| REBELLES
L'histoire secrète des MAOS de
la Gauche prolétarienne - et ce qui s'ensuivit (1967-2008)
(suite)
-V-
Nantes-Saint-Nazaire: édification
d'une "base ouvriers paysans"
(suite)
Ville-campagne: Lénine,
les paysans, Linhart - et Jean-Paul Sartre... |
Personnage discutable, "engagé",
pendant la Résistance... dans l'écriture d'un laborieux
pavé, abstrait, largement inspiré des écrits
du controversé recteur de Heidelberg, dans l'écrin
de verdure agréable... des rives de l'Erdre, à quelques
kilomètres à peine du camp de Châteaubriant,
donc, quand un René Char, grand lecteur, lui aussi, de Heidegger,
cavale, armes en main, et cahier de poèmes au fond d'un havresac,
sur les escarpements dominant la vallée de la Sorgue, Jean-Paul
Sartre est devenu le penseur et la figure d'un "engagement"
à contre temps.
Lancé, de ce fait, dans une surenchère un
peu brouillonne - marquée, notamment, par une
longue complaisance à l'égard d'Israël, fruit
pourri du remords de n'avoir pas été du Parti des
Justes quand le tocsin sonnait pour les Juifs, et qu' il y avait
péril en la demeure, il n'en a pas moins, à
son bilan, quelques bonnes choses. A commencer par un "engagement",
là, "juste", et en tout
cas juste à temps, contre les guerres coloniales...Et
en continuant par son courageux compagnonnage avec les maos,
alors que sa gloire était faite - et qu'il était déjà
bien vieux, bien fatigué, bien malade, et presque aveugle.
A son actif, aussi, sa réflexion sur la France, pays, où,
selon lui, "le "concept de peuple"
a le plus de mal à s'appliquer"
de par la division ente ville et campagne, sous la Révolution
puis contre la Commune.
Babeuf l'avait, avant lui, entrevu, et Marx
après, lisant chez l'inspirateur de la Conspiration
des Egaux le rêve nostalgique d'une Révolution
qui eût fusionné l'ardeur urbaine des Sans-Culottes
prolétariens du Faubourg-Saint-Antoine avec la rébellion
paysanne du grand ouest, captée par les "blancs"
après l'accaparement des terres expropriées de l'aristocratie
des châteaux, et de l'Eglise, par la rapace bourgeoisie urbaine
de Nantes, Rennes, Laval ou la Rochelle...- Et Marx encore,
et le même faubourg, toujours, celui des artisans-ouvriers
des métiers du meuble, aile marchante du prolétariat
urbain artisanal-révolutionnaire de 1789, et plus encore,
de 1793,à quelques portées d'escopette des murs de
la Bastille... "Le communisme?
C'est ce dont discutent en ce moment, dans leurs tavernes enfumées,
les ouvriers du Faubourg Saint-Antoine"...-
Et dans le même élan de pensée, l'idée
d'une Révolution qui unirait ce prolétariat-là
et l'expérience germanique, de la "guerre des paysans"...-
Ou cette réflexion, encore, de Robert Linhart
(op cit) sur le russe Gorki, "intellectuel
organique" de la profonde haine anti-paysanne hégémonique
au sein d'une intelligentsia russe européanisée d'où
allait émerger la très mince avant-garde "prolétarienne"
du parti "bolchevik", dans la peur d'une Asie
"barbare" à qui s'identifie à cette
époque, dans un "racisme de classe", les
traits brutaux du rustique "moujik"...
D'où le pari révolutionnaire insensé de cet
intuitif de génie que fut Lenine, saisissant
que "ce moment est unique, il peut passer, et la
chance qu'il représente ne jamais revenir",
pour un prolétariat russe lui-même étroite couche
européo-industrialisé flottant sur l'énorme
magma de lave chauffée au-de là du rouge de
la rébellion "terrifiante" de millions
de paysans sans terre ensauvagés par la famine autant que
par la guerre, sa compagne,au moment des récoltes de l'été
1917, quand les fils de la terre, en armes, désertent en
masse les lignes de front ou les navires de la marine du tsar.
Et d'ordonner alors à un parti formé pour
obéir, serait-ce à contre-cœur, de "piquer"
en toute hâte, et sans vergogne, son programme paysan au parti
gauchiste des Socialistes Révolutionnaires (S.R.)...
Et c'est ainsi que la révolution bolchevik conquiert,
presque sans coup férir, le cœur des campagnes profondes,
base du "coup" d'octobre, qui,
sans elles, et sans cette art de la manœuvre, n'était
effectivement qu'un fragile et fugace "coup d'Etat"
- et pas un coup de génie, faisant trembler les colonnes
de l'Histoire...
Moins de deux ans après un mai 1968 qui fut aussi,
autour de l'estuaire de la Loire, en tout cas, un "printemps
des paysans", ces réflexions jetées
là, vite, nourrissent l'objectif stratégique
d'un travail "mao" dans des campagnes bien éloignées,
à tous égards, de la plaine russe qui terrorise Gorki
- dans une peur/haine "viscérale" devenue l'inconscient
glauque où s'enracine l'excessive brutalité anti-paysanne
qui sera celle du parti de Staline...
Conscients de tout cela, nous savons bien aussi, toute la
distance qui sépare - affaire de kilomètres autant
que de siècles - La Chapelle sur Erdre, Teillé, Couëron,
ou Fay-de-Bretagne de ces campagnes du Hunan à la structure
sociale complexe finement disséquées, au scalpel d'une
"analyse de classe" pointue nourrie d'observations concrètes,
où s'ébroua le maître d'école Mao,
fils de "paysan moyen de la couche supérieure"
devenu directeur d'école, puis chef de bande, maquisard,
et fondateur du Non-Empire du XXI ème siècle, "facteur
d'équilibre et d'harmonie" (Inch' Allah!...) d'une
planète inquiète...
Il nous appartient, donc, alors, d'intégrer une pratique
"mao" à un mouvement de "paysans moyens"
s'imaginant parfois, c'est beau, un destin "prolétarien",
mais oscillant, par nature, entre l'aspiration progressiste à
l'unité populaire autour des ouvriers, portée chez
eux par le vent venu d'Indochine, dans le langage du christianisme
révolutionnaire propre à ces "établis"
particuliers que sont les "prêtres ouvriers", les
dominicains guérilleros ou les franciscains à kalach',
tous endurcis à l'épreuve du grand sud, et un "progrès"
d'une toute autre nature, issu, lui, dans le même moment historique,
contradictoire, de l'essor de nouvelles techniques de production,
et de l'intensification d'un "procès de travail"
capitaliste à la campagne.
C'est à cette aune, donc, que doit être évalué
la balance des "plus" et des "moins" de l'histoire
des maos à Nantes - et plus largement, de notre
activité dans les campagnes.
Du Finistère aux Vosges, de la Drôme aux Cévennes,
et du Larzac, au "midi" deux fois "rouge" des
"Comités d'Action" vignerons de Montredon, et du
chanteur occitan Marti, les sources de la pratique "G.P."
en milieu paysan se situent, en effet à l'embouchure de la
Loire.
-V-
Nantes (suite)
- 3 -
Ville campagne, ouvriers paysans: vers une civilisation nouvelle
15 Novembre 1969. Plessé (Loire-Atlantique).
Issu d'une famille très fortunée anoblie
sous l'Empire, le baron Olivier Guichard, ministre de l'éducation
nationale de Georges Pompidou, maire de La Baule, toute proche,
futur président du Conseil Régional des pays de Loire
et hautain cacique de la Vème République, a choisi
ce dimanche attristé par une pluie torrentielle, tombant
d'un ciel de plomb, pour venir faire un petit "speech",
qu'il imagine paisible et, par ailleurs, ( c'est un bon vivant),
bien arrosé..., devant les enjoués convives d' un
banquet rural de l'Union Nationale des Anciens Combattants d'Afrique
du Nord (UNC-AFN).
Mais une surprise lui et réservée.
Surgis dans leurs voitures comme chouans, jadis, au cri de la chouette,
derrière les haies - mais "chouans rouges" couleur
d'églantines de mai, et non plus "blancs", même
s'ils sont eux aussi catholiques - deux-cents "Jacquou le Croquant"
viennent l'y interpeller. Pour une partie d'entre eux, ils sont
de "Paysans en Lutte" (une petite structure maoisante
proche de la G.P.). Mais la majorité est constituée
de jeunes syndicalistes "soixante-huitards" du Centre
Départemental des Jeunes Agriculteurs de Loire Atlantique
(C.D.J.A.) ,
Poussant un peu plus loin l'insolence, ils emmènent le digne
et raide ministre, "à l'insu de son plein gré",
sous une pluie battante, à pied, et en cortège. A
cet éminent technocrate, spécialiste par ailleurs
intelligent de l'aménagement du territoire, ils vont offrir
, l'occasion de "visiter", "concrètement",
la ferme d'un "paysan pauvre" - à 2 kilomètres
de là, tout de même...
Là, placé en "garde à vue", l'aristo-technocrate
dont les traits précocement avachis par des excès
dans les banquets lui donnent perpétuellement l'air de s'ennuyer,
doit écouter, sans moufter, l' "exposé des griefs",
"à la chinoise", du fermier du Dresny, son hôte,
juché sur une échelle de grange. Le fermier, qui exploite,
faute de mieux, 26 minuscules parcelles dispersées aux mains
de 5 propriétaires différents, a préparé,
avec une petite équipe, un discours bien senti. Tout y passe,
en bon ordre. Il y est question de la modernisation frénétique
imposée par les pouvoir publics, source d'un endettement
terrible; de la "paye du lait", dérisoire; des
cours de la viande; des pratiques des notaires, ou des vétérinaires;
de la rentrée scolaire, avec tous ses problèmes dans
ces coins reculés de campagne; et du passé colonial,
enfin, vif encore au cœur des jeunes paysans bretons, qui ont
très souvent été mobilisés pour aller
faire la guerre, là-bas, à d'autres paysans, les "fellahs",
devenus, pour les officiers, "fellaghas", - qui ne faisaient
au fond, comme on le fait ici, que défendre un "pays".
- Alors, l'UNC-AFN, c'est la petite goutte d'eau qui a fait déborder
le vase.
A propos d'eau, il pleut toujours.
Le sol de la cour est gras, pour ne pas dire "merdeux",
surtout pour des escarpins d'un ministre, et de sa suite. Et c'est
une averse de mottes d'herbes elles-mêmes bien terreuses,
et bien grasses, enrichies d'un peu de bouse de vache, et d'œufs
pourris sélectionnés dans l'exploitation d'un des
"paysans rouges" de Couëron, toute proche, qui s'abat
sur le "Grand Mou de La Baule", stoïque et impassible
- au moment où un escadron de gendarmes mobiles, requis par
le préfet, qui est de la fête, et commence à
puer lui aussi, fait ce qu'il a à faire pour récupérer
"Monsieur le ministre" (sali, et assez humide).
A coups de mousquetons, brandis bien haut par le canon pour s'écraser
sur les têtes, ou, dans les "meilleurs" cas, sur
les bras, la charge des "mobiles" est brève et
très brutale.
Plusieurs inculpations suivront, assorties de l'incarcération
de Jean Bréhéret, un jeune paysan d'Orvault, commune
voisine de la Chapelle sur Erdre, secrétaire départemental
du C.D.J.A., considéré comme le principal
responsable de la fête.
L' audacieuse interception-éclair du ministre deux fois baron
- d'une famille fortunée, anoblie sous l'Empire, c'est aussi
un "baron" de poids du gaullisme historique - a été
organisée avec rigueur, dans un secret fort bien gardé.
La petite "promenade de santé" imposée à
un des plus prestigieux ministres de "Pompidou, nos sous!",
a été "vue à la télé"
- comme "Jacquou Le Croquant", le feuilleton, qui fait
des ravages dans le bocage.
L'affaire fait parler - un Ministre, embousé...
Elle plaît, aux portes des usines de Nantes et de Saint-Nazaire
où les équipes ouvriers-paysans-étudiants des
"comités de soutien" mis en place dans les heures
suivant immédiatement les premières arrestations reçoivent
le meilleur accueil.
Un logiciel commence à fonctionner. Dans
un scénario à contre-courant des préjugés
les plus ancrés, les "bouseux"
devenus "lanceurs de bouses",
comme ailleurs lanceurs de pavés, fonctionnent comme "avant-garde
tactique", transitoire mais vitale d'un mouvement
populaire régional bien dans l'esprit du grand printemps
des grèves encore tout frais dans les souvenirs.
D'autant que, rupture, là encore, avec l'image du
fermier soumis courbant casquette devant "not'maître",
les "Jacqou" sont venus défier la morgue
du principal représentant local d'une vieille droite rurale
caricaturale...
On est dans le rythme.
En septembre, c'est le comte de La Lande de Calan,
figure de l'aile la plus réactionnaire du Centre National
du Patronat Français (C.N.P.F., ancêtre de l'actuel
Medef), qui en a "pris pour son grade" - à
Saint-Nazaire, quelques dizaines de kilomètres à l'ouest
de Plessé...
Secouée par les 63 jours de grève des "mensuels"
de la métallurgie nazairienne, en 1967, où les employés
de bureaux ont entraîné, fait exceptionnel, les "cols
bleus " des ateliers derrière eux, les Chantiers de
l'Atlantique ont décidé de "délester"
- en filialisant leurs activités "chaudronnerie"
à Babcock et Wilcox, une entreprise à capitaux américains
installée à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, et
à Fives-Lille, dans le nord, spécialisée dans
la construction de chaudières, d'installations de chaudronnerie
lourde pour l'industrie chimique, pétrochimique et nucléaire,
les chaudières marines, et les bâtis mécano-soudés
pour moteurs diesel ou compresseurs des métiers de la sucrerie
ou du froid industriel. Une diversification intéressante,
valorisant le savoir faire des gars de la "navale", mais
source d'inquiétude syndicale: Babcock et le comte de la
Lande de Calan, personnellement, ont dû s'engager à
respecter une stricte égalité de salaire et de statuts
entre filiale et maison-mère. Personne ne croit qu'ils aient
réellement l'intention de tenir leur parole, et ils n'en
ont rien fait. La logique de cette opération de découpe
est de démanteler, "par appartements", un bastion
prolétarien historique, en explosant tous les statuts, pour
diviser le bloc ouvrier - tout en faisant quelques économies.
Un processus déjà à l'œuvre, dans la navale,
avec la sous-traitance, interne ou externe, qui, combinée
à l'abus de l'intérim, fait travailler sur le même
navire, et souvent côte à côté, des "compagnons"
de sociétés juridiquement différentes, aux
statuts et aux salaires en principe bien distincts. Même si
tout cela crée un désordre effrayant dans le processus
de production, multipliant chaînes de commandement hétérogènes,
ordres et contre-ordre, gaspillages et dangers. Nous sommes dans
un milieu à risques, où le travail, difficile à
"tayloriser" complètement, demande une grande autonomie
individuelle, et un savoir faire transmis souvent de père
en fils, dont le cœur est l'équilibre instable entre
trois paramètres: vitesse, qualité, sécurité.
Et ce sont les jeunes qui meurent le plus, victimes d'une chute
à fond de cale, d'une erreur sur un échafaudage, d'un
outil ou d'une ferraille qui dégringole sans prévenir.
De Calan joue avec le feu. Car bientôt "le
Puma de Babcock" - un de ses directeurs aux crocs bien
aiguisés - va devoir pousser, toute une nuit, des feulements
de désespoir, dans la cage que sont devenus pour lui ses
bureaux de l'usine de Saint-Nazaire d'où, séquestré
jusqu'à 6 heures du matin, il voit les "gros bras"
de la "navale", plus nombreux à mesure que l'horloge
tourne, venir s'attrouper autour du "pack" déjà
compact de ses 1500 geôliers de Babcock.
Quatre ans plus tard, après que les brasiers de Saint-Nazaire
eurent allumé des conflits dans tout le groupe Babcock, le
comte à l'auguste lignée, de souche bretonne, montreur
de "puma" rééduqué
en chaton, rend aux Chantiers de l'Atlantique l' activité
de chaudronnerie qui en avait été malignement découpée.
Et la question de l'égalité des droits et des statuts,
de ce fait, est réglée.
Batignolles 1969
"Vidangeons les bureaux!"
Entre temps, le "coup du Puma" a fait gamberger
les ouvriers des Batignolles de Nantes, dopant leur énergie.
Octobre 1969, négociation annuelle sur les
salaires. La direction propose aimablement...16 centimes de l'heure
de "rallonge".
La CGT, reste majoritaire, dans cette vieille usine de fabrication
d'imposants rouleaux de rotatives, de très gros matériel
agricole, et de divers produits de mécanique de précision,
exportés notamment dans les pays de l'est (et tombée
dans le giron de la Société des Forges et Aciéries
du Creusot - S.F.A.C.-Batignolles - avant la formation du complexe
intégré dit Creusot-Loire). Le vieux
délégué syndical, Cassin, bien fatigué
par un abus du "travail de masse"... à la "chopine",
au bistrot de l'usine, considère toujours les Batignolles
comme son "bastion", imprenable. Il dort sur les lauriers
des grands anciens, qui ont fait de la "boîte" la
première entreprise occupée de juin 1936. Ce qui est
bien, mais commence à faire loin...
"Comme d'hab", donc, la CGT fait semblant de...
Mais l'atmosphère est électrique, en cette rentrée
19669, où La Cause du Peuple, déjà diffusée,
par réseau interne, semi-clandestin, dans l'usine, a donné
tout l'écho qu'elle mérite à l'affaire de Babcock,
et de son puma feulant, comme à celle de Plessé, avec
ses dresseurs de ministre. Et dans ces moments-là,
même faire semblant peut déclencher la foudre.
Loin de dissoudre la colère, les débrayages tournants
font sauce. Sarcasmes des ouvriers, et de la poignée
de maos, qui "poivrent"... Les cortèges
s'ébrouent dans les immenses ateliers, presque complètement
vides, où de gigantesques tours, et de longues rectifieuses
semblent s'être endormis comme des diplodocus fatigués,
sur leurs bacs de copeaux aux spirales bleuies par la brûlure
de l'outil, que plus aucun "mannequin" ne vient vider,
à la fourche, à l'ancienne - en papotant "politique",
pêche à la ligne, "salopes", nouvelles tendances
du cul ou de la chasse, syndicat, bagnoles, bibine ou, pourquoi
pas, tiercé, avec les "compagnons".
Visant les rares chefs visibles dans la pénombre des ateliers,
ou d'improbables "jaunes" assez fous pour venir faire
acte de présence, les boulons sifflent comme des balles avant
d'aller s'écraser sur les carters de protection des tours
des perceuses ou des fraiseuses, dans un grand bing.
Bientôt, les métallos quadragénaires, massifs
et quelquefois ventrus, mais toujours fiers de leur art de dompteurs
de métal, comme de leur force à plier le patron, commencent
à se lasser de "faire les clowns". Lancé
par un "teigneux" de la vieille CGT prolétarienne
de lutte de classes, dont même La Cause du Peuple devra reconnaître
le "réveil" à Babcock, et qui, ici, endormie
certes, reste toujours vivante, affleurant sous la couche de crasse
bureaucratique qui la pollue, un cri part: "vidangeons
les bureaux!".
Deux maos le reprennent. Cent voix leur font écho.
Les délégués blêmissent. Avant-garde
poussée par la locomotive, ils avancent à petit pas
vers les bâtiments de la direction, formant une aile. Là,
c'est une "tornade blanche"
qui ravage complètement les locaux la direction. Blanche?
Ou plutôt du bleu de toutes nuances de vêtements de
travail mille fois lavés et délavés, deux-mille
fois rapiécés, recousus et reprisés, comme
des casquettes de marins arborées ici par ceux qui se nomment
entre eux "matelot".
Bientôt, on joue à "machine écrire
vole" au lieu de "pigeon vole". Et les dossiers s'éparpillent
au soleil de la grande cour, dans le doux vent d'automne. C'est
fête. Au point que personne ne s'attarde à capturer
le "singe", un vaillant directeur nommé Baudonnat.
"Patron, nos sous, ou on garde tes secrétaires",
lui crient les ouvriers derrière la porte où il s'est
enfermé, seul, en tête-à-tête, avec le
chef de la C.G.T.
Les secrétaires (de direction) semblent troublées.
Payées, comme partout à l'époque, presque deux
fois le salaire d'un OP ultra-qualifié, certaines sont des
filles d'ouvriers connues dans le quartier. Elles ont dû des
promotions-éclair à une connaissance - superficielle
- de quelques langues, et à un physique de star, atout qui
passera, avec l'âge. Elles le savent, et un nuage de nostalgie
passe dans leurs yeux clairs.
"Je suis prisonnier, vous n'aurez rien par la force,
lâche le malheureux P-dg.
Comme je vais le rapporter dans le premier article d'une vie qui
se consacrera, plus tard, sans jamais oublier les Batignolles de
Nantes, ni les "paysans en lutte" de Plessé, au
journalisme, puis à l'écriture de quelques livres,
quand il s'écrie "puisque vous voulez la
guerre, vous l'aurez!", le P-dg auto-séquestré
rend un hommage, sans doute involontaire, aux maos de l'usine, et
des entreprises voisines. Malgré la fatigue du boulot, et
la "rouspétance" de la plupart des femmes,
qui, "bien d'accord, sur le fond", n'aiment "pas
trop" les voir sortir le soir - surtout avec des "bombes"
- même seulement, à l'époque, à peinture...-
, nous passons des heures, la nuit, ensemble, à recouvrir
les très longs murs, côté route de Paris, par
où passe "le singe", de slogans simples et clairs.
"Patrons, c'est la guerre!"
- court, net, et très apprécié des ouvriers.
"Comme à Babcock!", pareil.
Consciencieux jusqu'à la minutie, Serge, un métallo
mao d'une trentaine d'année, déjà père
de famille nombreuse, ajusteur professionnel dans l'usine depuis
longtemps, nous "les brise", au cours des réunions
de préparation, en exigeant des slogans plus proches
de l'état d'esprit moyen des travailleurs, et de ce qu'il
entend autour de lui à l'atelier L.A., au Ranzai, ou de ce
que lui rapporte Mado, sa femme, quand elle rentre des courses.
Cette militante de l'action catholique ouvrière (ACO), et
du syndicalisme familial (CSCV), inlassable animatrice de la vie
associative des coquets HLM du Ranzai, une cité d'ouvriers
professionnels, d'employés, de dessinateurs, de techniciens
et de petits cadres, mitoyenne des Batignolles, où ils vivent,
forme un couple soudé au point de fusion absolue avec ce
descendant d'une longue lignée de métallos, de tradition
laïque, et plutôt communiste, récemment convertie
au christianisme.
Elle accompagnera toute son évolution
vers notre premier groupe nantais d'ouvriers professionnels qualifiés
(O.P.) d'origine plutôt rurale, issus, comme les
"paysans en lutte" de Fay-de Bretagne, La Chapelle sur
Erdre, ou Couëron, d'une radicalisation anti-impérialiste
et "tiers-mondiste" du MRJC, le Mouvement Rural
de la Jeunesse Catholique, sous l'influence de la guerre
du Vietnam, de l'action des CVB - combiné à l'impact
du grand soulèvement de 1955, déclenché par
les soudeurs de Saint-Nazaie, et prolongé, un avant mai 1968,
par les 63 jours de grève de 1967...
C'est ce groupe, intégré très tôt,
à la G.P., que j'ai été charger de venir renforcer
- "encadrer"... - à Nantes.
Mado et Serge ont raison, tous les deux.
Agité, parfois, des inévitables soubresauts de la
vie de couple, surtout quand c'est l'homme qui, à l'usine,
prend le plus de risques directs, et d'abord celui de perdre l'emploi
qui nourrit la famille, ils forment un tandem militant aussi sympa
qu'efficace.
Moins littéraire, et très long à "bomber",
"Pourquoi les syndicats ne veulent-ils pas que
l'action soit décidée par tous?"
touche au cœur du sujet. L'idée fera son chemin (lire
page).
J'écris "nous". C'est
mon baptême du feu - - nantais... J'avais été
prévenu par Serge, ancien délégué CFDT,
démissionnaire, resté très populaire, et donc
au courant de tout, qu'un poste de "mannequin"
(manœuvre, chargé du nettoyage des grosses machines),
s'y libérait.
J'avais à peine eu le temps de m'habituer au rythme inhumain
du travail en "trois-huit", dans les effluves de vapeur
d'eau brûlante lestée de produits chimiques bleutés
du secteur "cartonnerie" de l'usine Beghin-Say,
fabricant la pâte à papier de ses boîtes à
sucre, où j'avais trouvé, dès mon arrivée
à Nantes, un emploi d' "établi"
bien différent du folklorique travail d' "auxiliaire",
"anto", au centre de tri postal de la gare d'Austerlitz
- premier bleu de travail, premier bulletin de salaire, un an plus
tôt, à la rentrée 68, à Paris.
Et c'est donc sans une hésitation, et sans regrets, que j'ai
"demandé mon compte".
Pour aller embaucher aux Batignolles, je quittai donc
- mais il reste gravé dans ma mémoire - le triste
hangar de l'Île de la Madeleine, entre deux bras de Loire,
où tournait par à coups une archaïque roue en
bois de près de trois mètre de diamètre, entraînant
une courroie de caoutchouc, sautant tout le temps, destinée
à faire tourner les broyeurs.
Du plafond descendait plus ou moins régulièrement,
en oscillant, une sorte d'énorme chalut chargé jusqu'à
la gueule de vieux cartons ou de journaux. Quand le filet s'ouvrait,
ils étaient "dépotés" en vrac, sur
une montagne de déchets du même genre - où nous
allions l'un après l'autre nous vautrer, pour grappiller
quelques minutes de sommeil, quand le broyeur se bloquait, en fin
de poste, entre quatre et six heures du matin.
Très vite, un collègue de travail m'avait expliqué
"la musique". Quand nous étions, ensemble, "du
matin" (une semaine sur trois), je croisais ce vieil ouvrier
usé, debout, pour aller vite, au comptoir du petit café
devant l'usine. Prendre un dernier "petit noir", pour
"attaquer" n'avait jamais été dans ses habitudes.
Comme beaucoup de nantais soumis à l'impitoyable loi des
"trois huit", il démarrait, depuis près
de 25 ans, à l'alcool blanc, ou, pire, au muscadet. "Au
taf", il m'avait montré comment "choper" les
paquets de journaux ou de carton à la main, à pleines
brassées, ou à l'aide d'imposants crochets de pirates,
avant de les précipiter dans l'orifice fumant de la machine
à broyer - et surtout comment "bourrer",
pour que les pales coincent, que la courroie saute, et que la roue
s'arrête...
En sueur, nous profitions de ces brefs instants de pause - qui
pouvaient également survenir de façon purement accidentelle
- pour aller grappiller, sous la protection d'un guetteur,
quelques minutes de sommeil volé, sur la montagne de papier.
Aux Batignolles, c'était tout différent.
Mais je n'avais pas eu le temps de faire le tour du sujet quand,
requis comme Danielle, elle-même "établie"
dans une petite usine, et tous les autres, pour ce "travail
du dimanche", nous embarquons dans la vieille Ami 6 Citroên
de Jojo - les ouvriers de la GP ont des voitures, les nouveaux "intellos"
fraîchement débarqués, pas encore, on verra
après la première paye...
"Jacquou le Croquant"
ou "chouans rouges"?
Les nouveaux paysans sont arrivés
(suite, accès par clic
ici.) |
Les
GITANS ne sont pas tous des VOLEURS DE POULES |
 |
|
|
A
ceux de nos lecteurs qui n'auraient pas
complètement compris, ou pas
complètement cru - malgré la caution apportée
à l'ouvrage (paru chez Flammarion début 2004 et vrai
succès de librairie, plusieurs fois réédité),
par la coopération de JP Cruse,
co-rédacteur du livre et auteur d'une préface dense,
éclairante -"Moi Manu Le Gitan",
le récit (presque) entièrement
autobiographique d'Emmanuel Caldier, figure haute en couleurs d'un
milieu des "gens du voyage"
qui ne comporte pas que des "Gitans
d'origine", (expulsables, selon la mode du jour,
dans une "Gitanie"
à créer, pourquoi pas?, en Israël-
après la disparition, à terme assurée, de l'
"Etat juif" et le retour
au moins partiel des victimes de l'épuration
ethnique de 1948), les toutes récentes
révélations d'un ancien cadre supérieur des
services secrets français sur "le trésor
englouti de la DGSE" (JDD, 1er aout 2010), viennent
apporter une clé de décryptage des plus acceptables.
Manu,
qui fut rarement, et seulement sur le tard, "voleur
de poules", mais voleur de voitures rapides, pilote
d'élite autant que tireur d'élite, notamment mais
pas exclusivement au revolver 22LR à
canon long, racontait dans son livre son
parcours de jeune et brillant gangster de la banlieue sud, proche
du regretté Claude Genova puis des ses
ex-"gorilles" les frères Hornec,
dont l'équipe de "gitano-maghrébins"
allait être soupçonnée sans preuves d'avoir
liquidé "Francis le Belge"
après avoir "effacé"
leur ancien protecteur, devenu, un temps,
leur protégé...
Il entraînet
le lecteur dans une fascinante plongée au sein de l'univers
moderne des "barbouzes", où les "parallèles"
finissent toujours par se croiser à juste distance du Ministère
de la Défense, et où un jeune gitan
d'adoption adopté par... les "forces spéciales"
peut devenir un "spécialiste
des missions ponctuelles à haut risques",
surtout sur les routes ombreuses qui sinuent du col
de la Faucille, en pays de Gex, vers Lausanne, Morges,
Genève ou Zurich, en passant par la
frontière suisse où glissent les inquiétantes
silhouettes de "porteurs de valises"...porteurs
de lourds secrets et d'épaisses liasses de billets.
Au
cœur de son récit, l'histoire d'un
financier helvétique attiré en France pour y être
"piégé" par vengeance
à la suite d'une escroquerie ayant visé une
angélique fondation caritative, kidnappé, "puni",
puis relâché - avant que son "bourreau"
ne revendique l'opération, et ne se laisse arrêter
gentiment, puis condamner...à une peine de principe - rencontrant,
"par hasard", en prison, le courtier (gaulliste)
en armes de guerre Pierre Falcone,
proche de l'Angola progressiste de Manuel Dos Santos puis de la
Chine de Hu Jintao, mais aussi de Jean-Charles
Marchiani, lui-même très lié au fameux
général Rondot, cet arabisant
|
cultivé
fils d'un général arabisant cultivé avant lui
spécialiste du monde arabe et du Moyen-Orient, passé
par le "service action"
du SDECE devenu DGSE, sympathisant de la Résistance
palestinienne et même du Hezbollah
libanais, devenu le véritable dirigeant
de l'ombre des services secrets officiels (et non officiels),
le marionnettiste inspiré de l'affaire Clearstream,
et, en arbitre des élégances,
l'arbitre - à coups d'extraits de comptes suisses
à trajectoire oblique
- du match Villepin-Sarkozy, gaullistes
idéalistes contre renégats
du gaullisme...
Rondot
est-il "le vieux"
, expert en "coups tordus",
voire en "cadavres exquis",
comme en affaires financières
et (plus discuté...) en orthographe, également
grand amateur de sieste, qui téléguide
"Manu le Gitan" jusque dans sa spectaculaire
opération de "punition" d'un banquier
suisse auteur d'indélicatesses à l'égard d'une
"fondation caritative"
cache-sexe des services secrets? .
C'est
la question qu'on ne peut que se poser. Comme on doit se demander
si une "punition" telle
qu'évoquée plus haut n'exige pas, au cœur de
sa logique, le récit - crypté...- de l'aventure -
à bon entendeur, salut.
Et
si, enfin, l'étonnant ouvrage signé "Pierre
Siramy", publié (voir ci-dessus)
quelques temps après"Moi Manu
le Gitan", et comportant beaucoup de choses, mais
rien sur le "trésor de guerre" en Suisse,
n'a pas eu pour seule fonction de préparer
les récentes révélations estivales de son auteur
- ou présumé tel.
A suivre...
|
|
L'assassinat
de Pierre Goldman: ce qu'a appris son frère, le chanteur
Jean-Jacques Goldman:ICI
|
"Nous
marchonssssssssssssssssssssss poursuivis
de balles aboyantes pour qu'en mourant nous devenions navires,
poèmes, et autres longues affaires",
écrivait Maïakovski, le poète de la Révolution
d'octobre (...). Pierre Goldman, qui ne voyait la vie qu'"avec,
dans la tête, Lénine, et dans la main, un revolver"
(Maïakovski, encore), avait relu ces lignes, chez
lui, avec un de ses bons amis, "Solo"
- devant un plat antillais mitonné par Christiane,
son épouse, alors enceinte - peu de temps avant de
mourir
(suite ci-dessous) |
 |
|
, le chanteur
, le chanteur |
dansaient-elles
encore dans sa tête, quand deux hommes froids et précis,
couverts par un troisième, firent vibrer l'air tiède
de coups de revolver de gros calibre. Ce 20 septembre 1979, à
l'heure du déjeuner, il s'effondre, mort sur le coup, sous
le soleil de la Poterne des Peupliers, petite oasis de calme du
13ème arrondissement de Paris."
Tout peut être dit aujourd'hui sur ce crime" (...), poursuit
Myriam George, qui signe cette enquête publiée en 2001
dans un grand magazine, considérée par Jean-Jacques
Goldman comme le meilleur qui ait été
écrit sur l'assassinat de Pierre - après
en avoir lui-même vérifié les informations essentielles,
il le conserve encore aujourd'hui, en bonne place, sur son site
- malgré les déplaisantes rumeurs courant sur son
auteur (e).
"(Pierre) Goldman, poursuit Myriam quelques
paragraphes plus bas, "avait autour de lui un groupe d'amis
solides qui avaient entrepris, sous son influence, de mener de front
l'étude des textes de Lénine, de Mao et du Che, et
l'apprentissage du karaté, du tir et d'autres techniques
de combat. Pour ne pas rester des révolutionnaires en chambre...
Ceux-là s'étaient juré de chercher, de mener
l'enquête jusqu'à son terme, de trouver les meurtriers,
et de les tuer. Ils ont trouvé. L'un d'eux a même rencontré
l'un des organisateurs du meurtre, à Paris, récemment.
Mais, tels ces héros de Hugo qui, après avoir enlevé,
sabre au clair, une citadelle réputée imprenable,
se résolurent, "d'une façon fort
civile, de rendre la ville au roi", les amis
de (Pierre) Goldman en sont venus à une conclusion paradoxale.
Convaincus que son exécution par les "services"
français - car c'est de cela qu'il s'agit - était
devenue inévitable, ils décidèrent de ne rien
faire, et de se taire. A l'exception de l'un d'entre eux, Solo,
l'amateur de Maïakovski, dont VSD a pu recueillir les confidences.
Goldman rêvait d'importer en Europe la théorie du "foco"
(foyer de guérilla), chère au Che. Il avait regroupé
autour de lui, sur un projet politico-militaire, des militants de
la Nouvelle résistance populaire (maoïste), d'Action
directe (qui naît à ce moment, le 1er mai 1979, en
mitraillant la façade du CNPF), des Brigades rouges italiennes,
et quelques Corses. Par l'intermédiaire de son ami Charles
Bauer - un militant communiste du port de Marseille reconverti dans
le grand banditisme et devenu le porte-parole des révoltes
des prisonniers contre les quartiers de haute sécurité
(les QHS) - il avait été approché par le truand
Jacques Mesrine, lui-même lancé, avec sa bande, dans
une sorte de guerre privée, enragée, contre "le
système". Après avoir un temps observé,
avec tout l'intérêt qu'on imagine, cette étrange
mouvance se mettre en place, un noyau dur des services de renseignements
français (Sdece) s'était convaincu que le développement
d'une extrême gauche armée à l'italienne, mêlant
têtes brûlées issues du grand banditisme et desperados
d'extrême gauche, pouvait entrer - deux ans avant 1981 - dans
une stratégie de la provocation, susceptible d'entraver la
marche vers le pouvoir de la "gauche socialo-communiste"..
"Cette analyse, développe alors la journaliste, qui,
d'origine libanaise, écrit sous pseudonyme, mais que Jean-Jacques
a pu identifier comme une ancienne amie de son frère, "fut
révisée après que la bande eut fait quelques
dégâts (un mort) en utilisant, pour une "opération
de financement", des armes de
guerre palestiniennes importées du Liban, sur un voilier.
Action Directe avait employé les mêmes, le
1er mai. Le phénomène risquait de
devenir incontrôlable, il fut donc décidé d'en
finir. Goldman mourut le 20 septembre 1979 et Jacques Mesrine le
2 novembre.
C'est le même "escadron de la mort" qui,
un an avant, avait liquidé le militant pro-soviétique
Henri Curiel. Mais on ne peut affirmer que le président
de la République de l'époque, Valéry Giscard
d'Estaing, ait donné son feu vert, comme l'eut exigé
la Constitution, à cette "opération
homo" (pour homicide). Le pouvoir politique était
faible et peu considéré. Le Sdece, au contraire, abritait
des personnalités capables d'initiatives indépendantes
- le comte Alexandre de Marenches, chef nominal, et son rival, le
comte Alexandre de Gaigneron de Marolles, chef du service action
jusqu'à cette date.
Proche témoin du "final", Jean-Pierre
Maïone-Libaude, un tueur professionnel bricolant,
à l'occasion, pour les services, fut à son tour exécuté,
plus tard, en juin 1982, d'un coup de fusil de chasse. Il avait
été reconnu par B., un truand algérien, ami
de Goldman : il les filochait tous deux la veille de l'assassinat
de Goldman. Maïone-Libaude a-t-il été "fumé"
pour qu'il se taise ? Ou abattu par un ami de Goldman agissant
en solo et perfidement mis sur ses traces, par un des commanditaires
de l'exécution, soucieux de brouiller les pistes ? L'un et
l'autre se dit - ou se disent."
Ainsi se termine l'article. Les personnes les plus concernées
n'ont, bien entendu, pas voulu en rester là. Avançant
sur la piste de Myriam George, puis de son chef d'enquête
à VSD, connu pour sa longue expérience des milieux
du renseignement et de l'action secrète, et qui allait quitter
le magazine, peu de temps après, contre un gros chèque,
après avoir réglé par une négociation
"à la sauvage" un conflit
né de certains dérapages du traitement du conflit
palestinien par le journal, après le 11 septembre 2001, elles
s'efforcèrent d'approcher un très haut magistrat,
proche de la gauche socialiste, mais honnête, considéré
comme "une des personnes qui en savaient le plus
sur l'assassinat de Goldman". (suite
ici) |
-KOSOVO-
Bondsteel : La puissance américaine au coeur de l'Europe
et le pétrole de la Caspienne
- Un article de Paul Stuart, traduit par Maurice Pergnier, communiqué
au Monde Réel par notre ami l'amiral Gaucherand (CR).
La plus grosse base militaire américaine construite depuis
la guerre du Vietnam, et une des plus importantes du monde,
le camp Bondsteel, est en cours d'achèvement dans
la province yougoslave du Kosovo. Elle est située à
proximité de chantiers de construction d'oléoducs et de
corridors énergétiques d'intérêt vital,
comme l'oléoduc transbalkanique financé par les Etats-Unis,
fournissant une manne aux entreprises qui travaillent pour la défense,
et en particulier à Halliburton Oil Subsidiary et Brown
& Root Services.
En Juin 1999, tout de suite après les bombardements de la Yougoslavie,
l'armée américaine a mis la main sur 500 hectares
de terre agricole dans le sud-ouest du Kosovo, à Urosevac, près
de la frontière macédonienne, et a commencé à
y construire un camp.
Le camp Bondsteel, qui fait partie d'un
réseau de bases américaines installées de part et
d'autre de la frontière, est connu sous l'appellation de "la
grande dame".
En moins de trois ans, il est passé de l'état
de modeste campement à celui de base ultra-moderne, auto-suffisante,
et pouvant abriter jusqu'à 7.000 soldats, les trois quarts des
troupes stationnées au Kosovo.
Le camp compte 25 km de routes et plus de 300 bâtiments,
le tout entouré de 14 km d'enceinte en terre et béton, 84
km de barbelés et 11 miradors. Il est si grand qu'on y distingue
un centre ville, des faubourgs et des banlieues ; il y a des secteurs
commerciaux, des salles de sport ouvertes jour et nuit, une chapelle,
une bibliothèque et l'hôpital le mieux équipé
d'Europe.
Présentement, 55 hélicoptères
Blackhawk et Apache y sont basés, il n'y a pas de piste
d'aviation mais le lieu a été choisi en raison de ses possibilités
d'extension. Selon certains, il pourrait être appelé à
remplacer la base d'Aviano en Italie.
Le colonel Robert L. McLure écrit dans le Bulletin professionnel
du génie que "des plans pour des travaux d'ingénierie
au Kosovo ont été dressés des mois avant que le première
bombe ne soit larguée."
Au début, le génie s'assura la maîtrise
de 320 km de routes et de 75 ponts dans les environs à des fins
militaires, et planifia un projet comprenant des logements de troupes,
des zones d'atterrissage pour hélicoptères, des magasins
de munitions, etc.
McLure explique que la brigade du génie reçut
pour instruction "d'imbriquer les infrastructures avec celles
du fournisseur Brown & Root Services, de construire non pas un mais
deux camps de base (l'autre étant le camp Monteith) pour recevoir
un total de 7.000 hommes."
Toujours selon McLure, "au plus fort de la construction, environ
1.000 expatriés (d'anciens personnels de l'armée) embauchés
par Brown & Root Services et plus de 7.000 Albanais du Kosovo vinrent
prêter main-forte aux 1.700 hommes du génie. Du début
juillet à octobre 1999, les travaux furent poursuivis jour et nuit
et 7 jours sur 7. Brown & Root Services assure la maintenance totale
du camp. Soit, entre autres, la fourniture de 2500 m3 d'eau par jour,
de l'électricité nécessaire à une ville de
25.000 habitants, le lavage de 1.200 sacs de linge, le service de 18.000
repas par jour, et 95 % des services de liaisons ferroviaires et aériennes.
Le service incendie relève aussi de cette société.
Avec 5.000 employés kosovars albanais et 15.000 venus d'ailleurs,
Brown & Root Services est actuellement le premier employeur du Kosovo.
Les cadres s'aventurent rarement en dehors du complexe et leurs activités
sont discrètes. Alors que les autres contingents de la KFOR se
déplacent en petites formations, sans casques, et avec l'ordre
de se mêler à la population, le personnel militaire de Bondsteel
ne sort de la base qu'en hélicoptère ou en convois puissamment
armés. Sous couvert de l'anonymat, des soldats américains
interrogés se plaignent de l'hostilité croissante d'une
population qui compare les sommes investies dans le camp à la diminution
croissante de leurs propres moyens d'existence. Ceux qui ont visité
Bondsteel disent que c'est comme changer de siècle : les alentours
sont extrêmement pauvres, avec un taux de 80 % de chômage
; puis le camp apparaît à l'horizon avec son ensemble de
paraboles, d'antennes de télécommunications et d'hélicoptères
de combat qui tournoient au-dessus.
Brown & Root paie les travailleurs locaux entre 1 et 3 dollars l'heure.
"Nous ne pouvons pas gonfler les salaires, car nous ne voulons pas
créer d'inflation dans l'économie locale" déclare
le directeur.
L'extension de la présence américaine
s'est accompagnée d'une activité accrue de l'armée
de libération du Kosovo (UCK). Depuis son apparition, la plupart
des Serbes, des Roms et des Albanais opposés à l'UCK ont
été assassinés ou chassés.
Ceux qui restent n'osent pas quitter leurs maisons pour aller faire des
provisions ; la moindre activité extérieure, que ce soit
de conduire les enfants à la piscine ou de faire réparer
un tracteur, nécessite une escorte militaire. Selon les observateurs,
l'UCK continue de bénéficier d'une quasi impunité
dans le secteur américain, en dépit des moyens de surveillance
ultra-modernes concentrés à Bondsteel.
Quand des soldats américains arrivent à Bondsteel, ils ont
toutes les chances d'y être accueillis par un employé de
Brown & Root qui les conduira à leurs logements et à
leurs postes. G. Cahlink écrit dans le Government executive Magazine
(février 2002) que "les soldats de la paix disent en plaisantant
qu'il manque quelque chose à leur tenue camouflée ; la mention
offert par Brown & Root explique un sergent qui, comme plus de 10.000
militaires dans la région, dépend totalement de l'entreprise
basée à Houston, depuis son petit déjeuner jusqu'aux
pièces détachées pour les blindés."
Le contrat de maintenance du camp de Bondsteel est le dernier d'une série
de contrats de sous-traitance attribués par l'armée à
Brown & Root. La fortune de cette entreprise a grimpé en même
temps que le militarisme des Etats-Unis. Elle fait partie de la Halliburton
Corporation, le plus gros pourvoyeur de biens et services pour l'industrie
pétrolière.
Brown & Root a pris de l'importance en 1992 lorsque
Dick Cheney, secrétaire à la Défense du gouvernement
Bush senior lui attribua son premier contrat de soutien logistique aux
opérations extérieures de l'US Army. Entre 1995 et 2000,
Cheney abandonna la politique et entra à la Halliburton Corporation.
Il est maintenant vice-président des Etats-Unis à côté
de Bush junior.
En 1992, Brown & Root a construit et entretenu les bases de
l'US Army en Somalie, ce qui lui a rapporté 62 M de dollars ; En
1994, ce furent des bases et des soutiens logistiques pour 18.000 hommes
à Haïti, ce qui lui permit de doubler ses gains (133 M de
dollars). En 1999, la société se vit attribuer un contrat
de 5 ans, d'une valeur de 180 M de dollars, pour construire des installations
militaires en Hongrie, Croatie et Bosnie. Mais c'est Bondsteel qui a constitué
"la perle des contrats".
Citons David Capouya, directeur de Brown & Root : "Nous y
faisons tout ce qui ne nécessite pas de porter un fusil".
La sous-traitance de la logistique militaire à des entrepreneurs
privés a pour but de décharger l'armée de tout ce
qui n'est pas mission de combat.
Dans les secteurs du Kosovo tenus par les autres puissances occidentales,
les soldats de la KFOR qui vivent dans des immeubles et des vieilles usines
dévastés par les bombes, répètent souvent
cette plaisanterie : "Quels sont
les deux seules choses qu'on peut voir de l'espace ? Réponse :
la grande muraille de Chine et le Camp Bondsteel !"
Plus sérieusement, un officier supérieur britannique a déclaré
au Washington Post que "c'est le signe évident
que les Américains s'impliquent profondément dans les Balkans
et qu'ils ont l'intention d'y rester." Selon un analyste,
les Etats-Unis ont saisi des circonstances favorables pour créer
une base suffisamment importante pour servir de support à des projets
militaires à venir.
Le 5 juin 2001, le secrétaire à la Défense Donald
Rumsfeld a expliqué aux troupes stationnées à Bondsteel
quel rôle elles jouaient dans la stratégie économique
du nouveau gouvernement "Combien devrions-nous dépenser
pour les forces armées ? Mon opinion est qu'il ne s'agit pas de
dépenses mais d'investissements. Vous ne tirez pas sur notre puissance
économique, vous la préservez. Vous ne pesez pas sur notre
économie, vous êtes le socle de sa croissance."
Un mois plus tard, Georges Bush junior a fait son premier voyage
à l'étranger pour rendre visite aux soldats du camp. Il
a insisté sur le fait que les troupes américaines étaient
au Kosovo pour y rester. Rompant avec les procédures habituelles,
et devant des soldats enthousiastes, il a entériné par sa
signature une augmentation des dépenses militaires de 1,9 milliard
de dollars approuvée par le Congrès.
Depuis lors, la base de Bondsteel n'a cessé de se
développer, et est devenue le fer de lance d'un réajustement
des bases militaires américaines en Europe et à l'Est.
Elle sert de modèle à des bases construites en Afghanistan
et dans les républiques ex-soviétiques. Avant le
début des bombardements sur la Yougoslavie, en 1999, le Washington
Post soulignait : "Le Moyen-Orient devenant de plus en
plus fragile, nous allons avoir besoin de bases et de droits de survol
aérien dans les Balkans pour protéger le pétrole
de la mer Caspienne".
L'importance des investissements faits par les compagnies américaines
dans l'exploitation des champs pétroliers de la Caspienne et l'exigence
du gouvernement américain que son économie soit moins dépendante
de l'importation (notamment du Moyen-Orient), requièrent que soit
trouvée une solution à long terme pour le transport du pétrole
vers les marchés européen et américain. L'Agence
américaine pour le développement du commerce (TDA) a financé
des recherches de faisabilité avec des bourses généreuses,
et plus récemment des études techniques avancées,
concernant l'oléoduc trans-balkanique, nommé AMBO
(Albania Macedonia Bulgaria Oil), dont le siège est à New
York. Le réalisateur de l'étude initiale de faisabilité
de l'AMBO, ainsi que d'une étude antérieure abandonnée,
n'était autre que Brown & Root. Comme par hasard, c'est l'ancien
directeur de la branche prospection du gas et du pétrole pour l'Europe
et l'Afrique de Brown & Root, Ted Ferguson, qui a été
nommé président de l'AMBO, à la mort du président
précédent, M Vuko Tashkovijk, originaire de Macédoine.
Selon Reuters, Ferguson vient de déclarer que Exxon-Mobil
et Chevron, deux des plus grosses compagnies pétrolières
mondiales, se préparaient à financer le projet.
La réalisation de l'oléoduc risque de froisser la
Turquie, qui est le meilleur allié des Etats-Unis dans
la région. Selon le Reagan Information Interchange, "Si
les Etats-Unis font une bonne affaire sur le plan économique, en
revanche ils sous-estiment l'importance cruciale des relations avec la
Turquie".
Les Etats-Unis entrent aussi en conflit d'intérêt
avec leurs alliés européens et avec la Russie en construisant
le camp Bondsteel (et d'autres bases plus petites le long du tracé
de l'oléoduc).
Il a en effet été installé près
de l'embouchure de la vallée de Presevo et du corridor n° 8
que l'Union européenne favorise depuis 1994 et considère
comme l'un des grands axes stratégiques du commerce mondial.
En avril 1999, le général britannique Michael Jackson, commandant
en chef pour la Macédoine pendant les bombardements de l'OTAN,
avait expliqué au journal italien Sole : "Aujourd'hui,
les conditions que nous avons créées ici ont changé.
Maintenant, il est absolument nécessaire de garantir la stabilité
de la Macédoine et son entrée dans l'OTAN. Mais il est certain
que nous resterons ici longtemps, pour pouvoir garantir la sécurité
des couloirs énergétiques qui traversent ce pays."
Le journal ajoutait : "II est évident que
Jackson parle du corridor n° 8, l'axe est-ouest qui devrait
être combiné avec l'oléoduc qui amène les ressources
énergétiques de l'Asie centrale vers les terminaux de la
Mer Noire et de l'Adriatique, et qui relie l'Europe à l'Asie centrale.
Ceci explique pourquoi les grandes et moyennes puissances, et d'abord
la Russie, ne veulent pas être exclues des règlements de
compte qui vont se dérouler dans les Balkans dans les prochains
mois."
Cet article a été diffusé sur le World Socialist
Web site, le 29 avril 2002;
Balkans-Infos N° 67, juin 2002
| |
 |
| |
| Le monde contre Bush: un
reportage photo de nos amis belges de SOLIDAIRES |
 |
 |
|
| |
|
Dutroux, au départ,
n'est qu'un banal sadique, un de ces pervers
dangereux que nos sociétés secrètent,
mais qu'elles finissent le plus souvent par dépister,
et par mettre hors d'état de nuire...
"Serial violeur",
trouvant un plaisir trouble à faire souffrir
les femmes, il traîne dans les patinoires, pour y faire
des rencontres. C'est ainsi qu'il connaît Françoise,
sa première femme, qui lui donnera deux enfants; puis
Michelle, la deuxième, une jeune institutrice au caractère
soumis, passif - qui deviendra son associée fidèle
tout au long d'un exceptionnel parcours criminel...
En juin 1983, il entre dans la carrière
en agressant, à son domicile, une femme de
58 ans. Pour lui faire dire où elle cache
son argenterie, et ses économies, il lui inflige des
tortures sexuelles - pénétration du
vagin avec une lame tranchante, etc. Il a 27ans.
Il sera arrêté trois ans plus tard, en 1986,avec
deux complices - dont Michelle, qui passe rapidement aux
aveux.
Poursuivi également pour le kidnapping de
Joëlle, une étudiante d'Obaix, âgée
de 18 ans, qu'il a sévèrement humiliée,
et violée avec une sauvagerie rare, sous la menace
d'un couteau, conservant un abject"reportage
photo" de ses exactions, ainsi que pour
l'enlèvement et le viol d'une gamine de 11 ans à
la piscine de Gilly, près de Charleroi (juin
1985), suivi par le kidnapping de Céline, 19
ans, emmenée dans sa maison de Marcinelle, et violée,
l'enlèvement et le viol de Déborah, 18 ans,
près de Malinnes, à quoi s'ajoute
l'enlèvement et le viol de la jeune Odette, 15 ans,
filmée nue et martyrisée pendant que la bonne
Michelle, qui participe à la plupart de ces
horreurs, est sortie promener l'enfant du couple,
il sera condamné à 13 ans et six mois
de détention. Une peine lourde, normale pour
un dossier de ce genre, qui devrait
le mettre à l'ombre jusqu'en 1999,
si une mesure de libération
conditionnelle, en 1992, n'était venue le remettre
dans le circuit.
Il
est vrai que le dossier a été "touché"
par un homme de loi qui avait eu lui-même l'honneur,
si l'on peut dire, d'être cité dans l'affaire
des "parties de sexe communes avec participation
de mineurs d'âge" connue sous le
nom de "dossier Pinon" (voir chapitres
précédents)- où des personnages
des milieux du renseignement, de la police, de la gendarmerie,
de la magistrature, apparaissent dans les coulisses, affairés
à "piéger"
de très hautes personnalités bien connues au
Palais royal de Laeken...
Pour les observateurs les plus avertis du dossier,
l'exceptionnel filet de protection qui, dès
cette époque, donc, couvre les agissements de ce que
les journalistes et la justice belge vont s'acharner à
présenter, contre l'évidence même, comme
un "prédateur isolé",
a déjà été mis en place
un peu plus tôt, à l'époque de la disparition
d'une autre jeune fille, Christine Van
Hees, 16 ans, retrouvée presque complètement
carbonisée, le corps mutilé, victime d'atroces
sévices, dans une ancienne champignonnière
d'Auderghem, quartier de Bruxelles.
1984...Deux jours après la mort de la pauvre
Christine, qui en savait trop sur le contexte de
certaines orgies organisées dans la grande
métropole européenne, et qui, selon
une de ses amies, Fabienne, interrogée au cours de
l'enquête, "quelques jours avant sa mort, avait
pris rendez-vous avec un certain Marc, de la région
de Mons", témoignage corroboré
par une autre de ses amies, Ariane, et par le frère
de cette dernière, Dutroux,
qui vivait jusque là d'expédients,
en marginal, ouvre son premier compte en banque -
au Crédit professionnel
du Hainaut .
12 ans plus tard, en 1996,
le "prédateur isolé", enfin
confondu pour une longue série d'autres crimes, s'avérera
incapable d'expliquer l'origine des
mouvements de fonds venant créditer, à
ce moment précis, ce tout premier compte bancaire de
sa vie d'homme.
Christine nageait dans une piscine proche
d'une "Radio Libre" de
Bruxelles également fréquentée par un
personnage interlope, ami de Dutroux, plus ou moins entremetteur,
plus ou moins proxénète, Michel
X..., également présent dans les réseaux
de "parties de sexe communes" mettant en
scène d'importantes personnalités politiques
citées dans le dossier Pinon, comme dans celui
du "bac à confitures"
devant les glaces sans tain du bar le Jonathan (voir
chapitres précédents)...
Marc Dutroux fréquentait lui aussi,
personnellement, la piscine en question. 1984
n'est pas seulement l'année de la mort de la "fille
qui en savait trop", découverte
torturée et brûlée dans la champignonnière.
C'est aussi celle du surprenant décès de Paul
Latinus, l' "agent secret" proche
d'une société de sécurité privée
américaine liée au général
Haig, haute figure de l'OTAN,
retrouvé mortellement entortillé par le fil
de son téléphone après que sa concubine
se fut un peu trop étendue, dans les bars, sur le fameux
"dossierPinon" que son amant, avait eu
l'imprudence de se vanter,devant elle, de "travailler"
- et donc, de détenir.
Quoi qu'il en soit, en 1992,
le prisonnier Dutroux retrouve la liberté.
Il ne perd pas de temps. -
Octobre 1993: "Mon informateur, Claude
T., me signale qu'un certain Marc Dutroux
est en train d'aménager ses
caves pour y séquestrer des enfants
dans l'attente de les faire passer à l'étranger,
signale un gendarme de Charleroi à un magistrat de
la ville.
Cinq perquisitions successives
ont lieu dans des maisons de Dutroux,
qui, toujours sans ressources apparentes, est devenu
riche, investissant dans la pierre dans des quartiers
pauvres, discrets. Bonne pioche:
on découvre effectivement des chantiers
de terrassement. Le "serial
kidnappeur" de jeunes filles, connu des
services de police, et de la justice, qui l'a déjà
condamné une fois à plus de 13 ans de prison
pour "enlèvements et viols",
ne s'étend guère sur les motifs de ces
travaux. Mais on ne l'ennuie pas trop - même si l'
"indic" persiste et signe.
Perquisitions "infructueuses", donc.
"Il n'y a pas d'activités délictueuses
en cours."
L'indolent magistrat, qui soupçonne tout de même
l'amateur de chair fraîche de quelques menus vols -
le "prédateur isolé"
a plusieurs cordes à son arc... - fait réaliser
une dernière perquisition au mois de janvier
1994. Les travaux de terrassement n'ont pas avancé.
"Pas d'éléments probants"
dans les poursuites pour vols, on referme le dossier.
Il va falloir le rouvrir. pas plus tard que l'année
suivante. Le 25 juin 1995,
l'informateur Claude T .revient à la charge. Il signale
à son "tonton" de la gendarmerie
de Charleroi un "possible rapprochement"
entre ces histoires de "travaux de terrassements"
destinés à "construire des cages"
pour un "trafic d'enfants" destinés
à l' "export" et la disparition,
qui vientd'être signalée,
la veille, 24 juin, de deux
petites filles de la commune de Grâce-Hollogne
qui jouaient innocemment près d'une bretelle d'autoroute,
Julie Lejeune et Melissa Russo, 8 ans. L'enlèvement
des deux petites fait la Une de la presse: sans
que cela suffise à convaincre les gendarmes
de transmettre à la juge d'instruction Martine Doutrèwe,
de Liège, les soupçons
qui, tout de même, semblent peser, avec tout le respect
qu'on doit à la présomption d'innocence,
sur le bourreau, identifié, jugé, et condamné,
de Joëlle, Céline, Déborah et Odette, que
personne n'a voulu ennuyer pour le martyre
de Christine Van Hees,et qui a bénéficié
d'une mesure de libération conditionnelle...
Il est vrai que 1995
est aussi l'année où est jugé, et condamné,
un autre criminel spécialisé,
Jean-Paul Raemaekers, un homme d'affaires
de Bruxelles assez en vue, également écrivain,
et connu sous le nom d' "Alexandre de Saligny",
propriétaire de deux Jaguar, d'une Porsche,
et de bars de nuit de Rotterdam - où
une perquisition permet de découvrir, notamment,
des milliers de cassettes
videos montrant des scènes de
viols et de tortures d'enfants.
Fournisseur, avouera-t-il, de "petites
filles pour des partouzes", Jean-Paul évoque,
parmi les nombreux clients amateurs de ses
films, "des personnes haut placées,magistrats,
avocats, militaires..." - "Si
je parle, dit-il,
le pays éclate."
Condamné une première
fois, en 1989, pour le tournage de cassettes videos
aux Philippines mettant en scène la petite Isabelle,
11 ans, fournie par ses parents ( cinq ans de prison...
dont deux avec sursis!...) il avait, lui aussi, bénéficié
d'une mesure de libération conditionnelle en 1991.
Il avait alors recyclé "les recettes
de son commerce de pornographie enfantine" dans
la création d'une société d'investissements
financiers, avenue Louise, à Bruxelles - un
quartier des plus huppés.
Parallèlement, il développait l'activité
video particulière qui allait finalement lui valoir
une condamnation aux travaux
forcés à perpétuité,
le 27 janvier 1995.
"Je veus faire pénitence. Je suis le
bouc émissaire. Les grosses légumes
restent hors de portée",avait-il déclaré,
avant le délibéré. Brandissant
une liste. Pudique,
le Président l'avait coupé. Sur
4000 cassettes saisies, seules
2000 ont été visionnées, officiellement,
au cours de l'enquête...Pourris eux-mêmes, des
parents louaient au "cinéaste"
de jeunes "actrices", qu'il emmenait dans
un "studio d'enregistrement"
de la riche avenue Molière, à
Uccle, quartier de standing de Bruxelles...Des
personnages de l'affaire Dutroux apparaissent dans son dossier...
La mème année,
enfin, au mois de juillet 1995, mais de l'autre côté
de la frontière franco-belge, cette fois, un
autre réseau organisé de trafiquants de (très
jeune) chair fraîche est mis à nu, avec
l'arrestation d'un autre proche du "prédateur
isolé" Marc Dutroux - un ancien voisin
de cellule...-, Lucien V., sosie
presque parfait, par ailleurs, de Michel
X...
Lui, conduit des camions de vivres pour des associations
de secours aux victimes de sinistres en Roumanie...A
l'occasion, il "importe" aussi des jeunes
femmes. Dont plusieurs sont mineures...
Lucien V..., dans le civil négociant
en vins dans la région lyonnaise, qui connaît
aussi bien, donc, le "prédateur isolé"
Marc Dutroux que le "vidéaste isolé"
Jean-Paul Raemaekers, et qui fréquente les bars proches
du quartier de la gare du nord, commande habituellement "des
filles" aux frères M... dans la basse
ville de Charleroi.
Saoûlées, droguées à l'aide de
produits médicamenteux - technique familière
à Marc Dutroux...- elles sont ensuite emmenées
dans de petits hôtels, violées, puis
mises sur le marché...
Mis en cause pour l'enlèvement suivi de meurtre de
Pascal Meunier, témoin de l'enlèvement suivi
de viol de quelques jeunes filles, Lucien V. bénéficie
d'une ordonnance de non-lieu,
en 1983. En 1986, il est condamné pour viol,
en Belgique. Prison avec sursis...En
1989, viol toujours, deux ans, ferme, cette fois - suivis
par une décision de remise en liberté
anticipée, due à la bienveillance de
la chambre d'accusation du tribunal de Liège. En 1993,
il est en liberté.
En aôut 1995,
une conférence de coordination de la gendarmerie de
Charleroi, tenue à l'abri de toute oreille de magistrat,
se résout à considérer Dutroux comme
"suspect potentiel" dans l'affaire
de la disparition des petites Julie
et Melissa.
Vu le caractère sensible de l'affaire, une
vaste opération de surveillance est mise en place à
l'aide de gros moyens, l' "Opération
Othello".
Particularité d' "Othello":
les surveillances ont lieu sous couverture d'une enquête
portant sur un trafic de voitures - où Dutroux, par
ailleurs, semble impliqué...Il en faut plus pour dissuader
le "prédateur isolé"
de repasser à l'action:
(suite ici...) |
|
|
BONNE
ANNEE 2008
C'est la bonne nouvelle de la toute-fin
de l'année 2007!
Elle vient cloturer une période historique où
une grande majorité de gens de bonne foi, soucieux de paix dans
un monde d'harmonie et de progrès humain, démocratique,
ont correctement identifié la contradiction principale,
celle qui oppose les peuples et les nations du monde à l'impérialisme
dominant du moment - l'ensemble formé par les
Etats-Unis d'Amérique et leur tumeur israélienne.
Mais, dans le fil de cette analyse, beaucoup se sont, en revanche, "plantés
à 100%" sur "l'aspect principal"
de cette contradiction.
Car la tendance générale n'est pas à
l'offensive du "monstre", sorti des
cavernes de son "Île Noire" (île-continent
longtemps protégée des "barbares" par
les immensités liquides de l'Atlantique), ravageant tout, partout,
sur son passage, asservissant les peuples, humiliant les êtres et
disloquant les anciennes nations sous les coups de fouet de la "globalisation".
Non! La tendance principale est à l'émergence
de réalités nouvelles, porteuses d'espoir, sous des
formes inattendues, défiant les esprits étroits, dogmatiques.
C'est l'affirmation de pouvoirs populaires de type nouveau,
passés de la phase de mouvements de guerilla contrôlant de
vastes zones dans une stratégie cohérente de guerre populaire
prolongée, jouant sur un vaste clavier de moyens, politiques autant
que militaires, à celles de jeunes Etats-nations progressivement
émancipés de toute tutelle, et libérés de
l'emprise de la peur (qui paralyse l'initiative).
Chacune à sa façon, l'insolente promenade française
du chef d'Etat de Libye, pays ami, mais pas soumis, défiant, d'un
"doigt" provocateur de "racaille" indomptée
le fantoche de l'Elysée, la résistance (au moins provisoire)
du Tchad aux "diktats" de Paris, dans l'affaire des
"voleurs d'enfants", et l'obligation où se trouve
le petit Monsieur Bruni de mendier aux FARC de Colombie la
libération de la Bétancourt, "bo-bo"
"débranchée", éperdue au fond
de la verte Amazonie, témoignent de ce
bouleversement des hiérarchies anciennes, rabattant son caquet,
partout, au Parti de l'AmériKKKe.
Dans cet heureux contexte, qui nous promet à tous une meilleure
année 2008, une faille commence même à miner
les murs de la citadelle, rongeant de l'intérieur une
"hyperpuissance" confrontée à la plus
terrible des menaces, celle qui fait périr les plus arrogantes
des cités, "divisées contre elles-mêmes".
Cette contradiction nouvelle, qui donne la tendance, même
si elle n'est pas encore devenue "principale",
a travaillé longuement de façon sourde, souterraine.
Elle commence à laisser filtrer au grand jour les manifestations
de la plus mortelle des "guerres secrètes",
celle qui (sur fond de mécontentement virant à la
colère d'un nombre grandissant de citoyens d'une économie
bâtie sur les marais mouvants de la dette, dressés
contre les hyper-escrocs de la haute finance d'un "hyper-capitalisme"
financier, pris au collet), soulève les "prétoriens"
de l'élite réelle de l'appareil d'Etat moderne,
les gens du Renseignement, contre un pouvoir politique qui n'a plus que
les oripeaux défraîchis de la démocratie.
C'est Youri Andropov, "géant" féru
d'Histoire d'un KGB constituant l'âme rouge secrète, vivante
et bien vivante, d'un système brejnevien pourri jusqu'à
la moelle, dont il connaissait les arcanes, qui a lancé la longue
et sinueuse "révolution dans la révolution"
( passant par la perestroïka et la glasnost de Gorbatchev, puis la
puante parenthèse Eltsinienne, pour en venir à
la superbe Renaissance Russe, sous Vladimir Poutine).
Il a fallu du temps, dans une vision longue...
Du côté de Washington, détenant
les secrets essentiels de la période ouverte par les complexes
événements du 11 septembre 2001, théâtre
d'un véritable coup d'Etat à froid contre ce qui
se présentait comme la "première démocratie
du monde", les "pros" des services
secrets défient maintenant ouvertement le pouvoir de la secte des
"néo-cons", brutes du Texas au mufle
de Cheney, ou mafieux sophistiqués en costume trois-pièces
de l'extrême-droite fasciste inféodée à
Tel Aviv.
Dans cette "rébellion des espions", "guerre
des barbouzes" au sein de l'Etat le plus puissant du monde où
la C.I.A. et nombre de généraux huppés du Pentagone
figurent dans le camp des "bons", et le tout
petit Bush, isolé comme jamais, dans celui des "loosers",
futurs perdants promis, pour le moins, à l'opprobre, pour
le mieux, au gibet des traîtres aux intérêts réels
de la "nation impériale", divisée contre
elle-même.
Le document que nous reproduisons
ci-contre, à droite, en larges extraits, avant de le commenter
brièvement, montre à quel point la "non-guerre
Etats-Unis-IRAN", avortée sous l'effet de la "révolte
des prétoriens" avant l'accouchement du premier tir de
missile, concentre les enjeux de l'époque.
Elle les concentre, mais ils ne s'y réduisent pas.
Et la leçon vaut aussi pour notre "caniche de
Bush", à nous, qui a raison de prendre du bon
temps sur sa felouque, avec sa canichette, aux portes de Louxor.
Qu'il y médite sur l'effondrement de l'immense civilisation des
Pharaons qui, des siècles avant nos dirigeants grotesques en
"rayban" de maquereaux de films américains de série
B, se croyaient, arrogants, au sommet d'une puissance destinée
à durer jusqu'à la fin des temps.
Car chez nous aussi, sous le masque insultant d'un ego débridé,
aux limites de la névrose, le pouvoir repose sur du sable.
En France aussi, dans le monde des prétoriens humiliés,
bannis, et quelquefois emprisonnés, punis pour avoir servi leur
peuple et leur pays, au prix des plus grands risques, grondent les rumeurs
de la colère.
L'AmériKKKe se paye le luxe d'une répétition,
puissance dix, de l'Irangate.
Après l'ère gaullienne, que le pitre cloture et prostitue
sur le mode grotesque, la France est-elle mûre pour éclore,
le moment venu, d'un Chavez?
ShaoShan
Retour accueil,
sommaire,
rubriques,
éditoriaux: ICI |
|