- 1971: la grande grève pour la "carte de travail" des mineurs marocains du nord: ici

- 1972: la grève de la faim "pour les papiers" de Sadok Djeridi, près d'Amiens, entraîne une première grève sur un chantier: ici...avant la grève de la faim, également victorieuse, de Saïd Bouziri: ici et également ici.

 

Abu Daoud - et la vérité sur "Septembre Noir", les J.O. de Munich, et les suites- de 1972 à aujourd'hui...: ici
 

REBELLES

 

- L'Histoire secrète des Maos de la Gauche prolétarienne...- et ce qui s'ensuivit (1967-2008) -

 

(suite)

- IV -
Liquidation

(suite...)


- 2 -
Avant l'extinction des feux,

l'ultime contre-offensive du Parti du Soulèvement de la Vie,

- Mal Logés...Immigrés - Munich 1972, Septembre Noir

(suite)

"Victor de Rampal", juif de Belleville,

premier stratège du combat des Mal Logés


C'est "Victor de Rampal" qui a rédigé le texte fondateur. Figure emblématique d'un mouvement social original, brassant toutes les franges d'un peuple aux mille facettes, que le phénomène mao condense et cristallise autour de lui, Victor Silveira, 70 ans, "vieil israélite", selon ses propres termes, expulsé plusieurs fois, a dû "vivre" plusieurs mois, de son propre aveux, "de mendicité publique".
Saluant le Secours Rouge pour son aide initiale, il souligne que, maintenant, "c'est à nous les mal-logés de nous tenir la main (...)".
Il exhorte les Jeanine, les Maryse, les Mohammed, les Claude et les Bouaziz de toutes les familles représentées à "aller aux bidonvilles, dans les foyers africains, dans tous les quartiers"; à ne pas se limiter aux occupations, mais à s'occuper de tout: "les problèmes d'eau coupée, les grèves de loyers...".... A "progresser immeuble par immeuble, rue par rue"...


"Le vent ne cessera pas, même si les arbres veulent se reposer"...


Il est remarquable que, quelques mois après l'assassinat de Pierre Overney, précédé par le désastre de l'opération contre le P-dg De Wendel, et suivi par la débandade de Geismar à Charonne, au moment où Serge July, Pierre Victor etc. touchent le fond du fond de l'affaire de Bruay, et où un vent mauvais de démoralisation et d'abandon souffle, du sommet vers la base, sur le mouvement mao, un appel de cette nature, revivifiant, émane d'un homme déjà âgé, expulsé de nombreuses fois, réduit à la mendicité, et qui n'avait dû sa survie physique la plus élémentaire qu' "à la synagogue algérienne" (de Belleville:sans le reloger, tout de même, elle lui donnait, dit-il, un peu de pain)...


Après l'intervention brutale de la police contre les occupations en série du secteur Rampal-Ramponneau (trente familles, ensemble), "le vieux Victor", interpellé comme tous les occupants, disparaît pendant plusieurs semaines. Personne ne sait ce qu'il est devenu. Et ce sont de jeunes militants en keffieh qui finissent par retrouver sa trace - à l'hôpital départemental de Nanterre.
C'est parce qu'il est devenu un vrai mouvement populaire, bien représentatif du peuple de France, tel qu'il se manifeste ces années-là, - femmes, hommes, ouvriers, employés, vieux, jeunes, très largement mul-tiethnique, les "petits-blancs" pauvres y côtoyant Arabes, quelques juifs prolétarisés, abandonnés de tous, et quelques noirs d'Afrique...- et se situe, enfin, en résonance parfaite avec les occupations de fermes en friche du peuple des campagnes, que ce nouveau sujet social et politique, porteur d'un nouveau "tous ensemble", subversif, au-delà cette fois des portes de l'usine, a pu s'installer durablement dans le paysage.


De longues années après, autour de "Babar", et de D.A.L., il constitue la trace la plus visible, mais pas la seule, d'un mouvement mao aux militants immergés en son sein, en profondeur, "sel de la terre", et portés par l'esprit de "servir le peuple" - lui-même encore, ici ou là, dans le paysage - pour qui veut regarder de près, et "descendre de son cheval pour regarder les fleurs"...
Même si l'incontestable enrichissement "relatif" du prolétariat français d'origine, contrebalancé, certes, par le démantèlement de l'industrie du pays, et le chômage, ont appauvri l'actuel "Droit Au Logement" (D.A.L.) d'une composante essentielle, le peuple des "petits blancs", âgés et miséreux, jetés dans le double piège du Lepénisme, et pour les juifs d'en bas, du communautarisme, son infect complément raciste.
Il est vrai que l'excellent "Babar" n'y est pour rien.
Une tenaille s'est refermée, hachant le peuple bigarré, vivant, des "seventies" maos, disloqué entre, d'un côté, les prostitués à paillettes de l'antiracisme-spectacle bénéficiant des faveurs financières et télévisuelles accordées par la gauche "Vichy Rose", et de l'autre un petit peuple "français de souche" jeté, dans le même calcul, entre les pattes brunes du faux-blond borgne de Saint-Cloud...


Mais ce mouvement emblématique, vrai chant du cygne d'une époque de luttes flamboyantes, suivie par une longue période d'enfouissement dans un combat de réseaux, ne pouvait atteindre son apogée sans un retour aux sources, à la grande "base prolétarienne d'Issy", extension de l' "Île du Diable" - dont tout était parti.


Retour Issy


Ce sera chose faite, en deux temps, trois mouvements.
Avec, d'abord une nouvelle expansion de la révolte contre l'usine à celle des quartiers : elle est celle d'un mouvement de jeunes filles, mères célibataires d'un "Hôtel Maternel", "foyer" devenu prison, et centre d'humiliation, caché derrière un dispensaire de la Croix Rouge...
Les filles d'Issy ont inspiré à pleins poumons l'air frais de liberté que font souffler les occupants sans titre de la superbe "villa de Rika Zaraï", chanteuse que toutes connaissent, et dont certaines apprécient la voix, et les chansons.
Qui peut défier Zaraï, et ce qu'elle représente, peut défier le ciel - et la direction, réactionnaire, d'une "œuvre de charité-maison de redressement", où l'on punit de toutes jeunes femmes du peuple pour crime d'enfants nés ou à naître...
"Quand on voit nos fiancés, disent-elles, nos éducateurs nous traitent de putains". Ça va bien...La rumeur leur parvient de la révolte des filles du Plessis-Robinson, où les féministes bourgeoises des "grandes consciences", "top-médiatiques" (l'aile la plus américanisée du MLF), se sont parachutées non sans efficacité sur une rébellion d'adolescentes pour en faire un "exemple type" d'introduction en France du féminisme intégriste"anti-mecs", importé de New York, de Californie, et du ghetto de luxe d'Hollywood, qui va bientôt déployer ses ravages - "castrant" les "mecs", et contribuant très largement à la dissolution du jeune militantisme combatif et populaire porté par "La Cause du Peuple".
Mais, pour les filles d'Issy, liés aux gars d'Issy, à la fraternité d'usine, et à l'esprit de révolte unie qu'elle charrie, leur affaire, c'est la leur. Et elles ne laissent à personne la tentation de la leur voler.
Pendant deux semaines, elles préparent soigneusement une grève des cours, élisent deux déléguées, et mettent en commun un petit "trésor de guerre", argent et provisions...
Chez les éducateurs, elles ont un point d'appui, un "mec", devenu leur ami.
On finit par l'écœurer. Il jette l'éponge, et démissionne.
Elles entrent alors en lutte, et se relaient aux tâches, multiples, d'une "grève active". Ménage fait en commun, cuisine itou, crèche "sauvage", distribution de tracts en ville - où elles trouvent très vite l'épaule du Secours Rouge.
Ensemble, elles écrivent une pièce de théâtre. Et viennent la jouer, pétulantes, sur le marché. Profitant de l'occasion pour convier les gens à une Assemblée Populaire, le soir, au foyer.
Les "gros machos" de la "bande mao" d'Issy, ceux que les féministes petites-bourgeoises qui rongent, désormais, de l'intérieur, sous le drapeau frelaté de l' "anti-mec", les collectifs militants de "La Cause du Peuple", traitent de "chasseurs de pédés" en pissottières, quand ce n'est pas de "violeurs", rassemblent 300 jeunes d'Issy et de Paris, loubards et militants mêlés. Leur bouillonnant mascaret croise un flux de CRS, en ordre de bataille, devant le foyer de filles. Les rebelles en mini-jupe ne laissent pas leur part aux chiens. Elles montent en première ligne. Des fenêtres, les redresseurs de mœurs leur crient "Putains!", et pour qu"elles entendent mieux la voix du Ciel, leur balancent des seaux d'eau bouillante, des étages.
Du périmètre de l' "Hôtel Maternel", bouclé par une imposante armada en uniforme, casque et boucliers pare-éclats, l'armée mixte des jeunes doit bientôt refluer.
Elles sortent une nouvelle arme de leurs sacs à main, devenus, à l'occasion, matraques, ou boucliers: "Les flics hors du foyer! Grève de la faim". Coup imperdable, dans ce climat d'intifada au cœur des Hauts de Seine, et à portée de lance-pierre des usines Renault, SEV Marchal, ou Citroën, elles gagnent: renvoi du directeur et des éducateurs, réorganisation complète du foyer avec la participation des "jeunes mères célibataires elles-mêmes"...


De la violence au viol, du viol au châtiment


Mais l'ordre de l'usine, qui se veut ordre social global, et qui est, certes, pas toujours, mais souvent tout de même, sous la loi dite ou non dite des vieux mâles blancs grognasseurs et rigides, ne peut pas supporter ces défis répétés à ce qui lui reste d'autorité, aux marches de son domaine.
L'insolente jeunesse d'Issy, avec ses Louise Michel en herbe, doit être punie, châtiée. Par la sanction suprême, et la plus humiliante,touchant le cœur vivant de l'adolescence: le viol.
Le 13 juillet 1972, un commando armé venu de Citroën débarque en force dans une fête populaire.
Les réjouissances sont organisée par un groupe de vingt-six familles mal logées, en grande majorité yougoslaves, qui sont arrivées, ensemble, dans un grand camion loué pour l'occasion, pour occuper en force deux vastes maisons vides, 4 et 6 rue Jeanne d'Arc. "Chez nous, disent-ils, on décide tout en réunion, et on résume tout sur un journal mural"...
Femmes et hommes, unis, ils ont tout retapé, nettoyé, remis à neuf et même repeint en un temps record.
Ouvrières et ouvriers, travaillant souvent dans le secteur du nettoyage, ou dans l'automobile, ils se sont liés tout naturellement aux travailleurs de la SEV Marchal, toute proche.
Tout le quartier les aide, ils partagent les dons strictement, sommiers, habits, four à gaz.
Ils se sont répartis les chambres, sur des critères égalitaires, concrètement discutés, en Assemblée Générale. Trois A.G. successives...Ils réservent même certaine espaces de vie à l'intention d'amis ou collègues de travail, Algériens ou Français, qui s'apprêtent à les rejoindre...
Ils partagent même avec des voisins du quartier leurs machines à laver, et jusqu'à leurs machines à coudre...
Le samedi 17 juin, la vaste communauté "yougo" de la rue Jeanne d'Arc a réuni une assemblée populaire de 160 mal-logés de la réunion parisienne. Les prises de paroles s'y succèdent: en Yougo, en Français, en Arabe. Les occupants d'une nouvelle "zone libérée", celle de La Butte aux Cailles, dernière colline de la Commune à résister, en mai 1871, armes à la main, à la soldatesque aux mains sanglantes du boucher Adolphe Thiers, leur demandent de venir tous le 1 juillet suivant pour empêcher l' expulsion, programmée, des occupants: quatre familles françaises dont Barbara, 27 ans, qui vivait avec sa fille de sept ans à l'intérieur... d'une serre d'horticulteurs, à Charenton, et trois tunisiens, célibataires, qui auraient aimé que tous les repas soient pris en commun, proposition refusée par vote démocratique pour protéger "un peu d'intimité", et ne pas faire dans le style "soupe populaire".
Au Café de l'Espérance, au bas du 33, l'immeuble occupé, on dit qu' "à La Butte aux Cailles, dernier bastion de la Commune, l'esprit y est restéi"
Les "Yougo" de la rue Jeanne d'Arc décident d'aller s'y ressourcer, et appellent tous les mal-logés parisiens, représentés à leur A.G., dont Saint-Denis, Rampal-Ramponneau, et la rue Jacquier à être tous sur place, avec ceux de La Butte, dès 6H00 du matin.
On envoye, sans attendre, des délégations de dissuasion aussi massives que possible dans les préfectures, les mairies, ainsi qu'aux HLM. Conclusion de cette belle et chaude assemblée: l'organisation d'une grande fête, à Issy.
Mais la violence n'attendra pas.
Le 29 juin 1972,
une estafette bourrée de nervis d'extrême-droite attaque La Butte aux Cailles.
Un mois avant, le samedi 27 mai, exactement, deux-cents habitants du quartier, dont une cinquantaine d'enfants, plus déchaînés encore que leurs parents, avaient dissuadé 11 cars de CRS venus expulser trois familles et cinq célibataires à la rue du 56 rue des Cendriers, occupé, dans le quartier de Ménilmontant.
Les "casqués" en repli, des "civils" en imper, démasqués, avaient été chassés à coups de pierre. Ils avaient dû démarrer sur les chapeaux de roue, fuyant dans leurs voitures banalisées aux vitres brisées...
Le samedi 3 juin, nouvelle attaque.
Quatre cars de "brigades spéciales". Une sirène d'alerte, bricolée dans les HLM, en face, fait rappliquer, de nouveau, deux-cent voisins en furie. La "bande du 45" (une cité de la rue de Ménilmontant, jugée "sensible" , encore, au jour où sont écrites ces lignes, constitue le "bouclier vivant" de la rue des Cendriers.
"On est trente, disent-ils aux occupants, et de toutes les races..."On n'aimerait pas vous voir vidés...Depuis que vous êtes là, on a arrêté d'aller en boîte, la "plume" (outil traditionnel du petit cambrioleur parisien...° et le reste...Des gens du quartier nous voient porter des sommiers aux occupants: "Tu te ranges?- Au contraire"...A l'intérieur, Christiane, son dernier né sur les bras, séparée de ses quatre autres enfants faute de logement décent, partage le pain, ou le mafé, des Africains. "Quand jemange, dit l'un d'entre eux, je veux que mon voisin mange"


Démarré, donc, dans la non-violence-ou-presque, festive et familiale, de simple occupation de maisons vide, dont il faut simplement forcer la porte, démurer une entrée, ou, comme au 42 bd Chapelle, le dimanche 9 avril 1972, construire un escalier en bois pour loger onze familles, le mouvement des mal logés est amené, tout naturellement, à prendre le chemin de la résistance populaire, tracé par les maos, qui l'accompagnent.
Boulevard de la Chapelle, la police intervient, aussi, très vite, pour jeter à la rue, notamment, une famille d'ouvriers algériens, qui, vivant dans un hôtel borgne peu à peu transformé en maison de passe d'abattage, avait dû se résoudre à le fuir pour protéger l'épouse, et les jeunes filles...

La résistance des occupants est saluée par les klaxons des métros surplombant le boulevard, où les conducteurs de la RATP, ces "beaufs franchouillards" (selon la go-gauche snob à la Charlie Hebdo, méprisante devenue, depuis, de plus, islamophobe...) tapent frénétiquement "ce n'est/ qu'un début/ continuoins le/ combat", le vrai mot d'ordre du grand mai....


Mais à Issy, "base rouge",pour défendre non seulement des principes de justice, de dignité, et de simple humanité, il faut mettre la barre plus haut. On le fait.
Il faut bien.


Viol


Le 13 juillet 1972, au cours de la grande fête ouverte à tous par les "Yougos", les voyous fascisants venus du "syndicat indépendant de Citroën", de sa mouvance, ou de la "petite maîtrise" , raciste, sont montés à l'assaut de ce lieu de vie, qui défie l'ordre social de l'usine, étendu, autant qu'il peut, "à toute la société".
Repoussés, ils repartent avec une double prise de guerre: ils ont réussi à capturer deux jeunes filles. L'une d'elles sera violée, trois fois de suite.
Il y a eu dix blessés au cours de l'affrontement. Mais surtout, les Yougoslaves, "sportifs", aidés par la "bande à Didier de Renault", "Pierrot", "Jean-Marc Moto", "Le Mexicain", "Narbonne", et peut-être aussi "Sergent-chef", passant par là, ont réussi à "choper deux fafs"...
Qu'en faire? on ne va pas demander son avis à Benny Lévy, qui était "tricard" à Issy, (interdit de séjour...) avant même sa mortelle crapulerie du 25 février 1972 - dont le vif souvenir n'améliore pas les choses...
De toute façon, dans son évolution en cours, il irait chercher la solution au plus profond du Talmud, ou même de la Kabbale - et ça prendrait du temps...


Châtiment


Au matin, les deux attaquants prisonniers sont promenés dans toute la ville, une pancarte au cou, comme un propriétaire foncier exploiteur de la Chine rouge aux mains d'un "tribunal populaire" de "paysans pauvres" en fureur...: "Fasciste CFT Citroën: que doit-on faire de moi?" Faute de mieux, ils sont remis, à peu près en bon état, à la police. Elle les libèrera en catimini, dès le lendemain...


Immigrés:

le Parti de la Dignité


Le jeudi 30 septembre 1971, coup de tonnerre dans le bas ciel du nord, et sa grisaille, ensoleillé d'un coup par les couleurs de la Méditerranée: un mouvement de grève des 7000 mineurs marocains éclate sans prévenir.
"Achetés" par les Houillères dans leurs villages du bled, ils viennent faire le dur et dangereux travail du fond, que rechignent à faire, maintenant, les jeunes Français, même fils de mineurs, et de lignées entières de mineurs...
"On" compte aussi sur eux comme main d'œuvre temporaire, pour éviter d' avoir à embaucher des professionnels du charbon à plein statut, dans des mines de jugées "condamnées" par le "progrès technique" - alors que l'avenir est au perfectionnement de l'extraction et de l'utilisation, à l'aide d'innovations écologiques, dépolluantes, gazéification, liquéfaction, usage du minerai pauvre...
Réunis clandestinement de façon entièrement autonome, les fiers Marocains, fin tacticiens, ont tout simplement décidé de revendiquer "la carte de travail pour tous".
Figurant dans la législation mise en place par le gouvernement d'unité populaire, issu de la Résistance, en 1946 - dans l'union fraternelle des gaullistes et communistes - la carte de travail donne un droit minimum à l' ouvrier immigré, embauché directement "au bled" par une entreprise précise, qui a d'abord envoyé les "chasseurs d'esclaves" d'une forme nouvelle de "traite", "modernisée" en asservissement... salarial - comme c'est le cas le plus souvent jusqu'aux années 70...
Sans la carte, si Les Houillères, Citroën, ou telle ou telle entreprise du BTP, le licencie, quel que soit le motif, l'ouvrier n'est plus rien qu'une "force de travail" libre... de tout travail!
Il n'a plus qu'à "retourner au pays". "Mohammed, prends ta valise!". Avec la carte, au moins, il est en droit de chercher un autre employeur - comme tout travailleur de France, quelle que soit son origine, sa religion, sa langue maternelle, ou la couleur de sa peau Il a même la liberté, "extraordinaire", de pouvoir "prendre son compte", si "ça ne va plus" - si le patron abuse...
Mais le grand patronat de la haute technocratie d'Etat des années Pompidou n'éprouve, comme le successeur du général, lui-même, qu' "aversion" pour tout ce qui semble inspiré, peu ou prou, du programme - démocratique et progressiste - du Conseil national de la Résistance...
Et la loi de 1946, tombée dans les oubliettes, n'est plus appliquée. Seulement, les Marocains, fussent-ils simples mineurs de charbon, savent lire, ils savent ce qu'est un droit, un ouvrier, une loi.
Comme le reconnaît aujourd'hui Aimé Albeher, à Renault-Billancourt, où travaillent aussi des Marocains, souvent très combatifs, et parfois syndiqués, la CGT n'a pu, finalement, obtenir la reprise du travail de mai 1968 qu'en arrachant au "négrier " Dreyfus, et à ses maîtres de la bourgeoisie du capitalisme monopoliste d'Etat, un accords spécifique aux immigrés de l'usine, garantissant ces droits.


Dans le nord, donc, c'est dans un puits de mine de Bruay en Artois que tout commence, avec le débrayage "sauvage" de 59 mineurs marocains du fond."Si nous n'avons pas de carte de travail, c'est comme ne pas avoir de papiers d'identité".
Il se trouve que le secteur de Bruay est devenu très tôt un fief de la Gauche Prolétarienne. Bien avant 1970, et son interdiction. Bien avant 1972, et le "caca" journalistico-politique du trio Serge July-Joseph Tournel-François Ewald, devenus chasseurs de tête... de notaires, et archéo-polpotistes ridicules, avant l'heure...
Le débrayage des Marocains de ce premier puits de mine, avant-garde d'un mouvement encore secret de plusieurs milliers de leurs compatriotes et frères de classe, rigoureusement organisés, ne tombe donc pas dans l'oreille d'un sourd. Même si Joseph, physiquement, et July, politiquement, sont parfois "durs de la feuille"...
Le coup de grisou gréviste s'étend de Bruay à Libercourt, Ostricourt, Angres..."Lutte pour la dignité, la liberté", clament-ils. "Le barbelé, c'est le contrat de travail" - des contrats de plus en plus courts, huit mois maintenant, pour 314 nouveaux esclaves salariés "raptés" par les Houillères jusqu'aux limites sud du pays. Un mois avant la fin du contrat, visite médicale. Si le "sujet" est sain, signature d'un nouveau petit contrat, et départ en vacances au Maroc. Re-visite en fin de congés. "Ils nous font croire qu'on va avoir la carte de travail, légale, à la fin du premier contrat. Sans elle, impossible de quitter les Houillères pour travailler ailleurs. Ce n'est pas la loi française. Dans la loi, on doit l'avoir automatiquement"
Les mineurs français maoistes, et le clan des "vieux de la vieille" regroupés autour de La Cause du Peuple, de la pasionaria Eugénie Camphin, des rescapés de sa famille, et de l'influent André Théret, défendent les Marocains dans les corons. Le souvenir des vagues anciennes d'immigration, "rital" ou "polak" , devenu vivier syndical de la "CGT de lutte de classes", puis ferment, patriotique, du "Parti de la Résistance", y a, sans doute mieux qu'ailleurs, préparé les esprits au "choc des cultures" avec une immigration cette fois maghrébine, et musulmane.

"Si tout le monde se battait comme les Marocains, ça irait mieux à la fosse", disent les "ch'tis" de Bruay.


"Le combat des Palestiniens contre l'impérialisme apporte l'idée de liberté, et des méthodes pour la conquérir, aux travailleurs du Maroc comme à ceux des mines du nord, insiste alors La Cause du Peuple...Au Maroc, un vaste mouvement de grèves sauvages déferle sur l'ensemble du pays"...20 000 mineurs ont cessé le travail à Khourigba, plus grand centre phosphatier du Maroc, le conflit dure depuis un mois, mené par un Comité de grève, hors syndicats. Il porte sur les conditions de travail autant que les salaires. Le 14 octobre 1971, ce sont les ouvriers phosphatiers et les dockers de Casa qui entrent dans la ronde. L'armée quadrille Khourigba. Silence de la presse. Grève de solidarité des mineurs de l'Office Cental des Phosphates (OCP) et des mineurs de Yousoufia, entraînant même les administratifs de l'OCP de Rabat. Grèves sauvages chez Cosumar (Casablanca), et, dans la même ville, à la Sofima, chez Simpa (ouvrières), Coma, Mussy, Citra, Sidana, Tognetti, Fargan. Volvo aussi est touché, avec un mouvement pour la réintégration de cinq travailleurs licenciés. Grèves encore aux sucreries et aux bus de Tétouan, occupation de terres par des travailleurs pauvres à Oulad Tayma (province d'Agadir), etc.


Bien appuyé et relayé par la "base mao" du nord, le puissant coup de bélier des mineurs marocains lance un mouvement d'ouvriers immigrés de France pour la carte de travail, qui va s'étendre dans tout le pays, et prendre la forme de grèves de la faim en série, et quelquefois de mouvements collectifs sur le lieu de travail lui-même.
Un signe avant coureur avait été donné, dans la même région du nord, avec le mouvement de solidarité de toute la courée Bonte en faveur de Yamina, une mère de trois enfants, ouvrière du textile, licenciée pour "improductivité", et menacée, de ce fait, d'expulsion - faute de carte de travail lui permettant de rechercher un autre emploi.
Le textile "dégraisse" en masse, et les cas de ce genre se multiplient, tous aussi odieux les uns que les autres. Mais à la courée Bonte, l'action des femmes du nord groupés autour de Yamina, avec le soutien énergique du Secours Rouge, et des étudiants, mobilisés en masse, prend des proportions exceptionnelles. Un véritable groupe d'autodéfense est constitué, avec rondes anti-flics, cloche pour sonner l'alerte, etc.


- Sadok Djeridi, de Sénarpont (Somme) -
Première grève de la faim, première carte de travail à l'arraché...


En avril 1972, c'est à Sénarpont, une petite localité bien "franchouillarde" de la Somme profonde,(550 habitants à peine), à quelques kilomètres d'Amiens - ville d'origine de Patrick Fers, un des piliers du GPA du Comité Vietnam de Base de Louis-le-Grand, en 1967-68 - qu' un émouvant mouvement de solidarité protège le combat du Tunisien Sadok Djeridi, soudainement jugé "inapte" au travail, et menacé d'expulsion immédiate, dans la foulée.
Mais là encore, les militants se tiennent éloignés de l'attitude paternaliste et charitable visant à "défendre" un malheureux immigré. Car le "parti des immigrés" que devient "La Cause du Peuple", est le parti de la dignité des immigrés, et se mobilise en soutien à leur action elle-même, pas à leur place. - Sadok entreprend une grève de la faim pour exiger, selon la loi de 1946, sa carte de travail. Deux étudiants arabes, un jeune chômeur et...le curé de Sénarpont se joignent à lui, et bientôt 1000 personnes défilent dans les rues d'Amiens. C'est peu mais c'est beaucoup, pour cette ville juste moyenne, et très paisible. Et c'est assez pour que, ce 25 avril 1972, neuf ouvriers d'un chantier de la société EGCC (câbles et canalisations) brandissent le poing en solidarité au passage du cortège. Cinq d'entre eux sont sans carte de travail, les neuf déclenchent un mouvement collectif, qui s'étend aussitôt à Sainte-Geneviève des Bois, en banlieue parisienne, sur un autre chantier d'EGCC. Là, le patron perd les pédales, il menace de virer une partie des grévistes, et propose aux autres des améliorations matérielles: "Je repeins la roulotte où je vous loge. Quelle couleur voulez-vous? - Nous patron, c'est surtout un problème de carte de travail". L'incompréhension grandit entre les deux parties, un Comité de Lutte se forme, des bulldozers de la société se trouvent pris en otages, comme un des directeurs, qui exhibe un revolver, et le combat pour la carte de travail fait un bond en avant dans toute la France.
Il s'élargit encore avec la contestation d'une "circulaire Fontanet", du nom du ministre du travail démocrate-chrétien de l'époque. Ni vraiment démocrate, ni très chrétien, cet homme rigide, qui finira assassiné à coups de revolver dans des conditions encore aujourd'hui obscures, souhaite encourager une politique de "départs naturels" d'immigrés s'entêtant à se conduire en hommes comme les autres, dignes du nom d'homme et de travailleur, et pas comme une "main d'œuvre" - "choisie "ou non, palpée, achetée, pressurée, rendue "inapte", et renvoyée...
"Il leur faut une réserve de main d'œuvre, de chômeurs français et immigrés. Mais cette réserve, ils la veulent divisée et terrorisée, muette, coupée ds travailleurs actifs, coupée du peuple, commente sèchement La Cause du Peuple, dont un des militants de choc (alors...), le tunisien Saïd Bouziri, lui-même menacé d'expulsion avec sa femme Fawzia, fait franchir au mouvement une nouvelle étape, avec une nouvelle grève de la faim, cette fois en plein cœur de Paris, et portée par tout le potentiel que l'"ex-GP" conserve à l'époque - novembre 1972 - dans la capitale et les banlieues environnantes.


Grève de la faim de Saïd Bouziri: deuxième victoire

Les grèves étendent leurs objectifs à la riposte contre "toutes les agressions et menaces qui pèsent sur les travailleurs immigrés", des "expulsions arbitraires" aux "assassinats racistes".
Organisée dans des locaux d'église, salle saint-Bruno, rue Pierre L'Hermitte, celle de Saïd bénéficie de sa personnalité, alors rayonnante - rare et précieuse exception parmi les "cadres dirigeants" de l' "ex-GP" il se manifestera parmi la cinquantaine d'opposants déclarés à la liquidation du mouvement mao, un an plus tard, à la Toussaint 1973 à l'Assemblée des Chrysanthèmes, venant y féliciter, chaleureusement, l'auteur de ces lignes pour une intervention, piquante, qui avait plutôt "clivé" et dont la chute, claquant autour du mot "vérole" semble avoir laissé jusqu'à ce jour la trace d'une gifle, cuisante, sur les joues grassouillettes de l'orgueilleux Geismar, ou du pauvre Theureau, "pine d'ours" alors en débandade, la queue entre les jambes...

Plus d'un millier de personnes signent en quelques heures en faveur de Saïd et Fawzya, dont la mesure d'expulsion, reposant sur une base juridque fragile, sera rapidement annulée.
Quelque peu recentré, depuis, Saïd Bouziri deviendra un des animateurs du journal Sans Frontières, appelé à se transformer bientôt en outil de la liquidation du MTA, qu'il avait contribué à créer (comme Libération celui de la liquidation de l' "ex-GP"). Il bénéficiera bientôt d'un emploi à l'Assedic, comme cadre, avant de devenir un haut responsable de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH). Il s'y tient, jusqu'ici, à des positions progressistes, sur le voile méditerranéen, contre l'islamophobie, et pour la Palestine...


De grève de la faim en grève de la faim, le mouvement associant désormais étroitement la revendication de la carte de travail et la lutte pour l'abrogation de la circulaire Fontanet vole désormais de ses propres ailes. Valence (22 cartes de travail arrachées au préfet après une manifestation de 1500 personnes, et des "grèves de la messe de Noël" organisées, en décembre 1972, par les chrétiens révolutionnaires de la ville dans plusieurs églises, à l'initiative de leurs curés, "christo-guévaristes conséquents".


"Lorsque un ouvrier est esclave, tous les ouvriers le sont".


A Toulon, ville qui deviendra, huit ans plus tard, sous "Tonton" Mitterrand, à l'époque où "SOS-Racisme" et Le Pen occupent, chacun dans son rôle, le terrain massivement déserté depuis l'auto-dissolution de la majorité de l' "ex--GP", la tendance est encore à l'anti-racisme populaire, actif, et dynamique, en ce début 1973: quand un ouvrier français entreprend lui-même une grève de la faim de soutien à celles des immigrés. "Je suis un travailleur français actuellement en chômage. J'ai été licencié il y a un mois d'une société sous-traitante des Chantiers navals de La Seyne. En novembre 1972, nous avions fait trois semaines de grève sur des questions d'hygiène, et de salaire......Les ouvriers immigrés ont travaillé à notre place. On voulait mettre en place un piquet. Le syndicat nous a expliqué que si ces immigrés ne travaillaient pas, ils seraient immédiatement expulsés...On a perdu la grève...C'est pourquoi je pense qu'il faut les aider à obtenir les mêmes droits que nous. Il ne faut pas que les patrons puissent se servir des immigrés contre les Français. En réduisant comme ça des milliers d'ouvriers au chômage et à l'esclavage, ils empêchent l'union de ces ouvriers avec les travailleurs français. Mais cette manœuvre est en train d'échouer grâce à la lutte que nous menons pour obtenir la carte de travail".
Dans la même ville de Toulon, cinq ouvriers tunisiens sans carte de travail lancent leur grève de la faim dans une église dont le curé décide d'organiser un vote parmi ses paroissiens.
Le résultat est sans appel: 351 pour l'accueil des immigrés grévistes, 78 contre, 21 abstentions!
Non, la France des années 70 n'est pas raciste.
Pas plus que celle d'aujourd'hui.
N'en déplaise aux pleurnichards de la petite bourgeoisie blanche, qui ne cherchent qu'à se donner bonne conscience à peu de frais, en se disant "différents" du "populo" (supérieurs, éclairés).


Raciste, la classe politico-médiatique l'est, oui! Le peuple, non!
Et pas plus le peuple des paroisses, des soutanes, des rosaires et des crucifix.


Dans la foulée, Claude Nougaro dédie aux grévistes de la faim sa chanson "Bidonvilles" .
Le mouvement gagnera Mulhouse, Toulouse, Saint-Etienne, la région Rhône-Alpes, et toute la région parisienne.
En février 1973, une descente musclée d'une puissante délégation d'ouvriers français et immigrés de l'Union nationale des Comités de Lutte d'Ateliers et du Comité de Défense des Droits et de la Vie des Travailleurs Immigrés, créé, dans un local de la rue Myrha, à la Goutte d'Or (Château Rouge), autour de Saïd Bouziri, viendra secouer l'ambiance feutrée du hall de réception de la direction de Citroën - dont treize salariés, recrutés en Tunisie par l'Office national de l'Immigration (ONI) et la firme elle-même, promesse de carte de travail à la clé, voient leurs contrats expirer, avec menace d'être expulsés...
Des grèves éclatent même dans de petites entreprises, comme la société Duchesne (restauration), à Paris, avec comme revendication centrale la carte de travail, puis, en liaison avec ce problème, l'excès du recours au CDD- début de la politique de "précarisation" de la force de travail...


Le 30 avril 1973, veille d'un premier mai annoncé comme "un Premier mai d'action contre la circulaire Fontanet" par les syndicats CGT-CFDT (qui commencent à bouger) près de 7000 travailleurs immigrés manifestent dans Paris pour la carte de travail, avant que cent d'entre eux n'aillent tenir une A.G. "autonome", avec l'aide des maos, rue Saint-Maur.


En juillet 1973, une circulaire du nouveau ministre du travail, Georges Gorse, un gaulliste social, élu de la circonscription de Boulogne, aux portes de Renault-Billancourt vient enfin remplacer le texte de Fontanet, réglant l'essentiel de ces problèmes.
Entre temps, l'offensive du "parti de la dignité" des immigrés se sera étendue, tout naturellement, à la riposte aux assasinats racistes, avec l'extension du mouvement de grève du MTA de Marseille (voir page) à des mouvements comparables, réellement significatifs, en région parisienne, puis dans le nord.


L'assassinat raciste de Djillali lance la reconquête de Barbès...


C'est la "bataille de Barbès", menée par les immigrés arabes du quartier, avec le soutien des maos, et de l'Eglise, à la suite du premier assassinat raciste jamais commis dans ce bastion historique du FLN depuis la guerre d'Algérie: celui du jeune Djillali.
Les O.S. arabes du cinquième étage de l'Île Seguin, à Billancourt, dont beaucoup ont rejoint le MTA naissant, viendront eux-mêmes, accompagnées de leurs "copains" français de l' "ex-GP", d' "inspecteurs" spécialisés de la "base rouge" d'Issy, et d'O.S. marocains du "village arabe" de Gennevilliers, autour de Chausson, "décoquiller" avec précision, à la lame fine, le mollusque raciste, venimeux, incrusté dans le Barbès arabe. Un petit réseau raciste clandestin, bien cloisonné, s'étend d'un couple de concierges d'immeubles à la boulangerie du coin, qui sera boycottée à mort avec l'aide des "chebab" du quartier, sous le regard approbateur des "matrones" en foulard.
Les racistes organisés ont le soutien discret d'un patron d'Hôtel, manipulé par un élu pied-noir d'origine corse, affilié au parti pompido-marcellinesque de la "droite modérée".
L'enquête sera tellement soigneuse - montrant tout le potentiel d'un travail de renseignement fait dans l'esprit mao, et dans la tradition de "Wu hao" - qu'il ne sera même pas nécessaire d'en finir par un "déchoukage" à la batte de base-ball, à la barre de fer, au "cock", au plastic, au pistolet, voire à la "kalach".
Se sachant démasqués, dénoncés nominalement par affiches, les membres du réseau raciste quitteront eux-mêmes, les uns après les autres, et sur la pointe des pieds, un quartier redevenu lieu de vie, d'harmonie et de tranquillité - ou en tout cas "normalisé".


D'autres affaires suivront, spectaculaires. Comme celle de Mohammed Diab - un ouvrier soigné pour une malade des nerfs, père de famille tranquille, abattu à l'intérieur d'un commissariat, mais devant témoins, par un brigadier de police "allumé", qui n'aimait pas sa façon de chantonner en arabe, et le traita de "sale race", avant de le faire taire...d'une rafle de son pistolet-mitrailleur réglementaire, sorti pour l'occasion du ratelier.
L'importante mobilisation créée en sa faveur, partie, là encore, des militants ouvriers arabes de la mouvance mao, mais étendue à une large frange d'intellectuels et d'artistes du cinéma ou de la chanson, dont certains très connus, allait déboucher sur une grande manifestation sauvagement "ratonnée".
On peut reprocher aux nouveaux cadres ouvriers, français ou immigrés, des milices ouvrières de Billancourt, Citroën ou Chausson, associés à la frange prolétarienne du "mouvement de la jeunesse", de n'avoir pas pris les mesures adéquates pour assurer la protection de ce cortège.
Ils n'ont, en effet, pas encore complètement compris ce qui se passe du côté de Benny Lévy et consorts qui, renonçant, avant de l'annoncer ouvertement, à toutes leurs responsabilités de dirigeants, se contentent maintenant de "laisser faire", et de coller aux mouvements en cours par la seule arme du papier - les articles de La Cause du Peuple-J'Accuse, où "l'autodéfense des manifestations populaires" est prônée, dans de belles phrases, sans que plus aucune mesure pratique ne soit impulsée, et prise dans ce sens - et cela depuis l'affreuse débandade de Geismar et consorts, ce triste 25 février 1972, jour de mort, au métro Charonne...


Septembre Noir. La vérité sur l'attentat des J.O. de Munich, et ses suites


Chez les maos, la rupture entre direction et base - et base arabe, en particulier -s' étend à ceux des militants français d'origine métropolitaine (notamment mais pas uniquement ouvriers) qui n'ont pas déserté le terrain de l'antiracisme actif et effectif, donc de la Palestine.
Elle va s'élargir encre, devenant plaie béante, après l'opération palestinienne aux J.O. de Munich, signée Septembre Noir".


Cette fois, c'est la crise ouverte.

On en trouve même un reflet - feutré - dans les colonnes de La Cause du Peuple.


Le Comité exécutif de l' "ex-GP" est globalement consterné. L'action de la Résistance palestinienne rappelle à Benny Lévy ses mauvais souvenirs, dans la foule, "basanée", de la porte Zola, à Renault.


Remontant plus profond encore dans le subconscient tortueux de cet athée maoiste impérieux, la violence méprisante au bord des lèvres, et la "haine de classe" à fleur de plume (qui finira bientôt rabbin rétrograde en chapeau noir, justifiant la ségrégation des femmes, aussi, au nom de la Torah, son nouveau Capital), "Munich" sert désormais de prétexte aux repentis.
Ils commencent à abattre leurs cartes, pour prendre la pose, vertueuse, des partisans de la Morale, avec un très majestueux M, qui font barrage, démocratique, contre les dangers de la Violence, avec un immense V, sous la forme, désormais, d'un "terrorisme aveugle", qui plus est, "arabe", sur le sol même de l'Europe - où, en France , et dans la mouvance mao, plus particulièrement - un prolétariat immigré, souvent maghrébin, vibre pour Arafat et les fidayin du Fatah, et approuve, massivement, "la lutte armée palestinienne" dans son ensemble, dans son principe - y compris et surtout "Septembre Noir".


Mais Benny, qui se sent toujours assis sur un volcan, a la prudence de ne pas prendre position trop ouvertement.
Il avance, mais il avance masqué,
se dissimulant derrière un texte alambiqué de la Nouvelle Résistance Populaire, publié dans La Cause du Peuple. Texte qui, comme la plupart des autres, reflète l'opinion personnelle d'Olivier Rolin, et rien d'autre. Un Rolin qui deviendra, après 30 bonnes années de réflexion, et de pénitence, accompagnées de tentatives de percée, infructueuses, dans l'édition, défenseur déterminé de l'Etat d'Israël...


Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit depuis, le texte - il suffit de le relire - se garde bien d'exprimer quelque "condamnation" que ce soit de l'opération de Munich, qu'il ne dénonce pas directement comme "terroriste".
S'y flattant, immodestement, de l' "expérience" d'une "branche armée" qui n'a jamais tiré un seul coup de feu, jamais tué personne, et n'a eu aucun blessé, ni aucun mort, Rolin - qui ne signe évidemment pas de son nom- approuve du bout des lèvres le principe d'opérations armées de la Résistance palestinienne même hors du territoire historique de la Palestine, ou de ses abords jordaniens - après les effroyables massacres des camps de la banlieue d'Amman, ou de la forêt de Jerash.
Mais pour la direction mao, sous le masque "glorieux" de la NRP, et par la plume de Rolin, les Palestiniens ont eu tort de s'en prendre à de simples civils israéliens, fussent-ils des athlètes représentant officiellement leur pays à de prestigieuses Olympiades dont les Palestiniens sont évidemment exclus, tandis que leurs tortionnaires israéliens y paradent sous le drapeau blanc à Etoile de David bleue, inventé par les sionistes...


Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots.


Des ouvriers arabes politisés, cultivés, intelligents, comme Sadok Ben Mabrouk, qui, de son propre aveu (entretien avec l'auteur, juin 2007) a "rejoint les maos sur l'ensemble de leur travail d'usine, les O.S etc., mais avant tout pour la Palestine", ou Mokhtar, de Chausson, dont la démarche est la même, et sans doute aussi Houcine, n'ont pas du tout besoin d'attendre la "ligne" d'en haut pour connaître le véritable contexte, les tenants, les aboutissants, et la signification réelle de l'opération de Munich.


Cette initiative, certes, audacieuse, n'a pas seulement pour objectif de protester contre une festive concélébration de la "communauté internationale" par elle-même -dont les Palestiniens se sentiraient, à juste titre, exclus.


Il ne s'agit pas non plus d'une simple riposte aux massacres de Jordanie, dont un des principaux responsables, le premier ministre Wasfi Tall, est châtié sans complications inutiles par un autre commando du même "Septembre Noir", au Caire, au même moment.


Avec le recul du temps, et le regard de l'Histoire, on sait à peu près tout, aujourd'hui, sur le sens véritable de cette "opération spéciale" décidée, avec l'accord d'Abu Ammar ("Le Vieux"), d'Abu Iyad... et du "très modéré" Abu Mazen (Mahmoud Abbas, l'actuel président de l'Autorité palestinienne, successeur démocratiquement élu d'Arafat), et réalisée, sous la mystérieuse étiquette de "Septembre Noir", par une nouvelle branche, ultra-secrète, des services de renseignement extérieurs du Fatah, en septembre 1972 aux Jeux Olympiques de Munich...


Comme les milieux professionnels du renseignement l'ont établi, depuis, parmi les purs "athlètes israéliens", tous de formation militaire "spéciale", capturés par les jeunes résistants palestiniens de "Septembre Noir" non pour être abattus, mais pour être échangés contre certains au moins des dizaines de milliers de prisonniers politiques palestiniens, hommes, femmes et enfants, traités de façon indigne et torturés, figurent au moins trois personnages inscrits par les "services" du Fatah, maintenant très performants, sur une liste noire d' agents du Shin Beth ou du Mossad formés aux terribles techniques d' "interrogatoire renforcé" de ce qu'il faut bien nommer: la Gestapo israélienne.


L'opération de Munich, qui les visait tout particulièrement, au sein du groupe d'otages, n'était en fait que le coup d'envoi d'une campagne prolongée d'une nouvelle "armée de l'ombre" palestinienne, épaulée par des réseaux anti-impérialistes de divers pays d'Europe, dont la France.


Au début des années 70, Arafat a constaté que les tueurs professionnels ("kidon") des services de renseignement israéliens assassinent systématiquement, d'un pays à l'autre d'une Europe entièrement complice, où ils se sentent "chez eux", non les Palestiniens des petits groupes extrémistes du "front du refus", genre FPLP, FDLP, voire Abu Nidal, mais les supposés "modérés" du Fatah engagés dans les premières approches de la "diplomatie secrète" appelée à déboucher sur les accords d'Oslo.


C'est la stratégie de libération de la Palestine en "deux étapes", passant par "deux Etats", que redoutent le plus les "cerveaux" du Mossad.
Parce qu'ils ont compris, eux, mieux que les gauchistes français, la petite-bourgeoisie arabe d'ultra-gauche, ou aujourd'hui la frange "ultra" du Hamas, le redoutable potentiel de cette orientation de long terme.


Une fois l'Etat Palestinien créé au côté d'Israël, pacifiquement stabilisé, et démocratiquement organisé, le principe de discrimination raciale, sur lequel est fondé l' "Etat des Juifs", conforme à la pensée de Herzl, subira d'irrésistibles tensions politiques.


Ce sont elles qui, succédant à la première phase, militaire, de lutte armée de libération, puis aux deux premières intifada, de logique, elles, "politico-militaire", amèneront à récipiscence l'entité raciste et coloniale de Tel Aviv.


Israël devra alors choisir:


- soit se transformer de lui-même en un Etat démocratique, républicain, fondé sur le principe "un homme une voix", favorable, à long terme à l'actuelle minorité arabe, "palestinienne de souche", appelée, démographiquement, à devenir majorité.
Hypothèse, il est vrai, de moins en moins probable...


- soit voir ces mêmes Arabes de l'ancienne Palestine, devenus, sur le papier, "citoyens d'Israël", mais toujours discriminés, de fait, dans un Etat qui ne reconnaît qu'une "nationalité juive" - et même pas de "nationalité israélienne" - subir l'irrésistible attraction d'un Etat de Palestine, voisin, libre, pacifique et lui, démocratique (et non ethnique...).


Ne resterait de l' "Etat des juifs", conçu (selon les mots sinistres de l'autrichien Théodor Herzl) pour une "race juive", qu'une sorte de nation-croupion, ethniquement pure, certes, (si la communauté internationale, la vraie, tolère encore longtemps pareille fantaisie), mais réduite à une sorte d'enclave urbaine, genre Hong-Kong des XIX et XX ème siècle, ou Singapour, à la perspective aussi éphémère, à l'échelle de l'Histoire longue, que l'empreinte de pas sur le sable au bord des vagues, à l'approche de la marée montante...


Quoi qu'il en soit, Israël tue.
Le paisible Mahmoud Hamchari, après tant d'autres, meurt, abattu en plein Paris.
Et la direction de la Résistance palestinienne, la vraie, en vient à se demander si elle n'est pas devenue elle-même victime du mythe de l'omnipotence et de l'invincibilité du Mossad.


Se poser la question, c'est commencer à y répondre.


Fatah se met alors à retourner des "agents doubles", fils de notables palestiniens devenus étudiants en Europe, et recrutés par Israël, puis envoyés à Beyrouth ou à Tunis pour des missions d'infiltration, guidant la main des tueurs. On les gronde, certes, un peu, mais on ne les châtie pas. Ou pas tout de suite. "Condamnation à mort, avec sursis": on leur propose de devenir des "agents triples", en saisissant la dernière chance qui leur est offerte d'éviter un sort funeste, et peut-être aussi très douloureux, pour eux comme pour leurs proches - ou de mourir en héros, "pour la patrie".
Ce qu'ils ont à faire est très simple. Ne rien changer à leurs habitudes.
Qu'ils continuent à rencontrer régulièrement leur officier-traitant israélien, à Londres, Bruxelles, Milan, Madrid, ou Paris. Mais avec un bémol: qu'ils donnent à ce qui est en train de devenir "Septembre Noir", toutes indications utiles, au préalable, sur les lieux et dates de ces rencontres...
Munich devient ainsi la première "belle bleue", ou rouge, comme on voudra, d'un long feu d'artifice décrit en détail dans ses Mémoires par le principal organisateur - impuni, contrairement, là aussi, à la légende - de l'opération des J.O. de Munich et de la suite.


Les Mémoires de feu du grand Abu Daoud


Dans un livre grandiose, que tout véritable ami de la Palestine devrait chérir, au cœur de sa bibliothèque, "De Jérusalem à Munich" ( publié chez Anne Carrière en 1999, avec la collaboration du grand journaliste français Gilles du Jonchay, fin connaisseur du Moyen-Orient comme auparavant du Vietnam), Mohammed Oddeh, plus connu sous son nom de guerre d'Abu Daoud ("le père de David"), l'homme qui, après avoir conçu, pratiquement, l'opération des J.O. de Munich, fait la courte-échelle aux jeunes du commando, pour qu'ils franchissent les grillages alors médiocres du village olympique, puis va rembourser à Abu Mazen, à Damas, les 500 dollars et 37 marks restant d'un budget prévu de façon large, clot, si elles ne sont pas mortes, depuis longtemps, de leur belle mort, les polémiques alambiquées qui déchirèrent le trognon du trognon de ce qui avait été l'Etat-Major d'une force maoiste en France, à propos des "risques de dérapage" du "terrorisme palestinien'", arabe, etc, et de Munich...


Dans une acceptable synthèse disponible sur le blog maoiste Imbongi (http://www.20six.fr/Imbongi/ ), ce descendant d'une ancienne tribu de caravaniers yéménites venus se sédentariser, il y a un millénaire, aux portes de Jérusalem, près d'un point d'eau appelé "la source de Myriam", parce que Marie (Myriam, en arabe comme en hébreu), épouse du charpentier Joseph de Nazareth, et mère du Christ, était venu, dit-on, y tremper un beau jour ses lèvres virginales, on apprend tout, et le reste, sur cette histoire épique...
"La riposte des Israéliens ne tarda pas. Quarante-huit heures après (la prise d'otage de Muncich), leur aviation bombardait unne dizaine de bases et de camps de réfugiés palestiniens en Syrie et au Liban. Les raids, effectués en fin d'après-midi, un vendredi, jour de repos, firent plus de 200 morts, en grande majorité des civils (...) A peine les dirigeants israéliens avaient-ils lancé leurs premières représailles, le 8 septembre, que notre groupe frappait de nouveau (...) Depuis des mois, nous avions dans notre collimateur un certain Zadok Ophir, (...) en poste à l'ambassade d'Israël à Bruxelles (...) Sachant que, depuis la grande brouille de 1967 avec la France du général De Gaulle, Bruxelles avait remplacé Paris comme plaque tournante des services secrets israéliens en Europe, Abu Iyad avait envoyé R. traîner dans la capitale belge avec pour mission de s'y faire recruter par le Mossad. Le plan avait fonctionné à merveille. Restait à liquider Ophir, qui, mordant à l'hameçon, s'était débusqué.
R. s'en chargea lui-même (...) A peine les deux hommes s'étaient-ils attablés à l'intérieur de l'établissement que R. soudain se leva, sortit son pistiolet, tira plusieurs balles sur l'Israélien, puis, profitant de la panique créée par les coups de feu, partit se fondre dans la foule au-dehors.
J'étais à ce moment-là à Damas où je remettais à Abu Mazen l'argent qui me restait de l'opération de Munich - exactement 500 dollars et 37 marks. Nous pavoisâmes tous à la nouvelle venant de Bruxelles
(...)
"Bien que gravement touché, Zadok Ophir survécut. Il n'empêche qu'en Israël, c'était la douche froide.
Cet attentat contre un agent du Mossad ébranlait sérieusement la légende de l'infaillibilité des services spéciaux israéliens. (...)
Après notre action à Munich, elle prouvait que les Palestiniens, désormais, savaient se rendre pratiquement indétectables, entretenir des réseaux, organiser des opérations ponctuelles.(Comme pour enfoncer le clou, d'ailleurs,(...) le 19 septembre, un conseiller économique auprès de l'ambassade d'Israël à Londres était tué à son bureau (...) Je n'étais pas spécialement proche de ceux qui firent le coup: c'était des camarades du Fatah, liés à Abu Jihad (...) Nous avions trouvé un terrain de bataille où, pour une fois, nous reprenions l'initiative aux Israéliens..."


Comme le précise Imbongi, qui cite ces mêmes extraits des Mémoires d'Abu Daoud, vrai fondateur du premier Septembre Noir, cette signature recouvre en réalité trois réseaux différents, tous émanant des services spéciaux du Fatah d'Arafat:


- Septembre Noir Abu Daoud (sous la direction d'Abu Iyad),
le groupe responsable de Munich 72, avant une série de liquidation de criminels du Mossad, en Europe


- Septembre Noir-Abu Jihad, rattaché au "ministre de la défense" d''Arafat, principal coordinateur de la première intifada, responsable d'autres opérations d'élimination de "barbouzes" de Tel Aviv en Europe, dont celle de Londres et assassiné à Tunis pour ces deux raisons conjuguées(Septembre Noir 2, l'intifada...).


- Enfin, un troisième Septembre Noir, auteur d'opérations spéciales sophistiquées, de très haut niveau, à l'échelle internationale, était sous la responsabilité directe de Ghassan Salameh, le "prince rouge", proche conseiller d'Arafat, chargé par celui-ci des relations avec la CIA notamment pour aiguiser les contradictions entre les Américains et Israël. C'est pour cette raison, et non par vengeance pour Munich (opération à laquelle il était entièrement étranger) que "Le Prince Rouge" fut assassiné lui-même, à Beyrouth, par les tueurs du Mossad.


Selon des sources sérieuses, ce sont des réseaux logistiques de soutien à Septembre Noir Deux, le sien, qu'Abu Jihad entreprit de négocier, sous le feu d'une intense canonnade, au sommet d'une colline boisée du Liban, avec "Momo" Brover, venu le rencontrer au nom de la majorité - anti-liquidatrice - de la Nouvelle Résistance Populaire (NRP).


Le dirigeant militaire de la résistance palestinienne, lui-même formé dans des camps d'entraînement de l'Armée Populaire de Chine, après avoir été le représentant des étudiants du Fatah dans l'Alger de l'immédiate après indépendance, où il avait connu Jacques Vergès et Gilles Munier, avait d'abord proposé au fils, juif antisioniste, du compagnon de Manouchian, une aide du Fatah à la reconstruction d'une sorte de "Gauche prolétarienne" en France, mouvement que les "pro-chinois" du Fatah (tendance "modérée", "Septembre Noir"...), liés aussi dès l'origine, et dans la même philosophie politique, au noyau fondateur du Hezbollah libanais, tenaient en haute estime.


Momo, combattant exemplaire mais garçon resté modeste, jamais "bluffeur", pensait, à l'époque, que nous n'en avions pas les moyens politiques.
Il déclina l'offre, acceptant simplement quelques soutiens sous forme d'abonnements au bulletin du C.R.I.S.E., "Données pour un Moment" - une publication de qualité.


Assez "chinois" toutefois pour savoir qu'on ne dit jamais tout à fait "non", même si on ne peut pas dire oui, il fit tout de même une contre-proposition.

La majorité des militants de la NRP avaient refusé de "liquider." Ils étaient restés à ses côtés, avec tous leurs petits outils, sans en égarer un seul, notre style était soigneux. Il signala leur existence, puis les mit en contact avec les services de renseignement militaires du FATAH.


Et ce sont eux (et sans doute lui, personnellement, mais il ne veut rien en dire), qui, aidés de militants arabes du MTA, assurèrent la protection armée des premières réunions de pré-négociation clandestine rassemblant progressistes israéliens, pacifistes, et négociateurs du Fatah, soucieux de ne pas finir comme le malheureux Mohammed Hamchari, un Fatahoui de Paris très proche des maos...


Pour mieux assurer ces tâches de sécurité, accompagnées, inévitablement, de mesures plus offensives de "protection active", visant à ramener au calme quelques Israéliens de Paris et leurs supplétifs arabes, quelques petits lots d'armes de guerre modernes, kalach, roquettes, et Colt 11,43 (chers et rares en Europe) transitèrent ainsi quelques temps par la France, par des filières que la DGSE française a tendance à lier à l' "affaire Baudet" (lire page ).


C'est dans ce cadre que de premières AK 47 palestiniennes, des "kalach" venues de Beyrouth par Chypre, transitant sur des bateaux à voile, accompagnées de Colts calibre 11,43, de lots de munitions, de grenades militaires, et même, croit-on savoir, de lance-roquette, gagnèrent des ports français.
Il me semble me souvenir d'avoir transporté quelques uns de ces joujoux, dans un grand sac de sport balancé au fond d'un break 305 Peugeot rouge, et de m'être fait une grosse frayeur, au bout de 400 kilomètres, quand, fatigué, je fus sifflé pour excès de vitesse par des motards de la gendarmerie, cachés, qui vinrent à pied jeter un œil professionnel, mais trop blasé, sur l'arrière du véhicule...


Destinées à l'armement de commandos anti-terroristes anti-Mossad, mixtes, composés d'anti-sionistes radicaux, français, servant de soutien logistique et de structures d'appui, dirigés sur le terrain par de jeunes cadres venus de Palestine ou du Liban pour de simple aller retour ("Je vais, je tire, et je reviens"), ces armes jouèrent un rôle dans les coups portés, sur le sol européen, aux réseaux de tueurs de Tel Aviv. Une grande compagnie de taxis, couverture habituelle du Mossad dans Paris, souffrit dans la même période d'un pourcentage de décès supérieur aux statistiques de ce métier, certes, dangereux. Des morts par crises cardiaques consécutives à d'excessives ingestion, sous forme de cachets, solides, et de gros calibre. Les prescripteurs de ces mortels médicaments, "je vais je tire et...", vivaient dans de luxueux appartements du XV ème arrondissement, loués sous de faux noms, impénétrables.


Mais, la France étant ce qu'elle est, et les liens d'amitié, ce que nous savons, l'un des AK 47 dériva, fâcheusement, dans les mains de Pierre Goldman et de son petit groupe.
Pierre, lui-même ami sincère de la Palestine, mais un peu confus sur le fond du sujet, et, par ailleurs, brouillon dans tout ce qu'il faisait, en fit un mauvais usage, au cours d'un petit "hold-up de financement", banal . Il y tua un homme d'une rafale, pour rien, sur un "coup de nerfs" - un automobiliste de passage, qui, ayant du mal à se garer, faisait des aller-retour très lents, et lui paraissait "louche" - et qui, peut-être, l'était...
Un tandem bien connu de policiers "barbouzards", un pied dans la PJ, et l'autre dans les "services", remonta la piste des balles de 7,62, puis des "kalach", et cet autre Pierre, jugé jusque là plus pied-nickelé, manipulable à souhait, que réellement dangereux, fut abattu sur ordre par une équipe de truands liés à la DGSE, anciens des funestes "commandos Georges"...


Nous l'avons pleuré.
C'était un fou, incontrôlable, mais un brave garçon, homme de conviction doublé d'un homme d'honneur, à l'âme superbe, et qui partageait notre goût pour ces lignes de Maïakovski: "Nous marchons, poursuivis de balles aboyantes. Un jour, nous deviendrons noms de rues, poèmes, et autres grands navires"...


Les répercussions du coup d'éclat de "Septembre Noir -Abu Daoud", à Munich, donc, à l'automne 1972, marquent une nouvelle étape dans le processus de dissolution d'en haut du mouvement des maos - au prétexte de l'épique "lutte contre les dérives terroristes" de quelques "anciens combattants" désabusés, démoralisés et fatigués avant d'avoir esquissé les premiers gestes du combat véritable...


Mais cette deuxième offensive idéologique, succédant après les leçons de "pacifisme" douloureusement infligées par le duo Benny-Geismat aux malheureux manifestants anti-racistes, désarmés, du 25 février 1972, à Charonne, ne sera pas encore pas suffisante.


D'autant qu'une nouvelle bourde du C.E. vient encore aiguiser les contradictions qui le minent - en les exposant en pleine lumière.


C'est l'affaire Touvier.
Avec sa face connue de tous, la fameuse manchette de La Cause du Peuple "La guillotine, oui, mais pour Touvier!"... Un titre démago, très "France Soir Rouge", gravé dans les mêmes lettres de sang du même discours - discours...- de la "Terreur" que le pathos ronflant mêlant les mots de Bruay en Artois (qu'il a fallu rebaptiser, depuis...), Brigitte mutilée à mort, "800 grammes de viande rouge", terrain vague, corons, Jean-Pierre, notaire, Joseph Tournel, Serge July, et "bidonnage"...
C'est la même symphonie fantastique, avec les mêmes vibrations, sur le registre, d'abord, du Redoutable, suivi par la diarrhée minable, mode tragico-comique, d'une pièce de Racine montée comme une pantalonnade bouffonne genre comédie italienne - avec, en guise de bouquet final, un son gras de flatulence...Ô Serge!..


Mais le dossier Touvier conserve une part d'ombre, avec la mission, confiée à l'inénarrable Rolin, "Le Maréchal", d'envoyer "au charbon" les braves "soldats" de la NRP pour le retrouver, où qu'il soit, et l'abattre.

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LIBERATION:

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DE BILAN ?

(13 septembre 2006. 12 H27)

Mort d'un journal? Disparition d'un titre, qui a fait date dans l'histoire de la presse? Fin d'une époque? Mainmise définitive, devenue totalitaire, de "Sarkozy l'Américain", et des puissants réseaux d'hommes d'affaires, et d'influence - nationaux et internationaux...- qui le soutiennent, sur la totalité des "grands media de l'écrit comme de l'audiovisuel?

C'est un peu tout cela.

Si les rumeurs de "dépôt de bilan imminent", qui hantent les couloirs de "Libé" depuis hier, sont officiellement confirmés dans les heures qui viennent.

Mais tout n'est pas si simple, ni si noir.

D'abord parce que le dépôt de bilan", même s'il est actuellement "à l'étude" n'est qu'une des solutions techniques, parmi d'autres, pour un titre en état d'urgence, qui continue à perdre de l'argent et des lecteurs - et se situe incontestablement "dans le rouge"...

Quelle que soit sa forme exacte, l'événement qui se profile et se prépare, annonce, incontestablement, des moments difficiles, allant, peut-être, jusqu'à des licenciements massifs, pour une équipe de plusieurs centaines de personnes - journalistes, mais aussi employés, commerciaux, techniciens...

Le dépôt de bilan, et dans la suite, éventuellement, mais pas inéluctablement, la mort de Libération, ne tombe pas du ciel.

Sans remonter à 1981, date des premières régressions, de la première normalisation, des premières failles, cachées sous le discours triomphaliste de la "modernisation", les racines de la crise actuelle remontent au référendum contre la dissolution de la France par son intégration dans un "super-Etat" européen, "social-libéral".

Serge July ne s'était pas contenté alors, selon son habitude, de mettre ce qu'il considérait, impudemment, comme "son" journal au service de l'extravagante campagne de matraquage mediatique en faveur du "OUI".

Dans un éditorial d'une rare vulgarité, au lendemain du choix populaire démocratiquement, massivement et insolemment porté sur le NON, il avait insulté avec brutalité, non seulement ses propres lecteurs, mais une large partie de son équipe - les électeurs du NON, coupables, bien entendu, de "xénophobie" et de "racisme"...

Pour l'ancien communiste "rénovateur" "italien" de l'UEC, devenu "Mao", anti-sioniste, pro-Palestinien et partisan de la lutte armée anticapitaliste, avant un spectaculaire "repentir" politique, grassement rémunéré par un "système" jamais avare de son argent quand il s'agit de s'assurer le concours servile de "renégats" , c'était franchir une ligne.

Après que Libération se fut lui-même coupé de la société réelle, celui qui était alors, encore, son P-dg avouait grossièrement son propre mépris pour un peuple d'électeurs qui lui avait dit "merde", comme il avait dit, par ce NON de rébellion superbe, "merde" à toute la prétendue "élite" au pouvoir.

Quelques mois plus tard, les insultés de "Libé"se vengeaient de la plus jolie façon. La chute accélérée des ventes ayant sanctionné la dernière pantalonnade du "gros Serge", celui-ci tentait d'en punir "l'équipe" - dont la seule faute avait été, jusque là, en réalité, de ne pas s'opposer à lui avec assez de force... Il tentait alors de faire passer en force un plan de licenciements massifs, particulièrement arbitraires.Sous l'impulsion de la CGT, rassemblant derrière elle un vaste front uni syndical (SNJ, SUD), une grève de 4 jours (ce qui, pour un journal quotidien, est fort) démontrait à Edouard de Rothschild, devenu le principal actionnaire du journal, et son propriétaire de fait, qu'il avait misé sur le mauvais cheval. July n'était plus à ses yeux qu'un bourrin, un canasson à viande de second choix mûr, donc, pour l'abattoir. Cavalier, ou supposé tel, "le beau Serge", devenu "le gros Serge", n'était même plus capable de contrôler les ruades de sa monture. Il devait, très logiquement, finir par se retrouver "sur le cul". C'est ce qui finit, par arriver. Après une AG de haute portée symbolique, où July, devenu Louis XVI devant le panier de son, voyait y rouler sa popre tête: sur une ènième interpellation d'une technicienne de production - déléguée syndicale - ("tu réponds toujours à côté de nos questions... Si c'est comme ça, à quoi ça sert de perdre notre temps de parler avec toi"), celle-ci lui tournait le dos, et se dirigeait, sans sourciller, vers la sortie... Suivie, en bloc, par tous les journalistes, et toute l'AG... Laissant le mediacrate castré seul, morose, dans la grande salle de réunion devenue le théâtre de sa mise à mort (politique).

C'est l' "équipe de Libération", et c'est la grève, qui ont tué Serge July -le poussant vers la porte. Quelques mois plus tard, après un court délai de décence, et lassé, disait-il, qu' "on" lui mente sur tout, et d'abord, sur les chiffres, Rothschild "remerciait " comme un valet son P-dg déchu de toute emprise sur le journal, .

Libération va-t-il aujourd'hui, à son tour, être condamné à mort, après l'esquisse d'une révolution ponctuée, "à la Française", par un courageux régicide?

On peut le craindre: mais ce n'est pas écrit! Le "dépôt de bilan" n'est pas "la fin de l'histoire". Il peut résonner, bien au-delà de la rue Bérenger, comme un tocsin.

A l'approche d'une échéance présidentielle dont les enjeux, avant tout internationaux, et touchant à la question fondamentale de la Guerre ou de la Paix - guerre internationale, au côté de Bush, et d'Israël, ou guerre civile ethnique, avec le "nettoyage au kärcher" de la "racaille"...- dépassent largement ceux du sempiternel ballet "droite-gauche", aux duettistes usés, la société française, la société réelle, riche d'un potentiel de rébellion, et de rébellion créative, n'acceptera pas si facilement de se voir presque complètement privée de tout ce qui peut ressembler, de près ou de loin, à une presse libre.

Autour de qui reste de Libération - des souvenirs d'une rébellion lointaine, et d'un style resté, lui, un temps, poétique, insolent, voire subversif; un logo, une "marque", une équipe - autour, aussi, de "points d'appui" comme Marianne ou même l'Huma, et avec le soutien des forces syndicales présentes et bien présentes dans l'univers de la communication, de l'édition, de l'impression, autour, enfin, des forces socials et politiques émergentes, des banlieues jusqu'à l'intérieur de la plus "vieille gauche", capable d'un sursaut, une bataille est encore possible.

Un large secteur de la société est disponible pour engager ce nouveau combat, en faveur de la diversité et de la liberté de la presse. En sauvant ce qui peut encore l'être; et surtout en édifiant, autour de ce qui existe, des projets neufs, et des instruments d'information, de communication, radicalement rénovés, enfin bien adaptés.

 

Que ces forces se lèvent, qu'elles se regroupent, qu'elles prennent l'initiative avec audace, contre ceux qui rêvent de réduire la France vivante au silence!

Que l'équipe de Libération - ou au moins, au sein de l'équipe, un noyau uni et déterminé -prenne la parole, et la garde! Et en avant pour un nouveau "soulèvement de la vie" - et pour de nouvelles aventures!...

13 septembre 2006. 12 H27.

ShaoShan

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ShaoShan@wanadoo.fr

(A suivre...)

Et pour en savoir plus sur Libération, sa crise et son combat pour la survie, lire ici Et également ici.

Compléments d'infos et d'analyses sur le même sujet, sur le blog IMBONGI par clic ici

Et également ici:

REBELLES

(suite)

- IV -
Liquidation

(suite)


- 3 -
- De la traque du kollabo Touvier à la Toussaint mortelle de 1973 ...

Les maos ont eu leurs renégats, immondes.


Ils ne sont pas les seuls.


Puisque c'est une clique politicarde se réclamant - salauds! - du gaullisme qui fait sortir la pieuvre de ses monastères ou des caves du Vatican, ombreuses, fraîches, et bien achalandées en victuailles, en bonnes bouteilles, dans la noirceur desquelles l'hôte de passage peut se voir offrir tous les plaisirs du monde...
Et cela, deux ans après mai 68, et sa Grande Peur, source de concubinages gluants.


Car voici qu'avec la "réhabilitation complète" du sinistre Paul Touvier bondit sur le devant de la scène, sous les néons sataniques des media, le Torquemada sans foi et sans patrie de la collaboration lyonnaise, maître des secrets de la ville, arrachés sous les pires des tortures, comme de ceux des maquis de la Haute Saône et du glorieux Vercors.
Ce Mengele renifleur de soutanes jaillit des coulisses comme Guignol, sur un claquement de doigts de l'indécrottable Pompidou, littéraire décati mutant en scénariste d'un feuilleton hollywoodien dont n'auraient même pas voulu ses maîtres d'Amérique - même si cette série B porno-nazie a plus de gueule, tout de même, que les coucheries-pas coucheries de l'affaire Markovic, épisode deux du film, à venir...


La révélation publique de la faveur faite au vieux tortionnaire par le successeur du général dans un secret de catacombe, le 23 novembre 1971,attend 1972.


Tous les témoins ne sont pas morts.
S'ils le sont, ils ont des fils. S'ils le sont, des petit-fils...
Et un journal au moins, nommé La Cause du Peuple-J'Accuse, soutenu par le libérateur de la Cathédrale de Chartres, Maurice Clavel, qui leur ouvre ses colonnes, le 26 juin 1972 - numéro 25.
Quelques dizaines de milliers de lecteurs vont se jeter dessus dans la fièvre. Et parmi eux les hommes, et les femmes, du "cabinet noir" d'un Président déjà malade, en route sur la via dolorosa où le Bon Dieu du Vatican, et du pèlerinage de Chartres, l'appelle pour le punir.


Front National: le seul, le vrai...


Dans une "déclaration" rafalée spécialement pour le seul vrai journal restant alors debout dans la lignée des pantins pantelants disparus à jamais, dans les plus effroyables des sévices, au plus profond des caves de la milice lyonnaise, sous la main de fer des hommes de Paul Touvier, une de plus hautes figures de la Résistance, Maurice Halbwachs, militant du Front National clandestin des années 40, le seul, le vrai, dirigé par le communiste Pierre Villon, met les points sur les i.


Croix de Guerre, médaillé de la Résistance, déporté à Buchenwald, revenu d'au-delà des barbelés de ce camp de la mort pour poursuivre sans relâche les combats de son siècle, cet homme de bien, engagé à fond, au même moment, dans l' action en défense de Mohammed Diab, un Algérien père de famille, et grand malade, abattu d' une rafale de mitraillette, à l'intérieur d'un commissariat de police, par un brigadier fasciste, au cri de "sale race, je te tue!", parce qu'il avait eu le malheur de chantonner en langue arabe, signe une lettre ouverte méritant pleinement son titre, "J'Accuse", référence explicite à l'appel de Zola (Emile) en faveur de Dreyfus (Alfred).


Halbwachs porte encore, sur son corps, les traces des sauvages "ratonnades" déclenchées, cette année-là, contre les participants à une manif pour Diab, sur les grands boulevards de Paris, défilé pacifique associant une foule de travailleurs immigrés, beaucoup de jeunes français combatifs et solidaires, et une imposante brochette d'intellectuels, dont lui-même.
Il n'a pas été épargné par les "Brigades spéciales", qui portent le nom même des unités spécialisées de la police de Pétain, chasseurs de "partisans", et tortionnaires zélés.
"J'accuse Monsieur Pompidou"...", écrit, donc, Halbwachs dans ce qui constitue le deuxième baptême de..."La Cause du Peuple-J'Accuse".
L'ancien déporté fustige le "maquignon tortueux et cynique" de l'Elysée qu'il se garde bien d'appeler " le Président de la République". Il affirme que Pompidou n'a pu agir qu'"en connaissance de cause"...quand il a commencé à caresser Touvier et ses amis dans le sens du poil. Car l'occupant de la Présidence ne fait, dans la période, que "multiplier les démarches" d'approche en direction de "la face la plus virulente du pétainisme".


Pierre Halbwachs est le petit-fils de Victot Basch, assassiné à l'âge de 82 ans avec sa vieille épouse par les miliciens du tortionnaite Lecussan, exécutant des basses œuvres de Paul Touvier.

- Universitaire anti-nazi, après avoir été une des grandes figures du Front Populaire de 1936, Président de la Ligue des droits de l'Homme, le grand-père de Pierre Halbwachs s'était réfugié à Lyon où il pensait trouver un minimum de sécurité - et pas la bande Touvier...


Le maître tortionnaire avait tenu à assister personnellement à la fête.
Car c'est en "représailles" à l'exécution du collaborateur Philippe Henriot par un des plus valeureux détachements de la Résistance clandestine que les sous-traitants "français" de la Gestapo avaient décidé l'assassinat du vieil intellectuel - collaborant pour l'occasion avec un des services secrets du Vatican.
Touvier, ce "sicaire fasciste" (Halbwachs) ne pouvait échapper à une condamnation à mort à la Libération où l'épuration, malgré ses évidentes limites, a fait passer le balai là où "la poussière ne s'en va pas d'elle-même".


Absent à son procès, en fuite, Touvier s'est complètement évaporé dans le paysage...

Les années ont passé quand "on" présente une demande de grâce en sa faveur, en 1962 - moment où, la guerre d'Algérie terminée, l'extrême-droite soumise au colonialisme allemand avant de devenir l'aile la plus extrémiste du colonialisme français en terre maghrébine croit pouvoir jouer la carte de la réconciliation avec le gaullisme. La démarche est adressée au général de Gaulle lui-même. Vrai chef d'un pays qu'il aime, lui, honorant la mémoire des hommes et des femmes morts pour la France, à qui personne n'a fait grâce, d'Honoré D'Estienne d'Orves à Missak Manouchian, "Moïse" Brover de Bessarabie roumaine ou Victor Basch, du Front Popu, le général repousse l'obscène demande avec le souverain mépris de rigueur.
Mais le temps passe, et la prescription est là.
Dura lex, sed lex. C'est la loi.
Qu'on le retrouve, ou qu'il fasse retour de lui-même, le tortionnaire de Lyon ne risque donc plus rien.
Mais ça ne lui suffit pas.
Comme le souligne alors Simone Dugrand, mère de notre ami Alain (voir page), et sœur d'un typographe lyonnais, militant syndical, dénoncé comme fabricant de faux-papiers pour un réseau de Résistance, mort à Buchenwald après avoir été arrêté par les miliciens de Touvier puis sauvagement torturé, la mesure de réhabilitation suggérée à Pompidou, et signée par lui en catimini, comporte des clauses précises, bien matérielles:


- "restitution intégrale de ses droits" à Paul Touvier.


- "possibilité légale de séjourner en toute liberté" sur les lieux de ses crimes, - et de siroter, donc, un petit vin de Mâcon sous les fenêtres des orphelins, s'il en a laissé derrière lui, de ses innombrables victimes.


- latitude, enfin, "de jouir du fruit de ses pillages".


Dans les colonnes de La Cause du Peuple-J'Accuse, Simone Dugrand propose de prendre la tête d'un Comité de lutte pour l'annulation de la mesure de réhabilitation dont l'utilité civique n'apparaît pas clairement, dans une France bouleversée par une vague d'émotion et de souvenirs encore tout frais, et retournée d'un coup contre le bonnasse et rusé auvergnat, jusque-là populaire.


Pour les maos, qui sortent à grand peine de la deuxième "campagne d'encerclement et d'anéantissement" menée contre eux, dont Pierre Overney a fait les frais, l'affaire est pain béni.


On peut ressortir du placard, où ils commençaient à moisir, les drapeaux de la "Nouvelle Résistance", souillés dans la boue et le sang des trottoirs de Charonne, harceler Pompidou, et lâcher les chevaux d'une contre-offensive s' engouffrant dans la brèche ouverte par les pur-sang du gaullisme historique, qui sonnent l'hallali contre "Monsieur Pompidou".
"Les gaullistes chassent en meute", dit-on - et disent-ils, eux-mêmes... Et voici que derrière Halbwachs et Clavel, suivis par une foule d'autres, ce sont tous les réseaux d'une Résistance historique jamais complètement sortie de la clandestinité qui se mettent en mouvement, unis, d'un seul coup, même pour leur aile la plus droitière, à des maoistes devenus "alliés objectifs", et francs-tireurs de la presse, en tout cas, à l'avant-garde d'un combat commun contre le fossoyeur des idéaux de la Libération, devenu domestique zélé des nouveaux maîtres de Washington.


Grande et belle affaire, et bol d'air, inattendu.
Pour nous tous, mais aussi, et plus encore, pour la clique de Benny Lévy, frappée à mort par le tir de Tramoni, puis ridiculisée, deuxième exécution, par la glauque bouffonnerie de Bruay, et aux abois, comme Touvier maintenant.

Dès le mois de septembre 1972, où le scandale Touvier se déploie, Benny commence à déployer une très vaste "opération retour" vers la "communauté juive", pressante, et inquiète, aussi, sous l'effet de la manipulation du thème du "terrorisme" (arabe), avec l'Opération de Septembre Noir, J.O. de Munich, au même moment. ( lire page).


Hélas, quand on joue faux, on joue faux.


Pour Benny et sa clique, les couacs se répètent.

Les désastres s'enchaînent et se cumulent. "La guillotine, oui, mais pour Touvier!", éclatante Une du numéro 33 (1er décembre 1972), audacieuse réussite journalistique, porteuse en termes de ventes, est une catastrophe idéologique dans la petite bourgeoisie gauchiste à peine revenue sous notre hégémonie sous l'effet des "Marcellinades", de l'œil crevé de Richard Deshayes, en 1971, des prisonniers politiques, et de la mort de Pierre Overney.


A l'exception des gaullistes, comme Clavel, dont la stature, déjà considérable, change encore de dimension avec l'affaire Touvier, les "grands intellectuels" sont eux aussi touchés.
La guillotine fait désordre, tout de même, dans les salons de cuir du Foucault de "Surveiller et Punir", des anarcho-désirants "Beaux Arts" de VLR, et des assistants de fac "mao-libertaires" de Censier ou de Jussieu, devenus "scato-désirants" sous l'influence de leurs nouveaux "Temps Modernes", le Hara Kiri du professeur Choron, remplacé, depuis le "Bal tragique à Colombey", par le régicide Charlie Hebdo...
Dans la "communauté juive", en revanche, et jusque chez les "sionistes de gauche", qui ne nous aimaient guère, et pour cause, Benny marque des points, ravi. Il prépare son avenir...
Mais maintenant, "Maréchal, nous voilà!".


"Le Maréchal" de la N.R.P., dégradé en Averell

- le grand con des Dalton


Tramoni, le tueur de Pierrot vient de bénéficier d'une mesure de faveur, équivalente, dans le registre de l'ignoble, à celle de Touvier...
Toujours poursuivi, certes, tout de même, pour "homicide volontaire", il est remis en liberté, le 12 octobre 1972, huit mois à peine après "va-s-y, tire!", et la balle en plein cœur, à froid.


C'est court.


A cette provocation extravagante, crachat sur le cadavre fraîchement enterré du jeune ouvrier anti-raciste de Billancourt, la direction mao répond...par une "brève" minuscule dans une page de la CDP-J'Accuse!


Pas l'ombre d'une manifestation de protestation, rien!


Et c'est à cet instant précis que Rolin choisit un nouveau destin. Il devient l'Averell du gang Dalton - l'échalas maigre et dégingandé, stupide, qui comprend tout à l'envers, et tire des balles perdues dans ses chaussettes quand il faudrait avoir le sang-froid de "sniper" d' "opérations chirurgicales" à main armée.
Ce fin stratège trouve le moment venu de souligner, bien involontairement, la cruelle contradiction de la "branche armée", de la direction mao toute entière, et du subtil Benny, sur la question de la "peine de mort"...
Utilisant, pour son papier, le sigle d'une N.R.P. décidément reconvertie, depuis Munich, en donneuse de leçons de morale à bas prix, il tance le journal sur son titre-guillotine, qu'il juge maladroit. Mais, pour être pleinement convaincant, dans un balancement de "khâgneux", qu'il croit tactique, il souligne, l'imbécile, que la "branche armée " des maos ne peut pas être, en toute circonstance, "contre la peine de mort, dans son principe"...
C'est évident.
Seulement, voila: la N.R.P., pour commenter la "mise en liberté" de Nogrette, après deux jours de "détention" avait pris soin de préciser qu'il n'était pas question d'une punition mortelle pour les responsables directs ou indirects du meurtre de l'ouvrier de Renault, notre camarade.
Les masses, selon ce docte état-major, n'y sont pas prêtes...Elles crient vengeance, à pleins poumons, par des dizaines de milliers de voix, et en pleine rue, mais "toute action de vengeance est à exclure dans la mise en pratique d'une politique juste"...


Deux mois avant, sous la même étiquette, dans le même journal, par le même scripteur,
c'était la N.R.P. au service de l'autodéfense ouvrière, pour des "opérations chirurgicales", impitoyables, frappant sans hésiter ceux qui s'amuseraient à recommencer le coup du tir "thorax gauche, plein pot", expérimenté sur Christian Riss.


Dans le cas de Christian, pour qui serait tenté de répéter pareil forfait, mort immédiate: pas touche!

Pour Pierrot, débandade...


Mais pour la vieille crapule Touvier, la mort!


Difficile de s'y retrouver.


Surtout pour plusieurs des "soldats " clandestins de "Pinochet" Rolin, qui sont des ouvriers de Renault - et même des ouvrières - amis proches d'Overney, et bien décidés, sans le crier sur tous les toits, à le venger. En actes, et pas seulement en paroles.


Et s'il ne s'agissait, précisément, que de mots...
La "branche armée", dont le "grand chef" (Rolin) a toujours prétendu, depuis - ce qui est faux - ne mener que des opérations de pur symbole avec des armes vides (De Grailly, De Wendel), reçoit cette fois l'ordre de Benny Lévy, relayé par son "maréchal-valet", de se lancer dans une traque de Touvier avec de vraies armes chargées de vraies balles - et un vrai exécuteur désigné, "Momo" Brover, l'homme de la situation, par capacité personnelle, et sous le signe du père (par mesure de sécurité, bien normale il porte sur lui un revolver chargé pour les opérations ordinaires, en principe, effectivement "non létales", et il est le seul - mais cette fois, la feuille de route est claire: identifier de façon sûre le vieux kollabo tortionnaire, et l'abattre.

Tandis que le tueur d'Overney, libéré sans histoires, prépare son procès, tranquille...


Touvier traqué par la N.R.P. Mission: le flinguer!


Depuis un petit moment, déjà, à l'occasion de la "commande" d'enlèvement d'un P-dg, annulée sans explication au tout dernier moment, malgré un long et minutieux travail de préparation, les "soldats" de la N.R.P. commencent à se demander jusqu'à quel point la direction mao, et "Antoine" lui-même (Olivier) se moquent d'eux. - Et si on veut vraiment, "en haut lieu", "régler le problème Touvier", ou les faire mariner, eux, dans le cadre d'une "mission impossibble", qui n'aura pour seul effet que de les occuper, en les empêchant de trop réfléchir à ce qui devrait être entrepris pour cloturer un autre dossier: celui de Tramoni.


Mais l'idée de régler son compte à Touvier leur plaît trop.
Et ils se lancent, bons chiens de chasse sans peur du vieux sanglier, qu'ils traquent, sur la piste du "kollabo" préféré de Pompidou après avoir été protégé, une vie entière par les réseaux les plus obscurs du Vatican.Feuille de route: le retrouver, et le tuer.


La direction mao, prête à tout pour finir en beauté, et célébrer la liquidation du mouvement dans un superbe chant du cygne, avec la gloire en prime, a-t-elle réellement l'intention de faire exécuter la sanglante crapule - dont les réseaux gaullistes, passant, peut-être, par une filière cardinalice, nous ont "balancé" le gîte clandestin, près d'un beau lac de la région Rhône-Alpes...?

Ou se moque-t-elle de son petit monde, en lançant les plus expérimentés de nos "nouveaux partisans" sur une piste-bidon, pour les occuper et leur éviter la tentation de s'occuper d'autre chose - et pourquoi pas du tueur impuni de Billancourt, gambadant en liberté?


Quoi qu'il en soit, la piste existe.
La petite meute la flaire, la suit et la remonte, sans aboyer, et sans le moindre coup de cor, susceptible d'affoler le gibier.


On trouve la "planque" signalée.
Elle correspond à la description faite, point par point.
On met en place une base de surveillance. Et les guetteurs, patiemment à l'affût, des semaines, gérent de façon décontractée, comme il convient, la patiente préparation de cette première "opération homo" de "front uni" "gaullo-maoiste" (élargi, peut-être, des amis de Maurice Clavel aux réseaux d'un autre gaulliste historique, chrétien social, lui aussi, mais un peu plus à droite, Jean-Charles Marchiani, alors en guerre ouverte contre tout le clan Pompidou?).


Se relayant sans discontinuité, scrupuleux dans leurs longues séances d'observations derrière un coin de rideau, fatigantes, où l'œil de chaque homme et de chaque jeune femme doit balayer, sans la plus infime interruption, le secteur-cible, les veilleurs travaillent en équipes alternées, comme à l'usine.
Sur le lac, proche, ceux qui ne sont pas "de service" se régalent de batailles de pédalos, et de baignades, une franche rigolade dont ils parlent encore, 35 ans plus tard.
Mais l'attente se prolonge, et finalement, rien ne vient.


Le "tuyau" était-il crevé?
Un ange protecteur du tortionnaire épiscopal de Lyon avait-il placé sous sa sauvegarde le vieux salaud "balancé" par d'autres anges, eux, exterminateurs?


Averti de la menace, et incité à aller se faire pendre ailleurs, plutôt que de se faire "fumer" comme un vulgaire truand, Touvier a-t-il changé ses plans au tout dernier moment, évitant la maison du lac - et les balles?


Ou les militants du "service action" de la Nouvelle Résistance Populaire s'étaient-ils fait rouler dans la farine par une direction ne cherchant qu'à les occuper, et à leur faire croire que...?


Quelques-uns d'entre eux, en tout cas, commencent à se poser des questions.
Ils se demandent pourquoi on écarte d'un revers de manche l'idée de rendre la monnaie de sa pièce au meurtrier Tramoni, qui jouit insolemment d'une mise en liberté toute fraîche, même pas suivie d'un semblant d'action de protestation militante...Alors que les mêmes "donneurs d'ordre" les chargent d' effacer du monde des vivants, tâche honorable, et sans doute, dans le contexte, "juste", une purulente crapule coupable de crimes anciens - soldant des comptes d'une même nature, même si l'échelle n'est pas la même...


Mais peut-être assiste-t-on là, au bord d'un lac de montagne, ensoleillé, au début du ping-pong politique, sordide, qui va s'étaler dans le temps, et dont l'enjeu dépasse de très loin le sort de vieux débris, décatis, immondes, incapables d'analyser leurs erreurs ou de confesser leurs fautes, qu'ils s'appellent Touvier, Klaus Barbie, ou Papon...


Ces questions sont sérieuses. Elles exigent des réponses, sérieuses. On les aura. Mais il y faudra plus de temps qu'il n'a fallu pour clore l'essentiel au moins du du contentieux ouvert porte Zola.


Touvier, donc, replonge dans l'ombre, pendant que Tramoni s'en va, lui, paisible, vers son "procès". - Avec guillemets.
Moins d'une année après les chants, devant la tombe, poings hauts levés"Ta seule/Oraison/Camarade...Vengeance, Vengeance.../Pour toi.../Pour toi...", dans le numéro même de La Cause du Peuple J'Accuse, devenu La Cause des Pistolets en Bois-J'Excuse, ou La Cause des Morts que l'on Oublie, le 5 janvier 1973 (CDP-J numéro 37), on n'apprend pas seulement que Touvier, désormais, "nie tout", même l'existence de la "gégène à manivelle" spécialement fabriquée pour lui par son "interrogateur" préféré, Gonnot, un "pro" du nerf de bœuf" condamné à mort, lui, dès la Libération, et conduit aussitôt, non à la guillotine, mais au peloton d'exécution - "juste" "vengeance" sans complexes et sans chichis...
Ce 5 janvier 1973, les lecteurs dont on insulte évidemment, ici, le bon cœur comme le bon sens, sont appelés, en gros titre, à la "Vigilance": le procès Tramoni (dont la mise en liberté ne fait pas la moindre vague, ce qui n'est pas bon signe), s'ouvre devant la cour d'Assises de Paris le 9 janvier.
Maître Henri Leclerc, qui fut, sans l'éblouir, l' avocat de l'auteur, a bien voulu recevoir son ancien client - et lui décrire les conditions, particulières, dans lesquelles fut "préparé" le jugement du tueur (quatre ans net de toutes charges, libérable au bout de trois: même pour un meurtre d'ouvrier, à la porte d'une usine, c'est un record; mieux: un chef d'œuvre!).


"Le collectif de préparation du procès s'est réuni dans des conditions excessivement tendues...Les uns criaient, les autres pleuraient...Il y avait Denis Clodic, Nicolas Boulte, je crois...Bref, les désaccords étaient extrêmes. Finalement, il a été convenu qu'étant le plus consensuel, je représenterais seul, sur le banc, la partie-civile".


Consensuel, ce fut. Tout se passa donc "au mieux".
Devant une cour d'assises que ne perturba la "pression" d'aucun cortège, dans l'enceinte de "justice"d'une République des Assassins ayant courbé devant elle ceux qui avaient envoyé le mort à l'abattoir, on évita , non les effets de manches et les phrases ronflantes pour le banc de presse, mais tout éclat de voix, et le recours à de gros mots tels que "assassinat", "vengeance", "complices", "J'Accuse", Zola, Dreyfus (Pierre, Alfred...).


Et Tramoni s'en fut vers son destin, pépère...

La Cause des Hypocrites revient sans pudeur sur le sujet - pour s'indigner...d'un verdict de clémence accepté d'avance!...(CDPJ 38, 19 janvier 1973)


"Le mot justice ne voudra plus jamais dire grand chose pour moi", y déclare, en revanche, Monsieur Overney père.
Ce simple homme du peuple, digne, "estropié" dit-il - de corps autant que de cœur désormais...- vit à Chateau-Thierry avec toute sa famille, dont la petite Sylvie, d'abord élevée par Overney fils, pénom Pierre, dit "Pierrot", tué une deuxième fois par une caricature de procès, et enseveli, jusqu'au jour de la vengeance, par le silence des rues vides où s'abat le verdict.


Mais la bête mao, elle, résiste encore.


Pour la tuer, il faudra Lip. Ou plus exactement l'"abracadabrantesque" discours qui utilise et enveloppe, comme cadavre dans son linceul, ce conflit d'exception de l'été 1973, prostitué en argument-massue des liquidateurs.


C'est en effet en s' "appuyant" - c'est bien le mot - sur "l'expérience de Lip" que ces gens-là vont parvenir à disperser l'essentiel de leurs troupes pour en finir enfin, croient-ils avec l'esprit de lutte indomptable, "au service du peuple" dont nous portions la flamme, et tourner le dos, "résolument" à toute pratique de lutte populaire - avec les risques, les fatigues, et les angoisses, de toute "pratique", tout court...


Ils pourront s' "appuyer" - on insiste sur le verbe -, sur le découragement des petits-bourgeois aussi vite radicalisés, et "enragés" que "couchés" (une partie des "établis"et des "détachements").


Ils offriront aux uns la sauce, infâme, mais toujours prétentieuse, d'un discours prétendant à l'Absolu Savoir, comme à l'Absolue "Morale", tandis que s'organise, en partie par l'entregent de "ralliés" au Parti "Socialiste" du vampire de Jarnac, ou du révérend père Rocard, de véritables filières de reconversion sociales par piston pour repentis, avec ou sans guillemets.


L'âne, s'il se bute encore, se voit donc offrir non seulement les coups de trique d'une théorie du renoncement, assénée par doses progressives, et par étapes, mais aussi la carotte évoquée, fin 2007, par le clown Miller (Gérard), bouffon de la "branchouille".
Pour ce garçon qui se prétend fidèle à son passé mao, dans une cohérence, dit-il, absolue, si l'on n'a pas reçu le carton d'invitation à la Fauchonnesque "sauterie" du Cirque d'Hiver (où convolent en noces bourgeoises, fastueuses, l'opulent sénateur trotskiste Henri Weber, fabiusien chic et choc, spécialiste du CNPF, et sa compagne de lit de longtemps, une riche Servan-Schreiber, "on n'existe pas socialement".


Pendant que le Gérard aux petites fesses cambrées, mais maigres, de la fuite éperdue du 44 rue de Rennes, absorbe, par l'orifice qu'il veut, sa carotte, et commence à la savourer sur les plateaux de télé, ne restent au tapis, voués à l'oubli, au chômage, et à la haine publique, que la dernière poignée de "rebelles" qui résistent encore aux fossoyeurs de la Résistance.


Voués aux gémonies pour trente ans bien sonnés ("terroristes", "antisémites", et bla-bla-bla), les desperados que nous sommes, au-delà de l'espoir comme du désespoir, apprennent à savourer le goût amer du mot de Nietzsche, que "ce qui ne me tue pas me rend plus fort". Tout en tentant patiemment de tisser et retisser les fils d'une nouvelle toile.

Faite de fils arachnéens, presque invisibles mais "résistants" et souples, elle va relier la plupart des ouvriers rescapés de l'aventure, puis du sabordage, et du naufrage, en tout cas ceux qui y ont crû le plus, prenant le plus de risques, et parmi eux les immigrés.


Entre temps, leur long travail de destruction, puis d'oubli, terminé, viendra, pour les pires des renégats, le temps du "Retour", enfin, dans le confort des grimoires, disséqués, en chambre, entre "vieux potes", en Hébreu de préférence, puisque c'est désormais la mode, et dans une langue qui, même, à l'occasion, française, doit être suffisamment obscure pour rétablir de façon définitive le pouvoir du "Texte", et de la "Lettre", et de ceux qui récupèrent, enfin, après de longs écarts, le monopole d'un petit groupe d'élite, aussi fermé que possible, sur l'essentiel Savoir, source de l'Absolue Maitrise...


Chacun suit son chemin, sa "voie".
Tandis que, lentement, ce dégueulis prend forme, montant des tripes au cerveau avant d'être vomi en pages innombrables et quelque peu répétitives, dénégation oblige, l'âme de Pierre Overney vit, et revit: dans l'action de la poignée de combattants - un bon quart tout de même, "à la louche", et presque tous ouvriers, ou paysans - qui ont jugé la mort de leur frère de lutte, comme celle du "Che", "bienvenue" - du moment qu'autour d'eux "d'autres hommes se lèvent" pour empoigner "nos armes", tandis que "d'autres voix s'élèvent", dans le fracas des batailles en cours, "pour entonner des champs de guerre et de victoire"...



Lip, d'accord... - Mais Peugeot Saint-Etienne?


La voix de la Résistance aux fatigués, qui, dans une "aversion" nouvelle, prétendent en dissiper jusqu'à l'idée, donc aussi la mémoire, s'est pourtant fait entendre, juste avant la fermeture de la société mao en faillite frauduleuse au cours du vrai conflit emblématique des années 70, dans la lignée mao.
Il ne s'agit pas de Lip, conflit remarquable et spécifique, à Besançon. Un peu plus au sud, la bataille a pour cadre le bassin prolétarien historique de la Haute Loire, frère jumeau de celui de l'estuaire où le grand fleuve, après un cours sinueux, s'ouvre enfin sur la mer, diluant dans le gris-vert profond les mille nuances de son limon sur un vaste arc de cercle.


A Saint-Etienne donc, ville-sœur de Saint-Nazaire, baignée par les mêmes ondes, le cycle de rébellions ouvrières initié dès 1967 dans les usines de l'ouest atteint les limites extrêmes du "soulèvement" - dans le cadre d'un conflit, marqué, encore, de la griffe mao, d'un fulgurant coup de patte...


- Avril 1973. "On veut l'égalité par rapport à la valeur du travail, et cela s'appelle la justice", disent les ouvriers de Peugeot Saint-Etienne. Sur un cahier tournant dans l'atelier des presses, des revendications sont formulées. Elles sont portées ensuite aux délégués CGT: "à travail égal, salaire égal", soit 1500F de salaire par mois minimum pour 40 heures de travail par semaine, et pour tous; plus une prime de fin d'année elle aussi égalitaire ("treizième mois").
Dans les autres ateliers, le cahier, bientôt "signé" des empreintes, noires, de ces durs ouvriers du pays du charbon où les mines ferment, assombrissant encore le paysage, s'enrichit de la demande, modeste, de se voir fournir des bleus de travail par Peugeot - qui en a les moyens.
S'ajoute, enfin, la question des retraites.


Retraites


Les "Peugeot" sont ici bien souvent d'anciens mineurs de fond, reconvertis, ou des ouvriers professionnels qualifiés (O.P.) licenciés de petites usines, et déclassés dans le dur travail d'O.S. Ils veulent pouvoir s'en aller à 60 ans. Aspiration fondamentale de forçats de l'automobile précocement usés par l'infernale trépidation du travail à la chaîne - ici comme à Citroën ou Renault. Avec "la retraite à 60 ans", ce mot d'ordre scandé de manif en manif, la "gauche" de 1981 n'a fait aucun "cadeau". Ce n'es pas un os qu'on donne à ronger au chien - avant que Son Excellence Balladur, puis le "gaulliste social" Fillon, ni gaulliste ni social, et devenu depuis le valet de pique de Sarkozy ne le reprenne. C'est une longue plainte qui sourd depuis longtemps dans ces "métiers pénibles", ou bien peu attendent 65 ans pour mourir...La plupart de ces décès étant tout bénéfice pour la sécurité sociale, pour le patronat, et pour l'Etat - puisque les cotisations, elles, ont été prélevées toute une vie...


Il se trouve que nous sommes à Saint-Etienne, une des régions françaises où tous les paramètres, géologiques, géographiques, historiques, économiques, sociaux et "sociétaux" convergent pour former un univers d'une beauté poétique ardente et sombre qui peut vite devenir explosive.
Ici, un habitant sur deux est ouvrier - exceptionnelle concentration presque comparable à Saint-Nazaire...
Dans les monts du Forez, la population rurale, chassée d'étroites vallées, offre une main d'œuvre, abondante, donc mal payée, à un patronat de combat essentiellement métallurgique, souvent familial, durci dans un duel ancestral au face à face - en l'absence presque complète de classes moyennes, formant matelas amortisseur.
Pour poivrer le plat, s'il le fallait encore, la tradition de violence prolétarienne des mineurs de charbon, paysans suffisamment déracinés pour aller enfouir au plus profond de la terre noire leurs rêves d'une autre vie, au vert, et à l'air libre, sous le grand ciel, et dans le ruissellement des mille filets d'eau dévalant dans les bois, mais gardant un ancrage dans le terreau rural et familial, source d'une cohésion presque absolue, porteuse de traditions de luttes collectives, très anciennes et très vives...Comme au pays de Montbéliard, où Peugeot, de son côté, puise l'essentiel de sa force de travail, les conflits émergeant en surface sont peu nombreux, mais, quand ils surviennent, sans pitié.
La mémoire populaire de la Haute Loire garde en lettres de sang, inscrivant cette Histoire, le nom de La Ricamarie - 13 ouvriers tués, en 1869.
On parle encore, même devant la télé, de la grande grève des mines de 1948, liée à celles des puits du nord, à la même date - avec ici un mort...
Dans ce contexte, Peugeot, patronat familial, aussi, dur au travail lui-même, comme aussi au combat. Le "paternalisme" si décrié de la firme au Lion, comme celui de Michelin, construit sur le même modèle, n'est au fond qu'une politique sociale intégratrice, à la japonaise, plus "moderne" qu'elle en a l'air, avec un souci de progrès partagé, dans l'équilibre, qui ne veut pas dire un partage des gains à 50-50, évidemment - et la plus grande dureté quand cet état des choses, instable par nature sous une surface paisible, franchit un seuil de rupture...


De longue date, la famille Peugeot confie les responsabilités de sa direction générale du personnel, aujourd'hui "ressources humaines", à des officiers supérieurs, formés à la sévère école de la Sécurité Militaire (devenue DPSD), comme le général Feuvrier...
Le système, appuyé sur le dense réseau des "correspondants naturels" de la SM (aujourd'hui DPSD) que sont, tout le monde ne le sait pas, les bonasses gendarmes au maillage d'indicateurs ruraux ou semi-ruraux bien supérieur à celui des RG ou de la PJ, verrouille parfaitement l'usine-mère (Sochaux). Les maos, naïfs, dirigés par Yves Cohen, vont s'y casser les dents: "piégés", très en amont, par un filet qui semble avoir été conçu pour les attendre.


Ce système de défense tient même la nouvelle usine-pilote de Mulhouse, bâtie en pleine forêt, au bord d'un tronçon d'autoroute sous contrôle strict proche de la frontière allemande, avec un dispositif spécial anti-séquestration (doubles bureaux de direction, dont une "réserve", hors du périmètre de l'entreprise)...Là, des comités de lutte, combatifs et intelligents, vont un temps parvenir à s'implanter, menant de violents conflits.


Mais à Saint-Etienne, la mécanique sociale de "la maison Peugeot" craque.


De premiers signes annonciateurs d'une d'éruption du volcan ouvrier du Forez se sont manifestés en décembre 1969, avec une explosion contre les bas salaires et les cadences des établissements stéphanois du groupe sochalien, portée déjà au bord d'un soulèvement urbain généralisé dans une synergie puissante avec des grèves à la manufacture d'armes Manufrance, à la CAFL, etc.


"Le peuple est comme l'eau"


1973. "Revendications posées", le conflit démarre, donc, en avril. Rigide refus de Peugeot, grève, occupation, jugement du tribunal, décision d'expulsion.
Etrangement - sous la pression, pense La Cause du Peuple, du président du C.N.P.F. François Ceyrac (qui occupe un petit siège de courtoisie au Conseil d'Administration de Peugeot) - le patron de l'usine, Charrel, ne fait pas appel aux forces de l'ordre.
Il fait un autre choix, délibéré.

Dans la nuit du 11 au 12 avril 1973, il prend, personnellement la tête d'un commando de cent "gros bras" - des "sportifs" à cheveux ras que la CGT a repérés depuis quelques jours à leur arrivée, par petits paquets, dans les hôtels...
Ce n'es pas vraiment la place d'un P-dg, et c'est hardi...
Attaquant par surprise vers 3 heures du matin, par deux points d'accès différents, dont les toits, ceux que toute une ville en colère va bientôt baptiser "les mercenaires" explosent le piquet de grève, pourtant des plus solides. Ils se rendent maîtres des lieux, très vite .
Un quart d'heure plus tard, la maîtrise pénètre dans l'usine "libérée", en bloc, et au pas gymnastique.
Bravo!
Mais une victoire doit prendre conscience de ses limites, et le peu littéraire Charrel, ignorant Thucydide et sa théorie de la "retenue", marque du suprême pouvoir, lâche ses "rottweillers" en rangers et tenue camouflée: ils "ratonnent" à gogo, bien au-delà des murs, dans le quartier très populaire où se situent les deux usines Peugeot de Saint-Etienne, voisines d'une centaine de mètres, avenue de la Rochetaillée, et rue Gutenberg.
Bilan: sept ouvriers blessés, sérieusement.
Quatre heures après la pénétration-éclair, un modèle de "blitzkrieg", des centaines d'ouvriers du quartier, et de diverses usines commencent à s'attrouper, et à lancer des pierres. Ils sont bientôt trois mille, et font les préparatifs d'un véritable assaut, en contre-attaque - qu'on peut prévoir "viril".
A "H +12", en début d'après-midi, donc, l'impeccable victoire militaire du matin tourne, pour Charrel, à la débâcle. Quatre-vingt mille ouvriers de la ville ont posé les outils et arrêté les chaînes. La stratégie, si c'en est une, visant à en finir, ici comme à Renault-Billancourt, avec le "partenariat privilégié" patronat -C.G.T., pour le remplacer par un modèle plus militaire, style Simca-Poissy, Citroën, ou "à l'Américaine"- le "partenaire" devenant alors la C.F.T. - tombe sur un bec.
Un car de malheureux ouvriers immigrés, importés de Lyon pour venir assurer la remise en route des chaînes sans avoir été prévenus de la nature du petit Dien Bien Phu, où on les parachute, est renvoyé dans la capitale des Gones, sans violences inutiles.
Vingt des quatre vingt mille grévistes de Saint-Etienne se pressent en flots serrés contre les digues, jointes, des deux usines. Ils "dérouillent comme il faut" une bonne petite poignée de "mercenaires". Et ratent de peu Charrel lui-même, saisi par la marée comme un piéton imprudent sur la chaussée du Mont Saint-Michel - et sauvé du lynchage d'extrême-justesse par une poignée de délégués, raisonnables.


Mais l'homme a du coffre, s'il manque peut-être de nez...
Lundi 2 mai 1973: nouvelle opération "reprise du travail". Les ouvriers grévistes sont là - mais ils laissent faire, en rigolant.
On ne dit pas "jaune" ici, on dit "renard"; et "chasse au renard", prévue pour l'heure de la sortie.
"Le peuple est comme l'eau, aiment dire les maos qui, présents depuis de longues années dans les usines de la région, et notamment Jacquemard, presque mitoyenne, disposent sur place d'un militant sérieux, Bernard Charbonnier, militant d'un Comité de Lutte actif quotidiennement au piquet de grève de Peugeot.
Comme l'eau, donc, le peuple est parfois plus menaçant quand il se retire, que quand il gronde...A la fin du jusant, les "renards" sont coincés sur leur banc de sable de métal, où le ronflement des machines s'est tu - c'est l'heure de la "débauche", et d'une débauche de coups à la volée sur les petits groupes qui nagent, comme ils le peuvent, entre la porte de l'usine, l'Île, et le port, leur domicile familial, lointain, dans la marée humaine, énorme, et gonflant de minute en minute, qui les attend, les encercle, les glaviotte, les houspille et finalement les cogne..
Ils ne reviendront pas.
Pas de troisième manche en vue, pour clore le match.
Ou si, mais sous une autre forme. Au plastic. Cible: le militant Charbonnier.
Un kilo d'explosifs sur le pas de la porte du petit pavillon de ses parents, dans la nuit du 14 ou 15 mai.
Auteur probable: un "groupe de travailleurs libres" qui colle, à ce moment, beaucoup d'affiches...Cette bande a des sympathisants musclés, proches, selon toute vraisemblance, de la CFT, qui suivent, à leur tour, les grévistes, quand ils rentrent chez eux, le soir, après une chaude journée de piquet...


Jenny, fille de psychanaliste, "établie", magistrate - et les Ecrits militaires du Président Mao


Mais les écrits militaires du camarade Mao circulent dans la région de Saint-Etienne.
On les lit jusqu'à Saint-Chamond, sur le Gier, base tout à la fois de la société Jacquemard, du mouvement historique des métallos de la Haute-Loire, et d'un ouvrier "anar" devenu le Mesrine, "explosif", de "la belle époque", "Ravachol", sans oublier le du vieil Antoine Pinay, homme-lige du patronat de papa, le plus rigide, mais aussi de l'emprunt-or gaulliste qui porte son nom - et longtemps maire de la localité.
C'est à Jenny Chomienne, une des toutes premières pionnières, "historiques", de l' "établissement en usine" qu'on doit la circulation de ces écrits - et du "Petit Livre Rouge" qui en constitue, sous sa belle couverture vinyl, brillante, le condensé pratique.
Devenue, depuis, sur concours, magistrate, cette jeune femme déterminée, fille d'un psychanaliste, élève d'Hypokhâgne, puis de Khâgne, à Paris, férue, donc, de Lettres classiques, de latin, de grec et de littérature ancienne, a fondé, à 23 ans, à Saint-Chamond, un petit groupe "mao" indépendant de la Gauche Prolétarienne, mais proche, comme l'indique son beau nom: "La Parole au Peuple".
Comme elle en fait le récit dans le livre de Virginie Linhart, déjà cité, Jenny a commencé sa vie dure d'ouvrière dans une puante usine de traitement du poisson, à Concarneau, en Bretagne; puis elle en est partie, lassée des coiffes bigoudennes et des conversations qui vont avec, pour aller rejoindre une amie, fille d'un ouvrier de la Haute Loire, avec son compagnon.
Elle entre chez Citroën, à Saint-Etienne, puis à Jacquemard Saint-Chamond.
Dans cette usine d'O.S. qui sont souvent des femmes, payées "au lance-pierre" pour produire sur machine à souder 4000 pièces de frein par jour et par personne, elle entend les ouvrières injurier quotidiennement ceux qu'elles nomment "les Indiens" - les immigrés arabes, qui"traînent", selon elles, tardant à les approvisionner en pièces.
Elles bénéficient d'un boni, pas eux.
Jenny y tient deux ans. Puis on la chasse.
Des "établis" de la GP sont arrivés dans l'usine.
Ils y appliquent, sans mollir, le principe "Qui n'a pas fait d'enquête n'a pas le droit à la parole" - et découvrent, "dans le feu de la pratique", un personnage curieux, "La Ginette".
Trente ans d'ancienneté, déséquilibrée, cette ouvrière aux penchants, semble-t-il, sadiques, se conduit mal avec les jeunes. Résultat: la G.P. lui balance un pot de peinture en pleine face. La direction, troublée, épluche les listes du personnel, pour détecter l'origine des "lanceurs", et les limiers de l'entreprise découvrent alors quelques anomalies dans le C.V. de l'étudiante brillante en Lettres Classiques, candidate à l'élitiste concours de Normale Sup, devenue poissonnière d'usine au fin fond de la Bretagne, puis co-fondatrice de "La Parole au Peuple" aux portes de Saint-Etienne.
Et Jacquemard la renvoie donc à ses études:"restructuration économique".
Bernard Charbonnier, lui, a été licencié avant la grève de Peugeot.
Devenu "électron libre", donc, en marge du Comité de Lutte Jacquemard, il s'est fait de bons amis au sein d'un "groupe de trente", qui, au plus forts des affrontements, s'est formé en contre-commando.
Imitant les "mercenaires", les "trente" ont à leur tour escaladé murs et grilles pour aller "tataner", les "sportifs" de Peugeot à l'intérieur de l'usine, qu'ils occupent.
Et c'est autour de ce groupe ouvrier d'autodéfense, organisé en bande, de façon spontanée, que naît l'idée d'une double riposte aux plastiqueurs et à ceux que tout Saint-Etienne appelle aussi "les dijonnais" (les hommes de main de Charrel).


Le 5 juin 1973, à 8H00 du matin, en plein Saint-Etienne, le P-dg amateur de commandos musclés, quand c'est lui qui tient la barre, voit la voiture qui le précède dans une petite rue calme piler devant lui. Ses passagers descendent. Marche arrière interdite: un second véhicule le serre. Lui aussi, il s'arrête. Plusieurs hommes, encore...Barres de fer...
Il ne s'agit nullement d'une action spontanée, informelle, de grévistes exaspérés par les violences suivies par une reprise de travail à l'épuisement, survenue quelques jours plus tôt, avec pour seule victoire, mais c'en est une, et de taille, la réintégration de cinq délégués CGT de devoir, accusés de violences ", et de simples ouvriers de la base, également licenciés pour "faits de grève".


Preuve de la planification: la photo du P-dg Charrel, les yeux fous, sur le trottoir.
Comme le précise explicitement la légende transmise à l'A.P.L. du duo Clavel-Vernier, nouveau "scoop" politico-militaire aussitôt publié dans La Cause du Peuple-J'Accuse, le P-dg partisan d'un "contre-terrorisme" anti-gréviste à vocation d'exemple a été "flashé" debout, "quelques instants avant d'être corrigé" par quatre membres d'un commando muni de barres de fer, dont une voiture l'a bloqué par devant, et l'autre par derrière, avant de lui infliger "une violente et rapide correction".
Dans une ville encore quadrillée par la police, après de longues semaines d'un conflit prolétarien, émaillé d'affrontements presque quotidiens, cette "rouste", durable et appuyée, qui laisse le trop ardent P-dg, à terre, en sang, et K.O. pour le compte, constitue, sur le plan technique, un coup d'une très grande audace.
Mais il n'est ni l'œuvre de " nouveaux partisans" envoyés au combat par la direction mao, simple commentatrice des grèves, désormais, dans les colonnes de son journal, ni de la N.R.P. d'un Rolin concentré sur des réflexions à caractère philosophique, et sur les moyens d'empêcher ses "soldats" de s'occuper un peu de Tramoni.
Selon les méthodes propres aux milices ouvrières de la région parisienne, ou à la "Multinationale" de "Désarmer la police", un tract a été balancé à la volée, autour du "puni", sur le lieu-même de la sanction.
Dans le contexte post-Touvier, il n'est pas signé "milice", un vocable hâtivement traduit du vietnamien ou du chinois ("milice populaire"), mal adapté à la réalité française d'après la deuxième guerre mondiale.
Le mot choisi est bien meilleur.
C'est une "Brigade antifasciste Beylot-Blanchet" qui revendique une vengeance légitime, présentée comme une riposte aux exactions des "mercenaires" anti-grève, conduit par le puni Charrel, et une réponse, aussi, au plasticage commis chez les parents du militant mao du Comité de Lutte Jacquemard Bernard Charbonnier.
Beylot et Blanchet sont les deux ouvriers abattus par les CRS, au cours des combats meurtriers de la "résistance prolétarienne" de Sochaux, en juin 1968, marqués là aussi par la reprise, en force d'une usine Peugeot, la principale (et, selon une enquête du "Pierre Victor" d'alors, donc, sans vraie preuve, par la mort d'au moins dix CRS, jetés vivants, ou à peine assommés, dans ces grands bacs d'acide concentré, industriel, propres à la grande industrie moderne...)


Le 15 mai 1973, lendemain de l'attentat contre Charbonnier, 3000 ouvriers en colère défilaient dans les rues de saint-Etienne: "la maîtrise fasciste au poteau!"
Le 17, Peugeot annulait tous licenciements et sanctions pour faits de grève.
Le 21, les O.S reprenaient le chemin de l'usine en chantant, tous ensemble avec leurs délégués d'une vraie "CGT prolétarienne de lutte de classes", réintégrés.
Ils ont fait sept semaines de grève, et Peugeot, s'il n'a rien cédé sur les salaires, les bleus de travail, ou la retraite, a perdu toute autorité sur les chaînes, où ses agents de maîtrise, couverts de plaies et de bleus, ne "maîtrisent" plus rien ni personne, et peinent à rétablir la loi et l'ordre - et surtout les cadences...
Ces "chiens de garde des patrons" sont finalement les seuls vaincus d'un conflit exemplaire, qui a conduit, comme en 1969, ou comme autour de Ferodo, ou de Schlumpf, toute une région au bord du soulèvement.


Comme le souligne ironiquement le texte des Brigades, qui fait le tour de la ville, le 5 juin, "Monsieur Charrel est responsable de l'agression fasciste du 12 avril, commise contre les grévistes. Ce jour-là, à 3H30 du matin, il se trouvait sur place. Et déclarait "prendre toute la responsabilité des événements". "Il est inconcevable que puissent se trouver côte à côte, au travail, les agresseurs et leurs victimes", avait-il écrit dans sa lettre du 12 mai aux ouvriers en grève. Eh!bien, nous avons pris le directeur au mot. Il était inconcevable que le responsable de l'agression ouvrière du 12 avril ne reçoive pas une correction!..."
Sans l'attribuer explicitement au "sanctionné" Charrel, le texte fait une référence explicite à Jacquemard, à ses "nervis" employés, là aussi, "contre les grévistes", et à ceux qui ont "fait plastiquer un ouvrier licencié pour avoir fait grève".
"Contre le fascisme patronal organisé, il faut construire des Brigades ouvrières anti-fascistes. Il faut que les gens comme Charrel, les responsables des agressions, comprennent ce qu'il en coûte de frapper des ouvriers en lutte..."
La Cause du Peuple-J'Accuse publiera par la suite un entretien réalisé avec un ouvrier, membre d'un de ces "groupes militaires naturels", formés de ces grévistes qui "tous les jours forment le noyau de surveillance. "
"C'est eux qui sont rentrés dans l'usine le 12 avril, et qui ont dirigé le cassage de gueule de la maîtrise le 2 mai."
- "Ces cinquante gars" forment bien "un groupe", il n'est pas constitué, il n'est pas autonome, il manque de conscience, il poursuit le combat large, mais il n'est pas concentré sur le combat. Les ouvriers ne sont pas des robots, comme on veut les mettre. On leur enlève le temps de penser et de lire...
Mais même dans l'obscurité, ils pensent quand-même...
Alors cette maîtrise; maintenant, elle est remise en cause à travers les cadences et même l'idée de la technicité qu'elle représente"
(19 juin 1973).


On ne peut pas mieux dire.
Tout y est.
Jusqu'à ces O.S. dépouillés, dans leur travail, de leur humanité, mais qui, malgré tout, ne cessent pas d'orienter leur regard vers la lumière, la réflexion, et la lecture; et ne se contentent pas de se soulever pour un monde meilleur, et de rendre tous les coups qu'ils reçoivent, mais poussent la "remise en cause"de l'ordre hiérarchique qui les mutile et qui les nie jusqu'à interroger "l'idée de la technicité" qu'incarnent les maîtres des cadences...


Et, pour Benny et sa clique, quelle gifle!
Des militants ouvriers qui se battent, encore, embrassant la réalité de l'usine au corps à corps...Et qui, de plus, pensent!
Et dont la pensée constitue le plus vivant défi à ce qui en tient lieu, désormais, pour lui et pour les siens...

A l'exception, en effet, de l'excellent Gilbert Castro qui a "commencé à prendre ses distances début 1972" (entretien avec l'auteur au Chao ba de Pigalle, 2007), mais a été retenu pour peu de temps encore par le ci-devant "Pierre Victor" furieux de perdre, en plus du reste, son minutieux trésorier, devenu, sur ses petits papiers à rouler les cigarettes, la mémoire vivante des numéros de téléphone de tout le mouvement, le Comité Exécutif dans sa quasi-totalité, est engagé à fond dans son plan de... désengagement, véritable "retraite de Russie", penaude, dont Saint-Etienne, ses grévistes par milliers, sa "chasse aux renards", spectaculaire, ses "brigades", et cet entretien, enfin, dans sa lumière, démontre le caractère pour le moins prématuré..

.
Le logiciel de Flins, celui de la résistance prolétarienne et des ripostes "coup pour coup" n'a pas cessé d'animer quelques colonnes au moins, encore debout, de la "grande armée" fatiguée, dont un Etat-Major félon organise patiemment la déroute, à quelques mois de la Bérézina des "Chrysanthèmes" (novembre 1973)...


Mais au même moment, juin 1973, divine surprise - Lip arrive.
Et toute la France rebelle, devenue "contestataire" (rime de "velléitaire"), se met à l'heure de Besançon, et de l'utopie, sage, du "on produit, on vend et on se paye, c'est possible" - grand moment Proudhonien-Fouriériste que va bientôt briser la combinaison d'opérations de police et de manœuvres politico-financières...


Contrairement aux saints versets du dernier grand prêche d'une direction mao offrant le mouvement lui-même en agneau de sacrifice, la religion de Lip, nouvelle et dernière "ligne", n'offre aucune perspective durable face au déferlement d'une stratégie de "casse industrielle" programmée pour trente ans - l'histoire va le montrer, très vite.


Ce discours n'est qu'un leurre.

Il ne sert qu'à assurer la destruction, liquidatrice, d'un mouvement blessé, mais survivant, dont l'action, restée cohérente, pouvait seule prolonger l'impact de ce conflit superbe, fruit de centaines d'autres (y compris Saint-Etienne) vers un nouveau "bond en avant" politique, crédible.

Chapitre suivant: Nantes-Saint-Nazaire, édification d'une "base ouvriers-paysans" (vers une civilisation nouvelle, dans le travail sur la contradiction "ville-campagne". De "Paysans en lutte" aux Paysans-Travailleurs, LARZAC, Bernard LAMBERT, et à la Confédération paysanne - Bové, ruralité, etc Accès par clic ici.