- 1971:
la grande grève pour la
"carte de travail" des mineurs marocains
du nord: ici
- 1972:
la grève de la faim "pour les papiers"
de Sadok Djeridi, près
d'Amiens, entraîne une première grève
sur un chantier:
ici...avant la grève de la faim, également
victorieuse, de Saïd
Bouziri: ici
et également
ici.
|
Abu
Daoud - et la
vérité sur "Septembre
Noir", les J.O. de Munich, et les suites-
de 1972 à aujourd'hui...: ici |
REBELLES
- L'Histoire secrète des Maos de la Gauche
prolétarienne...- et ce qui s'ensuivit (1967-2008)
-
(suite)
- IV
-
Liquidation
(suite...)
- 2 -
Avant l'extinction des feux,
l'ultime contre-offensive
du Parti du Soulèvement de la Vie,
- Mal Logés...Immigrés
- Munich 1972, Septembre Noir
(suite)
"Victor de
Rampal", juif de Belleville,
premier stratège
du combat des Mal Logés
C'est "Victor de Rampal"
qui a rédigé le texte fondateur.
Figure emblématique d'un mouvement social
original, brassant toutes les franges d'un peuple
aux mille facettes, que le phénomène
mao condense et cristallise autour de lui, Victor
Silveira, 70 ans, "vieil israélite",
selon ses propres termes, expulsé plusieurs
fois, a dû "vivre" plusieurs
mois, de son propre aveux, "de
mendicité publique".
Saluant le Secours Rouge pour son aide initiale,
il souligne que, maintenant, "c'est
à nous les mal-logés de nous tenir
la main (...)".
Il exhorte les Jeanine, les Maryse, les Mohammed,
les Claude et les Bouaziz de toutes les familles
représentées à "aller
aux bidonvilles, dans les foyers africains, dans
tous les quartiers"; à
ne pas se limiter aux occupations, mais à
s'occuper de tout: "les problèmes
d'eau coupée, les grèves de loyers..."....
A "progresser immeuble par immeuble,
rue par rue"...
"Le vent ne cessera pas, même
si les arbres veulent se reposer"...
Il est remarquable que, quelques mois
après l'assassinat de Pierre Overney, précédé
par le désastre de l'opération contre
le P-dg De Wendel, et suivi par la débandade
de Geismar à Charonne, au moment où
Serge July, Pierre Victor etc. touchent le fond
du fond de l'affaire de Bruay, et où un
vent mauvais de démoralisation et d'abandon
souffle, du sommet vers la base, sur le mouvement
mao, un appel de cette nature,
revivifiant, émane d'un homme
déjà âgé, expulsé
de nombreuses fois, réduit à
la mendicité, et qui n'avait
dû sa survie physique la plus élémentaire
qu' "à la synagogue algérienne"
(de Belleville:sans le reloger,
tout de même, elle lui donnait, dit-il,
un peu de pain)...
Après l'intervention brutale de la police
contre les occupations en série du secteur
Rampal-Ramponneau (trente familles, ensemble),
"le vieux Victor",
interpellé comme tous les occupants, disparaît
pendant plusieurs semaines. Personne ne sait ce
qu'il est devenu. Et ce sont de jeunes
militants en keffieh qui finissent par retrouver
sa trace - à l'hôpital départemental
de Nanterre.
C'est parce qu'il est devenu un vrai mouvement
populaire, bien représentatif du peuple
de France, tel qu'il se manifeste ces années-là,
- femmes, hommes, ouvriers, employés, vieux,
jeunes, très largement mul-tiethnique,
les "petits-blancs" pauvres
y côtoyant Arabes, quelques juifs prolétarisés,
abandonnés de tous, et quelques noirs d'Afrique...-
et se situe, enfin, en résonance parfaite
avec les occupations de fermes en friche du peuple
des campagnes, que ce nouveau sujet social et
politique, porteur d'un nouveau "tous
ensemble", subversif, au-delà
cette fois des portes de l'usine, a pu s'installer
durablement dans le paysage.
De longues années après, autour
de "Babar",
et de D.A.L., il constitue
la trace la plus visible, mais pas la seule,
d'un mouvement mao aux militants immergés
en son sein, en profondeur, "sel de la
terre", et portés par l'esprit
de "servir le peuple"
- lui-même encore, ici ou là,
dans le paysage - pour qui veut regarder de près,
et "descendre de son cheval
pour regarder les fleurs"...
Même si l'incontestable enrichissement "relatif"
du prolétariat français d'origine,
contrebalancé, certes, par le démantèlement
de l'industrie du pays, et le chômage, ont
appauvri l'actuel "Droit Au
Logement" (D.A.L.) d'une composante
essentielle, le peuple des "petits blancs",
âgés et miséreux, jetés
dans le double piège du Lepénisme,
et pour les juifs d'en bas, du communautarisme,
son infect complément raciste.
Il est vrai que l'excellent "Babar"
n'y est pour rien.
Une tenaille s'est refermée, hachant
le peuple bigarré, vivant, des "seventies"
maos, disloqué entre, d'un côté,
les prostitués à paillettes de l'antiracisme-spectacle
bénéficiant des faveurs financières
et télévisuelles accordées
par la gauche "Vichy Rose",
et de l'autre un petit peuple "français
de souche" jeté, dans le même
calcul, entre les pattes brunes du faux-blond
borgne de Saint-Cloud...
Mais ce mouvement emblématique, vrai chant
du cygne d'une époque de luttes flamboyantes,
suivie par une longue période d'enfouissement
dans un combat de réseaux, ne pouvait atteindre
son apogée sans un retour aux sources,
à la grande "base prolétarienne
d'Issy", extension de l' "Île
du Diable" - dont tout était
parti.
Retour Issy
Ce sera chose faite, en deux temps, trois mouvements.
Avec, d'abord une nouvelle expansion de la révolte
contre l'usine à celle des quartiers :
elle est celle d'un mouvement de jeunes filles,
mères célibataires d'un "Hôtel
Maternel", "foyer" devenu prison,
et centre d'humiliation, caché derrière
un dispensaire de la Croix Rouge...
Les filles d'Issy ont inspiré à
pleins poumons l'air frais de liberté que
font souffler les occupants sans titre de la superbe
"villa de Rika Zaraï",
chanteuse que toutes connaissent, et dont certaines
apprécient la voix, et les chansons.
Qui peut défier Zaraï, et ce qu'elle
représente, peut défier le ciel
- et la direction, réactionnaire, d'une
"œuvre de charité-maison de redressement",
où l'on punit de toutes jeunes femmes du
peuple pour crime d'enfants nés ou à
naître...
"Quand on voit nos fiancés,
disent-elles, nos éducateurs nous traitent
de putains". Ça va bien...La
rumeur leur parvient de la révolte des
filles du Plessis-Robinson, où les féministes
bourgeoises des "grandes consciences",
"top-médiatiques" (l'aile
la plus américanisée du MLF),
se sont parachutées non sans efficacité
sur une rébellion d'adolescentes pour en
faire un "exemple type" d'introduction
en France du féminisme intégriste"anti-mecs",
importé de New York, de Californie,
et du ghetto de luxe d'Hollywood, qui
va bientôt déployer ses ravages -
"castrant" les
"mecs", et contribuant
très largement à la dissolution
du jeune militantisme combatif et populaire porté
par "La Cause du Peuple".
Mais, pour les filles d'Issy, liés
aux gars d'Issy, à la fraternité
d'usine, et à l'esprit de révolte
unie qu'elle charrie, leur affaire, c'est la leur.
Et elles ne laissent à personne la tentation
de la leur voler.
Pendant deux semaines, elles préparent
soigneusement une grève des cours, élisent
deux déléguées, et mettent
en commun un petit "trésor de
guerre", argent et provisions...
Chez les éducateurs, elles ont un point
d'appui, un "mec", devenu leur
ami.
On finit par l'écœurer. Il jette l'éponge,
et démissionne.
Elles entrent alors en lutte, et se relaient aux
tâches, multiples, d'une "grève
active". Ménage fait en commun,
cuisine itou, crèche "sauvage",
distribution de tracts en ville - où elles
trouvent très vite l'épaule du Secours
Rouge.
Ensemble, elles écrivent une pièce
de théâtre. Et viennent la jouer,
pétulantes, sur le marché. Profitant
de l'occasion pour convier les gens à une
Assemblée Populaire, le soir, au foyer.
Les "gros machos" de la "bande
mao" d'Issy, ceux que les féministes
petites-bourgeoises qui rongent, désormais,
de l'intérieur, sous le drapeau frelaté
de l' "anti-mec", les collectifs
militants de "La Cause du Peuple",
traitent de "chasseurs de pédés"
en pissottières, quand ce n'est pas de
"violeurs", rassemblent 300 jeunes
d'Issy et de Paris, loubards et militants mêlés.
Leur bouillonnant mascaret croise un flux de CRS,
en ordre de bataille, devant le foyer de filles.
Les rebelles en mini-jupe ne laissent pas leur
part aux chiens. Elles montent en première
ligne. Des fenêtres, les redresseurs de
mœurs leur crient "Putains!",
et pour qu"elles entendent mieux la voix
du Ciel, leur balancent des seaux d'eau bouillante,
des étages.
Du périmètre de l' "Hôtel
Maternel", bouclé par une imposante
armada en uniforme, casque et boucliers pare-éclats,
l'armée mixte des jeunes doit bientôt
refluer.
Elles sortent une nouvelle arme de leurs sacs
à main, devenus, à l'occasion, matraques,
ou boucliers: "Les flics hors
du foyer! Grève de la faim".
Coup imperdable, dans ce climat d'intifada au
cœur des Hauts de Seine, et à portée
de lance-pierre des usines Renault, SEV Marchal,
ou Citroën, elles gagnent: renvoi du directeur
et des éducateurs, réorganisation
complète du foyer avec la participation
des "jeunes mères célibataires
elles-mêmes"...
De la violence au viol,
du viol au châtiment
Mais l'ordre de l'usine, qui se veut ordre social
global, et qui est, certes, pas toujours, mais
souvent tout de même, sous la loi dite ou
non dite des vieux mâles blancs grognasseurs
et rigides, ne peut pas supporter ces défis
répétés à ce qui lui
reste d'autorité, aux marches de son domaine.
L'insolente jeunesse d'Issy, avec ses Louise Michel
en herbe, doit être punie, châtiée.
Par la sanction suprême, et la plus humiliante,touchant
le cœur vivant de l'adolescence: le viol.
Le 13 juillet 1972, un commando
armé venu de Citroën débarque
en force dans une fête populaire.
Les réjouissances sont organisée
par un groupe de vingt-six familles mal logées,
en grande majorité yougoslaves, qui sont
arrivées, ensemble, dans un grand camion
loué pour l'occasion, pour occuper en force
deux vastes maisons vides, 4 et 6 rue Jeanne d'Arc.
"Chez nous, disent-ils, on décide
tout en réunion, et on résume tout
sur un journal mural"...
Femmes et hommes, unis, ils ont tout retapé,
nettoyé, remis à neuf et même
repeint en un temps record.
Ouvrières et ouvriers, travaillant souvent
dans le secteur du nettoyage, ou dans l'automobile,
ils se sont liés tout naturellement aux
travailleurs de la SEV Marchal, toute proche.
Tout le quartier les aide, ils partagent les dons
strictement, sommiers, habits, four à gaz.
Ils se sont répartis les chambres, sur
des critères égalitaires, concrètement
discutés, en Assemblée Générale.
Trois A.G. successives...Ils réservent
même certaine espaces de vie à l'intention
d'amis ou collègues de travail, Algériens
ou Français, qui s'apprêtent à
les rejoindre...
Ils partagent même avec des voisins du quartier
leurs machines à laver, et jusqu'à
leurs machines à coudre...
Le samedi 17 juin, la vaste communauté
"yougo" de la rue Jeanne d'Arc a réuni
une assemblée populaire de 160 mal-logés
de la réunion parisienne. Les prises de
paroles s'y succèdent: en Yougo, en Français,
en Arabe. Les occupants d'une nouvelle "zone
libérée", celle de La Butte
aux Cailles, dernière colline de la Commune
à résister, en mai 1871, armes à
la main, à la soldatesque aux mains sanglantes
du boucher Adolphe Thiers, leur demandent de venir
tous le 1 juillet suivant pour empêcher
l' expulsion, programmée, des occupants:
quatre familles françaises dont Barbara,
27 ans, qui vivait avec sa fille de sept ans à
l'intérieur... d'une serre d'horticulteurs,
à Charenton, et trois tunisiens, célibataires,
qui auraient aimé que tous les repas soient
pris en commun, proposition refusée par
vote démocratique pour protéger
"un peu d'intimité", et ne pas
faire dans le style "soupe populaire".
Au Café de l'Espérance, au bas du
33, l'immeuble occupé, on dit qu' "à
La Butte aux Cailles, dernier bastion de la Commune,
l'esprit y est restéi"
Les "Yougo" de la rue Jeanne d'Arc décident
d'aller s'y ressourcer, et appellent tous les
mal-logés parisiens, représentés
à leur A.G., dont Saint-Denis, Rampal-Ramponneau,
et la rue Jacquier à être tous sur
place, avec ceux de La Butte, dès 6H00
du matin.
On envoye, sans attendre, des délégations
de dissuasion aussi massives que possible dans
les préfectures, les mairies, ainsi qu'aux
HLM. Conclusion de cette belle et chaude assemblée:
l'organisation d'une grande fête, à
Issy.
Mais la violence n'attendra pas.
Le 29 juin 1972, une estafette bourrée
de nervis d'extrême-droite attaque La Butte
aux Cailles.
Un mois avant, le samedi 27 mai, exactement, deux-cents
habitants du quartier, dont une cinquantaine d'enfants,
plus déchaînés encore que
leurs parents, avaient dissuadé 11 cars
de CRS venus expulser trois familles et cinq célibataires
à la rue du 56 rue des Cendriers, occupé,
dans le quartier de Ménilmontant.
Les "casqués" en repli, des "civils"
en imper, démasqués, avaient été
chassés à coups de pierre. Ils avaient
dû démarrer sur les chapeaux de roue,
fuyant dans leurs voitures banalisées aux
vitres brisées...
Le samedi 3 juin, nouvelle attaque.
Quatre cars de "brigades spéciales".
Une sirène d'alerte, bricolée
dans les HLM, en face, fait rappliquer, de nouveau,
deux-cent voisins en furie. La "bande
du 45" (une cité de
la rue de Ménilmontant, jugée "sensible"
, encore, au jour où sont écrites
ces lignes, constitue le "bouclier vivant"
de la rue des Cendriers.
"On est trente, disent-ils aux occupants,
et de toutes les races..."On n'aimerait pas
vous voir vidés...Depuis que vous êtes
là, on a arrêté d'aller en
boîte, la "plume" (outil traditionnel
du petit cambrioleur parisien...° et le reste...Des
gens du quartier nous voient porter des sommiers
aux occupants: "Tu te ranges?- Au contraire"...A
l'intérieur, Christiane, son dernier né
sur les bras, séparée de ses quatre
autres enfants faute de logement décent,
partage le pain, ou le mafé, des Africains.
"Quand jemange, dit l'un d'entre eux, je
veux que mon voisin mange"
Démarré, donc, dans la non-violence-ou-presque,
festive et familiale, de simple occupation de
maisons vide, dont il faut simplement forcer la
porte, démurer une entrée, ou, comme
au 42 bd Chapelle, le dimanche 9 avril
1972, construire un escalier en bois
pour loger onze familles, le mouvement des mal
logés est amené, tout naturellement,
à prendre le chemin de la résistance
populaire, tracé par les maos, qui l'accompagnent.
Boulevard de la Chapelle, la police intervient,
aussi, très vite, pour jeter à
la rue, notamment, une famille d'ouvriers algériens,
qui, vivant dans un hôtel borgne peu à
peu transformé en maison de passe d'abattage,
avait dû se résoudre à le
fuir pour protéger l'épouse, et
les jeunes filles...
La résistance des occupants est saluée
par les klaxons des métros surplombant
le boulevard, où les conducteurs de la
RATP, ces "beaufs franchouillards"
(selon la go-gauche snob à la Charlie Hebdo,
méprisante devenue, depuis, de plus, islamophobe...)
tapent frénétiquement
"ce n'est/ qu'un début/ continuoins
le/ combat", le vrai mot d'ordre
du grand mai....
Mais à Issy, "base rouge",pour
défendre non seulement des principes de
justice, de dignité, et de simple humanité,
il faut mettre la barre plus haut. On le fait.
Il faut bien.
Viol
Le 13 juillet 1972, au cours
de la grande fête ouverte à tous
par les "Yougos", les voyous fascisants
venus du "syndicat indépendant de
Citroën", de sa mouvance, ou de la "petite
maîtrise" , raciste, sont montés
à l'assaut de ce lieu de vie, qui défie
l'ordre social de l'usine, étendu, autant
qu'il peut, "à toute la société".
Repoussés, ils repartent avec une
double prise de guerre: ils ont réussi
à capturer deux jeunes filles. L'une d'elles
sera violée, trois fois de suite.
Il y a eu dix blessés
au cours de l'affrontement. Mais surtout, les
Yougoslaves, "sportifs", aidés
par la "bande à Didier de Renault",
"Pierrot", "Jean-Marc Moto",
"Le Mexicain", "Narbonne",
et peut-être aussi "Sergent-chef",
passant par là, ont réussi à
"choper deux fafs"...
Qu'en faire? on ne va pas demander son avis à
Benny Lévy, qui était
"tricard"
à Issy, (interdit de séjour...)
avant même sa mortelle crapulerie
du 25 février 1972 - dont le vif
souvenir n'améliore pas les choses...
De toute façon, dans son évolution
en cours, il irait chercher la solution au plus
profond du Talmud, ou même de la Kabbale
- et ça prendrait du temps...
Châtiment
Au matin, les deux attaquants prisonniers
sont promenés dans toute la ville, une
pancarte au cou, comme un propriétaire
foncier exploiteur de la Chine rouge aux mains
d'un "tribunal populaire" de "paysans
pauvres" en fureur...: "Fasciste
CFT Citroën: que doit-on faire de moi?"
Faute de mieux, ils sont remis, à peu près
en bon état, à la police. Elle les
libèrera en catimini, dès le lendemain...
Immigrés:
le Parti
de la Dignité
Le jeudi 30 septembre 1971, coup
de tonnerre dans le bas ciel du nord, et sa grisaille,
ensoleillé d'un coup par les couleurs de
la Méditerranée: un mouvement
de grève des 7000 mineurs marocains éclate
sans prévenir.
"Achetés" par les Houillères
dans leurs villages du bled, ils viennent faire
le dur et dangereux travail du fond, que rechignent
à faire, maintenant, les jeunes Français,
même fils de mineurs, et de lignées
entières de mineurs...
"On" compte aussi sur eux comme main
d'œuvre temporaire, pour éviter d'
avoir à embaucher des professionnels du
charbon à plein statut, dans des mines
de jugées "condamnées"
par le "progrès technique" -
alors que l'avenir est au perfectionnement de
l'extraction et de l'utilisation, à l'aide
d'innovations écologiques, dépolluantes,
gazéification, liquéfaction, usage
du minerai pauvre...
Réunis clandestinement de façon
entièrement autonome, les fiers Marocains,
fin tacticiens, ont tout simplement décidé
de revendiquer "la carte de travail
pour tous".
Figurant dans la législation mise en place
par le gouvernement d'unité populaire,
issu de la Résistance, en 1946 - dans l'union
fraternelle des gaullistes et communistes - la
carte de travail donne un droit minimum à
l' ouvrier immigré, embauché directement
"au bled" par une entreprise précise,
qui a d'abord envoyé les "chasseurs
d'esclaves" d'une forme nouvelle de "traite",
"modernisée" en asservissement...
salarial - comme c'est le cas le plus souvent
jusqu'aux années 70...
Sans la carte, si Les Houillères, Citroën,
ou telle ou telle entreprise du BTP, le licencie,
quel que soit le motif, l'ouvrier n'est plus rien
qu'une "force de travail" libre... de
tout travail!
Il n'a plus qu'à "retourner au
pays". "Mohammed, prends ta valise!".
Avec la carte, au moins, il est en droit de chercher
un autre employeur - comme tout travailleur de
France, quelle que soit son origine, sa religion,
sa langue maternelle, ou la couleur de sa peau
Il a même la liberté, "extraordinaire",
de pouvoir "prendre son compte", si
"ça ne va plus" - si le patron
abuse...
Mais le grand patronat de la haute technocratie
d'Etat des années Pompidou n'éprouve,
comme le successeur du général,
lui-même, qu' "aversion"
pour tout ce qui semble inspiré, peu ou
prou, du programme - démocratique et progressiste
- du Conseil national de la Résistance...
Et la loi de 1946, tombée dans
les oubliettes, n'est plus appliquée. Seulement,
les Marocains, fussent-ils simples mineurs
de charbon, savent lire, ils savent ce
qu'est un droit, un ouvrier, une loi.
Comme le reconnaît aujourd'hui Aimé
Albeher, à Renault-Billancourt,
où travaillent aussi des Marocains, souvent
très combatifs, et parfois syndiqués,
la CGT n'a pu, finalement, obtenir la
reprise du travail de mai 1968 qu'en arrachant
au "négrier "
Dreyfus, et à ses maîtres
de la bourgeoisie du capitalisme monopoliste d'Etat,
un accords spécifique aux immigrés
de l'usine, garantissant ces droits.
Dans le nord, donc, c'est dans un puits de mine
de Bruay en Artois que tout commence, avec le
débrayage "sauvage" de 59 mineurs
marocains du fond."Si nous n'avons
pas de carte de travail, c'est comme ne pas avoir
de papiers d'identité".
Il se trouve que le secteur de Bruay est devenu
très tôt un fief de la Gauche Prolétarienne.
Bien avant 1970, et son interdiction. Bien avant
1972, et le "caca" journalistico-politique
du trio Serge July-Joseph Tournel-François
Ewald, devenus chasseurs de tête... de notaires,
et archéo-polpotistes ridicules, avant
l'heure...
Le débrayage des Marocains de ce premier
puits de mine, avant-garde d'un mouvement encore
secret de plusieurs milliers de leurs compatriotes
et frères de classe, rigoureusement organisés,
ne tombe donc pas dans l'oreille d'un sourd. Même
si Joseph, physiquement, et July, politiquement,
sont parfois "durs de la feuille"...
Le coup de grisou gréviste s'étend
de Bruay à Libercourt, Ostricourt, Angres..."Lutte
pour la dignité, la liberté",
clament-ils. "Le barbelé,
c'est le contrat de travail"
- des contrats de plus en plus courts, huit mois
maintenant, pour 314 nouveaux esclaves salariés
"raptés" par les Houillères
jusqu'aux limites sud du pays. Un mois avant la
fin du contrat, visite médicale. Si le
"sujet" est sain, signature d'un nouveau
petit contrat, et départ en vacances au
Maroc. Re-visite en fin de congés.
"Ils nous font croire qu'on va avoir la carte
de travail, légale, à la fin du
premier contrat. Sans elle, impossible de quitter
les Houillères pour travailler ailleurs.
Ce n'est pas la loi française. Dans la
loi, on doit l'avoir automatiquement"
Les mineurs français maoistes, et le clan
des "vieux de la vieille" regroupés
autour de La Cause du Peuple, de la pasionaria
Eugénie Camphin, des rescapés de
sa famille, et de l'influent André Théret,
défendent les Marocains dans les corons.
Le souvenir des vagues anciennes d'immigration,
"rital" ou "polak"
, devenu vivier syndical de la "CGT de
lutte de classes", puis ferment, patriotique,
du "Parti de la Résistance",
y a, sans doute mieux qu'ailleurs, préparé
les esprits au "choc des cultures"
avec une immigration cette fois maghrébine,
et musulmane.
"Si tout le monde se battait
comme les Marocains, ça irait mieux à
la fosse", disent les "ch'tis"
de Bruay.
"Le combat des Palestiniens contre
l'impérialisme apporte l'idée de
liberté, et des méthodes pour la
conquérir, aux travailleurs du Maroc comme
à ceux des mines du nord,
insiste alors La Cause du Peuple...Au Maroc,
un vaste mouvement de grèves sauvages déferle
sur l'ensemble du pays"...20 000 mineurs
ont cessé le travail à Khourigba,
plus grand centre phosphatier du Maroc, le conflit
dure depuis un mois, mené par un Comité
de grève, hors syndicats. Il porte sur
les conditions de travail autant que les salaires.
Le 14 octobre 1971, ce sont les ouvriers
phosphatiers et les dockers de Casa qui
entrent dans la ronde. L'armée quadrille
Khourigba. Silence de la presse. Grève
de solidarité des mineurs de l'Office Cental
des Phosphates (OCP) et des mineurs de Yousoufia,
entraînant même les administratifs
de l'OCP de Rabat. Grèves sauvages chez
Cosumar (Casablanca), et, dans la même ville,
à la Sofima, chez Simpa (ouvrières),
Coma, Mussy, Citra, Sidana, Tognetti, Fargan.
Volvo aussi est touché, avec un mouvement
pour la réintégration de cinq travailleurs
licenciés. Grèves encore aux sucreries
et aux bus de Tétouan, occupation de terres
par des travailleurs pauvres à Oulad Tayma
(province d'Agadir), etc.
Bien appuyé et relayé par
la "base mao"
du nord, le puissant coup de
bélier des mineurs marocains lance
un mouvement d'ouvriers immigrés
de France pour la carte de travail, qui
va s'étendre dans tout le pays, et prendre
la forme de grèves de la faim en
série, et quelquefois de mouvements collectifs
sur le lieu de travail lui-même.
Un signe avant coureur avait été
donné, dans la même région
du nord, avec le mouvement de solidarité
de toute la courée Bonte
en faveur de Yamina, une mère de
trois enfants, ouvrière du textile, licenciée
pour "improductivité",
et menacée, de ce fait, d'expulsion
- faute de carte de travail lui permettant de
rechercher un autre emploi.
Le textile "dégraisse"
en masse, et les cas de ce genre se multiplient,
tous aussi odieux les uns que les autres. Mais
à la courée Bonte, l'action des
femmes du nord groupés autour de Yamina,
avec le soutien énergique du Secours Rouge,
et des étudiants, mobilisés en masse,
prend des proportions exceptionnelles. Un véritable
groupe d'autodéfense est constitué,
avec rondes anti-flics, cloche pour sonner l'alerte,
etc.
- Sadok Djeridi, de
Sénarpont (Somme) -
Première grève de la faim, première
carte de travail à l'arraché...
En avril 1972, c'est à
Sénarpont, une petite localité bien
"franchouillarde" de la Somme profonde,(550
habitants à peine), à quelques kilomètres
d'Amiens - ville d'origine de
Patrick Fers, un des piliers du GPA du
Comité Vietnam de Base de Louis-le-Grand,
en 1967-68 - qu' un émouvant mouvement
de solidarité protège le
combat du Tunisien Sadok Djeridi, soudainement
jugé "inapte" au travail,
et menacé d'expulsion immédiate,
dans la foulée.
Mais là encore, les militants se tiennent
éloignés de l'attitude paternaliste
et charitable visant à "défendre"
un malheureux immigré. Car le "parti
des immigrés" que devient
"La Cause du Peuple", est
le parti de la dignité des immigrés,
et se mobilise en soutien à leur action
elle-même, pas à leur place.
- Sadok entreprend une grève de la faim
pour exiger, selon la loi de 1946, sa carte de
travail. Deux étudiants arabes, un jeune
chômeur et...le curé de Sénarpont
se joignent à lui, et bientôt 1000
personnes défilent dans les rues d'Amiens.
C'est peu mais c'est beaucoup, pour cette ville
juste moyenne, et très paisible. Et
c'est assez pour que, ce 25 avril 1972, neuf ouvriers
d'un chantier de la société EGCC
(câbles et canalisations) brandissent
le poing en solidarité au passage du cortège.
Cinq d'entre eux sont sans carte de travail, les
neuf déclenchent un mouvement collectif,
qui s'étend aussitôt à Sainte-Geneviève
des Bois, en banlieue parisienne, sur un autre
chantier d'EGCC. Là, le patron perd les
pédales, il menace de virer une partie
des grévistes, et propose aux autres des
améliorations matérielles:
"Je repeins la roulotte où je vous
loge. Quelle couleur voulez-vous? - Nous patron,
c'est surtout un problème de carte de travail".
L'incompréhension grandit entre les deux
parties, un Comité de Lutte se forme, des
bulldozers de la société se trouvent
pris en otages, comme un des directeurs, qui exhibe
un revolver, et le combat pour
la carte de travail fait un bond en avant dans
toute la France.
Il s'élargit encore avec la contestation
d'une "circulaire Fontanet",
du nom du ministre du travail démocrate-chrétien
de l'époque. Ni vraiment démocrate,
ni très chrétien, cet homme rigide,
qui finira assassiné à coups de
revolver dans des conditions encore aujourd'hui
obscures, souhaite encourager une politique de
"départs naturels" d'immigrés
s'entêtant à se conduire en hommes
comme les autres, dignes du nom d'homme et de
travailleur, et pas comme une "main d'œuvre"
- "choisie "ou non, palpée,
achetée, pressurée, rendue "inapte",
et renvoyée...
"Il leur faut une réserve de main
d'œuvre, de chômeurs français
et immigrés. Mais cette réserve,
ils la veulent divisée et terrorisée,
muette, coupée ds travailleurs actifs,
coupée du peuple, commente sèchement
La Cause du Peuple, dont un des militants de choc
(alors...), le tunisien Saïd Bouziri,
lui-même menacé d'expulsion avec
sa femme Fawzia, fait franchir
au mouvement une nouvelle étape,
avec une nouvelle grève de la faim,
cette fois en plein cœur de Paris,
et portée par tout le potentiel que l'"ex-GP"
conserve à l'époque - novembre
1972 - dans la capitale et les banlieues
environnantes.
Grève
de la faim de Saïd Bouziri: deuxième
victoire
Les grèves étendent leurs objectifs
à la riposte contre "toutes les
agressions et menaces qui pèsent sur les
travailleurs immigrés", des
"expulsions arbitraires" aux "assassinats
racistes".
Organisée dans des locaux d'église,
salle saint-Bruno, rue Pierre L'Hermitte,
celle de Saïd bénéficie de
sa personnalité, alors rayonnante - rare
et précieuse exception parmi les "cadres
dirigeants" de l' "ex-GP"
il se manifestera parmi la cinquantaine
d'opposants déclarés à la
liquidation du mouvement mao, un an plus tard,
à la Toussaint 1973 à l'Assemblée
des Chrysanthèmes, venant y féliciter,
chaleureusement, l'auteur de ces lignes pour une
intervention, piquante, qui avait plutôt
"clivé" et dont la chute,
claquant autour du mot "vérole"
semble avoir laissé jusqu'à ce jour
la trace d'une gifle, cuisante, sur les joues
grassouillettes de l'orgueilleux Geismar, ou du
pauvre Theureau, "pine d'ours"
alors en débandade, la queue entre les
jambes...
Plus d'un millier de personnes signent en quelques
heures en faveur de Saïd et Fawzya, dont
la mesure d'expulsion, reposant sur une base juridque
fragile, sera rapidement annulée.
Quelque peu recentré, depuis, Saïd
Bouziri deviendra un des animateurs du journal
Sans Frontières,
appelé à se transformer bientôt
en outil de la liquidation du MTA,
qu'il avait contribué à créer
(comme Libération celui de la liquidation
de l' "ex-GP"). Il bénéficiera
bientôt d'un emploi à l'Assedic,
comme cadre, avant de devenir un haut responsable
de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH).
Il s'y tient, jusqu'ici, à des positions
progressistes, sur le voile méditerranéen,
contre l'islamophobie, et pour la Palestine...
De grève de la faim en grève
de la faim, le mouvement associant désormais
étroitement la revendication de
la carte de travail et la lutte pour
l'abrogation de la circulaire Fontanet
vole désormais de ses propres ailes. Valence
(22 cartes de travail arrachées au préfet
après une manifestation de 1500 personnes,
et des "grèves de la messe de
Noël" organisées, en décembre
1972, par les chrétiens révolutionnaires
de la ville dans plusieurs églises, à
l'initiative de leurs curés, "christo-guévaristes
conséquents".
"Lorsque un ouvrier
est esclave, tous les ouvriers le sont".
A Toulon, ville qui deviendra, huit ans plus tard,
sous "Tonton" Mitterrand, à
l'époque où "SOS-Racisme"
et Le Pen occupent, chacun dans son rôle,
le terrain massivement déserté depuis
l'auto-dissolution de la majorité de l'
"ex--GP", la tendance est encore
à l'anti-racisme populaire, actif, et dynamique,
en ce début 1973: quand un ouvrier
français entreprend lui-même une
grève de la faim de soutien à celles
des immigrés. "Je suis
un travailleur français actuellement en
chômage. J'ai été licencié
il y a un mois d'une société sous-traitante
des Chantiers navals de La Seyne. En novembre
1972, nous avions fait trois semaines de grève
sur des questions d'hygiène, et de salaire......Les
ouvriers immigrés ont travaillé
à notre place. On voulait mettre en place
un piquet. Le syndicat nous a expliqué
que si ces immigrés ne travaillaient pas,
ils seraient immédiatement expulsés...On
a perdu la grève...C'est pourquoi je pense
qu'il faut les aider à obtenir les mêmes
droits que nous. Il ne faut pas que les patrons
puissent se servir des immigrés contre
les Français. En réduisant comme
ça des milliers d'ouvriers au chômage
et à l'esclavage, ils empêchent l'union
de ces ouvriers avec les travailleurs français.
Mais cette manœuvre est en train d'échouer
grâce à la lutte que nous menons
pour obtenir la carte de travail".
Dans la même ville de Toulon, cinq
ouvriers tunisiens sans carte de travail lancent
leur grève de la faim dans une église
dont le curé décide d'organiser
un vote parmi ses paroissiens.
Le résultat est sans appel: 351 pour l'accueil
des immigrés grévistes, 78 contre,
21 abstentions!
Non, la France des années 70 n'est
pas raciste.
Pas plus que celle d'aujourd'hui.
N'en déplaise aux pleurnichards de la petite
bourgeoisie blanche, qui ne cherchent qu'à
se donner bonne conscience à peu de frais,
en se disant "différents"
du "populo" (supérieurs,
éclairés).
Raciste, la classe politico-médiatique
l'est, oui! Le peuple, non!
Et pas plus le peuple des paroisses, des soutanes,
des rosaires et des crucifix.
Dans la foulée, Claude Nougaro
dédie aux grévistes de la faim sa
chanson "Bidonvilles" .
Le mouvement gagnera Mulhouse, Toulouse, Saint-Etienne,
la région Rhône-Alpes, et toute la
région parisienne.
En février 1973, une descente
musclée d'une puissante délégation
d'ouvriers français et immigrés
de l'Union nationale des Comités
de Lutte d'Ateliers et du Comité
de Défense des Droits et de la Vie des
Travailleurs Immigrés, créé,
dans un local de la rue Myrha, à
la Goutte d'Or (Château Rouge),
autour de Saïd Bouziri,
viendra secouer l'ambiance feutrée du
hall de réception de la direction de Citroën
- dont treize salariés, recrutés
en Tunisie par l'Office national de l'Immigration
(ONI) et la firme elle-même, promesse de
carte de travail à la clé, voient
leurs contrats expirer, avec menace d'être
expulsés...
Des grèves éclatent même
dans de petites entreprises, comme la société
Duchesne (restauration), à Paris, avec
comme revendication centrale la carte de travail,
puis, en liaison avec ce problème, l'excès
du recours au CDD- début de la
politique de "précarisation"
de la force de travail...
Le 30 avril 1973, veille d'un
premier mai annoncé comme "un
Premier mai d'action contre la circulaire Fontanet"
par les syndicats CGT-CFDT (qui commencent à
bouger) près de 7000 travailleurs
immigrés manifestent dans Paris pour la
carte de travail, avant que cent d'entre
eux n'aillent tenir une A.G. "autonome",
avec l'aide des maos, rue Saint-Maur.
En juillet 1973, une circulaire
du nouveau ministre du travail, Georges Gorse,
un gaulliste social, élu de la circonscription
de Boulogne, aux portes de Renault-Billancourt
vient enfin remplacer le texte de Fontanet, réglant
l'essentiel de ces problèmes.
Entre temps, l'offensive du "parti
de la dignité" des
immigrés se sera étendue,
tout naturellement, à la riposte aux assasinats
racistes, avec l'extension du
mouvement de grève du MTA de Marseille
(voir page) à des mouvements comparables,
réellement significatifs, en région
parisienne, puis dans le nord.
L'assassinat
raciste de Djillali lance la reconquête
de Barbès...
C'est la "bataille de Barbès",
menée par les immigrés arabes du
quartier, avec le soutien des maos, et de l'Eglise,
à la suite du premier assassinat raciste
jamais commis dans ce bastion historique du FLN
depuis la guerre d'Algérie: celui du jeune
Djillali.
Les O.S. arabes du cinquième étage
de l'Île Seguin, à Billancourt, dont
beaucoup ont rejoint le MTA naissant,
viendront eux-mêmes, accompagnées
de leurs "copains" français de
l' "ex-GP", d' "inspecteurs"
spécialisés de la "base rouge"
d'Issy, et d'O.S. marocains du "village arabe"
de Gennevilliers, autour de Chausson, "décoquiller"
avec précision, à la lame fine,
le mollusque raciste, venimeux, incrusté
dans le Barbès arabe. Un petit
réseau raciste clandestin, bien cloisonné,
s'étend d'un couple de concierges d'immeubles
à la boulangerie du coin, qui sera boycottée
à mort avec l'aide des "chebab"
du quartier, sous le regard approbateur des "matrones"
en foulard.
Les racistes organisés ont le soutien
discret d'un patron d'Hôtel, manipulé
par un élu pied-noir d'origine corse, affilié
au parti pompido-marcellinesque de la "droite
modérée".
L'enquête sera tellement soigneuse - montrant
tout le potentiel d'un travail de renseignement
fait dans l'esprit mao, et dans la tradition de
"Wu hao" - qu'il ne sera
même pas nécessaire d'en
finir par un "déchoukage"
à la batte de base-ball, à la barre
de fer, au "cock", au plastic, au pistolet,
voire à la "kalach".
Se sachant démasqués, dénoncés
nominalement par affiches, les membres du réseau
raciste quitteront eux-mêmes, les uns après
les autres, et sur la pointe des pieds, un quartier
redevenu lieu de vie, d'harmonie et de tranquillité
- ou en tout cas "normalisé".
D'autres affaires suivront, spectaculaires. Comme
celle de Mohammed Diab - un ouvrier
soigné pour une malade des nerfs, père
de famille tranquille, abattu à
l'intérieur d'un commissariat,
mais devant témoins, par un brigadier de
police "allumé", qui n'aimait
pas sa façon de chantonner en arabe, et
le traita de "sale race",
avant de le faire taire...d'une rafle de son pistolet-mitrailleur
réglementaire, sorti pour l'occasion
du ratelier.
L'importante mobilisation créée
en sa faveur, partie, là encore, des militants
ouvriers arabes de la mouvance mao, mais étendue
à une large frange d'intellectuels et d'artistes
du cinéma ou de la chanson, dont certains
très connus, allait déboucher sur
une grande manifestation sauvagement "ratonnée".
On peut reprocher aux nouveaux cadres ouvriers,
français ou immigrés, des milices
ouvrières de Billancourt, Citroën
ou Chausson, associés à la frange
prolétarienne du "mouvement de la
jeunesse", de n'avoir pas pris les mesures
adéquates pour assurer la protection de
ce cortège.
Ils n'ont, en effet, pas encore complètement
compris ce qui se passe du côté de
Benny Lévy et consorts qui, renonçant,
avant de l'annoncer ouvertement, à toutes
leurs responsabilités de dirigeants, se
contentent maintenant de "laisser faire",
et de coller aux mouvements en cours par la seule
arme du papier - les articles de La Cause du Peuple-J'Accuse,
où "l'autodéfense
des manifestations populaires"
est prônée, dans de belles phrases,
sans que plus aucune mesure pratique ne soit impulsée,
et prise dans ce sens - et cela depuis
l'affreuse débandade de Geismar et consorts,
ce triste 25 février 1972, jour de mort,
au métro Charonne...
Septembre
Noir. La vérité sur l'attentat des
J.O. de Munich, et ses suites
Chez les maos, la rupture entre direction et base
- et base arabe, en particulier -s' étend
à ceux des militants français d'origine
métropolitaine (notamment mais pas uniquement
ouvriers) qui n'ont pas déserté
le terrain de l'antiracisme actif et effectif,
donc de la Palestine.
Elle va s'élargir encre, devenant plaie
béante, après l'opération
palestinienne aux J.O. de Munich, signée
Septembre Noir".
Cette fois, c'est la crise ouverte.
On en trouve même un reflet
- feutré - dans les colonnes de La
Cause du Peuple.
Le Comité exécutif de l' "ex-GP"
est globalement consterné. L'action de
la Résistance palestinienne rappelle à
Benny Lévy ses mauvais souvenirs, dans
la foule, "basanée",
de la porte Zola, à Renault.
Remontant plus profond encore dans le subconscient
tortueux de cet athée maoiste impérieux,
la violence méprisante au bord des lèvres,
et la "haine de classe" à
fleur de plume (qui finira bientôt rabbin
rétrograde en chapeau noir, justifiant
la ségrégation des femmes, aussi,
au nom de la Torah, son nouveau Capital), "Munich"
sert désormais de prétexte aux repentis.
Ils commencent à abattre leurs cartes,
pour prendre la pose, vertueuse, des partisans
de la Morale, avec un très majestueux M,
qui font barrage, démocratique, contre
les dangers de la Violence, avec un immense V,
sous la forme, désormais, d'un "terrorisme
aveugle", qui plus est,
"arabe", sur le sol même
de l'Europe - où, en France , et dans la
mouvance mao, plus particulièrement - un
prolétariat immigré, souvent maghrébin,
vibre pour Arafat et les fidayin du Fatah, et
approuve, massivement, "la lutte
armée palestinienne"
dans son ensemble, dans son principe - y compris
et surtout "Septembre Noir".
Mais Benny, qui se sent toujours assis
sur un volcan, a la prudence de ne pas prendre
position trop ouvertement.
Il avance, mais il avance masqué,
se dissimulant derrière un texte alambiqué
de la Nouvelle Résistance Populaire,
publié dans La Cause du Peuple. Texte qui,
comme la plupart des autres, reflète l'opinion
personnelle d'Olivier Rolin, et rien d'autre.
Un Rolin qui deviendra, après 30 bonnes
années de réflexion, et de pénitence,
accompagnées de tentatives de percée,
infructueuses, dans l'édition, défenseur
déterminé de l'Etat d'Israël...
Contrairement à ce qui a pu être
dit ou écrit depuis, le texte - il
suffit de le relire - se garde bien
d'exprimer quelque "condamnation"
que ce soit de l'opération
de Munich, qu'il ne dénonce pas directement
comme "terroriste".
S'y flattant, immodestement, de l' "expérience"
d'une "branche armée"
qui n'a jamais tiré un seul coup de feu,
jamais tué personne, et n'a eu aucun blessé,
ni aucun mort, Rolin - qui ne signe évidemment
pas de son nom- approuve du bout des lèvres
le principe d'opérations
armées de la Résistance palestinienne
même hors du territoire historique
de la Palestine, ou de ses abords jordaniens
- après les effroyables massacres des camps
de la banlieue d'Amman, ou de la forêt de
Jerash.
Mais pour la direction mao, sous
le masque "glorieux" de la NRP, et par
la plume de Rolin, les Palestiniens ont
eu tort de s'en prendre à
de simples civils israéliens,
fussent-ils des athlètes représentant
officiellement leur pays à de prestigieuses
Olympiades dont les Palestiniens sont évidemment
exclus, tandis que leurs tortionnaires israéliens
y paradent sous le drapeau blanc à Etoile
de David bleue, inventé par les sionistes...
Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots.
Des ouvriers arabes politisés, cultivés,
intelligents, comme Sadok Ben Mabrouk, qui, de
son propre aveu (entretien avec l'auteur, juin
2007) a "rejoint les maos sur
l'ensemble de leur travail d'usine, les O.S etc.,
mais avant tout pour la Palestine",
ou Mokhtar, de Chausson, dont la démarche
est la même, et sans doute aussi Houcine,
n'ont pas du tout besoin d'attendre la
"ligne" d'en haut pour
connaître le véritable
contexte, les tenants, les aboutissants, et la
signification réelle de l'opération
de Munich.
Cette initiative, certes, audacieuse, n'a pas
seulement pour objectif de protester contre une
festive concélébration de la "communauté
internationale" par elle-même
-dont les Palestiniens se sentiraient,
à juste titre, exclus.
Il ne s'agit pas non plus d'une simple
riposte aux massacres de Jordanie,
dont un des principaux responsables, le premier
ministre Wasfi Tall, est châtié
sans complications inutiles par un autre commando
du même "Septembre Noir",
au Caire, au même moment.
Avec le recul du temps, et le regard
de l'Histoire, on sait à peu près
tout, aujourd'hui, sur le sens véritable
de cette "opération spéciale"
décidée, avec l'accord d'Abu
Ammar ("Le Vieux"),
d'Abu Iyad... et du "très
modéré" Abu Mazen (Mahmoud
Abbas, l'actuel président de l'Autorité
palestinienne, successeur démocratiquement
élu d'Arafat), et réalisée,
sous la mystérieuse étiquette de
"Septembre Noir", par
une nouvelle branche, ultra-secrète,
des services de renseignement extérieurs
du Fatah, en septembre 1972 aux
Jeux Olympiques de Munich...
Comme les milieux professionnels du renseignement
l'ont établi, depuis, parmi les purs "athlètes
israéliens", tous de formation
militaire "spéciale",
capturés par les jeunes résistants
palestiniens de "Septembre Noir"
non pour être abattus,
mais pour être échangés
contre certains au moins des dizaines de milliers
de prisonniers politiques palestiniens, hommes,
femmes et enfants, traités de façon
indigne et torturés, figurent au
moins trois personnages inscrits par
les "services" du Fatah, maintenant
très performants, sur une liste
noire d' agents du Shin Beth ou du Mossad formés
aux terribles techniques d' "interrogatoire
renforcé" de ce qu'il
faut bien nommer: la Gestapo israélienne.
L'opération de Munich, qui les visait tout
particulièrement, au sein du groupe d'otages,
n'était en fait que le coup d'envoi
d'une campagne prolongée d'une nouvelle
"armée de l'ombre" palestinienne,
épaulée par des réseaux anti-impérialistes
de divers pays d'Europe, dont la France.
Au début des années 70, Arafat a
constaté que les tueurs professionnels
("kidon")
des services de renseignement israéliens
assassinent systématiquement,
d'un pays à l'autre d'une Europe entièrement
complice, où ils se sentent "chez
eux", non les Palestiniens des
petits groupes extrémistes du "front
du refus", genre FPLP, FDLP,
voire Abu Nidal, mais les supposés
"modérés" du Fatah engagés
dans les premières approches de la
"diplomatie secrète" appelée
à déboucher sur les accords
d'Oslo.
C'est la stratégie de libération
de la Palestine en "deux étapes",
passant par "deux Etats",
que redoutent le plus les "cerveaux"
du Mossad.
Parce qu'ils ont compris, eux, mieux que
les gauchistes français, la petite-bourgeoisie
arabe d'ultra-gauche, ou aujourd'hui la frange
"ultra" du
Hamas, le redoutable potentiel
de cette orientation de long terme.
Une fois l'Etat Palestinien créé
au côté d'Israël, pacifiquement
stabilisé, et démocratiquement organisé,
le principe de discrimination raciale, sur lequel
est fondé l' "Etat des
Juifs", conforme à la
pensée de Herzl, subira d'irrésistibles
tensions politiques.
Ce sont elles qui, succédant
à la première phase, militaire,
de lutte armée de libération,
puis aux deux premières intifada, de logique,
elles, "politico-militaire",
amèneront à récipiscence
l'entité raciste et coloniale de Tel Aviv.
Israël devra alors choisir:
- soit se transformer de lui-même
en un Etat démocratique, républicain,
fondé sur le principe "un
homme une voix", favorable, à long
terme à l'actuelle minorité arabe,
"palestinienne de souche", appelée,
démographiquement, à devenir majorité.
Hypothèse, il est vrai, de moins en moins
probable...
- soit voir ces mêmes Arabes de
l'ancienne Palestine, devenus, sur le papier,
"citoyens d'Israël",
mais toujours discriminés, de fait, dans
un Etat qui ne reconnaît qu'une
"nationalité juive"
- et même pas de "nationalité
israélienne" - subir
l'irrésistible attraction d'un Etat de
Palestine, voisin, libre, pacifique et lui, démocratique
(et non ethnique...).
Ne resterait de l' "Etat des
juifs", conçu (selon
les mots sinistres de l'autrichien Théodor
Herzl) pour une "race juive",
qu'une sorte de nation-croupion,
ethniquement pure, certes, (si la communauté
internationale, la vraie, tolère encore
longtemps pareille fantaisie), mais réduite
à une sorte d'enclave urbaine, genre Hong-Kong
des XIX et XX ème siècle, ou Singapour,
à la perspective aussi éphémère,
à l'échelle de l'Histoire longue,
que l'empreinte de pas sur le sable au bord des
vagues, à l'approche de la marée
montante...
Quoi qu'il en soit, Israël tue.
Le paisible Mahmoud Hamchari,
après tant d'autres, meurt, abattu
en plein Paris.
Et la direction de la Résistance palestinienne,
la vraie, en vient à se demander si elle
n'est pas devenue elle-même victime du mythe
de l'omnipotence et de l'invincibilité
du Mossad.
Se poser la question, c'est commencer
à y répondre.
Fatah se met alors à retourner
des "agents doubles", fils
de notables palestiniens devenus étudiants
en Europe, et recrutés par Israël,
puis envoyés à Beyrouth ou à
Tunis pour des missions d'infiltration, guidant
la main des tueurs. On les gronde, certes, un
peu, mais on ne les châtie pas. Ou pas tout
de suite. "Condamnation à mort,
avec sursis": on leur propose de devenir
des "agents triples",
en saisissant la dernière chance qui leur
est offerte d'éviter un sort funeste, et
peut-être aussi très douloureux,
pour eux comme pour leurs proches - ou de mourir
en héros, "pour la patrie".
Ce qu'ils ont à faire est très
simple. Ne rien changer à leurs habitudes.
Qu'ils continuent à rencontrer
régulièrement leur officier-traitant
israélien, à Londres, Bruxelles,
Milan, Madrid, ou Paris. Mais avec un
bémol: qu'ils donnent à
ce qui est en train de devenir "Septembre
Noir", toutes indications utiles,
au préalable, sur les lieux et dates
de ces rencontres...
Munich devient ainsi la première "belle
bleue", ou rouge, comme on voudra, d'un
long feu d'artifice décrit en
détail dans ses Mémoires
par le principal organisateur - impuni, contrairement,
là aussi, à la légende -
de l'opération des J.O. de Munich et de
la suite.
Les Mémoires de
feu du grand Abu Daoud
Dans un livre grandiose, que tout véritable
ami de la Palestine devrait chérir, au
cœur de sa bibliothèque, "De
Jérusalem à Munich"
( publié
chez Anne Carrière en 1999, avec la collaboration
du grand journaliste français Gilles du
Jonchay, fin connaisseur du Moyen-Orient comme
auparavant du Vietnam), Mohammed
Oddeh, plus connu sous son nom de guerre
d'Abu Daoud ("le père
de David"), l'homme qui, après
avoir conçu, pratiquement, l'opération
des J.O. de Munich, fait la courte-échelle
aux jeunes du commando, pour qu'ils franchissent
les grillages alors médiocres du village
olympique, puis va rembourser à
Abu Mazen, à Damas, les 500 dollars et
37 marks restant d'un budget prévu
de façon large, clot, si elles ne sont
pas mortes, depuis longtemps, de leur belle mort,
les polémiques alambiquées qui déchirèrent
le trognon du trognon de ce qui avait été
l'Etat-Major d'une force maoiste en France, à
propos des "risques de dérapage"
du "terrorisme palestinien'", arabe,
etc, et de Munich...
Dans une acceptable synthèse
disponible sur le blog maoiste Imbongi (http://www.20six.fr/Imbongi/
), ce descendant d'une ancienne tribu de
caravaniers yéménites venus se sédentariser,
il y a un millénaire, aux portes de Jérusalem,
près d'un point d'eau appelé "la
source de Myriam", parce que Marie (Myriam,
en arabe comme en hébreu), épouse
du charpentier Joseph de Nazareth, et mère
du Christ, était venu, dit-on, y tremper
un beau jour ses lèvres virginales, on
apprend tout, et le reste, sur cette histoire
épique...
"La riposte des Israéliens ne
tarda pas. Quarante-huit heures après (la
prise d'otage de Muncich), leur aviation bombardait
unne dizaine de bases et de camps de réfugiés
palestiniens en Syrie et au Liban. Les raids,
effectués en fin d'après-midi, un
vendredi, jour de repos, firent plus de 200 morts,
en grande majorité des civils (...)
A peine les dirigeants israéliens avaient-ils
lancé leurs premières représailles,
le 8 septembre, que notre groupe frappait de nouveau
(...) Depuis des mois, nous avions dans notre
collimateur un certain Zadok Ophir, (...) en poste
à l'ambassade d'Israël à Bruxelles
(...) Sachant que, depuis la grande brouille de
1967 avec la France du général De
Gaulle, Bruxelles avait remplacé Paris
comme plaque tournante des services secrets israéliens
en Europe, Abu Iyad avait envoyé R. traîner
dans la capitale belge avec pour mission de s'y
faire recruter par le Mossad. Le plan avait fonctionné
à merveille. Restait à liquider
Ophir, qui, mordant à l'hameçon,
s'était débusqué.
R. s'en chargea lui-même (...) A peine les
deux hommes s'étaient-ils attablés
à l'intérieur de l'établissement
que R. soudain se leva, sortit son pistiolet,
tira plusieurs balles sur l'Israélien,
puis, profitant de la panique créée
par les coups de feu, partit se fondre dans la
foule au-dehors.
J'étais à ce moment-là
à Damas où je remettais à
Abu Mazen l'argent qui me restait de l'opération
de Munich - exactement 500 dollars et 37 marks.
Nous pavoisâmes tous à la nouvelle
venant de Bruxelles (...)
"Bien que gravement touché, Zadok
Ophir survécut. Il n'empêche qu'en
Israël, c'était la douche froide.
Cet attentat contre un agent du Mossad ébranlait
sérieusement la légende de l'infaillibilité
des services spéciaux israéliens.
(...)
Après notre action à Munich, elle
prouvait que les Palestiniens, désormais,
savaient se rendre pratiquement indétectables,
entretenir des réseaux, organiser des opérations
ponctuelles.(Comme pour enfoncer le clou, d'ailleurs,(...)
le 19 septembre, un conseiller économique
auprès de l'ambassade d'Israël à
Londres était tué à son bureau
(...) Je n'étais pas spécialement
proche de ceux qui firent le coup: c'était
des camarades du Fatah, liés à Abu
Jihad (...) Nous avions trouvé un terrain
de bataille où, pour une fois, nous reprenions
l'initiative aux Israéliens..."
Comme le précise Imbongi, qui
cite ces mêmes extraits des Mémoires
d'Abu Daoud, vrai fondateur du premier Septembre
Noir, cette signature recouvre en réalité
trois réseaux différents, tous émanant
des services spéciaux du Fatah d'Arafat:
- Septembre Noir Abu Daoud (sous la direction
d'Abu Iyad), le groupe responsable de
Munich 72, avant une série de liquidation
de criminels du Mossad, en Europe
- Septembre Noir-Abu Jihad, rattaché
au "ministre de la défense" d''Arafat,
principal coordinateur de la première intifada,
responsable d'autres opérations d'élimination
de "barbouzes" de Tel Aviv en Europe,
dont celle de Londres et assassiné à
Tunis pour ces deux raisons conjuguées(Septembre
Noir 2, l'intifada...).
- Enfin, un troisième Septembre
Noir, auteur d'opérations spéciales
sophistiquées, de très haut niveau,
à l'échelle internationale, était
sous la responsabilité directe de Ghassan
Salameh, le "prince rouge",
proche conseiller d'Arafat, chargé par
celui-ci des relations avec la CIA notamment pour
aiguiser les contradictions entre les Américains
et Israël. C'est pour cette raison, et non
par vengeance pour Munich (opération à
laquelle il était entièrement étranger)
que "Le Prince Rouge" fut
assassiné lui-même, à Beyrouth,
par les tueurs du Mossad.
Selon des sources sérieuses, ce
sont des réseaux logistiques de soutien
à Septembre Noir Deux, le sien,
qu'Abu Jihad entreprit de négocier, sous
le feu d'une intense canonnade, au sommet d'une
colline boisée du Liban, avec "Momo"
Brover, venu le rencontrer au nom de la majorité
- anti-liquidatrice - de la Nouvelle Résistance
Populaire (NRP).
Le dirigeant militaire de la résistance
palestinienne, lui-même formé dans
des camps d'entraînement de l'Armée
Populaire de Chine, après avoir été
le représentant des étudiants du
Fatah dans l'Alger de l'immédiate après
indépendance, où il avait connu
Jacques Vergès et Gilles
Munier, avait d'abord proposé
au fils, juif antisioniste, du compagnon de Manouchian,
une aide du Fatah à la reconstruction
d'une sorte de "Gauche prolétarienne"
en France, mouvement que les "pro-chinois"
du Fatah (tendance "modérée",
"Septembre Noir"...), liés
aussi dès l'origine, et dans la même
philosophie politique, au noyau fondateur du Hezbollah
libanais, tenaient en haute estime.
Momo, combattant exemplaire mais
garçon resté modeste, jamais
"bluffeur", pensait, à l'époque,
que nous n'en avions pas les moyens politiques.
Il déclina l'offre, acceptant
simplement quelques soutiens sous forme d'abonnements
au bulletin du C.R.I.S.E.,
"Données pour un Moment"
- une publication de qualité.
Assez "chinois" toutefois pour
savoir qu'on ne dit jamais tout à fait
"non", même si on ne
peut pas dire oui, il fit tout de même une
contre-proposition.
La majorité des militants
de la NRP avaient refusé de "liquider."
Ils étaient restés à
ses côtés, avec tous leurs
petits outils, sans en égarer un
seul, notre style était soigneux.
Il signala leur existence, puis les mit en contact
avec les services de renseignement militaires
du FATAH.
Et ce sont eux (et sans doute
lui, personnellement, mais il ne veut rien en
dire), qui, aidés de militants
arabes du MTA, assurèrent la
protection armée des premières réunions
de pré-négociation clandestine rassemblant
progressistes israéliens, pacifistes, et
négociateurs du Fatah, soucieux de ne pas
finir comme le malheureux Mohammed Hamchari,
un Fatahoui de Paris très proche des maos...
Pour mieux assurer ces tâches de sécurité,
accompagnées, inévitablement, de
mesures plus offensives de "protection
active", visant à ramener au
calme quelques Israéliens de Paris et leurs
supplétifs arabes, quelques petits
lots d'armes de guerre modernes, kalach, roquettes,
et Colt 11,43 (chers et rares en Europe)
transitèrent ainsi quelques temps par la
France, par des filières que la DGSE française
a tendance à lier à l'
"affaire Baudet" (lire
page ).
C'est dans ce cadre que de premières
AK 47 palestiniennes, des "kalach"
venues de Beyrouth par Chypre, transitant sur
des bateaux à voile, accompagnées
de Colts calibre 11,43,
de lots de munitions, de grenades militaires,
et même, croit-on savoir, de
lance-roquette, gagnèrent
des ports français.
Il me semble me souvenir d'avoir transporté
quelques uns de ces joujoux, dans un grand sac
de sport balancé au fond d'un break 305
Peugeot rouge, et de m'être fait une grosse
frayeur, au bout de 400 kilomètres, quand,
fatigué, je fus sifflé pour excès
de vitesse par des motards de la gendarmerie,
cachés, qui vinrent à pied jeter
un œil professionnel, mais trop blasé,
sur l'arrière du véhicule...
Destinées à l'armement de commandos
anti-terroristes anti-Mossad, mixtes, composés
d'anti-sionistes radicaux, français, servant
de soutien logistique et de structures d'appui,
dirigés sur le terrain par de jeunes cadres
venus de Palestine ou du Liban pour de simple
aller retour ("Je vais, je tire,
et je reviens"), ces armes
jouèrent un rôle dans les coups portés,
sur le sol européen, aux réseaux
de tueurs de Tel Aviv. Une grande compagnie
de taxis, couverture habituelle du Mossad dans
Paris, souffrit dans la même période
d'un pourcentage de décès supérieur
aux statistiques de ce métier, certes,
dangereux. Des morts par crises cardiaques
consécutives à d'excessives ingestion,
sous forme de cachets, solides, et de gros calibre.
Les prescripteurs de ces mortels médicaments,
"je vais je tire et...", vivaient
dans de luxueux appartements du XV ème
arrondissement, loués sous de
faux noms, impénétrables.
Mais, la France étant
ce qu'elle est, et les liens d'amitié,
ce que nous savons, l'un
des AK 47 dériva, fâcheusement, dans
les mains de Pierre Goldman et de son petit groupe.
Pierre, lui-même ami sincère de la
Palestine, mais un peu confus sur le fond du sujet,
et, par ailleurs, brouillon dans tout ce qu'il
faisait, en fit un mauvais usage, au cours d'un
petit "hold-up de financement",
banal . Il y tua un homme d'une
rafale, pour rien, sur un "coup de nerfs"
- un automobiliste de passage, qui, ayant du mal
à se garer, faisait des aller-retour très
lents, et lui paraissait "louche"
- et qui, peut-être, l'était...
Un tandem bien connu de policiers "barbouzards",
un pied dans la PJ, et l'autre dans les "services",
remonta la piste des balles de 7,62, puis des
"kalach", et cet autre Pierre, jugé
jusque là plus pied-nickelé, manipulable
à souhait, que réellement dangereux,
fut abattu sur ordre par une équipe de
truands liés à la DGSE, anciens
des funestes "commandos Georges"...
Nous l'avons pleuré.
C'était un fou, incontrôlable, mais
un brave garçon, homme de conviction doublé
d'un homme d'honneur, à l'âme superbe,
et qui partageait notre goût pour ces
lignes de Maïakovski: "Nous
marchons, poursuivis de balles aboyantes. Un jour,
nous deviendrons noms de rues, poèmes,
et autres grands navires"...
Les répercussions du coup d'éclat
de "Septembre Noir -Abu Daoud",
à Munich, donc, à l'automne 1972,
marquent une nouvelle étape dans le processus
de dissolution d'en haut du mouvement des maos
- au prétexte de l'épique "lutte
contre les dérives terroristes"
de quelques "anciens combattants"
désabusés, démoralisés
et fatigués avant d'avoir esquissé
les premiers gestes du combat véritable...
Mais cette deuxième offensive idéologique,
succédant après les leçons
de "pacifisme" douloureusement
infligées par le duo Benny-Geismat aux
malheureux manifestants anti-racistes, désarmés,
du 25 février 1972, à Charonne,
ne sera pas encore pas suffisante.
D'autant qu'une nouvelle bourde du C.E. vient
encore aiguiser les contradictions qui le minent
- en les exposant en pleine lumière.
C'est l'affaire Touvier.
Avec sa face connue de tous, la fameuse manchette
de La Cause du Peuple "La guillotine,
oui, mais pour Touvier!"...
Un titre démago, très "France
Soir Rouge", gravé dans les mêmes
lettres de sang du même discours - discours...-
de la "Terreur"
que le pathos ronflant mêlant les mots de
Bruay en Artois (qu'il a fallu rebaptiser, depuis...),
Brigitte mutilée à mort, "800
grammes de viande rouge", terrain vague,
corons, Jean-Pierre, notaire, Joseph Tournel,
Serge July, et "bidonnage"...
C'est la même symphonie fantastique, avec
les mêmes vibrations, sur le registre, d'abord,
du Redoutable, suivi par la diarrhée minable,
mode tragico-comique, d'une pièce
de Racine montée comme une pantalonnade
bouffonne genre comédie italienne - avec,
en guise de bouquet final, un son gras de flatulence...Ô
Serge!..
Mais le dossier Touvier conserve une part
d'ombre, avec la mission, confiée
à l'inénarrable Rolin, "Le
Maréchal", d'envoyer
"au charbon" les braves "soldats"
de la NRP pour le retrouver, où qu'il soit,
et l'abattre.
Suite colonne tout à
droite de la page, accès par clic
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LIBERATION:
VERS
LE DEPÔT
DE
BILAN ?
(13
septembre 2006. 12 H27)
Mort
d'un journal? Disparition d'un titre, qui a fait date
dans l'histoire de la presse? Fin d'une époque?
Mainmise définitive, devenue totalitaire, de
"Sarkozy l'Américain", et des puissants
réseaux d'hommes d'affaires, et d'influence -
nationaux et internationaux...- qui le soutiennent,
sur la totalité des "grands media de l'écrit
comme de l'audiovisuel?
C'est
un peu tout cela.
Si
les rumeurs de "dépôt de bilan imminent",
qui hantent les couloirs de "Libé"
depuis hier, sont officiellement confirmés dans
les heures qui viennent.
Mais
tout n'est pas si simple, ni si noir.
D'abord
parce que le dépôt de bilan", même
s'il est actuellement "à l'étude"
n'est qu'une des solutions techniques, parmi d'autres,
pour un titre en état d'urgence, qui continue
à perdre de l'argent et des lecteurs - et se
situe incontestablement "dans le rouge"...
Quelle
que soit sa forme exacte, l'événement
qui se profile et se prépare, annonce, incontestablement,
des moments difficiles, allant, peut-être, jusqu'à
des licenciements massifs, pour une équipe de
plusieurs centaines de personnes - journalistes, mais
aussi employés, commerciaux, techniciens...
Le
dépôt de bilan, et dans la suite, éventuellement,
mais pas inéluctablement, la mort de Libération,
ne tombe pas du ciel.
Sans
remonter à 1981, date des premières régressions,
de la première normalisation, des premières
failles, cachées sous le discours triomphaliste
de la "modernisation", les racines de la crise
actuelle remontent au référendum contre
la dissolution de la France par son intégration
dans un "super-Etat" européen, "social-libéral".
Serge
July ne s'était pas contenté alors, selon
son habitude, de mettre ce qu'il considérait,
impudemment, comme "son" journal au service
de l'extravagante campagne de matraquage mediatique
en faveur du "OUI".
Dans
un éditorial d'une rare vulgarité, au
lendemain du choix populaire démocratiquement,
massivement et insolemment porté sur le NON,
il avait insulté avec brutalité, non seulement
ses propres lecteurs, mais une large partie de son équipe
- les électeurs du NON, coupables, bien entendu,
de "xénophobie" et de "racisme"...
Pour
l'ancien communiste "rénovateur" "italien"
de l'UEC, devenu "Mao", anti-sioniste, pro-Palestinien
et partisan de la lutte armée anticapitaliste,
avant un spectaculaire "repentir" politique,
grassement rémunéré par un "système"
jamais avare de son argent quand il s'agit de s'assurer
le concours servile de "renégats" ,
c'était franchir une ligne.
Après
que Libération se fut lui-même coupé
de la société réelle, celui qui
était alors, encore, son P-dg avouait grossièrement
son propre mépris pour un peuple d'électeurs
qui lui avait dit "merde", comme il avait
dit, par ce NON de rébellion superbe, "merde"
à toute la prétendue "élite"
au pouvoir.
Quelques
mois plus tard, les insultés de "Libé"se
vengeaient de la plus jolie façon. La chute accélérée
des ventes ayant sanctionné la dernière
pantalonnade du "gros Serge", celui-ci tentait
d'en punir "l'équipe" - dont la seule
faute avait été, jusque là, en
réalité, de ne pas s'opposer à
lui avec assez de force... Il tentait alors de faire
passer en force un plan de licenciements massifs, particulièrement
arbitraires.Sous l'impulsion de la CGT, rassemblant
derrière elle un vaste front uni syndical (SNJ,
SUD), une grève de 4 jours (ce qui, pour un journal
quotidien, est fort) démontrait à Edouard
de Rothschild, devenu le principal actionnaire du journal,
et son propriétaire de fait, qu'il avait misé
sur le mauvais cheval. July n'était plus à
ses yeux qu'un bourrin, un canasson à viande
de second choix mûr, donc, pour l'abattoir. Cavalier,
ou supposé tel, "le beau Serge", devenu
"le gros Serge", n'était même
plus capable de contrôler les ruades de sa monture.
Il devait, très logiquement, finir par se retrouver
"sur le cul". C'est ce qui finit, par arriver.
Après une AG de haute portée symbolique,
où July, devenu Louis XVI devant le panier de
son, voyait y rouler sa popre tête: sur une ènième
interpellation d'une technicienne de production - déléguée
syndicale - ("tu réponds toujours à
côté de nos questions... Si c'est comme
ça, à quoi ça sert de perdre notre
temps de parler avec toi"), celle-ci lui tournait
le dos, et se dirigeait, sans sourciller, vers la sortie...
Suivie, en bloc, par tous les journalistes, et toute
l'AG... Laissant le mediacrate castré seul, morose,
dans la grande salle de réunion devenue le théâtre
de sa mise à mort (politique).
C'est
l' "équipe de Libération", et
c'est la grève, qui ont tué Serge July
-le poussant vers la porte. Quelques mois plus tard,
après un court délai de décence,
et lassé, disait-il, qu' "on" lui mente
sur tout, et d'abord, sur les chiffres, Rothschild "remerciait
" comme un valet son P-dg déchu de toute
emprise sur le journal, .
Libération
va-t-il aujourd'hui, à son tour, être condamné
à mort, après l'esquisse d'une révolution
ponctuée, "à la Française",
par un courageux régicide?
On
peut le craindre: mais ce n'est pas écrit! Le
"dépôt de bilan" n'est pas "la
fin de l'histoire". Il peut résonner, bien
au-delà de la rue Bérenger, comme un tocsin.
A
l'approche d'une échéance présidentielle
dont les enjeux, avant tout internationaux, et touchant
à la question fondamentale de la Guerre ou de
la Paix - guerre internationale, au côté
de Bush, et d'Israël, ou guerre civile ethnique,
avec le "nettoyage au kärcher" de la
"racaille"...- dépassent largement
ceux du sempiternel ballet "droite-gauche",
aux duettistes usés, la société
française, la société réelle,
riche d'un potentiel de rébellion, et de rébellion
créative, n'acceptera pas si
facilement de se voir presque complètement privée
de tout ce qui peut ressembler, de près ou de
loin, à une presse libre.
Autour
de qui reste de Libération - des souvenirs d'une
rébellion lointaine, et d'un style resté,
lui, un temps, poétique, insolent, voire subversif;
un logo, une "marque", une équipe -
autour, aussi, de "points d'appui" comme Marianne
ou même l'Huma, et avec le soutien des forces
syndicales présentes et bien présentes
dans l'univers de la communication, de l'édition,
de l'impression, autour, enfin, des forces socials
et politiques émergentes, des banlieues jusqu'à
l'intérieur de la plus "vieille gauche",
capable d'un sursaut, une bataille est encore possible.
Un
large secteur de la société est disponible
pour engager ce nouveau combat, en faveur de la diversité
et de la liberté de la presse. En sauvant
ce qui peut encore l'être; et surtout en édifiant,
autour de ce qui existe, des projets neufs,
et des instruments d'information, de communication,
radicalement rénovés, enfin bien adaptés.
Que
ces forces se lèvent, qu'elles se regroupent,
qu'elles prennent l'initiative avec audace, contre ceux
qui rêvent de réduire la France vivante
au silence!
Que
l'équipe de Libération - ou au moins,
au sein de l'équipe, un noyau uni et déterminé
-prenne la parole, et la garde! Et en avant pour un
nouveau "soulèvement de la vie" - et
pour de nouvelles aventures!...
13
septembre 2006. 12 H27.
ShaoShan
M'écrire,
proposer vos réactions,
vos
commentaires, vos textes:
ShaoShan@wanadoo.fr
(A
suivre...)
Et
pour en savoir plus sur Libération, sa crise
et son combat pour la survie,
lire ici
Et également
ici.
Compléments
d'infos et d'analyses sur le même sujet, sur le
blog IMBONGI par clic ici
Et
également ici: |
| REBELLES
(suite)
- IV -
Liquidation
(suite)
- 3 -
- De la traque du kollabo Touvier à la
Toussaint mortelle de 1973 ...
Les maos ont eu leurs renégats, immondes.
Ils ne sont pas les seuls.
Puisque c'est une clique politicarde se réclamant
- salauds! - du gaullisme qui fait sortir la pieuvre
de ses monastères ou des caves du Vatican,
ombreuses, fraîches, et bien achalandées
en victuailles, en bonnes bouteilles, dans la
noirceur desquelles l'hôte de passage peut
se voir offrir tous les plaisirs du monde...
Et cela, deux ans après mai 68, et sa Grande
Peur, source de concubinages gluants.
Car voici qu'avec la "réhabilitation
complète" du sinistre
Paul Touvier bondit sur le devant
de la scène, sous les néons sataniques
des media, le Torquemada sans foi et sans
patrie de la collaboration lyonnaise, maître
des secrets de la ville, arrachés
sous les pires des tortures, comme de ceux des
maquis de la Haute Saône et du glorieux
Vercors.
Ce Mengele renifleur de soutanes jaillit
des coulisses comme Guignol, sur un claquement
de doigts de l'indécrottable Pompidou,
littéraire décati mutant en scénariste
d'un feuilleton hollywoodien dont n'auraient même
pas voulu ses maîtres d'Amérique
- même si cette série B porno-nazie
a plus de gueule, tout de même, que les
coucheries-pas coucheries de l'affaire Markovic,
épisode deux du film, à
venir...
La révélation publique de la faveur
faite au vieux tortionnaire par le successeur
du général dans un secret de catacombe,
le 23 novembre 1971,attend 1972.
Tous les témoins ne sont pas morts.
S'ils le sont, ils ont des fils. S'ils le sont,
des petit-fils...
Et un journal au moins, nommé La
Cause du Peuple-J'Accuse, soutenu
par le libérateur de la Cathédrale
de Chartres, Maurice Clavel,
qui leur ouvre ses colonnes, le 26 juin
1972 - numéro 25.
Quelques dizaines de milliers de lecteurs vont
se jeter dessus dans la fièvre. Et parmi
eux les hommes, et les femmes, du "cabinet
noir" d'un Président
déjà malade, en route sur la via
dolorosa où le Bon Dieu du Vatican, et
du pèlerinage de Chartres, l'appelle pour
le punir.
Front National: le seul,
le vrai...
Dans une "déclaration"
rafalée spécialement pour le seul
vrai journal restant alors debout dans la lignée
des pantins pantelants disparus à jamais,
dans les plus effroyables des sévices,
au plus profond des caves de la milice lyonnaise,
sous la main de fer des hommes de Paul Touvier,
une de plus hautes figures de la Résistance,
Maurice Halbwachs, militant du
Front National
clandestin des années 40, le seul, le vrai,
dirigé par le communiste Pierre Villon,
met les points sur les i.
Croix de Guerre, médaillé de la
Résistance, déporté à
Buchenwald, revenu d'au-delà des barbelés
de ce camp de la mort pour poursuivre sans relâche
les combats de son siècle, cet homme de
bien, engagé à fond, au même
moment, dans l' action en défense de Mohammed
Diab, un Algérien père de famille,
et grand malade, abattu d' une rafale de mitraillette,
à l'intérieur d'un commissariat
de police, par un brigadier fasciste, au cri de
"sale race, je te tue!", parce
qu'il avait eu le malheur de chantonner en langue
arabe, signe une lettre ouverte
méritant pleinement son titre,
"J'Accuse", référence
explicite à l'appel de Zola (Emile) en
faveur de Dreyfus (Alfred).
Halbwachs porte encore, sur son
corps, les traces des sauvages "ratonnades"
déclenchées, cette année-là,
contre les participants à une manif pour
Diab, sur les grands boulevards de Paris, défilé
pacifique associant une foule de travailleurs
immigrés, beaucoup de jeunes français
combatifs et solidaires, et une imposante brochette
d'intellectuels, dont lui-même.
Il n'a pas été épargné
par les "Brigades spéciales",
qui portent le nom même des unités
spécialisées de la police de Pétain,
chasseurs de "partisans",
et tortionnaires zélés.
"J'accuse Monsieur Pompidou"...",
écrit, donc, Halbwachs dans ce qui constitue
le deuxième baptême de..."La
Cause du Peuple-J'Accuse".
L'ancien déporté fustige le
"maquignon tortueux et cynique"
de l'Elysée qu'il se garde bien d'appeler
" le Président de la République".
Il affirme que Pompidou n'a pu agir qu'"en
connaissance de cause"...quand
il a commencé à caresser Touvier
et ses amis dans le sens du poil. Car l'occupant
de la Présidence ne fait, dans la période,
que "multiplier les démarches"
d'approche en direction de "la
face la plus virulente du pétainisme".
Pierre Halbwachs est le petit-fils de
Victot Basch, assassiné à l'âge
de 82 ans avec sa vieille épouse par les
miliciens du tortionnaite Lecussan, exécutant
des basses œuvres de Paul Touvier.
- Universitaire anti-nazi, après avoir
été une des grandes figures du Front
Populaire de 1936, Président de la Ligue
des droits de l'Homme, le grand-père de
Pierre Halbwachs s'était réfugié
à Lyon où il pensait trouver un
minimum de sécurité - et pas la
bande Touvier...
Le maître tortionnaire avait tenu à
assister personnellement à la fête.
Car c'est en "représailles"
à l'exécution du collaborateur Philippe
Henriot par un des plus valeureux détachements
de la Résistance clandestine que les sous-traitants
"français" de la Gestapo
avaient décidé l'assassinat
du vieil intellectuel - collaborant pour
l'occasion avec un des services secrets du Vatican.
Touvier, ce "sicaire fasciste"
(Halbwachs) ne pouvait échapper à
une condamnation à mort à la Libération
où l'épuration, malgré ses
évidentes limites, a fait passer le balai
là où "la poussière
ne s'en va pas d'elle-même".
Absent à son procès, en
fuite, Touvier s'est complètement
évaporé dans le paysage...
Les années ont passé quand "on"
présente une demande de grâce en
sa faveur, en 1962 - moment où, la guerre
d'Algérie terminée, l'extrême-droite
soumise au colonialisme allemand avant de devenir
l'aile la plus extrémiste du colonialisme
français en terre maghrébine
croit pouvoir jouer la carte de la réconciliation
avec le gaullisme. La démarche
est adressée au général de
Gaulle lui-même. Vrai chef d'un pays qu'il
aime, lui, honorant la mémoire des hommes
et des femmes morts pour la France, à
qui personne n'a fait grâce,
d'Honoré D'Estienne d'Orves à Missak
Manouchian, "Moïse" Brover de Bessarabie
roumaine ou Victor Basch, du Front Popu, le
général repousse l'obscène
demande avec le souverain mépris de rigueur.
Mais le temps passe, et la prescription est là.
Dura lex, sed lex. C'est la loi.
Qu'on le retrouve, ou qu'il fasse retour de lui-même,
le tortionnaire de Lyon ne risque donc
plus rien.
Mais ça ne lui suffit pas.
Comme le souligne alors Simone Dugrand, mère
de notre ami Alain (voir page), et sœur d'un
typographe lyonnais, militant syndical, dénoncé
comme fabricant de faux-papiers pour un réseau
de Résistance, mort à Buchenwald
après avoir été arrêté
par les miliciens de Touvier puis sauvagement
torturé, la mesure de réhabilitation
suggérée à Pompidou, et signée
par lui en catimini, comporte des clauses précises,
bien matérielles:
- "restitution intégrale de ses droits"
à Paul Touvier.
- "possibilité légale de séjourner
en toute liberté" sur les lieux de
ses crimes, - et de siroter, donc, un petit vin
de Mâcon sous les fenêtres des orphelins,
s'il en a laissé derrière lui, de
ses innombrables victimes.
- latitude, enfin, "de jouir du fruit de
ses pillages".
Dans les colonnes de La Cause du Peuple-J'Accuse,
Simone Dugrand propose de prendre la
tête d'un Comité de lutte
pour l'annulation de la mesure de réhabilitation
dont l'utilité civique n'apparaît
pas clairement, dans une France bouleversée
par une vague d'émotion et de souvenirs
encore tout frais, et retournée d'un coup
contre le bonnasse et rusé auvergnat, jusque-là
populaire.
Pour les maos, qui sortent à grand peine
de la deuxième "campagne d'encerclement
et d'anéantissement" menée
contre eux, dont Pierre Overney a fait les frais,
l'affaire est pain béni.
On peut ressortir du placard, où ils commençaient
à moisir, les drapeaux de la "Nouvelle
Résistance", souillés dans
la boue et le sang des trottoirs de Charonne,
harceler Pompidou, et lâcher les chevaux
d'une contre-offensive s' engouffrant dans la
brèche ouverte par les pur-sang du gaullisme
historique, qui sonnent l'hallali contre "Monsieur
Pompidou".
"Les gaullistes chassent en meute",
dit-on - et disent-ils, eux-mêmes... Et
voici que derrière Halbwachs et Clavel,
suivis par une foule d'autres, ce sont tous les
réseaux d'une Résistance historique
jamais complètement sortie de la clandestinité
qui se mettent en mouvement, unis, d'un seul
coup, même pour leur aile la plus droitière,
à des maoistes devenus "alliés
objectifs", et francs-tireurs
de la presse, en tout cas, à l'avant-garde
d'un combat commun contre le fossoyeur des idéaux
de la Libération, devenu domestique zélé
des nouveaux maîtres de Washington.
Grande et belle affaire, et bol d'air,
inattendu.
Pour nous tous, mais aussi, et plus encore, pour
la clique de Benny Lévy, frappée
à mort par le tir de Tramoni, puis ridiculisée,
deuxième exécution, par la glauque
bouffonnerie de Bruay, et aux abois, comme Touvier
maintenant.
Dès le mois de septembre 1972, où
le scandale Touvier se déploie, Benny commence
à déployer une très vaste
"opération retour" vers
la "communauté juive",
pressante, et inquiète, aussi, sous l'effet
de la manipulation du thème du "terrorisme"
(arabe), avec l'Opération de Septembre
Noir, J.O. de Munich, au même moment. (
lire page).
Hélas, quand on joue faux, on joue faux.
Pour Benny et sa clique, les couacs se répètent.
Les désastres s'enchaînent et se
cumulent. "La guillotine, oui,
mais pour Touvier!", éclatante
Une du numéro 33 (1er décembre 1972),
audacieuse réussite journalistique, porteuse
en termes de ventes, est une catastrophe idéologique
dans la petite bourgeoisie gauchiste à
peine revenue sous notre hégémonie
sous l'effet des "Marcellinades",
de l'œil crevé de Richard Deshayes,
en 1971, des prisonniers politiques, et de la
mort de Pierre Overney.
A l'exception des gaullistes, comme Clavel, dont
la stature, déjà considérable,
change encore de dimension avec l'affaire Touvier,
les "grands intellectuels"
sont eux aussi touchés.
La guillotine fait désordre, tout de même,
dans les salons de cuir du Foucault de "Surveiller
et Punir", des anarcho-désirants
"Beaux Arts" de VLR, et des assistants
de fac "mao-libertaires" de
Censier ou de Jussieu, devenus "scato-désirants"
sous l'influence de leurs nouveaux "Temps
Modernes", le Hara Kiri du professeur
Choron, remplacé, depuis le "Bal tragique
à Colombey", par le régicide
Charlie Hebdo...
Dans la "communauté juive",
en revanche, et jusque chez les "sionistes
de gauche", qui ne nous aimaient guère,
et pour cause, Benny marque des points, ravi.
Il prépare son avenir...
Mais maintenant, "Maréchal,
nous voilà!".
"Le Maréchal"
de
la N.R.P., dégradé en Averell
- le grand
con des Dalton
Tramoni, le tueur de Pierrot vient de bénéficier
d'une mesure de faveur, équivalente,
dans le registre de l'ignoble, à celle
de Touvier...
Toujours poursuivi, certes, tout de même,
pour "homicide volontaire",
il est remis en liberté, le 12
octobre 1972, huit mois à peine
après "va-s-y, tire!", et la
balle en plein cœur, à froid.
C'est court.
A cette provocation extravagante, crachat sur
le cadavre fraîchement enterré du
jeune ouvrier anti-raciste de Billancourt, la
direction mao répond...par une "brève"
minuscule dans une page de la CDP-J'Accuse!
Pas l'ombre d'une manifestation de protestation,
rien!
Et c'est à cet instant précis que
Rolin choisit un nouveau destin. Il devient l'Averell
du gang Dalton - l'échalas maigre et dégingandé,
stupide, qui comprend tout à l'envers,
et tire des balles perdues dans ses chaussettes
quand il faudrait avoir le sang-froid de "sniper"
d' "opérations chirurgicales"
à main armée.
Ce fin stratège trouve le moment venu de
souligner, bien involontairement, la cruelle contradiction
de la "branche armée", de la
direction mao toute entière, et du subtil
Benny, sur la question de la "peine
de mort"...
Utilisant, pour son papier, le sigle d'une N.R.P.
décidément reconvertie, depuis Munich,
en donneuse de leçons de morale à
bas prix, il tance le journal sur son titre-guillotine,
qu'il juge maladroit. Mais, pour être pleinement
convaincant, dans un balancement de "khâgneux",
qu'il croit tactique, il souligne, l'imbécile,
que la "branche armée
" des maos ne peut pas être,
en toute circonstance, "contre
la peine de mort, dans son principe"...
C'est évident.
Seulement, voila: la N.R.P., pour commenter la
"mise en liberté" de Nogrette,
après deux jours de "détention"
avait pris soin de préciser qu'il
n'était pas question d'une punition mortelle
pour les responsables directs ou indirects du
meurtre de l'ouvrier de Renault, notre camarade.
Les masses, selon ce docte état-major,
n'y sont pas prêtes...Elles crient vengeance,
à pleins poumons, par des dizaines de milliers
de voix, et en pleine rue, mais "toute
action de vengeance est à exclure dans
la mise en pratique d'une politique juste"...
Deux mois avant, sous la même étiquette,
dans le même journal, par le même
scripteur, c'était la N.R.P. au service
de l'autodéfense ouvrière, pour
des "opérations chirurgicales",
impitoyables, frappant sans hésiter
ceux qui s'amuseraient à recommencer le
coup du tir "thorax gauche, plein pot",
expérimenté sur Christian
Riss.
Dans le cas de Christian, pour
qui serait tenté de répéter
pareil forfait, mort immédiate:
pas touche!
Pour Pierrot, débandade...
Mais pour la vieille crapule Touvier,
la mort!
Difficile de s'y retrouver.
Surtout pour plusieurs des "soldats "
clandestins de "Pinochet"
Rolin, qui sont des ouvriers de Renault - et même
des ouvrières - amis proches d'Overney,
et bien décidés, sans le
crier sur tous les toits, à le venger.
En actes, et pas seulement en paroles.
Et s'il ne s'agissait, précisément,
que de mots...
La "branche armée",
dont le "grand chef" (Rolin)
a toujours prétendu, depuis - ce
qui est faux - ne mener que des opérations
de pur symbole avec des armes vides
(De Grailly, De Wendel), reçoit
cette fois l'ordre de Benny Lévy,
relayé par son "maréchal-valet",
de se lancer dans une traque de Touvier
avec de vraies armes chargées de vraies
balles - et un vrai exécuteur désigné,
"Momo" Brover, l'homme de la situation,
par capacité personnelle, et sous le signe
du père (par mesure de sécurité,
bien normale il porte sur lui un revolver chargé
pour les opérations ordinaires, en principe,
effectivement "non létales",
et il est le seul - mais cette fois, la
feuille de route est claire: identifier de façon
sûre le vieux kollabo tortionnaire, et l'abattre.
Tandis que le tueur d'Overney, libéré
sans histoires, prépare son procès,
tranquille...
Touvier traqué par
la N.R.P. Mission: le flinguer!
Depuis un petit moment, déjà, à
l'occasion de la "commande"
d'enlèvement d'un P-dg, annulée
sans explication au tout dernier moment, malgré
un long et minutieux travail de préparation,
les "soldats" de la N.R.P. commencent
à se demander jusqu'à quel point
la direction mao, et "Antoine"
lui-même (Olivier) se moquent d'eux. - Et
si on veut vraiment, "en haut lieu",
"régler le problème Touvier",
ou les faire mariner, eux, dans le cadre d'une
"mission impossibble", qui
n'aura pour seul effet que de les occuper,
en les empêchant de trop réfléchir
à ce qui devrait être entrepris pour
cloturer un autre dossier: celui de Tramoni.
Mais l'idée de régler son compte
à Touvier leur plaît trop.
Et ils se lancent, bons chiens de chasse sans
peur du vieux sanglier, qu'ils traquent, sur la
piste du "kollabo" préféré
de Pompidou après avoir été
protégé, une vie entière
par les réseaux les plus obscurs du Vatican.Feuille
de route: le retrouver, et le tuer.
La direction mao, prête à tout pour
finir en beauté, et célébrer
la liquidation du mouvement dans un superbe chant
du cygne, avec la gloire en prime, a-t-elle réellement
l'intention de faire exécuter la sanglante
crapule - dont les réseaux gaullistes,
passant, peut-être, par une filière
cardinalice, nous ont "balancé"
le gîte clandestin, près d'un beau
lac de la région Rhône-Alpes...?
Ou se moque-t-elle de son petit monde, en lançant
les plus expérimentés de nos
"nouveaux partisans" sur une piste-bidon,
pour les occuper et leur éviter la tentation
de s'occuper d'autre chose - et pourquoi
pas du tueur impuni de Billancourt, gambadant
en liberté?
Quoi qu'il en soit, la piste existe.
La petite meute la flaire, la suit et la remonte,
sans aboyer, et sans le moindre coup de cor, susceptible
d'affoler le gibier.
On trouve la "planque" signalée.
Elle correspond à la description faite,
point par point.
On met en place une base de surveillance. Et les
guetteurs, patiemment à l'affût,
des semaines, gérent de façon décontractée,
comme il convient, la patiente préparation
de cette première "opération
homo" de "front
uni" "gaullo-maoiste"
(élargi, peut-être, des amis de Maurice
Clavel aux réseaux d'un autre gaulliste
historique, chrétien social, lui aussi,
mais un peu plus à droite, Jean-Charles
Marchiani, alors en guerre ouverte contre tout
le clan Pompidou?).
Se relayant sans discontinuité,
scrupuleux dans leurs longues séances d'observations
derrière un coin de rideau, fatigantes,
où l'œil de chaque homme et de chaque
jeune femme doit balayer, sans la plus infime
interruption, le secteur-cible, les veilleurs
travaillent en équipes alternées,
comme à l'usine.
Sur le lac, proche, ceux qui ne sont pas "de
service" se régalent de batailles
de pédalos, et de baignades, une franche
rigolade dont ils parlent encore, 35 ans plus
tard.
Mais l'attente se prolonge, et finalement, rien
ne vient.
Le "tuyau" était-il crevé?
Un ange protecteur du tortionnaire épiscopal
de Lyon avait-il placé sous sa sauvegarde
le vieux salaud "balancé" par
d'autres anges, eux, exterminateurs?
Averti de la menace, et incité à
aller se faire pendre ailleurs, plutôt que
de se faire "fumer" comme un vulgaire
truand, Touvier a-t-il changé ses plans
au tout dernier moment, évitant la maison
du lac - et les balles?
Ou les militants du "service action"
de la Nouvelle Résistance Populaire s'étaient-ils
fait rouler dans la farine par une direction ne
cherchant qu'à les occuper, et à
leur faire croire que...?
Quelques-uns d'entre eux, en tout cas, commencent
à se poser des questions.
Ils se demandent pourquoi on écarte
d'un revers de manche l'idée de rendre
la monnaie de sa pièce au meurtrier Tramoni,
qui jouit insolemment d'une mise en liberté
toute fraîche, même pas suivie d'un
semblant d'action de protestation militante...Alors
que les mêmes "donneurs d'ordre"
les chargent d' effacer du monde des vivants,
tâche honorable, et sans doute, dans le
contexte, "juste", une purulente
crapule coupable de crimes anciens -
soldant des comptes d'une même nature, même
si l'échelle n'est pas la même...
Mais peut-être assiste-t-on là, au
bord d'un lac de montagne, ensoleillé,
au début du ping-pong politique, sordide,
qui va s'étaler dans le temps, et dont
l'enjeu dépasse de très loin le
sort de vieux débris, décatis, immondes,
incapables d'analyser leurs erreurs ou de confesser
leurs fautes, qu'ils s'appellent Touvier, Klaus
Barbie, ou Papon...
Ces questions sont sérieuses. Elles
exigent des réponses, sérieuses.
On les aura. Mais il y faudra plus de temps qu'il
n'a fallu pour clore l'essentiel au moins du du
contentieux ouvert porte Zola.
Touvier, donc, replonge dans l'ombre, pendant
que Tramoni s'en va, lui, paisible, vers son "procès".
- Avec guillemets.
Moins d'une année après les chants,
devant la tombe, poings hauts levés"Ta
seule/Oraison/Camarade...Vengeance, Vengeance.../Pour
toi.../Pour toi...", dans le
numéro même de La Cause du Peuple
J'Accuse, devenu La Cause des Pistolets
en Bois-J'Excuse, ou La Cause
des Morts que l'on Oublie, le 5 janvier
1973 (CDP-J numéro 37), on n'apprend
pas seulement que Touvier, désormais,
"nie tout", même l'existence
de la "gégène à
manivelle" spécialement fabriquée
pour lui par son "interrogateur"
préféré, Gonnot, un "pro"
du nerf de bœuf" condamné à
mort, lui, dès la Libération, et
conduit aussitôt, non à la guillotine,
mais au peloton d'exécution -
"juste" "vengeance"
sans complexes et sans chichis...
Ce 5 janvier 1973, les lecteurs
dont on insulte évidemment, ici, le bon
cœur comme le bon sens, sont appelés,
en gros titre, à la "Vigilance":
le procès Tramoni (dont la mise en liberté
ne fait pas la moindre vague, ce qui n'est pas
bon signe), s'ouvre devant la cour d'Assises
de Paris le 9 janvier.
Maître Henri Leclerc, qui fut, sans l'éblouir,
l' avocat de l'auteur, a bien voulu recevoir son
ancien client - et lui décrire les conditions,
particulières, dans lesquelles fut
"préparé" le jugement
du tueur (quatre ans net de toutes charges,
libérable au bout de trois: même
pour un meurtre d'ouvrier, à la porte d'une
usine, c'est un record; mieux: un chef d'œuvre!).
"Le collectif de préparation du
procès s'est réuni dans des conditions
excessivement tendues...Les uns criaient, les
autres pleuraient...Il y avait Denis Clodic, Nicolas
Boulte, je crois...Bref, les désaccords
étaient extrêmes. Finalement, il
a été convenu qu'étant le
plus consensuel, je représenterais seul,
sur le banc, la partie-civile".
Consensuel, ce fut. Tout se passa donc "au
mieux".
Devant une cour d'assises que ne perturba
la "pression"
d'aucun cortège, dans l'enceinte de
"justice"d'une République
des Assassins ayant courbé devant elle
ceux qui avaient envoyé le mort à
l'abattoir, on évita , non les effets de
manches et les phrases ronflantes pour le banc
de presse, mais tout éclat de voix, et
le recours à de gros mots tels
que "assassinat", "vengeance",
"complices", "J'Accuse",
Zola, Dreyfus (Pierre, Alfred...).
Et Tramoni s'en fut vers son destin, pépère...
La Cause des Hypocrites revient
sans pudeur sur le sujet - pour s'indigner...d'un
verdict de clémence accepté d'avance!...(CDPJ
38, 19 janvier 1973)
"Le mot justice ne voudra plus
jamais dire grand chose pour moi", y
déclare, en revanche, Monsieur Overney
père.
Ce simple homme du peuple, digne, "estropié"
dit-il - de corps autant que de cœur désormais...-
vit à Chateau-Thierry avec toute sa famille,
dont la petite Sylvie, d'abord élevée
par Overney fils, pénom Pierre,
dit "Pierrot", tué une
deuxième fois par une caricature de procès,
et enseveli, jusqu'au jour de la vengeance, par
le silence des rues vides où s'abat le
verdict.
Mais la bête mao, elle, résiste
encore.
Pour la tuer, il faudra Lip. Ou
plus exactement l'"abracadabrantesque"
discours qui utilise et enveloppe, comme
cadavre dans son linceul, ce conflit d'exception
de l'été 1973, prostitué
en argument-massue des liquidateurs.
C'est en effet en s' "appuyant"
- c'est bien le mot - sur "l'expérience
de Lip" que ces gens-là vont
parvenir à disperser l'essentiel de leurs
troupes pour en finir enfin, croient-ils avec
l'esprit de lutte indomptable, "au service
du peuple" dont nous portions la flamme,
et tourner le dos, "résolument"
à toute pratique de lutte populaire - avec
les risques, les fatigues, et les angoisses, de
toute "pratique", tout court...
Ils pourront s' "appuyer"
- on insiste sur le verbe -, sur le découragement
des petits-bourgeois aussi vite radicalisés,
et "enragés" que
"couchés" (une partie des
"établis"et des "détachements").
Ils offriront aux uns la sauce, infâme,
mais toujours prétentieuse, d'un discours
prétendant à l'Absolu Savoir, comme
à l'Absolue "Morale",
tandis que s'organise, en partie par l'entregent
de "ralliés" au Parti "Socialiste"
du vampire de Jarnac, ou du révérend
père Rocard, de véritables
filières de reconversion sociales par piston
pour repentis, avec ou sans guillemets.
L'âne, s'il se bute encore,
se voit donc offrir non seulement les coups
de trique d'une théorie du renoncement,
assénée par doses progressives,
et par étapes, mais aussi la carotte
évoquée, fin 2007, par le
clown Miller (Gérard), bouffon de la
"branchouille".
Pour ce garçon qui se prétend fidèle
à son passé mao, dans une cohérence,
dit-il, absolue, si l'on n'a pas reçu le
carton d'invitation à la Fauchonnesque
"sauterie" du Cirque d'Hiver (où
convolent en noces bourgeoises, fastueuses, l'opulent
sénateur trotskiste Henri Weber, fabiusien
chic et choc, spécialiste du CNPF, et sa
compagne de lit de longtemps, une riche Servan-Schreiber,
"on n'existe pas socialement".
Pendant que le Gérard aux petites fesses
cambrées, mais maigres, de la fuite éperdue
du 44 rue de Rennes, absorbe, par l'orifice qu'il
veut, sa carotte, et commence à la savourer
sur les plateaux de télé, ne restent
au tapis, voués à l'oubli, au chômage,
et à la haine publique, que la dernière
poignée de "rebelles" qui résistent
encore aux fossoyeurs de la Résistance.
Voués aux gémonies pour trente ans
bien sonnés ("terroristes",
"antisémites",
et bla-bla-bla), les desperados que nous sommes,
au-delà de l'espoir comme du désespoir,
apprennent à savourer le goût amer
du mot de Nietzsche, que "ce
qui ne me tue pas me rend plus fort".
Tout en tentant patiemment de tisser et
retisser les fils d'une nouvelle toile.
Faite de fils arachnéens, presque invisibles
mais "résistants" et
souples, elle va relier la plupart des ouvriers
rescapés de l'aventure, puis du sabordage,
et du naufrage, en tout cas ceux qui y ont crû
le plus, prenant le plus de risques, et
parmi eux les immigrés.
Entre temps, leur long travail de destruction,
puis d'oubli, terminé, viendra,
pour les pires des renégats, le
temps du "Retour",
enfin, dans le confort des grimoires, disséqués,
en chambre, entre "vieux potes",
en Hébreu de préférence,
puisque c'est désormais la mode, et dans
une langue qui, même, à l'occasion,
française, doit être suffisamment
obscure pour rétablir de façon définitive
le pouvoir du "Texte", et de
la "Lettre", et de
ceux qui récupèrent, enfin, après
de longs écarts, le monopole d'un
petit groupe d'élite, aussi fermé
que possible, sur l'essentiel Savoir, source de
l'Absolue Maitrise...
Chacun suit son chemin, sa "voie".
Tandis que, lentement, ce dégueulis prend
forme, montant des tripes au cerveau avant d'être
vomi en pages innombrables et quelque peu répétitives,
dénégation oblige, l'âme de
Pierre Overney vit, et revit: dans l'action de
la poignée de combattants - un
bon quart tout de même, "à
la louche", et presque tous
ouvriers, ou paysans - qui ont jugé
la mort de leur frère de lutte, comme celle
du "Che", "bienvenue"
- du moment qu'autour d'eux "d'autres
hommes se lèvent" pour
empoigner "nos armes",
tandis que "d'autres voix s'élèvent",
dans le fracas des batailles en cours,
"pour entonner des champs de guerre et de
victoire"...
Lip, d'accord... - Mais Peugeot Saint-Etienne?
La voix de la Résistance
aux fatigués, qui, dans une "aversion"
nouvelle, prétendent en dissiper jusqu'à
l'idée, donc aussi la mémoire, s'est
pourtant fait entendre, juste avant la fermeture
de la société mao en faillite frauduleuse
au cours du vrai conflit emblématique des
années 70, dans la lignée mao.
Il ne s'agit pas de Lip, conflit remarquable
et spécifique, à Besançon.
Un peu plus au sud, la bataille a pour cadre le
bassin prolétarien historique de la Haute
Loire, frère jumeau de celui de l'estuaire
où le grand fleuve, après un cours
sinueux, s'ouvre enfin sur la mer, diluant dans
le gris-vert profond les mille nuances de son
limon sur un vaste arc de cercle.
A Saint-Etienne donc, ville-sœur
de Saint-Nazaire, baignée par les mêmes
ondes, le cycle de rébellions ouvrières
initié dès 1967 dans les usines
de l'ouest atteint les limites extrêmes
du "soulèvement"
- dans le cadre d'un conflit, marqué, encore,
de la griffe mao, d'un fulgurant coup de patte...
- Avril 1973. "On veut l'égalité
par rapport à la valeur du travail, et
cela s'appelle la justice",
disent les ouvriers de Peugeot Saint-Etienne.
Sur un cahier tournant dans l'atelier des presses,
des revendications sont formulées. Elles
sont portées ensuite aux délégués
CGT: "à travail égal,
salaire égal", soit
1500F de salaire par mois minimum pour 40 heures
de travail par semaine, et pour tous; plus une
prime de fin d'année elle aussi égalitaire
("treizième mois").
Dans les autres ateliers, le cahier, bientôt
"signé" des empreintes,
noires, de ces durs ouvriers du pays du charbon
où les mines ferment, assombrissant encore
le paysage, s'enrichit de la demande, modeste,
de se voir fournir des bleus de travail par Peugeot
- qui en a les moyens.
S'ajoute, enfin, la question des retraites.
Retraites
Les "Peugeot" sont ici bien souvent
d'anciens mineurs de fond, reconvertis, ou des
ouvriers professionnels qualifiés (O.P.)
licenciés de petites usines, et déclassés
dans le dur travail d'O.S. Ils veulent pouvoir
s'en aller à 60 ans. Aspiration fondamentale
de forçats de l'automobile précocement
usés par l'infernale trépidation
du travail à la chaîne - ici comme
à Citroën ou Renault. Avec "la
retraite à 60 ans", ce mot d'ordre
scandé de manif en manif, la "gauche"
de 1981 n'a fait aucun "cadeau". Ce
n'es pas un os qu'on donne à ronger au
chien - avant que Son Excellence Balladur, puis
le "gaulliste social" Fillon, ni gaulliste
ni social, et devenu depuis le valet de pique
de Sarkozy ne le reprenne. C'est une longue plainte
qui sourd depuis longtemps dans ces "métiers
pénibles", ou bien peu attendent 65
ans pour mourir...La plupart de ces décès
étant tout bénéfice pour
la sécurité sociale, pour le patronat,
et pour l'Etat - puisque les cotisations, elles,
ont été prélevées
toute une vie...
Il se trouve que nous sommes à Saint-Etienne,
une des régions françaises où
tous les paramètres, géologiques,
géographiques, historiques, économiques,
sociaux et "sociétaux"
convergent pour former un univers d'une beauté
poétique ardente et sombre qui peut vite
devenir explosive.
Ici, un habitant sur deux est ouvrier
- exceptionnelle concentration presque
comparable à Saint-Nazaire...
Dans les monts du Forez, la population rurale,
chassée d'étroites vallées,
offre une main d'œuvre, abondante, donc mal
payée, à un patronat de combat essentiellement
métallurgique, souvent familial, durci
dans un duel ancestral au face à face -
en l'absence presque complète de classes
moyennes, formant matelas amortisseur.
Pour poivrer le plat, s'il le fallait encore,
la tradition de violence prolétarienne
des mineurs de charbon, paysans suffisamment déracinés
pour aller enfouir au plus profond de la terre
noire leurs rêves d'une autre vie, au vert,
et à l'air libre, sous le grand ciel, et
dans le ruissellement des mille filets d'eau dévalant
dans les bois, mais gardant un ancrage dans le
terreau rural et familial, source d'une cohésion
presque absolue, porteuse de traditions de luttes
collectives, très anciennes et très
vives...Comme au pays de Montbéliard, où
Peugeot, de son côté, puise l'essentiel
de sa force de travail, les conflits émergeant
en surface sont peu nombreux, mais, quand ils
surviennent, sans pitié.
La mémoire populaire de la Haute Loire
garde en lettres de sang, inscrivant cette Histoire,
le nom de La Ricamarie - 13 ouvriers tués,
en 1869.
On parle encore, même devant la télé,
de la grande grève des mines de 1948, liée
à celles des puits du nord, à la
même date - avec ici un mort...
Dans ce contexte, Peugeot, patronat familial,
aussi, dur au travail lui-même, comme aussi
au combat. Le "paternalisme" si décrié
de la firme au Lion, comme celui de Michelin,
construit sur le même modèle, n'est
au fond qu'une politique sociale intégratrice,
à la japonaise, plus "moderne"
qu'elle en a l'air, avec un souci de progrès
partagé, dans l'équilibre, qui ne
veut pas dire un partage des gains à 50-50,
évidemment - et la plus grande
dureté quand cet état des choses,
instable par nature sous une surface paisible,
franchit un seuil de rupture...
De longue date, la famille Peugeot confie les
responsabilités de sa direction générale
du personnel, aujourd'hui "ressources humaines",
à des officiers supérieurs, formés
à la sévère école
de la Sécurité Militaire (devenue
DPSD), comme le général Feuvrier...
Le système, appuyé sur le dense
réseau des "correspondants naturels"
de la SM (aujourd'hui DPSD) que sont, tout le
monde ne le sait pas, les bonasses gendarmes au
maillage d'indicateurs ruraux ou semi-ruraux bien
supérieur à celui des RG ou de la
PJ, verrouille parfaitement l'usine-mère
(Sochaux). Les maos, naïfs, dirigés
par Yves Cohen, vont s'y casser les dents: "piégés",
très en amont, par un filet qui semble
avoir été conçu pour les
attendre.
Ce système de défense tient même
la nouvelle usine-pilote de Mulhouse, bâtie
en pleine forêt, au bord d'un tronçon
d'autoroute sous contrôle strict proche
de la frontière allemande, avec un dispositif
spécial anti-séquestration (doubles
bureaux de direction, dont une "réserve",
hors du périmètre de l'entreprise)...Là,
des comités de lutte, combatifs et intelligents,
vont un temps parvenir à s'implanter, menant
de violents conflits.
Mais à Saint-Etienne, la mécanique
sociale de "la maison Peugeot" craque.
De premiers signes annonciateurs d'une d'éruption
du volcan ouvrier du Forez se sont manifestés
en décembre 1969, avec
une explosion contre les bas salaires et les cadences
des établissements stéphanois du
groupe sochalien, portée déjà
au bord d'un soulèvement urbain généralisé
dans une synergie puissante avec des grèves
à la manufacture d'armes Manufrance, à
la CAFL, etc.
"Le peuple est
comme l'eau"
1973. "Revendications posées",
le conflit démarre, donc, en avril. Rigide
refus de Peugeot, grève, occupation, jugement
du tribunal, décision d'expulsion.
Etrangement - sous la pression, pense La Cause
du Peuple, du président du C.N.P.F. François
Ceyrac (qui occupe un petit siège de courtoisie
au Conseil d'Administration de Peugeot) -
le patron de l'usine, Charrel, ne fait pas appel
aux forces de l'ordre.
Il fait un autre choix, délibéré.
Dans la nuit du 11 au 12 avril 1973,
il prend, personnellement la tête d'un commando
de cent "gros bras" - des "sportifs"
à cheveux ras que la CGT a repérés
depuis quelques jours à leur arrivée,
par petits paquets, dans les hôtels...
Ce n'es pas vraiment la place d'un P-dg, et c'est
hardi...
Attaquant par surprise vers 3 heures du
matin, par deux points d'accès
différents, dont les toits, ceux que toute
une ville en colère va bientôt baptiser
"les mercenaires"
explosent le piquet de grève, pourtant
des plus solides. Ils se rendent maîtres
des lieux, très vite .
Un quart d'heure plus tard, la
maîtrise pénètre dans l'usine
"libérée", en bloc, et
au pas gymnastique.
Bravo!
Mais une victoire doit prendre conscience de ses
limites, et le peu littéraire Charrel,
ignorant Thucydide et sa théorie de la
"retenue", marque du suprême
pouvoir, lâche ses "rottweillers"
en rangers et tenue camouflée: ils "ratonnent"
à gogo, bien au-delà des murs, dans
le quartier très populaire où se
situent les deux usines Peugeot de Saint-Etienne,
voisines d'une centaine de mètres, avenue
de la Rochetaillée, et rue Gutenberg.
Bilan: sept ouvriers blessés, sérieusement.
Quatre heures après la pénétration-éclair,
un modèle de "blitzkrieg", des
centaines d'ouvriers du quartier, et de diverses
usines commencent à s'attrouper, et à
lancer des pierres. Ils sont bientôt trois
mille, et font les préparatifs d'un véritable
assaut, en contre-attaque - qu'on peut prévoir
"viril".
A "H +12",
en début d'après-midi, donc, l'impeccable
victoire militaire du matin tourne, pour Charrel,
à la débâcle. Quatre-vingt
mille ouvriers de la ville ont posé les
outils et arrêté les chaînes.
La stratégie, si c'en est une, visant à
en finir, ici comme à Renault-Billancourt,
avec le "partenariat privilégié"
patronat -C.G.T., pour le remplacer par un modèle
plus militaire, style Simca-Poissy, Citroën,
ou "à l'Américaine"-
le "partenaire" devenant alors
la C.F.T. - tombe sur un bec.
Un car de malheureux ouvriers immigrés,
importés de Lyon pour venir assurer la
remise en route des chaînes sans avoir été
prévenus de la nature du petit Dien Bien
Phu, où on les parachute, est renvoyé
dans la capitale des Gones, sans violences inutiles.
Vingt des quatre vingt mille grévistes
de Saint-Etienne se pressent en flots
serrés contre les digues, jointes, des
deux usines. Ils "dérouillent
comme il faut" une bonne petite poignée
de "mercenaires". Et ratent
de peu Charrel lui-même, saisi par la marée
comme un piéton imprudent sur la chaussée
du Mont Saint-Michel - et sauvé du lynchage
d'extrême-justesse par une poignée
de délégués, raisonnables.
Mais l'homme a du coffre, s'il manque peut-être
de nez...
Lundi 2 mai 1973: nouvelle opération
"reprise du travail". Les
ouvriers grévistes sont là - mais
ils laissent faire, en rigolant.
On ne dit pas "jaune" ici,
on dit "renard"; et "chasse
au renard", prévue pour l'heure
de la sortie.
"Le peuple est comme l'eau, aiment
dire les maos qui, présents depuis de longues
années dans les usines de la région,
et notamment Jacquemard, presque mitoyenne, disposent
sur place d'un militant sérieux,
Bernard Charbonnier, militant d'un Comité
de Lutte actif quotidiennement au piquet de grève
de Peugeot.
Comme l'eau, donc, le peuple est parfois plus
menaçant quand il se retire, que quand
il gronde...A la fin du jusant, les "renards"
sont coincés sur leur banc de sable de
métal, où le ronflement des machines
s'est tu - c'est l'heure de la "débauche",
et d'une débauche de coups à la
volée sur les petits groupes qui nagent,
comme ils le peuvent, entre la porte de l'usine,
l'Île, et le port, leur domicile familial,
lointain, dans la marée humaine, énorme,
et gonflant de minute en minute, qui les attend,
les encercle, les glaviotte, les houspille et
finalement les cogne..
Ils ne reviendront pas.
Pas de troisième manche en vue,
pour clore le match.
Ou si, mais sous une autre forme. Au plastic.
Cible: le militant Charbonnier. Un
kilo d'explosifs sur le pas de la porte du petit
pavillon de ses parents, dans la nuit du 14 ou
15 mai.
Auteur probable: un "groupe de travailleurs
libres" qui colle, à ce moment, beaucoup
d'affiches...Cette bande a des sympathisants musclés,
proches, selon toute vraisemblance, de la CFT,
qui suivent, à leur tour, les grévistes,
quand ils rentrent chez eux, le soir, après
une chaude journée de piquet...
Jenny, fille de psychanaliste,
"établie", magistrate - et les
Ecrits militaires du Président Mao
Mais les écrits militaires du camarade
Mao circulent dans la région de Saint-Etienne.
On les lit jusqu'à Saint-Chamond, sur le
Gier, base tout à la fois de la société
Jacquemard, du mouvement historique des métallos
de la Haute-Loire, et d'un ouvrier "anar"
devenu le Mesrine, "explosif", de "la
belle époque", "Ravachol",
sans oublier le du vieil Antoine Pinay, homme-lige
du patronat de papa, le plus rigide, mais aussi
de l'emprunt-or gaulliste qui porte son nom -
et longtemps maire de la localité.
C'est à Jenny Chomienne, une des toutes
premières pionnières, "historiques",
de l' "établissement en usine"
qu'on doit la circulation de ces écrits
- et du "Petit Livre Rouge" qui en constitue,
sous sa belle couverture vinyl, brillante, le
condensé pratique.
Devenue, depuis, sur concours, magistrate, cette
jeune femme déterminée, fille d'un
psychanaliste, élève d'Hypokhâgne,
puis de Khâgne, à Paris, férue,
donc, de Lettres classiques, de latin, de grec
et de littérature ancienne, a fondé,
à 23 ans, à Saint-Chamond, un petit
groupe "mao" indépendant de la
Gauche Prolétarienne, mais proche, comme
l'indique son beau nom: "La Parole au Peuple".
Comme elle en fait le récit dans le livre
de Virginie Linhart, déjà cité,
Jenny a commencé sa vie dure d'ouvrière
dans une puante usine de traitement du poisson,
à Concarneau, en Bretagne; puis elle en
est partie, lassée des coiffes bigoudennes
et des conversations qui vont avec, pour aller
rejoindre une amie, fille d'un ouvrier de la Haute
Loire, avec son compagnon.
Elle entre chez Citroën, à Saint-Etienne,
puis à Jacquemard Saint-Chamond.
Dans cette usine d'O.S. qui sont souvent des femmes,
payées "au lance-pierre" pour
produire sur machine à souder 4000 pièces
de frein par jour et par personne, elle entend
les ouvrières injurier quotidiennement
ceux qu'elles nomment "les Indiens"
- les immigrés arabes, qui"traînent",
selon elles, tardant à les approvisionner
en pièces.
Elles bénéficient d'un boni, pas
eux.
Jenny y tient deux ans. Puis on la chasse.
Des "établis" de la GP sont arrivés
dans l'usine.
Ils y appliquent, sans mollir, le principe "Qui
n'a pas fait d'enquête n'a pas le droit
à la parole" - et découvrent,
"dans le feu de la pratique", un personnage
curieux, "La Ginette".
Trente ans d'ancienneté, déséquilibrée,
cette ouvrière aux penchants, semble-t-il,
sadiques, se conduit mal avec les jeunes. Résultat:
la G.P. lui balance un pot de peinture en pleine
face. La direction, troublée, épluche
les listes du personnel, pour détecter
l'origine des "lanceurs", et les limiers
de l'entreprise découvrent alors quelques
anomalies dans le C.V. de l'étudiante brillante
en Lettres Classiques, candidate à l'élitiste
concours de Normale Sup, devenue poissonnière
d'usine au fin fond de la Bretagne, puis co-fondatrice
de "La Parole au Peuple" aux portes
de Saint-Etienne.
Et Jacquemard la renvoie donc à ses études:"restructuration
économique".
Bernard Charbonnier, lui, a été
licencié avant la grève de Peugeot.
Devenu "électron libre", donc,
en marge du Comité de Lutte Jacquemard,
il s'est fait de bons amis au sein d'un "groupe
de trente", qui, au plus forts des affrontements,
s'est formé en contre-commando.
Imitant les "mercenaires", les "trente"
ont à leur tour escaladé murs et
grilles pour aller "tataner", les "sportifs"
de Peugeot à l'intérieur de l'usine,
qu'ils occupent.
Et c'est autour de ce groupe ouvrier d'autodéfense,
organisé en bande, de façon spontanée,
que naît l'idée d'une double riposte
aux plastiqueurs et à ceux que tout Saint-Etienne
appelle aussi "les dijonnais" (les hommes
de main de Charrel).
Le 5 juin 1973, à 8H00 du matin,
en plein Saint-Etienne, le P-dg amateur
de commandos musclés, quand c'est lui qui
tient la barre, voit la voiture qui le précède
dans une petite rue calme piler devant lui. Ses
passagers descendent. Marche arrière interdite:
un second véhicule le serre. Lui aussi,
il s'arrête. Plusieurs hommes, encore...Barres
de fer...
Il ne s'agit nullement d'une action spontanée,
informelle, de grévistes exaspérés
par les violences suivies par une reprise de travail
à l'épuisement, survenue quelques
jours plus tôt, avec pour seule victoire,
mais c'en est une, et de taille, la réintégration
de cinq délégués CGT de devoir,
accusés de violences ", et de simples
ouvriers de la base, également licenciés
pour "faits de grève".
Preuve de la planification: la photo du
P-dg Charrel, les yeux fous, sur le trottoir.
Comme le précise explicitement la légende
transmise à l'A.P.L. du duo Clavel-Vernier,
nouveau "scoop" politico-militaire aussitôt
publié dans La Cause du Peuple-J'Accuse,
le P-dg partisan d'un "contre-terrorisme"
anti-gréviste à vocation d'exemple
a été "flashé"
debout, "quelques instants avant
d'être corrigé"
par quatre membres d'un commando muni de barres
de fer, dont une voiture l'a bloqué par
devant, et l'autre par derrière, avant
de lui infliger "une violente
et rapide correction".
Dans une ville encore quadrillée par la
police, après de longues semaines d'un
conflit prolétarien, émaillé
d'affrontements presque quotidiens, cette "rouste",
durable et appuyée, qui laisse le trop
ardent P-dg, à terre, en sang, et K.O.
pour le compte, constitue, sur le plan technique,
un coup d'une très grande audace.
Mais il n'est ni l'œuvre de " nouveaux
partisans" envoyés au combat par la
direction mao, simple commentatrice des grèves,
désormais, dans les colonnes de son journal,
ni de la N.R.P. d'un Rolin concentré sur
des réflexions à caractère
philosophique, et sur les moyens d'empêcher
ses "soldats" de s'occuper un peu de
Tramoni.
Selon les méthodes propres aux milices
ouvrières de la région parisienne,
ou à la "Multinationale" de "Désarmer
la police", un tract a été
balancé à la volée, autour
du "puni", sur le lieu-même de
la sanction.
Dans le contexte post-Touvier, il n'est pas signé
"milice", un vocable hâtivement
traduit du vietnamien ou du chinois ("milice
populaire"), mal adapté à la
réalité française d'après
la deuxième guerre mondiale.
Le mot choisi est bien meilleur.
C'est une "Brigade antifasciste
Beylot-Blanchet" qui revendique
une vengeance légitime, présentée
comme une riposte aux exactions des "mercenaires"
anti-grève, conduit par le puni Charrel,
et une réponse, aussi, au plasticage commis
chez les parents du militant mao du Comité
de Lutte Jacquemard Bernard Charbonnier.
Beylot et Blanchet sont les deux ouvriers abattus
par les CRS, au cours des combats meurtriers de
la "résistance prolétarienne"
de Sochaux, en juin 1968, marqués là
aussi par la reprise, en force d'une usine Peugeot,
la principale (et, selon une enquête du
"Pierre Victor" d'alors, donc, sans
vraie preuve, par la mort d'au moins dix CRS,
jetés vivants, ou à peine assommés,
dans ces grands bacs d'acide concentré,
industriel, propres à la grande industrie
moderne...)
Le 15 mai 1973, lendemain de l'attentat
contre Charbonnier, 3000 ouvriers en
colère défilaient dans les rues
de saint-Etienne: "la maîtrise
fasciste au poteau!"
Le 17, Peugeot annulait tous
licenciements et sanctions pour faits de grève.
Le 21, les O.S reprenaient le
chemin de l'usine en chantant, tous ensemble avec
leurs délégués d'une vraie
"CGT prolétarienne de lutte de classes",
réintégrés.
Ils ont fait sept semaines de grève,
et Peugeot, s'il n'a rien cédé sur
les salaires, les bleus de travail, ou la retraite,
a perdu toute autorité sur les
chaînes, où ses agents de
maîtrise, couverts de plaies et de bleus,
ne "maîtrisent" plus
rien ni personne, et peinent à rétablir
la loi et l'ordre - et surtout les cadences...
Ces "chiens de garde des patrons"
sont finalement les seuls vaincus
d'un conflit exemplaire, qui a conduit,
comme en 1969, ou comme autour de Ferodo, ou de
Schlumpf, toute une région au bord
du soulèvement.
Comme le souligne ironiquement le texte des Brigades,
qui fait le tour de la ville, le 5 juin, "Monsieur
Charrel est responsable de l'agression fasciste
du 12 avril, commise contre les grévistes.
Ce jour-là, à 3H30 du matin, il
se trouvait sur place. Et déclarait
"prendre toute la responsabilité des
événements". "Il est inconcevable
que puissent se trouver côte à côte,
au travail, les agresseurs et leurs victimes",
avait-il écrit dans sa lettre du 12 mai
aux ouvriers en grève. Eh!bien, nous avons
pris le directeur au mot. Il était inconcevable
que le responsable de l'agression ouvrière
du 12 avril ne reçoive pas une correction!..."
Sans l'attribuer explicitement au "sanctionné"
Charrel, le texte fait une référence
explicite à Jacquemard, à ses "nervis"
employés, là aussi, "contre
les grévistes", et à ceux qui
ont "fait plastiquer un ouvrier licencié
pour avoir fait grève".
"Contre le fascisme patronal
organisé, il faut construire des Brigades
ouvrières anti-fascistes. Il faut que les
gens comme Charrel, les responsables des agressions,
comprennent ce qu'il en coûte de frapper
des ouvriers en lutte..."
La Cause du Peuple-J'Accuse publiera par la suite
un entretien réalisé avec un ouvrier,
membre d'un de ces "groupes militaires
naturels", formés de
ces grévistes qui "tous
les jours forment le noyau de surveillance. "
"C'est eux qui sont rentrés dans
l'usine le 12 avril, et qui ont dirigé
le cassage de gueule de la maîtrise le 2
mai."
- "Ces cinquante gars" forment bien
"un groupe", il n'est pas constitué,
il n'est pas autonome, il manque de conscience,
il poursuit le combat large, mais il n'est pas
concentré sur le combat.
Les ouvriers ne sont pas des robots, comme on
veut les mettre. On leur enlève le temps
de penser et de lire...
Mais même dans l'obscurité, ils pensent
quand-même...
Alors cette maîtrise; maintenant, elle est
remise en cause à travers les cadences
et même l'idée de la technicité
qu'elle représente"
(19 juin 1973).
On ne peut pas mieux dire.
Tout y est.
Jusqu'à ces O.S. dépouillés,
dans leur travail, de leur humanité, mais
qui, malgré tout, ne cessent pas d'orienter
leur regard vers la lumière, la réflexion,
et la lecture; et ne se contentent pas de se soulever
pour un monde meilleur, et de rendre tous les
coups qu'ils reçoivent, mais poussent la
"remise en cause"de
l'ordre hiérarchique qui les mutile et
qui les nie jusqu'à interroger "l'idée
de la technicité" qu'incarnent
les maîtres des cadences...
Et, pour Benny et sa clique, quelle gifle!
Des militants ouvriers qui se battent, encore,
embrassant la réalité de l'usine
au corps à corps...Et qui, de plus,
pensent!
Et dont la pensée constitue le
plus vivant défi à ce qui en tient
lieu, désormais, pour lui et pour les siens...
A l'exception, en effet, de l'excellent Gilbert
Castro qui a "commencé à
prendre ses distances début 1972"
(entretien avec l'auteur au Chao ba de Pigalle,
2007), mais a été retenu pour peu
de temps encore par le ci-devant "Pierre
Victor" furieux de perdre, en plus du reste,
son minutieux trésorier, devenu, sur ses
petits papiers à rouler les cigarettes,
la mémoire vivante des numéros de
téléphone de tout le mouvement,
le Comité Exécutif dans
sa quasi-totalité, est engagé
à fond dans son plan de... désengagement,
véritable "retraite de Russie",
penaude, dont Saint-Etienne, ses grévistes
par milliers, sa "chasse aux
renards", spectaculaire, ses
"brigades",
et cet entretien, enfin, dans sa lumière,
démontre le caractère pour le moins
prématuré..
.
Le logiciel de Flins, celui de la résistance
prolétarienne et des ripostes "coup
pour coup" n'a pas cessé d'animer
quelques colonnes au moins, encore debout, de
la "grande armée" fatiguée,
dont un Etat-Major félon organise patiemment
la déroute, à quelques mois de la
Bérézina des "Chrysanthèmes"
(novembre 1973)...
Mais au même moment, juin 1973,
divine surprise - Lip arrive.
Et toute la France rebelle, devenue "contestataire"
(rime de "velléitaire"),
se met à l'heure de Besançon, et
de l'utopie, sage, du "on produit,
on vend et on se paye, c'est possible"
- grand moment Proudhonien-Fouriériste
que va bientôt briser la combinaison d'opérations
de police et de manœuvres politico-financières...
Contrairement aux saints versets du dernier grand
prêche d'une direction mao offrant le mouvement
lui-même en agneau de sacrifice, la
religion de Lip, nouvelle et dernière "ligne",
n'offre aucune perspective durable face
au déferlement d'une stratégie de
"casse industrielle" programmée
pour trente ans - l'histoire va le montrer,
très vite.
Ce discours n'est qu'un leurre.
Il
ne sert qu'à assurer la destruction, liquidatrice,
d'un mouvement blessé, mais survivant,
dont l'action, restée cohérente,
pouvait seule prolonger l'impact de ce conflit
superbe, fruit de centaines d'autres (y compris
Saint-Etienne) vers un nouveau "bond
en avant" politique, crédible.
Chapitre
suivant: Nantes-Saint-Nazaire, édification
d'une "base ouvriers-paysans"
(vers une civilisation nouvelle, dans le travail
sur la contradiction "ville-campagne".
De "Paysans en lutte" aux Paysans-Travailleurs,
LARZAC, Bernard LAMBERT, et à la Confédération
paysanne - Bové, ruralité, etc
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