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- La crise grecque, l'Europe, la "mondialisation" et le retour de la souveraineté politique (Frédéric Lordon):ici

-"Nous sommes tous des émeutiers d'Athènes":ici

- Europe dans la mythologie grecque: ici

"Peuples d'Europe, levez-vous", clame la banderole affichée sur l'Acropole par 200 militants du Parti communiste grec (KKE) surgis en commando, qui, à l'image de leurs pères descendant des collines pelées du maquis pour harceler l'occupant nazi, ou des mouvements clandestins anti-impérialistes issus du combat, plus récent, contre la dictature des colonels, savent que les forces de libération prolétarienne ne trouvent souffle et sens, c'est une loi absolue, de portée universelle, que dans une prise en compte des intérêts - nationaux... - de "la société toute entière" (à l'exclusion d'une poignée d' "oligarques" vendus aux intérêts cosmopolites d'un Capital "sans patrie ni frontières", et de leurs domestiques de la fraction corrompue des "classes moyennes", voire d'une certaine frange du monde du travail et de la classe ouvrière elle-même...).

Parce que, contrairement à ce qu'ânonnait Trotski, "la vérité" n'est pas "toujours révolutionnaire", et parce que le combat pour la diversité culturelle, et donc, la diversité linguistique, se trouve inséparable de la lutte anti-capitaliste, dans sa globalité, nous nous sommes autorisés à retravailler la photo.

- D'abord, en y rempaçant l'expression d'origine, rédigée, par un juste souci d'efficacité médiatique au niveau mondial de nos amis du KKE, en anglais ("European people, rise up!");

- ensuite en la collant sur l'étrange oriflamme bleu curieusement constellé de 12 étoiles jaunes censé incarner l' "Europe".

Alors qu'un malentendu doit être levé dans cette affaire: si "l'Union Européenne", formule institutionnelle bâtarde d'inspiration fédéraliste paradoxalement créée sous l'influence des Etats-Unis d'Amérique alors à l' apogée de leur brèv époque impériale, porte bien sa part de responsabilité dans la crise grecque, depuis l'imposition du (certes, mortel) euro, jusqu'au récent racket, c'est bien l'Europe vivante, celle des peuples autant que de leurs diverses cultures, dont leur culture sociale, mère de très anciens droits comme de libertés toujours actuelles, que vise, dans sa fureur quasi-kamikazienne, un Minotaure impérial à l'allure de Goldman Sachs voyant la mort en face, et s'agitant dans ce désespoir fébrile qu'incarne, au-delà de la caricature, notre Sarko-de-Salonique...

En brisant le carcan de l'Union Européenne, et pas seulement celui de l'euro, monnaie commmune devenue (fausse-)monnaie unique, ni celui du DSK-FMI, le peuple grec, qui ne pourra pas tout, tout seul, libèrera l'Europe aussi des chaînes qui l'étouffent et des pensées confuses qui l'enfoncent dans l'obscurité du Labyrinthe.

6 mai 2010. 13 heures.

 

 

- Pour soumettre les choix économiques à la délibération politique...-

Et si on commençait la démondialisation financière?

(Un texte fondamental de Frédéric Lordon)

Comparant la dette de la Grèce et celle du Japon, bien plus importante mais traitée bien différemment, le jeune économiste iconoclaste Frédéric Lordon, universitaire progressiste aux bases théoriques solides, apprécié d'ATTAC comme de la CGT et des nouvelles FORCES POPULAIRES qui s'édifient patiemment dans le "9-3", aux franges du Parti communiste ou dans ses marges, à la charnière du syndicalisme de classe et du prolétariat dispersé de la "diversité"/précarité, pulvérise joyeusement, mais avec grande rigueur, quelques idées convenues des "doctes" qui nous gouvernent - ou prétendent le faire, le pif bourré de "coke" et l'œil fixé sur les indicateurs étrangers de la "haute-finance" anglo-saxonne. Au passage, l'auteur, habitué des colonnes du Monde Diplomatique, réhabilite le "souverainisme de gauche", et le concept de "souveraineté" lui-même, porteur de l'idée que "la politique commande", et que "le peuple" en est porteur, philosophie politique présente chez Jean Bodin et Jean-Jacques Rousseau, développée par Mao - et confisqué depuis plusieurs années, en France du moins, par les sectes groupusculaires du "souverainisme de droite".

 

" Conformément à la logique éternelle des faux débats, le tumulte de commentaires suscités par la crise grecque prend bien soin de maintenir étanche la séparation entre questions à poser (inoffensives) et questions à ne pas poser (plus gênantes), et notamment celle des façons d'envisager le financement des déficits publics.

Interrogation que les traités européens s'efforcent de déclarer forclose : ce financement se fera exclusivement sur les marchés de capitaux, sous la tutelle des investisseurs internationaux, et pas autrement.

La simple observation des dégâts qui naissent de l'exposition des finances publiques grecques aux marchés obligataires pourrait pourtant donner l'envie d'explorer des solutions moins désastreuses, comme, par exemple, le recours au financement monétaire des déficits (1).

 

DE LA GRECE AU JAPON

Grèce, 1er mai 2010: contre une police encore marquée par l' "ère des colonels" (une dictature militaire particulièrement tortionnaire et cruelle), un service d'ordre prolétarien digne de ce nom - et de l'immortelle formule "Un pour tous, tous pour un". La main ne lâche pas le gourdin, les bras ne lâchent pas les bras...

 


Elle pourrait également inciter à méditer le cas singulier du Japon, un pays aussi superlativement endetté... qu'il est absent de la chronique des crises de dette souveraine. Car si l'on fait grand cas de la dette grecque, son encours (270 milliards d'euros, soit 113 % du produit intérieur brut [PIB] en 2009, 130 % prévus pour 2010) reste pourtant des plus modestes comparé à celui de la dette japonaise, dont le ratio atteindrait les 200 points de PIB en 2010 - record incontesté parmi les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Comment comprendre que le détenteur de la plus importante dette publique au monde, affligé en outre de la solvabilité apparente la plus dégradée (si on lui donne pour mesure sommaire son ratio sur PIB), soit à ce point ignoré des investisseurs internationaux ?


La réponse, simplissime, est : parce que les investisseurs internationaux ne sont pas les souscripteurs de la dette publique japonaise. Laquelle est détenue à plus de 95 % par les épargnants nationaux.

A l'exact inverse des Etats-Unis, le Japon affiche un taux d'épargne des ménages rondelet, largement suffisant pour couvrir les besoins de financement de l'Etat et, au-delà, des entreprises.

Aussi les marchés ne sont-ils pas sollicités par la dette publique japonaise - qui s'arrange très bien sans eux - et, par conséquent, n'ont-ils pas la possibilité de soumettre la politique économique du Japon à leurs normes absurdes.

Pour que les marchés fassent ingérence en cette matière, il faut qu'ils en aient l'instrument, à savoir les titres de la dette. Pas de détention, pas d'immixtion.


Pour qui voudrait bien la saisir, la crise grecque, éclairée à la lumière contrariante du cas japonais, offre donc l'occasion de revenir sur la logique même de la déréglementation financière internationale, qui doit moins aux prodiges de la théorie économique standard - toujours disponible pour promettre monts, merveilles, croissance et emploi quand il est question de déréglementation - qu'aux solides intérêts qui l'ont promue.

A partir du milieu des années 1980, en effet, les Etats-Unis se trouvent confrontés à la question suivante : comment financer des déficits (extérieur et budgétaire) quand on n'a plus d'épargne nationale (2) ? Tout simplement en faisant venir l'épargne des pays qui en ont. Soit, à l'époque (comme d'ailleurs aujourd'hui), le Japon et l'Allemagne, et désormais la Chine.

La déréglementation financière est donc la réponse stratégique qui consiste à installer les structures de la circulation internationale des capitaux pour dispenser l'économie américaine d'avoir à boucler le circuit épargne-investissement sur son espace national.


Disons tout net que, inconscients de ce qui les attendait ensuite, bon nombre d'autres pays ne sont pas restés insensibles aux charmes circulatoires de la déréglementation financière internationale. Car, du fait du ralentissement de croissance survenu dans les années 1970, les déficits à financer deviennent le problème endémique de la plupart des économies du Nord.

Parmi ces pays, la France a très explicitement conçu sa propre déréglementation d'abord au service du financement non monétaire de son déficit budgétaire (3).

Mais tous, se précipitant dans la géniale trouvaille du recyclage international de l'épargne, ne vont pas tarder à découvrir les sujétions qui en sont les contreparties. En effet, dans la relation entre débiteurs et créanciers, les structures des marchés de capitaux libéralisés font basculer le rapport de forces en faveur des seconds. Et les Etats s'aperçoivent progressivement qu'emprunter sur les marchés, c'est se soumettre au verdict des marchés.


Le verdict serait-il éclairé, on pourrait y voir un moindre mal. Mais il ne l'est pas, et surtout il ne peut pas l'être (4). De l'imposition de taux d'inflation aussi bas que possible à la sanction de toute dérive du déficit budgétaire, même la mieux fondée, en passant par l'interdiction de son financement monétaire et par la sanctuarisation du modèle de la banque centrale indépendante, il est assez facile de faire le tour, même superficiellement, de l'ampleur des renoncements de politique économique impliqués par la tutelle des marchés.


"Il n'y a pas trente-six choix possibles - mais il y en a !"


Or la contrainte " en régime " vire au cauchemar en situation de crise, car la méfiance des investisseurs s'exprime par des ventes de titres de la dette publique, dont résulte une hausse des taux d'intérêt, c'est-à-dire du coût de financement des Etats.

Le supplément de tension financière qui s'ensuit peut aller jusqu'à imposer aux budgets publics des coûts exorbitants, comme s'en aperçoivent douloureusement les Grecs.

Les emballements collectifs qui se cristallisent autour de l'hypothèse d'un défaut souverain ont pour effet d'emporter la masse des opérateurs dans un sens qui accuse tous les traits de la doctrine normalisatrice des marchés et rend la mise au pas de la politique économique plus mordante encore - il n'est que de voir l'ampleur des sacrifices exigés à très court terme de la Grèce par les investisseurs contre un semblant de retour au calme...


C'est précisément là que le cas du Japon pourrait faire école.

Pour s'affranchir du pouvoir de bailleurs abusifs, il faut... changer de bailleurs. C'est ce que le Japon a eu la sagesse de faire, ou plutôt a-t-il eu celle de ne pas effectuer le premier changement, celui qui a jeté la plupart des autres Etats dans les pattes d'investisseurs à qui les structures des marchés déréglementés ont permis d'entrer sur les marchés domestiques... et donné tout pouvoir de coercition sur les politiques économiques locales.

A rebours de l'idéologie de la mondialisation qui fait l'apologie de la suppression de toutes les frontières, et spécialement de celles qui pourraient être opposées aux mouvements de capitaux, le cas japonais, en tout cas en matière d'endettement de l'Etat, offre l'exemple d'une configuration non seulement viable mais dotée d'assez bonnes propriétés.


On n'en conclura pas que la solution japonaise constitue la parade infaillible qui permettrait aux dettes publiques d'être financées sans limite et hors de toute contrainte - à 200 points de PIB, il se pourrait que le Japon, lui aussi, finisse un jour par tomber sur un bec -, mais au moins lui reconnaîtra-t-on la capacité d'avoir porté un haut niveau de dette souveraine dans d'excellentes conditions de stabilité.

On n'omettra pas non plus la série des conditions annexes qui, outre la détention résidente, ont rendu ce portage possible, et notamment le travail coordonné des pouvoirs publics et des institutions de collecte de l'épargne des ménages.

Par un compromis typique de la façon japonaise, système bancaire et caisses de retraite ont en effet activement " joué le jeu ", c'est-à-dire orienté massivement les avoirs des ménages vers les titres de la dette publique.

Les épargnants n'ont pas eu à s'en plaindre : depuis deux décennies, le marché des actions est sinistré et ne livre que des rapports fort modestes. Quant à la politique monétaire de taux quasi nuls, elle a tiré tous les rendements à des niveaux très bas, à côté desquels les petits pour cent servis par les titres publics sont simplement royaux.


Le cas japonais fournit en tout cas l'occasion de redécouvrir qu'en matière d'allocation de l'épargne les épargnants eux-mêmes ne sont rien et que tout le pouvoir échoit aux intermédiaires, c'est-à-dire aux collecteurs institutionnels qui jouent pour eux. Mais la chose surprenante tient surtout au fait que ce pouvoir peut parfois ne pas être exercé pour le pire, puisque, à l'inverse de leurs homologues occidentaux qui se plaisent à jouer le jeu de l'arbitrage court-termiste et à déplacer frénétiquement leurs capitaux d'une classe d'actifs et d'un pays à l'autre, à la recherche du moindre différentiel de rentabilité, les investisseurs institutionnels japonais ont " fixé " une part importante de l'épargne de leurs mandants sur les titres publics, dont les conditions de financement se sont alors avérées d'une grande régularité et surtout soustraites à tous les emballements spéculatifs qui déstabilisent périodiquement les titres souverains des autres pays.


Il ne faut pas chercher plus loin les conditions de possibilité de la grande tranquillité qui a jusqu'ici accompagné l'impressionnante croissance du niveau de la dette publique japonaise... et pourrait nous permettre, sinon d'en faire autant - car 200 points de PIB ne sont pas un objectif désirable en soi ! -, du moins de détendre l'effrayante contrainte qui pèse sur l'endettement public au moment où il est le plus nécessaire : au coeur de la récession.


Il n'y a donc pas trente-six choix possibles - mais il y en a !

 

- Soit se soumettre aux injonctions des investisseurs internationaux qui contraignent et le volume brut de la dette publique et les conditions dans lesquelles il est contracté.

- Ou bien, sous l'hypothèse (d'ailleurs discutable (5)) où l'on désire demeurer dans le registre du financement obligataire pur, opter pour la renationalisation majoritaire du financement des déficits en organisant l'allocation massive des épargnes nationales (évidemment pour les pays, comme la France, qui en disposent...) vers les titres de l'Etat. Comme les collecteurs d'épargne français ont de longue date pris un tout autre pli et qu'on les voit mal accepter spontanément un compromis à la japonaise, il faudra en passer par la coercition de règles contraignantes a minima, notamment en obligeant réglementairement les investisseurs nationaux à allouer une certaine part de leurs encours aux titres de la dette publique, en tout cas une part suffisante pour que cette dette soit en quasi-totalité couverte par des souscriptions nationales.


Tout bien considéré, c'est là une formule à laquelle on trouve pas mal d'avantages et assez peu d'inconvénients.

En premier lieu, les titres d'Etat offrent une rémunération raisonnable de l'épargne, supérieure à celle des livrets (mais fiscalisée) sans toutefois tomber dans l'extravagance (puisque, en général, les bons du Trésor constituent l'actif dit " sans risque " et font la référence plancher de la hiérarchie des taux d'intérêt).

Détourner l'épargne des produits actions est ensuite probablement l'un des meilleurs services à lui rendre à elle (l'épargne.NDLR/LMR)- en la prémunissant des ruines boursières régulières qui affligent les petits porteurs -, mais à la communauté également, puisque l'épargne-actions, économiquement dispensable (6), n'en est pas moins l'instrument même du pouvoir actionnarial et des contraintes qu'il fait peser sur le salariat.


Dira-t-on que le renoncement à la mobilisation des capitaux étrangers et l'aiguillage prioritaire de l'épargne nationale vers les titres publics réactiveront fatalement l'effet d'éviction (7) ?

En fait il n'en est rien. Puisque le taux d'épargne français est si élevé qu'il permet de couvrir à l'aise les besoins de financement de l'Etat tout en " en laissant " pour le secteur privé. Et que, de toute façon, dans l'hypothèse qui est envisagée ici, les entreprises demeureraient parfaitement libres d'aller se financer sur les marchés internationaux.


Disons cependant les choses comme elles sont : il s'agit bien d'un système de contribution forcée. Non pas contribution instantanée directe - dont le nom est l'impôt -, mais contribution indirecte via le financement intertemporel des déficits publics - et contribution rémunérée tout de même ! On connaît forçages plus douloureux...

Le parallèle entre ces deux modes de contribution offre d'ailleurs l'occasion de rappeler que l'une des voies, systématiquement écartée, de résolution du problème non pas du financement des déficits, mais des déficits eux-mêmes consisterait à revenir sur la série des défiscalisations à n'en plus finir (8).


(...)La démondialisation du financement des déficits aurait surtout un immense mérite, dont le sens est devenu presque entièrement étranger aux entendements d'économistes (orthodoxes) : un mérite politique et démocratique.

Renationaliser la question du financement équivaut à en expulser le tiers des investisseurs internationaux et à la réintégrer entièrement dans le contrat social national, en restituant au corps politique la faculté d'arbitrer les conflits qu'induit nécessairement cette question.

Comme l'ont bien montré Bruno Tinel et Franck Van de Velde (9), le conflit générationnel opportunément mis en avant sur le mode bêlant de " la dette que nous allons léguer à nos enfants " a surtout pour fonction de masquer le conflit fondamental - et parfaitement contemporain - entre les moins riches, qui, par leurs impôts, payent le service de la dette, et les plus riches, qui en détiennent les titres.


Les termes mêmes de cette redistribution instantanée des contribuables ordinaires vers les possesseurs de patrimoines financiers sont déterminés par le fonctionnement des marchés de capitaux, échappant par conséquent à toute délibération souveraine - rappelons quand même qu'avec le service de la dette il y va du deuxième poste budgétaire, juste derrière l'éducation nationale, une paille... et surtout un trou noir de la souveraineté politique, dont le budget de l'Etat est l'expression financière par excellence.

Quel taux d'intérêt la dette publique doit-elle porter et quel doit être le montant de ces transferts ? Voilà une question qu'il revient entièrement au corps politique de trancher.

Or la chose n'est possible que si la très grande majorité des détenteurs de la dette publique se comptent parmi les citoyens mêmes du pays. C'est-à-dire s'il est possible d'organiser dans le périmètre de la souveraineté la confrontation des intérêts antagoniques des créanciers et des débiteurs.


Alors, mais alors seulement, de la même manière que les candidats à l'exercice du pouvoir soumettent au peuple leurs choix fiscaux, ils pourraient lui soumettre leurs choix financiers.

- Un taux trop élevé... et la charge de la dette, par un effet d'éviction dont on parle moins, forcera à l'abandon de dépenses publiques utiles. Un taux trop bas... et les épargnants se trouveront lésés d'une insuffisante rémunération.

- Trop bas, également... et la force de rappel sur l'endettement public ne sera plus assez puissante, créant à terme une menace de perte de solvabilité et d'exposition des patrimoines des créanciers.

- Trop élevé... et les transferts vers les plus riches tomberont dans l'antiredistribution abusive, etc.

(...) C'est le corps politique (...) qui doit trancher, et lui seul.

Et certainement pas les investisseurs internationaux qui, conduits par leurs seuls intérêts de créanciers et parfaitement étrangers à la communauté politique, n'en sont pas moins en position de lui imposer certaines des décisions les plus lourdes de sa vie collective.


(...)La doctrine libérale n'a rien eu de plus pressé que de déclarer l'espace national dépassé et de promouvoir les transformations structurelles (déréglementations en tout genre) susceptibles d'inscrire cette affirmation dans la réalité.

L'histoire des XIXe et XXe siècles (...) n'a (...) produit aucune conception opératoire alternative de la souveraineté politique.

C'est pourquoi, détruisant l'idée de nation, le libéralisme détruit du même coup celle de souveraineté, en prenant bien soin, signe de sa parfaite hypocrisie, d'éviter toute reconstruction de souveraineté à des échelles territoriales élargies.

Car l'idée de nation souveraine pourrait fort bien être étendue au-delà des ensembles territoriaux et culturels où elle a d'abord trouvé naissance, pour embrasser des ensembles autrement composites mais rendus cohérents par la mise en commun d'un destin - cela même qu'on appelle souveraineté -, extension au terme de laquelle il deviendrait plus clair que souveraineté et nation, c'est en fait tout un, et que l'une n'est qu'un autre nom de l'autre.


Vices et vertus d'une vieille idée


Mais que ces ensembles constitués en corps politiques délibèrent, fixent leurs règles et les fassent appliquer, c'est ce dont le néolibéralisme ne veut à aucun prix. On l'a beaucoup laissé faire jusqu'ici, et la question est de savoir jusqu'où on le laissera aller encore.

(...) Il y aurait vraiment lieu de se méfier des mouvements de reconstitution violente des souverainetés quand elles ont été trop agressées - car la souveraineté peut aussi se donner les formes les plus haïssables.

Or on ne peut pas tout à fait exclure que, après deux décennies d'érosion et d'agression continues, on commence à se rapprocher dangereusement de ces points critiques. Aussi l'idée d'une reconquête ordonnée offre-t-elle une perspective politique qu'on pourrait juger intéressante, peut-être même urgente.


Elle a bien sûr dans un premier temps l'inconvénient d'épouser toutes les apparences du passéisme en remobilisant l'idée de nation ridiculisée par le néolibéralisme et tous ceux qui, à gauche, estiment utile de lui apporter leur concours, mais au prix de cette réduction qui la fait concevoir étroitement et toujours séparée de son corrélat essentiel : la souveraineté - il faudra bien un jour que tous ces braves gens disent si, désireux d'envoyer la nation aux poubelles de l'histoire, ils veulent y faire également passer l'idée de souveraineté.


A moyen terme en tout cas, il est possible de préférer le passéisme de la délibération politique, dans laquelle les arbitrages de l'endettement public seraient complètement réintégrés, à un monde mondialisé ébouriffant de modernité, dans lequel ce sont les marchés de capitaux qui fixent le tribut prélevé sur la richesse nationale par des créanciers des quatre coins du monde.

Et il est possible de trouver quelque valeur à cette conclusion somme toute assez simple : si la mondialisation n'est en définitive pas autre chose que la dissolution des souverainetés par la marchéisation de tout, alors démondialiser c'est repolitiser.

(1) Financement procédant par l'ouverture de crédits de la banque centrale (création monétaire) au Trésor, donc soustrait aux marchés des capitaux. Lire " Au-delà de la Grèce : déficits, dette et monnaie ", La pompe à phynances, 17 février 2010.
(2) Le taux d'épargne des ménages américains chute continûment, passant de 8 % au début des années 1980 à... 0 % en 2006.
(3) Lire Pierre Rimbert, " "Nous avons eu le pouvoir, maintenant il nous faut l'argent" ", Le Monde diplomatique, avril 2009.
(4) Cf. Frédéric Lordon, Les Quadratures de la politique économique, Albin Michel, Paris, 1997.
(5) Lire " Au-delà de la Grèce... ", op. cit.
(6) Lire " Et si on fermait la Bourse... ", Le Monde diplomatique, février 2010.
(7) La théorie économique parle d'" effet d'éviction " lorsque, dans une économie financièrement fermée, l'Etat satisfait en priorité ses besoins de financement, asséchant le marché des fonds prêtables et faisant monter le coût du financement des autres agents qui passent après lui et qui, de ce fait, subissent les effets d'une sorte de pénurie financière - la puissance publique " évinçant " les autres demandeurs de capitaux.
(8) Pour une fois utile, un député socialiste, Didier Migaud, alors président de la commission des finances de l'Assemblée nationale (avant d'être nommé premier président de la Cour des comptes), a levé un fameux lièvre en mettant au jour une fleurette fiscale discrètement offerte aux entreprises sous la forme d'une défiscalisation complète des plus-values sur cessions des participations de long terme : 20 milliards d'euros, soit 1 % du PIB de déficit en plus. Sur les cadeaux fiscaux, cf. Jean Gadrey, " Vive l'impôt ! ", blog d'Alternatives économiques, 15 mars 2010.
(9) " L'épouvantail de la dette publique ", Le Monde diplomatique, juillet 2008.


Texte publié en intégralité dans le mensuel Le Monde Diplomatique, repris par nous du site TOUT SUR LA CHINE - revue de l'actualité chinoise, qui, ce n'est sans doute pas si étrange, semble avoir été le premier à la reprosuire in extenso.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Les marchés" ne sont pas comme les Dieux de la Grèce ancienne, aussi omniprésents qu'invisibles, et décidant de tout, et du contraire. Pour enfumer les gens, la classe politico-journalistique et les prétendus "économistes", essayent de dissimuler sous la métaphore abstraite des "marchés" des acteurs bien déterminés du jeu politique: les détenteurs de masses importantes de capitaux.

Il s'agit soit d'individus (milliardaires éparplillés dans le monde, mais réellement concentrés aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, à quelques notables exceptions près - quelques cas significatifs en France), soit, comme on dit en "langue de bois"... capitaliste, d' "investisseurs institutionnels" (banques, compagnies d'assurances, "fonds de pension"), eux-mêmes au service, soit des Etats, soit de ces mêmes milliardaires, associés/rivaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

  Encore présenté il y a quelques années comme un "géant économique" , doublé d'un "nain politique" (il n'a pas la bombe atomique, ni d'armée réellement puissante, ce qui lui a permis de substantielles économie en matière de défense, cause partielle au moins de sa croissance, mais le maintient sous protection nuclaire américaine - donc, sous influence et "souveraineté limitée"...), le Japon est souvent comparé, sous cet angle en particulier, à l'Allemagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sortis "première superpuissance" de la deuxième guerre mondiale, après avoir cyniquement laissé, comme en 1914-18, les Empires européens alors dominants s'entredéchirer jusqu'au sang jusqu'au dernier moment dans d'atroces tueries, et laissé Hitler exterminer les Juifs d'Europe en ne laissant que les plus riches et les plus savants d'entre eux (une très mince fraction) émigrer sur leur sol au compte-goutte, les Etats-Unis se sont brièvement pris pour "les maîtres du monde".

Et cela, à deux reprises:

- en 1945-46, quand ils ont cru que l'URSS socialiste de Staline, saignée à blanc par sa victoire décisive contre le nazisme (qui, seule, avait contraint Washington à décider le débarquement longtemps différé en Europe) pourrait être facilement contenue ("containment")

- puis à partir de 1989-91, quand le chef des services de renseignement (KGB), Youri Andropov, supérieurement informé sur l'étranglement économique de son pays qu'aggravait les guerres d'agression néo-coloniales (Afghanistan, Oussouri, aux frontières de la Chine, Afrique noire...), ainsi que la fuite en avant dans la course aux armements, a mis en place un scénario de retraite en bon ordre, avec le retrait d'Afghanistan et des nations soumises d'Europe de l'est, la mise en orbite de l'habile Gorbatchev, et la "perestroïka" - retraite qui a fâcheusement tourné en débandade, avant que de nouveau, les services de renseignement, ne préparent un redressement national au contenu de classe encore difficile à déterminer avec la mise en orbite du jeune officier des "services" le judoka Vladimir Poutine.)

Entre-temps, au tournant des années 1980, le capitalisme international sous hégémonie américaine avait mis en place sa dernière trouvaille, la "mondialisation". Elle était conçue pour compenser la défaite stratégique de l'impérialisme économico-militaire de typee classique (Vietnam et Angola, puis tous les confettis de l'ex-Empire portugais, 1975, Iran 1979, explosion de l'apartheid début des années 1990, etc.).

Mais la "mondialisation", censée supprimer complètement les frontières politiques au profit de la "libre-circulation" généralisée des capitaux, des marchandises et des hommes-marchandises (immigration), a reçu son premier et spectaculaire coup d'arrêt le 11 septembre 2001, avec l'action de commando de jeunes rebelles saoudiens révoltés contre l'impérialisme US, et ses promesses non tenues en Palestine comme en péninsule arabique et à l'égard de l'Iraq, action visant un objectif économique d'immense portée symbolique, les hautes tours du "World trade Center".

Point focal, et brève apogée militaire, d'une rupture de l'univers arabo-musulman avec la "mondialisation" à la sauce américaine, et témoignant que le monde n'avait pas été complètement "globalisé" et unifié sous la férule du Capital, mais restait divisé par des débats sur les "valeurs" ( pas seulement les valeurs financières: mais les valeurs culturelles!...) la vague de "terrorisme islamiste", aujourd'hui en reflux, avait aussi été rendue possible par d'autres contradictions, internes à l'univers que les Etats-Unis de l'époque de la "mondialisation heureuse", apparemment mais apparemment seulement triomphante, avaient cru pouvoir abolir.

De très nombreux services de renseignement dans le monde, à commencer par ceux de leurs vrais-faux alliés pakistanais, saoudiens, marocains, égyptiens,etc., et de leurs ex-alliés en voie de séparation (Israël, Inde, France, Allemagne, Autorité palestinienne et peut-être même Grande-Bretagne, sans même évoquer le cas des Russes ou des Chinois) avaient réalisé, de longue date, un patient travail d'infiltration de l'"islamisme armé" - contrairement à la légende grotesque selon laquelle tout le monde avait abandonné le renseignement humain pour le tout-électronique...

Autour de Washington (et même à Washington...), chacun a laissé faire, chacun pour ses raisons - la Chine, par exemple, sans renoncer à une stratégie d'ouverture à l'égard des Etats-Unis qui la protège tout en lui permettant une fort heureuse "Nouvelle Politique Economique" (N.E.P.) d'inspiration strictement leniniste, n'avait jamais renoncé à "rendre un chien de sa chienne" à la puissance responsable du bombardement de son ambassade à Belgrade, offense comparable historiquement à celle du sac du Palais Impérial, et la vengeance, dans la tradition chinoise tout particulièrement, est un plat qui se mange froid, avec de longues baguettes - et selon la méthode, toujours oblique, de l'action indirecte...

Israël, de son côté, avait misé sur le tandem Lieberman-Al Gore, craignant un "tropisme arabe" de l'administration "Bush-junior" (dans les pas de "Bush-senior"...), et donc "couvert" jusqu'au tout dernier instant les préparatifs d'attentat d'Al Qaeda - dont Tel Aviv espérait comme première conséquence une sorte de "coup d'Etat à blanc" (qui s'est effectivement produit: le missile sur le Pentagone, la fuite désordonnée de l'avion de commandement de Bush-junior...) provoquant une réorientation radicale en faveur d'Israël de la politique américaine.

Cet objectif ayant été très largement atteint a néanmoins provoqué, à son tour, de nouveaux dégats, considérables: avec l' "intifada mondiale des esprits" soulevant le monde contre la "mondialisation-militarisation" de cette nouvelle phase - et aspirant le noir Barack Hussein Obama jusqu'à la "Maison Blanche"

Suivant l'impitoyable logique "lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, et cela jusqu'à l'effondrement total", les maîtres de la finance mondiale, représentés jusqu'à la caricature par les cyniques milliardaires dirigeant Goldman Sachs ("la firme"), alliés aux "politiques" vaincus mais pas encore tout à fait morts que sont, avant même la défaite de Bush-junior, les "néo-cons" texans ou juifs de Wall Street et du Pentagone, déclenchent sciemment la "crise économique mondiale" que faisait mûrir lentement l'effroyable endettement d'une ex-superpuissance finançant des guerres "préventives" de plus en plus foireuses et de plus en plus coûteuses à crédit.

C'est le coup du lâchage "inexpliquable" de Lehman Brothers, plongeant dans une crise économico-financière, mais aussi morale et culturelle, la partie la plus américanisée (mondialisée) de la planète - seuls résistant et repartant de l'avant "plein pot" les pays du "consensus de Pékin", et pas seulement la Chine, qui jouent l'activité réelle fondé sur un travail humain de plus en plus élaboré et qualifié contre la dictature, bien fatiguée, de la "globalisation financière".

Notre pays, la France (pour terminer cette trop brève note en marge du texte de Lordon destinée à bien souligner que "tout est politique", ou, si l'on aime mieux, "géopolitique", et avant tout l'économie - qui, pas plus que la climatologie, n'est véritablement une science...- aura, de toute évidence, et pour reprendre le style exemplaire de nuances de Frédéric Lordon, "plus d'avantages que d'inconvénients" à s'inscrire, à partir de 2012, en tout cas, dans le mouvement général, incontournable, qui se dessine dans le monde en faveur de la "relocalisation" politico-économique - qui remet la question de la souveraineté au centre.

A condition, et c'est une des limites du texte-ci-contre (à g.) ici commenté (et salué) qu'il soit bien clair que la nécessaire "démondialisation" dont l'auteur à le mérite d'énoncer le nom tout en en saluant, comme nous, l'inéluctable avènement, si elle signifie effectivement un retour de la souveraineté politique, n'implique ni régression national-xénophobe (toujours possible...), ni identification étroite de la "souveraineté du peuple" (indissociable, dans notre culture au moins, de la "souveraineté nationale" ou de l' "indépendance nationale") avec la forme historique, donc, par essence, provisoire, qu'a pris la "souveraineté nationale" des "Républiques bourgeoises" (par ailleurs coloniales puis néo-coloniales), des XIXième, XXième, et, jusqu'ici, XXIème siècles:la démocratie représentative de type parlementaire fondée sur le "régime des partis": si elle n'est pas encore tout à fait morte, cette forme, à tous égards corrompue jusqu'à l'os, est à l'évidence dépassée, caduque

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes tous

des émeutiers d'Athènes!

 

"Tous Américains!" - avec le puissant mouvent surgi du ventre même du monde pour barrer la route du Capitole au successeur du criminel contre l'humanité George Bush junior, le criminel de guerre Mc Cain, bourreau justement mais insuffisamment puni pour ses forfaits du peuple vietnamien, et démontrant que, même au cœur de l'Amérikkke, il existe un peuple digne de ce nom, un grand peuple, capable de refouler la tentation de revenir aux pires heures de son histoire, comme le génocide indien, le goulag esclavagiste imposé à des millions et des millions d'afro-Américains, le soutien à Israël, le Vietnam, l'Iraq, l'Afghanistan-Pakistan, et d'imposer, en toute souveraineté, sa voix puissante en faveur de Barack Hussein Obama, métis originaire du Kenya et croyant musulman - et cela, même par l'intermédiaire du filtred'une des "démocraties" les plus corrrompues de la planète.

"Tous anarchistes d'Athènes!", avec nos cœurs battant pour les jeunes insurgés de la cité fondatrice de la démocratie occidentale, fondée sur le libre débat et les décisions prises à la majorité d'un "peuple" étroitement et juridiquement défini alors sur la base de critères d'exclusion des femmes, des esclaves, bien entendu, et des "métèques", critéres d'exclusion indignes du principe lui-même, qu'elles déforment jusqu'à le dénaturer complètement. Comme on le voit de la façon la plus criante dans le cas de "l'Etat des juifs", ... imposé par l'ONU aux Arabes de Palestine, derniers descendants, convertis de longue date à l'islam, des tribus hébraïques de ce qu'on n'avait à leur époque aucune raison d'appeler la "Terre Sainte", que l'évolution ultérieure, même la Révolution Française. - Mais comme on le voit aussi au pays de Rousseau et de Montesquieu où, notre "épublique démocratique", se réclamant explicitement des Grecs, et d'Athènes, exclut longtemps ses esclaves noirs des Antilles ou d'Afrique, comme ces peuples asservis de tous les continents suant et saignant sous le joug colonial de la "République des Instituteurs", fille du laïc Jules Ferry...Au point que même dans l'esprit et dans la filiationdirecte du programme clandestin du Conseil National de la Résistance (CNR), issu de la Lutte de Libération Nationale du peuple de France, mis en œuvre sous la double direction gaulliste et communiste des année 1944-46, imposant enfin, et bien tard, le vote des femmes (et ouvrant la voie, prudemment, non sans limites, et non sans quelque malice, à la destruction du carcan colonial), la démocratie "représentative", confisquée par des "représentants" (organisés en "système des partis", vite corrompu par l'argent sale), dont, contrairement aux intuitions de 1793 et de la Commune, la révocabilité démocratique en cours de mandat est hors sujet, le mot "démocratie" ( on le voit avec Sarkozy, le Caramanlis parisien, parachevant le travail destructeur des Pompidou, Giscard et Mitterrand) finit par s'assécher, vide de sens - comme le mot "République", évidemment.

Et voici que l'Espoir revient, et qu'il revient d'Athènes!

Car on ne doit pas se méprendre sur le sens des émeutes d'Athènes, étendues, en ce début décembre 2008, à Salonique, puis, ces toutes dernières heures au plus petites des îles où l'invention démocratique vint commencer à s'épanouir au grand soleil de la Méditerranée, "Mare Nostrum".

Réaction d'une jeunesse solidaire contre l'assassinat d'un des siens par la police, comme dans les banlieues vivantes, cœur de la France vivante, la "barbarie" brûlante des jeunes à capuche exclus de tout, même des écoles qu'ils vont alors réduire en cendres, achevant de consumer, du même feu, un "système des partis", "démocrates" et "représentatifs", coupé de la société réelle et ne "représentant" précisément plus rien que les intérêts de ses membres, une"classe politique" à l'agonie? - Oui, mais pas seulement. Car cette rébellion superbe qui vint remémorer le mot du grand Jean-Paul (Marat) selon lequel la liberté, toujours, naît "des émeutes" constitue aussi et surtout la première manifestation, sur le sol européen,d'une"réponse à la crise" digne de ce nom, démocratique, mais d'une démocratie en actes,vivante et populaire.

"Rage, écrit par exemple Effy Tselikas, la correspondante du quotidien français Libération. Ces jeunes, que l’on surnomme la «génération aux 600 euros» en raison des salaires de misère qui leur sont proposés, sont surdiplômés, mais ne trouvent pas leur place sur un marché du travail trop étroit. Ils expriment leur rage hors du jeu politique bipartisan traditionnel (...). Et aujourd’hui, défilent à leurs côtés les autres couches de la population : parents, grands-parents, cousins, qui, tous, souffrent de l’éclatement de la bulle de prospérité grecque sous les effets de la crise actuelle."

 

 

 

D'Europe au Minotaure: les riches heures de la mythologie grecque


Jolie vierge palestino-libanaise, issue d'une région qui constitue au XXIème siècle un des bastions du Hezbollah, Europe, fille du roi (phénicien) de Tyr, joue sur la plage avec quelques compagnes, cueillant des fleurs et surveillant le troupeau d'Agénor, son père,
lorsque Zeus l'aperçoit pour la première fois - et tombe fou amoureux d’elle.


Coutumier des ruses les plus extravagantes pour assouvir sa flamme, et se protéger de la féroce jalousie de son épouse, Héra, Zeus investit le
corps d'un taureau blanc, puis se détache du troupeau et s'avance vers Europe. Le regard doux, l'air calme, il se couche auprès d'elle. Attirée par l'odeur d'un crocus qui se trouve dans sa bouche, Europe se laisse attendrir, s'approche de lui, le touche, le caresse, entoure ses cornes de guirlandes de fleurs, et finit par s'alanguir sur son dos.


A ce moment précis, abandonnant toute civilité, le Dieu-Taureau bondit vers la mer enlève la pauvre Europe accrochée à ses cornes, et, traversant la mer profonde, gagne la Crète à la nage.

Là, Zeus reprend forme humaine et s'accouple avec sa blanche captive, sous un platane qui, depuis lors, est toujours vert. Europe, qui a gardé le regard tourné vers la mer, et sa terre d'origine palestino-libanaise, pendant l'accouplement, recevra de Zeus trois présents : Talos, un guerrier de bronze capable de jeter d'énormes pierres au loin, et qui aura pour mission de protéger l'île de Crète contre d'éventuels envahisseurs, et d'y traquer les étrangers; Laelaps, le redoutable chien de chasse qui ne laisse jamais échapper sa proie, un chien de chasse redoutable ; et enfin un épieu, lui aussi infaillible puisqu'il touche systématiquement sa cible.

Plus tard, Europe sera donnée par Zeus, lassé (et coutumier d'aventures sexuelles extraordinaires où il se transforme en cygne - pour séduire Léda - ou transforme les proies qu'il convoite en ourse (Callisto) ou en génisse (Io), au roi de Crète, Astérion, avec leurs trois fils dont Minos, futur juge des enfers comme son frère Rhadamanthe.

Devenu roi de Crète, Minos prend pour épouse Pasiphaé, fille d'Helios - qui le trompe avec un (autre) taureau blanc offert par Poséidon, Dieu de la Mer.

Pour y parvenir, et se venger ainsi de son mari qui refuse de lui sacrifier l'animal, la belle utilise à son tour un stratagème, se faisant passer pour une vache, avec la complicité de Dédale.

De cet accouplement naîtra le monstrueux Minotaure, à corps d'homme et tête de taureau, que Minos, furieux et honteux, fait enfermer dans une prison spéciale, construite sous ses ordres par le même Dédale, le fameux Labyrinthe.

Tous les neuf ans (ou, selon les sources, chaque année), sept jeunes gens et sept jeunes filles sont envoyés en sacrifice au Minotaure, au fond du Labyrinthe, en expiation du meurtre d'Androgée, fils de Minos, par Égée, roi d'Athènes.

Jusqu'au jour où Thésée, fils d'Égée, embarque parmi les jeunes gens destinés à mourir. Tombé, juste avant d'embarquer, amoureux d'Ariane, fille de Minos, il en a reçu une une bobine de fil. Une fois dans le Labyrinthe, il en accroche un bout à sa ceinture, Ariane restant à l'autre bout. Thésée se débarrasse alors du Minotaure et retrouve son chemin en suivant le fil.

Le nom d'Europe signifie probablement "au beau visage", "au large visage", ou "aux beaux yeux" - à rapprocher du compliment traditionnel félicitant une femme ou une jeune fille pour avoir de grands yeux calmes, "des yeux de vache" ou même de bœuf - Boos-opis.

Les raisons de l'attribution de ce nom tiré de la mythologie grecque à un très vaste espace n'étant pourtant nullement un continent, mais une sorte d'isthme, très large, ouvrant le continent asiatique sur les étendues marines méridionales (Méditerranée) autant qu'Occidentales restent aujourd'hui mal connues.