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Ce n'est pas un rapport parlementaire ordinaire que viennent de déposer, après des mois de travail, les députés Jacques Myard (UMP gaulliste souverainiste Villepino-Pasquaïen) et Jean-Michel Boucheron, spécialiste des questions de Défense au Parti Socialiste. "L’arme nucléaire", ont-ils l'insolent bon sens d'écrire, "est un facteur de paix dans les relations internationales. Les Etats n’ont pas le goût du suicide."


"Il sera difficile d’empêcher l’Iran d’avoir la capacité de mettre au point un engin nucléaire. A l’heure où nous écrivons ces lignes (novembre 2009), nous avons la certitude que l’Iran a au minimum la volonté d’être un Etat du seuil. Savoir s’il veut faire exploser une bombe et bâtir un arsenal est une autre question. Ses progrès dans la mise au point de missiles balistiques montrent qu’il veut maîtriser l’ensemble du processus qui va de l’enrichissement de l’uranium au lancement de vecteurs porteurs de charges. L’Iran, entouré d’Etats nucléaires (Russie, Pakistan, Israël, flotte américaine) et victime d’armes chimiques lors du conflit qui l’a opposé à l’Irak, veut se doter des capacités de sanctuariser son territoire et de garantir son indépendance.

Cette réflexion est la même que celle à laquelle la France avait procédé dans les années 50 et 60, après le traumatisme de la défaite de 1940 et de l’occupation, et dans le contexte de la menace soviétique et de l’incertitude du parapluie américain, afin de garantir sa sécurité et son indépendance.

Un Iran doté de la technologie nucléaire militaire (...) ne représentera aucune menace militaire pour la sécurité de l’Europe, des Etats-Unis ou d’Israël, dans la mesure où les dirigeants iraniens savent qu’ils se heurteraient à des représailles massives en cas d’utilisation de leur bombe.

Conséquence, le déploiement d’un bouclier antimissile pour protéger l’Europe et les Etats-Unis n’est pas indispensable. Il peut éventuellement constituer un outil utile, mais la dissuasion est le moyen essentiel de rappeler aux dirigeants iraniens la nature fondamentale de l’arme nucléaire.

Un Iran doté de la technologie nucléaire militaire constitue en revanche une atteinte à l’ordre juridique constitué par le Traité de non prolifération (TNP)(...). En conséquence, il convient de convaincre l’Iran de ne pas mettre au point une bombe nucléaire et de lui garantir, conformément au TNP, un usage pacifique de l’atome pour son développement économique et social.
Un Iran doté de la technologie nucléaire militaire modifie surtout la donne politique au Moyen-Orient en renforçant son rôle actuel d’acteur incontournable dans l’arbitrage des affaires interarabes et dans le conflit israélo-palestinien. (...)

La politique d’ambiguïté volontaire d’Israël quant à la possession de la bombe est aisément compréhensible mais (...) donne un prétexte idéologique à l’Iran pour se doter d’armes de destructin massive (ADM). Téhéran pourra aisément affirmer que sa bombe ne sera pas dirigée contre ses voisins arabes et qu’elle n’aura pas pour fonction d’attaquer Israël, mais qu’elle servira à contrebalancer la puissance stratégique d’Israël par un jeu d’équilibre assimilable à celui qui opposait les Etats-Unis et l’URSS sous la guerre froide.


Dans l’hypothèse où l’Iran se doterait de l’arme nucléaire, (...) le seul choix d’Israël sera de rendre publique l’existence de son arsenal puis d’entamer des négociations avec Téhéran, ne serait-ce que pour éviter le déclenchement accidentel d’une guerre nucléaire. (...)La perspective d’un Moyen-Orient dénucléarisé s’éloignera encore car d’autres Etats, notamment la Turquie, souhaiteront peut-être se doter d’ADM.
La révélation de l’existence d’une unité clandestine d’enrichissement en Syrie, à Al Kibar, est due au travail de services de renseignements. La Syrie a violé ses engagements au regard du TNP, en dissimulant ce bâtiment à l’AIEA. Israël, en choisissant de procéder au bombardement de cette unité au lieu de transmettre préalablement ses informations à l’agence, a également affaibli l’AIEA, en l’empêchant de jouer pleinement son rôle d’inspection et d’établir les faits.
(...)La tentative de la Corée du Nord de mettre au point l’arme nucléaire (...)révèle que le régime de ce pays, dont les motivations sont rationnelles, est prêt à provoquer une crise majeure en Asie pour assurer sa survie. (...) L’un des enjeux stratégiques de la crise nord-coréenne est de ne pas conduire à la mise au point d’armes nucléaires au Japon, Etat du seuil, ce qui par ricochet provoquerait une crise majeure avec la Chine.
(...) Pour s’ouvrir le marché indien, les Etats-Unis ont accepté de signer un accord avec un Etat qui conteste l’ordre juridique du TNP.(...)Les Etats-Unis ont refusé au Pakistan ce qu’ils ont accordé à l’Inde (...) Nous considérons nécessaire de fournir au Pakistan toute l’assistance dont il a besoin pour sécuriser son arsenal nucléaire. Ce dernier ne risque pas dans l’immédiat de tomber aux mains des terroristes, mais il convient de rester vigilant tout autant que de respecter la souveraineté pakistanaise.(...) L’échec du Pakistan lors de la crise de Kargil, en 1999, démontre que l’arme nucléaire ne confère pas la puissance globale attendue par un Etat s’il ne dispose pas par ailleurs de forces conventionnelles conséquentes et/ou de moyens de pression économique.
(...)La défense antimissile résulte du constat, opéré par les Etats-Unis, que les missiles balistiques détenues par un nombre croissant d’Etats permettent à ces derniers de conduire des conflits asymétriques. En étant capables de détruire ces missiles lors de leur trajectoire, les Etats-Unis rétablissent leur supériorité stratégique.(...)Les recherches (...)ont permis aux Etats-Unis de franchir un cap technologique, mais(...)leur défense antimissile ne peut ainsi parer une attaque massive russe. (...)La défense antimissile n’altère pas la validité du concept de dissuasion, (elle).
est principalement un moyen qui structure les alliances des Etats-Unis.(...)Le projet d’implantation d’installations de détection et de lanceurs en République tchèque et en Pologne n’était pas dirigé contre la Russie, mais les radars permettaient de surveiller la partie occidentale du territoire de la Russie. Son abandon par l’administration Obama fait tomber un élément inutile de tension avec la Russie .(...)

Le désarmement nucléaire est un objectif inscrit dans le TNP, applicable à toutes les parties qui en sont signataires.(...) La proposition américaine d’une suppression généralisée des armes nucléaires doit en revanche être examinée avec circonspection. Une telle suppression aurait pour effet de donner aux Etats-Unis, et demain à la Chine, une écrasante supériorité stratégique et politique compte tenu de leur puissance conventionnelle.(...)La France(...) n’a pas à réduire une nouvelle fois un arsenal composé de quelques centaines de têtes quand les Etats-Unis et la Russie en détiennent encore plusieurs milliers.
(...)La libéralisation des échanges a favorisé et continuera de favoriser la dissémination des technologies nucléaires et balistiques. La mondialisation a pour caractéristique de faciliter la diffusion des connaissances. (...)Les tentatives de lutte contre la dissémination des technologies a conduit au renforcement de la coopération occulte entre Etats proliférants.
(...)Les principaux groupes terroristes s’intéressent aux ADM(...). L’intention ne vaut toutefois menace que si elle s’accompagne de la maîtrise des technologies.(...) Cette menace est réelle dans les domaines chimique et biologique, comme l’ont prouvé les attentats dans le métro de Tokyo et l’attaque à l’anthrax aux Etats-Unis. Elle est envisageable par des moyens biologiques, bien que nous ne considérions pas que le risque soit aussi élevé que l’affirment nos collègues du Congrès américain (...).
L’abondante dissémination des matières fissiles à travers le monde rend hypothétiquement possible un attentat par un moyen radiologique. La complexité de la technologie nucléaire, notamment de la détonique, rend en revanche hautement fantaisiste l’hypothèse qu’un groupe terroriste puisse provoquer un attentat nucléaire, sauf s’il bénéficiait de l’aide d’un Etat… Ce qui changerait la nature de l’acte et provoquerait des représailles contre cet Etat. (...)Un tel attentat est un mythe, que des gouvernements ou des groupes de pression ont parfois intérêt à agiter pour atteindre d’autres objectifs politiques, comme un contrôle croissant sur l’ensemble de la société au nom de la sécurité, au détriment des libertés individuelles et publiques.
(...)Nous sommes en revanche beaucoup plus inquiets quant à la possibilité d’un attentat par diffusion de matières radioactives, par engin à dispersion ou engin à uranium faiblement enrichi.


(...)Le TNP a subi ces dernières années de sévères atteintes, en raison notamment des programmes nucléaires nord-coréens et iraniens mais aussi des efforts encore insuffisants des deux principales puissances nucléaires pour réduire leurs arsenaux, compte tenu de leurs objectifs stratégiques.
(...)Le TNP (...) constitue le cadre juridique et politique qui permet d’éviter une catastrophe nucléaire, tout en permettant à chaque pays de bénéficier pacifiquement de l’atome pour son développement économique et social.(...)Ce traité est le reflet d’une situation politique héritée de la guerre froide et que son inadaptation à la réalité internationale d’aujourd’hui est patente.(...). Une révision du TNP s’impose(...)Le caractère non officiel de l’arsenal nucléaire israélien pose un problème juridique et politique. Les Etats parties du TNP peuvent certes demander à Israël de reconnaître publiquement son arsenal, encore faudrait-il que cette reconnaissance permette ensuite d’engager un processus conduisant à un Moyen-Orient dénucléarisé. Or seule Israël dispose de la bombe dans cette région. Il lui est difficile d’y renoncer unilatéralement tant que ses voisins ne reconnaissent pas son existence et ne signent pas un traité de paix. Or cette reconnaissance est liée à l’établissement d’un Etat palestinien… (...)Dans le contexte politique qui est celui du Moyen-Orient, la confidentialité de l’arsenal israélien arrange les puissances du TNP (...). Cette reconnaissance est toutefois un élément essentiel d’un accord de paix global au Moyen-Orient.

(...)L’internationalisation du cycle du combustible nucléaire est sans nul doute le meilleur moyen de renforcer le TNP en garantissant en pratique à chaque Etat l’usage de la technologie nucléaire civile.(...) Bien que les armes biologiques soient en déclin, il est indispensable que la convention sur ces armes soit dotée d’un mécanisme de vérification comparable à celui mis en œuvre par le TNP ou par la convention sur l’interdiction des armes chimiques."

- On est loin, on le voit, des discours de géopolitique à la mords-moi-le-nœud, communs à la droite parlementaire, à sa filiale d'extrême-droite, ainsi qu'à la majorité de la gauche (une partie des communistes et de l'extrême-gauche comprises), qui ne diabolisent le "Grand Satan" iranien que pour mieux servir la cause de la "démocratie israélienne" - et mieux dissimuler le concubinage idéologique pervers qui unit, dans un effet de miroir inversé, deux théories de la "race juive": celle qui (commune à la Torah et à "L'Etat des Juifs" de l'Autrichien Théodor Herzl, principal théoricien du sionisme moderne) fonde l'actuel Israël, principale menace pour la paix dans le monde et principal facteur de danger nucléaire, bactériologique, chimique, et de prolifération du terrorisme, et celle qui a guidé dans ses délires sanguinaires le cerveau malade de l'Autrichien Hitler (concubinage et convergence nazisme-sionisme finement analysés dans la thèse d'histoire d'un étudiant palestinien de l'université de Moscou nommé...Mahmoud Abbas, longtemps traité, de ce fait, ce qui est assez comique, de "révisionniste" (notoire...) par la propagande israélienne)...

Il est hautement significatif que la perception, ne serait-ce qu'à l'état d'ébauche, de ce danger, transcende les clivages de l'électoralisme politicien; et qu'elle soit commune à un député de droite, catholique, laïque, incomplètement vacciné contre les préjugés islamophobes mais opposant irréductible à l'aventure irakienne, et ami de la Palestine, "parrain", par ailleurs, et protecteur, du "Forum pour la France", un cercle de réflexion (pour ne pas dire "think tank") souverainiste influent dans le milieu des officiers supérieurs de l'armée française, de la marine nationale, et du renseignement, et à un des rares spécialistes militaires de la gauche socialiste, réputé atlantiste, mais, on le voit, minoritaire dans son parti sur la question d'Israël.

Les clivages géopolitiques, qui, portant sur la question des questions, celle de la guerre et de la paix (guerre économique comprise), donc sur la survie de l'espèce humaine et de la planète, finiront-ils par trouver un jour, en France, une traduction dans les jeux et les enjeux de politique intérieure, voire, in fine, parlementaire? C'est une des interrogations majeures de notre époque...

19 novembre 2009. Minuit. Jean-Paul CRUSE

Pour lire, dans leur intégralité, les conclusions des deux parlementaires: ici

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