ai envoyé les photocopies du texte
intégral, à Debré J.L, avec une lettre manuscrite.
Enfin, je fais ce que je peux, pas grand chose, et la situation me parait
souvent, désespérée."
Le texte
dont parle Marie-Jeanne est le même que celui que cite, ci-dessus,le
colonel Corvez. Dans sa version on ne peut plus officielle, tirée
des MEMOIRES D'ESPOIR, du Général de Gaulle. Marie-Jeanne,
qui, comme tout communiste de principe, de tradition, et cultivé,
aime et admire De Gaulle autant qu'elle aime et qu'elle admire la Résistance
Palestinienne, y a joint ces extraits d'une lettre de De Gaulle à
Ben Gourion, le 30 décembre 1967: (Dans Lettres, notes et carnets.
Tome : juillet I966-Avril I969. Editions Plon. P.170-172):
"C'est avec grand intérêt que j'ai pris connaissance
de votre lettre du 6 décembre.......Vous rappelez, à juste
titre, que mon pays et moi-même n'avons pas, depuis l'origine, ménagé
notre sympathie à cette construction nationale et... nous nous
serions opposés à ce qu'elle fut anéantie.... Mais.......j'ai
toujours dit - et d'abord, à vous même- que pour justifier
à mesure l'œuvre ainsi commencée et assurer son avenir,
une stricte modération s'imposait à Israël dans ses
rapports avec ses voisins et dans ses ambitions territoriales. Cela d'autant
plus que les terres initialement reconnues à votre Etat par les
puissances sont considérées par les Arabes comme leur bien,
que ceux-ci, au milieu desquels s'installait Israël, sont, de leur
côté, fiers et respectables, que la France éprouve
à leur égard une amitié ancienne et naturelle, et
qu'ils méritent, eux aussi, de se développer en dépit
de tous les obstacles que leur opposent la nature, les graves et humiliants
retards qu'ils ont souvent subis depuis des siècles du fait de
leurs occupants successifs, enfin leur propre dispersion......... ......En
entamant les hostilités, en prenant par la force des armes possession
de Jérusalem et de maints territoires jordaniens, égyptiens
et syriens, en y pratiquant la répression et les expulsions qui
sont inévitablement les conséquences d’une occupation
dont tout indique qu’elle tend à l’annexion, en affirmant
devant le monde que le règlement du conflit ne peut être
réalisé que sur la base des conquêtes acquises et
non pas à condition que celles-ci soient évacuées,
Israël dépasse les bornes de la modération nécessaire.
Je le regrette d'autant plus que, moyennant le retrait de ses forces,
il apparait qu'une solution comportant la reconnaissance de votre Etat
par ses voisins, des garanties de sécurité... qui pourraient
être précisées par arbitrage international, un sort
digne et équitable assuré aux réfugiés et
aux minorités serait aujourd'hui possible dans le cadre des Nations
Unies.......... Cette issue qui ramènerait la paix au Moyen-Orient,
faciliterait la concorde universelle et, suivant moi, servirait l'intérêt
des peuples intéressés, y compris celui du vôtre,
ne comblerait pas, je le sais, tous les désirs d'Israël.....Mais
quoi ? Israël .... est devenu, bel et bien, un Etat parmi les autres
et dont, suivant la loi commune, la vie et la durée dépendent
de sa politique. Or, celle-ci-combien de peuples l'ont, tour à
tour éprouvé- ne vaut qu'à la condition d'être
adaptée aux réalités.........."
_____________________________________________
"De tout ça, que reste-t-il, nous demande, à la fin,
Marie-Jeanne,que nous en transmettent les medias et les nains qui nous
gouvernent, si même ils ont lu ces textes ? Il reste "peuple
sûr de lui et dominateur", et entre autres, la construction
du tramway, le feu d'artifice de Douste et les "tentes" de Mme
Halter....
"Je
pars dans mon "douar d'origine" en Limousin, vendredi. Salut.
-Là bas, je n'ai pas internet".
Merci, Marie-Jeanne.
Pour ce que tu fais, pour ce que tu es, pour ton exemple, pour tes "Mémoires
d'Espoir", et pour la Palestine, à qui tu donnes tant...