| A
lire dans cette "page bleue":
-LIBERATION: vers le dépôt
de bilan:
clic
ici.
-LIBERATION: la grande grève
de 2005: clic ici
-RAPPEL:
LIBERATION
LA GRANDE GREVE
DE 2005
Il faut que des têtes tombent!
(Imbongi 6 12 2005)
" Les Libé Lutte vont-ils se remettre en grève
ce jeudi?
Sans que rien soit encore formellement décidé, la question
est dans l'air.
Une nouvelle AG est convoquée.
A l'origine de ce possible - et souhaitable - rebondissement, une nouvelle
manœuvre de July, toujours prêt, apparemment, à satisfaire
les moindres désirs de son ami et actionnaire principal, Rothschild
(37% du capital).
Dans l'inimitable langue de bois - langue de faux-cul, pour ne pas dire
langue de p...- qui lui est propre (l'adjectif "propre" n'est
sans doute pas le plus approprié), le gros poussah qui trône
toujours, à ce jour, dans le fauteuil de P-dg du journal qu'il
n'a pas créé, mais conduit à la faillite, affirme
aujourd'hui qu'il ne s'est jamais engagé à "renoncer
à tout licenciement sec" - mais à ce que "la direction
étudie toute possibilité de rester dans le cadre de "départs
volontaires"...
On voit toute la subtilité, et l'honnêteté, du personnage.
July joue avec les mots. Et plus gravement, avec la vie des gens.
De leur côté, les Libé-Lutte ne jouent pas. Ils défendent
leur peau. Et celle d'un journal, qui n'a que peu de chances de survivre
sans un sursaut plus radical du personnel.
Ce sursaut passe par l'invention de nouvelles formes de lutte, qui ne
peut se faire qu'en AG, pour en débattre le principe, puis dans
une commission "action", ou "comité d'action".
Contre toute mutilation de l'équipe, tout "dégraissage"
de salariés qui ne sont pas du "surplus", mais la force
créative du journal, sa force de frappe!
Il doit être clair, aussi, pour tout le monde, qu'un tel sursaut
n'a de sens que s'il se prolonge par des décisions - et pas seulement
un vague débat - sur un projet alternatif (la direction actuelle
étant à l'évidence, "caduque", et les actuels
apparatchiks de la réd-chef incapables de produire des idées
nouvelles).C'est-à-dire, de se remettre en cause...
Le débat doit porter, d'abord, sur une analyse de la société
française. Où naît, de façon démocratique,
décentralisée, à partir de la base, un puissant mouvement
des banlieues :contre le racisme et toute forme de discrimination, ethnique,
sociale, ou autre. Et contre le Le-Péno-Finkielkrauto-Sarkozysme,
terrible menace...Tout Sauf Sarkozy: TSS!
C'est en se mettant résolument au service de ce mouvement TSS,
qui rafraîchit toute la société française,
que "Libé" pourrait redevenir "Libé".
Un journal, et pas seulement un "produit", un paramètre
dans les calculs de financiers froids. Il y trouverait un beau public,
un nouveau potentiel de développement.
Mais il ne peut pas le faire sous la houlette des "responsables"
qui ont imposé, il y a quelques mois à peine, l'infect traitement
de l' "affaire du RER-D"... Quand le journal du défunt
Jean-Paul Sartre, usurpant et salissant le beau nom de Libération,
a fait chorus avec toutes les crapules pour se livrer à un ignoble
lynchage médiatique des "jeunes de banlieue", "blacks
et beurs", "coupables" d'avoir lynché une "jeune
blanche, et son bébé", dans une rame du RER-D.
Une fausse information, facilement vérifiable, reposant sur l'unique
assertion d'une pauvre malade...
De cela, les journalistes de Libération qui ont signé
des papiers dégoûtants sont responsables. Mais moins que
les chefs de service et rédacteurs en chef qui ont incité
à ce terrible dérapage, puis qui l'ont couvert, au mépris
des règles du plus élémentaire bon sens, de l'honnêteté,
et du métier de base de journaliste!
"Ni responsables ni
coupables", les barons bobos rose-bonbon qui ont insulté la
jeunesse multi-ethnique des banlieues, et donc, toute la jeunesse de France,
sont responsables, de ce fait, du coulage de Libération.
S'ils restent en place, aucun changement n'est
possible. Des têtes doivent tomber. Et vite!
Sinon le journal mourra, il mourra dans la honte et dans l'opprobre, et
tout le monde se retrouvera à l'Assedic.
Ce point de vue a été publié sur le "blog"
Imbongi, signé par Jean-Paul Cruse, journaliste professionnel (carte
41 574), ancien délégué CGT de Libé (1981-1994),
secrétaire du comité d'entreprise, et secrétaire
national du SNJ-CGT. Il a été communiqué, pour avis,
commentaire et réponse, s'ils le souhaitent, aux délégués
syndicaux de tous les syndicats de Libé, et à toute l'équipe
- y compris aux barons-bobo-rose bonbon, lecteurs d'Imbongi.
6.12.05 10:02
|
-REBELLES-
Histoire secrète des maos
de la Gauche prolétarienne - et ce qui
s'ensuivit...(1967-2008): ici
|
A lire aussi dans cette page:
Ben Barka:
le double objectif des tueurs du MOSSAD, éliminer
un opposant dangereux, en passe d'avoir la peau d'Oufkir, le "protégé"
de toujours des services israéliens au Maroc, mais aussi
très en pointe contre la pénétration
d'Israël en Afrique noire, et "piéger",
au passage, le général De Gaulle, en faisant éclater
l'affaire en France, par des "barbouzes"
et des truands français, liés à
Israël, mais travaillant officiellement pour leur pays.
ICI |
Gilles Tautin, jeune lycéen
révolutionnaire de 17 ans, maoiste, noyé dans la
Seine à Flins en tentant d'échapper à une
charge de police: la vérité, les témoignages,
les faits.
Col. de droite:
ICI.
|
I.
LA POLITIQUE DU CHOC (suite)
2
Ce qu'on ne vous a jamais dit sur mai 68.
- ce qu'on peut en haïr
- ce qu'on doit en aimer...
Les premiers pavés volent, sur le Boul’Mich’...Et
le mouvement bascule. Il prend un autre sens - et des proportions imprévisibles.
"Les mouches changent d'âne...",
comme ont dit au pays de l'ovale, quand, sans que la marque bouge, encore,
ceux qui ont subi, dans les premiers temps de jeu, imposent leur emprise.
La parole appartient désormais à l'attelage bancal formé
par le "Mouvement du 22 mars" de Dany
Cohn-Bendit, dans le rôle du cocher, avec dans celui de l'attelage
les mules trotskistes, bornées, têtues et patientes - ou
du moins les plus ondulants des fidèles de la secte du regretté
Léon Piolet.
Champions olympiques de l'opportunisme, toujours les plus rapides à
flairer un vent nouveau, quel qu'il soit, qu'il pue ou qu'il parfume,
les anciens "pablistes" (du nom de Raptis, Michel,
dit "Pablo") sont à la manœuvre.
Récemment victimes d'une O.P.A. menée par les hommes de
main de Pierre Frank, un belge, ancêtre des actuels Krivinistes,
ils montent en première ligne au quartier latin, comme à
Nanterre...
Trotskistes:
l'histoire noire de la secte de
Léon Piolet
Ah!Les trotskistes...
Pendant les "Trente Honteuses", les
années de décomposition culturelle de ce printemps de feu,
laissant un goût de cendres, leurs "taupes" ayant
creusé partout dans les média leurs sournoises galeries,
leurs obligés nous chanteront, en rang, sur le même ton,
dévôt, leur édifiante histoire - leur légende
rose-bonbon...
Mais leur histoire réelle est noire ou, pire, de ce brun,
brun foncé, brun-rouge, qui est la teinte du sang quand le foie
est malade, la bile trop épaisse, et le liquide saturé d'impuretés,
de mauvaise graisse puante, et de déchets divers.
On soignait cela, jadis, par saignées répétées.
A défaut d'un tel traitement, survit, increvable, une clique bavarde,
hyper-médiatisée - cherchez dans le "journal de
révérence" un article vaguement critique sur Krivine
et son club, en 30 ans. Pas deux, pas dix, un...
Il est temps d'en finir avec cette propagande.
C'est un devoir.
Un devoir de mémoire, pour l'Histoire.
Tout de soif effrénée du moindre petit pouvoir, d'hypocrisie,
de fiel, et d'un ressentiment âcre, fruit d'échecs répétés,
sinistres, sordides, ou même comiques, leur histoire vraie,
à remonter aux sources, polluées, de la légende,
est sombre comme un cimetière au crépuscule, ou
une décharge d'ordures sous les nuées l'hiver.
Le Père Spirituel de la religion de la barbiche est le fils d'un
gros paysan riche de l'Empire du Tsar. Fou de politique et de puissance,
il a peur des affrontements de classe, et de la police tsariste, effectivement
cruelle. Au sein de la mouvance "social-démocrate".Lev
(Léon) Davidovitch Bronstein donne donc d'abord dans l' "opposition
de droite", parlementariste et réformiste ("menchevik":
minoritaire), au radical Lénine ("bolchevik":
majoritaire).
Devenu "Trotsky" (un faux nom), et
bureaucrate en chef (ses valets de plumes diront "dirigeant")
de l'Armée Rouge, Léon Davidovitch,dit Trotski,
ou Trotsky - il y a plusieurs tendances... - bascule ensuite
d'un extrême à l'autre au gré du vent dominant, et
sans vergogne.
Voyant Lénine, qu'il a combattu de sa morgue haineuse, au seuil
de la victoire et du pouvoir, en 1917, cet écrivain confus et bavard,
auteur d'un remarqué "Défense du Terrorisme",
vire brutalement sur les quatres roues.
En dérapage incontrôlé, celui qui s'inquiétait
des méthodes révolutionnaires de Lénine jusqu'à
ce qu'elles fassent leurs preuves en renversant la dictature tsariste,
devient le frénétique porte-parole d'une "opposition
d'ultra-gauche". Il tente vainement de saboter l''utile
compromis de paix de Brest-Litovsk, qui sauve la Révolution d'octobre
de la menace allemande, les conscrits d'interminables tueries sans espoir,
et les paysans pauvres de la famine. Il rompt des lances avec
Staline - qu'il trouve trop timoré lui aussi. Il devient
le plus zélé propagandiste de la "militarisation
des syndicats", où l'on fusille les grévistes
par milliers, prenant en otage leurs familles.
Fort de ce lâche et répugnant "triomphe"
Léon le Barbare à barbiche, affublé
d'une luxueuse casquette plate d'officier de l'armée rouge dont
les ouvriers en grève réclament le cuir pour s'en faire
des chaussures protégeant leurs orteils du gel, parcourt le pays
déchiré par une guerre civile d'une sauvagerie inouïe,
dévasté par les "blancs" et les armées
de l'étranger, dans le confort et la sécurité d'un
train blindé bien chauffé doté de sofas profonds
et d'une cuisine de luxe servant des mets raffinés, rares et chers.
Il devient un des chefs les plus extrémistes d'une tonitruante
opposition "plus-révolutionnaire-que moi-tu-meurs"
à Lénine, qu'il trouve maintenant trop mou. Mais, pas encore
repu, il enfonce les mains jusqu'au coude dans le massacre sanglant
de la population de Cronstadt, révoltée. Femmes
et enfants compris. Il déchaîne le fer, le feu, et l'artillerie
de campagne, sur les héroïques marins révolutionnaires,
piliers d'Octobre Rouge, assoiffés de "démocratie
ouvrière", à l'origine du soulèvement.
Bref, un vrai carnaval, qui pue la mort et les cadavres entassés.
Lénine entend le message des insurgés de Cronstadt,
lève le pied, et lance enfin une politique d'ouverture et de détente,
la N.E.P., sauvant une nouvelle fois le pays. Il renonce aux
réquisitions de blé affamant les campagnes pour nourrir
les ouvriers des villes et l'armée révolutionnaire.
Intégriste borné, ivre de sang versé, Léon
s'y oppose au nom de la "pureté" et des
"principes", pour lui dogme de fer. Il tente de profiter
de la mort du grand Vladimir Illitch, à bout de forces, pour lui
piquer la place.
Isolé, battu, réduit à l'exil intérieur, expulsé
de l'U.R.S.S. naissante, une fuite sans gloire, éperdue, entraîne
"Trotskyi" jusqu'au Mexique.
C'est là que ce noceur incapable de s'imposer la moindre discipline
pour sa sécurité est abattu, facilement, d'un coup de piolet
derrière la nuque, en 1940, par une des plus audacieuses "barbouzes"
des brillants services secrets soviétiques.
L'exécution de ce pitre sanglant par l'équipe Soudoplatov
a lieu sur l'ordre personnel du Géorgien Djougachvili dit "l'homme
d'acier" ("Staline"). Le "vojd"
(le "grand chef") veut absolument la peau du pitre
avant que l'inévitable conflit mondial n'arrive. Il sait que ce
prétentieux auteur de textes tarabiscotés, abscons, d'un
dogmatisme insensé, fera tout pour saboter la politique de front
uni, complexe, nécessaire au rassemblement mondial antifasciste
contre la menace "brune" de Hitler...
Essaim groupusculaire perpétuellement agité par des conflits
internes obscurs, les insectes en nuée bourdonnante de la ruche
trotskiste ne se remettront jamais vraiment de l'exécution de leur
"grand maître".
Même les pires déchaînements du nazisme ne suffiront
pas à leur mettre un peu de plomb dans la tête.
Divisés aussitôt en de multiples sectes - un trotskiste,
une tendance... - ils n'ont qu'un "programme commun":
tout faire pour éviter aux tueurs de "Pépé"
de s'en sortir; isoler le pouvoir soviétique; et, à cette
fin, détourner le "prolétariat international"
de la Résistance anti-nazie, qualifiée - ce sont
les textes - d' "affrontement militaro-nationaliste,
aventuriste, entre deux impérialismes rivaux, aussi dangereux l'un
que l'autre, l' "impérialisme allemand"
(Hitler, Goebbels, Goering, Eichmann, puis Klaus Barbie) "et
"le bloc anglo-saxon", (Churchill, De Gaulle,
le colonel Passy et Jean Moulin), ainsi que ses "complices
staliniens" (Charles Tillon, le colonel Fabien, Manouchian,
Marcel Debarge, André Théret, Eugénie Camphin et
ses trois fils dans le nord, Guingouin et...Guy Mocquet!).
Brun-rouge:
la terrible vérité
Au sortir d'une période, de fait, trouble, où, baptisés,
à juste titre, "hitléro-trotskistes" ("brun-rouge"),
ils sont impitoyablement traqués par les communistes, les
rares rescapés de la secte du boucher de Cronstadt et de l'ignominie
de la collaboration tentent de se refaire une vertu, et une santé,
dans la lutte anti-coloniale, sous la houlette du grec Michel
Raptis ("Pablo").
Mais la passivité de Raptis, comme des autres, pendant la Résistance
a privé leurs étiques groupuscules de toute base populaire.
A la Libération, à laquelle ils se sont bien gardés
de contribuer, les trotskistes se sont "réunifiés".
Mais ce retour à l'unité a eu son prix.
Les quelques "égarés" qui s'étaient
laissés aller, individuellement, à rejoindre les combats
de rue contre l'occupant, au tout dernier moment, comme Louis
Dalmas, voire à rejoindre de petit maquis, doivent se
livrer devant leurs pairs à une autocritique sévère.
Ils leur faut humblement confesser une déviation "nationaliste",
militariste": avoir participé physiquement, si peu que
ce soit, à la lutte armée pour la libération du peuple
et du pays. Une faute.
A la tête, donc, d' une mini- mini-secte petite-bourgeoise recollée
de justesse à l' issue d'une cascades de scissions vibrionnantes
au sein d'un mini-mini monde de quelques centaines d' "allumés",
"Pablo" joue alors toutes les cartes qu'il a dans sa manche...
Il devient l'obligé de différents tuteurs étrangers,
chacun cherchant son "pion" pour jouer sa partition
dans ce qui est encore l'instable chaos des tout-débuts de la "guerre
froide". A ce jeu, la survie se négocie. Mais cher.
Les trotskistes "pablistes", en passe de devenir
"frankistes" (deux trotskistes, deux tendances...) se louent
aux Yougoslaves de Tito, qui oscille entre les "deux grands".
Puis le Yougo, qui est un combattant, pas un bavard, en a sa claque. Il
les reforgue à petit prix aux "camarades algériens",
à qui leurs caquetants, imprudents et vantards "réseaux
de soutien", exhibant leurs coquets et voyants
"porteurs de valises", leurs ateliers "clandestins"
de fabrication d'armes artisanales plus ou moins tocardes, et leurs imprimeries
de faux-billets plus ou moins nazes, vont apporter, en réalité,
plus de soucis que d'aide...
Toutes ces activités romanesques de sous-marins évoluant
en surface sont infiltrées, qui par la DST française,
la Stasi allemande, les Polonais, les Bulgares, les Roumains, le KGB,
voire Israël, certains Etats arabes, les britanniques ou
carrément la CIA - refuge d'un nid de rescapés de la secte
du Barbichu Défoncé dès 1940.
L'indépendance de l'Algérie venue, "Pablo"
va vendre à Ben Bella ses "conseils" de pseudo-marxiste
hystérique. Portant plus spécialement sur la réforme
agraire des prêches de division, de trouble et de gauchisme, suicidaire
- le "conseilleur" plus ou moins "conseilliste"
finit par provoquer la chute du conseillé!...
Il ne s'en contente pas.
Jusqu'à leur salutaire expulsion d'une Algérie privée
pour longtemps, par leur faute, d'un dirigeant intègre de grande
valeur, les "Pablistes" propagent leurs délires
aux quatre coins du "Tiers Monde", à partir
de leur base maghrébine infectée de leur virus.
"Souteneurs" professionnels de révolutions qu'ils
sont incapables de faire dans leurs pays d'origine, ils "carbonisent"
au passage une cohorte de militants anticolonialistes sincères,
naïfs. Des gens à l' engagement réel et au courage
incontestable s'embarquent dans leurs réseaux. "Marqués
à la culotte", dès lors, par les "services"
à qui ils servent, de fait, de poissons-pilotes, les rescapés
de cette aventure, "pablistes" entre temps devenus
"frankistes", finissent par amariner leur vieuxs rafiot
dans les eaux accueillantes du communisme tropical de Cuba, où
Fidel Castro, en fait hésitant et "centriste",
balance entre Khrouchtchev-Brejnev, et Zhou EnlaÏ-Mao.
Au cours de cette longue quête de "tuteurs" étrangers,
sans lesquels ils ne pèsent rien, ils deviennent une véritable
diaspora, cosmopolite plus qu' internationaliste.
Car dans l'"inter-national" de Lénine et Staline,
il y a l'idée d'une interconnection, solidaire, de forces "nationales".
"Sans patrie ni frontières" comme les mouvements
modernes du capital qui la fascinent et l' aimantent, la diaspora pulvérisée
et poussiéreuse qui s'intitule avec orgueil "Quatrième
internationale" poursuit sans trêve sa vaine
quête d'une "Terre Promise" où ces "élus"
sans peuple pourront jouir en paix de maisons confortables, de soins -
s'il le faut, psychiatriques - de conseils, de protection, voire de subsides.
Au risque, qui leur pend au nez, de perdre toute autonomie, devenant marionnettes
gigotantes aux fils solidement tenus, et manipulés, par les "services",
déjà bien "tordus" de ces jeunes
nations qu'on ne dit pas encore "émergentes"
- soucieuses, elles, de ne pas perdre les acquis d'une indépendance
chèrement acquise, au prix du sang et de terribles combats, contre
"l'impérialisme allemand" (Tito) l'URSS de Staline
(Tito), le vieux colonialisme français, à la ramasse (Alger),
ou Washington (Vietnam)...
Ho, Trotski, Mao...
La mortelle partie de Go des "groupuscules"
Krivine va leur donner de l'air.
C'est un politicien, un vrai.
Héritier de Pierre Frank, qui a pris les patins de "Pablo"
puis réussi à sucer l'essentiel de son "courant"
avant de le mettre sur la touche, il rassemble les rescapés de
cette bande de fidèles enfiévrés - et les organise
dans une résistance acharnée à un nouvel adversaire,
non moins trotskiste, mais dotés d'appui plus carrés, plus
puissants.
D'un coin à l'autre de la planète, les "frankistes
pablo-kriviniens" n'ont pas tenté de résister
au rouleau compresseur "stalinien" pour se faire tailler
des croupières par leurs derniers mais coriaces rivaux dans l'univers
sectaire en perpétuel éclatement des orphelins du satané
Léon, les brutaux et épais "lambertistes"
de Pierre Boussel - pseudo:"Lambert".
De Jospin-Le-Père à
Jospin les fils
Comme le préfet de mai 1968 Maurice Grimaud et Jospin (Robert),
Boussel vient de l'"extrême-gauche socialiste"
de la SFIO des années 30, et plus précisément de
sa tendance "munichoise d'extrême- gauche".
Ce "vieux de la vieille", qui a poussé à
la capitulaion devant Hitler sous l'effet d' un pacifisme antimilitariste,
commun à la "gauche de la gauche" et fruit du
traumatisme terrible de la "Grande Guerre" (ce conflit
entre empires coloniaux européens bientôt transformé,
pour la France envahie jusqu'aux bords de la Marne, et sauvée juste
avant le coup de grâce par un suberbe "Valmy des
taxis", en guerre de libération du territoire,
Alsace-Lorraine comprise).
Du coup, bien qu'ultra-révolutionnaire "plus rouge que
rouge", et, de plus juif, Boussel devenu Lambert bénéficie
d'une configuration astrale, faut-il croire, exceptionnelle, qui
permet à cette visqueuse et carnassière anguille de passer
entre les mailles des filets tendus par la Gestapo, restées
pour lui largement ouvertes.
Les troupes d'occupations et leurs chiens policiers allemands comme leurs
roquets collaborateurs de la police "française"
avaient, on le conçoit, peu à redire, à part peut-être
quelques lourdeurs de forme, aux tracts que les trotskistes, toutes sectes
pinaillantes unies, pour une fois, dans le "même combat"
allaient distribuer dans les gares aux braves "piou-pious"
de l'armée française, "montant", sac
sur le dos, vers la frontière.
On l'oublie trop souvent: dans l'effondrement de
1940, cent mille jeunes français courageux sont morts debout, en
combattant pour la défense de leur pays, de son indépendance,
des ses libertés, de son peuple - et des juifs de toute l'Europe
qui y avaient trouvé refuge...
Mais ces combattants d'un héroïsme absolu, presque sans espoir,
n'ont pu sauver l'honneur du pays et de son armée, au prix de leur
vie, qu'en résistant, d'abord, aux sirènes trotskistes qui
tentaient de les convaincre de déposer le fusil, de fuir, de déserter
et de sauver leur peau en se moquant du reste.
La défaite consommée, l'occupation venue, les trotskistes,
toutes sous-sectes confondues, continuent leur sordide besogne.
Ils font tout pour dissuader les "prolétaires français"
de se dresser et de combattre ces "prolétaires allemands"
en uniforme vert-de-gris, qui ont repris, mais à l'envers, la route
des volontaires vers le moulin de Valmy, avant de percer jusqu'à
celui de La Galette, sur les pentes de Montmartre, et bien au-delà...
Les "panzers" allemands tenant Paris sous la poigne
de la Werhmacht, la Gestapo ainsi que ses divers auxiliaires prennent
leurs quartiers de l'avenue Henri Martin à la rue Lauriston, c'est
dans une clandestinité...de père peinard que "Lambert"
et la bande vont distribuer aux ouvriers des très rares usines
où ils peuvent ne pas se faire "casser la tête",
des textes vitupérant toute velléité de résistance
armée, "aventuriste, et nationaliste".
Au nom, bien entendu, d'une "lutte de classes", "pure
et dure", "antimilitariste"..
.
Ils étouffent, donc, du mieux qu'ils peuvent, les appels à
relever la tête, et le drapeau, dans un rassemblement au sein d'un
large front uni, libérateur, de résistance patriotique.
Et cela au moment même où des textes clandestins, de cette
nature, commencent à bourgeonner.
Dès les premiers jours de la débâcle, des embryons
de réseaux se forment autour d'officiers de carrière de
tradition, plutôt de droite, souvent catholiques, et, plus d'une
fois, royalistes, et parfois de jeunes du PCF. Et cela, avant
même que le communiste breton et grand patriote français
Charles Tillon, "mutin de la mer noire" (en
fait, à Salonique...) par internationalisme bien compris devenu
secrétaire général des métallos parisiens
de la CGTU, puis député communiste, ne
lance un premier appel à résister sans relâche
au régime de Vichy, et à s'unir, le 17 juin 1940, à
Bordeaux, où il s'est replié.
L' "homme de marbre" du mouvement ouvrier français,
et de la Résistance populaire, "grille" d'un
jour le général rebelle, qui, le 18, fonde, ou ressuscite,
la France Libre, en faisant entendre sa grande voix à la radio
de Londres - appelant, lui, clairement, à poursuivre le
combat contre l'occupation allemande, pour la libération de la
France - et pas seulement contre les "représentants"
non-élus de l'Etat soi-disant français de Vichy, né
sous la botte.
Impavides, les trotskistes continuent en catimini leur œuvre de division
et de défaitisme. Même quand apparaissent enfin, en 1941,
les premiers groupes clandestins des Francs Tireurs et Partisans (FTP),
dont Tillon, numéro trois du "triangle de direction"
du Parti communiste clandestin dirigé, depuis une cache de la banlieue
sud, proche de la sienne, par l'ancien ouvrier-boulanger Jacques Duclos.
"Internationalistes" de papier
mâché, les trotskistes iront jusqu'à
se garder aussi de tout appui aux superbes immigrés clandestins
des FTP-MOI de Manouchian, fer de lance de la résistance
militaire dans l'espace pourtant rigoureusement quadrillé de la
région parisienne -qu'ils laisseront crever dans l'isolement. Puis
ils ignoreront avec la même superbe les premières bases de
partisans nichées au cœur des montagnes alpines ou des profondes
forêts du "Limousin rouge" du "préfet
du maquis", Georges Guingouin, instituteur
communiste au sens de la liberté et de la patrie chevillé
au corps, devenu instructeur militaire - comme l'instituteur vietnamien
Vo N'Guyen Giap des premières heures, qui avait été
capable de convaincre ses hommes de se limer les dents en pointe
à l'image des farouches montagnards Méos des montagnes pour
mieux se lier à eux, et entraîner même les "minorités
nationales" des contrées les plus reculées du
Vietnam dans le combat commun pour la libération de la terre des
ancêtres...
Au début, donc, de l'ère Krivine, qui est aussi celle de
leur orientation cubaine, Che Guevara, etc, tout de même plus sympathique,
les "frankistes" se démarquent, certes, des
"lambertistes" - trop grassement marqués AFL-CIO-CIA-Irving
Brown, et trop "fachos" dans le style, avec
leurs cohortes de nervis caparaçonnés de cuir noir, et leurs
barres de fer, dans les congrès de l'UNEF, le syndicat étudiant
à l'article de la mort dont ce joli petit monde s'arrache les dernières
dépouilles...
Mais tous ont en commun la haine viscérale de tout ce qui
est "national"...
Haine fondatrice du cosmopolitisme "ultra-gauche",
fils bâtard, de nos jours, d'un internationalisme léniniste
dévoyé, prostitué, et de la mondialisation sans frein
du capital.
Cette "aversion" les soulève, en France,
en mai 1968, contre De Gaulle. Comme elle en avait fait, à
juste titre, la cible privilégiée des commandos du K.G.B.
chargés de nettoyer le terrain, si nécessaire, à
coups de piolet défonçant le crâne des "hitléro-trostkistes",
avant la grande chirurgie de la guerre, pour une U.R.S.S. dont l'industrialisation
à marche forcée, assortie d'une implacable répression
contre tous les foyers de division, va rendre possible l'éclatante
victoire de Stalingrad, brisant les reins de Hitler...
Mais à l'approche de mai 1968, sur la planète entière,
pour la jeunesse du monde ayant à cœur la paix, la liberté
des peuples, l'indépendance des nations, et le progrès,
c'est le Vietnam qui devient, hélas pour ces "cosmopolites"
rétifs à l'idée même de "résistance
patriotique", et de "libération nationale",
le "front principal", et la "pierre de touche"...
Et là, ils sont gênés aux entournures.
Nombre d'entre nous se roulent par terre de rire en regardant le besogneux
Krivine, le chaleureux Weber, le madré Bensaïd, l'honnête
Langlade, Recanati, le petit Goupil, et consorts, sautiller sur place
en criant "Ho, Ho, Ho, Ho Chi Minh"!
Ils scandent en effet le nom du "Mao"
vietnamien, qui est aussi le De Gaulle de cette vieille nation rétive
à toutes les soumissions, vieux sage à jolie barbichette
grise d'une résistance révolutionnaire mûrie de très
longue date qui, avant même de faire tirer les premiers
coups de feu contre l'occupation française, puis contre l'Amérique,
a sauvagement éradiqué les malheureux trotskistes de son
pays.
Solidement formé, en effet, dès sa prime jeunesse, au Quartier
latin même, à Paris, puis dans les banlieues-usines où
s'implantent en masse les jeunes communistes vietnamiens au cœur
aussi "rouge" que "national",
puis dans l' U.R.S.S. du Komintern, et finalement, en Chine, par les services
secrets de l'Internationale Communiste, qui sont très méthodiques,
"l'Oncle Ho" considère, d'office,
et d'avance, les agents de la "IVème internationale",
trotskiste, comme des diviseurs. Donc, comme des traîtres...Nettoyage
radical!
Il n'est donc pas resté, "sur les arrières",
le moindre partisan d'une "lutte de classes, antimilitariste",
devenue argument contre la résistance armée, et le "front
national" qui rassemble les diverses classes sociales
dans un profond soulèvement de toute la patrie.
Sous la ferme direction de "Ho, Ho, Ho Chi Minh",
l'élimination des trotskistes a été sans pitié.
C'est dans ces conditions, et dans ces conditions seulement, qu'ont pu
se déployer les efforts de rassemblement de "toutes les
couches du peuple", bourgeoisie nationale des villes comprise,
au même titre que les plus sauvages tribus des montagnes aux coutumes
aussi "barbares" que leurs idiomes obscurs, toutes
très loin d'un communisme qu'elles n'acceptent et ne comprennent
que comme le levain, puis le ciment, de la Résistance nationale
naissante, scellant l'unité de fer de tout un peuple.
Du coup, les services de renseignement "impérialistes"
se voient priver de la précieuse possibilité de recruter
dans les groupuscules trotskistes de l'ancienne Indochine, le moindre
indicateur - comme la CIA a commencé à le faire dans le
monde entier dès 1940.
Pour donner un minimum d'ambiance, donc, à défaut de cohérence,
et de la moindre action concrète, dans leurs meetings-paillettes
et leurs molles manifs-promenades, guère différentes, sur
le fond, des défilés traîne-savate du P.C.F., la J.C.R.
de Krivine, donc, future "LC", puis
"LCR", se voit contrainte de scander des slogans
à la gloire des "Staliniens" - ils le sont,
et bien...- de Hanoï ou même du F.N.L, ces gens "aux
mains couvertes du sang des camarades", que dénoncent,
de leur côté, fidèles à leurs puissants amis
de la richissime A.F.L.-C.I.O.-C.I.A., que sont les Lambertistes - F.E.R.,
C.L.E.R., A.J.S., O.C.I.
Pour ceux-là, parti de Jospin-le-fils, Lionel, et de son
frère, enfants du vieux "collabo" socialiste
"ultra-gauche" de Meudon - la pilule "Ho-Ho-Ho"
a été difficile à avaler. Mettons-nous à
leur place...
NOTE
Sur les Troskistes, lire notamment:
Les Trotskistes, Christopher Nick, Fayard, 2001
Secrets de Famille, par Serge Raffy, Fayard, 2001
Eminences grises - Roger Faligot, Rémi Kauffer - Fayard 1992.
Intelligence de l'anticommunisme, Pierre Grémion, Fayard,
1995
Histoire de l'extrême-gauche trotskiste, Frédéric
Charpîer, Editions n 1.
Lionel, par Claude Askolovitch, Grasset 2001.
Yvan Craipeau: Le mouvement trotskiste en France, in Christophe Bourseiller:
Cet étrange M. Blondel. Bartillat 1997.
"Les cauchemars en rose et brun qui hantent Lionel Jospin",
par Jean-Paul Cruse, 2002, disponible en ligne sur le sire Le
Monde Réel http: //www.lemondereel.fr/
"La prise de pouvoir", article de René Backmann,
La Nef, n 48
Les Taupes Rouges, par louis Enoch et Xavier Cheneseau, Manitoba, 2002
Secrets de Jeunesse, Edwy Plenel, Stock, 2001.
- Mais voici qu'une autre force se lève
en face des Kriviniens.. Avec la montée en puissance,
jusqu'aux abords de la Sorbonne, devenue, croyaient-ils, leur fief, des
dangereux "purs et durs", "ultra-staliniens"
que sont, aux yeux des trotskistes, les "pro-chinois" ("marxistes-léninistes").
Ils sont dirigés par Robert Linhart, le meilleur
élève d'Althusser. C'est lui qui a organisé de main
de maître une deuxième scission de l'Union des Etudiants
Communistes (U.E.C.) suivant de peu celle de Weber et Krivine, mais plus
réfléchie que la leur.
Il crée l'U.J.C.-ml, l'Union des Jeunesses Communistes
(marxistes-léninistes), en1966, .
L'espace de la toute fraîche J.C.R. s'en trouve réduit d'autant.
Les "opérations politico-militaires" anti-impérialistes
des Comités Vietnam de Base (C.V.B.), filiale de l'UJC-ml, culminant
dans la rue de façon spectaculaire les 7 et 21 févrrier
1968, bientôt suivies par l'assaut de leurs Groupes de
Propagande et d'Autodéfense (G.P.A.), "cassant les fafs"
de l'extrême-droite pro-américaine, au cœur même
du Quartier latin, le 30 avril, rue de Rennes (voir page),
font mouche.
Couronnant à coups de manches de pioche des mois de patient
"travail de masse" , les C.V.B. font plus que
concurrencer les ritournelles gentillettes des meetings du "Comité
Vietnam National" (C.V.N.), cache-sexe des Kriviniens, qui se
sont acquis la caution déjà quelque peu chevrotante du vieux
Sartre.
Fin 1967 et début 1968, c'est tous les jours, aux portes des lycées,
où dans les files d'attente des restaurants universitaires, que
des bagarres éclatent entre "fafs" et "gauchos"
des CVB - qu'on n'appelle pas encore "maos",
mais qui recrutent déjà, à tour de bras, ceux que
lassent les parlottes, et qui veulent le combat.
Les Franko-Kriviniens de la J.C.R. n'ont pas le choix. Ils suivent. Mieux
vaut tard que jamais. A l'action!
Sans préparation sérieuse, ils attaquent les locaux d'American
Express. Une cible d'intérêt faible: mais ils n'ont
pas le choix, et le temps presse.
Peu rôdés, du coup, à ce genre de cirque, et/ou infiltrés
jusqu'à l'os, ils se "plantent".
L'échec de la première action-Vietnam des Trotskistes,
fruit d'une surenchère (mal) improvisée, va constituer,
pourtant, pour eux, un vrai miracle.
Il est vrai qu'il s'accompagne - re-miracle... - de l'arrestation d'une
de leurs rares figures capables d'attirer, sur sa personne, et sur sa
"tronche", la sympathie, Xavier Langlade
- un garçon de valeur, aux antipodes de la sévère
image professorale du chiant intellectuel trotskiste.
Xavier, qui deviendra plus tard un des dirigeants du syndicat
C.G.T. des correcteurs de presse, et un homme de confiance de Roger Lancry
au Comité Intersyndical du Livre C.G.T. (lire page), est
personnellement apprécié bien au-delà du groupuscule
confus et pontifiant qu'il représente, et de son campus, qui, "coup
de bol", est Nanterre...
Solidaires, une centaine d'étudiants occupent la tour de l'administration
de la fac des Hauts de Seine. Ils créent le
Mouvement du 22 mars, où vont s'illustrer Cohn-Bendit
- et, au second plan, un ex-étudiant médiocre, que ses résultats
universitaires, plus que moyens, ont chassé vers un tout petit
poste de prof d'histoire dans une école privée connue pour
recycler les intellectuels ratés, Sainte-Barbe.
Il s'appelle Serge July.
Dany, plus roux que
"rouge"
Dès lors vont se superposer deux cycles d'événement,
hétérogènes.
Et comme toujours, c'est cette ambiguïté qui fait les grands
moments de l'Histoire.
A Nanterre, la parole est à "Dany".
Ce joyeux drille aux yeux de bille est le petit frère du plus rigide
Jean-Gabriel Cohn-Bendit, à la barbe et à la tignasse d'un
roux encore plus flamboyant...
Prof de lycée à Saint-Nazaire, Gaby insuffle à Dany
les effluves de luttes particulières, propres à l'estuaire
de la Loire (voir page), comme les intuitions des intègres et pétillants
créateurs de "situations" que sont les étudiants
"conseillistes" de Nantes, dignes héritiers
du surréaliste André Breton, (lire page)...
Dany, "juif allemand" (comme ne le dira jamais, contrairement
à une tenace légende, Georges Marchais), vit entre Nanterre
et Francfort. Il subit là-bas l'influence des étudiants
du S.D.S. allemand, archi-mobilisés sur le Vietnam. Vaillant au
choc, et fort de réelles convictions anti-colonialistes, Cohn-Bendit
junior n'a rien contre l'idée de se joindre au combat contre
"l'impérialisme américain" - dont ce flaireur
de situation, opportuniste intuitif et battant, sent bien qu'il structure
toute une époque.
Mais autour de lui, à Nanterre, comme au Quartier latin, qu'il
fréquente, la montée en puissance des "chinois"
l'inquiète.
Anar il est anar il reste. Son souci est l'individu, d'abord, et sa
"libération" (de fait, aussi avancée, déjà,
que le "libéralisme" du même nom de l'individualiste
Giscard)). Cet "idéal", chez lui, prime sur
l'avènement d'un peuple, de peuples, notion qu'il saisit mal. Et
son drapeau, s'il en a un, est noir, ou noir et rouge, pas rouge.
Dany, futur "libéral-libertaire" des années
1980, rallié, sur ce slogan douteux, au camp du "patron
de Libération" comme à celui du libéral-converti
Alain Madelin (l'ancien "duce" fasciste des étudiants
d'extrême-droite pro-américains que nous rossons consciencieusement
devant Louis-le-Grand, puis rue de Rennes, devenu "reaganien",
et resté proche, donc, de la C.I.A)., a peur de l'éventuelle
hégémonie des "m-l" des C.V.B..
Nous sommes en réalité pour lui "l'ennemi principal",
ou presque
Ce qui ne lui interdit pas plus qu'à nous quelques alliances tactiques,
favorisés par la personnalité "mao- libertaire"
du porte-parole de l'"U.J." à la fac de Nanterre,
Roland Castro (lire page).
Une opération en duo de Cohn-Bendit avec le rigoureux Linhart devient
même possible.
Robert vient sur place en personne pour diriger, avec Dany, l'expulsion
d'une assemblée étudiante du porte-parole "libéral-moderniste"
du P.C.F. Il devient ce jour-là, et pour toujours,
"Juquin-le-petit-lapin" (lire page).
Prié par les copains des G.P.A. de venir apporter un "plus"
technique à la petite fête, j'aurai le plaisir d'assister
à un vrai festival de l'improbable tandem Dany-Robert. Puis c'est
à moi que reviendra l'honneur et le plaisir de refermer la porte
du bas de l'A.G. dont s'enfuit le "petit lapin", à
l'issue d'une très brève échauffourée, sous
la protection de braves "gorilles" du Parti, dont un
grand karateka chauve remarquable de sang-froid, et doté d'un très
honorable mae geri (coup de pied direct).
Pour le parti - qui n'a pas "fait de cadeau" au crypto-dissident
Juquin, c'est une humiliation, et un tournant: "interdit de séjour"
dans "la fac des facs" alors qu'il terrorisait les
"gauchistes" par la supposée efficacité
de ses "permanents"...
Pour le Mouvement du 22 mars, qui, composite et pragmatique, ne s'interdit
pas de faire venir en renfort les "musclés" de la mouvance
"chinoise", c'est un succès de la ligne "unitaire",
combative, prête à l'alliance même avec les "m-l".
Anticipation du futur rapprochement avec la G.P....Le "22" lève
alors un second tabou en choisissant pour alliée "militaire"
prioritaire, non les "trotsks", mais la petite armée
casquée des "G.P.A.", ces "super-Stals" - face
à la la menace "brune" qui gronde aux portes de Nanterre.
L'extrême-droite clame en effet sur tous les toits sa ferme intention
d'en "chasser la chienlit", avec le renfort d'anciens des commandos
parachutistes d'Algérie ou d'Indochine, en "riposte"
à la raclée du 44 rue de Rennes - à laquelle ni Nanterre,
ni Dany, Langlade ni, évidemment, le très prudent Serge
July (lire page) ne sont pour quoi que ce soit...
"Jouir sans entraves..."
Contre l'esprit de combat,
l'idéologie du Sexe-Roi...
Dès le printemps 1967, Dany-le-roux, et pas "le rouge",
donc, a eu une intuition.
Pour bloquer la vague "chinoise", anti-impérialiste,
qui commence à rouler sur Nanterre, où elle fait souffler
un nouvel esprit communiste, la seule idéologie susceptible de
toucher le cœur petit-bourgeois de l'étudiant moyen, de le
séduire et le détourner de valeurs de sacrifice et de combat,
potentiellement "staliniennes", est celle du Sexe-Roi
- individualisme absolu réduit à son trognon.
Flaireur ultra-sensible, Dany happe au au vol l'idée lancée
sur le marché par une "action exemplaire" menée,
là, avec un vrai doigté, par le "Conseil de Nantes"
- et réussit à faire un scandale de la "ségrégation
sexuelle" en Cité Universitaire.
C'est une arnaque de génie. Une farce du clown d'A.G. qu'il
est. Un véritable tour de force.
Depuis l'arrivée en Europe de la pilule, déjà bien
dans les mœurs, la bourgeoisie française, suivant en cela,
comme en tout, ses maîtres d'outre-atlantique, a jeté par
dessus-bord bien des interdits de la génération d'avant-guerre,
celle de l'austère "Tante Yvonne" - l'anti-"Cécilia"
modeste, intègre et prude, qu'est l'épouse chérie
du général.
Loin de toute "répression sexuelle", on encourage
les jeunes des classes aisées, premiers, comme il se doit, à
toucher les bénéfices, orgasmiques, du progrès technique
et et scientifique, à "s'aimer à tort et
à travers", et à jouir de la vie dans
une grandissante liberté - au lieu d' "emmerder
le monde" avec "ces histoires de Vietnam,
et de politique".
"Slow", "flirt", "petting" ("tout mais
pas ça..."), l'américanisation du vocabulaire accompagne,
comme il se doit, degré par degré jusqu'à "la
lutte finale", les étapes d'une initiation amoureuse.
Autre exploit, collatéral, la récupération à
la même fin du "jouir sans entraves",
mot d'ordre aussi joli à peindre sur les murs qu'in-culte. Il plaît
aux journalistes, qui en font tout un plat, mais ne peut constituer ni
un idéal de vie - ou alors, il est fasciste - ni la moindre
avancée, bien au contraire, dans l'ordre de l'Eros, où les
entraves, tout de même, à l'occasion...
Importée elle aussi par les amis de Dany, la lecture de Marcuse
et de Reich, mode venue de Californie, vient donner un "support
théorique" à l'idéologie du
"cul". Même et surtout chez "les
bourges", elle devient "in".
Mais à Nanterre, en 1967, pour "recentrer" dans
un totalitarisme du sexe, absolu de la "libération",
la vision du monde, encore façonnable, de jeunes intellectuels
engagés qu'attire, tout de même, l'exemple d'oubli de soi
et d'héroïsme du gaullo-guévariste Régis Debray,
brillant produit de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm,
et disciple, lui aussi, d'Althusser, parti rejoindre le "foco",
le foyer de guérilla qu'essaye d'importer le "Che", comme
d'autres le "Savoir", dans les rudes montagnes de Bolivie, et
arrêté peu avant la capture puis la liquidation du valeureux
mais naïf Guevara, il reste tout de même un tout petit
petit tabou, résiduel, à violer.
Aux jeunes politiciens vicelards d'une "libération sexuelle",
déjà acquise et ancrée dans les mœurs, reste
encore à trouver un petit os à ronger, leur permettant de
donner toute sa force symbolique à l'idée de "vivre
sans temps mort et jouir sans entraves" (Revue de l'Internationale
Situationniste, numéro 10), plus proche de la vision du monde du
divin marquis de... La Bastille que de celle du Faubourg Saint-Antoine,
ou de ces faubourgs du monde, miséreux et soumis à la loi
de l'absolue injustice et de l'absolue violence, "sans entraves",
que sont les montagnes, les forêts et les marécages de la
"zone des tempêtes" - où naît, sous
la balle du tueur en "battle-dress" de "ranger"
financé par la C.I.A., qui l'exécute, un nouveau
Christ.
"Enragés" de Nanterre:
la stratégie du cul
Loin de cette destinée sublime, à Nanterre,
donc, en 1967, le "scandale" qui mobilise les "Enragés",
et commence à placer Dany, tôt, en position
de pointe, c'est l'interdiction faite aux garçons de pénétrer
l'espace d'hébergement dévolu aux filles, par règlement
intérieur.
Alors que, dans le bâtiment des garçons, "c'est
la valse brune...des chevaliers de la lune...chacun avec sa chacune..."
- ou tous avec tous, et toutes, selon affinités...
Occupation, incidents, etc. Avec brio, Dany fait rebondir le schmilblic.
Harcèlement des profs dans les amphis, contre-cours sauvages, etc...
Père de la jolie Françoise de Panafieu, étudiante
à Nanterre, tombée sous le charme, réel, de l'effervescent
Dany, le ministre de la jeunese et des sports, François Missoffe,
passe par Nanterre, en janvier 1968, pour y inaugurer une piscine.
A deux pas du bidonville de La Folie, où les immigrés
du Maghreb, et leurs familles, croupissent dans la boue, il y avait peut-être
autre chose à faire que lui parler de bite.
Mais Cohn-Bendit a sa stratégie. Il s'y tient.
"J'ai lu votre livre blanc sur la jeunesse. On n'y parle pas
de sexualité!" - - "Si vous avez des problèmes
de ce genre, vous n'avez qu'à plonger dans la piscine pour vous
défouler!..." Très militaire, très XVIème...Dany
est bien mouché, mais c'est sur lui que rejaillit la gloire de
cet exploit verbal, celle qui (pour se mettre au diapason...) "fait
bander" ce gai jongleur de phrases, incapable de la
boucler même cinq petites minutes pendant les cours, ou en réunion,
en permanence avide du plaisir que provoque le pouvoir du verbe, sur un
auditoire conquis.
L'ivresse des mots saisit Nanterre, jusqu'à plus soif.
Dans un accès de veulerie plus inculte encore qu'iconoclaste, les
"Enragés" s'en prenneent au doyen Grappin.
Ce résistant, passé entre les mains de la Gestapo, déporté,
puis actif, dans la même idée, contre la guerre d'Algérie,
se fait traiter de SS, de "nazi", de "flic"
et de "larbin". - "Vieille buse, condamnes-tu
l'impérialisme?" - "Tu nous casse les pieds avec tes
langues mortes" (etc.) (Lire
à ce sujet, mais à ce sujet seukement, le très faible
MAI 1968, L'héritage impossible. La de Jean-Pierre Le GOFF: Découverte
1998)
Le 27 janvier 1968, tout de même une petite initiative,
intelligente, provoque une action collective d'envergure, porteuse de
sens. Les photos de flics en civil, nombreux désormais
à rôder sur le campus de Nanterre, où les
mouvements d'extrême-gauche sont copieusement - et facilement -
infiltrés, sont affichées sur les murs. La préfecture
n'aime pas. Grimaud envoie ses sbires investir la fac,
en masse - au prétexte d'arracher les affiches, et d'interpeller
les auteurs des photos. Ils n'y parviennent pas, mais sont rossés,
- s'enfuyant sous une plui de pierres, devant un bon millier d'étudiants...
Ce cycle s'achève le 3 mai, avec la convocation,
pour d'éventuelles sanctions disciplinaires, de huit étudiants
de Nanterre, dont Cohn-Bendit.
L'extension de la spirale d'action directe lancée par les
Comités Vietnam de Base à la J.C.R., à Nanterre,
et à Dany-le-Cul, est à la source des événements
de mai, qui vont commencer ce jour-là.
Deux vagues Vietnam se croisent et se chevauchent,
déclenchant "Mai 68"
La veille-même, c'est l'autre cycle Vietnam, issu,
lui, de l'opération "search and destroy"
des "chinois" passant à
la moulinette le 44 rue de Rennes, et ses virils occupants, dont, ou pas,
Devedjian, qui a mis le feu à Nanterre, menacée d'une vaste
"ratonnade" par les fascistes, humiliés.
Sous la direction personnelle de Robert Linhart, les
futurs maos que sont les groupes de choc des G.P.A. des C.V.B.
metten tout le vaste espace universitaire en autodéfense
"style guerre populaire" - abords routiers et toits
des bâtiments compris...
Une démonstration de force "politico-militaire"
dont l'impact contribue, au premier chef, à la décision
de fermeture de la fac de Nanterre, qui va entraîner
tout le gotha du gauchisme - donc, pas nous...- à se
replier vers la Sorbonne, pour y attendre aussi les "huit"
sanctionnables de Nanterre, et fournir un "soutien de masse",
en fait des plus réduits (quelques centaines d'étudiantes
et d'étudiants, 22 mars, UNEF et groupuscules inclus, plus quelques
bureaucrates du syndicalisme enseignent, Geismar etc.)
Bouclant la boucle, la rafle massive dans la cour de la vieille
université parisienne, symbole patiné par le temps
des "franchises universitaires", et les premiers
pavés lancés sur la police...
On les doit avant tout à la "force de réaction
rapide" de la génération montante des Comités
d'Action Lycéens, les C.A.L.
N'étant pas venus se jeter dans la trappe, maintenant refermée
sur les étudiants, à la Sorbonne, ils ont, en outre, la
fraîcheur et "l'audace, encore de l'audace, et
toujours de l'audace" diffusée par l'exemple
de pugnacité offensive anti-flics de nos dernières opérations-Vietnam,
les 7 et 21 février.
Ces renforts imprévus sont conduits, ce jour-là, par Maurice
Najman et son petit groupe, dernier résidu français
du "pablisme" historique, après
la mise en orbite du bon Krivine.
Selon de très bonnes sources, toutefois insuffisamment
recoupées, quelques "étudiants israéliens"
de Paris, en pleine forme physique, et endurcis par de récentes
"périodes" au sein des commandos d'élite
de "Tsahal", ravis d'en "mettre une dans le
cul" du diabolique général, et de sa politique
arabe, qui depuis 1967 au moins défie ouvertement Tel Aviv, se
sont glissés très tôt, et au second rang au moins
- alliant efficacité et discrétion - dans
les groupes des premiers lanceurs des lourds et peu maniables pavés,
qui défoncent les premières grilles de protection des premiers
cars de police embarquant vers Saint-Michel, les ponts de la Seine, et
le "dépôt", les raflés de la Sorbonne,
"état-major" entièrement neutralisé
d'un mouvement étudiant dont le service d'ordre, dans les mœurs
de l'époque, aurait sans doute crié à la provocation,
et freiné les "Gavroche" enflammés
de Voltaire, Henri. IV ou Louis-le-Grand, presque mitoyen de la Sorbonne...
"Libérez nos camarades". Le
mot d'ordre est spontanément repris, très vite, par des
centaines, puis des milliers d'étudiants traînant dans les
cafés, que n'avaient pas enflammés l'appel de Sauvageot,
Krivine, Dany et cie à venir enfermer leur "solidarité"
dans la grande cour pavée, mais fermée, de la Sorbonne.
De nouveaux cubes de granit gris volent, superbe symbole quand un objectif
capte et fixe le geste auguste du lanceur, le plus souvent inutile,
sauf à s'approcher vraiment très très prêt
d'une rangée de casqués, immobiles, ou d'un car ralenti
par la circulation - ce que certains trompe-la-mort font...
Puis viendra le temps des longs cortèges draînant des foules
imposantes, indignées, avant tout, par la barbarie de la police
urbaine, autant que des C.R.S., aussi sauvage que contre-productive
- sauf à s'interroger sur de toujours possibles calculs d'un Machiavel
de préfecture, le très étrange Grimaud, dans un jeu
de billard à trois bandes...
Perdues autant qu'éperdues, les manifs errent sans stratégie
intelligible aux quatre coins de Paris, pris entre l'enclume de
l'axe trotskistes-22 mars, fasciné par la "reprise de
la Sorbonne", fétichiste "patrie"
de la petite-bourgeoisie intellectuelle enragée de nouveaux clercs
d'un nouveau pouvoir en gésine, et le marteau
(faucille) des "m-l", stratèges des C.V.B.,
qui disposent de troupes aguerries, mais n'ont pas la ferme et
cohérente volonté d'imposer un ancrage dans les
quartiers populaires, alors nombreux en plein Paris, et faciles à
défendre, au lieu de se laisser aimanter par l'obsession
régressive de l'auto-enfermement dans le ghetto de la petite-bourgeoisie
"intello", future "branchouille",
qu'est encore le quartier latin.
Là surgissent les premières barricades. Symbole
phallique aussi peu "militaire" que les pavés
lancés, elles ont pour objectif réel de
"fixer" les étudiants dans leur quartier, isolé,
de privilégiés du savoir, et de les concentrer dans un espace
réduit où se "libérera la parole"
(en vase clos), pour dissuader toute tentative d'éclatement
en groupes de guérilla urbaine, insaisissables, mobiles et offensifs,
sur le modèle de que sera, en Palestine, la première "intifada
des pierres", géniale idée "politico-militaire"
évitant l'escalade d'un recours "strico-sensu militaire"
aux armes à feu, manœuvre empreinte du meilleur
"esprit guerrier", qui n'est pas toujours montée
aux extrêmes, élaborée par le "mao"
Abu Djihad, à partir d'initiartives de terrain, spontanées,
de jeunes "chebab"...
La stratégie des barricades, c'est l'escalade autiste.
Même si sur la première d'entre elles
flotte, réminiscence des révolutions parisiennes de 1830
ou 1848, un drapeau bleu-blanc-rouge, tabou vite refoulé, avec
son remplacement par le noir, ou le rouge.
Absurde, cet onanisme politico-militaire de dirigeants petits-bourgeois
aux œillères étroites, indignes de l'aventure qui
les porte à sa tête, vient offrir à la mini-bureaucratie
trotskiste un miraculeux bol d'air.
Krivine l'aspire à pleins poumons.
Il jette au cœur de la mêlée le - combatif -
service d'ordre de la J.C.R., qui ne servait jusque-là
qu'à sautiller sur place en hurlant, comiquement, "Ho,
Ho, Ho", et qui aurait tenté d'empêcher,
s'il n'avait été "enchristé",
les premiers jets de pavés, du côté de la Sorbonne.
Forts de leur minuscule appareil - mais appareil, tout de même
- les "trotsk" prennent facilement la direction
réelle du mouvement. Ils l'orientent par petites touches vers une
affrontement complètement hors sujet visant ouvertement le gaullisme
- qu'évidemment, on a vu pourquoi, de très ancienne
haine, ils haïssent...
Rentrant comme dans du beurre sans rencontrer d'obstacle à une
stratégie pourtant parfaitement lisible, ils ouvrent ainsi
un vaste boulevard à la social-démocratie pro-américaine
d'un Mitterrand dominant un P."C"."F"...,
alors sans marge d'autonomie réelle par rapport à la "deuxième
superpuissance", plus russe que soviétique, dont
bien peu anticipent "l'effondrement imminent",
20 ans à peine avant la chute du Mur - sauf les "chinois",
nous, donc, soulignons-le au risque d'une récidive dans
une rigoureuse immodestie...
Pour le Parti des Barricades, angélique milice
du Vieux Loup Mitterrand, donc, "tout baigne".
D'autant que Dany, que les "trotskards" "gonflent"
tout de même un peu, accepte précisément le rôle
de potiche apparemment dirigeante. La chose qui compte vraiment pour lui
est de "faire le beau", sono en main, dans la foule.
Mieux encore, micro phallus des radios tendu au bord des lèvres,
il jouit - "sans entraves" - d'une véritable
extase, dans le rôle de "porte-parole" d'un mouvement
dont il confisque et détourne, plus qu'il ne l'incarne vraiment,
la "parole"...
Et d''autant que de notre côté, ça flotte...
Linhart
Contrairement à son futur successeur "Pierre" (lire
page), Robert Linhart n' a pas froid aux yeux.
Ce jeune intellectuel râblé au nez cassé de boxeur
n'a peur ni des coups, ni de la rue, et des foules en colère, aux
réactions d'humeur parfois imprévisibles.
Il aime, lui, et c'est sa grande force, et c'est
pour ça que nous-mêmes nous l'avons aimé et l'aimons,
les personnes réelles, les individus vivants et mouvants dont la
fusion, quand elle survient, forme un peuple. Et peut l'élever
jusqu'aux plus hauts sommets de l'Histoire...
De plus, suivant en cela les meilleurs textes de Mao, il nous a lui-même
éduqués, aux vertus de l' "enquête" et du
contact direct, physique, avec "les masses", à leur écoute,
d'abord...
Il se rend donc sur le théâtre des affrontements, dès
les premiers jours. Il parle à tout le monde. Il note, sur de petits
carnet, les paroles qu'il recueille; les profils des manifestants rebelles;
les petits faits qu'il constate et collecte, minutieusement; les idées
qu'on entend, celles qui semblent se dégager avec le plus de force
("ligne de masse"); les contradictions perceptibles,
enfin, cœur de toute analyse, et moteur de toute action...
Dès le premier soir, il anime de premières réunions,
larges, de "cadres". On réfléchit.
Le second jour, re-belote. Il retourne au terrain, revient.
Tout le monde l'écoute, et ceux qui sont allés, eux aussi,
sur place, se lier aux lanceurs de pavés, ou éventuellement,
les imiter, donnent leur avis, librement. Sauf peut-être
Nicole, son épouse, qui le respecte et l'aime de grand
amour mais n'a pas le profil, soumis, d'une "femme d'un
chef" vivant dans l'espérance d'un partage de
pouvoir, indû.
Elle se fait envoyer dans les cordes quand elle souligne que tous les
émeutiers ne sont plus des "petits-bourgeois enragés".
"Femme du chef" ou pas, cette fille d'une ouvrière
d'usine et de son tout petit "patron" de mari (lui-même
d'extraction populaire), engagée vaillamment dans des études
de pharmacie, s'est intrépidement établie parmi
les toutes premières. Elle raconte ce qu'elle voit,ce
qu'elle entend, à l'usine. Les "jeunes prolos"
reviennent, dit-elle, les lendemains de nuits chaudes passées sur
les barricades, à l'avant-garde, couverts de pansements, de cicatrices
encore à demi-ouvertes, de bleus et de coquards - et pleins d'idées
intéressantes...
Le troisième jour, changement.
Linhart tape sur la table.
Il dit non à l'échauffement, au suivisme à la remorque
des "gauchistes anti-communistes" de la "petite
bourgeoisie intellectuelle", manipulés ("complot"),
par une social-démocratie qui constitue la relève du plus
grand capital, ne cherche qu'à occuper des places, et si possible,
la toute-premièren, au sein de l'appareil d'Etat - et va, pour
y arriver, entraîner le P.C. dans les tenailles d'un piège...
Robert voit large, voit clair, voit loin.
Il a, rappelons-le, prévu et annoncé depuis plusieurs mois,
devant un groupe de dirigeants de l'U.J. venus l'accompagner en délégation,
dont certains s'en souviennent, à l'ambassade de Chine , l'imminence
d'un mouvement quasi-insurrectionnel en France (voir page).
Venu, comme en Allemagne, avec le S.D.S., d'une jeunesse étudiante
ou lycéenne, aisée, gonflant les effectifs d'un système
universitaire archaïque, au bord de l'explosion sous la poussée
de ces nouvelles "forces productives" en
formation, expansives, et radicalisées, dans la rue, sous
l'impact du Vietnam, il aura, a-t-il prévu et annoncé, les
très probables spécificités, bien françaises,
qui vont devenir, effectivement, les siennes - avec l'intervention
dans la mêlée, d' ouvriers venus "fusionner" leurs
colères avec celles des jeunes intellos rebelles.
Mais, d'une capacité d'analyse et de synthèse vraiment hors
du commun, que tout le monde, encore aujourd'hui, lui reconnaît,
ce jeune dirigeant de valeur, pétri de culture, et de philosophie
politique, économique, et historique, est désormais
prisonnier de la magistrale intuition - sombre... - qui l'envahit.
De ce gai de mois de mai pimpant et sympathique, où partout, les
gens de nouveau se parlent, échangent, et pour certains d'entre
eux au moins retrouvent espérance en la vie, et sourire, il n'attend
pas un avenir en rose.
Sur la fleur, il a tort. Elle est appelée à
devenir le symbole politique d'un futur "Parti de la Rose au poing",
indigne de son superbe logo.
Mais sur le fond, il a raison.
Selon son analyse, cette crise qui fait entendre, déjà,
de premiers grondements d' avalanche, survient trop tôt.
Beaucoup trop tôt pour les jeunes forces politiques auxquelles
il a, personnellement, donné l'occasion de naître.
Encore insuffisamment expérimentées, implantées,
et matures, elles ne pourront se hisser à la hauteur de l'événement,
en saisir la "substantifique moëlle". Capables
d'accompagnement, de commentaires, et d'un petit travail d'influence,
à la marge, ces forces neuves ne pourront avoir ni la vision,
ni la puissance, permettant à un mouvement a-nomique, atypique,
enveloppé de nuées de paroles aussi bourdonnantes que floues,
de se développer sur une ligne de progression sûre, raisonnée,
prudente, et durablement positive guidée pas à pas vers
une issue progressiste.
Au contraire, nos troupes de jeunes activistes du combat central de l'époque,
la lutte anti-impérialiste dont le Vietnam est le foyer, la Palestine,
l'avenir, et la fragile et riche Europe, un enjeu aussi indirect qu'explosif,
ne peuvent qu' "exploser en vol" -
étant encore insuffisamment cohérentes autant que régionalement
et surtout sociologiquement limitées.
Trop forte pour nos fragiles esquifs, à peine lancés sur
la crête de vagues trop soudaines, et vigoureuses, la tempête
vient trop tôt pour qu'une chance existe de pouvoir "surfer"
sur ses déferlantes - porteuses d'une énergie sociale
"hyperpuissante"...
De l'effondrement probable d'un gaullisme d'Etat usé jusqu'à
la corde, fidèle à son destin politique, mais à la
base sociale désormais rétrécie, et trahi
de l'intérieur, seuls sortiront vainqueurs, au bout du
compte, les socialistes atlantistes du cauteleux Mitterrand, pour
qui roulent, discrètement, les trotskistes, et ouvertement Cohn-Bendit.Un
Mitterrand dont nous connaissons tout (qu'on ne raconte pas d'histoires...).
Vichy, francisque, Bousquet, Algérie, guillotine, Yveton, Le Pen,
etc.
- Tout le monde savait, tout le
monde s'est tu...-
Ce Mitterrand,
"en aucun cas antisémite,
jamais..."
- ...mais juste chasseur de "métèques"
Seul en place et en piste pour ramasser la mise, le vieux renard trouve
là l'aboutissement d'une longue et sinueuse carrière. Elle
est structurée par de nombreux "anti", constants et cohérents.
Dont l'antigaullisme, et l'anticommunisme. Mais pas seulement...
La vie politique du jeune François a commencé par une
"manif" étudiante, fondatrice, à 20 ans,
dans l'immédiate avant-guerre.
Les banderoles sous lesquelles on le voit défiler, rieur, avec
ses copains d'extrême-droite, proclament un mot d'ordre dépourvu
de toute ambiguïté: "Dehors, les métèques".
On est loin de "Touche pas à mon pote"...
Car, qui sont ces "métèques"?
Immigrés de l'époque, "bougnoules" ou
"ratons" du moment dans le langage du temps, les "métèques",
ne sont sont autres que les réfugiés juifs d'Europe
centrale fuyant l'antisémitisme et la montée du nazisme
en Allemagne.
Ils sont nombreux, effectivement, dans les facs de droit ou de médecine
du Quartier latin du jeune et vitupérant François Mitterrand.
Ses collègues étudiants commencent à y redouter la
"concurrence" sociale de ces intrus, souvent savants, dont "à
prononcer, (les) noms sont difficiles...".
"Dehors", donc, l'immigration "pas
choisie"... Et "retour au pays"
- par la frontière allemande?
Très logiquement, après un retour d'un front où il
n'a guère brillé, vite fait prisonnier, puis la gloire incertaine
d' "évasions " pour le moins controversées, le
Rastignac des Charentes aux canines pointues de vampire, pas encore limées,
poursuit dans la même voie. Il s'en va en rédiger de petites
"fiches" dans le petit bureau d'un service de renseignement
"collabo" de Vichy
.
- Au fait, ces fiches?
Minutieux mémorialiste de cour affairé à placer quelques
contre-feux dans la forêt de révélations tardives
embrasée par les feux du dernier septennat, Pierre Péan
(Une jeunesse française, Fayard, 1994)
se risquera à garantir que, "métèques"
ou pas "métèques", François Mitterrand,
s'il avait pu paraître porteur d'ambiguités, n'avait "en
tout cas jamais été antisémite".
Il est vrai que "P.P" a été
bichonné, pour parvenir à cette affirmation péremptoire,
mais imprudente, par le consciencieux Gilles Ménage (bébé-Pandraud
devenu l'ombre de Mitterrand, qui s'est toujours défendu, mais
sans toujours convaincre, d'avoir été à lui tout
seul ou presque le "cabinet noir" de l'homme aux blanches
quenottes désormais arrondies, qui plaisent, enfin, aux langues
goulues des hétaïres plus ou moins "cul-tureuses"
de la gauche "caviar-sur-canapé".
Pour pouvoir s'incruster deux fois sept ans dans les canapés, donc,
de l'Elysée, il a fallu le chasseur de "métèques",
pionnier de l' "immigration choisie" (pas trop de médecins,
juifs - des servantes polonaises, catholiques - des bonnes, portugaises
- des noires d'Afrique, cambrées - des mineurs, italiens, puis
des ouvriers d'usines, arabes, mais musulmans, pas trop...) bénéficie
de l'aide d' un jeune R.G. zélé et astucieux, bien cornaqué,
Gilles Kaehlin (lire page).
C'est Gilles qui lui fabrique, à l'intention des journalistes,
mâles, et surtout femelles, dès son accession au trône,
et aux boudoirs qui vont avec, en 1981, le bonhomme et familial surnom
de "Tonton" - "Tonton Mécoute",
diront plus tard les "écoutés"...
Très bien.
Mais que visaient les "fiches" que rédigeait,
méticuleux, je jeune homme de Vichy? Quelqu'un a bien
dû garder quelques traces quelque part?
Elles visaient les "éléments antinationaux",
écrit succinctement Péan. Citant, à titre d'exemple,
deux des quatre catégories d'"antinationaux"
précisément définies par Vichy: les francs-maçons,
et les gaullistes.
- Et les deux autres? Péan n'en souffle mot, ni,
après lui, aucun journaliste "de référence"
- ou de révérence?.
Alors, soufflons pour eux: les "quatre"
classes de "suspects" à mettre,
pour commencer, en fiches, recensés dans la minutieuse
nomenclature de l'Etat pétainiste comprennent aussi, on
s'excuse du peu, les juifs - encore...- ainsi que les communistes.
Beaucoup d'historiens le savent.
Pourquoi se sont-ils tus.
Et donc, qu'est-ce aujourd'hui qu'un "historien"
de l'université française, ou de ses diverses et juteuses
dépendances?
- Pour qui n'en a pas marre, et pardon d'être long, osons, à
ce stade, et sans être, certes, "historien" de
métier (heureusement...), une dernière interrogation:
à quoi servaient ces fiches?
- Question subsidiaire: quelqu'un les détient-il, quelque part?
A-t-on tenté de s'en servir, au péril, sans doute, de sa
vie - mais contre leur rédacteur, cette fois, et non contre ses
victimes? (suite dernière colonne en haut à
droite de la page, ou accès par clic
ici)
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LIBERATION:
VERS
LE DEPÔT DE BILAN ?
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Mort
d'un journal? Disparition d'un titre, qui a fait date dans l'histoire
de la presse? Fin d'une époque? Mainmise définitive,
devenue totalitaire, de "Sarkozy l'Américain",
et des puissants réseaux d'hommes d'affaires, et d'influence
- nationaux et internationaux...- qui le soutiennent, sur la totalité
des "grands media de l'écrit comme de l'audiovisuel?
C'est
un peu tout cela.
Si
les rumeurs de "dépôt de bilan imminent",
qui hantent les couloirs de "Libé" depuis hier,
sont officiellement confirmés dans les heures qui viennent.
Mais
tout n'est pas si simple, ni si noir.
D'abord
parce que le dépôt de bilan", même s'il
est actuellement "à l'étude" n'est qu'une
des solutions techniques, parmi d'autres, pour un titre en état
d'urgence, qui continue à perdre de l'argent et des lecteurs
- et se situe incontestablement "dans le rouge"...
Quelle
que soit sa forme exacte, l'événement qui se profile
et se prépare, annonce, incontestablement, des moments difficiles,
allant, peut-être, jusqu'à des licenciements massifs,
pour une équipe de plusieurs centaines de personnes - journalistes,
mais aussi employés, commerciaux, techniciens...
Le
dépôt de bilan, et dans la suite, éventuellement,
mais pas inéluctablement, la mort de Libération, ne
tombe pas du ciel.
Sans
remonter à 1981, date des premières régressions,
de la première normalisation, des premières failles,
cachées sous le discours triomphaliste de la "modernisation",
les racines de la crise actuelle remontent au référendum
contre la dissolution de la France par son intégration dans
un "super-Etat" européen, "social-libéral".
Serge
July ne s'était pas contenté alors, selon son habitude,
de mettre ce qu'il considérait, impudemment, comme "son"
journal au service de l'extravagante campagne de matraquage mediatique
en faveur du "OUI".
Dans
un éditorial d'une rare vulgarité, au lendemain du
choix populaire démocratiquement, massivement et insolemment
porté sur le NON, il avait insulté avec brutalité,
non seulement ses propres lecteurs, mais une large partie de son
équipe - les électeurs du NON, coupables, bien entendu,
de "xénophobie" et de "racisme"...
Pour
l'ancien communiste "rénovateur" "italien"
de l'UEC, devenu "Mao", anti-sioniste, pro-Palestinien
et partisan de la lutte armée anticapitaliste, avant un spectaculaire
"repentir" politique, grassement rémunéré
par un "système" jamais avare de son argent quand
il s'agit de s'assurer le concours servile de "renégats"
, c'était franchir une ligne.
Après
que Libération se fut lui-même coupé de la société
réelle, celui qui était alors, encore, son P-dg avouait
grossièrement son propre mépris pour un peuple d'électeurs
qui lui avait dit "merde", comme il avait dit, par ce
NON de rébellion superbe, "merde" à toute
la prétendue "élite" au pouvoir.
Quelques
mois plus tard, les insultés de "Libé"se
vengeaient de la plus jolie façon. La chute accélérée
des ventes ayant sanctionné la dernière pantalonnade
du "gros Serge", celui-ci tentait d'en punir "l'équipe"
- dont la seule faute avait été, jusque là,
en réalité, de ne pas s'opposer à lui avec
assez de force... Il tentait alors de faire passer en force un plan
de licenciements massifs, particulièrement arbitraires.Sous
l'impulsion de la CGT, rassemblant derrière elle un vaste
front uni syndical (SNJ, SUD), une grève de 4 jours (ce qui,
pour un journal quotidien, est fort) démontrait à
Edouard de Rothschild, devenu le principal actionnaire du journal,
et son propriétaire de fait, qu'il avait misé sur
le mauvais cheval. July n'était plus à ses yeux qu'un
bourrin, un canasson à viande de second choix mûr,
donc, pour l'abattoir. Cavalier, ou supposé tel, "le
beau Serge", devenu "le gros Serge", n'était
même plus capable de contrôler les ruades de sa monture.
Il devait, très logiquement, finir par se retrouver "sur
le cul". C'est ce qui finit, par arriver. Après une
AG de haute portée symbolique, où July, devenu Louis
XVI devant le panier de son, voyait y rouler sa popre tête:
sur une ènième interpellation d'une technicienne de
production - déléguée syndicale - ("tu
réponds toujours à côté de nos questions...
Si c'est comme ça, à quoi ça sert de perdre
notre temps de parler avec toi"), celle-ci lui tournait le
dos, et se dirigeait, sans sourciller, vers la sortie... Suivie,
en bloc, par tous les journalistes, et toute l'AG... Laissant le
mediacrate castré seul, morose, dans la grande salle de réunion
devenue le théâtre de sa mise à mort (politique).
C'est
l' "équipe de Libération", et c'est la grève,
qui ont tué Serge July -le poussant vers la porte. Quelques
mois plus tard, après un court délai de décence,
et lassé, disait-il, qu' "on" lui mente sur tout,
et d'abord, sur les chiffres, Rothschild "remerciait "
comme un valet son P-dg déchu de toute emprise sur le journal,
.
Libération
va-t-il aujourd'hui, à son tour, être condamné
à mort, après l'esquisse d'une révolution ponctuée,
"à la Française", par un courageux régicide?
On
peut le craindre: mais ce n'est pas écrit! Le "dépôt
de bilan" n'est pas "la fin de l'histoire". Il peut
résonner, bien au-delà de la rue Bérenger,
comme un tocsin.
A
l'approche d'une échéance présidentielle dont
les enjeux, avant tout internationaux, et touchant à la question
fondamentale de la Guerre ou de la Paix - guerre internationale,
au côté de Bush, et d'Israël, ou guerre civile
ethnique, avec le "nettoyage au kärcher" de la "racaille"...-
dépassent largement ceux du sempiternel ballet "droite-gauche",
aux duettistes usés, la société française,
la société réelle, riche d'un potentiel de
rébellion, et de rébellion créative,
n'acceptera pas si facilement de se voir presque complètement
privée de tout ce qui peut ressembler, de près ou
de loin, à une presse libre.
Autour
de qui reste de Libération - des souvenirs d'une rébellion
lointaine, et d'un style resté, lui, un temps, poétique,
insolent, voire subversif; un logo, une "marque", une
équipe - autour, aussi, de "points d'appui" comme
Marianne ou même l'Huma, et avec le soutien des forces syndicales
présentes et bien présentes dans l'univers de la communication,
de l'édition, de l'impression, autour, enfin, des
forces socials et politiques émergentes, des banlieues jusqu'à
l'intérieur de la plus "vieille gauche", capable
d'un sursaut, une bataille est encore possible.
Un
large secteur de la société est disponible pour engager
ce nouveau combat, en faveur de la diversité et de la liberté
de la presse. En sauvant ce qui peut encore l'être;
et surtout en édifiant, autour de ce qui existe,
des projets neufs, et des instruments d'information, de communication,
radicalement rénovés, enfin bien adaptés.
Que
ces forces se lèvent, qu'elles se regroupent, qu'elles prennent
l'initiative avec audace, contre ceux qui rêvent de réduire
la France vivante au silence!
Que
l'équipe de Libération - ou au moins, au sein de l'équipe,
un noyau uni et déterminé -prenne la parole, et la
garde! Et en avant pour un nouveau "soulèvement de la
vie" - et pour de nouvelles aventures!...
13
septembre 2006. 12 H27.
(A
suivre...)
Et
pour en savoir plus sur Libération, sa crise et son combat
pour la survie:
IMBONGI:
http://20six.fr/imbongi/art/1198754/
Liberation_la_CGT_l_Irak_la_Palestine_et_les_banlieues_Fatima_Brahmi
_au_congr_s_de_la_CGT_chambre
typo
A
lire aussi, sur Libération, toujours sur Imbongi:
http://20six.fr/imbongi/art/410900/
Ecrire,
proposer vos réactions, vos commentaires, vos textes:
Imbongi@wanadoo.fr
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REBELLES
(suite)
La Sainte Alliance de mai
Ce mois de mai 68 tout beau tout neuf accouche, donc, d'une Sainte Alliance,
paradoxal prolongement de l'émeute, et des grèves...
Sous l'hégémonie de François Mitterrand de
Vichy de Bousquet des Fiches, sous le signe de la Rose et du
martyr du Panthéon, cette conjuration de la haine et de
la revanche regroupe tous les vaincus de 1945, alliés
contre ce qui fut alors le Parti de la Victoire: le "Front
National", le vrai - front uni du communisme
et du gaullisme contre l'impérialisme dominant du moment.
François Mitterrand a tout les atouts dans sa main pour en formuler
le programme synthétique.
A l'occasion des élections présidentielles de 1965, trois
ans avant ce mois de mai, il a déjà bénéficié
du soutien de l'extrême-droite fascisante (nostalgique de Vichy
autant que de l'Algérie Française), à une gauche
molle ouverte et disponible pour toutes les "liaisons dangereuses".
L'homme qui n'aimait ni les "métèques"
de 1938, ni l' "Oncle Ho", "Tonton" là,
pour lui, maléfique...de la belle Indochine de 1954 chère
à nos industriels du caoutchouc comme à l'élastique
Marguerite Duras, ni les "ratonnés" de Sétif
de 1945, ni les cibles des "commandos de chasse", dits
encore "commandos Georges" du ratissage des "mechtas"
puis de l'impitoyable "bataille d'Alger" (lire
page), a tout fait pour dresser les Français contre le "coup
d'Etat" républicain du général, en mai
1958.
Mitterrand sent bien, en effet, que cette première étape,
gérée tout en douceur, d'une stratégie de "coup
d'Etat permanent" aux franges de la légalité ouvre
la porte à une "paix des braves", appelée
à déboucher sur le machiavélien "Je vous
ai compris", et un référendum d'autodétermination
de l'Algérie, porte de l'indépendance.
Ben Barka, Israël, "barbouzes",
De Gaulle
- et le "coup du Père
François"
L'année1965 vient alors faire cadeau d'une superbe "affaire"
au chef de l'opposition "rose-brune" au
général: la disparition de Ben Barka, gérée
par le cruel Oufkir, correspondant marocain du Mossad - inquiet
des négociations de son mortel ennemi, par ailleurs précoce
ami de la Palestine, avec l'entourage de Hassan II.
L'officier traitant d'Oufkir au sein des services de renseignement de
Tel Aviv, l'industriel sucrier marocain Elie Tordjman, un des
fondateurs historiques du Mossad, dans l'après guerre,
conseiller et "sponsor" de l'officier marocain comme du fameux
Lopez, de l'antenne Sdece d'Orly, est à Paris le jour du
crime.
Pour acheter du sucre?
Il téléphone de son hôtel à la villa du truand
Boucheseiche, où le "petit prof de math" anti-impérialiste,
antisioniste radical et cohérent, victime aussi de son positionnement
"ni ni" (ni Moscou, ni Pékin)
subit son terrible calvaire.
La Brigade criminelle en établit la preuve.
C'est dans le dossier.
Mais la "justice" française ne juge
pas utile de citer Tordjman à comparaître.
Il y aurait bien plus à dire, en expliquant comment Oufkir, alerté
par la rumeur de contacts de Ben Barka avec l'entourage immédiat
de Hassan II, ne pouvait que donner l'alerte à ses "tontons"
de Tel Aviv, et Tel Aviv décider de faire fissa - dans
un coup de billard à quatre bandes:
1. Protéger son homme-clé dans les services
"de sécurité" de la dictature marocaine (devenue
"protectorat" israélien) alors qu'il se trouve directement
menacé par le retour en grâce de Ben Barka - qui met la tête
de son ennemi mortel dans le plateau de la négociation.
2. Liquider un adversaire irréductible d'Israël,
particulièrement engagé contre les activités de l'
"Etat Juif" en Afrique Noire (où il taille des
croupières à la France gaulliste...)
3. Faire le coup en France, en sacrifiant, au passage
quelques "pions" dévalués ou devenus dangereux
dans les "services" de notre pays (Lopez, Leroy-Finville), de
manière à "punir"
De Gaulle de ses velléités pro-Arabes et à
le compromettre durablement dans ses ambitions tiers-mondistes.
4. Et d'un revers, mettre sur orbite présidentielle l'antisémite
Mitterrand, "grand ami" d'un "Etat Juif"
qui possède le dossier le plus complet sur ses sales petites histoires
de "fiches" et de "métèques"...
"L'affaire" déstabilise le Sdece, déchiré
entre "socialistes" pro-Israéliens pro-Algérie
française et atlantistes (comme Leroy-Finville) et gaullistes
"indépendantistes" anti-américains partisans
d'un rapprochement avec le monde musulman (l'équipe du
capitaine Sentenac, futur "patron" de Marchiani à
la "base bison"de Paris- Invalides).
Sur un plan sémantique, dans la guerre des mots, donc,
c'est le retour en fanfare du mot "barbouzes", puis
"régime de barbouzes" (lire page).
Il fait les gorges chaudes de Minute, porte-parole d'
une extrême-droite activiste suant encore de haine et toujours marquée
au fer rouge des terribles stigmates de la guerre d'Algérie. Puis
il est repris sans le moindre examen par les "journalistes"
de la go-gauche...
Sur le cadavre supplicié de Ben Barka, le "coup" permet
effectivement le retour de Mitterrand du fin fond de l'enfer de la rue
de l'Observatoire et des haies du jardin du Luxembourg, franchies d'une
gambade, dit-il, par cet ardent sauteur.
Comme au premier jour de scrutin, où leur action conjointe a produit
un improbable tremblement de la Statue du Commandeur, avec un ballottage
stupéfiant les observateurs du moment, le vertueux pourfendeur
de "barbouzes" - ô Celluke de l'Elysée,
ô Capitaine Barril, ô Paul...- bénéficie,
au second tour du soutien déclaré du centriste atlantiste
aux dents aussi blanches que celles de Kennedy, Jean Lecanuet. Mais
il engrange aussi pour faire le compte, "on" l'oublie, des
voix ouvertement apportés, contre l'homme du 13 mai 1958, et de
1962, par le "sulfureux" Tixier-Vignancour, plaideur de grand
talent à la belle voix de bronze aimé de ceux qui pleurent
Pétain comme des partisans du général putschiste,
Salan, ancien de la guerre du renseignement, en Indochine, et, du coup,
opiomane, dont il a été le très brillant défenseur.
- Or, qui est le chef de campagne de Tixier-Vignacour, au premier
tour comme au second, et donc le rédacteur, ou le diffuseur, des
appels de l'extrême-droite anti-arabe à voter Mitterrand,
pour liquider "la grande Zohra"? Jean-Marie Le Pen,
dont le bandeau noir de "borgne", qu'il porte alors
tantôt à droite, tantôt à gauche, imite celui
du cruel Moshe Dayan, ce général "de
gauche" grand tueur d'Arabes, à qui le pitre
de Saint-Cloud voue une admiration sincère...
L'alliance des roses et des bruns, donc, comme du temps
de Déat et de Jospin-le-père.
Linhart voit loin et juste. C'est très bien.
Ce qu'il voit venir est vrai.
C'est ce qui va se passer, exactement.
C'est prophétique. C'est magnifique.
Il le pense, c'est parfait.
Il le dit, il a tort - victime de sa rigueur, de sa netteté,
de sa confiance, de son courage.
Il a tort: parce qu' il parle à contre-courant,
trop tôt.
Il aurait mieux fait de se taire.
On peut avoir raison contre vents et marées, contre son
pays, contre sa mère - mais pas contre le Temps.
Pour l'art de la parole, art politique, comme pour l'art de la guerre,
c'est le moment ("thoï co") ou
ce n'est pas le moment. Point.
Même ses plus proches compagnons, fébriles vibrent au son
des explosions, souffrent avec ceux qui pleurent sous les nuages de gaz
et s'effondrent, assommés et en sang, sous les coups de matraques,
de plus en plus sauvages, généreusement distribués
par les fonctionnaires placés sous les ordres du préfet
Grimaud.
Dans ces conditions, il ne peut pas en être autrement, tous subissent
l'attraction irrésistible du "baroud" - et ne
seraient accessibles qu'à un discours suiviste, mais simpliste,
les exhortant à y aller à fond, à durcir pour durcir,
fût-ce à l'aveugle, bref, à foncer dans le tas.
"On s'engage, et puis après on voit",
disait Bonaparte...
Ses militants - et pour Robert, c'est une terrible "première"...-
ne peuvent pas entendre les analyses, même les plus anticipatrices,
les plus fines. Surtout si elles ne semblent ouvrir sur aucune
perspective d'action politique crédible, à portée,
étayée par des propositions d'action, gérables, capables
de transformer, dans la mesure du possible, et si peu que ce soit, une
situation dont certains perçoivent tout de même clairement
les pièges, et les probables dérives...
S'ajoute le jeu, pervers, des Judas de couloir, qui, ivres d' envie,
amère, se rêvent en Moïse, mais ne peuvent prendre la
place de "guide" pour une marche harassante par un lointain
Sinaï sans poignarder Robert dans le dos pour lui "piquer
la place"..(voir page)
Du coup, tout craque.
Et Robert, le premier.
Isolé, critiqué, moqué même, il ne peut pas
se défendre, en répondant à la seule question qui
vaille: "Que faire?".
Convaincu, aujourd'hui, dans une auto-ironie douce-amère, qu'en
politique, au moins, il n'y a jamais "qu'une seule solution"
à un problème, mais "toujours une gamme, avec
chacune ses contradictions, ses points forts, et ses points faibles, ses
avantages, et ses inconvénients, à jauger et doser...",
il n'en perçoit alors que deux - qui n'en font, en fait qu'une.
Et maintenant les Chinois lâchent De Gaulle!...
- Oui, la Révolution Culturelle a sa part d'ombre -
Mauvais coup imprévisible, Robert est, de plus,
pris à revers par "nos amis chinois".
La Révolution Culturelle déstabilise à ce moment
le grand Zhou Enlaï, perturbant les subtiles harmonies d'une politique
de très long terme, à la vue haute.
Ces remous se traduisent par un article de Pékin Information -
aujourd'hui Beijing Information, qui n'est plus disponible en français,
mais en anglais, o tempora, o mores...Nous dévorons son fin papier
bible avec la même voracité gourmande que notre cher "Courrier
du Vietnam", et voilà qu'on y lit, désastre des désastres,
que "les Chinois", les vrais - du moins, les maîtres des
télex de la Cité Interdite ou du ministère des affaires
étrangères, à ce moment, précis - laissent
tomber De Gaulle!
Ils voyaient jusqu'ici en lui le chef d'Etat digne de ce nom d'une France
indépendante digne d'elle-même qui avait reconnu la Chine
populaire, en 1964, parmi les tout-premier, et qui admirait Mao autant
que celui-ci le respectait. Les experts stratégiques du Parti Communiste
Chinois (P.C.C.) au pouvoir aujourd'hui comme hier, dans un monde d'où
"le communisme" ne s'est évaporé que de la conscience
fumeuse de qui ne sait pas ce que, considèrent ce "plus rusé
des dirigeants bourgeois du monde occidental" comme un allié
intéressant, utile, au même titre ou peu s'en faut que l'Egyptien
Nasser, Nehru, et les "non alignés" - un coin de bois
durci au feu glissé dans les mâchoires de fer des "deux
superpuissances", et les empêchant de claquer sur leurs proies,
le monde, et de le broyer complètement...
Virant brutalement de bord, avec une brutalité bien éloignée
du "vent doux, pluie fine" de la "diplomatie à petit
pas" du grand mandarin rouge des accords de Genève, puis de
Bandoung, "Pékin Infos" salue avec emphase "la juste
révolte des étudiants français contre le régime
gaulliste".
Juste révolte, pourquoi pas?
- Mais contre les flics de Pompidou, chef du clan affairiste atlantiste
actif dans le monde de la haute banque comme dans la plus haute adminstration
d'Etat, qui en a "plein le dos" du "Vieux" depuis
longtemps, 1962 peut-être, une fois l'abcès algérien
crevé, 1965?, 1967?...
Car "PonPon" de Montboudif, Cantal, aubergiste auvergnat calculateur
déguisé en prof de Lettres paisible issu (lui aussi) de
la forteresse intellectuelle de l'E.N.S. de la rue d'Ulm, et travesti
en homme d'Etat par son passage chez Rothschild ("fondé de
pouvoirs...") croit le moment venu de profiter des "événements".
D'autant qu'ils ont été fort heureusement "poivrés"
par un préfet de police "gauche de la gauche", dissimulant
avec maestria un anti-gaullisme viscéral , responsable et coupable
des excès des "CRS-SS" "ratonnant" désormais
les étudiants, et bientôt, la "sale race" de tous
les "chevelus", comme jadis son prédécesseur Papon
les "bronzés" frisés dans les rues de la capitale...
- Mais juste révolte "contre le régime gaulliste",
il ne faut pas pousser Mémé dans les orties!
C'est le langage de Mitterrand, comme des trotskistes, avant de devenir,
bientôt, celui du P"C"F.
Pour son plus grand malheur, et le nôtre, le général
a la tête ailleurs. A 77 ans, au crépuscule d'une vie intense
et belle, il investit ce qui lui reste d'énergie et le meilleur
de ses analyses de stratège de très haute volée dans
la bataille géopolitique qu'il mène contre les nouvelles
menaces portant sur l'indépendance et le développement des
nations du monde capitaliste hautement développé,lui-même,
le "second monde" de la "théorie des Trois Mondes",
structurant toute la politique de l'indissoluble "binôme"
que forment Mao et Zhou. Le "Tiers Monde" étant ce qu'on
en sait, et le Premier celui de ces jumeaux, quasi siamois, que sont "les
deux superpuissances, U.S.A. et l'U.R.S.S."
A ses yeux de visionnaire, les deux complices du "grand jeu"
de la "guerre froide", au destins liés par la nature
de l'époque, sont aussi tous deux les ennemis de la Chine, que
le général a reconnu dès 1964. Ils sont tombés
d'accord sur un "partage" non-dit du Vietnam, dans une répétition
du compromis sur la Corée. Ils se contentent, ensemble, d'un gel
de la situation dans une Amérique latine sous la botte des "grandes
compagnies" cotées à Wall Street, et sous la "protection"
des dictatures militaires nazies-américaines, Cuba restant hochet,
dénucléarisé, concédé, en échange,
au prix d'un abandon du bel idéaliste romantique qu'est l'internationaliste
argentino-cubain Ernesto "Che" Guevara, "lâché",
d'évidence par Moscou, ou par les "moscoutaires" de La
Havane, alors en cour, avant de choir entre les mains des rangers boliviens
et de leurs conseillers américains en matière d' "interrogatoires
spéciaux".
De Gaulle ennuie aussi ceux qui se considèrent comme seuls en charge
des choses sérieuses et des décisions secrètes décisives
sur le nouveau théâtre où se joue, depuis le déclenchement
de la lutte armée par le FATAH, en 1965, année-Vietnam,
la paix, la sécurité et la prospérité du "monde
industriel": dans ce Moyen-Orient engagé dans une phase de
montée en tension progressive, amené à devenir, pour
50 ans au moins, le nouveau "foyer de la zone des tempêtes".
Après avoir viré, avec pertes et fracas, l'antenne du Mossad
ouvertement installée par la "gauche" SFIO des années
50 dans les locaux du S.d.e.c.e., caserne Mortier, dès son installation
à l'Elysée, en 1958, il a bien observé ses manigances
autour de Ben Barka, en 1965; puis eu des mots durs contre Israël,
l'année précédent mai 1968, précisément,
en 1967, condamnant sans réserves l'injustifiable guerre d'agression
et d'annexion, dite "des Six Jours" - embargo, etc. Mais cette
compensation, à peine au stade de l'amorce, des pertes d'influence
dans le monde arabe, d'une France payant les crimes, en Algérie,
la IVème République, et assoiffée, comme tout le
monde, de ressources en Or Noir, ne suffit pas entièrement à
faire revenir le fléau de la balance à sa position d'équilibre.
Car le chef d'une France Libre repartie de quelques premiers grands pas
sur "les chemins de la liberté", augmente encore à
la liste, dès cet instant trop longue, des ennemis acharnés
à sa perte...
Ils l'auront.
Roland Leroy, whisky,"Robert"...
Furieux, et, déjà, au bord de la rupture nerveuse, Robert
fonce à l'ambassade de Chine. Il dicte un télégramme
de protestations furibardes à l'intention "du Président
Mao, personnellement".
Echec. Nouvelle tentative: il tente, encore, une démarche du désespoir
auprès de celui que le "Parti" avait envoyé le
combattre, au temps de la scission (parce qu'il partageait, sur le fond,
l'essentiel de ses analyses), Roland Leroy, le plus intelligent des membres
du Bureau Politique, que seul son hédonisme littéraire,
romantique, sensuel et distingué, dans la tradition du libertinage
et de la "juste" distance avec soi-même, "à
la Roger Vailland" retiendra de prendre, la place du vieux Waldeck-Rochet
- laissant ce travail de Sisyphe aux épaules carrées de
l'ancien garde du corps de Maurice Thorez, devenu celui de "Jeannette",
le coriace mais rustique Georges Marchais, que Moscou poignardera, le
moment venu, en livrant, à l'aide d'un de ses "clandestins"
dans les R.G. français, les fausses clefs d'un secret dont cet
ancien des réseaux les plus enfouis de l'ancien Komintern, transmis
au G.R.U. (renseignements militaires) se refusera jusquà sa mort,
sur un chemin d'honneur, à décrypter le code ...
Robert va donc frapper à la porte des locaux centraux du PC, alors
place Kossuth. "Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec"...La
lourde porte reste close...
L'occasion d'en parler avec Roland Leroy, whisky en main, dans un cocktail
privé du Parti, juste après la victoire de Mitterrand, en
1981, s'offrira, beaucoup plus tard, au tout frais délégué
C.G.T. de Libé, auteur de ces lignes, dirigeant-fondateur de la
Gauche prolétarienne devenu "hors cadre" clandestin d'un
Parti que le successeur de Waldeck, flanqué de "Krasu",
de Pierre Zarka, oh là!, Pierre Blotin, hélas, et du malicieux
Roland lui-même, entraîne alors dans une rébellion
"national communiste" imprudente, et bientôt avortée,
contre la maison Brejnev, engluée dans sa chasse aux musulmanes
voilées dans les hautes et froides vallées afghanes. Le
"moment" ("thoï co", toujours, désolé...)
semble bon. La courroie de transmission fonctionnant, heureusement, à
l'envers, le Parti, poussé par une C.G.T. radicalisée sous
la pression de sa base, rompt quelques lances avec la Mitterrandie licencieuse,
qui commence à détruire ses bases, industrielles, celles,
aussi, de l'indépendance économique du pays...Les dirigeants
communistes eux-mêmes recommencent à parler politique. La
Fédération P.C.F. de Loire-Atlantique, dirigée par
un vrai militant ouvrier, Maurice Rocher, un "gars du bâtiment"
"sans un poil sur le caillou", toujours sanglé dans un
vieux treillis kaki, qui dort sur un lit de camp, au siège de la
"Fédé", à Nantes, entre deux actions, m'a
"branché" depuis janvier 1981 avec deux jeunes de la
garde rapprochée de "Roland", M. et D. Il sait à
qui il parle, donc, quand je le "branche", à mon tour,
prudent toute de même, sur Robert
Nous avons un ami commun...Enfin, un ami..."
Connaissant leurs confrontations directes des années 60 à
l'époque de la scission de l'U.J.C.-ml, et les durs affrontements,
allant jusqu'à la barre de fer ayant opposé, plus récemment,
au début des années 70, les "maos" des années
G.P. aux communistes officiels, sur le marché d'Argenteuil, par
exemple (lire page), ou à Renault (lire page), j'y vais sur la
pointe des pieds, craignant une réaction négative...
"Un ami? Quel ami? - Robert Linhart...- Ah!..." Son visage buriné
s'éclaire d'un chaud et franc sourire. "Robert! Comment va-t-il?
Il a surmonté ses problèmes de santé? Je me souviens
parfaitement de lui...Je l'aime beaucoup. C'est un garçon brillant,
et un chic type...Nous nous sommes affrontés, c'est vrai, c'était
le jeu politique de l'époque...Mais je n'ai jamais eu qu'un seul
vrai désaccord politique avec lui: c'est quand il s'est opposé
à notre ralliement à Mitterrand, en 1965..."
Dits en 1981, à l'issue de la bataille sauvage, où "le
Parti" vient de subir une défaite sévère, descendant
d'un coup de 20 à 15%, "tué" par le "baiser
de la mort", façon mafia, dit "coup du père François",
avant d'aller, à tort, "manger son chapeau", en venant,
toute honte bue, et toute colère rentrée, participer au
"premier gouvernement d'Union de la Gauche", avec les conséquences
qu'on sait, c'était d'une ironie délicieuse...Du Leroy,
grand crû classé...
Dans les jours qui suivirent, j'allai en discuter avec Robert. Il était
heureux comme un gosse, mais pas dupe. "Oui, moi aussi je l'aimais
bien, et je l'aime toujours beaucoup, sans l'avoir revu depuis longtemps.
C'est le plus intelligent de la bande, le plus cultivé, le plus
capable...
Proche effectivement, sur le fond, de bien de nos analyses, et envoyé,
selon la coutume du parti, au front, directement contre nous, pour qu'il
soit obligé de se démarquer, avec l'appui de cet arriviste
de Guy Hermier, la seule chose qu'il ne pouvait pas accepter, en réalité,
c'est que nous organisions délibérément en fraction
clandestine, "anti-révisionniste", pour nous préparer
à quitter le parti, en bloc, et en force, le moment venu...
Quitter le parti, pour lui, c'était la limite à ne pas franchir,
c'était l'erreur...Mais nous n'avions plus d'autre choix, et je
ne regrette rien...Sinon la dynamiqu que nous avions lancée dès
le début des années 60 ne pouvait plus que s'étioler"...
Mitterrand manœuvre, donc, et va, comme les trotskistes qui auront
été les fourriers de cette nouvelle forfaiture, finir par
atteindre son but, le pouvoir de la Revanche...
Mais en ce printemps de feu, suivi par un été indien de
plusieurs belles années, les temps ne sont pas mûrs, pour
qu'un "soulèvement de la vie" du calibre de 1968, débouche
directement sur la revanche des vaincus (français) de 1945, doublée,
très normalement, d'une accélération brutale de l'américanisation
de la société, tandis que sur le plan économique,
les "Trente Piteuses", succédent ("Vive la Crise"),
aux "Trente Glorieuses" - dans un parallélisme lumineux
entre les courbes de croissance, en pente vertigineuse, des produits financiers
(la Bourse), de la destruction d'emplois, d'abord industriels (chômage,
d'abord des immigrés), et de l'insécurité (violence
des enfants perdus du déracinement et du chômage, dans une
société d'individualisme égoïste, extirpant
l'idée même de "Cité" dans les "cités"
"sensibles"...)
La "gauche" sauce Mitterrand - "Vichy Rose" - est
bien dans la perspective, en fond de paysage, mais le vieux singe à
grimaces n'est pas encore au bout de ses peines. Ejaculateur précoce,
il gicle prématurément, à découvert, au moment
du fameux meeting de Charléty. Prenant son pied trop vite, il se
grise d'une crise de régime encore à venir - croyant le
vieux De Gaulle gâteux, ce qu'il ne sera jamais, jusqu'à
son dernier souffle, et "cuit", ce qu'homme de guerre il n'est
pas.
Contresens, imprudence, erreur énorme. Le Parti des Hypocrites,
devenu celui d'une tentative de coup de force, verbale, au bluff, battu
par le Parti de la Peur, perdra les élections de juin, revanche
de la démocratie des urnes sur celle de la rue.
Et les futurs "bo-bos" devront repartir pour un long tour d'attente
de deux fois sept années avant de devenir enfin, après un
tour de piste giscardien en forme de tour d'essai, les "branchés"
du pouvoir...
Mais l'alliance trotsko-Cohn-Bendiste ne s'est pas tout à fait
époumonnée pour rien. En attendant des jours meilleurs,
les "rouge et noir", roulant, sous la table, pour les rose-pâle,
ont déblayé le terrain. Ils atteignent l'essentiel de leurs
objectifs de court terme, à l'opposé des nôtres. Mais
ils ne pourront y parvenir, jolie ruse de l'Histoire, qu'avec le double
soutien du Parti de Moscou comme de celui de la Maison Blanche, du Pentagone
et de Langley (Virginie), que la "troisième voie", "non
alignée", du général de Gaulle - au nom de l'indépendance
des nations et de la souveraineté des peuples - gêne, les
uns comme les autres, chacun dans leur zone d'influence.
Les grèves ouvrières, en effet, qui surviennent à
mi-mai, « en renfort » des étudiants matraqués
« par le pouvoir gaulliste », et vont donner à
ce printemps sa dimension sociale, sa «signification de classe »,
son vrai sens historique, et son ampleur, avec le déclenchement
d'une crise politique majeure, conclue, ou interrompue, par le départ
du général, n’ont pas été rendues possibles,
seulement, par la stagnation-dépression économique internationale
entraînée par l’enlisement américain au Vietnam,
dans la deuxième partie des années 60, (la guerre coûte
cher, ses échecs démoralisent les investisseurs...). Même
si cette "dégradation du climat des affaires", aux sources
clairement inscrites dans la géopolitique, et non dans de prétendus
"mécanismes économiques" , s'est associée
d'une dégénérescence affairiste-atlantiste du gaullisme
en giscardo-pompidolisme, avec ses conséquences en termes de scandales,
de perte d'autorité de l'Etat, d' effondrement éthique autant
que culturel doublé d'une crise morale généralisée,
d'une crise de confiance minant tout véritable esprit d'entreprise,
de difficultés économiques, d’austérité
salariale, et, déjà, contrairement à ce qu'on lit
souvent, de chômage (un million de chômeurs réels dès
1967-68...)
Eugénie Camphin, la vieille "pasionaria" rouge-mao du
nord
La solidarité spontanée des jeunes ouvriers est bien réelle.
Beaucoup vont se joindre aux étudiants pour lancer des pavés
- souvent plus fort...Ils viennent souvent de Renault-Billancourt, -
D'autres viennent de loin,dans le temps et dans l'espace. Comme ce petit
groupe d'anciens mineurs de charbon du nord de la France, "montés"
eux aussi à Paris, attirés par l'odeur de la poudre, et
solidaires des "étudiants en lutte" - et qui vont devenir
les "référents", "prolétariens",
des jeunes gens bouillants de la Gauche prolétarienne, dès
sa naissance, à l'automne.
Ils s'étaient regroupés depuis des lustres autour de la
vieille passionaria rouge, Eugénie Camphin, militante du Secours
Rouge International, (antifasciste), avant la guerre, et future fondatrice
du Secours Rouge créé par les maos en 1970-71 avec l'aide
du gaullo-maoiste chrétien Maurice Clavel, également co-fondateur
de l'Agence de Presse Libération (A.P.L.), matrice du quotidien
du même nom.
Résistante anti-nazie des premiers jours, les plus périlleux,
au côté de son mari, incarcérée à la
prison d'Arras, Eugénie Camphin est la mère de trois garçons.
- René, militant communiste, arrêté par les Allemands,
évadé en 1941, cadre F.T.P. sous le "pseudo" de
Bodouin, médaillé de la résistance "polak"
en France pour son action à la tête des combattants clandestins
des mines, immigrés de Pologne.
- Frère de René, et fils, donc, lui aussi, de la "passionaria"
du nord devenue marraine rouge-vif des jeunes maos, Maurice Camphin, communiste,
résistant , arrêté par la gendarmerie "française",
la cuisse fracassée par une balle, fusillé à Arras
le 14 mai 1943.
- Ce clan couleur d'acier en fusion aux reflets bleu-blanc-rouge compte
enfin le troisième fils de l'indomptable Eugénie, Paul Camphin,
résistant communiste blessé au combat à Hellemmes,
le 24 octobre 1942, arrêté, torturé - les parties
sexuelles disposées sur une chaises, ses interrogateurs les écrasent
de tout leur poids du corps, en appui sur les mains. Il ne parle pas,
et est transféré à la prison d'Arras. Torturé
à nouveau à partir du 27 juillet 1943, il ne consent qu'à
donner son nom, et rien d'autre, au bout d'une nuit d'ignominie, à
5 heures du matin. Il est fusillé le 1er novembre 1943, en laissant
derrière lui une lettre d'une beauté fulgurante.
Les trois fils d'Eugénie, dont les deux morts, à titre posthume,
et René, le survivant, proche compagnon de Tillon dans la clandestinité
devenu un "dur de dur du Parti", au niveau national, hostile
au désarmement de la résistance combattante, et mort finalement
dans des conditions plus que suspectes, seront décorés de
la légion d'Honneur par le Président de la république
René Auriol, à titre, selon La Cause du Peuple, lue et alimentée
par l'indomptable Eugénie, non de l'armée française,
mais de "l'armée de la résistance"...
Le groupe venu donner un satisfecit encourageant, sans plus, aux jeunes
barricadiers de mai 1968, dont la "violence" n'a rien pour les
choquer, ni pour épater, non plus, les vieux briscards qu'ils sont,
comporte aussi un autre ancien mineur, homme à l'imposante corpulence
doté d'une vraie autorité, fondée sur un réel
passé dans la clandestinité armée au côté
du fameux Debarge, figure majeure de la Résistance du pays minier
tout entier.
Il s'appelle André Théret. Il est mort maintenant, entouré
de tendresse, de respect, et d'affection. Passé par la dure épreuve
des grèves insurrectionnelles de 1948, avec son cortège
de licenciements de militants de la CGT et du Parti, et même la
destitution de certains élus municipaux, jugés "subversifs",
voire insurrectionnels, il draîne dans son sillage un de ses compagnons
de l'époque, Joseph Tournel, de Robreuve-Ranchicourt, près
de Bruay-en-Artois (nord).
Joseph deviendra, comme son ami André, un des tout-premiers membres
ouvriers du Comité Exécutif (C.E.) de la Gauche prolétarienne
(G.P.). Son parcours donnera lieu à des controverses intéressantes
(sur l' "affaire de Bruay en Artois", la mort atroce de la petite
Brigitte, le "petit juge" Pascal, le notaire et sa "maîtresse",
Serge July, bidonnage, etc.lire les révélations exclusives
de ce livre, page. - Sur l'autre "controverse", révélations
aussi, lire page)
André Théret laisse derrière lui un beau roman prolétarien,
"Vie de Mineur",NOTE BAS DE PAGE: Grasset 1978 , malheureusement
accablé d'une interminable préface d'un jeune prof de philo
mao de Bruay en Artois, passé d'un soutien passionné à
la "cause du mineur" (qui deviendra le titre d'un supplément
régulier "mines" de La Cause du Peuple, bien diffusé
par les intéressés eux-mêmes au fond des puits, ainsi
que dans les corons) à la fonction d'intellectuel organique du
capital financier du secteur des assurances.
François Ewald de Bruay-en-Artois à
Axa,
Guy Hocquenghem,
Alain de Benoist, Serge July
Ce bon connaisseur de la réalité, impitoyable
des "accidents du travail", dans les rudes métiers du
charbon, au plus profond de la terre, un temps militant dévoué,
élaborera, contre rémunération, probablement, une
"théorie du risque" dans les sociétés modernes,
bien acceptée, semble-t-il, sous son vernis "foucaldien",
par ses nouveaux employeurs.
Un cas chimiquement pur de passage "du col mao au rotary", pour
reprendre l'expression piquante du regretté Guy Hocquenghem, figure
mao-pasolinienne de l'après 1968, co-fondateur du Front Homosexuel
d'Action Révolutionnaire (F.H.A.R.), puis journaliste à
Libération, où Serge July l'encouragera à exprimer
en toute liberté sa fascination pour le viril Alain de Benoist,
penseur de la "Nouvelle Droite". Il est temps d' apprendre à
"penser racialement", osera publier, en 1979, sous la plume
de Hocquenghem, le "journal de Serge July"...
L'auteur de ce livre sera le seul journaliste de Libération, avec
le "pigiste" occasionnel Pierre Goldman, devenu à cette
occasion un ami proche, abattu par des truands "pigeant" eux-mêmes
pour la D.G.S.E., en novembre 1979, à Paris, à s'opposer
frontalement et publiquement à ces connivences honteuses d'un journal
portant le nom de Libération, repris d'un titre clandestin de la
Résistance, avec le "penser racialement" - si l'expression
à un sens...
On ne peut partager, par ailleurs, mais c'est un tout autre problème,
la généralisation abusive sur le passage "du col mao
au rotary"...Même si le trait est joli - faible intellectuellement,
Guy, mort du Sida depuis, avait une plume brillante...- la formule ne
s'applique qu'à quelques cas rarissimes, dont certainement Serge
July, Geismar, sans doute, François Ewald, peut-être, alors
que, contrairement à une légende, la grande majorité
des ex ou post G.P., sont restés des gens simples, et plutôt
progressistes - et pour un bon quart des militants, "mao un jours,
mao toujours", sur divers parcours...
L'exemple du noyau des mines du nord le montre à lui seul, à
suffisance: mai 68, et notamment le mai 68 ouvrier, et populaire, d'une
France profonde profondément rebelle éveillé ou réveillée
là, fut un événement magnifique, d'ampleur historique,
majeur.
Mais toute réalité a ses complexités, ses contradictions,
son avers et ses revers.
La "grève générale" ourdie aux urinoirs
de l'Aérospatiale de Nantes
Les grèves du "joli mois de mai" démarrent, en
fait, par un pacte discret, scellé, curieusement, devant les urinoirs
briqués, étincelants de blancheur, de l’usine de la
SNIAS de Nantes-Bouguenais (aujourd’hui E.A.D.S.); et cela, au cours
d’un curieux conclave triangulaire, entre prosoviétiques
(le délégué C.G.T. de l’époque), pro-américains
(le délégué F.O., trotskiste lambertiste, lié
à l’A.F.L. C.I.O. du fameux Irving Brown, le « père »
de la C.I.A. en Europe, inspirateur de la scission de la C.G.T. menée,
pour créer Force Ouvrière (F.O.), par André Bergeron,
et financier de l'ombre de cette nouvelle centrale "indépendante",
où vont longtemps se côtoyer, dans une "sainte alliance"
contre l' "axe du mal" (alors communiste), gaullistes de droite
(pompidoliens, puis chiraquiens), trotskistes de toute église et
même des proches amis de Jean-Marie Le Pen...)
Par l'intermédiaire de F.O., où il a fait son nid sous sa
haute bienveillance, et celle de Bergeron, qui ne peut lui dire non, Brown
et ses successeurs de l' "A.F.L.-C.I.A." approfondiront plus
tard leur sillon, en "parrainant", à la fin des années
60, les brutaux trotskistes "lambertistes", de Pierre Boussel
(Lambert), Claude Chisseray et Charles Berg (U.N.E.F). Ils s'intéresseront
de près à la "pouponnière" militante UNEF-MNEF
de l'époque Cambadélis, aujourd'hui un des chefs de ce qui
reste de la tendance D.S.K.(Domnique Strauss-Kahn) au Parti Socialiste.
Ils donneront des "coups de pouce" aux activités de "solidarité
syndicale" des jeunes "poupons" avec les militants ouvriers
"anticommunistes de gauche" de ce que l'on appelle encore à
l'époque les pays de l'Est...
Mais à l'Aérospatiale de Nantes-Bouguenais, usine d'aviation
de haute technologie et d'importance politique stratégique, C.G.Tistes
et délégués F.O. de droite ou d'extrême-gauche,
représentant chacun un tiers des voix, ils n'auraient rien pu faire,
même dans le secret des urinoirs, sans le troisième larron,
C.F.D.T.iste moderniste, conciliateur), qui lui aussi "pèse"
dans les 30%.
Ciment de ce « pacte des urinoirs » : la haine
anti-gaulliste - totalement étrangère à ceux qui
ont allumé, sans le savoir, le premier étage de la fusée
de Mai, les jeunes maoistes des Comités Vietnam de Base, que nous
sommes, souvent fils de héros de la Résistance, et grands
admirateurs du vieux mais prestigieux général - et de sa
fière politique étrangère « indépendante
des deux blocs », de l'autodétermination de l'Algérie
au combat héroïque des réseaux parallèles et
des barbouzes pour briser les reins de l'OAS, au "discours de Pnomh
Penh" et aux accords de Paris sur le Vietnam, en passant par les
tentatives, qui vont lui coûter cher, de casser l'hégémonie
mondiale du dollar, par un retour à l'étalon-or, ou de fermer
son caquet à l'arrogance israélienne (guerre de 1967)
Débordés par la base, et par l’action que nous avions
lancée, qui nous échappe, comme elle échappe à
tout le monde, devenant incontrôlable, nous allons donc continuer
à “flotter” tout le mois de mai.
Présents, mais en ordre dispersé, à la Sorbonne,
à l'Odéon, à la fac de Nanterre, dans les Lycées,
dans les A.G., sur les premières barricades, nous ne savons pas
trop quoi dire ou faire..
.
Souvenirs personnels de feu la Bourse...
Nous lançons quelques pavés, comme tout le
monde. Nous sommes présents la nuit où brûle - incomplètement...-
la Bourse de Paris, le 24 mai – coup de tonnerre « anti-capitaliste »
au retentissement mondial... J’ y apporte une contribution pratique,
modeste mais, semble-t-il, utile, à la tête d’un de
nos groupes, reconstitué à la va-vite, au milieu du plus
parfait desordre. A l'origine, Jean-Marc Salmon, un des plus astucieux
"colonels" des GPA des CVB, dont la direction de l'UJC-ml,
ébranlée, mais réaliste, lance les combattants dans
la rue pour tenter d'y improviser quelque chose. "Il y avait
eu un appel à manifester dans un très mauvais coin, entre
Bastille et gare de Lyon. Tout le monde était coincé entre
les CRS et un long mur, une nasse, et ça sentait le roussi, ou
même le massacre...J'ai découvert une sorte de passage, un
petit tunnel. Je suis allé regarder, c'était bon.
Tu étais à mes côtés, je m'en souviens. J'ai
dit "on y va". Le S.O. du 22 mars hésitait.
Plusieurs milliers nous ont suivi, nous sommes sortis du piège,
et là, il y avait une décision difficile à prendre.
Contourner par surprise tout le dispositife de police qui avait cru "refermer
la nasse" et piéger des milliers ou des dizaines de milliers
de manifestants, au risque de créer, eu moindre accrochage, une
panique génrale, et des morts par étouffement, ou piétinement.
En principe, on n'encercle jamais, on laisse une issue pour faire fuir,
et dégorger...Bref, ayant échappé à l'encerclement,
nous pouvions revenir sur eux par derrière, et les encercler à
leur tour. Mais il y avait un risque. Encerclés, les flics tirent...Il
y aurait eu des morts. Cela aurait été un grand tournant.
C'était un choix. Je ne pouvais pas prendre pareille décision
tout seul. L'UJC-ml avait désigné un des membres du Bureau
politique, Christian Riss, pour superviser les choses avec les "politico-militaires",
donc nous...Je lui ai demandé ce qu'il en pensait. Ensemble,
nous avons décidé de chercher une autre idée. Nous
avons entrâiné tout le monde vers le centre de Paris, vers
les boulevards. La Ligue nous a suivis, puis ils sont allés se
balader quelque part, sans but précis. Nous, nous nous sommes retrouvés
près de la Bourse - sans eux, donc, mais avec toute une partie
du "22", qui nous suivait. Là, c'est Alain lui-même
(Geismar) (flanqué de quelques bons anars de Nanterre) qui
m'a demandé qu'on bloque tout le monde un moment autour du bâtiment,
le temps qu'ils escaladent les grilles, et grattent une allumette quelque
part. Je leur ai dit: "Je vous donne 10 minutes, pas une de
plus, au-delà, je ne pourrai plus tenir les gars, et les flics
risquent de rappliquer." Ils ont escaladé, très
bien, mis le feu, mais pas très bien, ça n'a pas énormément
brûlé mais le symbole y était, et le monde entier
en a parlé...Après, on est passés à côté
de quelque chose. l'idée traînait dans l'air d'occuper l'Hôtel
de Vlle, dans la symbolique historique de la Commune de Paris, mais c'était
un peu loin, et osé...Dommage, à l'époque j'ignorais
qu'il y avait une mairie de quartier, tout près de la Bourse. On
aurait pu commencer à occuper celle-là, puis d'autres...Une
nouvelle dynamique s'ouvrait..."
En fait, il y avait eu un petit malentendu dans la foule,
gare de Lyon. Certains voulaient une A.G. à la Bourse du Travail
- près de république...Ils ont crié "à
la Bourse" - et filé par là-bas. Ceux qui préféraient
comprendre "à la Bourse...des valeurs financières ont
convergé avec divers cortèges, surgis on ne sait d'où,
vers cet endroit stratégique...
Là, je me trouve toujoursprès de Jean-Marc,
il constate que j'ai l'air de diriger quelque chose, à la tête
d'une petite centaine de gens décidés à faire dans
le concret et dans l'utile , qui ont reconnu en ma silhouette et ma façon
de faire un cadre "action" des G.P.A. des C.V.B., entité
qu'ils prennent au sérieux, et respectent ...J.M. me demande de
verrouiller la progression d’ une imposante colonne, juste le temps
nécessaire à la propagation des flammes, et à l'
"exfiltration", surtout, des incendiaires - « couvrant »
ainsi l’action des auteurs de l' "exploit" du
jour : dans lesquels j'avais bien identifié des anars, des
vrais, basques, de plus, pour les meilleurs d'entre eux, au style très
« guerre d’Espagne", proches des C.V.B.,
dont ils apprécient le style direct, sans fioritures, et la "fiabilité",
face aux charges de police, et qui nous avaient demandé de
leur apporter la protection nécessaire, le temps d' allumer le
feu, à l’intérieur. En revanche, je n'ai
pas vu Geismar escalader les grilles surmontées de pointes piquantes
- ça se fait, mais ça n'est pas si simple- et je regrette
d'avoir raté le spectacle, ça devait être quelque
chose...
Notre bilan n'est donc pas nul. Mais, dans l’ensemble,
nous sommes sans stratégie. Et nous laissons passer l’orage.
En nous repliant vers le seul terrain qui nous semble solide, et porteur
d'avenir: le soutien aux usines occupées, aux piquets de grève...
Nous ne relèverons vraiment la tête qu’en juin,
quand les choses vont devenir, côté usines, sérieuses,
avec les bordées de sifflets accueillant, à Renault-Billancourt,
les premières tentatives de la C.G.T. pour faire reprendre le travail,
suivis par les affrontements « de masse » autour
de l’usine Renault de Flins, près des Mureaux et de Mantes-la-Jolie,
en aval de Paris, en bord de Seine.
Dans cette "usine à la campagne",
stratégiquement construite dans l'extrême périphérie,
déjà semi-rurale, de la région parisienne, loin de
la "forteresse ouvrière" de Billancourt à
laquelle ne la relie que quelques méandres de la Seine, et des
"banlieues rouges", les jeunes ouvriers, fils de paysans
ruinés exilés de la Beauce, proche, de toute l'Ile de France,
du grand ouest ()où survit la très anciennes mémoire
des insurrections de la famine menées par les "Jacques",
puis des chouans, devenu celui d'une nouvelle génération
de paysans sans terre, mêlés à d'autres paysans prolétarisés
venus eux du Maghreb.
Tous mûrissent depuis longtemps une sourde révolte
contre la déshumanisation radicale du travail à la chaîne,
abrutissant, et sous-payé, contre les cadences qui accélèrent
sans cesse, et contre la brutalité de la petite-maîtrise,
affairée à organiser et à gérer, scientifiquement,
cet enfer moderne, et tournant autour des "O.S." rivés
à leur chaîne en aboyant, comme des chiens de garde...Ces
"prolos" là sont à l'époque mal
contrôlés par le Parti Communiste, et par les syndicats.
Ils refusent avec colère la reprise du travail qu'on prétend
leur imposer « pour des clopinettes ».
Moto
Cortège de "cocktails"
dans le brouillard de Flins
Pour leur venir en aide, nous rameutons alors des centaines d’étudiants.
Il fait nuit. Placé en éclaireur, sur ma rutilante B.S.A.
noire "Royal Star", on m'a chargé
de guider une de nos longues colonnes de voitures, aux coffres remplis
d'une dangereuse cargaison: des caisses entières de "cocktail-molotov"
fabriqués -...à la chaîne! - dans les locaux de l'Ecole
Normale Supérieure de Lettres Modernes de Saint-Cloud, une de nos
bases.
Une blonde potelée, dont les seins fermes se pressent contre mon
dos musclé, est serrée contre moi, sur le siège arrière,
prête à sauter à terre, très vite, et à
courir donner l'alerte au cortège de voitures, qui nous suit avec
une prudence de sioux, à 20 km/heure, à quelques centaines
de mètres, en cas de barrage de flics.
Toute la région en est complètement saturée:
et tous ceux qui vont tenter de passer par la voie directe, par l'autoroute,
seront coffrés.
Nous serpentons dans l'épais brouillard tiède du mois de
juin, par de toutes petites routes soigneusement repérées
sur la carte scotche sous mes yeux, sur le réservoir.
A l'arrivée sur place grondent les prémisses
d'une véritable émeute. Bientôt les ouvriers se battent
avec tout ce qu'ils trouvent. Des centaines d'étudiants sont là
aussi, la "gauche du Mouvement du 22 mars" - mais pas
les RRRévolutionnaires de Krivine,
la J.C.R. considérant que, le mouvement étudiant ayant fléchi,
reflux, et la reprise du travail s'amorçant dans de nombreuses
usines, il est temps de "plier les gaules", et de "grattouiller"
quelques "éléments avancés"
pêchés dans les manifs, pour leur faire étudier le
"programme de transition" de Trotsky (1938), où
l'histoire des scissions de la secte dans les années 1940 - mais
pas celle des "heures les plus sombres de notre histoire",
où ces anti-fascistes de choc des années 60, 70,
80 et 90 n'ont "pas été très clairs"
- comme certains le reconnaissent quand ils ont trop bu de rhum ambré
(cubain)
Ceux qui veulent résister, vraiment, aux charges
des "tuniques bleues", et ne pas se contenter de crier,
religieusement, "C.R.S.-S.S.", puis
de lancer, de loin, quelques cailloux, ne sauront pas que nous leur avons
apporté quelques centaines de nos merveilleuses bouteilles incendiaires...
Jean-Marc Salmon, toujours en position de "général"
des GPA des CVB, a bien réceptionné la caravane chargée
de son précieux trésors, amenée à bon port
sous le contrôle des "colonels" de Saint-Cloud - et d'ailleurs...Mais,
pragmatique, comme il faut l'être, il a évalué froidement
la situation: "Il y avait des afrontements, certes, rappelle-t-il
aujourd'hui, précis dans ses souvenirs.Les ouvriers se battaient,
les jeunes, surtout, par centaines, et ceux qui refusaient de passer les
grilles et de reprendre le travil les soutenaient, formant une protection
de massse, sur leurs arrières. La fusion à chaud avec les
centaines d'étudiants des Beau-Arts, de la Sorbonne ou de Nanterre,
parvenus à percer l'encerclement des CRS, et à les rejoindre,
était réelle. Mais les bagarres étaient diffuses,
éprpillées sur un vaste périmètre, sur de
petites routes, et dans les champs. Elles allaient durer plusieurs jours,
mais sans prendre le caractère d'intensité, et la concentraition
sur quelques points fixes, justifiant le recours aux cocktails. J'ai préféré
les laisser dans leur coin, et ne pas y toucher". Nous sommes
des combattants, organisés et méthodiques, chauds, côté
cœur, mais la tête froide, et pas des têtes brûlées.
Et nous tentons de garder à tout moment une sereine capacité
de jugement, et la maîtrise de toute phase d'escalade. De mon côté,
selon mon habitude, ayant "fait le job", et concentré
toute mon énergie pour que les condiments nécessaires à
la confection de notre "potion magique", strictement
définis, fussent strictement acquis - achetés ou volés,
en nombre suffisant -, avec un nombre équivalent de bouteilles
vides, à remplir soigneusement, le papier poreux, le scotch, etc.,
j'ai mis tout ce qui me restait de "pêche" dans
l'opération-transport, (presque) aussi risquée et dangereuse,
juridiquement, et pratiquement, que l'utilisation finale; puis, "arrivé
au port", j'ai "débrayé", lâchant
tout pour aller dormir comme un bébé, vidé, près
de mon cheval de feu, soigneusement abrité, moteur encore fumant,
mais silencieux, antivol mis, casque accroché lui aussi à
ce gros câble (qui fait une excellente matraque), dans un pré
où le soleil vient, dissipant peu à peu les brumes du petit
matin. Avec la blonde ou pas, ce n'est pas très gentil pour elle,
mais je ne m'en souviens même plus. Honte.
Des affrontements eux-mêmes, je n'ai été, ensuite,
que le spectateur vaguement engagé, Fabrice à un Waterloo
aux couleurs d'Austerlitz, heureux que les choses se passent, et prêt,
tout de même, à donner un nouveau coup d'accélérateur,
en cas de besoin, mais sans plus...
Je n'ai ni vu ni vécu grand chose... Conscient que, sans tout ce
soigneux travail préalable, rien n'aurait pas pu facilement prendre
la même ampleur. D'autant qu'avec les "cocks",
et la minutieuse organisation, "à la vietnamienne",
de leur fabrication, puis de leur transfert à haut risque sur les
lieux de l'affrontement, c'est tout un message de confiance organisée
qui passe, et ça ne pèse pas pour peu dans la balance...
Homme d'appareil? Peut-être, et pourquoi pas?
Bref, nous avons aidé les ouvriers à tenir, sauvant l'honneur,
en hommes dignes et libres, face aux tirs de grenades, dont le gaz nappe
tout le secteur, mêlé aux dernières brumes nocturnes,
mal dispersées par un petit vent faible.
Enthousiasmés par l'accueil chaleureux des "prolos",
où se réalise enfin la "fusion de masse ouvriers-étudiants"
tant recherchée tout au long du mois de mai, les jeunes gens que
nous avons conduits jusqu'à cette terre promise, devenue champ
de bataille, s'y collent, et de bon cœur. Les affrontements vont
se prolonger, de façon sporadique, sur plusieurs jours. Et c'est
là que C.R.S. et garde-mobile, débordés, mis sur
le reculoir, prennent peur, et font les imbéciles... Et que va
mourir, donc, noyé dans la Seine où il s’est jeté
pour éviter une charge violente et inutile des garde-mobiles, un
des meilleurs “jeunes cadres” des GPA, Gilles Tautin,
17 ans un lycéen de Mallarmé - un de mes équipiers
de choc...Jean-Marc était avec lui ce 10 juin 1968. "Nous
commencions à regrouper des militants désireux de s'implanter
durablement sur le secteur de Flins...Une bonne dizaine...Les affrontements
avaient globalement cessé, ou restaient sporadiques, et toujours
très dispersés, mais l'atmosphère restait terribement
tendue, dans les rues de Mantes-la-Jolie et des Mureaux...Je trouve un
coin tranquille pour organiser une petite réunion, dans un square,
situé sur une petite île. Gilles est là, parmi d'autres.
Soudain, alors que nous discutos, dans le calme - il n'y a pas la moindre
"castagne" dans le secteur - un guetteur donne l'alerte.
Une escouade de "bleus" fond sur nous comme la foudre,
matraque levée. Je n'ai pas hésité un instant, j'ai
dit: "tout le monde à l'eau". Il faut dire que, peu de
temps avant, avec Patrick Talbot, nous nous étions fait arrêter
bêtement, à un barrage, en plein Paris, avec quelques vieux
tracts dans la voiture - nous aurions dû ranger, c'est notre faute.
Embarqués, nous avions été conduits au petit commissariat
proche de l'Hôtel de VIlle, et, comme tous les autres "prisonniers"qui
se trouvaient là, nous avions dû subir une "conduite
de Grenoble", de style pureent fasciste, obligés de marcher
à quatre pattes entre deux rangées de flics qui nous bastonnaient,
à la régalade...Je n'avais aucune envie d'y regoûter...Par
prncipe, je suis resté sur la berge le dernier. 'ai vu les copains
nager tranquillement, pour la plupart, vers l'autre rive, assez proche,
malgré un fort courant. Ils y étaient presque arrivés
quand je me suis mis à l'eau à mon tour, les flics sur les
talons. j'ai nagé. Le courant m'emportait vers l'aval quand j'ai
vu le bras de Gilles, haut levé, pas très loin de moi...Il
me semble qu'il appelait...J'ai essayé de me rapprocher de lui,
mais, tout habillé, on ne nage pas bien, et le courant nous écartait.
J'ai fini par me laisser emporter, j'ai gagné la rive de l'autre
côté, assez lon...Entre temps, pasant sous un petit pont,
un motard de police qui passait dans le secteur et s'était arrêté
m'a visé avec son arme de service...Il y avait une drôle
d'ambiance, les flics étaient comme fous, la surexcitation, la
peur...Une femme s'est jeté sur lui, elle l'a stoppé - une
ouvrière, visiblemnt, du genre à ne pas s'n laisser compter.Elle
m'a sauvé. Là-dessus, j'ai gagné l'autre rive, je
suis revnu à pied, un long tour, je suis tombé sur un groupe
de copains, dont Marielle, mon amie d'alors" (une hôtessse
de l'air maoiste, parfaite militante dont la haute silhouette longiligne
et la chevelure blonde, très mode, formait un contraste saisissant
avec le physique de Jean-Marc, petit, râblé, avec des cheveux
drus et noirs). Elle croyait que j'étais mort noyé,
comme Gilles, et c'est comme ça que j'ai appris qu'il l'était...Une
sale histoire..."
La mission de Gilles Tautin,"Gilles
de Flins", mort noyé dans la Seine
C'est moi qui avais envoyé Gilles à
Flins. En mission spéciale. Comme je
devrai aller l'expliquer, le soir-même, avec des mots bien
maladroits, du côté de Saint-Ouen, à ses parents,
un couple d'ingénieurs communistes qui viennent d'apprendre la
terrible nouvelle à la radio, Gilles m'avait demandé la
permission exceptionnelle d'être détaché,
pour l'occasion, de son groupe. Il souhaitait partir à Flins pour
y passer la journée en "free lance", et y prendre
des photos, rêvant, le malheureux, d'un avenir de journaliste.
Discipliné, comme lui, mais à mon propre niveau, j'avais
transmis sa demande à l'échelon supérieur - à
Jean-Marc. Elle avait été acceptée. Dire que ces
"explications"ont réconforté les malheureux
parents serait exagéré. Heureusement, je suis accompagné
par "Tiennot" Grumbach, un des "cadres-dirigeants"
des C.V.B., (aujourd'hui avocat spécialisé dans le droit
du travail dans ce même secteur des Mureaux- Mantes-la-Jolie, où
il n'a jamais cessé de militer, chapeau...), plus âgé
et plus mûr que moi - je viens d'avoir 20 ans, le 21 avril....
Nous nous étions connus, Gilles et moi,
quand ses jeunes copains du C.V.B. du Lycée Mallarmé, dans
le XVII ème arrondissement de Paris, s'étaient vus confrontés
à une sérieuse difficulté.
D'un bar de nuit, supposé corse, très proche de leur
"bahut", des "musclés" d'âge
mûr, qu'ils soupçonnaient, mais pourquoi pas, d'être
"des gangsters du S.A.C"., venaient les ennuyer, lors
de leurs diffusions de tracts. Ils ne savaient pas comment s'y prendre,
pour résoudre le problème intelligemment, sans conséquences
trop graves. De mon côté, j'avais acquis, depuis déjà
un an, la réputation d'être un de ceux qui étaient
capables de réfléchir à ce genre de problèmes,
d'inventer la solution la plus raisonnable, et de venir, personnellement,
participer à leur résolution. J'étais venu, je n'avais
rien vu, nous n'avions pas vaincu. Le bar était un bar à
putes, banal, les mecs, des Corses, peut-être, mais pas des terreurs,
il n'y avait pas de danger spécial, et rien à faire...
Mais j'y ai repensé, dans la grande foule recueillie, émue,
d'où montaient les chants des martyrs du mouvement ouvrier:
"Ta seule oraison/ camarade/ Vengeance, vengeance, Por toi, Pour
toi..." - Un chant que nous allons de nouveau exhaler
de nos poitrines de jeunes gens et de jeunes filles saisies par l'émotion,
autant que par la colère, à peine quatre ans plus tard,
pour les obsèques de Pierre Overney, "¨Pierrot
de Renault", ouvrier, lui, de l'usine-mère de
Billancourt.
La percée réalisée à Flins,
grâce à notre logistique nocturne donnant des armes à
la combativité superbes des ouvriers de l'usine, à leur
chaleur, au sacrifice de Gilles, qui les bouleverse, comme nous, et au
sursaut de tous pour continuer sur le sentier lumineux que son sourire
rayonnant d'ado à peine sorti de l'enfance avait tracé,
nous a permis, alors, de devenir une force jugée suffisamment dangereuse
pour qu'on paye un homme à tirer, et à tuer un autre jeune,
cette fois de 23 ans, ouvrier issu de cette Beauce verdoyante dont la
grande plaine étend ses sortilèges nourriciers à
quelques kilomètres de l'usine de Flins.
Vengeance
"On nous dit à présent que ces mots
n'ont plus cours"
Il est malséant, paraît-il, dans nos sociétés
molles, de parler le langage de la vengeance, comme celui du combat, de
la fraternité absolue, à la vie, à la mort, qui lie
ou doit lier ceux d'un meme rang, au cœur de la bataille, puis quand
le fracas des armes s'est tu, au moment de mesurer les dégâts,
les morts et les blessés, et de faire les comptes...
Chez les plus nobles peuples de la Méditerranée,
Grecs d'antan, Corses d'aujourd'hui, Arabes de toujours, Berbères,
"hommes d'honneur" de Sicile, il n'en va pas de même.
Là, c'est sur celui qui ne venge pas, pas sur celui qui venge,
que rejaillit l'opprobre. Une autre façon d'envisager la mort,
c'est à dire la vie.
Venger, c'est continuer. Gilles Tautin, nous t'avons vengé:
- par l'attaque immédiate de deux commissariats
du quartier latin, attaqués au pavé, et à la barre
de fer, dans la soirée, au moment où Tiennot et moi, abîmés
dans le silence, le cœur plein du sourire éclatant qu'était
celui de Gilles, et des yeux embués de sa Maman, nous sommes rentrés
nous coucher, assommés, K.O. pour le compte...
- et par notre retour, surtout, un an et sept jours plus tard, dans la
grande cour de l'usine de Flins, où les ouvriers attendaient, pleins
d'espoir, la réapparition des "longs cheveux", et la
maîtrise, matraque en main, des "fouteurs de merde, à
casser", des rebelles à longue et fière mémoire
qui surent cogner plus qu'ils ne le furent.
C'était le coup d'envoi en forme de fusée
d'une action continue d'années et d'années, qui, pour les
plus consciencieux d'entre nous ("l'essentiel dans le
monde, c'est d'être consciencieux" - Mao - est
loin d'être terminée, et fait vivre et revir la lumière
qui dansait dans les yeus du jeune lycéen Tautin, de Mallarmé,
noyé à 17 ans, l'âge où fut fusille Guy Moquet,
dont il connaissait bien l'histoire - XVII ème arrondisement -
et faisait briller aussi, comme une étoile lointaine, au ciel,
la mémoire...
Nous vengerons aussi Pierrot, comme tant et tant d'entre
nous l'avaient solennellement juré, en faisant don à son
tueur du châtiment qu'il méritait, et en faisant de ce don
le plus pur signe de vie, pour ceux qui voulaient "continuer le combat"
dans son esprit, et n'ont abandonné ni cette espérance,
ni sa mise en œuvre tenace et patiente, chaque jour étant
un pas vers un autre jour.
Grève de la bourgeoisie, grève de
l'Etat
- L’irruption du volcan de 1968 nous a laissés sans voix.
Un moment effarés, « assommés »
par l’ampleur du soulèvement social qui vient, puis
par la crise politique qui suit, nous sommes désemparés…
Il est vrai que d’autres facteurs
sont intervenus pour amplifier la crise – et la compliquer, sérieusement.
Nous n’en avons aucune maîtrise…
Autour de Pompidou, en effet, les milieux d’affaire et même
une large fraction de la haute administration d’Etat, police comprise,
plus ou moins ouvertement atlantistes, sont secrètement rongés,
depuis longtemps, par une grogne silencieuse.
L’inflexible général vient de se faire encore de nouveaux
ennemis dans ces milieux dont il est tributaire, mais qu’au fond,
il méprise, l’année précédente exactement,
en 1967, au moment de la guerre dite « des Six
Jours » : en proclamant à la face
du monde sa rupture avec Israël, ainsi que le
soutien de notre pays aux droits « légitimes »
du peuple palestinien, et à ceux du monde arabe –
ravivant, de plus, aux pour les nostalgiques, les plaies encore saignantes
de la crise algérienne, et de la lutte contre l’O.A.S…
Au plus chaud du mois de mai, cette « grogne d’en
haut », antigaulliste honteuse, puis bientôt, au
fil de l'affaiblissement du général, ouvertement haineuse,
vient se conjuguer avec la « grève d’en bas »,
et dériver, par pourrissement, en une véritable désertion
des plus hautes fonctions de l’Etat…Avec une sorte de
« grève perlée », non-dite,
mais bien réelle, des « décideurs »
de tout poil…
Râlant, certes, contre "la chienlit"
- on ne dit pas encore "la racaille"…-, contre
les étudiants « braillards », et
contre la "dictature syndicale", ces milieux souhaitent,
d’abord « mezzo voce », puis de plus
en plus fort - et le ton des media, obéissants,finit par le refléter
- que « Le Vieux » s’en
aille - et laisse enfin la place...
C’est la « grève de
la bourgeoisie », finalement, pas la nôtre,
qui aura, un an plus tard, sur les cendres attiédies de notre
« joli mois de mai », « la peau du général ».
Il s'en ira, beau vieillard digne et droit, au bras de sa compagne, fier
d'une vie altière et simple, réfléchir au destin
amer des héros de l'Histoire, chassés par des liquidateurs,
médiocres -sur les grèves désolées de la très
verte Erin.
Suite:
REBELLES
II
"Le Parti de la Banlieue"
Du "piège à flics" de Montrouge (92)
à Flins (Les Mureaux, Mantes-la-Jolie -78). - Accès
par clic ici
En cas de difficulté d'accès, le
site étant provisoirement l'objet de problèmes de saturation
technique, "LE PARTI DE LA BANLIEUE" est également disponible
sur le blog IMBONGI, en rubrique IDEES. Accès par clic
ici
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