1.
Manet: 6 mois de grève, à 7,"pour les papiers et
pour la dignité".
Championne de basket, dans son pays, le Mali, venue
en France pour travailler, comme tant et tant de ses frères et
sœurs de misère, elle a dû se résoudre à
prendre une fausse identité, sous des papiers d'emprunt, pour passer
la frontière puis trouver de quoi manger, et de quoi faire
vivre sa famille - dont un petit frère de 16 ans, scolarisé
en France...Femme de choc, n'ayant pas froid aux yeux,
c'est elle qui a réagi la première, après les premières
grèves d'ouvriers africains de France - des hommes...-
revendiquant leur régularisation. Prenant sous les bras quelques-unes
de ses copines femmes de ménage des grands hôtels
parisiens exploitées par la société de nettoyage
Manet, elle est allée voir la CGT carrément:
"Vous n'auriez
pas besoin de femmes, pour votre mouvement?". Avec
l'appui d'un unique salarié de sexe masculin, elles se sont
retrouvées à 7 pour se mettre en grève. 7 sur 150.
Et ont tenu 6 mois, occupant les locaux de la société,
rue du Chemin Vert, dormant à même le sol, ripostant
aux menaces, aux insultes, avec le soutien de la CGT, et de tout le quartier.

| Une très longue grève, avec ses moments
d'angoisse (ci-dessous, Maryam, à dr, en
robe claire, au cours d'une conférence de presse, en compagnie
de Soumare, le seul gréviste de sexe masculin, et de Fanta,
enseignante au Mali, après avoir été la plus
jeune bachelière de son pays, devenue, en France, femme de
ménage sous-payée, s'épuisant dans un travail
harrassant, et la déléguée CGT de Manet...) |
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3.Bataille
pour une
Maman malade,
menacée d'expulsion
imminente
- après le rejet de sa demande de régularisation
en dépit d'un état de santé accablant
Rokiantou KANTE, épouse TRAORE, mère
de Maryam, 50 ans (à dr sur la
photoci-dessus, tenant le masque respirateur fixé au tuyau
de l'appareil sans lequel, sujette à de très graves
crises d'" apnée du sommeil"
elle risque de mourir asphyxiée pendant la nuit).
Née française, à
Dakar, au Sénégal, avant l'indépendance,
le 1er janvier 1959, âgée, donc, de 50 ans, elle est
devenue malienne par mariage après avoir rencontré
le père de Maryam, professionnellement maître d'hôtel,
qui ne vit plus avec elle.Elle est entrée en France de la
façonla plus légale qui soit, en 2003, avec une "autorisation
provisoire de séjour et de travail" à titre
d' "accompagnante d'une personne malade".
Elle a régulièrement travaillé, plusieurs années,
payant assidûment le loyer d'un taudis insalubre qu'elle partage,
à l'africaine, avec toute une chaleureuse communauté
de parents et d'amis, 63 rue Doudeauville, au cœur
du sympathique "village noir" du quartier de
Château Rouge (Barbès), à deux pas
du marché aux mille couleurs et aux mille senteur qui lui
rappelle son pays natal. Souffrant de multiples affections dues
au travail pénible et à l'humidité du taudis,
en hiver, dont une hernie discale qui l'empêche de se déplacer
à sa guise, et de continuer une activité salariée
de façon régulière, et des maladies de peau,
elle est surtout soignée pour une affection grave, une
"apnée du sommeil" - suivie
à l'hôpital Bichat. La nuit, elle ne survivrait
pas sans son masque respiratoire, branché sur le courant.
Comme en témoigne le certificat ci-dessous d'un spécialiste
malien, l'insuffisante régiularité de l'alimentation
électrique, à Bamako comme dans le reste du pays,
marqué par de fréquentes coupures, lui ferait courir
un danger de mort certaine si elle devait retourner dans
le pays de son mari. Sa demande de régularisation,
qui lui permettrait ensuite de bénéficier d'un
revenu minimum, et de trouver un logement digne
de ce nom, avec sa fille Maryam qui subvient,
comme elle peut, à ses besoins, vient pourtant d'être
rejetée. Assistée d'un avocat du barreau de
Paris, Maître Olivier Chemin, elle a déposé
un recours, produisant toutes les preuves de sa bonne foi,
et de son état (ci-dessous). |
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| Et au bout, la victoire!... Maryam
(ci-dessous devant Manet, au cours d'un meeting
d'accueil d'autres femmes en difficulté venues demander aux
grévistes de les aider elles aussi à engager le combat
pour la régularisation par le travail), ne se sépare
plus de son précieux sésame, la carte de séjour
d'un an, renouvelable, que 6 des 7 grévistes ont obtenue,comme
elle, à l'arraché - le cas de la septième,
Sali, faisant toujours l'objet d'une négociation
acharnée... |
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Mais rien n'est tout à fait fini.
Il va falloir se battre, encore, pour Bengaly, le mari de Fanta
(la déléguée CGT de Manet). - Agent de sécurité
"sans-papiers" d'une filiale spécialisée
de la RATP, chargée... de la surveillance video dans le métro,
il fait unedémarche de régularisation à
son tour, après avoir attendu, sagement, la fin
de la grève de son épouse, et l'obtention, par elle,
de ses papiers. Mal lui en prend. La police l'attend dans
le bureau du patron, où il était appelé
pour "cette affaire de papiers". Embarqué,
placé en détention, menacé d'expulsion
sur le champ, il est sauvé par
une campagne express lancée par Fanta et ses copines
de Manet, et relayée aussitôt, ici même, dans
les colonnes du Monde Réel, avec le soutien d'élus
communistes et de militants CGTistes de la RATP, eux-mêmes
à l'avant-garde du soutien au combat des ouvriers noirs
"pour les papiers et pour la dignité". - Aujourd'hui,
Bengaly, remis en liberté avec "autorisation
provisoire de travail" après une décision
favorable du tribunal administratif, continue le combat.
La préfecture de Seine Saint-Denis lui ayant renouvelé
une autorisation provisoire de séjour d'un mois, mais sans
"autorisation de travail", cette fois, il a aussitôt
été mis à la porte par l'employeur. A
qui la CGT s'est aussitôt adressée,
sur le ton le plus ferme qui soit, obtenant une
lettre de promesse de réembauche immédiate
dès régularisation. Le feuilleton continue.

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2.A
la rue avec les expulsés de la rue de Cour des Noues
(Paris XXème).
Maryam a rejoint des familles d'Africains sans logis,
Maliens comme ele, mais aussi Sénégalais,
Ghanens, Ivoiriens, Togolais, etc, qui, voyant un immeuble
de six étages vide depuis des années, partiellement
occupé par d'autres familles d'Afrique Noire à
la recherche d'un gîte, ont décidé de
se joindre à ce grand "squatt" tranquille
et pacifique.
Mais ce 24
juillet 2009, un vendredi midi, à la veille
d'un des plus longs week-end de transhumance de la trêve
estivale, dans un Paris désert où tous n'ont
d'yeux et d'oreilles que pour l'arrivée sur
les Champs Elysées du Tour de France, la police
débarque en force, bouscule femmes
et enfants - maçons, agents de sécurité,
employés dans des sociétés de nettoyage,
les hommes sont au travail, et jette
tout le monde dehors, murant aussitôt les logements
où sont restées les affaires de cuisine, et,
parfois, de petites sommes d'argent. Maryam (boubou
et coiffe jaune orangée, à droite, assise, sur
la photo ci-dessous) campe et dort avec les familles,
plusieurs jours, à même le trottoir. Dans la
journée, elle gagne son nouveau lieu de travail. Ayant
quitté le bagne de la société de nettoyage
dès sa régularisation acquise, elle travaille
maintenant dans le secteur de l'aide à la personne,
conforme à sa vocation de femme de cœur.
Elle s'occupe d'une personne âgée
à domicile - comme plusieurs autres africaines
expulsées du 32 rue de la Cour des Noues. |
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| Les expulsés ont beau multiplier les protestations,
supplier la mairie ("socialiste-absentéiste")
d'intervenir, investir le luxueux bâtiment municipal du
XXème ou l'encercler au son des tam tam (ci-dessous)
, rien à faire. Les militants de la région parisienne
sont en vacances, la solidarité active se limite à
quelques personnes, rejointes au bout de quelques jours par
des élus locaux du nouveau Parti de gauche
ou du Parti communiste... Les Noirs restent
à la rue. n'obtenant, après une brève tentative
de "camping sauvage" tardivement organisée
par le D.A.L., que quelques chambres d'hôtel,
à titre précaire, pour quelques familles.
Maryam se replie chez sa mère, qui, gravement
malade, sans-papiers et sans ressources, vit dans un taudis
aussi surpeuplé qu'insalubre de la rue Doudeauville,
près du marché africain de Château Rouge,
dans le XVIIIème...(Suite
sous la photo ici) |
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La "troisième
guerre" de Maryam Traoré: contre
l'expulsion du territoire de sa mère gravement malade,
les documents, les preuves: ici. |
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| "Je soussignée Professeur Marie-Pia d'Ortho,
professeur d'université, praticien hospitalier, (Hôpital
Bichat),certifie que madame Rokhaitou Traore a un problème
de santé sévère qui nécessite qu'elle
resteen France pour sa prise en charge..." |
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| 7 août 2009. "Je soussigné Dr Sangare,
médecin traitant de Madame Traore Rokhaytou née Kante,
certifie que l'état desanté de ladite patiente nécessite
un appareillage adapté.Elle pourrait subir un préjudice
grave au mali car le système d'énergie est régulièrement
défaillant." |
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| "La demande de titre de séjour de Madame
Rokiantou Kante, épouse TRAORE, est rejetée. Madame
Rokiantou Kante, épouse TRAORE, est obligée de quitter
le territoire français dans un délai d'un mois à
compter de la notification du présent arrêté" |
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