- Enfin en ligne: les révélations de Pierre Siramy sur le "trésor caché" des services secrets français à Genève, étayées par un extrait jusqu'ici peu lu des "carnets secrets" du général Rondot (Clearstream et cie) éclairent d'un nouveau jour l'étrange confession de "Moi, Manu Le Gitan". ICI

- Dutroux: des réseaux de l'OTAN à ceux du trafic d'enfants, pédophilie, etc.(suite) ici

- BEN BARKA: un "cadavre exquis" du MOSSAD! ici

- ETATS-UNIS/IRAN: le "coup d'Etat de velours" de la CIA contre le "parti de la guerre" ici

- KOSOVO: Bondsteel ici

REBELLES

L'histoire secrète des MAOS de la Gauche prolétarienne - et ce qui s'ensuivit (1967-2008)

(suite)

-V-

Nantes-Saint-Nazaire: édification d'une "base ouvriers paysans"

(suite)

Ville-campagne: Lénine, les paysans, Linhart - et Jean-Paul Sartre...

Personnage discutable, "engagé", pendant la Résistance... dans l'écriture d'un laborieux pavé, abstrait, largement inspiré des écrits du controversé recteur de Heidelberg, dans l'écrin de verdure agréable... des rives de l'Erdre, à quelques kilomètres à peine du camp de Châteaubriant, donc, quand un René Char, grand lecteur, lui aussi, de Heidegger, cavale, armes en main, et cahier de poèmes au fond d'un havresac, sur les escarpements dominant la vallée de la Sorgue, Jean-Paul Sartre est devenu le penseur et la figure d'un "engagement" à contre temps.


Lancé, de ce fait, dans une surenchère un peu brouillonne - marquée, notamment, par une longue complaisance à l'égard d'Israël, fruit pourri du remords de n'avoir pas été du Parti des Justes quand le tocsin sonnait pour les Juifs, et qu' il y avait péril en la demeure, il n'en a pas moins, à son bilan, quelques bonnes choses. A commencer par un "engagement", là, "juste", et en tout cas juste à temps, contre les guerres coloniales...Et en continuant par son courageux compagnonnage avec les maos, alors que sa gloire était faite - et qu'il était déjà bien vieux, bien fatigué, bien malade, et presque aveugle.


A son actif, aussi, sa réflexion sur la France, pays, où, selon lui, "le "concept de peuple" a le plus de mal à s'appliquer" de par la division ente ville et campagne, sous la Révolution puis contre la Commune.

Babeuf l'avait, avant lui, entrevu, et Marx après, lisant chez l'inspirateur de la Conspiration des Egaux le rêve nostalgique d'une Révolution qui eût fusionné l'ardeur urbaine des Sans-Culottes prolétariens du Faubourg-Saint-Antoine avec la rébellion paysanne du grand ouest, captée par les "blancs" après l'accaparement des terres expropriées de l'aristocratie des châteaux, et de l'Eglise, par la rapace bourgeoisie urbaine de Nantes, Rennes, Laval ou la Rochelle...- Et Marx encore, et le même faubourg, toujours, celui des artisans-ouvriers des métiers du meuble, aile marchante du prolétariat urbain artisanal-révolutionnaire de 1789, et plus encore, de 1793,à quelques portées d'escopette des murs de la Bastille... "Le communisme? C'est ce dont discutent en ce moment, dans leurs tavernes enfumées, les ouvriers du Faubourg Saint-Antoine"...- Et dans le même élan de pensée, l'idée d'une Révolution qui unirait ce prolétariat-là et l'expérience germanique, de la "guerre des paysans"...- Ou cette réflexion, encore, de Robert Linhart (op cit) sur le russe Gorki, "intellectuel organique" de la profonde haine anti-paysanne hégémonique au sein d'une intelligentsia russe européanisée d'où allait émerger la très mince avant-garde "prolétarienne" du parti "bolchevik", dans la peur d'une Asie "barbare" à qui s'identifie à cette époque, dans un "racisme de classe", les traits brutaux du rustique "moujik"...
D'où le pari révolutionnaire insensé de cet intuitif de génie que fut Lenine, saisissant que "ce moment est unique, il peut passer, et la chance qu'il représente ne jamais revenir", pour un prolétariat russe lui-même étroite couche européo-industrialisé flottant sur l'énorme magma de lave chauffée au-de là du rouge de la rébellion "terrifiante" de millions de paysans sans terre ensauvagés par la famine autant que par la guerre, sa compagne,au moment des récoltes de l'été 1917, quand les fils de la terre, en armes, désertent en masse les lignes de front ou les navires de la marine du tsar. Et d'ordonner alors à un parti formé pour obéir, serait-ce à contre-cœur, de "piquer" en toute hâte, et sans vergogne, son programme paysan au parti gauchiste des Socialistes Révolutionnaires (S.R.)...
Et c'est ainsi que la révolution bolchevik conquiert, presque sans coup férir, le cœur des campagnes profondes, base du "coup" d'octobre, qui, sans elles, et sans cette art de la manœuvre, n'était effectivement qu'un fragile et fugace "coup d'Etat" - et pas un coup de génie, faisant trembler les colonnes de l'Histoire...


Moins de deux ans après un mai 1968 qui fut aussi, autour de l'estuaire de la Loire, en tout cas, un "printemps des paysans", ces réflexions jetées là, vite, nourrissent l'objectif stratégique d'un travail "mao" dans des campagnes bien éloignées, à tous égards, de la plaine russe qui terrorise Gorki - dans une peur/haine "viscérale" devenue l'inconscient glauque où s'enracine l'excessive brutalité anti-paysanne qui sera celle du parti de Staline...


Conscients de tout cela, nous savons bien aussi, toute la distance qui sépare - affaire de kilomètres autant que de siècles - La Chapelle sur Erdre, Teillé, Couëron, ou Fay-de-Bretagne de ces campagnes du Hunan à la structure sociale complexe finement disséquées, au scalpel d'une "analyse de classe" pointue nourrie d'observations concrètes, où s'ébroua le maître d'école Mao, fils de "paysan moyen de la couche supérieure" devenu directeur d'école, puis chef de bande, maquisard, et fondateur du Non-Empire du XXI ème siècle, "facteur d'équilibre et d'harmonie" (Inch' Allah!...) d'une planète inquiète...


Il nous appartient, donc, alors, d'intégrer une pratique "mao" à un mouvement de "paysans moyens" s'imaginant parfois, c'est beau, un destin "prolétarien", mais oscillant, par nature, entre l'aspiration progressiste à l'unité populaire autour des ouvriers, portée chez eux par le vent venu d'Indochine, dans le langage du christianisme révolutionnaire propre à ces "établis" particuliers que sont les "prêtres ouvriers", les dominicains guérilleros ou les franciscains à kalach', tous endurcis à l'épreuve du grand sud, et un "progrès" d'une toute autre nature, issu, lui, dans le même moment historique, contradictoire, de l'essor de nouvelles techniques de production, et de l'intensification d'un "procès de travail" capitaliste à la campagne.


C'est à cette aune, donc, que doit être évalué la balance des "plus" et des "moins" de l'histoire des maos à Nantes - et plus largement, de notre activité dans les campagnes.


Du Finistère aux Vosges, de la Drôme aux Cévennes, et du Larzac, au "midi" deux fois "rouge" des "Comités d'Action" vignerons de Montredon, et du chanteur occitan Marti, les sources de la pratique "G.P." en milieu paysan se situent, en effet à l'embouchure de la Loire.


-V-
Nantes (suite)

- 3 -
Ville campagne, ouvriers paysans: vers une civilisation nouvelle


15 Novembre 1969. Plessé (Loire-Atlantique).


Issu d'une famille très fortunée anoblie sous l'Empire, le baron Olivier Guichard, ministre de l'éducation nationale de Georges Pompidou, maire de La Baule, toute proche, futur président du Conseil Régional des pays de Loire et hautain cacique de la Vème République, a choisi ce dimanche attristé par une pluie torrentielle, tombant d'un ciel de plomb, pour venir faire un petit "speech", qu'il imagine paisible et, par ailleurs, ( c'est un bon vivant), bien arrosé..., devant les enjoués convives d' un banquet rural de l'Union Nationale des Anciens Combattants d'Afrique du Nord (UNC-AFN).
Mais une surprise lui et réservée.
Surgis dans leurs voitures comme chouans, jadis, au cri de la chouette, derrière les haies - mais "chouans rouges" couleur d'églantines de mai, et non plus "blancs", même s'ils sont eux aussi catholiques - deux-cents "Jacquou le Croquant" viennent l'y interpeller. Pour une partie d'entre eux, ils sont de "Paysans en Lutte" (une petite structure maoisante proche de la G.P.). Mais la majorité est constituée de jeunes syndicalistes "soixante-huitards" du Centre Départemental des Jeunes Agriculteurs de Loire Atlantique (C.D.J.A.) ,
Poussant un peu plus loin l'insolence, ils emmènent le digne et raide ministre, "à l'insu de son plein gré", sous une pluie battante, à pied, et en cortège. A cet éminent technocrate, spécialiste par ailleurs intelligent de l'aménagement du territoire, ils vont offrir , l'occasion de "visiter", "concrètement", la ferme d'un "paysan pauvre" - à 2 kilomètres de là, tout de même...
Là, placé en "garde à vue", l'aristo-technocrate dont les traits précocement avachis par des excès dans les banquets lui donnent perpétuellement l'air de s'ennuyer, doit écouter, sans moufter, l' "exposé des griefs", "à la chinoise", du fermier du Dresny, son hôte, juché sur une échelle de grange. Le fermier, qui exploite, faute de mieux, 26 minuscules parcelles dispersées aux mains de 5 propriétaires différents, a préparé, avec une petite équipe, un discours bien senti. Tout y passe, en bon ordre. Il y est question de la modernisation frénétique imposée par les pouvoir publics, source d'un endettement terrible; de la "paye du lait", dérisoire; des cours de la viande; des pratiques des notaires, ou des vétérinaires; de la rentrée scolaire, avec tous ses problèmes dans ces coins reculés de campagne; et du passé colonial, enfin, vif encore au cœur des jeunes paysans bretons, qui ont très souvent été mobilisés pour aller faire la guerre, là-bas, à d'autres paysans, les "fellahs", devenus, pour les officiers, "fellaghas", - qui ne faisaient au fond, comme on le fait ici, que défendre un "pays". - Alors, l'UNC-AFN, c'est la petite goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
A propos d'eau, il pleut toujours.
Le sol de la cour est gras, pour ne pas dire "merdeux", surtout pour des escarpins d'un ministre, et de sa suite. Et c'est une averse de mottes d'herbes elles-mêmes bien terreuses, et bien grasses, enrichies d'un peu de bouse de vache, et d'œufs pourris sélectionnés dans l'exploitation d'un des "paysans rouges" de Couëron, toute proche, qui s'abat sur le "Grand Mou de La Baule", stoïque et impassible - au moment où un escadron de gendarmes mobiles, requis par le préfet, qui est de la fête, et commence à puer lui aussi, fait ce qu'il a à faire pour récupérer "Monsieur le ministre" (sali, et assez humide).


A coups de mousquetons, brandis bien haut par le canon pour s'écraser sur les têtes, ou, dans les "meilleurs" cas, sur les bras, la charge des "mobiles" est brève et très brutale.
Plusieurs inculpations suivront, assorties de l'incarcération de Jean Bréhéret, un jeune paysan d'Orvault, commune voisine de la Chapelle sur Erdre, secrétaire départemental du C.D.J.A., considéré comme le principal responsable de la fête.


L' audacieuse interception-éclair du ministre deux fois baron - d'une famille fortunée, anoblie sous l'Empire, c'est aussi un "baron" de poids du gaullisme historique - a été organisée avec rigueur, dans un secret fort bien gardé.


La petite "promenade de santé" imposée à un des plus prestigieux ministres de "Pompidou, nos sous!", a été "vue à la télé" - comme "Jacquou Le Croquant", le feuilleton, qui fait des ravages dans le bocage.

L'affaire fait parler - un Ministre, embousé... Elle plaît, aux portes des usines de Nantes et de Saint-Nazaire où les équipes ouvriers-paysans-étudiants des "comités de soutien" mis en place dans les heures suivant immédiatement les premières arrestations reçoivent le meilleur accueil.
Un logiciel commence à fonctionner. Dans un scénario à contre-courant des préjugés les plus ancrés, les "bouseux" devenus "lanceurs de bouses", comme ailleurs lanceurs de pavés, fonctionnent comme "avant-garde tactique", transitoire mais vitale d'un mouvement populaire régional bien dans l'esprit du grand printemps des grèves encore tout frais dans les souvenirs.
D'autant que, rupture, là encore, avec l'image du fermier soumis courbant casquette devant "not'maître", les "Jacqou" sont venus défier la morgue du principal représentant local d'une vieille droite rurale caricaturale...


On est dans le rythme.
En septembre, c'est le comte de La Lande de Calan, figure de l'aile la plus réactionnaire du Centre National du Patronat Français (C.N.P.F., ancêtre de l'actuel Medef), qui en a "pris pour son grade" - à Saint-Nazaire, quelques dizaines de kilomètres à l'ouest de Plessé...
Secouée par les 63 jours de grève des "mensuels" de la métallurgie nazairienne, en 1967, où les employés de bureaux ont entraîné, fait exceptionnel, les "cols bleus " des ateliers derrière eux, les Chantiers de l'Atlantique ont décidé de "délester" - en filialisant leurs activités "chaudronnerie" à Babcock et Wilcox, une entreprise à capitaux américains installée à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, et à Fives-Lille, dans le nord, spécialisée dans la construction de chaudières, d'installations de chaudronnerie lourde pour l'industrie chimique, pétrochimique et nucléaire, les chaudières marines, et les bâtis mécano-soudés pour moteurs diesel ou compresseurs des métiers de la sucrerie ou du froid industriel. Une diversification intéressante, valorisant le savoir faire des gars de la "navale", mais source d'inquiétude syndicale: Babcock et le comte de la Lande de Calan, personnellement, ont dû s'engager à respecter une stricte égalité de salaire et de statuts entre filiale et maison-mère. Personne ne croit qu'ils aient réellement l'intention de tenir leur parole, et ils n'en ont rien fait. La logique de cette opération de découpe est de démanteler, "par appartements", un bastion prolétarien historique, en explosant tous les statuts, pour diviser le bloc ouvrier - tout en faisant quelques économies. Un processus déjà à l'œuvre, dans la navale, avec la sous-traitance, interne ou externe, qui, combinée à l'abus de l'intérim, fait travailler sur le même navire, et souvent côte à côté, des "compagnons" de sociétés juridiquement différentes, aux statuts et aux salaires en principe bien distincts. Même si tout cela crée un désordre effrayant dans le processus de production, multipliant chaînes de commandement hétérogènes, ordres et contre-ordre, gaspillages et dangers. Nous sommes dans un milieu à risques, où le travail, difficile à "tayloriser" complètement, demande une grande autonomie individuelle, et un savoir faire transmis souvent de père en fils, dont le cœur est l'équilibre instable entre trois paramètres: vitesse, qualité, sécurité. Et ce sont les jeunes qui meurent le plus, victimes d'une chute à fond de cale, d'une erreur sur un échafaudage, d'un outil ou d'une ferraille qui dégringole sans prévenir.
De Calan joue avec le feu. Car bientôt "le Puma de Babcock" - un de ses directeurs aux crocs bien aiguisés - va devoir pousser, toute une nuit, des feulements de désespoir, dans la cage que sont devenus pour lui ses bureaux de l'usine de Saint-Nazaire d'où, séquestré jusqu'à 6 heures du matin, il voit les "gros bras" de la "navale", plus nombreux à mesure que l'horloge tourne, venir s'attrouper autour du "pack" déjà compact de ses 1500 geôliers de Babcock. Quatre ans plus tard, après que les brasiers de Saint-Nazaire eurent allumé des conflits dans tout le groupe Babcock, le comte à l'auguste lignée, de souche bretonne, montreur de "puma" rééduqué en chaton, rend aux Chantiers de l'Atlantique l' activité de chaudronnerie qui en avait été malignement découpée. Et la question de l'égalité des droits et des statuts, de ce fait, est réglée.


Batignolles 1969

"Vidangeons les bureaux!"

Entre temps, le "coup du Puma" a fait gamberger les ouvriers des Batignolles de Nantes, dopant leur énergie.
Octobre 1969, négociation annuelle sur les salaires. La direction propose aimablement...16 centimes de l'heure de "rallonge".
La CGT, reste majoritaire, dans cette vieille usine de fabrication d'imposants rouleaux de rotatives, de très gros matériel agricole, et de divers produits de mécanique de précision, exportés notamment dans les pays de l'est (et tombée dans le giron de la Société des Forges et Aciéries du Creusot - S.F.A.C.-Batignolles - avant la formation du complexe intégré dit Creusot-Loire). Le vieux délégué syndical, Cassin, bien fatigué par un abus du "travail de masse"... à la "chopine", au bistrot de l'usine, considère toujours les Batignolles comme son "bastion", imprenable. Il dort sur les lauriers des grands anciens, qui ont fait de la "boîte" la première entreprise occupée de juin 1936. Ce qui est bien, mais commence à faire loin...
"Comme d'hab", donc, la CGT fait semblant de...
Mais l'atmosphère est électrique, en cette rentrée 19669, où La Cause du Peuple, déjà diffusée, par réseau interne, semi-clandestin, dans l'usine, a donné tout l'écho qu'elle mérite à l'affaire de Babcock, et de son puma feulant, comme à celle de Plessé, avec ses dresseurs de ministre. Et dans ces moments-là, même faire semblant peut déclencher la foudre.


Loin de dissoudre la colère, les débrayages tournants font sauce. Sarcasmes des ouvriers, et de la poignée de maos, qui "poivrent"... Les cortèges s'ébrouent dans les immenses ateliers, presque complètement vides, où de gigantesques tours, et de longues rectifieuses semblent s'être endormis comme des diplodocus fatigués, sur leurs bacs de copeaux aux spirales bleuies par la brûlure de l'outil, que plus aucun "mannequin" ne vient vider, à la fourche, à l'ancienne - en papotant "politique", pêche à la ligne, "salopes", nouvelles tendances du cul ou de la chasse, syndicat, bagnoles, bibine ou, pourquoi pas, tiercé, avec les "compagnons".


Visant les rares chefs visibles dans la pénombre des ateliers, ou d'improbables "jaunes" assez fous pour venir faire acte de présence, les boulons sifflent comme des balles avant d'aller s'écraser sur les carters de protection des tours des perceuses ou des fraiseuses, dans un grand bing.


Bientôt, les métallos quadragénaires, massifs et quelquefois ventrus, mais toujours fiers de leur art de dompteurs de métal, comme de leur force à plier le patron, commencent à se lasser de "faire les clowns". Lancé par un "teigneux" de la vieille CGT prolétarienne de lutte de classes, dont même La Cause du Peuple devra reconnaître le "réveil" à Babcock, et qui, ici, endormie certes, reste toujours vivante, affleurant sous la couche de crasse bureaucratique qui la pollue, un cri part: "vidangeons les bureaux!".
Deux maos le reprennent. Cent voix leur font écho. Les délégués blêmissent. Avant-garde poussée par la locomotive, ils avancent à petit pas vers les bâtiments de la direction, formant une aile. Là, c'est une "tornade blanche" qui ravage complètement les locaux la direction. Blanche? Ou plutôt du bleu de toutes nuances de vêtements de travail mille fois lavés et délavés, deux-mille fois rapiécés, recousus et reprisés, comme des casquettes de marins arborées ici par ceux qui se nomment entre eux "matelot".

Bientôt, on joue à "machine écrire vole" au lieu de "pigeon vole". Et les dossiers s'éparpillent au soleil de la grande cour, dans le doux vent d'automne. C'est fête. Au point que personne ne s'attarde à capturer le "singe", un vaillant directeur nommé Baudonnat. "Patron, nos sous, ou on garde tes secrétaires", lui crient les ouvriers derrière la porte où il s'est enfermé, seul, en tête-à-tête, avec le chef de la C.G.T.


Les secrétaires (de direction) semblent troublées.
Payées, comme partout à l'époque, presque deux fois le salaire d'un OP ultra-qualifié, certaines sont des filles d'ouvriers connues dans le quartier. Elles ont dû des promotions-éclair à une connaissance - superficielle - de quelques langues, et à un physique de star, atout qui passera, avec l'âge. Elles le savent, et un nuage de nostalgie passe dans leurs yeux clairs.


"Je suis prisonnier, vous n'aurez rien par la force, lâche le malheureux P-dg.
Comme je vais le rapporter dans le premier article d'une vie qui se consacrera, plus tard, sans jamais oublier les Batignolles de Nantes, ni les "paysans en lutte" de Plessé, au journalisme, puis à l'écriture de quelques livres, quand il s'écrie "puisque vous voulez la guerre, vous l'aurez!", le P-dg auto-séquestré rend un hommage, sans doute involontaire, aux maos de l'usine, et des entreprises voisines. Malgré la fatigue du boulot, et la "rouspétance" de la plupart des femmes, qui, "bien d'accord, sur le fond", n'aiment "pas trop" les voir sortir le soir - surtout avec des "bombes" - même seulement, à l'époque, à peinture...- , nous passons des heures, la nuit, ensemble, à recouvrir les très longs murs, côté route de Paris, par où passe "le singe", de slogans simples et clairs. "Patrons, c'est la guerre!" - court, net, et très apprécié des ouvriers. "Comme à Babcock!", pareil.
Consciencieux jusqu'à la minutie, Serge, un métallo mao d'une trentaine d'année, déjà père de famille nombreuse, ajusteur professionnel dans l'usine depuis longtemps, nous "les brise", au cours des réunions de préparation, en exigeant des slogans plus proches de l'état d'esprit moyen des travailleurs, et de ce qu'il entend autour de lui à l'atelier L.A., au Ranzai, ou de ce que lui rapporte Mado, sa femme, quand elle rentre des courses.


Cette militante de l'action catholique ouvrière (ACO), et du syndicalisme familial (CSCV), inlassable animatrice de la vie associative des coquets HLM du Ranzai, une cité d'ouvriers professionnels, d'employés, de dessinateurs, de techniciens et de petits cadres, mitoyenne des Batignolles, où ils vivent, forme un couple soudé au point de fusion absolue avec ce descendant d'une longue lignée de métallos, de tradition laïque, et plutôt communiste, récemment convertie au christianisme.

Elle accompagnera toute son évolution vers notre premier groupe nantais d'ouvriers professionnels qualifiés (O.P.) d'origine plutôt rurale, issus, comme les "paysans en lutte" de Fay-de Bretagne, La Chapelle sur Erdre, ou Couëron, d'une radicalisation anti-impérialiste et "tiers-mondiste" du MRJC, le Mouvement Rural de la Jeunesse Catholique, sous l'influence de la guerre du Vietnam, de l'action des CVB - combiné à l'impact du grand soulèvement de 1955, déclenché par les soudeurs de Saint-Nazaie, et prolongé, un avant mai 1968, par les 63 jours de grève de 1967...


C'est ce groupe, intégré très tôt, à la G.P., que j'ai été charger de venir renforcer - "encadrer"... - à Nantes.


Mado et Serge ont raison, tous les deux.
Agité, parfois, des inévitables soubresauts de la vie de couple, surtout quand c'est l'homme qui, à l'usine, prend le plus de risques directs, et d'abord celui de perdre l'emploi qui nourrit la famille, ils forment un tandem militant aussi sympa qu'efficace.
Moins littéraire, et très long à "bomber", "Pourquoi les syndicats ne veulent-ils pas que l'action soit décidée par tous?" touche au cœur du sujet. L'idée fera son chemin (lire page).
J'écris "nous". C'est mon baptême du feu - - nantais... J'avais été prévenu par Serge, ancien délégué CFDT, démissionnaire, resté très populaire, et donc au courant de tout, qu'un poste de "mannequin" (manœuvre, chargé du nettoyage des grosses machines), s'y libérait.
J'avais à peine eu le temps de m'habituer au rythme inhumain du travail en "trois-huit", dans les effluves de vapeur d'eau brûlante lestée de produits chimiques bleutés du secteur "cartonnerie" de l'usine Beghin-Say, fabricant la pâte à papier de ses boîtes à sucre, où j'avais trouvé, dès mon arrivée à Nantes, un emploi d' "établi" bien différent du folklorique travail d' "auxiliaire", "anto", au centre de tri postal de la gare d'Austerlitz - premier bleu de travail, premier bulletin de salaire, un an plus tôt, à la rentrée 68, à Paris.
Et c'est donc sans une hésitation, et sans regrets, que j'ai "demandé mon compte".

Pour aller embaucher aux Batignolles, je quittai donc - mais il reste gravé dans ma mémoire - le triste hangar de l'Île de la Madeleine, entre deux bras de Loire, où tournait par à coups une archaïque roue en bois de près de trois mètre de diamètre, entraînant une courroie de caoutchouc, sautant tout le temps, destinée à faire tourner les broyeurs.
Du plafond descendait plus ou moins régulièrement, en oscillant, une sorte d'énorme chalut chargé jusqu'à la gueule de vieux cartons ou de journaux. Quand le filet s'ouvrait, ils étaient "dépotés" en vrac, sur une montagne de déchets du même genre - où nous allions l'un après l'autre nous vautrer, pour grappiller quelques minutes de sommeil, quand le broyeur se bloquait, en fin de poste, entre quatre et six heures du matin.
Très vite, un collègue de travail m'avait expliqué "la musique". Quand nous étions, ensemble, "du matin" (une semaine sur trois), je croisais ce vieil ouvrier usé, debout, pour aller vite, au comptoir du petit café devant l'usine. Prendre un dernier "petit noir", pour "attaquer" n'avait jamais été dans ses habitudes. Comme beaucoup de nantais soumis à l'impitoyable loi des "trois huit", il démarrait, depuis près de 25 ans, à l'alcool blanc, ou, pire, au muscadet. "Au taf", il m'avait montré comment "choper" les paquets de journaux ou de carton à la main, à pleines brassées, ou à l'aide d'imposants crochets de pirates, avant de les précipiter dans l'orifice fumant de la machine à broyer - et surtout comment "bourrer", pour que les pales coincent, que la courroie saute, et que la roue s'arrête...
En sueur, nous profitions de ces brefs instants de pause - qui pouvaient également survenir de façon purement accidentelle - pour aller grappiller, sous la protection d'un guetteur, quelques minutes de sommeil volé, sur la montagne de papier.


Aux Batignolles, c'était tout différent.
Mais je n'avais pas eu le temps de faire le tour du sujet quand, requis comme Danielle, elle-même "établie" dans une petite usine, et tous les autres, pour ce "travail du dimanche", nous embarquons dans la vieille Ami 6 Citroên de Jojo - les ouvriers de la GP ont des voitures, les nouveaux "intellos" fraîchement débarqués, pas encore, on verra après la première paye...

"Jacquou le Croquant"

ou "chouans rouges"?

Les nouveaux paysans sont arrivés

(suite, accès par clic ici.)

Les GITANS ne sont pas tous des VOLEURS DE POULES

A ceux de nos lecteurs qui n'auraient pas complètement compris, ou pas complètement cru - malgré la caution apportée à l'ouvrage (paru chez Flammarion début 2004 et vrai succès de librairie, plusieurs fois réédité), par la coopération de JP Cruse, co-rédacteur du livre et auteur d'une préface dense, éclairante -"Moi Manu Le Gitan", le récit (presque) entièrement autobiographique d'Emmanuel Caldier, figure haute en couleurs d'un milieu des "gens du voyage" qui ne comporte pas que des "Gitans d'origine", (expulsables, selon la mode du jour, dans une "Gitanie" à créer, pourquoi pas?, en Israël- après la disparition, à terme assurée, de l' "Etat juif" et le retour au moins partiel des victimes de l'épuration ethnique de 1948), les toutes récentes révélations d'un ancien cadre supérieur des services secrets français sur "le trésor englouti de la DGSE" (JDD, 1er aout 2010), viennent apporter une clé de décryptage des plus acceptables.

Manu, qui fut rarement, et seulement sur le tard, "voleur de poules", mais voleur de voitures rapides, pilote d'élite autant que tireur d'élite, notamment mais pas exclusivement au revolver 22LR à canon long, racontait dans son livre son parcours de jeune et brillant gangster de la banlieue sud, proche du regretté Claude Genova puis des ses ex-"gorilles" les frères Hornec, dont l'équipe de "gitano-maghrébins" allait être soupçonnée sans preuves d'avoir liquidé "Francis le Belge" après avoir "effacé" leur ancien protecteur, devenu, un temps, leur protégé...

Il entraînet le lecteur dans une fascinante plongée au sein de l'univers moderne des "barbouzes", où les "parallèles" finissent toujours par se croiser à juste distance du Ministère de la Défense, et où un jeune gitan d'adoption adopté par... les "forces spéciales" peut devenir un "spécialiste des missions ponctuelles à haut risques", surtout sur les routes ombreuses qui sinuent du col de la Faucille, en pays de Gex, vers Lausanne, Morges, Genève ou Zurich, en passant par la frontière suisse où glissent les inquiétantes silhouettes de "porteurs de valises"...porteurs de lourds secrets et d'épaisses liasses de billets.

Au cœur de son récit, l'histoire d'un financier helvétique attiré en France pour y être "piégé" par vengeance à la suite d'une escroquerie ayant visé une angélique fondation caritative, kidnappé, "puni", puis relâché - avant que son "bourreau" ne revendique l'opération, et ne se laisse arrêter gentiment, puis condamner...à une peine de principe - rencontrant, "par hasard", en prison, le courtier (gaulliste) en armes de guerre Pierre Falcone, proche de l'Angola progressiste de Manuel Dos Santos puis de la Chine de Hu Jintao, mais aussi de Jean-Charles Marchiani, lui-même très lié au fameux général Rondot, cet arabisant

cultivé fils d'un général arabisant cultivé avant lui spécialiste du monde arabe et du Moyen-Orient, passé par le "service action" du SDECE devenu DGSE, sympathisant de la Résistance palestinienne et même du Hezbollah libanais, devenu le véritable dirigeant de l'ombre des services secrets officiels (et non officiels), le marionnettiste inspiré de l'affaire Clearstream, et, en arbitre des élégances, l'arbitre - à coups d'extraits de comptes suisses à trajectoire oblique - du match Villepin-Sarkozy, gaullistes idéalistes contre renégats du gaullisme...

Rondot est-il "le vieux" , expert en "coups tordus", voire en "cadavres exquis", comme en affaires financières et (plus discuté...) en orthographe, également grand amateur de sieste, qui téléguide "Manu le Gitan" jusque dans sa spectaculaire opération de "punition" d'un banquier suisse auteur d'indélicatesses à l'égard d'une "fondation caritative" cache-sexe des services secrets? .

C'est la question qu'on ne peut que se poser. Comme on doit se demander si une "punition" telle qu'évoquée plus haut n'exige pas, au cœur de sa logique, le récit - crypté...- de l'aventure - à bon entendeur, salut.

Et si, enfin, l'étonnant ouvrage signé "Pierre Siramy", publié (voir ci-dessus) quelques temps après"Moi Manu le Gitan", et comportant beaucoup de choses, mais rien sur le "trésor de guerre" en Suisse, n'a pas eu pour seule fonction de préparer les récentes révélations estivales de son auteur - ou présumé tel.

A suivre...

L'assassinat de Pierre Goldman: ce qu'a appris son frère, le chanteur Jean-Jacques Goldman:ICI

"Nous marchonssssssssssssssssssssss poursuivis de balles aboyantes pour qu'en mourant nous devenions navires, poèmes, et autres longues affaires", écrivait Maïakovski, le poète de la Révolution d'octobre (...). Pierre Goldman, qui ne voyait la vie qu'"avec, dans la tête, Lénine, et dans la main, un revolver" (Maïakovski, encore), avait relu ces lignes, chez lui, avec un de ses bons amis, "Solo" - devant un plat antillais mitonné par Christiane, son épouse, alors enceinte - peu de temps avant de mourir

(suite ci-dessous)

, le chanteur , le chanteur

dansaient-elles encore dans sa tête, quand deux hommes froids et précis, couverts par un troisième, firent vibrer l'air tiède de coups de revolver de gros calibre. Ce 20 septembre 1979, à l'heure du déjeuner, il s'effondre, mort sur le coup, sous le soleil de la Poterne des Peupliers, petite oasis de calme du 13ème arrondissement de Paris."
Tout peut être dit aujourd'hui sur ce crime" (...), poursuit Myriam George, qui signe cette enquête publiée en 2001 dans un grand magazine, considérée par Jean-Jacques Goldman comme le meilleur qui ait été écrit sur l'assassinat de Pierre - après en avoir lui-même vérifié les informations essentielles, il le conserve encore aujourd'hui, en bonne place, sur son site - malgré les déplaisantes rumeurs courant sur son auteur (e).

"(Pierre) Goldman, poursuit Myriam quelques paragraphes plus bas, "avait autour de lui un groupe d'amis solides qui avaient entrepris, sous son influence, de mener de front l'étude des textes de Lénine, de Mao et du Che, et l'apprentissage du karaté, du tir et d'autres techniques de combat. Pour ne pas rester des révolutionnaires en chambre... Ceux-là s'étaient juré de chercher, de mener l'enquête jusqu'à son terme, de trouver les meurtriers, et de les tuer. Ils ont trouvé. L'un d'eux a même rencontré l'un des organisateurs du meurtre, à Paris, récemment. Mais, tels ces héros de Hugo qui, après avoir enlevé, sabre au clair, une citadelle réputée imprenable, se résolurent, "d'une façon fort civile, de rendre la ville au roi", les amis de (Pierre) Goldman en sont venus à une conclusion paradoxale. Convaincus que son exécution par les "services" français - car c'est de cela qu'il s'agit - était devenue inévitable, ils décidèrent de ne rien faire, et de se taire. A l'exception de l'un d'entre eux, Solo, l'amateur de Maïakovski, dont VSD a pu recueillir les confidences.
Goldman rêvait d'importer en Europe la théorie du "foco" (foyer de guérilla), chère au Che. Il avait regroupé autour de lui, sur un projet politico-militaire, des militants de la Nouvelle résistance populaire (maoïste), d'Action directe (qui naît à ce moment, le 1er mai 1979, en mitraillant la façade du CNPF), des Brigades rouges italiennes, et quelques Corses. Par l'intermédiaire de son ami Charles Bauer - un militant communiste du port de Marseille reconverti dans le grand banditisme et devenu le porte-parole des révoltes des prisonniers contre les quartiers de haute sécurité (les QHS) - il avait été approché par le truand Jacques Mesrine, lui-même lancé, avec sa bande, dans une sorte de guerre privée, enragée, contre "le système". Après avoir un temps observé, avec tout l'intérêt qu'on imagine, cette étrange mouvance se mettre en place, un noyau dur des services de renseignements français (Sdece) s'était convaincu que le développement d'une extrême gauche armée à l'italienne, mêlant têtes brûlées issues du grand banditisme et desperados d'extrême gauche, pouvait entrer - deux ans avant 1981 - dans une stratégie de la provocation, susceptible d'entraver la marche vers le pouvoir de la "gauche socialo-communiste"..

"Cette analyse, développe alors la journaliste, qui, d'origine libanaise, écrit sous pseudonyme, mais que Jean-Jacques a pu identifier comme une ancienne amie de son frère, "fut révisée après que la bande eut fait quelques dégâts (un mort) en utilisant, pour une "opération de financement", des armes de guerre palestiniennes importées du Liban, sur un voilier. Action Directe avait employé les mêmes, le 1er mai. Le phénomène risquait de devenir incontrôlable, il fut donc décidé d'en finir. Goldman mourut le 20 septembre 1979 et Jacques Mesrine le 2 novembre.
C'est le même "escadron de la mort" qui, un an avant, avait liquidé le militant pro-soviétique Henri Curiel. Mais on ne peut affirmer que le président de la République de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, ait donné son feu vert, comme l'eut exigé la Constitution, à cette "opération homo" (pour homicide). Le pouvoir politique était faible et peu considéré. Le Sdece, au contraire, abritait des personnalités capables d'initiatives indépendantes - le comte Alexandre de Marenches, chef nominal, et son rival, le comte Alexandre de Gaigneron de Marolles, chef du service action jusqu'à cette date.
Proche témoin du "final", Jean-Pierre Maïone-Libaude, un tueur professionnel bricolant, à l'occasion, pour les services, fut à son tour exécuté, plus tard, en juin 1982, d'un coup de fusil de chasse. Il avait été reconnu par B., un truand algérien, ami de Goldman : il les filochait tous deux la veille de l'assassinat de Goldman. Maïone-Libaude a-t-il été "fumé" pour qu'il se taise ? Ou abattu par un ami de Goldman agissant en solo et perfidement mis sur ses traces, par un des commanditaires de l'exécution, soucieux de brouiller les pistes ? L'un et l'autre se dit - ou se disent."

Ainsi se termine l'article. Les personnes les plus concernées n'ont, bien entendu, pas voulu en rester là. Avançant sur la piste de Myriam George, puis de son chef d'enquête à VSD, connu pour sa longue expérience des milieux du renseignement et de l'action secrète, et qui allait quitter le magazine, peu de temps après, contre un gros chèque, après avoir réglé par une négociation "à la sauvage" un conflit né de certains dérapages du traitement du conflit palestinien par le journal, après le 11 septembre 2001, elles s'efforcèrent d'approcher un très haut magistrat, proche de la gauche socialiste, mais honnête, considéré comme "une des personnes qui en savaient le plus sur l'assassinat de Goldman". (suite ici)

 

-KOSOVO-


Bondsteel : La puissance américaine au coeur de l'Europe et le pétrole de la Caspienne

- Un article de Paul Stuart, traduit par Maurice Pergnier, communiqué au Monde Réel par notre ami l'amiral Gaucherand (CR).


La plus grosse base militaire américaine construite depuis la guerre du Vietnam, et une des plus importantes du monde, le camp Bondsteel, est en cours d'achèvement dans la province yougoslave du Kosovo. Elle est située à proximité de chantiers de construction d'oléoducs et de corridors énergétiques d'intérêt vital, comme l'oléoduc transbalkanique financé par les Etats-Unis, fournissant une manne aux entreprises qui travaillent pour la défense, et en particulier à Halliburton Oil Subsidiary et Brown & Root Services.


En Juin 1999, tout de suite après les bombardements de la Yougoslavie, l'armée américaine a mis la main sur 500 hectares de terre agricole dans le sud-ouest du Kosovo, à Urosevac, près de la frontière macédonienne, et a commencé à y construire un camp.

Le camp Bondsteel, qui fait partie d'un réseau de bases américaines installées de part et d'autre de la frontière, est connu sous l'appellation de "la grande dame".

En moins de trois ans, il est passé de l'état de modeste campement à celui de base ultra-moderne, auto-suffisante, et pouvant abriter jusqu'à 7.000 soldats, les trois quarts des troupes stationnées au Kosovo.


Le camp compte 25 km de routes et plus de 300 bâtiments, le tout entouré de 14 km d'enceinte en terre et béton, 84 km de barbelés et 11 miradors. Il est si grand qu'on y distingue un centre ville, des faubourgs et des banlieues ; il y a des secteurs commerciaux, des salles de sport ouvertes jour et nuit, une chapelle, une bibliothèque et l'hôpital le mieux équipé d'Europe.

Présentement, 55 hélicoptères Blackhawk et Apache y sont basés, il n'y a pas de piste d'aviation mais le lieu a été choisi en raison de ses possibilités d'extension. Selon certains, il pourrait être appelé à remplacer la base d'Aviano en Italie.


Le colonel Robert L. McLure écrit dans le Bulletin professionnel du génie que "des plans pour des travaux d'ingénierie au Kosovo ont été dressés des mois avant que le première bombe ne soit larguée."

Au début, le génie s'assura la maîtrise de 320 km de routes et de 75 ponts dans les environs à des fins militaires, et planifia un projet comprenant des logements de troupes, des zones d'atterrissage pour hélicoptères, des magasins de munitions, etc.

McLure explique que la brigade du génie reçut pour instruction "d'imbriquer les infrastructures avec celles du fournisseur Brown & Root Services, de construire non pas un mais deux camps de base (l'autre étant le camp Monteith) pour recevoir un total de 7.000 hommes."


Toujours selon McLure, "au plus fort de la construction, environ 1.000 expatriés (d'anciens personnels de l'armée) embauchés par Brown & Root Services et plus de 7.000 Albanais du Kosovo vinrent prêter main-forte aux 1.700 hommes du génie. Du début juillet à octobre 1999, les travaux furent poursuivis jour et nuit et 7 jours sur 7. Brown & Root Services assure la maintenance totale du camp. Soit, entre autres, la fourniture de 2500 m3 d'eau par jour, de l'électricité nécessaire à une ville de 25.000 habitants, le lavage de 1.200 sacs de linge, le service de 18.000 repas par jour, et 95 % des services de liaisons ferroviaires et aériennes. Le service incendie relève aussi de cette société.
Avec 5.000 employés kosovars albanais et 15.000 venus d'ailleurs, Brown & Root Services est actuellement le premier employeur du Kosovo.
Les cadres s'aventurent rarement en dehors du complexe et leurs activités sont discrètes. Alors que les autres contingents de la KFOR se déplacent en petites formations, sans casques, et avec l'ordre de se mêler à la population, le personnel militaire de Bondsteel ne sort de la base qu'en hélicoptère ou en convois puissamment armés. Sous couvert de l'anonymat, des soldats américains interrogés se plaignent de l'hostilité croissante d'une population qui compare les sommes investies dans le camp à la diminution croissante de leurs propres moyens d'existence. Ceux qui ont visité Bondsteel disent que c'est comme changer de siècle : les alentours sont extrêmement pauvres, avec un taux de 80 % de chômage ; puis le camp apparaît à l'horizon avec son ensemble de paraboles, d'antennes de télécommunications et d'hélicoptères de combat qui tournoient au-dessus.
Brown & Root paie les travailleurs locaux entre 1 et 3 dollars l'heure.
"Nous ne pouvons pas gonfler les salaires, car nous ne voulons pas créer d'inflation dans l'économie locale" déclare le directeur.
L'extension de la présence américaine s'est accompagnée d'une activité accrue de l'armée de libération du Kosovo (UCK). Depuis son apparition, la plupart des Serbes, des Roms et des Albanais opposés à l'UCK ont été assassinés ou chassés. Ceux qui restent n'osent pas quitter leurs maisons pour aller faire des provisions ; la moindre activité extérieure, que ce soit de conduire les enfants à la piscine ou de faire réparer un tracteur, nécessite une escorte militaire. Selon les observateurs, l'UCK continue de bénéficier d'une quasi impunité dans le secteur américain, en dépit des moyens de surveillance ultra-modernes concentrés à Bondsteel.
Quand des soldats américains arrivent à Bondsteel, ils ont toutes les chances d'y être accueillis par un employé de Brown & Root qui les conduira à leurs logements et à leurs postes. G. Cahlink écrit dans le Government executive Magazine (février 2002) que "les soldats de la paix disent en plaisantant qu'il manque quelque chose à leur tenue camouflée ; la mention offert par Brown & Root explique un sergent qui, comme plus de 10.000 militaires dans la région, dépend totalement de l'entreprise basée à Houston, depuis son petit déjeuner jusqu'aux pièces détachées pour les blindés."


Le contrat de maintenance du camp de Bondsteel est le dernier d'une série de contrats de sous-traitance attribués par l'armée à Brown & Root. La fortune de cette entreprise a grimpé en même temps que le militarisme des Etats-Unis. Elle fait partie de la Halliburton Corporation, le plus gros pourvoyeur de biens et services pour l'industrie pétrolière.

Brown & Root a pris de l'importance en 1992 lorsque Dick Cheney, secrétaire à la Défense du gouvernement Bush senior lui attribua son premier contrat de soutien logistique aux opérations extérieures de l'US Army. Entre 1995 et 2000, Cheney abandonna la politique et entra à la Halliburton Corporation. Il est maintenant vice-président des Etats-Unis à côté de Bush junior.


En 1992, Brown & Root a construit et entretenu les bases de l'US Army en Somalie, ce qui lui a rapporté 62 M de dollars ; En 1994, ce furent des bases et des soutiens logistiques pour 18.000 hommes à Haïti, ce qui lui permit de doubler ses gains (133 M de dollars). En 1999, la société se vit attribuer un contrat de 5 ans, d'une valeur de 180 M de dollars, pour construire des installations militaires en Hongrie, Croatie et Bosnie. Mais c'est Bondsteel qui a constitué "la perle des contrats".


Citons David Capouya, directeur de Brown & Root : "Nous y faisons tout ce qui ne nécessite pas de porter un fusil". La sous-traitance de la logistique militaire à des entrepreneurs privés a pour but de décharger l'armée de tout ce qui n'est pas mission de combat.


Dans les secteurs du Kosovo tenus par les autres puissances occidentales, les soldats de la KFOR qui vivent dans des immeubles et des vieilles usines dévastés par les bombes, répètent souvent cette plaisanterie : "Quels sont les deux seules choses qu'on peut voir de l'espace ? Réponse : la grande muraille de Chine et le Camp Bondsteel !"


Plus sérieusement, un officier supérieur britannique a déclaré au Washington Post que "c'est le signe évident que les Américains s'impliquent profondément dans les Balkans et qu'ils ont l'intention d'y rester." Selon un analyste, les Etats-Unis ont saisi des circonstances favorables pour créer une base suffisamment importante pour servir de support à des projets militaires à venir.
Le 5 juin 2001, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a expliqué aux troupes stationnées à Bondsteel quel rôle elles jouaient dans la stratégie économique du nouveau gouvernement "Combien devrions-nous dépenser pour les forces armées ? Mon opinion est qu'il ne s'agit pas de dépenses mais d'investissements. Vous ne tirez pas sur notre puissance économique, vous la préservez. Vous ne pesez pas sur notre économie, vous êtes le socle de sa croissance."
Un mois plus tard, Georges Bush junior a fait son premier voyage à l'étranger pour rendre visite aux soldats du camp. Il a insisté sur le fait que les troupes américaines étaient au Kosovo pour y rester. Rompant avec les procédures habituelles, et devant des soldats enthousiastes, il a entériné par sa signature une augmentation des dépenses militaires de 1,9 milliard de dollars approuvée par le Congrès.

Depuis lors, la base de Bondsteel n'a cessé de se développer, et est devenue le fer de lance d'un réajustement des bases militaires américaines en Europe et à l'Est. Elle sert de modèle à des bases construites en Afghanistan et dans les républiques ex-soviétiques. Avant le début des bombardements sur la Yougoslavie, en 1999, le Washington Post soulignait : "Le Moyen-Orient devenant de plus en plus fragile, nous allons avoir besoin de bases et de droits de survol aérien dans les Balkans pour protéger le pétrole de la mer Caspienne".


L'importance des investissements faits par les compagnies américaines dans l'exploitation des champs pétroliers de la Caspienne et l'exigence du gouvernement américain que son économie soit moins dépendante de l'importation (notamment du Moyen-Orient), requièrent que soit trouvée une solution à long terme pour le transport du pétrole vers les marchés européen et américain. L'Agence américaine pour le développement du commerce (TDA) a financé des recherches de faisabilité avec des bourses généreuses, et plus récemment des études techniques avancées, concernant l'oléoduc trans-balkanique, nommé AMBO (Albania Macedonia Bulgaria Oil), dont le siège est à New York. Le réalisateur de l'étude initiale de faisabilité de l'AMBO, ainsi que d'une étude antérieure abandonnée, n'était autre que Brown & Root. Comme par hasard, c'est l'ancien directeur de la branche prospection du gas et du pétrole pour l'Europe et l'Afrique de Brown & Root, Ted Ferguson, qui a été nommé président de l'AMBO, à la mort du président précédent, M Vuko Tashkovijk, originaire de Macédoine. Selon Reuters, Ferguson vient de déclarer que Exxon-Mobil et Chevron, deux des plus grosses compagnies pétrolières mondiales, se préparaient à financer le projet.


La réalisation de l'oléoduc risque de froisser la Turquie, qui est le meilleur allié des Etats-Unis dans la région. Selon le Reagan Information Interchange, "Si les Etats-Unis font une bonne affaire sur le plan économique, en revanche ils sous-estiment l'importance cruciale des relations avec la Turquie".

Les Etats-Unis entrent aussi en conflit d'intérêt avec leurs alliés européens et avec la Russie en construisant le camp Bondsteel (et d'autres bases plus petites le long du tracé de l'oléoduc).

Il a en effet été installé près de l'embouchure de la vallée de Presevo et du corridor n° 8 que l'Union européenne favorise depuis 1994 et considère comme l'un des grands axes stratégiques du commerce mondial.


En avril 1999, le général britannique Michael Jackson, commandant en chef pour la Macédoine pendant les bombardements de l'OTAN, avait expliqué au journal italien Sole : "Aujourd'hui, les conditions que nous avons créées ici ont changé. Maintenant, il est absolument nécessaire de garantir la stabilité de la Macédoine et son entrée dans l'OTAN. Mais il est certain que nous resterons ici longtemps, pour pouvoir garantir la sécurité des couloirs énergétiques qui traversent ce pays."

Le journal ajoutait : "II est évident que Jackson parle du corridor n° 8, l'axe est-ouest qui devrait être combiné avec l'oléoduc qui amène les ressources énergétiques de l'Asie centrale vers les terminaux de la Mer Noire et de l'Adriatique, et qui relie l'Europe à l'Asie centrale. Ceci explique pourquoi les grandes et moyennes puissances, et d'abord la Russie, ne veulent pas être exclues des règlements de compte qui vont se dérouler dans les Balkans dans les prochains mois."
Cet article a été diffusé sur le World Socialist Web site, le 29 avril 2002;
Balkans-Infos N° 67, juin 2002

 
 
Le monde contre Bush: un reportage photo de nos amis belges de SOLIDAIRES
 
 
 

Dutroux, au départ, n'est qu'un banal sadique, un de ces pervers dangereux que nos sociétés secrètent, mais qu'elles finissent le plus souvent par dépister, et par mettre hors d'état de nuire...

"Serial violeur", trouvant un plaisir trouble à faire souffrir les femmes, il traîne dans les patinoires, pour y faire des rencontres. C'est ainsi qu'il connaît Françoise, sa première femme, qui lui donnera deux enfants; puis Michelle, la deuxième, une jeune institutrice au caractère soumis, passif - qui deviendra son associée fidèle tout au long d'un exceptionnel parcours criminel...

En juin 1983, il entre dans la carrière en agressant, à son domicile, une femme de 58 ans. Pour lui faire dire où elle cache son argenterie, et ses économies, il lui inflige des tortures sexuelles - pénétration du vagin avec une lame tranchante, etc. Il a 27ans. Il sera arrêté trois ans plus tard, en 1986,avec deux complices - dont Michelle, qui passe rapidement aux aveux.

Poursuivi également pour le kidnapping de Joëlle, une étudiante d'Obaix, âgée de 18 ans, qu'il a sévèrement humiliée, et violée avec une sauvagerie rare, sous la menace d'un couteau, conservant un abject"reportage photo" de ses exactions, ainsi que pour l'enlèvement et le viol d'une gamine de 11 ans à la piscine de Gilly, près de Charleroi (juin 1985), suivi par le kidnapping de Céline, 19 ans, emmenée dans sa maison de Marcinelle, et violée, l'enlèvement et le viol de Déborah, 18 ans, près de Malinnes, à quoi s'ajoute l'enlèvement et le viol de la jeune Odette, 15 ans, filmée nue et martyrisée pendant que la bonne Michelle, qui participe à la plupart de ces horreurs, est sortie promener l'enfant du couple, il sera condamné à 13 ans et six mois de détention. Une peine lourde, normale pour un dossier de ce genre, qui devrait le mettre à l'ombre jusqu'en 1999, si une mesure de libération conditionnelle, en 1992, n'était venue le remettre dans le circuit.

Il est vrai que le dossier a été "touché" par un homme de loi qui avait eu lui-même l'honneur, si l'on peut dire, d'être cité dans l'affaire des "parties de sexe communes avec participation de mineurs d'âge" connue sous le nom de "dossier Pinon" (voir chapitres précédents)- où des personnages des milieux du renseignement, de la police, de la gendarmerie, de la magistrature, apparaissent dans les coulisses, affairés à "piéger" de très hautes personnalités bien connues au Palais royal de Laeken...

Pour les observateurs les plus avertis du dossier, l'exceptionnel filet de protection qui, dès cette époque, donc, couvre les agissements de ce que les journalistes et la justice belge vont s'acharner à présenter, contre l'évidence même, comme un "prédateur isolé", a déjà été mis en place un peu plus tôt, à l'époque de la disparition d'une autre jeune fille, Christine Van Hees, 16 ans, retrouvée presque complètement carbonisée, le corps mutilé, victime d'atroces sévices, dans une ancienne champignonnière d'Auderghem, quartier de Bruxelles.

1984...Deux jours après la mort de la pauvre Christine, qui en savait trop sur le contexte de certaines orgies organisées dans la grande métropole européenne, et qui, selon une de ses amies, Fabienne, interrogée au cours de l'enquête, "quelques jours avant sa mort, avait pris rendez-vous avec un certain Marc, de la région de Mons", témoignage corroboré par une autre de ses amies, Ariane, et par le frère de cette dernière, Dutroux, qui vivait jusque là d'expédients, en marginal, ouvre son premier compte en banque - au Crédit professionnel du Hainaut .

12 ans plus tard, en 1996, le "prédateur isolé", enfin confondu pour une longue série d'autres crimes, s'avérera incapable d'expliquer l'origine des mouvements de fonds venant créditer, à ce moment précis, ce tout premier compte bancaire de sa vie d'homme.

Christine nageait dans une piscine proche d'une "Radio Libre" de Bruxelles également fréquentée par un personnage interlope, ami de Dutroux, plus ou moins entremetteur, plus ou moins proxénète, Michel X..., également présent dans les réseaux de "parties de sexe communes" mettant en scène d'importantes personnalités politiques citées dans le dossier Pinon, comme dans celui du "bac à confitures" devant les glaces sans tain du bar le Jonathan (voir chapitres précédents)...

Marc Dutroux fréquentait lui aussi, personnellement, la piscine en question. 1984 n'est pas seulement l'année de la mort de la "fille qui en savait trop", découverte torturée et brûlée dans la champignonnière.

C'est aussi celle du surprenant décès de Paul Latinus, l' "agent secret" proche d'une société de sécurité privée américaine liée au général Haig, haute figure de l'OTAN, retrouvé mortellement entortillé par le fil de son téléphone après que sa concubine se fut un peu trop étendue, dans les bars, sur le fameux "dossierPinon" que son amant, avait eu l'imprudence de se vanter,devant elle, de "travailler" - et donc, de détenir.

Quoi qu'il en soit, en 1992, le prisonnier Dutroux retrouve la liberté. Il ne perd pas de temps. - Octobre 1993: "Mon informateur, Claude T., me signale qu'un certain Marc Dutroux est en train d'aménager ses caves pour y séquestrer des enfants dans l'attente de les faire passer à l'étranger, signale un gendarme de Charleroi à un magistrat de la ville.

Cinq perquisitions successives ont lieu dans des maisons de Dutroux, qui, toujours sans ressources apparentes, est devenu riche, investissant dans la pierre dans des quartiers pauvres, discrets. Bonne pioche: on découvre effectivement des chantiers de terrassement. Le "serial kidnappeur" de jeunes filles, connu des services de police, et de la justice, qui l'a déjà condamné une fois à plus de 13 ans de prison pour "enlèvements et viols", ne s'étend guère sur les motifs de ces travaux. Mais on ne l'ennuie pas trop - même si l' "indic" persiste et signe.

Perquisitions "infructueuses", donc. "Il n'y a pas d'activités délictueuses en cours."

L'indolent magistrat, qui soupçonne tout de même l'amateur de chair fraîche de quelques menus vols - le "prédateur isolé" a plusieurs cordes à son arc... - fait réaliser une dernière perquisition au mois de janvier 1994. Les travaux de terrassement n'ont pas avancé. "Pas d'éléments probants" dans les poursuites pour vols, on referme le dossier.

Il va falloir le rouvrir. pas plus tard que l'année suivante. Le 25 juin 1995, l'informateur Claude T .revient à la charge. Il signale à son "tonton" de la gendarmerie de Charleroi un "possible rapprochement" entre ces histoires de "travaux de terrassements" destinés à "construire des cages" pour un "trafic d'enfants" destinés à l' "export" et la disparition, qui vientd'être signalée, la veille, 24 juin, de deux petites filles de la commune de Grâce-Hollogne qui jouaient innocemment près d'une bretelle d'autoroute, Julie Lejeune et Melissa Russo, 8 ans. L'enlèvement des deux petites fait la Une de la presse: sans que cela suffise à convaincre les gendarmes de transmettre à la juge d'instruction Martine Doutrèwe, de Liège, les soupçons qui, tout de même, semblent peser, avec tout le respect qu'on doit à la présomption d'innocence, sur le bourreau, identifié, jugé, et condamné, de Joëlle, Céline, Déborah et Odette, que personne n'a voulu ennuyer pour le martyre de Christine Van Hees,et qui a bénéficié d'une mesure de libération conditionnelle...

Il est vrai que 1995 est aussi l'année où est jugé, et condamné, un autre criminel spécialisé, Jean-Paul Raemaekers, un homme d'affaires de Bruxelles assez en vue, également écrivain, et connu sous le nom d' "Alexandre de Saligny", propriétaire de deux Jaguar, d'une Porsche, et de bars de nuit de Rotterdam - où une perquisition permet de découvrir, notamment, des milliers de cassettes videos montrant des scènes de viols et de tortures d'enfants.

Fournisseur, avouera-t-il, de "petites filles pour des partouzes", Jean-Paul évoque, parmi les nombreux clients amateurs de ses films, "des personnes haut placées,magistrats, avocats, militaires..." - "Si je parle, dit-il, le pays éclate."

Condamné une première fois, en 1989, pour le tournage de cassettes videos aux Philippines mettant en scène la petite Isabelle, 11 ans, fournie par ses parents ( cinq ans de prison... dont deux avec sursis!...) il avait, lui aussi, bénéficié d'une mesure de libération conditionnelle en 1991.

Il avait alors recyclé "les recettes de son commerce de pornographie enfantine" dans la création d'une société d'investissements financiers, avenue Louise, à Bruxelles - un quartier des plus huppés.

Parallèlement, il développait l'activité video particulière qui allait finalement lui valoir une condamnation aux travaux forcés à perpétuité, le 27 janvier 1995.

"Je veus faire pénitence. Je suis le bouc émissaire. Les grosses légumes restent hors de portée",avait-il déclaré, avant le délibéré. Brandissant une liste. Pudique, le Président l'avait coupé. Sur 4000 cassettes saisies, seules 2000 ont été visionnées, officiellement, au cours de l'enquête...Pourris eux-mêmes, des parents louaient au "cinéaste" de jeunes "actrices", qu'il emmenait dans un "studio d'enregistrement" de la riche avenue Molière, à Uccle, quartier de standing de Bruxelles...Des personnages de l'affaire Dutroux apparaissent dans son dossier...

La mème année, enfin, au mois de juillet 1995, mais de l'autre côté de la frontière franco-belge, cette fois, un autre réseau organisé de trafiquants de (très jeune) chair fraîche est mis à nu, avec l'arrestation d'un autre proche du "prédateur isolé" Marc Dutroux - un ancien voisin de cellule...-, Lucien V., sosie presque parfait, par ailleurs, de Michel X...

Lui, conduit des camions de vivres pour des associations de secours aux victimes de sinistres en Roumanie...A l'occasion, il "importe" aussi des jeunes femmes. Dont plusieurs sont mineures...

Lucien V..., dans le civil négociant en vins dans la région lyonnaise, qui connaît aussi bien, donc, le "prédateur isolé" Marc Dutroux que le "vidéaste isolé" Jean-Paul Raemaekers, et qui fréquente les bars proches du quartier de la gare du nord, commande habituellement "des filles" aux frères M... dans la basse ville de Charleroi.

Saoûlées, droguées à l'aide de produits médicamenteux - technique familière à Marc Dutroux...- elles sont ensuite emmenées dans de petits hôtels, violées, puis mises sur le marché...

Mis en cause pour l'enlèvement suivi de meurtre de Pascal Meunier, témoin de l'enlèvement suivi de viol de quelques jeunes filles, Lucien V. bénéficie d'une ordonnance de non-lieu, en 1983. En 1986, il est condamné pour viol, en Belgique. Prison avec sursis...En 1989, viol toujours, deux ans, ferme, cette fois - suivis par une décision de remise en liberté anticipée, due à la bienveillance de la chambre d'accusation du tribunal de Liège. En 1993, il est en liberté.

En aôut 1995, une conférence de coordination de la gendarmerie de Charleroi, tenue à l'abri de toute oreille de magistrat, se résout à considérer Dutroux comme "suspect potentiel" dans l'affaire de la disparition des petites Julie et Melissa.

Vu le caractère sensible de l'affaire, une vaste opération de surveillance est mise en place à l'aide de gros moyens, l' "Opération Othello".

Particularité d' "Othello": les surveillances ont lieu sous couverture d'une enquête portant sur un trafic de voitures - où Dutroux, par ailleurs, semble impliqué...Il en faut plus pour dissuader le "prédateur isolé" de repasser à l'action:

(suite ici...)

 

BONNE ANNEE 2008

C'est la bonne nouvelle de la toute-fin de l'année 2007!

Elle vient cloturer une période historique où une grande majorité de gens de bonne foi, soucieux de paix dans un monde d'harmonie et de progrès humain, démocratique, ont correctement identifié la contradiction principale, celle qui oppose les peuples et les nations du monde à l'impérialisme dominant du moment - l'ensemble formé par les Etats-Unis d'Amérique et leur tumeur israélienne. Mais, dans le fil de cette analyse, beaucoup se sont, en revanche, "plantés à 100%" sur "l'aspect principal" de cette contradiction.

Car la tendance générale n'est pas à l'offensive du "monstre", sorti des cavernes de son "Île Noire" (île-continent longtemps protégée des "barbares" par les immensités liquides de l'Atlantique), ravageant tout, partout, sur son passage, asservissant les peuples, humiliant les êtres et disloquant les anciennes nations sous les coups de fouet de la "globalisation".

Non! La tendance principale est à l'émergence de réalités nouvelles, porteuses d'espoir, sous des formes inattendues, défiant les esprits étroits, dogmatiques. C'est l'affirmation de pouvoirs populaires de type nouveau, passés de la phase de mouvements de guerilla contrôlant de vastes zones dans une stratégie cohérente de guerre populaire prolongée, jouant sur un vaste clavier de moyens, politiques autant que militaires, à celles de jeunes Etats-nations progressivement émancipés de toute tutelle, et libérés de l'emprise de la peur (qui paralyse l'initiative).

Chacune à sa façon, l'insolente promenade française du chef d'Etat de Libye, pays ami, mais pas soumis, défiant, d'un "doigt" provocateur de "racaille" indomptée le fantoche de l'Elysée, la résistance (au moins provisoire) du Tchad aux "diktats" de Paris, dans l'affaire des "voleurs d'enfants", et l'obligation où se trouve le petit Monsieur Bruni de mendier aux FARC de Colombie la libération de la Bétancourt, "bo-bo" "débranchée", éperdue au fond de la verte Amazonie, témoignent de ce bouleversement des hiérarchies anciennes, rabattant son caquet, partout, au Parti de l'AmériKKKe.

Dans cet heureux contexte, qui nous promet à tous une meilleure année 2008, une faille commence même à miner les murs de la citadelle, rongeant de l'intérieur une "hyperpuissance" confrontée à la plus terrible des menaces, celle qui fait périr les plus arrogantes des cités, "divisées contre elles-mêmes".

Cette contradiction nouvelle, qui donne la tendance, même si elle n'est pas encore devenue "principale", a travaillé longuement de façon sourde, souterraine.

Elle commence à laisser filtrer au grand jour les manifestations de la plus mortelle des "guerres secrètes", celle qui (sur fond de mécontentement virant à la colère d'un nombre grandissant de citoyens d'une économie bâtie sur les marais mouvants de la dette, dressés contre les hyper-escrocs de la haute finance d'un "hyper-capitalisme" financier, pris au collet), soulève les "prétoriens" de l'élite réelle de l'appareil d'Etat moderne, les gens du Renseignement, contre un pouvoir politique qui n'a plus que les oripeaux défraîchis de la démocratie.

C'est Youri Andropov, "géant" féru d'Histoire d'un KGB constituant l'âme rouge secrète, vivante et bien vivante, d'un système brejnevien pourri jusqu'à la moelle, dont il connaissait les arcanes, qui a lancé la longue et sinueuse "révolution dans la révolution" ( passant par la perestroïka et la glasnost de Gorbatchev, puis la puante parenthèse Eltsinienne, pour en venir à la superbe Renaissance Russe, sous Vladimir Poutine).

Il a fallu du temps, dans une vision longue...

Du côté de Washington, détenant les secrets essentiels de la période ouverte par les complexes événements du 11 septembre 2001, théâtre d'un véritable coup d'Etat à froid contre ce qui se présentait comme la "première démocratie du monde", les "pros" des services secrets défient maintenant ouvertement le pouvoir de la secte des "néo-cons", brutes du Texas au mufle de Cheney, ou mafieux sophistiqués en costume trois-pièces de l'extrême-droite fasciste inféodée à Tel Aviv.

Dans cette "rébellion des espions", "guerre des barbouzes" au sein de l'Etat le plus puissant du monde où la C.I.A. et nombre de généraux huppés du Pentagone figurent dans le camp des "bons", et le tout petit Bush, isolé comme jamais, dans celui des "loosers", futurs perdants promis, pour le moins, à l'opprobre, pour le mieux, au gibet des traîtres aux intérêts réels de la "nation impériale", divisée contre elle-même.

Le document que nous reproduisons ci-contre, à droite, en larges extraits, avant de le commenter brièvement, montre à quel point la "non-guerre Etats-Unis-IRAN", avortée sous l'effet de la "révolte des prétoriens" avant l'accouchement du premier tir de missile, concentre les enjeux de l'époque.

Elle les concentre, mais ils ne s'y réduisent pas.

Et la leçon vaut aussi pour notre "caniche de Bush", à nous, qui a raison de prendre du bon temps sur sa felouque, avec sa canichette, aux portes de Louxor.

Qu'il y médite sur l'effondrement de l'immense civilisation des Pharaons qui, des siècles avant nos dirigeants grotesques en "rayban" de maquereaux de films américains de série B, se croyaient, arrogants, au sommet d'une puissance destinée à durer jusqu'à la fin des temps.

Car chez nous aussi, sous le masque insultant d'un ego débridé, aux limites de la névrose, le pouvoir repose sur du sable.

En France aussi, dans le monde des prétoriens humiliés, bannis, et quelquefois emprisonnés, punis pour avoir servi leur peuple et leur pays, au prix des plus grands risques, grondent les rumeurs de la colère.

L'AmériKKKe se paye le luxe d'une répétition, puissance dix, de l'Irangate.

Après l'ère gaullienne, que le pitre cloture et prostitue sur le mode grotesque, la France est-elle mûre pour éclore, le moment venu, d'un Chavez?

ShaoShan

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IRAN, Nucléaire, etc

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« Coup de palais »

à Washington

Pourquoi le vice-amiral John Michael McConnell, directeur national du renseignement des États-Unis, a-t-il publié le rapport sur l’Iran ?


La publication du rapport NIE (National Intelligence Estimate) relatif à l’Iran est une partie du combat larvé qui sévit au sein de l’établissement politique des États-Unis.

Par cette publication des seize services de renseignement US, qui a surpris nombre de personnes, la fraction non belliqueuse des forces armées et des services de renseignement a empêché une attaque prochaine contre l’Iran.

Le rapport constate que l’Iran n’a plus réalisé de programme nucléaire militaire depuis 2003 au plus tard. Selon un diplomate de haut rang accrédité auprès de l’Union Européenne, ces déclarations « incroyables » des services de renseignement (...) ne sont pas encore digérées, mais sont perçues en partie, alors que les contours du reste sont visibles.(...)

La publication a eu lieu alors que des problèmes cardiaques clouaient une fois de plus le vice-président Cheney sur un lit d’hôpital. Dans la coulisse, un combat acharné a opposé les « réalistes » au noyau néo-consevateur qui, avec le Likoud, a effectué une escalade belliqueuse, espérant profiter d’un nouvel ordre au Proche-Orient (...) Parmi les auteurs (du rapport des "réalistes" anti-guerre NDLR/LMR) figurent des membres de l’Iraq Study Group qui gravitent autour de James Baker, l’ancien ministre des Affaires étrangères du père de l’actuel président, George Bush. Ce sont non pas des apôtres du droit des gens, mais des hommes de pouvoir, non fixés sur une idéologie néo-conservatrice à la Strauss, donc plutôt pragmatiques et dépourvus de liens amicaux avec Tel-Aviv. Robert Gates, ministre de la défense, en fait partie. L’ancien numéro 2 de la CIA (...), secrétaire de l’Iraq Study Group, (...) a remplacé Donald Rumsfeld après son éviction par le groupe Baker.

Y participe aussi l’amiral William J. Fallon, qui dirige actuellement l’US-Central Command, couvrant le Proche et le Moyen-Orient, l’Irak et l’Afghanistan. Il avait annoncé que lui et son état-major se retireraient si on leur commandait d’entrer en guerre contre l’Iran.

Le général d’aviation Michael V. Hayden, directeur actuel de la CIA, fait aussi partie de ceux qui veulent à tout prix empêcher une guerre contre l’Iran.
(...)
Selon des sources russes dignes de foi, Gates, ministre de la défense des États-Unis, a rencontré (...) Mahmud Ahmadinejad, président de l’Iran, en marge de la récente conférence du Conseil de Coopération du Golfe (au Qatar NDLR/LMR). Un traité de non-agression aurait été signé entre les Gardes de la révolution et les forces armées des États-Unis. (...) Les va-t-en-guerre (de Washington NDLR/LMR) (...) avaient taxé ces dernières semaines les Gardes iraniennes de la révolution, formation militaire complétant l’armée régulière, d’« organisation terroriste ».


Quelques heures seulement après la conclusion de cet accord secret, le Pentagone et la CIA auraient transmis aux médias le rapport NIE sur le programme nucléaire iranien, considéré jusqu’alors comme « top secret », le vice-amiral John Michael McConnell, directeur de « National Intelligence », ayant déclaré lors de sa comparution récente devant le Sénat que les conclusions ne seraient pas rendues publiques.

(...)

Fidèle à sa rhétorique, le président iranien a parlé d’un « tir politique à bout portant » contre la fraction belliciste des États-Unis.
Constatant que « l’Iran n’a pas l’intention de se forger des armes nucléaires », les ser vices de renseignement entravent tous les efforts de la propagande israélo-US. En 2003, des informations inventées par des services de renseignement avaient précipité le monde dans la guerre d’Irak. On se souvient des mensonges du ministre des Affaires étrangères des États-Unis, Colin Powell, devant le Conseil de sécurité à propos des armes de destruction massive et des laboratoires biologiques sur camion de Saddam. Contrit, il a parlé ultérieurement de la plus grande faute de sa carrière. Les auteurs du rapport NIE ont donc prévenu une nouvelle instrumentalisation de leurs services.
(...)
Si la publication n’arrête pas le signal d’alarme, elle permet au monde de respirer encore. Ni la situation économique ni la situation militaire ne tolèrent de nouvelle guerre. Le temps d’arrêt pourrait durer environ un an (...).

La situation des États-Unis est lamentable. En Irak, l’évolution désespérée est maquillée. La troupe menace de se soulever, le matériel est usé.(...)
En Afghanistan aussi (...) les troupes de l’OTAN mènent leurs premiers combats au sol – elles contrôlent de moins en moins la situation. .(...) Le Pakistan (...) est proche de l’insurrection. S’il se ferme, l’OTAN est quasiment prise au piège. Un pont aérien permettrait-il aux États-Unis de se procurer assez de ravitaillement ? A Stalingrad, Göring avait trop promis à Hitler.
(...)
Poutine n’a pas (...) laissé de doute sur le fait que l’expansion de l’OTAN dans les anciens satel lites du Pacte de Varsovie ne serait pas tolérée, tout comme le stationnement d’armes anti- missiles en Pologne et en République tchèque ainsi que l’indépendance du Kosovo conformément au plan Atthisari. La Russie a joué des muscles(...). La flotte a pris de nouveau position dans l’Atlantique et la Méditerranée, où un point de soutien a été bâti dans le port syrien de Tartous.

La reprise des vols de patrouille des bombardiers atomiques (russes NDLR/LMR) dans toutes les régions du monde – suspendus depuis 1992 – a constitué aussi un signal : depuis le mois d’août, 70 vols de longue distance ont eu lieu, trois jets de bombes atomiques d’exercice ayant lieu par trajet, soit 217 au total.


L’équipage d’un porte-avions des États-Unis a pris une douche froide lors de son survol récent par plusieurs de ces bombardiers russes de longue distance. Les Russes ont eu le toupet d’envoyer immédiatement une photo du survol au télécopieur de la cabine de commandement du porte-avions avec la remarque narquoise que « si nous interprétons bien la présence des poules effrayées massées sur votre pont, notre survol vous a surpris. » (...)

Deux sous-marins chinois ultra-silencieux sont apparus, à la mi-octobre, au milieu du groupement de combat du porte-avions USS « Kitty Hawk », à distance de torpille du porte-avions. L’escadre se livrait à des exercices au sud du Japon. Les porte- avions figurent parmi les objets les mieux protégés sur et sous l’eau, par bouclier aérien et navires de sécurité. Les États-uniens ébahis n’avaient pas décelé l’approche silencieuse de ces sous-marins. (...)
Il semble que Russes et Chinois ont une avance technique et peuvent surprendre leurs adversaires. (...) Les Iraniens ont également mis en service des sous-marins particulièrement silencieux (...). Dès lors, on comprend pourquoi la fraction (...) non belliqueuse veut empêcher une guerre d’éclater.
(...)

S’y ajoute le désastre économique que connaissent les États-Unis : déficit de l’État, endettement de la population et crise hypothécaire s’accroissant à un rythme vertigineux. Selon le banquier Raymond Baer, « nous ne sommes pas encore arrivés au milieu du film. » Heureusement que la crise a éclaté avant que les banques des États-Unis aient vendu à des banques asiatiques et euro péennes tous les prêts hypothécaires pourvus d’un triple A des agences de notation US, mais totalement dépourvus de valeur. (...) Le plan d’après lequel « ce sont nos prêts hypothécaires, mais votre problème » a échoué partiellement.


Autour du monde, divers pays, gouvernements et groupements se sont unis pour signaler aux États-uniens qu’une guerre contre l’Iran serait le début d’une guerre mondiale. A Washington, les milieux pragmatiques ont visiblement compris qu’ils subiraient de tels revers que la guerre ne constituait pas d’option pour le moment.
(...)
Le groupe Baker-Gates avait mis au courant les principaux acteurs que sont la Russie et l’Iran de la publication du rapport.(...) Tout aussi notables ont été l’offre faite par Gates aux Russes de s’entretenir à propos du bouclier anti-missiles et le séjour officieux de généraux russes de haut rang aux États-Unis, qui a eu lieu au début de décembre. (...) Une conférence sur ce thème devait se tenir en février à Bucarest. Le changement du fusil d’épaule prend forme.
(...)
La Russie a réagi très modérément au rapport NIE et ne s’est pas livrée à des sarcasmes ni n’a triomphé. On laisse les États-uniens résoudre eux-mêmes leurs problèmes internes. (...)
Parmi les conventions annexes pourrait figurer que la conférence d’Annapolis sur le Proche-Orient se poursuivra en janvier à Moscou, à l’inclusion de la question syrienne et libanaise. Moscou devient leader à propos du Proche-Orient.

(...)
Aussi peu avertis officiellement que les Européens et les Chinois, les Israéliens ont été surpris et consternés. En raison du rapport NIE, Condoleezza Rice a dû passer toute une nuit à téléphoner au ministre des Affaires étran gères chinois en rage.(...)
Les restes des néo-conservateurs et l’AIPAC, lobby israélien à Washington, ont déclenché la contreattaque. Bolton, ambassadeur près l’ONU déposé, veut partir en guerre contre les services de renseignement et contre ceux qui considèrent le monde autrement que le président et s’y tiennent. Rumsfeld, Libby, Cheney, Wolfowitz et Perle sont encore là."

Notre commentaire

- Comme le sont souvent les - brillantes - analyses du Réseau Voltaire, celle-ci pêche par son double tropisme "russe" et "iranien", sous l'influence apparente de secteurs de l'appareil d'Etat de ces deux puissances alliées (utiles contrepoids aux Etats-Unis, mais surestimant les possibilités d'une stratégie ouverte d'affrontement direct et de défi provocateur avec ce "tigre en papier" qui reste "un tigre bien réel").

En fait, contre pareil adversaire, la "grande stratégie", qui, comme dit le Tao, "n'a pas de forme", consiste à jouer sur le temps long, en privilégiant l'absorption invisible, économique, puis culturelle, du capitalisme archaïque, grossier et brutal, qui fut celui du nazi américain Henry Ford et du "fordisme" industriel (taylorisme), lui-même à l'agonie, par l'autre forme de puissance, et de pouvoir, émergeant des nations du "Grand Sud", dans leur diversité.

Ce sont les capitaux du "Sud", arabo-asiatique, qui sauvent aujourd'hui, mais pour combien de temps, l'AmériKKKE à la ramasse d'une nouvelle "crise de 1929", qui serait un désastre mondial, porteuse, comme l'ancienne, des plus terribles tueries à l'échelle de la planète toute entière.

Achetée, autant que saignée, au goutte à goutte, et sans provocations inutiles, la terre du génocidaire Custer, de Westmoreland, boucher en uniforme du Vietnam martyr, mais finalement vainqueur, doit amenée à résipiscence dans la douceur.

C'est une ascèse, mais c'est possible, et c'est la "voie".

Mais ceci ne signifie nullement qu'on doive ne pas rester la main posée sur la poignée du sabre, ou la crosse du revolver.

Car le pire, s'il est évitable, n'est nullement à exclure.