La "troisième guerre"

de Maryam Traoré

- 1. Femme de ménage des grands hôtels parisiens en grève pendant six mois avec 6 autres sœurs (et frères) de misère "pour les papiers et pour la dignité" - victorieuse!...ici

- 2. "Occupante sans titre" expulsée d'un immeuble scandaleusement inoccupé du XXème arrondissement de Paris, 32 rue de la Cour des Noues, livré à la spéculation immobilière, "squatté" démocratiquement avec d'autres familles, jetée à la rue fin juillet, comme elles, par la police de Sarkozy, dans l'indifférence glaciale des "socialistes" sans cœur mais pas sans reproches de la mairie du XXème, réfugiée dans un appartement sordide de Château Rouge ("la petite Afrique" du XVIIIème arrondissement de Paris, près de Barbès), où vit sa mère, malade et sans ressources: ici

- 3."Jamais sans ma mère"! Août 2009: Maryam doit monter au combat, de nouveau, contre l'expulsion imminente de sa Maman, gravement malade, en danger de mort au Mali si on l'y rejette! ici

 

 

 

 

1. Manet: 6 mois de grève, à 7,"pour les papiers et pour la dignité".

Championne de basket, dans son pays, le Mali, venue en France pour travailler, comme tant et tant de ses frères et sœurs de misère, elle a dû se résoudre à prendre une fausse identité, sous des papiers d'emprunt, pour passer la frontière puis trouver de quoi manger, et de quoi faire vivre sa famille - dont un petit frère de 16 ans, scolarisé en France...Femme de choc, n'ayant pas froid aux yeux, c'est elle qui a réagi la première, après les premières grèves d'ouvriers africains de France - des hommes...- revendiquant leur régularisation. Prenant sous les bras quelques-unes de ses copines femmes de ménage des grands hôtels parisiens exploitées par la société de nettoyage Manet, elle est allée voir la CGT carrément: "Vous n'auriez pas besoin de femmes, pour votre mouvement?". Avec l'appui d'un unique salarié de sexe masculin, elles se sont retrouvées à 7 pour se mettre en grève. 7 sur 150. Et ont tenu 6 mois, occupant les locaux de la société, rue du Chemin Vert, dormant à même le sol, ripostant aux menaces, aux insultes, avec le soutien de la CGT, et de tout le quartier.

Une très longue grève, avec ses moments d'angoisse (ci-dessous, Maryam, à dr, en robe claire, au cours d'une conférence de presse, en compagnie de Soumare, le seul gréviste de sexe masculin, et de Fanta, enseignante au Mali, après avoir été la plus jeune bachelière de son pays, devenue, en France, femme de ménage sous-payée, s'épuisant dans un travail harrassant, et la déléguée CGT de Manet...)

3.Bataille pour une

Maman malade,

menacée d'expulsion

imminente

- après le rejet de sa demande de régularisation

en dépit d'un état de santé accablant

 

Rokiantou KANTE, épouse TRAORE, mère de Maryam, 50 ans (à dr sur la photoci-dessus, tenant le masque respirateur fixé au tuyau de l'appareil sans lequel, sujette à de très graves crises d'" apnée du sommeil" elle risque de mourir asphyxiée pendant la nuit).

Née française, à Dakar, au Sénégal, avant l'indépendance, le 1er janvier 1959, âgée, donc, de 50 ans, elle est devenue malienne par mariage après avoir rencontré le père de Maryam, professionnellement maître d'hôtel, qui ne vit plus avec elle.Elle est entrée en France de la façonla plus légale qui soit, en 2003, avec une "autorisation provisoire de séjour et de travail" à titre d' "accompagnante d'une personne malade". Elle a régulièrement travaillé, plusieurs années, payant assidûment le loyer d'un taudis insalubre qu'elle partage, à l'africaine, avec toute une chaleureuse communauté de parents et d'amis, 63 rue Doudeauville, au cœur du sympathique "village noir" du quartier de Château Rouge (Barbès), à deux pas du marché aux mille couleurs et aux mille senteur qui lui rappelle son pays natal. Souffrant de multiples affections dues au travail pénible et à l'humidité du taudis, en hiver, dont une hernie discale qui l'empêche de se déplacer à sa guise, et de continuer une activité salariée de façon régulière, et des maladies de peau, elle est surtout soignée pour une affection grave, une "apnée du sommeil" - suivie à l'hôpital Bichat. La nuit, elle ne survivrait pas sans son masque respiratoire, branché sur le courant. Comme en témoigne le certificat ci-dessous d'un spécialiste malien, l'insuffisante régiularité de l'alimentation électrique, à Bamako comme dans le reste du pays, marqué par de fréquentes coupures, lui ferait courir un danger de mort certaine si elle devait retourner dans le pays de son mari. Sa demande de régularisation, qui lui permettrait ensuite de bénéficier d'un revenu minimum, et de trouver un logement digne de ce nom, avec sa fille Maryam qui subvient, comme elle peut, à ses besoins, vient pourtant d'être rejetée. Assistée d'un avocat du barreau de Paris, Maître Olivier Chemin, elle a déposé un recours, produisant toutes les preuves de sa bonne foi, et de son état (ci-dessous).

 

Et au bout, la victoire!... Maryam (ci-dessous devant Manet, au cours d'un meeting d'accueil d'autres femmes en difficulté venues demander aux grévistes de les aider elles aussi à engager le combat pour la régularisation par le travail), ne se sépare plus de son précieux sésame, la carte de séjour d'un an, renouvelable, que 6 des 7 grévistes ont obtenue,comme elle, à l'arraché - le cas de la septième, Sali, faisant toujours l'objet d'une négociation acharnée...

Mais rien n'est tout à fait fini. Il va falloir se battre, encore, pour Bengaly, le mari de Fanta (la déléguée CGT de Manet). - Agent de sécurité "sans-papiers" d'une filiale spécialisée de la RATP, chargée... de la surveillance video dans le métro, il fait unedémarche de régularisation à son tour, après avoir attendu, sagement, la fin de la grève de son épouse, et l'obtention, par elle, de ses papiers. Mal lui en prend. La police l'attend dans le bureau du patron, où il était appelé pour "cette affaire de papiers". Embarqué, placé en détention, menacé d'expulsion sur le champ, il est sauvé par une campagne express lancée par Fanta et ses copines de Manet, et relayée aussitôt, ici même, dans les colonnes du Monde Réel, avec le soutien d'élus communistes et de militants CGTistes de la RATP, eux-mêmes à l'avant-garde du soutien au combat des ouvriers noirs "pour les papiers et pour la dignité". - Aujourd'hui, Bengaly, remis en liberté avec "autorisation provisoire de travail" après une décision favorable du tribunal administratif, continue le combat. La préfecture de Seine Saint-Denis lui ayant renouvelé une autorisation provisoire de séjour d'un mois, mais sans "autorisation de travail", cette fois, il a aussitôt été mis à la porte par l'employeur. A qui la CGT s'est aussitôt adressée, sur le ton le plus ferme qui soit, obtenant une lettre de promesse de réembauche immédiate dès régularisation. Le feuilleton continue.

 

2.A la rue avec les expulsés de la rue de Cour des Noues (Paris XXème).

Maryam a rejoint des familles d'Africains sans logis, Maliens comme ele, mais aussi Sénégalais, Ghanens, Ivoiriens, Togolais, etc, qui, voyant un immeuble de six étages vide depuis des années, partiellement occupé par d'autres familles d'Afrique Noire à la recherche d'un gîte, ont décidé de se joindre à ce grand "squatt" tranquille et pacifique.

Mais ce 24 juillet 2009, un vendredi midi, à la veille d'un des plus longs week-end de transhumance de la trêve estivale, dans un Paris désert où tous n'ont d'yeux et d'oreilles que pour l'arrivée sur les Champs Elysées du Tour de France, la police débarque en force, bouscule femmes et enfants - maçons, agents de sécurité, employés dans des sociétés de nettoyage, les hommes sont au travail, et jette tout le monde dehors, murant aussitôt les logements où sont restées les affaires de cuisine, et, parfois, de petites sommes d'argent. Maryam (boubou et coiffe jaune orangée, à droite, assise, sur la photo ci-dessous) campe et dort avec les familles, plusieurs jours, à même le trottoir. Dans la journée, elle gagne son nouveau lieu de travail. Ayant quitté le bagne de la société de nettoyage dès sa régularisation acquise, elle travaille maintenant dans le secteur de l'aide à la personne, conforme à sa vocation de femme de cœur. Elle s'occupe d'une personne âgée à domicile - comme plusieurs autres africaines expulsées du 32 rue de la Cour des Noues.

Les expulsés ont beau multiplier les protestations, supplier la mairie ("socialiste-absentéiste") d'intervenir, investir le luxueux bâtiment municipal du XXème ou l'encercler au son des tam tam (ci-dessous) , rien à faire. Les militants de la région parisienne sont en vacances, la solidarité active se limite à quelques personnes, rejointes au bout de quelques jours par des élus locaux du nouveau Parti de gauche ou du Parti communiste... Les Noirs restent à la rue. n'obtenant, après une brève tentative de "camping sauvage" tardivement organisée par le D.A.L., que quelques chambres d'hôtel, à titre précaire, pour quelques familles. Maryam se replie chez sa mère, qui, gravement malade, sans-papiers et sans ressources, vit dans un taudis aussi surpeuplé qu'insalubre de la rue Doudeauville, près du marché africain de Château Rouge, dans le XVIIIème...(Suite sous la photo ici)

La "troisième guerre" de Maryam Traoré: contre l'expulsion du territoire de sa mère gravement malade, les documents, les preuves: ici.

 

 

 
"Je soussignée Professeur Marie-Pia d'Ortho, professeur d'université, praticien hospitalier, (Hôpital Bichat),certifie que madame Rokhaitou Traore a un problème de santé sévère qui nécessite qu'elle resteen France pour sa prise en charge..."
7 août 2009. "Je soussigné Dr Sangare, médecin traitant de Madame Traore Rokhaytou née Kante, certifie que l'état desanté de ladite patiente nécessite un appareillage adapté.Elle pourrait subir un préjudice grave au mali car le système d'énergie est régulièrement défaillant."
"La demande de titre de séjour de Madame Rokiantou Kante, épouse TRAORE, est rejetée. Madame Rokiantou Kante, épouse TRAORE, est obligée de quitter le territoire français dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêté"