| Avec ses petits yeux fendus,
éternellement rieurs même au plus fort des chevauchées
les plus improbables, les plus risquées, avec toute
la violence dont il était capable, manche de pioche
haut levé contre les "fachos", les
flics ou les gendarmes mobiles, son art du karate de rue simple
et brutal, les innombrables plasticages "et plus
si affinités" dont il était devenu
maître et seigneur, sans compter ses capacités
très convenables, arme au poing, sa "tronche
" de séducteur jamais pressé, jamais
vulgaire, parce que sûr de son charme et de son expérience,
il avait bien gagné ce surnom de "MONGOL"
qui lui vaut, depuis que, ce 4 juin 2011, après la
plus belle des morts, celle qu'on obtient au feu roulant de
la joute amoureuse, il nous a quittés pour le Paradis
herbu des guerriers du "Grand Khan" - où
des hordes de pouliches blanches nourries de lait et de miel
hennissent éternellement sous la férule de leur
dresseur...
"Mongol" l'avaient surnommé
les Devedjian, Madelin et consorts, jeunes gens en manteau
de cuir noir style Barbie (Klaus), en imper mastic militaire
qui, pendant la guerre d'Algérie, attaquaient les rassemblements
de soutien aux nationalistes algériens du FLN en y
lançant comme des grenades des pommes de terre farcies
de lames de rasoir tranchantes - mais repartaient, rossés
plus souvent qu'à leur tour par la "bande
Goldman" du "S.O."
où brillait le jeune "Momo".
Pareil surnom ne se perd pas. Il allait
le ressusciter, bien involontairement, en sollicitant, à
peine 30 ans plus tard, une audacieuse intégration
au sein de la mouvance "pro-palestinienne"
alors émergente au sein des services secrets français
(DGSE) - sur une idée de François De
Grossouvre - "éminence grise"
du Président Mitterrand et protecteur de l'ombre du
capitaine Barril.
"Vous êtes un terroriste, fils, d'ailleurs,
de teroriste - et un trafiquant de drogue par dessus le marché...Pas
de ça chez nous" lui répondit
alors un vieux colonel un peu coincé qui avait fait
ressortir toute la documentation sur "Le
Mongol" - fils, en effet d'un
Maurice Brover I (premier du nom) venu de
la lointaine Bessarabie former les cadres du petit service
de renseignement du groupe Manouchian (M.O.I.). Survivant
par miracle - et par métier - à la rafle un
peu précipitée de la police française
qui devait démanteler le "service action"
du groupe, et porter la gloire du jeune chef arménien
et de ses compagnons d'épopée sur la fameuse
"affiche rouge", le père
du futur "Mongol" allait
trouver la mort peu de temps après en quittant, à
vélo, brassard FFI tricolore et revolver au fond de
la poche, le maquis FTP du nord de la région parisienne
où il s'était réfugié, pour une
mission de liaison avec l'état-major de Rol Tanguy
dans le centre de Paris. Barrage routier d'un bataillon retardataire
de soldats allemands en déroute, contrôle de
papiers, fouille, fusillade immédiate sur le
bord de la route. Anna, l'épouse, elle-même
bessarabienne, communiste combattante, et résistante,
découvrit au moment même où lui fut révélée
la mort de son Maurice qu'elle portait au ventre l'embryon
de celui qui, né, cela ne s'invente pas, le 8 mai 1945,
jour de la victoire mondiale contre le nazisme, ne pourrait
porter que le même prénom - dérivé
du juif "Moshe" - Moïse...
Fils de son père jusque dans le sourire mongol,
lointaine trace dans l'histoire longue de la somptueuse aventure
des "Khazars", ces cavaliers de
la steppe convertis de force au judaïsme chers à
Arthur Koestler et véritables ancêtres d'
"ashkenazes" sans racine aucune en
terre hébraïque, "Momo", jeune
garçon rétif à l'école devenu
communiste combattant de la nouvelle époque et l'un
des principaux cadres "action" des
Comités Vietnam de Base (CVB) de l'avant mai 1968 appelés
à devenir les "colonels"
de la future Gauche Prolétarienne (GP), allait
ensuite pousser la piété filiale et
l'amour de sa mère jusqu'à recruter la vieille
Anna, qu'il entourait des soins les plus tendres, dans le
service d' écoutes "sauvages"
des fréquences de police mis en place par la
Nouvelle Résistance Populaire (NRP) à l'occasion
de la tentative, ratée d'extrême-justesse, d'enlèvement
en plein Paris d'un grand baron de l'acier dont le
neveu, Charles-Henri de Choiseul Prasli (ami
de ce site), fils lui-même d'un officier mort
pour la France pendant la deuxième guerre mondial,
avait lui aussi rejoint les rangs des "maos".
L'autodissolution honteuse du mouvement des fils
de la RESISTANCE liquidé au premier mort, ou, pour
être plus précis, au
deuxième, par la majorité de ses jeunes
chefs devenus depuis les "refondateurs"
du communautarisme juif en France,
n'allait nullement faire du "Mongol" un
précoce retraité de la lutte anti-impérialiste
maquillant son "repentir" en
"nouvelle philosophie" au parfum de
colique (sioniste)...Resté, lui, comme la
majorité d'entre nous, heureusement, rebelle à
tout concept d'identité ethnique fondée sur
"le sang et la race",
antisioniste donc, radical, cohérent, et conséquent,
c'est sur une colline pelée du Liban battue
par les bombardements de grosses pièces d'artillerie
israéliennes qu'il allait commettre ce qui restera
sans doute comme la seule véritable erreur politique
de sa vie en refusant une proposition du
maoiste palestinien Abu Jihad - "JiJi"
pour les intimes, coordinateur clandestin de la première
intifada, assassiné depuis en Tunisie.
"Pourquoi ne continuez-vous pas l'action de la GP?
C'était sympa, ce que vous faisiez...Les commandos
de jeunes immigrés arabes recrutés dans les
luttes d'usine envoyés incendier la Banque Rothschild
ou l'ambassade de Jordanie..."
C'était l'époque de "Septembre
Noir" où, dans le cadre de la riposte
à l'écrasement de la Résistance autour
d'Amman, et comme l'a raconté avec un luxe de détail,
dans ses Mémoires, Abu Daoud, le coordinateur de l'attentat
de Munich aux Jeux Olympiques de1972, Abu Ammar (Arafat),
son chef des renseignements civils Abu Mazen
(Mahmoud Abbas), financier de la prise d'otages, et
enfin Abu Jihad (Renseignements militaires),
cherchaient à mettre en place la vaste toile d'araignée
politico-militaire susceptible de servir de base à
une riposte mondiale du Fatah et de l'OLP tout en
"cassant" les réseaux de
tueurs du Mossad lancés, de Lisbonne à Londres,
Vienne, ou...Paris, dans une "longue traque"
visant non l'extrémisme palestinien mais
les premiers négociateurs de l'ombre d'une stratégie
de libération en "deux étapes,
passant par deux Etats"...
"C'était impressionnant...Les obus sifflaient,
les explosions autour de nous faisaient un bruit énorme",
nous racontera plus tard
"Momo" - qui saisit alors l'occasion
pour répondre à "Jiji"
que "continuer dans
le sillage de la GP, non, politiquement, on n'en avait pas
les moyens" - ce qui était
faux - mais que "monter, au service des
Palestiniens" engagés dans une lutte de dimension
mondiale contre les réseaux internationaux servant
de support aux groupes de "kidon"
(tueurs professionnels) de Tel Aviv "de petits
réseaux de combat clandestin sur le sol européen",
à commencer, inévitablement, par des
réseaux d'importation, puis de stockage, d'armes légères
pouvant aller du 11,43 à la "kalach"
et même jusqu'aux grenades et roquettes, c'était
"envisageable".
Ainsi fut fait. Au prix de quelques inévitables
erreurs de jeunesse. Dont le stockage dans ses bureaux de
journaliste de quelques-uns de ces 11,43 par un des fondateurs
du C.R.IS.E. (et non C.R.U.S.E.), le "Centre
de Recherches Sociales et Economiques" installé,
rue Saint-Martin, dans des locaux fournis par l'avocat Jean-Paul
Levy, "l'idiot utile" de
l'histoire, alors proche du CERES de Jean-Pierre Chevènement.
Gentiment financé par les services de
"Jiji", le C.R.I.S.E., dont la
presse pro-israélienne d'extrême-droite allait
révéler l'existence en le présentant,
un peu approximativement, comme "la couverture
d'un S.A.C. de gauche" unissant
"maos" propalestiniens, (non repentis),
"syndicalistes de classe", chercheurs,
journalistes jouant double ou triple jeu, et même intellectuels,
sous le regard bienveillant du protecteur, à l'Elysée,
du capitaine Barril...
Autre erreur de jeunesse, un peu plus grave, la mise
à la disposition des impétueux fondateurs, anarcho-maoistes,
d'Action Directe (A.D.) de quelques-unes des "kalach"
importée du Liban par Chypre, en voilier ou à
l'aide de petits avions monomoteurs: un dérapage signé
Elie Beida (un des proches de "Momo"
(et de l'auteur), lui aussi disparu il y a peu...).
L'outil servit pour la première rafale tirée,
sans imagination particulière, sur une façade
du CNPF, occasion de la mise sur le marché du sigle
A.D. - droits déposés, Elie Beida, "Momo",
héritiers and co...
Plus sanglante, plus funeste, et plus grave erreur,
le "prêt" (sans
intérêt) d'un de ces rustiques mais efficaces
AK 47 au noyau dur de l' "équipe
Goldman" (époque
II:seventies...) où le "Mongol",
qui en tirait quelques ficelles dans l'ombre ou la pénombre,
avait recyclé quelques-uns des rescapés du C.R.IS.E.
et des branches ouvrières de la N.R.P., qui pouvaient
n'être pas totalemnt étrangers les uns aux autres,
ou les unes aux autres...Un jour de "braquage
alimentaire" (visant à recueillir
des fonds dans une petite banque...), "Momo"
(qui supervisait ce qui n'était guère plus qu'une
opération d'entraînement depuis une camionnette
de surveillance abritant aussi le très petit embryon
de service chirurgical d'urgence) eut la désagréable
surprise de voir son ami Pierre, homme vaillant mais trop
nerveux pour faire un vrai combattant clandestin, vider tout
le chargeur de son fusil d'assaut sur une voiture dont le
conducteur, passant et repassant devant la banque à
la recherche d'une place de stationnement, avait attiré
son attention.
Le malheureux, qui était peut-être,
sait-on jamais, un homme du Sdece en mission de surveillance,
fut retrouvé en sang, mort et bien mort au volant de
sa bagnole près d'un tapis de douilles qui, comme les
balles de calibre "7,62 OTAN" (calibre,
c'est comme ça, des kalach russo-syro-libanaises comme
de leurs demi-soeurs chinoises, vietnamiennes, sino-vietnamiennes
ou sino-palestiniennes), allaient ensuite "parler".
Convaincus que l'attelage un peu baroque formé,
autour d'un Pierre Goldman plus ou moins "cornaqué"
ou tenu en laisse par son ancien élève,
par d'anciens ouvriers maos devenus, par obligation, clandestins
professionnels rompus à tous les coups et leurs amis
du "Mouvement des Travailleurs Arabes"
unis, "côté
Goldman" à quelques
belles figures du grand banditisme de l'époque Mesrine
radicalisées et (sommairement) politisées par
le combat contre les QHS (Quartiers de Haute Sécurité),
quelques anciens officiers de parachutistes de la
guerre d'Algérie devenus conseillers privilégiés
du "Service Action" du
Sdece sous Giscard (et De Marolles...) suggérèrent
alors "qu'on en finisse, et vite, avec ou
sans bavures" avec une mouvance indistincte
désormais équipée d'armes de guerre palestiniennes.
Et Pierre Goldman, mourut de mort violente, tout comme Jacques
Mesrine, "Charly" Bauer,
l'ancienne "blouse grise" du
gagnstérisme des quais de Marseille passé de
son quartier de l'Estaque et des Jeunesses Communistes au
"noyau politico-militaire anti-impérialiste"
discrètement influencé par Maurice Brover,
passant de justesse entre les gouttes, et s'en tirant avec
de nouvelles longues années de prison.
Fin cuisinier, amateur d'herbe
grasse de la Bekaa, amant, selon des sources sérieuses,
particulièrement précis, endurant et attentif,
devenu, dans la dernière partie de sa belle vie, prodiucteur
de cinéma...et de soirées érotiques au
charme raffiné, "Momo",
lecteur critique et conseiller amical du site Le Monde Réel
mais aussi des Forces Populaires (FP),
laisse à son jeune fils Thomas, beau comme un ange
métis, fils des amours du "Mongol"
et d'une brune et mince "femme de
caractère" réunionnaise, comme
à tous ses amis et frères l'exemple d'un destin
cohérent, réfléchi et accompli.
Pour reprendre
la belle expression de Marguerite Yourcenar, ce communiste
de combat jouisseur, sensuel et gai, qui avait su pousser
l'esprit de sacrifice jusqu'aux dures réalités
du militantisme ouvrier dans les cités de Saint-Dizier
et jusque sur les chaînes d'une grande usine Berliet
de Lyon, est "entré dans la mort
les yeux ouvert".
Jean-Paul CRUSE
("POLO" pour "MOMO")

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