Parcours de femmes au XXIème siècle

DONA ZILDA

- Vie et mort d'une femme libre,très loin du "féminisme" d'Europe importé des Etats-Unis -

"Les Brésiliens l'appelaient "Zilda" par affection, ou "Dona Zilda", par respect. Elle était souriante et forte, douce et combative, tolérante et tenace, visionnaire et pragmatique - écrit Jean-Pierre Langellier dans un superbe papier (1). "Zilda Arns, 75 ans, est morte le 12 janvier 2010 lors du séisme en Haïti.

Un toit s'est effondré sur elle alors qu'elle venait de donner une conférence à Port-au-Prince.

Fondatrice et directrice, pendant un quart de siècle, de l'ONG "Pastorale de l'enfance", elle était l'une des personnalités les plus populaires du pays. Aimée autant qu'admirée. "Une femme exemplaire", a résumé le président Luiz Inacio Lula da Silva avant de s'incliner devant son cercueil."

- Née en1934 dans une petite ville de l'Etat de Santa Catarina, au sud du Brésil, de parents immigrés allemands, profondément catholiques, qui auront treize enfants, dont cinq entreront dans les ordres, Zilda Arns, petite fille, se lève avant l'aube, chaque dimanche, tresse ses cheveux blonds et se rend à l'Eglise pour la messe de 6 heures.

Son père, commerçant de profession, part à cheval participer à la lutte contre une épidémie de variole - sa mère attelle la charrette pour conduire un voisin malade à l'hôpital.

Médecin de vocation, spécialisée en pédiatrie, Zilda s'installe en 1959à Curitiba, capitale de l'Etat du Parana, - et affronte une série de drames personnels:elle perd un fils, âgé de trois jours ; son mari se noie en tentant de sauver une adolescente que le couple avait prise en tutelle ; l'une de ses filles périt dans un accident de la route.


En 1982, son frère Paulo Evaristo, archevêque de Sao Paulo, opposant farouche de la dictature militaire et futur cardinal, accepte, à la demande de l'Unicef, de lancer une campagne contre la malnutrition, utilisant la thérapie de réhydratation orale contre les diarrhées qui déciment les enfants. Il cherche un médecin pour animer le programme.
Zilda a soif d'action. Elle se lance: "C'était ce que je désirais le plus : enseigner aux mères à mieux prendre soin de leurs enfants."


Influencée par la théologie de la libération, l'Eglise brésilienne, parraine alors des "
commissions pastorales" qui aident les paysans sans terre, les immigrés, les prisonniers. En 1983 est créée la Pastorale de l'enfance. Zilda en prend la tête. Elle lance le programme dans une paroisse pauvre et perdue du Parana, où les ouvriers agricoles sont exploités par les gros sucriers. La mortalité infantile y fait tant de ravages que les tombes d'enfants sont les plus nombreuses du cimetière. Elle met en place des méthodes éducatives simples et bon marché qui seront reproduites partout au Brésil, puis dans une vingtaine de pays.
Chaque communauté recense les femmes enceintes et les enfants en bas âge. Les volontaires, formés en cinq après-midi, veillent sur 10 à 15 enfants du voisinage. Ce sont presque toujours des femmes.

Fervente chrétienne, plutôt conservatrice, hostile à l'avortement, comme la majorité des Brésiliens, très loin des féministes euro-américaines, "Dona Zilda" a développé la plus grande association de femmes du pays. Qui accueille et forme des femmes de tout milieu, dont de nombreuses prostituées: comme tous les autres volontaires, elles rendent visite aux mères, au moins une fois par mois, pour peser les enfants, recenser les besoins, donner des conseils, combattre préjugés et superstitions. Elles transmettent leur savoir-faire et deviennent, selon une image biblique chère à Zilda, des "multiplicateurs" de connaissances.

La Pastorale comprend aujourd'hui 260 000 volontaires, dont 92 % de femmes. En vingt-cinq ans, elle a suivi 1,8 million d'enfants. Son succès a révolutionné la santé publique au Brésil, à partir de deux prescriptions de base, très simples: une "solution ménagère" d'eau salée-sucrée, contre la déshydratation due aux diarrhées ; et, contre la dénutrition, un "multi-mélange" associant farine, coquille d'oeuf, céréales, semences et feuilles cuites.

Les techniques para-médicales ont évolué depuis. Mais les chiffres parlent toujours: là où la Pastorale agit, le taux de mortalité infantile est deux fois plus faible qu'ailleurs. Grâce à elle, des centaines de milliers d'enfants pauvres, voués à la mort, ont survécu - et sont aujourd'hui des adultes pleins de vie.


Une heure avant de mourir en Haïti, Zilda Arns rappelait sa profession de foi :
"Notre objectif est de réduire la mortalité infantile et de promouvoir le développement des enfants jusqu'à l'âge de 6 ans. La première enfance est une étape décisive pour la santé, l'éducation, et la consolidation des valeurs culturelles."


C'est l'Inde, éléphant aux pieds d'argile, géant semi-continental. Près d'un milliard de misérables, vivant encore dans des campagnes sans routes, sans eau, sans électricité et sans écoles, à l'opposé du développement urbain de la Chine attirant les "ming-mong" (migrants d'origine rurale) vers cet incontestable progrès qu'est l'entrée de ces "paysans-travailleurs" à temps partiel, lien vivant villes-campagnes, dans la spirale émancipatrice autant que productrice, et donc, finalement, progressiste, de luttes capital-travail...

En Inde, pour y revenir, et y rester, une classe moyenne en pleine expansion, dont le monde parle, est elle-même, pour partie, aspirée vers le haut par une haute bourgeoisie néo-coloniale puisant dans son passé de soumission à la Grande-Bretagne, empire le plus cynique du monde, sinon le plus cruel, les pratiques abominables d'un "système des castes" minutieusement étudié - et admiré - par le grand allié israélien, disciple lui aussi, dans ce domaine comme dans d'autres, de l'ancien tuteur britannique.

Là donc, un peuple immense mais d'une faiblesse insigne tenant principalement à sa dislocation quasi infinie en ethnies, classes et castes, à la composition complexe et aux limites changeantes, se bat au quotidien pour assurer sa survie. Tandis que dans le vaste nord-est limitrophe du delta du Bengale, mais aussi des contreforts de l'Himalaya,du Népal, du Tibet et de la Chine toute entière, facteur d'avenir absolument décisif, les "poches de guerilla" nées, dans l'après 1968, de l'étude minutieuse et de l'adaptation - non de l'importation! - des théories chinoises, puis vietnamiennes, de la "guerre populaire prolongée" ( bien loin des fumeuses conceptions guévaristes voire guévaro-bolivariennes du "foco", le "foyer" de "lutte armée" qu'on improvise et qu'on balance dans le décor en priant...Marx que le feu prenne et s'étende, comme par miracle, "à toute la plaine", et tout aussi loin, donc, de cette autre (et prétendue...) "lutte armée" à l'Européenne avortée par les "anarcho-maoistes" courageux mais obtus d'Action Directe et autres "marxistes-léninistes" à l'allemande ou à l'italienne, voire à la péruvienne, s'étendent avec toute la lenteur nécessaire.

Dans cette lenteur même, condition d'une progression sage, "en tâtant les pierres pas à pas pour traverser la rivière" (Deng), tout commence par l'étude approfondie, et, là encore, l'adaptation, intelligente, des antiques traditions populaires propres à l'Inde aux magies profondes, loin de toute idée - jacobine...- de "rupture" ou de "table rase"!

Et c'est dans ce contexte que naît, il y a plus de 10 ans, début novembre 2000, en protestation contre un des innombrables massacres commis par les "Assam Rifles", les "forces spéciales" anti-guerilla du secteur, la grève de la faim extraordinaire d'une jeune femme extraordinaire, née d'un mileu modeste, Irom Sharmila - un véritable missile frappant le système au cœur avec autant de force symbolique qu'un assaut de partisans dévastant un centre de pouvoir, dans un pays encore marqué par les jeûnes à répétition du grand esprit mystico-nationaliste que fut le Mahatma Gandhi, père de l'Inde nouvelle.

Irom, que l'on voit (ci-dessus, tout en haut de cette colonne), conduite sous bonne escorte au tribunal, son beau visage défiguré par la sonde nasale dont l'introduction par la force pour tenter de l'alimenter de force, ou de lui fournir au moins un peu de liquide, quand elle ne l'arrache pas, est autorisée par la même législation qui permet de la juger pour le délit local de "tentative de suicide", ne meurt pas. Dix ans après, elle persévère dans son étonnant martyre. - ;Confortée dans son combat, qio n'a rien de solitaire, ou, en tout cas, rien de stérilement individuel, par l'engagement progressif et convergent d'autres femmes, jeunes combattantes allant rejoindre les maquis qui se multiplient au cour de forêtes quasi-inaccessibles, rendues presque accesibles par la dispaition accélérée de la plupart des Tigres et autres Cobras ou Najas aussi puissants que venimeux, ou moins jeunes, révoltées à leur tour, en 2004, par le sort d'une jeune maquisarde torturée et atrocement violée, "jusqu'à ce que mort s'ensuive", par les mêms brutes saoûlées au vieux whisky des offciers et complétairement drogiées à l'opium ou à la cocaïne dont les précédentes exactions avaient soulevé ("fanshen") le cœur d'Irom, soulevant son jeune corps jusqu'au plus intense sacrifice? En allant défier les "gestapistes" indiens, modèle "British army", nues et portant une banderole ("rape us") portant l'exclamation "violez-nous!" ("rape us!") devant le quartier général de l'horreur, puis en s'offrant à leurs regards, de face, et sans le moindre voile, tout en offrent leurs postérieurs aux photographes de la presse internationale, qui, globalement, s'est tue, ces mères de maquisardes, issues de villages reculés vivant sous le joug tribal, portent un défi "moderne", à la hauteur du geste prodigieux d'Irom - faut-il écrire de la geste?

"L'histoire d'Irom Sharmila est celle d'une volonté extraordinaire. D'un espoir extraordinaire. dans notre monde hypercatif, surchargé d'informations, il est imposible de se faire entendre. Mais si l'histoire d'Irom Sharmila ne parvient pas à nous interpeller, rien ne le fera", conclut Shoma Chaudhury dans la "chute", inspirée, d'un long article du journal TEHELKA, de New Dehli, où par la grâce de l'excellent Philippe Thureau-Dangin, un des tout derniers journalistes français, et de toute l'équipe de Courrier International, le seul journal lisible, en France, depuis l'exécution de L'Idiot International, nous avons pu en prendre connaissance - et nous faire un devoir de la transmettre à notre vaillante poignée de lecteurs, à la veille d'un 1er mai qui serait encore plus grand si le visage d'Irom, à Paris, le surplombait.

30 avril 2010. 20 heures. Jean-Paul CRUSE

 
Imane Assidi (suite)

sa mère, femme de ménage dans les grands hôtels, et militante associative dans son "temps libre", qui lui transmet sa "pêche" incroyable. "Ma mère est une femme très intelligente, qui adore la politique, l'histoire, le débat...Elle a créé une asociation de femmes tunisiennes pour les aider à sortir de leur isolement, pour les accompagner dans les démarches administratives...Elle récupérait tout, les lunettes que les opticiens jetaient, pour les envoyer en Tunisie, et même, un jour, une ambulance......Elle faisait du couscous pour 50 personnes..."

Seule élève gendarme de sa promotion à être "issue de l'immigration", elle ne s'est jamais laissée impressionner par les allusions douteuses de certains de ses collègues..."Les racistes sont des gens qui ne sont pas cultivés, pas ouverts, qui ne lisent pas et ne connaissent même pas l'histoire de leur propre pays...Moi je la connais, pour moi, le savoir est une arme, je suis musulmane, arabe et française, et tout ça coule dans mes veines sans problème."..

C'est en janvier 2011, au plus fort de la révolution tunisienne que la petite

 

Parler. Simplement parler. Jusqu’à la fuite de Ben Ali, les Français d’origine tunisienne auront été, eux aussi, contraints de garder le silence. La voix de Soumaya s’étrangle lorsqu’elle évoque les nuits passées à essayer d’avoir des nouvelles de son frère Chokri en Tunisie. Depuis le 17 décembre, date à laquelle un jeune vendeur ambulant s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid, Soumaya Aïssa, agent technique, a changé ses habitudes. Chaque soir, quand elle rentre de l’école maternelle où elle travaille, cette tunisienne de 40 ans allume la télévision, la radio, son ordinateur, active sa page Facebook et son mail. Gardant à proximité son téléphone portable et son fixe. Mère d’un jeune adolescent vivant en Tunisie, elle a vécu cette révolution dans sa chair. D’un ton grave, elle dit : « Je suis une mère et je suis prête à donner mon fils à la révolution. Quand je voyais des mères pleurer à la télévision, je pleurais moi aussi. C’était très dur ».
Réunis autour d’un thé à la menthe, une dizaine de français d’origine tunisienne se retrouvent chez Najia Saihi, présidente de l’association des femmes tunisiennes du Val de Marne-Femmes solidarités, à Limeil Brévannes (94). Le son de la télévision a été coupé. Mais les images des manifestations en Egypte continuent à défiler en alternance avec celles des Tunisiens qui occupent les rues. Profondément affectée, Najia raconte l’état de pression enduré depuis décembre jusqu’à ce que Ben Ali quitte le pays. « Je n’ai pas dormi pendant des jours, je prenais même des antidépresseurs pour tenir le coup. J’étais bloquée devant les images, j’ai même sauté la prière plusieurs fois, je ne pouvais pas…». Envahie par l’émotion, elle s’arrête net. Lilia Dalhoumi, technicienne chimiste et Amira Dalhoumi, étudiante, toutes deux âgées de 23 ans, sont originaires de Kasserine, ville du centre-ouest du pays. Elles connaissent deux des jeunes martyrs tués par les policiers pendant les émeutes début janvier. « C’était nos voisins. Ils n’ont rien fait de mal. Les policiers avaient ordre de tirer soit à la poitrine, soit à la tête. Ils avaient 22 et 23 ans », s’emporte Amira. Choquée, Lilia raconte qu’elle n’a pas vu venir cette révolution du jasmin. « On savait que c’était très dur la vie en Tunisie, l’impossibilité totale de dire ce qu’on pense. Quand j’y allais, on n’avait pas le droit de parler de Ben Ali. Les gens étaient terrorisés.Une autre image du monde arabe ?
Autour de la table, les avis politiques divergent, et les inquiétudes se confrontent. Soumaya espère que les membres du parti islamiste Enhada ne seront pas censurés. « Si on veut une vraie démocratie, il faut les laisser entrer dans le jeu politique. Ils prônent un islam modéré ». Najia secoue la tête et embraye : « Les droits des femmes en Tunisie sont importants. Il ne faudrait pas qu’ils essaient d’imposer des lois pour soumettre les femmes. Donc s’ils sont modérés, tant mieux… ». Fahd Assidi, interroge : « Ca veut dire quoi islamiste ? L’islam est la religion majoritaire au Maghreb. Ce n’est pas un crime quand même. Il faut simplement rester vigilent mais je ne pense pas qu’il y ait de risques. Le vrai problème c’était la famille Trabelsi, une mafia qui avait la main mise sur toutes les institutions.»
Habitante d’Aunlay-sous-Bois (93), Hiba Ayadi est étudiante à l’Université de Technologie de Troyes. Fille de réfugié politique tunisien, membre du parti Enahda, elle a toujours participé avec ses parents aux manifestations pour exiger la libération de prisonniers politiques. Pour Hiba, cette révolution ressemble à un rêve. « Les injustices sont devenues insupportables. J’avais peur début janvier que la parole des gens finisse par être étouffée. Mais quand Ben Ali est parti, c’était l’explosion de joie.» Hiba s’était pourtant faite à l’idée qu’elle ne pourrait plus jamais revoir la Tunisie. De là à imaginer pouvoir prétendre à la double nationalité et voter… Le jour de la chute de Ben Ali, elle s’est rendue avec sa famille au consulat de Tunisie pour demander la nationalité tunisienne. L’accueil était bien différent des années passées où les humiliations étaient courantes. « Ils nous ont donné tous les papiers pour faire notre passeport ». Hiba n’osait pas y croire… Car, en termes d’identité, le malaise n’était pas du côté français mais bien du côté tunisien. « Je suis française mais je ne me suis jamais sentie tunisienne. Aujourd’hui, mon problème est réglé ! » Et l’avenir politique de la Tunisie ? « Je trouve que la Tunisie donne une belle leçon de démocratie, avec l’ensemble des partis qui étaient interdits et qui je l’espère auront leur place. Je suis très sensible aux questions d’environnement. J’aimerais aider plus tard la Tunisie en ce sens ».

"Nous la jeunesse, on veut nous enfermer dans les quartiers..."
Même si elles sont peu comparables, les difficultés sociales de la Tunisie font écho aux conditions de vie en France, dans les quartiers populaires. Et comme en Tunisie, la France ne donne pas la place qu’elle devrait à une jeunesse populaire désireuse de s’émanciper des clichés et des carcans fabriqués de toutes pièces par certains politiques et certains médias. A cette question, c’est Imane Assidi, 21 ans, gendarme, qui répond :

« Dans nos quartiers, il y a plein de melting-pot, il y a plein de gens avec des métiers différents. On peut y aller sans danger. Mais la plupart des Français croient que c’est dangereux parce qu’ils ne cherchent pas aller plus loin que ce montre la télévision. Nous, la jeunesse, on veut nous enfermer dans des quartiers. Alors qu’en fait, on veut en sortir. Mais notre manière d’être et notre couleur de peau ne passe pas. Quand on va des petites villes de province ailleurs en France, je sens un poids sur mon dos, je sens des regards. Ils ne savent pas qui ont est. Les gens nous assimilent directement aux problèmes. Alors que dans les banlieues, il y a plein de gens qui veulent réussir ».

Les bouleversements en Tunisie pourra-t-il contribué à donner une autre image du monde arabe ?

«Au moins, les gens en France voient qu’on vient d’un peuple éduqué, avec beaucoup de jeunes qui ont fait des longues études.»

Et Najia de conclure convaincue : « Il faut rendre hommage à la jeunesse tunisienne. C’est elle qui a osé défier le pouvoir. Janvier 2011, c’est le Mai 68 tunsien ! ».
Ixchel Delaporte

 

banlieusarde "sans peur et sans reproches" a endossé l'uniforme pour la première fois. "La révolution de jasmin, c'était magnifique, historique! Il était grand temps que le peuple se révolte...Comme gendarme, ça ne me pose aucun problème...Je me sens très tranquille...Au début, mes copines de quartier n'ont pas compris, puis elles s'y sont faites puisque je reste la même...Dans les cités, les gendarmes sont respectés, et c'est normal, parce qu'ils ont une éducation militaire, ils ont de l'honneur...On doit donner l'exemple: quand on met une personne en garde à vue, on ne la présume pas coupable, mais innocente...On est pas là pour faire la loi, ou pour juger les gens..."

Ne comptant pas s'arrêter en chemùin, elle veut devenir militaire de carrière, passer les concours pour intégrer une brigade de contrôle aérien, ou s'orienter vers les douanes...

 

Imane Assidi

 

Fille de cité du Val de Marne, et fière de l'être, musulmane, et fière de l'être, devenue gendarme et fière de l'être, elle défend la "révolution de jasmin" dans le pays de ses racines, la Tunisie - dans les colonnes de L'Humanité qui, sous la plume d'Ixchel Delaporte, brosse d'elle, ce 11 juillet 2011, un portrait magnifique!

Du haut de son 1 mètre 60, taille minimum pour être admise dans la gendarmeerie nationale, elle ne s'en laisse pas compter. A 22 ans à peine, déjà mariée puis divorcée, aide-soignante dans le sud de la France, auxiliaire de puériculture, chef de rayon chez Maxim's à Roissy, agent immobilier pour son premier CDI, elle cherchait "un truc autoritaire, cadré", pour gérer ce qu'elle appelle elle-même, non sans fierté, son "sale carctère", et c'est sur le conseil de sa mère, militante associative exemplaire forte d'une longue expérience, qu'elle a choisi le concours d'entrée dans la gendarmerie. Elle est maintenant au centre technique et scientifique de Rosny sous Bois.

Pour en arriver là, il a fallu qu'elle passe par le "parcours du combattant" du centre de formation de Chaumont - longues séries de tractions, réveil à 3 heures du matin dans le froid, entraînements dans la boue, dans la neige, et cours de droit interminables...

Petite dernière d'une famille d'immigrés tunisiens de 4 enfants, elle a grandi en HLM, à la cité de la Hêtraie, aux limites de Limeil-Brévannes et de Boissy Saint-Léger. Son père meurt quand elle a 7 ans, et c'est (suite plus bas à g.)

Irom Sharmila, la "dame de fer" de Manipur, INDE (ci-dessous):lire ici

"Belle de jour"...


"Call-girl" à 300 euros la rencontre pour payer ses études supérieures de neuro-toxicologie et d'épidémiomologie du cancer, puis pour arrondir ses revenus de programmeuse informatique avant de devenir chercheuse à l'université de Bristol tout en "allumant" les lecteurs du "blog", puis ceux des bouquins contant (anonymement) son expérience : une femme "absolument moderne" (au sens où l'entendait le fulgurant poète de Charleville, devenu trafiquant d'armes en Afrique...)

Mais l'histoire de Brooke Magnanti (34 ans), y compris son insolent "coming out", ne nous parle pas seulement de la prostitution généralisée de la "société du spectacle" à l'époque où le capitalisme hyperdéveloppé franchit son seuil de pourrissement. Elle fouaille au plus profond de la question de l'identité féminine, et de notre identité sexuelle, en général..- Car, comme le savent ceux qui ne vivent pas seulement d'amour (virtuel) et d'eau fraîche comme ceux qui, faisant profession (de foi...)

d'investigation sociale et sociétale, refusant le "journalisme assis" (ou couché...), traînent, à l'occasion, du côté des "campus" de Nanterre ou Saint-Denis -et alentour ( et,de plus en plus, en province...)- des Brooke Magnanti, il n'en existe pas qu'en Grande-Bretagne. De plus en plus d'étudiantes "pas trop friquées", dont nombre de belles originaires de cette Afrique Noire où "faire boutique mon cul" , loin d'être "péché", fait partie de la vie financent leurs études en allant de temps en temps, internet aidant, "téter le sucre d'orge" ou "jouer la veuve poignet". Le "must" étant, pour les plus "affranchies", d'investir, au prétexte d'hygiène ou de préservation d'un équilibre psychologique toujours "à la limite", mais en réalité, plus souvent qu'on ne croit, par goût et par plaisir, le marché en pleine expansion du "sm"... Le tout étant gaillardement vécu comme une modeste compensation du "racket" de "l'Etat proxénète", qui "tond", maintenant, jusqu'au cœur des (anciennes) "classes moyennes"...

Ces femmes (et quelques hommes, aussi) sont parfois très jeunes. Parfois, elles le sont moins: comme un nombre lui aussi croissant d'honnêtes mères de famille vivant en HLM ou même en pavillon, qui, très loin du folklore un peu vieilli des "trottoirs", de la "pute" et de "son mac", font entrer "le plus vieux métier du monde" dans l'époque de la "communication", et des technologies idoines.

Elles ne mous ramènent pas seulement vers un univers à la Zola transposé dans un monde où "il est interdit d'interdire" , à une époque où les pires forme de prostitution ne sont pas exclusivement charnelles.

C'est aussi un rapport différent au corps, à l'autre, et à soi-même, qui rend possible ce nouvel état des relatiions humaines, où tout n'est pas qu'horreur glauque, contrainte directe ou indirecte, humiliation et haine de soi. Comme dit Brooke, "J'ai continué parce que c'était plaisant...J'ai eu des moments bien plus difficiles en écrivant qu'en vendant mon corps."

Comme dans l'écriture, d'ailleurs, il est ici question, aussi, de "commerce" et d'échange. On achète bien les poèmes... Plus rarement, il est vrai, les poètes.

En savoir plus: ici

 

- Sommaire -

-Dona Zilda ici

-Imane Assidi ici

- Irom Sharmila ici

- Brooke Magnanti ici

- Combattantes de la liberté, combattants de la liberté: ici