D'Ousmane
Cissé, 11 ans, noyé dans les
eaux noires et glaciales de l'Isère après
s'y être jeté du haut d'un pont de Romans,
ce 7 décembre 2010, à la suite d'un
incident à l'école (video
ici), à Mamadou
Thiam (14 ans), sorti vainqueur d'un dur bras de fer
contre le racisme à l'école, ou bien
à Nemballé
(16 ans), sorti vainqueur, lui aussi, d'une belle
lutte contre l'échec scolaire
le
combat de la jeunesse de France multicolore,
et surtout de la jeunesse issue
de l'ancienne Afrique Noire coloniale,
qui fut à l'avant-garde d'une rébellion
des "desperados"
à capuche de 2005, s'il
peut prendre des formes de violence aveugle
, voire suicidaire, commence
aussi à prendre des formes progressistes, positives
- du moins dans les trop rares endroits où
s'y investissent de
trop rares poignées de militants porteurs
d'une conscience de classe prolétarienne -
au côté des jeunes eux-mêmes et
de leurs familles.
Aubervilliers
(93), lutte
contre l'échec scolaire
et
l'exclusion de l'école: la superbe
victoire du jeune Nembellé
| |
Il
a gagné! Après
plusieurs semaines de lutte combative,
réfléchie, et patiente,
avec l'inébranlable soutien de
sa mère, Yaffaye,
venue de la campagne sénégalaise
rejoindre son père, ouvrier du
bâtiment, Nembellé,
jeune et grand garçon
de presque 16 ans,
très calme, au visage pensif,
a franchi la porte d'entrée du
Lycée d'application de l'ENNA
de Saint-Denis (93) pour y
effectuer, presque un trimestre après
les autres, sa rentrée scolaire
de futur professionnel de l'électricité,
préparant un Bac Pro, puis, peut-être,un
BTS.
Cet événement n'a rien
de banal. Il a, tout au contraire, la
plus haute des significations sociales,
et politiques.
Jusqu'ici, en effet,
Nemballé n'était qu'un
parmi d'autres, au sein de l'innombrable
ensemble des "décrochés"
du
système scolaire comme lui.
Contrairement aux "décrocheurs",
exclus, eux, de l'école parce
qu'ils ne peuvent plus suivre, se rebellent,
et se font virer sans pitié,
les "décrochés",
dont on parle peu, sont des collégiens
"largués dans
la nature", et
ne se voyant offrir aucune
place en lycée, en fin de collège,
malgré de bonnes notes et un
comportement discipliné!
Arrachée de haute lutte,
la réintégration scolaire
de Nemballé n'a pu se faire qu'avec
l'aide d'une solide équipe,
avec l'aide, "musclée",
d'une toute nouvelle structure de masse,
liée aux "Jeunes
Rebelles du 9-3"
qui avaient fait leur apparition pour
une spectaculaire "opération
de porte" au service
du piquet de grève des ouvriers
d'Afrique Noire en lutte "pour
les papiers et pour la dignité"
de l'entrprise de démolition
Griallet,
à Montreuil
(93), puis réapparue,
selon des informations dignes de foi,
pour une tout autre "opération
de porte", un autre
démontage sauvage, survenu, lui,
en pleine nuit, celui d'une épaisse
plaque
blindée installée
en toute illégalité
pour interdire l'accès de son
appartement à une famille
d'ouvriers noirs d'origine congolaise
de Villetaneuse
(93)
, depuis rentrés,
puis à nouveau virés,
à grand renforts de police, cité
Allende, dans la même commune
où la municipalité
se réclame toujours, mais pour
combien
de temps?, du communisme
- et du PCF
en particulier, où les contradictions
dialectiques pouvant aller, ce qui n'est
pas souhaitable à ce stade, tant
du moins qu'une alternative franche
et limpide du côté
des Forces
Populaires ,
n'émerge pas avec suffisamment
d'audsace, de cohérence et de
clarté - ce qui ne saurait tarder...
Ce nouveau groupe, encore mal connu,
et dont la constitution même,
puis les méthodes de décision,
et d'action, font débat même
au sein de la mouvance la plus combative
d'Aubervilliers
(93), a choisi de s'intituler
Comité d'Action des Jeunes
d'Aubervilliers(93)
(C.A.J.A.
93).
Il regroupe une majorité de
jeunes adolescents d'à peine
16 ans, comme Nemballé et d'autres.
C'est en effet à l'approche
de leurs 16 ans, et même à
l'extrême limite, apparemment
calculée avec cynisme, de cette
date légale d'échéance
de l'obligation scolaire pour l'Etat
(qui est tenu d'en fournir les
moyens...) comme pour
les familles, (sanctionnables en cas
de défaut d'inscription ou de
suivi...), que plusieurs jeunes
de différents collèges
d'Aubervilliers-Plaine Commune (l'agglomération
de petites localités comprenant
aussi Saint-Denis, Saint-Ouen, Stains
et...Villetaneuse), noirs, dans leur
écrasante majorité, mais
ausi maghrébins, indo-pakistanais
ou même, dans un cas au moins,
d'origine roumaine, avaient affronté,
en cette rentrée de septembre
2010, et depuis, une bien désagréable
surprise.
Malgré de bonnes notes,
une attitude scolaire studieuse,
et d'excellents dossiers disciplinaires,
informations toujours présentes
dans les dossiers que leurs familles
ont soigneusement conservés avant
de nous les montrer, leurs demandes
d'inscription en classe supérieure,
en fin de cycle, acceptée,
dans le principe, n'avait
pas débouché sur une
affectation effective .
Contraints à rester
chez eux, ou dans la rue, à attendre,
ou, pire encore, dans le cas
de Nembellé, bénéficiant
enfin d'une inscription en bonne
forme dans un lycée acquise à
l'arraché après
une interminable bataille de harcèlement
visant l'Inspection d'Académie
ou le Rectorat, mais refusé
à l' arrivée au lycée
("pas de place!"...),
ils se trouvaient rejetés,
condamnés à l'angoisse
du "no future"
- au grand désespoir,
aussi, de leurs parents.
C'est à l'acharnement
d'un père et d'une mère
africains décidés
à tout faire, sans jamais se
lasser, pour éviter à
leur garçon une longue glissade
sur le chemin de l'échec,
du chômage, du "business",
du trafic, de la violence,de la criminalité
et de la prison, comme à
sa propre détermination, que
Nembellé doit
sa victoire.
Mais
il doit aussi aux inoxydables
"associatifs" d'Aubervilliers
et de tout le département
mobilisés sans trêve et
pendant plusieurs mois au côté
de la famille dans ce combat
exemplaire contre un exemple symboliquement
exceptionnel de "décrochage"
scolaire cyniquement
géré, sinon organisé,
par le "monstre froid"
de l'Education Nationale
- avec la complicité
d'un trop grand nombre de petits ou
grands bureaucrates, passifs, inertes,
de quelques enseignants, voire"responsables"...
irresponsables, de "Conseillers
d'orientation" bureaucratisés
se contentant du "service
minimum" ("On
a bien fait le dossier, on suit...De
toute façon, dans le
pire des cas, il ne sera pas à
la rue, il pourra...redoubler"
- alors qu'il ne le mérite ni
ne le veut, et que d'ailleurs, venant
d'une section spécalisée
(Segpa), il ne le peut pas,
c'est la LOI...)
Quand la mère
et le fils, exaspérés
et presque complètement désespérés
après des semaines et des semaines
de démarches vaines, de courriers
recommandés dans le vide, de
déplacementes et de renvois de
"responsable"
en "responsable",
comme une boule de "flipper"
ricochant d'un obstacle à l'autre,
finirent par se tourner vers l'
"écrivain public"
du Centre Social Roser, 38 rue Gaétan
Lamy, dans le "village
africain"
du Landy (Aubervilliers), devenu
celui de tout ce quartier "sensible",
Jean-Paul Cruse - bien
connu des habitués de ce site,
et qui officie, tous les mercredi matin,
de 10 heures à 12 H 30 dans un
petit bureau confortable mis à
la disposition de son association par
la mairie.
N'en restant pas à l'écoute,
patiente, des mille misères du
monde qu'accueille ce quartier "chaud",
mais "chaud"
aussi de la tradition d'entraide
et de solidarité de ses habitants
déshérités, et
proche de Rosa Luxemburg, "l'Ecrivain
Public" ne
se limite pas, d'ordinaire, à
la rédaction de courrriers
administratifs, ou autres, voire de
poèmes ou même
de lettres d'amour
; sa démarche
est aussi d'encourager
jeunes et moins jeunes à se regrouper,
à mettre en partage leurs difficultés,
mais aussi leurs idées, y
compris leurs idées de lutte
et de révolte que
le "travail social"
courant a tendance à considérer,
bien étrangement, comme un
danger...
Avec d'autres jeunes placés
dans la même situation que Nemballé,
c'est alors la naissance du C.A.J.A.
Qui, à son tour, et en
toute indépendance,
décide de ne pas se contenter
de paroles, de palabres, d'assistance
et de conseils: mais choisit
en toute liberté, spontanément,
de façon autonome,
le passage à l'"action
directe" - à
l' "action directe
populaire", qui,
radicalement distincte de l'"action
directe" militaro-terroriste
du brave Rouillan et consorts (et autres
héritiers plus ou moins approximatifs
de la "Résistance
Prolétarienne"
des années 1970 et de son expression
armée, la "Nouvelle
Résistance Populaire" (NRP),
s'enracine de façon méthodique
dans la stratégie initié
par les Forces
Populaires:
liens continuellement et systématiquement
tissés avec le prolétariat
de base, le plus profond, et
notamment mais pas exclusivement avec
les familles et la jeunesse bigarrée
(filles et garçons) des "quartiers
difficiles", à peau
noire ou basanée; développement
de l''action directe populaire"
par les intéressés
eux-mêmes, organisés
en petits groupes de "francs-tireurs"d'abord,
inévitablement, minoritaires,
mais cherchant systématiquement
et patiemment à élargir
la dynamique ainsi lancée, surtout
en direction de la classe ouvrière
centrale, blanche ou maghrébine,
pivôt du monde du travail "classique",qualifié
et syndiqué, organisé..;
action concrète sur des
objectifs concrets, simples, partout
où, la nécessité,
se combinant avec des circonstances
favorables, de premières
victoires ponctuelles, fussent-elle
au moins partielles, semblent possibles;
rupture, donc, ainsi, de la façon
la plus fondamentale, avec la "politique
du baratin" de l'extrême-gauche
bavarde et des donneurs de leçons
"Que Fairistes"
style trotskiste, marxiste-leniniste,
soi-disant maoiste, "Negriste"
ou encore"Badiouiste"...
Bref,
un beau jour, le C.A.JA.93
déboule dans les locaux du C.I.O.
d'Aubervilliers, ce
"Conseil d'Information et d'Orientation"
regroupant les "C.E.O"
(Conseillers d'Education et d'Orientation)
de collège ou de lycée,
qui laisse traîner le dossier...
Quelques
ordinateurs volent, et, trois jours
plus tard,
Nembellé
(présent ce jour-là, au
second plan, les bras croisés,
strictement immobile et quasi-muet,
en compagnie de sa mère, Yaffaye,
elle aussi stricte observatrice quand
les mots se durcissent et quand le matériel
informatique s'excite...), reçoit
une convocation à se présenter...au
Lycée d'Application de l'l'ENNA
de Saint-Denis (93)-
où on ne trouvait "pas
de place pour lui"
jusqu'à ce jour, malgré
la "décision d'affectation"
qu'aucun grand ou petit bureaucrate,
de "droite" ou de
"gauche", ou même
"révolutionnaire
anti-capitaliste"
n'avait cherché sérieusement
à faire respecter ...
L'affaire
est d'autant plus piquante
que le "Conseiller d'Orientation"
de Rosa Luxemburg, Monsieur
Donneur de Leçons
(c'est un pseudo...)...(dont la collaboratrice
du C.E.O. d'Aubervilliers, ne parvenant
"pas à le trouver",
même au téléphone,
avait crû judicieux de dire au
jeune homme, à sa mère,
et à sa petite escorte, que "de
toute façon" il lui
serait loisible de redoubler...
- et n'avait donc pas à s'énerver...)
est connu du tout-Aubervilliers
comme militant actif de la
"tendance de gauche",
"unitaire et progressiste",
du fameux
N.P.A., le "Nouveau
Parti Anticapitaliste" du
fumeux
facteur à temps partiel (suite
ci-dessous
ici) |
|
| |
scolaire et l'exclusion de
l'école - même des bons élèves,
virés "faute de place" (ci-dessous)
en passant par Mamadou, 14 ans, sauvé d'un
sort tragique à l'issue d'une mobilisation
exemplaire de sa famille et d'une poignée d'asociatifs,
contre l'intolérance scolaire et le mépris
raciste...
|
| |
| |
|
|
|
La menace d'exclusion
pour "rébellion" du jeune Mamadou
Thiam, 14 ans, collégien à Rosa Luxembourg (Aubervilliers,
93), un établissement
jusqu'ici considéré comme progressiste,
a failli faire flamber l'ancienne "petite
Espagne" devenue le "village africain"
de la cité de Charles Tillon qu'est le quartier des
Thiam, le Landy, près du canal - et tout Aubervilliers...
Mamadou, en effet, se trouvait convoqué
en conseil de discipline après
avoir lui-même déposé une plainte pour
racisme contre sa prof d'histoire qui avait
porté la main sur lui en proférant
des
injures graves, dans un moment d'égarement.
Heureusement, l'attitude combative, solidaire,
et responsable, de la famille franco-sénégalaise
unie autour du jeune espoir du Red Star de Saint-Ouen, le
soutien de tout un quartier, sur les charbons ardents,
retenu d'extrême justesse au bord de l'émeute,
et l'action exemplaire d'une poignée de militants associatifs
d'Aubervilliers, ont permis de ramener le calme et la sérénité
à Rosa Luxembourg, au Landy, proche, et dans la ville.
"Différé", le conseil de
discipline est en bonne voie d'être purement et simplement
annulé. Et Mamadou, qui, comme ses parents, a pardonné,
prépare son inscription en classe de troisième-
sans sanction - dans un des meilleurs collèges d'Aubervilliers.
L'enseignante, qui, soutenue par la majorité de ses
collègues et la majorité des parents d'élèves
de la FCPE, nie farouchement avoir prononcé
les mots "sale noir!", mais a
reconnu avoir apostrophé de façon déplacée
- pour ne pas dire puante...- le jeune noir
sur sa supposée "odeur",
a présenté ses excuses à la famille,
qui, de son côté, baignant dans la culture de
l'islam africain, religion du don, du partage et du pardon,
bien loin de la "loi du talion" et des
imprécations, ne voulait ni vengeance, ni violences,
mais simplement "justice pour Mamadou".
Le directeur du collège, Christian Matrat, à
qui notre lettre ouverte
à son ministre a valu quelques pressants coups de téléphone,
du ministère, mais aussi de la mairie, a, lui
aussi, présenté ses excuses aux parents
du jeune adolescent, reconnaissant avoir eu tort de
refuser de les recevoir, et surtout d'appeler la police
alors que les époux Thiam, venus au secours
de la dignité de leur fils, étaient
indignés, certes, et humiliés, comme Mamadou,
mais calmes, et nullement menaçants - et se sont trouvés,
de ce fait, obligés de riposter en déposant
une plante pour racisme avant de distribuer un tract, virulent,
aux portes du collège -rendant l'affaire publique et
mettant, àjuste titre, le feu aux poudres.
Devant l'attitude enfin devenue raisonnable
et responsable de la direction de Rosa Luxembourg, confuse,
et de l'enseignante, dont l'intempérance verbale, inadmissible,
n'aurait été qu'à l'origine d'un incident
ponctuel, vite corrigé, sans la réaction autoritaire
d'un directeur dépassé, pris de panique,
Mamadou, sagement conseillé par des parents exemplaires,
a pris la bonne décision: du moment que son
honneur est lavé, sa dignité reconnue, et reconquise,
et le conseil de discipline sanctionnant une "faute"
qu'il n'avait nullement commise (s'étant abstenu avec
abnégation de tomber dans le piège du
"coup de boule" où était
tombé Zidane...)-, il quitte
un établissement associé, dans sa jeune mémoire
d' "ado", à une humiliation pénible,
indigne, inadmissible. Mais il est sans rancune aucune,
sans amertume - acceptant de troquer l'abandon
de la procédure d'exclusion scandaleuse visant
non l'agresseur, mais l'agressé, en échange
d'un appui à son inscription dans un autre bon collège
de la même ville.
Magnanime, il va même jusqu'à encourager
ses parents à retirer leur plainte, préservant
ainsi, de son mieux, et avec une grande noblessede
cœur, les intérêts de celle qui,
lui parlant mal, très mal, de sa - supposée...
- odeur - s'arcboute à nier n'avoir jamais
évoqué sa couleur...
Pour la poignée de braves qui a fait
corps autour de Mamadou et de sa famille, le compromis
ainsi trouvé est raisonnable: l'attitude
de la majorité des enseignants n'ouvrait pas d'autre
issue. S'estimant "de gauche", comme toute
la culture et toute l'histoire de ce "collège
de gauche" dans une "ville de gauche",
comme, sans doute, leur collègue prof d'histoire placée
au cœur de l'affaire, et convaincus, donc, que dans ce
"collège de gauche d' une ville de gauche",
jamais une enseignante "n'a pu"
traiter un jeune de "sale noir",
même si elle a reconnu, devant eux, lui avoir dit
"tu pues", ce qui ne vaut
guère mieux, ils se considèrent a
priori exempts de toute suscpicion de
solidarité corporative ou de racisme - certains
d'entre eux allant jusqu'à chercher un bouc émissaire,
facile, en la personne "du journaliste"auteur
de ces lignes comme de l'article précédant révélant
le scandale, qu'il ne rougit nullement d'avoir écrit.
Le compromis, qui préserve l'essentiel,
sauvant l'honneur de Mamadou, insulté puis accusé,
de plus, de "mensonge",
n'aurait pas été possible sans l'action obstinée
de la médiatrice "adulte-relais"
de Rosa Luxembourg, Dami
Rimech, ancienne figure de proue de l'insurrection de
la jeunesse lycéenne de Casablanca au Maroc, son pays
d'origine, devenue la vice-présidente fondatrice de
l'association "On est tous responsables"
d'Aubervilliers, au cœur de tous
les combats dans la cité, contre le racisme, la
précarité, la pauvreté, et les souffrances
des familles mal
logées.
Dami a su convaincre les jeunes (et les moins
jeunes...) animateurs des Forces
populaires, la nouvelle réalité politique
émergente d'Aubervilliers, très engagés,
eux aussi, dans ces combats, que l'émeute de
la jeunesse noire du Landy, qui grondait, n'était
pas "la seule solution pour que les droits du peuple,
enfin, soient respectés", dans un
bastion du communisme historique où l'effondrement
d'un PCF ici particulièrement sectaire et replié
sur lui-même laisse un vide terrible.
C'est elle aussi qui a su trouver les mots pour
imposer l'idée que, comme dans l'action des familles
mal logées du MML, qui arrache des relogements un par
un par la vertu de l' "action directe populaire",
il faut "savoir jouer des contradictions du
Parti socialiste" - qui gère la cité
de Charles Tillon, maintenant, et ne veut pas que
l'on puisse rappeler qu'elle fut aussi, hélas,
celle du socialiste raciste (antisémite) et collaborationniste
Pierre Laval, de funeste mémoire.
Dans le dossier des familles mal logées
(pour la plupart mobilisées autour du collège
de leurs enfants, Rosa Luxembourg précisément...),
c'est la tendance progressiste du Parti socialiste qui, opérant
une rupture radicale avec une longue tradition locale de clientélisme,
vient de convaincre la Préfecture de faire une offrede
relogement, correcte, à Marie-Clémence
Sidibe, épouse Sawadogo, cette mère
de famille nombreuse exemplaire (huit enfants), chef d'équipe
dans une société de nettoyage, expulsée
d'un appartement insalubre de la rue du Moutiers, dans le
vieil Aubervilliers, en lutte depuis de longues années
pour un relogement décent, et devenue
"Marie-Colère, la Panthère
noire d'Aubervilliers", présidente-fondatrice
du Mouvement des Mal Logés (MML).
La ville d'Aubervilliers vient également
de reconnaître par écrit, dans des courriers
personnellement adressés, à 4 autres familles
du MML, dont Saadia Miftah
- "et maintenant, les rats!" leur priorité
de relogement.
La même stratégie, mettant
au centre "l'action directe populaire", comme
réalité effective ou comme perspective surplombant
l'horizon, mais une action combinée de façon
souple, pragmatique, et dynamique, avec une pratique de négociation
permanente, laissant toujours sa chance au dialogue,
permet, donc, désormais, au jeune Mamadou de
repartir d'un bon pied vers un avenir serein. C'est
l'essentiel. Mais ce n'est pas suffisant.
La question reste posée de l'avenir
de Rosa Luxembourg, "collège ambition-réussite"
qui a fait la fierté d'Aubervilliers jusqu'au récent
changement de direction, survenu il y a un an, et
assorti de mouvements touchant presque tout l'encadrement..."Rosa
na pas flambé, mais ce fut juste",
commente un policier spécialisé des RG, bon
connaiseurd'Aubervilliers..."Sans des changements
profonds, mais très profonds, ajoute un vieux
militant ouvrier, l'année scolaire 2009-2010 sera
difficile"...Mais, pour que de tels changements
aient lieu, il faudra que les enseignants, comme
les parents d'élève à ce jour impliqués
dans la vie de l'établissement prennent conscience
du drame auquel tous et toutes ont de très peu échappé,
et se ressaisissent...Rien ne l'assure, mais c'est
possible. -A quelques centaines de mètres à
peine de l'ancien établissement de l'élève
Thiam Mamadou, en traversant le canal, le quartier du Landy,
ancienne "petite
Espagne", fief des immigrés "rouges"
chassés par la guerre civile, et par le fascisme, en
a vu d'autres. Ses petites rues portant souvent le nom d'un
"combattant de la République espagnole, résistant
authentique", comme Francisco
"Paco" Asensi, père du communiste
progressiste François Asensi, abritent aujourd'hu
un véritable "village
combattant", bigarré et
fraternel, capable de "monter à l'assaut du
ciel". Une "base d'appui"
au potentiel de "zone libérée",
auraient dit les
Maos des années 1970...Dans la petite cité
de maisons basses, "à l'africaine"
du 27 rue Emile Augier, les Thiam sont les voisins
de Fatima Yaou,
âme et mémoire des luttes du quartier - et cheville
ouvrière du "Collectif
vigilance logement",
appui solide du combat des familles d'ouvriers maliens du
"foyer de la misère" de la rue Gaétan
Lamy, juste à côté. Rue Henri Murger,
à deux-cent mètres, habite "Fanta,
la Jeanne d'Arc noire des sans-papières",
déléguée syndicale CGT des femmes
de ménage en lutte de la société Manet,connues
pour leur longue grève, victorieuse. Avec Bengally,
son mari, pour qui les militants des nouvelles forces d'Aubervilliers
se sont battus quand, travailleur sans papiers lui aussi,
il a été menacé d'expulsion, et qui a
depuis rejoint le combat des Mal Logés, elle voisine
aussi avec cette jeune afghane au sourire de lumière
qui, femme de réfugié politique et fille, elle-même,d'un
général de la Résistance proche du commandant
Massoud, "le lion du Panshir", mystérieusement
assassiné le 10 septembre 2001, élève
magnifiquement ses 5 enfants, dont un jeunecollégien
de Rosa Luxembourg, Yassine, dans un studio sordide de 20
mètres carrés, participe à toutes les
actions des Mal
Logés, et a même su trouver l'énergie
pour traverser tout Paris et venir - avec ses cinq enfants...-
réchauffer de sa solidarité comme de
son sourire la gréviste
de la faim CGT de Libération, Florence Cousin...
A suivre...Jean-Paul Cruse
(Editorial
du 17 juin 2009)
Lettre
ouverte à Xavier Darcos, homme de culture, Ministre
de l'éducation nationale
Par Jean-Paul Cruse
Monsieur le Ministre,
Si nos informations sont bonnes - et nous le
craignons - le jeune Mamadou Thiam, 14 ans,
élève sérieux en classe de quatrième
au collège Rosa Luxembourg d'Aubervilliers, grand amoureux
du foot à l'image de son père, l'ex-footballeur
professionnel Thiam Papa Idrissa, un homme sérieux,
vient d'être exclu de l'établissement
( ce qu'un conseil de discipline, prévu lundi,
ne fera qu'entériner), au motif de "rébellion"...Alors
qu'en matière de rébellion, il n'a fait
que résister à l'irrépressble envie de
gifler l' "enseignante" (guillemets)
qui, ne se contentant pas de lui pincer violemment l'épaule
pour le provoquer à frapper, lui a jeté,devant
toute la classe,stupéfaite: "Sors!
En plus tu pues, va te laver, sale noir!"
Il s'agissait d'une prof d'histoire - sans doute pas assez
"entrée dans l'histoire",
et peut-être, de plus, influencée par ce qu'on
entend à la télé, et le fameux "casse-toi
pov'con" présidentiel gravé,
désormais, dans la Légende de la République
Monsieur le
ministre,
Il ne s'agit, certes, que de la version
des faits d'un jeune noir, telle qu'elle a été
consignée par lui, à chaud, sur le cahier ad
hoc tendu par un responsable du collège, quand le vacarme
déclenché dans tout l'établissement par
cette insulte extravagante a commencé à s'apaiser,
puis inscrite au procès-verbal aussitôt
recueilli au commissarait de police d'Aubervilliers,
et confirmée, après recherches, par les parents
qui en ont fait un tract publiquement distribué
devant Rosa Luxembourg, après que l'exclusion
"temporaire" du collégien Mamadou,
leur fils, leur eut été réglementairement
signifiée, parents selon lesquels l'"enseignante"
(guillemets) aurat tès vite élaboré
une version en défense selon
laquelle elle aurait bien dit "casse-toi
tu pues!", mais pas "sale
noir" ( au mépris de tous les témoignages,
et sans que l'apostrophe fût moins indigne,
et, dans le fond, moins raciste...)
Monsieur le ministre,
Selon le récit de Mamadou, mais ce n'est
que Mamadou, et vous voyez ses yeux, et ce n'est qu'un jeune
noir, une trentaine de jeunes
des familles de son quartier du Landy, bien connu à
Aubervilliers, noirs pour la plupart, ou maghrébins,
auraient ainsi été exclus depuis le
début de l'année, et l'action d'une
surveillante(CPE), non moins raciste que l'enseignante, mais
plus habile, serait à l'origine du piège
tendu au jeune garçon, dans lequel il a su
ne pas tomber - s'il avait succombé à
la tentation, Aubervilliers aurait fait la Une de la presse,
genre: "violences à
l'école: encore!"
C'est en tout cas ce dont est convaincue la Maman,
Madame Thiam, qui, venue à la rescousse sur
les pas de son mari, mais ne traitant personne de
"pauvre con!", quoique elle en eût
envie, et n'exerçant aucune violence, serait-ce verbale,
sur qui que ce fût, vit la police, appelée
par la direction du collège, débarquer aussitôt,
contre elle, en force et se contenta de suggérer
"qu'on appelle aussi les gendarmes",
car "les flics ne suffiraient, ni à
(la) chasser, ni à (la) faire taire".
Pour
Madame Thiam, en effet, "ce sont des humiliations
et des provocations de ce genre, plus fréquentes qu'on
ne le croit", qui se trouvent "bien
souvent à l'origine de la violence scolaire...Et qund
les couteaux sortent, et quand le sang coule, il est trop
tard pour réparer la casse..." C'est
par la tête aussi qu'un collège pourrit, quand
la faiblesse des uns, la lâcheté des autres,
et la complicité du plus grand nombre amènent
à couvrir de tels agissements, générateurs
de haine et de violence .
Monsieur le ministre, un collège
est en danger, dans la bonne ville d'Aubervilliers.
Monsieur le Ministre, si nos informations
sont authentiques - et nous craignons, fort, qu'elles
le soient - attaquant, comme son père, au Red
Star de Saint-Ouen, en minimes, Mamadou est un garçon
calme qui ne "sort pas le soir", moins
brillant, certes, que sa sœur aînée Soukheyna,
16 ans, première de sa classe depuis toujours, et partageant
l'indignation et l'humiliation de son jeune frère comme
de leurs deux classes, et de tout le collège, et auteure
d'un premier reportage photo et video réalisé
sans peur (et sans reproches) à l'arrivée d'une
police requise par les insulteurs de l'élève
Thiam, Mamadou, 4ème E , ou leurs complices, devenus
ses exclueurs, et que tout l'Aubervilliers
démocratique et républicain, tout l'Aubervilliers
anti-raciste, se passe et se repasse...
"La sonnerie a retenti, raconte Mamadou. Près
de la porte, j'attendais un copain. La prof est venue sur
moi, elle m'a pincé le haut du bras, fort. Elle m'a
dit: "Sors!" Je lui ai dit: "Madame,
vous me faites mal! Je ne suis pas un objet"
Elle m'a dit: "En plus, tu pues. Va
te laver, sale noir!"
Je me suis énervé: "Pourquoi
vous me dites ça?".
Elle m'a dit: "Tu vas me frapper?
Tu vas me frapper?" Je n'ai pas bougé.
J'ai envoyé un texto à mes parents, pour qu'ils
viennent me chercher". - "Heureusement,
dit la Maman, "on lui a toujours appris
à ne pas s'énerver face à un adulte,
à ne pas répliquer, à ne pas lui donner
tort..."
- "Je suis arrivé très vite, dit
l'ex-footballeur Thiam Papa Idrissa. "Depuis que
j'ai arrêté en pro, je cherche du travail, je
n'en ai pas, je donne des coups de main ici ou là,
toujours dans le milieu du foot...Et nous habitons à
deux pas... J'ai dit: "Bonjour Madame, je
suis le Papa de Mamadou, je voudrais vous parler cinq petites
minutes". Elle m'a dit: "J'ai
un rendez-vous, ce ne sera pas possible...Il ne faut
pas écouter ce que dit votre fils..."
Tout de suite, elle était sur la défensive
sur "ce que dit (mon) fils". Comme
par hasard...
"Vous n'avez qu'à porter plainte", a-t-elle
ajouté, aussitôt. Les élèves
étaient tous là, très en colère:
"On a tous entendu, on a tous entendu"
La principale-adjointe est arrivée, elle m'a dit
de venir dans la salle d'à côté, de ne
pas m'énerver, quelqu'un a sorti un papier, fait remplir
sa déposition à mon fils...Pendant ce temps-là,
ils évacuaient les élèves... Ils m'ont
dit de revenir le lundi,à 10 heures. Je suis venu.
Le directeur, Monsieur Matrat, n'était pas disponible...
Personne ne l'était... Je suis reparti... Dans l'après-midi,
à la maison, j'ai reçu un coup de fil de Madame
H., une surveillante, toujours très sévère
avec M amadou, très désagréable...Elle
jubilait. Elle m'a dit: "Mamadou est exclu
du collège jusqu'à lundi. Lundi il passera en
conseil de discipline pour "rébellion",
exclusion définitive à l'appui.".Alors
là, nous nous sommes précipités au collège,
avec mon épouse...Là, on a réussi à
intercepter Matrat, avec son adjointe, Mme Mittet. -
"Pas le temps" -"Je ne bouge pas d'ici...Sinon,
exclu ou pas, mon fils va revenir en cours" Ma femme
s'est rebiffée...Maintenant, ils essayent d'élaborer
une autre version, Mamadou aurait été interpellé
dans un couloir (où il faisait des photocopies avec
un autre à la demande de son prof d'Espagnol M.Jimeno...N'importe
quoi...
-Soukheyna: " Quand la
police est venue, j'ai tout filmé... Maintenant, au
collège, ils font pression sur des élèves
pour qu'ils ne témoignent pas...Mais il y en a beaucoup
qui tiennent bon, il y a une grande colère qui reste,
j'ai confiance" 
Monsieur le Ministre,
faites quelque chose: vous le devez, vous le pouvez.
Le conseil de discipline est convoqué lundi
22 juin, à 18H15. Il risque d'être animé.
Tout le quartier du Landy est sur le pont .
Dans la ville d'Aubervilliers, la municipalité (socialiste
progressiste, activement engagée dans une négociation
qui avance avec les familles du Mouvement des Mal Logés
(MML, créé
autour...du collège Rosa Luxembourg!) s'empare actuellement
du dossier, tandis que les associations On Est
Tous Responsables (OETR), en contact avec
Le 93 au Cœur de la République
et La Medina réfléchissent
à la création d'un Comité
de Défense de Mamadou au côté
de la famille. - A
suivre...
17 juin 2009. Minuit.
Jean-Paul Cruse

| Luttes
à Aubervilliers: ici,
ici et ici
Combat des Mal
Logés ici
,
ici. |
c |
c |
|
|