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REBELLES
(suite): Maos, réseaux, Tao:
ici
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Pages
"Culture"
- Sommaire -
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L'Enclume Rouge, première correspondance ouvrière
publiée dans les pages du Monde Réel: lire
ici
LIBRAIRIE RESISTANCES: UN NOUVEL ESPACE CULTUREL, LARGEMENT OUVERT
SUR LE MONDE, ET SES COMBATS.Ici
A peine ouverte, cette librairie
"tiers-mondiste", organisatrice, ce soir là,
d'une réunion débat avec des intellectuels critiques
israéliens, a été attaquée
par un commando de l'extrême-droite franco-israélienne,
proche, selon les premières analyses possibles "à
chaud", de la LDJ (un groupe extrémiste militant
pour l'élection de Nicolas Sarkozy). Il a été
repoussé, au prix de deux blessés (légers).
La Culture ne se laissera pas intimider par les ennemis du livre
Barjot, inspiratrice à la foi charbonnièree
du Président De Koch, son féal, sont
et de la pensée, et autres amateurs d'autodafés. RESISTANCES
continue et se renforce.Ici
- "NE NOUS
QUITTE PAS": ULTIME APPEL à Jacques CHIRAC DU GROUPE
D'INTERVENTION POLITICO-CULTURELLE Jalons (GAULLISTE-SURRÉALISTE)
ICI
- Les
"MALVEILLANTES"...UNE DESCENTE EN FLAMMES DE
LA LANGUE UTILISEE PAR JONATHAN LITTELL, L'AMERICAIN FASCINE PAR
LE NAZISME DEVENU LA DERNIERE COQUELUCHE DE L'EDITION "FRANCAISE"....
Ici
| Rock féminin semi-clandestin en Arabie saoudite:
ici |
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Correspondance
ouvrière
Chers amis du Monde Réel, chers camarades,
Lecteur régulier du site, j'ai été déçu
de ne rien y trouver sur l'anniversaire de l'assassinat de Pierre
Overney, en février 1972, il y a 37 ans maintenant. Mes collègues
de l'usine, eux, s'en souviennent. Nous avons discuté, et
'un d'entre eux m'a rappelé, à ce sujet, cette fameuse
phrase "le prolétariat n'a pas d'idéal
au sens où la société devrait tourner d'un
axe " qu'on attribue à Marx,
d'une profondeur stratégique qui nous unit tous, il me semble.
.Cette idée remue de fond en comble le "marxisme-léninisme"
.Elle permet de mieux saisir quantités de choses notamment
ce que Marx écrit dans Le Manifeste: "Le
mouvement communiste est le mouvement spontané de l'immense
majorité au profit de l'immense majorité "
A rapprocher de ce que Mao
appellera "la ligne de masse",
etc
"Je ne suis pas marxiste", AIMAIT AUSSI DIRE
LE VIEUX KARL, dont le courant s'est constitué
comme courant "communiste
critique",et qui convient lui-même
n'avoir nullement été l'l'inventeur du communisme,
ni du socialisme, concepts existant avant lui dans son
époque déjà sous la Révolution 1789,
dans leurs prémisses...Quand Marx parle
de parti
c'est au sens de parti pris historique
et non pas organisation, à lire REBELLES on assimile l'importance
des cycles longs historiques, des longues périodes, mieux
perçues dans la culture chinoise, mais déjà
bien claires dans l'ouvre de Marx, je crois cela très important
.
On voit bien les apports et toutes les déformations qu'a
subi "le marxisme"
.Il faut donc à chaque fois les situer dans leurs contextes
historiques .Des choses simples finalement que l'on passe son temps
à oublier .
Actuellement, il y a, à mon
sens, quelque chose qui se cherche dans l'idée de
"société socialiste de marché".
En effet pourquoi ne pas concevoir y compris jusque dans sa comptabilité
analytique une économie concurrentielle
où la seule accumulation possible déterminant toutes
les autres soit une accumulation non plus de capital
mais de social.Cela veut dire que
le capital subsiste, mais en voie d'extinction
pour autant qu'il participe à l'accumulation
de social qui devient le facteur dirigeant.Le capital
devient dirigé et non effacé .Il devient un rapport
social qui tombera doucement en déséuétude
.
Au niveau de la marchandise
cela veut dire:renversement de perspective
au lieu que ce soit la valeur d'échange qui détermine
la valeur d'usage ce sera l'inverse .Ce sera la valeur d'usage qui
déterminera la valeur d'échange .La valeur
d'échange n'est pas détruite
elle est dominée .De facteur dirigeant elle
devient subordonnée. De même qu'aujoud'hui la valeur
d'usage n'existe que si elle crée de la valeur d'échange
Dorénavant la valeur d'échange n'exisera pour
autant et pour autant seulement qu'elle crée de la valeur
d'usage .Dans une émulation ,une concurrence s'exerçant
à l'intérieur d'une planification d'ensemble coordonnée
,souple ,flexible ,incitative .
A la monnaie actuelle
on substituera la création d'une
unité de compte universelle :le temps.Tout
échange se fera à l'aune de la valeur d'usage dominant
la valeur d'échange .
Avec une évaluation du prix qui sera :le temps socialement
necessaire pour faire l'objet de ce que l'on échange .Ce
qui laisse à l'infini la précision du prix ,heure
,minute ,seconde ,dixième ,centième ,millième
de seconde ,de chaque "chose" ,"service"
,etc.
Cette unité de compte du temps existe déjà
chez Marx ,Engels ,Owen .Elle serait déjà aussi chez
Aristote .
Il faut la dictature
du prolétariat ,la phase de transition dont
l'importance stratégique a été réintroduite
par Mao , qui a aussi
restitué concrètement sur une très
longue période faite d'aller- retour...
Voici la référence que j'ai trouvé sur ce
fameux thème "le prolétariat n'a pas d'idéal"
etc
C'est dans le texxte de L'idéologie allemande
, parue en 1845, Pleiade p. 1067 :
"Pour nous ,le communisme
n'est pas un état de choses qu'il convient d'établir
,un idéal auquel la réalité devra se conformer
."
Je souhaiterais que d'autres me répondent, on trouve quelques
réflexions
convergentes dans des sites comme "Partisan"
et "Où va la cgt?"
,également "Drapeau
rouge" du Parti maoiste
de France, en revanche j'ai vu les ouvertures du Monde Réel
vers le PCOF, dans lequel je ne me
reconnais pas du tout.
Une atmosphère d'amour fraternel devrait exister dans le
mouvement ouvrier pour bannir à jamais ce qui d'un débat
d'idées se transforme en pugilat ,en intrigue policière
,en ambiance meurtrière ,de persécution etc
Un débat libre: "que
cent fleurs s'épanouissent" .
Signé: L'Enclume
Rouge
(L'auteur
est ouvrier, travaillant actuellement dans un petit atelier de Saint-Nazaire).
Il espère , comme nous, que cette première correspondance
ouvrière du site fasse fleurir d'autres, de même ambition,
allant au fond.
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REBELLES:
la guerilla commence pour faire connaître le livre,
et le publier dès que possible en version imprimée;
premiers extraits choisis:
ici -
VIII - Maos,
réseaux,Tao - -
Les maos ont-ils été infiltrés, manipulés.
A partir de quand, dans quel but et par qui? - Le véritable
récit de l'exécution de Tramoni, l'assassin
de Pierre Overney, en février 1972: ICI
REBELLES,-
V -Avant liquidation, derniers feux des maos:mal
logés, immigrés, Septembre Noir, Munich 72 CLIC
ICI
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Rock
féminin clandestin en Arabie saoudite (affiche ci-contre
à droite)
Lire
ici
Vanina Michel
Prévert
revisité
Fêtes de fin d'année
JEUDI 8 JANVIER 2009 à 21H30 LE KIBELE 12
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St Denis - réservation : 0826 02 99 24 entrée : 18€
projection avant concerts du court métrage de Pierre Prévert
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Arletty, musique L. Bessières)
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PARIS
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- Métro : Jules Joffrin ou Lamarck-Caulaincourt (Ligne 12)
funiculaire
« LA FETE A PRÉVERT » POUR L’ANNIVERSAIRE
DE SA NAISSANCE (4 février 1900) - On peut dîner -
réservation Tél : 01 42 64 90 23
-
"Vanina chante et met en musique Prévert…
C’est un mariage d’amour entre sa voix, sa sensibilité,
sa musique et les paroles du poète .
Et une fête pour le cœur et l’oreille. "
Georges MOUSTAKI
"Vous cherchez une idée de joli cadeau de Noel ? Une
suggestion :
album PRÉVERT chansons inédites par VANINA MICHEL
(EPM)
guest : Didier Lockwood "
"Vanina nous offre un des plus beaux
hommages à Prévert que l’on puisse rêver,
brûlant , amoureux et rebelle" ffff TÉLÉRAMA
extraits de l'album et en concert + vidéos sur www.myspace.com/vaninamichel
<http://www.myspace.com/vaninamichel>
"L’ex-vedette de Hair s’attaque au
répertoire de Prévert par la face des inédits.
Un récital plein de surprises où se dévoile
mot à mot un Prévert méconnu". TELERAMA
"A voir de toute urgence." PARISCOPE
"Elle joue du clavier debout, marque le tempo du
pied droit, déploie une nappe d'harmonies large comme son
sourire, Prévert est là fraternel, bien vivant, nous
débouchonne l'encéphale et nous dilate le coeur"
LE TÉLÉGRAMME
"Cet autre Prévert polémiste, actuel,
Vanina Michel le fait danser entre swing , biguines , et tango.
C'est toi ou c'est Prévert ? lui demandent les gens . Le
plus beau des compliments. Le PARISIEN
"La voix douce et grave de Vanina donne vie à
ces textes bouleversants de vérité, dans lesquels
chacun se reconnaîtra. (...) Deux heures de bonheur à
l’état pur !" L’HUMANITÉ
"Entre textes dits et chantés, entre franches
rudesses et attendrissements éblouis du poète, ce
spectacle restitue bien le visage le moins connu de Prévert
: une sensibilité rudoyée par un monde devenu moderne,
l’obstination à croire aux miracles possibles de l’amour."
LE FIGARO
ET FAITES VOUS PLAISIR (entrée
gratuite)
Jusqu’au 28 Février 2009, Jacques
Prévert se décline pour la première fois à
l’Hôtel de ville de Paris dans l'exposition
PREVERT/PARIS LA BELLE dont on voit les affiches sur tous
les panneaux publicitaires de la Mairie de Paris
à HÔTEL DE VILLE - SALLE SAINT-JEAN 5, rue
Lobau I Paris 4e -Tous les jours sauf dimanches et jours
fériés 10h I 19h)
"J'ai eu l'immense privilège de travailler pendant
deux ans (2003-2005) avec Eugénie PRÉVERT, la petite
fille de J. PRÉVERT à l'élaboration de cette
belle exposition qui voit enfin le jour en 2008 et qui tient presque
lieu d’inventaire…
De sa jeunesse contestataire à son amitié avec Joan
Miró, Alexander Calder ou Pablo Picasso, de son métier
de scénariste à la complicité
qu’il tisse avec de nombreux photographes, cette exposition,
bâtie sur les archives personnelles du poète, révèle
un homme dont l’esprit, plus de trente ans après sa
disparition, reste d’une fraîcheur et d’une actualité
sans conteste".
music@lement
Vanina Michel
01 47 72 05 00 - 06 15 70 32 75
PS. CHERCHE AGENT ET TOURNEUR
pour pouvoir me consacrer pleinement à mes prochaines créations
:
1°) ONE WOMAN SHOW "femmes en péril... momentanément"
de ANDRE HALIMI AU THÉÂTRE DU PETIT SAINT MARTIN 17
RUE RENÉ BOULANGER (saison 2009)
2°) NOUVEL ALBUM "LAVIE N'A PAS D'ÂGE"
3°) CD/DVD " ARLETTY/PRÉVERT INÉDITS"
remix sur des musiques actuelles et classiques (Schuebert , Sauguet)
d'enregistrements inédits d'ARLETTY que j'ai réalisé
pendant un an à son domicile, quand elle avait 92 ans...Une
merveille!
4°) DVD DE MON SPECTACLE "UN AUTRE PRÉVERT "
avec mes complices (ex musiciens d'Higelin) : DIABOLO (harmonica)
et DENIS VAN HECKE(violoncelle , guitare et chant) Réalisation
Alain Pillier |
Poèmes
dans le métro: KAPUTT !
(lire
ici)
C'était
un des très rares acquis durables, progressistes,
et respectables, de la "gauche de 1981" - et
c'est fini.
Ancien directeur de cabinet,
pourtant d'un homme de culture, grand amateur de poésie,
Dominique de Villepin, le directeur de la RATP Pierre Mongin vient
d'annoncer sa décision d'en finir avec l'affichage de poèmes
dans le métro - une initiative brillamment impulsée
et soutenue, après année, par le poète communiste
Francis Combes - pour notre plus grand plaisir à tous.
Et si nous relevions le
gant, en engageant, pour la poésie, pour la culture, et pour
la liberté, une "BATAILLE DU METRO"?
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A ceux
de nos lecteurs, gaullistes, et cultivés, qui
jugeraient utiles de tenter une démarche
de dernière chance, aussi, auprès de
Villepin, lecteur occasionnel,
lui-même, du MONDE REEL,
pour qu'il use de son influence sur Mongin, nous proposons
ces quelques lignes d'un des plus beaux textes de Charles
Péguy - recopiés, un soir de brume, par
un des animateurs du Monde Réel, lui même poète
dans l'âme, et dans la vie:
"Vous qui la
connaissez dans ses longues erreurs
Et la reconnaissez
dans ses plus beaux retours,
Vous qui la connaissez
dans ses longues amours
Et sa sourde tendresse
et ses sourdes terreurs,
Et le commandement
de ses lentes fureurs
Et le retournement
des travaux et des jours,
Et le prosternement
des palais et des tours
Et le sang resté
pur dans les mêmes horreurs,
Vous seule vous savez
comme elle est maternelle,
La ville intempérante
et pourtant salutaire"
(Sainte Geneviève
de Paris)
ALLEZ, M. MONGIN,
AVEC LE CLOWN SINISTRE QUI A LIQUIDE VOTRE ANCIEN PATRON,
ET NOUS DEGOUTE, SI, EN PLUS, VOUS NOUS SUPPRIMEZ NOS POEMES,
IL NE NOUS RESTERA PLUS QUE NOS YEUX POUR PLEURER - ET MÊME
NOS (EVENTUELLES) PRIERES A SAINTE GENEVIEVE N'Y POURRONT
RIEN...
ALLEZ, DOMINIQUE,
UN PETIT EFFORT...NOUS VOUS AVONS AIME POUR L'ONU? ET POUR
L'IRAQ, NOUS SOMMES CAPABLES DE VOUS AIMER PLUS ENCORE, DE
VOUS ACCOMPAGNER, ET DE VOUS SUIVRE, MAIS FAITES-NOUS CE PETIT
SIGNE, CE PETIT GESTE.
ET VOUS, AMIS
LECTEURS, DONT BEAUCOUP, FAUT-IL CROIRE, DE POETES, AUX ARMES
- OU A VOS PLUMES. ET, POUR ENGAGER CE QUI DOIT ETRE UNE DE
NOS BATAILLES, METTONS L'IMAGINATION AU POUVOIR, ET BOUGEONS.
Jean-Paul CRUSE - 23 mars 2008 |
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Rock féminin
clandestin en Arabie saoudite
Pas de photos, pas de concerts, pas d'interviews:
après l'article paru début décembre
2008 dans le New York Times, le groupe de rock The
Accolade , qui fait saliver les rédactions
du monde entier, n'est-il qu'un mirage entraperçu
dans le désert?.
Ces 4 filles au soleil, qui semblent préférer
l'ombre, font fantasmer toute l'austère Arabie
Saoudite, avec leur titre-fétiche, "Pinocchio",
mis en téléchargement sur une page de
MySpace. Etudiante comme ses trois petites camarades,
et rêvant de pouvoir se produire en public et
enregistrer un album dans un proche avenir, tout en
admettant l'ampleur du défi que cela représente,
la chanteuse du groupe affirme arborer deux piercings,
qu'elle cache toutefois derrière un voile lui
masquant le visage. A Jedda, sa ville natale, le Comité
pour la Promotion de la Vertu et la Prévention
du Vice a la réputation d'être moins
sévère que dans le reste du Rôyaume.
Mais les filles de The Accolade
ne prennent pourtant pas le risque de répéter
au grand jour. Leur local est tenu secret. Pour elles,
tiennent-elles à préciser, la liberté
c'est de pouvoir chanter du rock sans se cacher -
mis pas s'abandonner à la consommation de drogues,
de tabac ou d'alcool.
Le nom qu'elles ont choisi de se donner
se réfère au tableau du peintre anglais
pré-raphaélite Edmund Blair Leighton.
Il met en scène une femme aux cheveux longs
anoblissant d'un coup de sabre sur l'épaule,
selon la tradition du Moyen-Âge chrétien
européen, un chevalier agenouillé devant
elle. Tout un symbole!
Hélas, à l'écoute
de "Pinocchio",
on reste un peu sur sa faim. Les paroles sont...en
anglais, et, pour autant qu'on comprenne cette langue
barbare, sans relief particulier. Quant
à la musique, elle est encore bien loin de
la synthèse magique que l'on pouvait rêver
entre l'énergie binaire du rock et les rythmes
du désert parcouru au pas lent des caravanes,
et menant vers des oasis paradisiaques bercées
du chant mélodieux de sensuelles et mystérieuses
houris.
D'après un texte transmis par
Hakim Arabdiou. Source: Bluewin.ch
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UNE
NOUVELLE
LIBRAIRIE
A PARIS...
La "Librairie Résistances",
qui vient d'ouvrir, au cœur d'un quartier animé, populaire,
et très vivant, dans le nord du XVIIème arrondissement,
met à votre disposition :
- Plusieurs milliers d’essais,
de romans et de DVD
- Une salle de lecture et de recherche,
avec un espace multimédia
- Une salle d’expositions, de conférences et de projection
de films
Spécialisée dans l’histoire des mouvements de libération,
ouvert tous les combats en faveur de la dignité humaine, à
travers le monde, RESISTANCES offre un espace pour dire :
- NON au « choc des civilisations », aux divisions ethniques,
au colonialisme et au racisme
- OUI au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,
à la justice et à la solidarité, à la résistance
contre toutes les formes d’oppression, notamment celle subie depuis
des décennies par le peuple palestinien.
La Palestine occupée
est en effet l'un des symboles les plus criants de négation du
droit, de la culture, et de la vie. La situation y compromet gravement
la paix dans le monde. Tous ceux qui font le pari de l’humanité
contre la barbarie s'ouvrent à cette cause essentielle, et s'efforcent
de "faire quelque chose."
A ces fins, la culture est une force, source des plus belles victoires.
Avec l'aide d'artistes palestiniens tels que Kamal Boullata, Hani
Zu'rob, Naseer Arafat, Najwan Darwish, Alia Rayyan, Nathalie Handal, Muthanna
Al-Qadi, Steve Sabella, Taysir Batniji, qui ont accepté de nous
apporter leur concours dans ce domaine, la Librairie Résistances
s'emploiera à promouvoir les talents palestiniens à travers
le monde, en s'attachant à montrer au travers de la littérature
et d'autres formes artistiques (cinéma, peinture, photographie..)
que la culture palestinienne, est bien vivante. Loin de s'opposer
à d'autres cultures, elle vibre de multiples influences et particularités,
comme s'est employé à l'illustrer tout au long de sa vie
le regretté Edward Saïd.
Algérie, Vietnam, Afrique du Sud...Lutte contre le fascisme…
Palestine, Irak...Lutte contre l’exclusion… Les nombreux combats
menés à travers le monde, hier comme aujourd’hui,
sont riches d’enseignements. Ils permettent de comprendre les liens
qui unissent les citoyens du monde entier, les différentes cultures
et civilisations, tout ce qui nous rapproche, tous....
Dans un monde où l’information équilibrée reste
une denrée rare, la Librairie Résistances offre à
chacun la possibilité de former son jugement librement, en fonction
des faits.
La librairie propose une série de rencontres avec des écrivains
et artistes.
AU
PROGRAMME
VENDREDI 27 OCTOBRE à partir de 19 H 30 : Eric HAZAN, écrivain
et responsable des Editions La Fabrique, de retour de Palestine, présentera
son livre : "Notes sur L'occupation : Naplouse, Kalkylia, Hébron"
(à paraître le même jour)
SAMEDI 4 NOVEMBRE A 17 H : Saïd LALOUH-PREVOST, auteur du roman "L'ascenseur
pour la grande ourse" (Editions Danger Public)
JEUDI 9 NOVEMBRE A 19 H 30 : Serge PORTELLI, magistrat et auteur de "Traité
de Démagogie Appliquée", ainsi que Jean-Pierre MIGNARD,
avocat et auteur de "L'Affaire Clichy" débattront avec
nous de la situation en France, un an après la "crise des
banlieues".
SAMEDI 18 NOVEMBRE A 17 H : Richard LABEVIERE, journaliste ( RFI ), présentera
son dernier livre "Le Grand Retournement", une enquête
sur la politique française au Moyen-Orient , et notamment au Liban.
JEUDI 23 NOVEMBRE à 19 H 30 : Récitation de poèmes
par l'écrivain franco-marocain Abdellatif LÂABI
JEUDI 7 DECEMBRE à 19 H 30 : "Les conséquences de la
politique israélienne" : conférence-débat avec
Tanya REINHART et Aharon SHABTAI, écrivains israéliens
Librairie Résistances - 4 Villa Compoint. 75017 Paris. M° Guy
Mocquet (ou Brochant). BUS 31 : Arrêt « Davy-Moines ».
Tel : 01 42 28 89 52. Fax : 01 42 28 95 29
Actuellement, la librairie est ouverte du mardi au samedi inclus de 14
H à 20 H. Faites-le savoir!
Un site internet sera bientôt disponible pour vous permettre de
prendre connaissance des ouvrages disponibles, comme de l'ensemble des
prestations proposées et des manifestations organisées par
la Librairie Résistances.
REBELLES
VIII
Maos, « Réseaux »,
Tao...1987-2007-
- Les maos ont-ils été infiltrés,
manipulés ?
- Si oui, par qui ? - Pourquoi ? - Et quand?
« Gauchistes-Marcellin »… « Agents
du patronat »...«Subversion de Pékin »...
« Fascistes rouges »..."Pro-palestiniens!
Antisionistes = antisémites!..." - Et pour tenter
d'en finir, "rouge-brun"!...
De la droite ordinaire à la gauche bo-bo socialo bien pensante,
et ses annexes de l'"extrême-gauche" légale
des "révolutionnaires" subventionnés...
par l'Etat, en passant par les les journalistes-poubelle, les auteurs
de mauvais polars en mal de renommée et sans scrupules, sans
oublier les vicieux « moutons » du KGB brejnevien,
antisémite, encore tapis aux marges de ce qui reste du PCF,
les accusations de ce tonneau n’ont jamais manqué contre
nous. Crédibilisées, il est vrai, par l’extravagant
« feuilleton » de
notre étrange OVNI politique, mouvement ondoyant et brutal,
subtil et populiste, surgi de nulle part dans la queue de Comète
nébuleuse d’un événement contradictoire
aux ressorts obscurs et complexes, mai 68 - qui, lui-même,
avait suscité des interrogations, ou des fantasmes « complotistes »,
de même ordre…
Il est vrai que la flambée d’actions violentes de la
Gauche prolétarienne a été laissée,
un temps au moins, sans la répression rigoureusement et sauvagement
méthodique dont un pouvoir d’Etat digne de ce nom sait
faire usage même et surtout dans une « démocratie
contrôlée », à l’Européenne.
Il est encore plus vrai que cette flamboyance, brève,
a été suivie par un « suicide
collectif » aussi soudain qu’inexpliqué,
au moment même où le mouvement, après
l’assassinat d’Overney, et la vague d’indignation
populaire alors soulevée, puis les puissants mouvements de
Peugeot Saint-Etienne, de Lip, du Larzac, et des ouvriers arabes
du M.T.A, encore renforcés par la création du quotidien
Libération, semblait en passe de transformer sa fulgurante
percée « au cœur même
du système", en investissant avec audace,
autour de Charles Piaget, le champ encore à défricher
de la politique institutionnelle.
L'exemple des "années
de plomb" italiennes...
Les questions sur l’infiltration et d’éventuelles
manipulations de la G.P. se trouvent renforcées par ce qu'on
commence à bien connaître de l' "exemple"
italien.
Le voile a commencé à se lever sur ces « années
de plomb ». Aujourd'hui, qui veut savoir sait.
On connaît le contexte, international, des extravagances d'un
"parti armé" multiforme, nappant l'habituelle exubérance
rhétorique des héritiers de Cicéron d'une sauce
"marxiste-léniniste" à faire pâlir
les bricoleurs artisanaux des cuisines gauloises d'"Action
Directe".
Un enchevêtrement complexe y a mêlé les manipulations,
effectivement conspiratives, des retors services secrets yougoslaves,
ou même bulgares, cache-sexe affriolant mais, somme toute,
léger, des « grands-frères »
de Moscou, et la « stratégie de la tension »,
bien réelle, ourdie dans les cercles de l’Otan (Gladio,
etc).
Le SISMI italien, filiale de la CIA, avait, ô Umberto Eco,
son "moine rouge", espion de Haute Eglise confessant tout
un secteur au moins des Brigades de la même pourpre, cardinalice...
Des deux côtés de la fictive barrière des Alpes,
en Italie, comme en France, l’inévitable interaction
dans les « affaires intérieures » des
uns comme des autres de la bataille israélo-palestinienne
était, elle aussi, inévitable.
Ce conflit majeur aux secrets subtils, bien protégés,
développait, au même moment, dans toute la Méditerranée,
son théâtre, de Beyrouth à Tripoli (Liban),
de Rome à Tripoli (Libye), et de Naples jusqu'à Nice-Marseille,
voisines Bastia, Portovecchio, ou Figari, en Corse, le labyrinthe
de ses opérations et contre-opérations clandestines
de haute ou de très haute volée.
Dans ces batailles de l'ombre, sauvages, se trouvent réunis,
dans la réalité la plus réelle, tous les ingrédients
des romans d'espionnage de l'époque de la "guerre froide",
intégrant "dialectiquement", comme ici, des éléments
de "guerre chaude"...
D'imprudents éléments se réclamant
d'un "maoisme" grossièrement survolé et
mal assimilé,viennent, Palestine oblige, s'y prendre les
pieds. Ils tirent des conclusions hâtives, superficielles,
de l'idée, "juste" que "le pouvoir est au
bout du fusil"; et que, pour qui se dit révolutionnaire,
rien n'est plus important que la question, précisément,
du"fusil". Mais, côtoyant - car le monde
est un village - des gens se réclamant des mêmes principes,
mais vivant, eux, dans des pays et dans des sociétés
où toute la politique semble s'épuiser dans la forme
de la guerre, au sens le moins métaphorique du terme (Palestine,
Liban, secteur Libye-Tchad, Congo-ci, Congo-là, Angola),
ils font une confusion, lourde de "casse", avec ce qui
se passe au sein des sociétés européennes.
Et en France par exemple...
Alors qu'ici notre domaine est la préparation soigneuse et
patiente d'une "phase ultérieure", celle des "grands
soulèvements populaires", débouchant sur la "guerre
populaire prolongée". Hypothèse porteuse
d'effroi mais probable, hélas, à long terme, en tout
cas, si l'on admet, selon le mot du fin Truong Chinh,
le "chinois" du Vietnam, que la possibilité
inverse, le "passage pacifique" à une
société d'harmonie, libérée, "est
d'autant plus précieuse qu'elle est rare, très rare"...
Cruel, certes, ô combien, ce constat débouche sur l'expérimentation
de formes de combat violent, "au sein des masses" - et
la préparation de futurs groupes de combat clandestins, armés,
capables d'utiliser, le moment venu, pistolets, revolvers, plastic,
grenades, kalachnikov ou lance-roquettes...
Mais il s'agit de préparation, et brûler les étapes
ne prépare rien.
A s'y laisser entraîner, au contraire, on ne débouche
que sur des catastrophes, équivalentes à
celles qui surviendraient à qui fait de la politique-popote,
de papier, et, ne préparant rien, n'édifie rien, ne
construisant que sur du vent, et restant, au moment du tournant
capital, sans forces.
Dans un cas comme dans l'autre, c'est zéro.
- Un infiltré "effacé",
tout en douceur: l'enlèvement de "Moussa
Fofana"
- Le service de renseignement des maos se met en place...
Quand elles restent théorie pure, et spéculation abstraite,
les « théories du complot » sont à
fuir comme la peste.
Au mieux, elles font rire. N’exprimant que l'impuissance,
les délires ou les cauchemars de cerveaux faibles, d’esprits
malades hantés par leurs propres fantômes.
Mais un récit à visée historique qui ferait
l’impasse sur la dimension, effective, de l’action secrète,
s’apparenterait, lui, à du pur crétinisme.
Puisque l'Histoire, la vraie, celle qui transforme les situations,
les sociétés, les hommes, c'est partout et toujours
la combinaison de facteurs accessibles à la connaissance
de tous, domaine de l'information "ouverte", et d'éléments
d'une action secrète présente à tous les recoins
de la vraie et grande politique. "La
Providence procède souvent de façon occulte à
notre endroit étant donné que les actions humaines
cachent leurs intentions aux hommes eux-memes"(Dante,
Le Banquet - 1309)
Infiltrations, provocations, faux attentats, enlèvements,
tortures, assassinats: on ne le trouve pas que dans les films.
Ou, si on le voit dans les films, confortablement installé
dans son fauteuil, c'est que ces fictions reflètent, en les
déformant plus ou moins, des éléments au moins
du monde réel.
Nous nous y sommes frottés, de fait, de la façon la
plus concrète.
Le samedi 18 septembre 1971, la rubrique "agitation"
du journal Le Monde, apparue avec la Gauche Prolétarienne
- qui crée, donc, au moins un emploi de journaliste...- et
consacrée, quotidiennement ou presque à nos activités,
commente, (page 10) un communiqué de la N.R.P. (révélé,
"source" Le Monde, par l'A.P.L.), texte "accusant
M. Moussa Fofana, ressortissant guinéen", d' être
un "agent manipulé par la police et infiltré
par elle chez les maoistes".
L'affaire fait grand fracas.
Quelques jours plus tôt, le "scandale" de ce "kidnapping"
d'un militant noir africain, accusé d'être un "flic"
- opération de "contre-espionnage" revendiquée
par les clandestins de la N.R.P., avait éclaté dans
la presse belge - peu lue dans l'hexagone.
Comme une foultitude de "bidonneurs" ordinaires, aujourd'hui
intellocrates moisis, proprios de restaurants, hommes de cabinets,
ou proxénètes culturels, Moussa Fofana, ou mieux,
dans ses grands jours, "cheikh Moussa Fofana",
se présente alors comme l'un des fondateurs
"de la Gauche prolétarienne, en 1968".
C'est faux.
Il n'est pas le seul, d'accord, à porter cette prétention.
On s'y bouscule.
Mais en réalité, fondateurs sont ceux qui ont scellé,
dans le sang versé, le leur, ou celui d'autres sous leurs
coups, les fondations, en organisant les premières "actions
de partisan". Dans les usines et dans la rue. Point.
Mais ce n'est qu'un détail.
Devenu, dit-il, "responsable de l'action pour la défense
des immigrés africains des foyers", en région
parisienne, ce qui est vrai, même s'il n'est pas le seul,
Fofana, si c'est bien son vrai nom, aurait été capturé
et mis hors circuit par une sorte de police secrète, interne
au mouvement mao.
Là, c'est vrai. A cent pour cent.
Dans l'enfer de la champignonnière
"Réfugié" sur le sol belge après
une condamnation pour "transports d'explosifs", en France,
suivie par un arrêté d'expulsion, Fofana se plaint,
dans la presse belge, d'avoir été "piégé"
par la NRP.
Contacté à Bruxelles, puis attiré en territoire
français, il aurait été interrogé, torturé
- et condamné à mort, comme espion. Abandonné,
menottes aux poignets, au fond d'un profond souterrain, il aurait
néanmoins réussi à regagner très vite
la Belgique - il ne précise pas comment.
Même s'il lui reste, aux poignets, une trace, infime, du port
de menottes - qui, quand on s'agite, se resserrent d'elles-même,
tous ceux qui en ont porté l'ont éprouvé -
il ne peut exhiber aucune trace physique de ses "tortures".
Normal. Il n'y en pas eu.
Sauf à désigner comme traces de "tortures"
de légers hématomes, souvenir d'une "interpellation",
musclée, mais très rapide - effectuée par de
vrais techniciens, économes de violence inutiles.
Le "martyr" ne fournit aucune indication concrète
sur les moyens utilisés pour passer la frontière,
à l'aller comme au retour - ni sur le profil de ses "ravisseurs".
Il en connaît pourtant un. Un seul...
Il de donne pas non plus d'indications utilisables sur la nature
du piège qui lui a été tendu, et dans lequel
il est tombé. Ni sur la localisation exacte de la "prison
du peuple" - où il a, c'est vrai, fait l'objet, arme
de poing l'appui, d'une condamnation à mort comme "flic".
Elle existe pourtant, cette "cache". Au plus profond d'anciennes
champignonnières abandonnées, constituée de
vastes et sombres souterrains, sans le moindre équipement,
sans électricité, et sans lumière.
Connu de peu de gens, l'endroit n'est accessible qu'à partir
de fourrés, dans un champ, dans la région côtière,
pas très loin de Dunkerque.
Avec un peu de patience, je pourrais retrouver les lieux,
et les reconnaître: puisque c'est à l'auteur de ce
livre que la Nouvelle Résistance Populaire avait confié
la "mission Fofana".
S'il avait été réellement torturé, ce
qui, tout de même, n'est pas rien, il pouvait donner le signalement
de son principal ravisseur, selon lui "tortionnaire".
Il le connaissait sous le pseudo de "Philippe", et pouvait
donner de brèves indications susceptibles de percer l'écran,
fragile, de ce faux prénom.
Il lui était loisible, aussi, de préciser comment
il m'avait connu, pourquoi il m'avait reçu, et fait confiance,
acceptant de m'ouvrir sa porte d' "exilé", et de
prendre connaissance d'un "document", qu'il s'abstient
d'évoquer, l'appât...
A l'appui de ses accusations, spectaculaires, rien ne l'empêchait
encore de révéler quel important motif avait pu l'inciter
à se laisser conduire, clandestinement, de l'autre côté
de la frontière; à suivre ce "Philippe"
en France, pays dont il s'était, dit-il, "enfui",
devenant un "réfugié", et où il est
lui-même officiellement "recherché"...
Il pouvait, encore, donner quelques indications sur la voiture (volée)
dans laquelle il s'était laissé convoyer, et préciser
les conditions de cette "réquisition prolétarienne"
- bien réelle.
Le véhicule pouvait ouvrir sur une piste, donner de quoi
amorcer une traque, lancer des poursuites judiciaires, et peut-être
enfin arrêter le "principal suspect" d'un kidnapping
mené "en bande organisée à main armée"
(tarif en cour d'Assises: 20 ans, bien payé) - accompagné,
selon lui, de "tortures" (réclusion criminelle
à perpétuité).
Mais cet Africain assez jeune - la trentaine - porteurs de papiers
d'identité d'un citoyen de Guinée (Conakry) au nom
de Moussa Fofana, et ne se faisant appeler qu' à l'occasion,
"Cheikh Moussa Fofana", n'a rien fait de tel.
Après sa conférence de presse, il a disparu
dans le décor.
Il n'a pas, qu'on sache, déposé la moindre plainte.
Et plus personne n'a entendu parler de lui, si ce n'est
un vague écho, incertain et tardif, de son passage par les
locaux de l'ambassade de Guinée en Italie.
Dans sa livraison du mardi 21 septembre, Le Monde allonge, tout
de même, la sauce. Le journal publie un texte, anonyme, d'
"anciens militants de la GP", ou soi-disant tels, non
désignés. Ils accusent l'organisation clandestine
d'avoir dénoncé Fofana comme "agent de la police"
sans "fournir aucune preuve", alors que le "militant
africain", peut-être effectivement, guinéen, "avait
été emprisonné à Fresnes six mois, avait
fait la grève de la faim " (des prisonniers politiques),
"avait été laissé sans soin, et expulsé
sans recours ni délai après toute une année
de militantisme en Afrique et en France"...
Fofana, de Fauchon aux sauvages combats de
rue du procès Geismar
Fofana avait de nombreux amis chez les maos. Et plus encore d'amies.
C'était un somptueux dragueur, beau gosse, musclé
- peut-être un chouïa trop baratineur et polygame, mais,
dans l'humeur, fort peu puritaine, du moment, ça passait.
Les déçues se contentaient de fouiner un peu dans
ses affaires, il en semait partout, dans autant d'appartements différents...
Beaucoup se souvenaient avec émotion du rôle qu'il
avait joué pour aller distribuer dans des foyers africains,
discours en multiple dialectes à l'appui, le plantureux butin
(plus mince, certes, que prévu), du pillage organisée
de Fauchon ("Fauchons!"), place de la Madeleine, au printemps
1970.
On pouvait donc imaginer une levée de boucliers en sa faveur.
Hors de ces quelques lignes anonymes dans un journal alors digne
de respect, et de quelques glapissements de l'imprécateur
multi-services André Glucksmann, rien de tel ne se produisit...
Le dernier article consacré par le quotidien
du soir à la mystérieuse "affaire Fofana"
, est datée du dimanche 27 septembre 1971.
Il évoque, en parallèle, l'arrestation au Sénégal
de cinq citoyens guinéens. Ils y sont poursuivis pour espionnage,
dans le cadre d'une crise générale affectant la Guinée
de l'indomptable nationaliste révolutionnaire Sékou
Touré dans ses relations, non seulement avec le Sénégal,
mais avec l'Allemagne ("réseau SS nazi"), et surtout
l'ancienne puissance tutélaire française ("réseaux
Foccart"). Le tout dans une atmosphère générale,
en Guinée, de grande fièvre - tribunaux populaires,
aveux, etc. La CIA américaine n'est pas absente du paysage.
Ennemie déclarée, elle aussi, du "marxiste"
nationaliste Sékou Touré, elle a en réalité
d'autres priorités.
L'objectif central en Afrique Noire de la "covert action"
(action secrète) de Washinton et de Langley (Virginie), siège
de sa monstrueuse centrale d'espionnage, est à l'époque
de monter tous les "coups tordus" possibles contre ce
qui reste de la France Libre et de ses réseaux gaullistes
- suspects, au même titre que Sékou Touré ,
mais dans un style tout autre, d' "antiaméricanisme
nationaliste" - voire de "collusion avec le communisme"
(Chine, Vietnam, Cambodge, embargo contre Israël en 1967, retrait
de l'OTAN).
En venant ensuite au cas du "guinéen" Fofana, un
patronyme très répandu dans cette partie de l'Afrique
(il est aussi celui d'un haut diplomate de Sékou Touré,
entré en dissidence frontale, et en contact avec les Américains),
Le Monde lie ce dossier à celui de soudaines "difficultés
financières" ayant entraîné, en, France,
un "arrêt de parution d'un mois et demie de La Cause
du Peuple-J'Accuse".
Notre journal aurait perdu de l'argent avec ses "numéros
spéciaux", distribués en usine ou dans la rue
plus que vendus - "Printemps des O.S.", "Spécial
Police" (affaire Jaubert).
Le prochain numéro, poursuit l'anonyme rédacteur du
Monde, est attendu "sous 15 jours" avant une ultérieure
reprise, annoncée, du rythme hebdomadaire.
"Parallèlement à ces difficultés financières,
un important débat politique" opposerait, croit pouvoir
affirmer Le Monde "ceux qui souhaitent privilégier l'
"action de partisans", et les tenants d'une "ligne
démocratique".
"L'une des conséquences de ces discussions est "l'affaire
Moussa Fofana".
Dans la voie du "poignard
de Wu hao", un KGB mao fabrique une "scission"
Cette thèse, très vaguement proche de certaines réalités
(voir page) a été probablement soufflée aux
"journalistes" par leurs amis R.G, ou des gens comme André
Glucksmann, qui s'était rapprochés de "La Cause
du Peuple" sous les sunlights de la "gloire", au
moment du combat, prestigieux, des militants emprisonnés
luttant pour le statut politique .
Certains (véritables) intellectuels, artistes
et créateurs se sont alors réellement engagés
(Sartre, jusque sur son tonneau de Billancourt, Jean-Luc
Godard, Jean Cardonnel, Jane Fonda, et surtout le gaullo-maoiste
chrétien Maurice Clavel, liste non limitative...). Ceux-là
ont pris de vrais risques. Ils ont contribué à
briser les cercles de la calomnie et de la haine autour
de nous, et, plus généralement, des usines.
Mais la plupart des autres rechignent à l'idée d'aller
se "salir les mains" et se "prolétariser",
à la base...
Alors, pour eux, l'apparition d'une sorte de "KGB mao",
ou plutôt d'une force obscure et redoutable dans la tradition
du "poignard de Wu hao" (Zhou Enlaï), en charge de
contre-manipulations sophistiquées et de l'éradication
d'infiltrés, commence à faire sérieux. Il est
temps de mettre les voiles.
Ciao Glucksman, bon vent...
Même pas besoin de te virer, Dédé: c'est l'
"agir par le non agir", le "weï
wu weï" du Taoisme, principe du bidet autovideur
cher aux plombiers que nous sommes.
Avec nous "le parti se renforce en s'épurant"
(Staline).
Mais nous sommes entrés dans la "troisième
étape".
Béria est derrière nous. Dépassé.
Avec le "Service de Renseignement" de la Nouvelle Résistance
Populaire, (S.R.N.R.P.), donc, qui, là, commence à
se dresser, reptile ondulant sous ma flûte, pas de tracas
"stressants", genre procès politique, dossier,
débats internes, et coup de piolet à la fin des fins...Pas
d'agitation inutile, pas d'énergie perdue, dissipée
en criaillerie, pleurs, balles dans les genoux, voire fusillades...C'est
le principe de l'autovideur, dans le fond d'un dériveur,
se substituants aux anciennes écopes....Une accélération
dans une bonne risée, écoute un peu "choquée"
et Slurp!...Tout le poids d'eau en trop s'évacue de lui-même
par une trappe à clapet, minuscule, entraînant vieilles
flaques de café, de vin, ou d'autre chose, boues, sable,
brins de varech, déchets divers...
Et revoilà l'esquif allégé, prêt à
bondir encore, et propre...
Avec l'élimination de Fofana, les faux-culs comprennent le
message sans qu'on ait à leur faire les gros yeux. Ils
tirent eux-mêmes la chasse d'eau, nettoyant la cuvette dont
ils sont les étrons, flottant entre deux eaux. Et même
l' odeur se dissout à la fin des fins, plus lentement, certes,
d'elle-même.
Un "indic", bien choisi, effacé en douceur, avec
la plus grande économie d'énergie -
"maxima a minimis" (Leibniz)
- et c'est tout une cohorte de potentiels "retournés",
dissidents diviseurs, ou "balances", qui dégage
le paysage...
Fofana, ou une personne envoyant un message en son nom, saura lire
le papier du Monde, et prendre la balle au bond.
Dans un "courrier" publié le 28 septembre 1971,
le disparu se présente comme l'ingénue victime d'une
volonté de "détourner la vigilance des masses
et des révolutionnaires français" de "la
scission actuelle dans La Cause du Peuple: scission entre la base
et la direction bureaucratique, scission entre les immigrés
et La Cause du Peuple, scission entre les dirigeants eux-mêmes...".
C'est dans ce contexte, dit-il, qu'on a essayé de le "faire
taire".
Précisément, il se tait.
Il finit par la boucler, enfin. Un silence définitif.
Pas une trace, pas une. Depuis plus de trente-six ans...
Nourrir des doutes et des soupçons sur un militant, un cadre,
fût-il immigré, africain, et noir - et pourquoi pas?
- c'est une chose...Fofana en faisait beaucoup...
Mais avoir des preuves, et "traiter"
correctement le cas, c'en est une autre.
Nous avons pourtant relevé ce défi, accumulant une
fructueuse expérience...
Pour atteindre l'objectif, et jeter ainsi au passage les toutes
premières bases d'un réseau de renseignement, en marge
de la N.R.P. officielle, capable de "traiter" - aussi
- d'autres "cibles" que des indicateurs, il fut décidé
d'offrir à cet Adam la pomme tentatrice.
J'allais être le serpent, aguicheur. "Cobra
glacial" (lire page).
Un texte est rédigé. Il met en scène une (supposée)
scission, "encore secrète". Elle est le théâtre
d'un affrontement entre Benny Lévy "et sa cour de ramollos",
d'une part; et une "base" révoltée contre
"les caciques de la clique dirigeante, pourrie", de l'autre.
Une "gauche de la gauche" se serait clandestinement regroupée.
Elle aurait pris la décision de passer sans plus attendre
à "la lutte armée, la vraie, et sans chichis.
Avec des armes, des morts,etc."
C'est elle qui aurait rédigé ce texte...Elle aurait
besoin du renfort du grand militant Fofana, maintenant...
Ce scénario est de pure invention. Mais il est crédible.
1.D'abord, parce que les premiers signes d'embarras commencent
à devenir perceptibles autour d'un Comité Exécutif
ne sachant plus comment se libérer de sa base, faute de pouvoir
la contrôler ..."Signes faibles",
certes, mais ce sont eux qui comptent, pour qui sait les capter,
tôt, prendre de l'avance, et jouer sur le "potentiel
de la situation", en amont...
2. Ensuite, parce que des rumeurs de négociations
secrètes avec l'Etat, par un canal de gauche, "socialiste"
(et franc-maçon) ont couru, à l'approche du second
procès Geismar, - devant la Cour de Sûreté
de l'Etat, cette fois.
Notre tapageur porte-parole allait, d'ailleurs, renoncer
ce jour-là à toute rodomontade. Tout au contraire,
il allait grassement insister sur le fait qu'après son interdiction
par Marcellin, en mai 1970, la Gauche Prolétarienne s'est
volontairement auto-dissoute. Ce qui est en partie vrai, sauf pour
les collectifs semi-clandestins des directions de zone ou de région,
et pour le Comité Exécutif, national, globalement
inchangé - dont Alain est resté lui-même l'immuable
et ronde potiche.
En réponse, le procureur de la République, chargé,
croyait-on, de réquisitions sévères, allait
lourdement insister sur le fait que "le parquet" (le ministère
de la justice, l'Etat) "ne s'opposerait nullement" à
une éventuelle "confusion des peines" entre la
condamnation du Geismar ferme et militant du premier procès
devant le tribunal correctionnel, les 20-22 octobre 1970 (dix-huit
mois ferme pour "incitation à la violence"), et
une probable condamnation, nouvelle, pour "reconstitution de
ligue dissoute", cette fois, en Cour de Sûreté
de l'Etat....
L'addition de deux peines (dix-huit mois plus X...) pouvait faire
mal...
Mais cette "confusion des peines", possible en droit,
au gré du tribunal, mais pas automatique, ne fut même
pas la clé, indispensables, d'un compromis sous le tapis.
C'est en réalité dans les bureaux feutrés
de la Cour de cassation, haut-lieu de toutes les "solutions
finales" (juridiques) aux intrigues embrouillées,
qu' "en toute indépendance" la crème
des magistrats de l'ère pompidolo-giscardienne, connus pour
ne pas être des tendres, annulèrent carrément
toutes les condamnations de militants pour "reconstitution
de ligue dissoute" (parfois une simple diffusion de La Cause
du Peuple, pourtant non-interdite). Dont celle d'Alain Geismar.
La fascination des plus fragiles des dirigeants "historiques",
Serge July, de façon grossière, et Benny Lévy,
de façon plus hypocrite, pour le monde artificiellement brillant
et surfait des "intellos", du moins des "intellos"
de luxe, arrivés, richissimes, médiatiques (Sartre)
commençait à créer des tensions.
L'"ex-GP", donc, commençait à tanguer.
Mais aucun d'entre nous, pas même le plus crétin -
et tous n'étaient pas des "flèches" - n'envisageait
l'option débile, provocatrice, du déclenchement immédiat
de la "lutte armée".
Les conditions politiques n'en seraient réunies, nous en
avions tous la conviction, qu'à partir d'une longue série
de vrais soulèvements populaires, larges et unitaires, suivie
par des vagues de répression sévères... Et
là, ayant accompagné jusque sous les coups, puis les
tirs, le mûrissement d'une large fraction de la base vers
des formes réalistes d'autodéfense armée,
nous pourrions risquer nos pas, et ceux de tous, ensemble, dans
une transition prudente et méthodique vers une "guerre
prolongée", effectivement et profondément "
populaire"...
Les bouteilles magiques
d'octobre 70
Pour Fofana, donc, le plan était là.
Le texte, rédigé.
Restait à dénicher l'intermédiaire crédible
pour aller appâter le "chien", dans son "exil
politique" en Belgique, afin de le transformer en "pigeon",
puis en petit lapin terrorisé par la morsure des "cobras".
Il fallait un militant suffisamment connu de lui pour se faire ouvrir
la porte, en confiance, comme Ramon Mercader chez Trotski, au Mexique,
avant de le rouler dans la farine, en lui faisant lire, "sous
le sceau du secret le plus absolu", le "texte confidentiel
des dissidents", provocateur.
S'il mordait, il faudrait encore que cet émissaire, jouissant
à ses yeux d'un minimum d'autorité et de prestige,
le convainque qu'un homme comme lui était "indispensable
à ce nouveau combat"; et le prie, enfin, de l'accompagner
en France, malgré "les risques" - puisqu'il était
"recherché par la police". Une première
réunion de la fraction clandestine décidée
à "la lutte armée, la vraie" l'y attendait
- et n'espérait "plus que lui", comme symbole,
et comme guide. "Le matériel militaire serait là",
en abondance, "du sérieux" - avec l'essentiel des
futurs "soldats", "les plus sûrs"...
On me confia le soin de manipuler Fofana.
La mission n'était pas sans risques.
Condamné - pour de bon, là... - à un an ferme
pour "violences" (à Nantes), recherché -
vraiment... - depuis plus de six mois, en fuite, de vrais ennuis
m'attendaient si, démasqué par "le flic",
j'étais "balancé" à ses collègues,
et poursuivi pour "enlèvement", ou au moins "tentative",
voire "tentative d'homicide" - le tout avec usage d'armes...
Si l'homme n'était pas un vulgaire fonctionnaire de police,
mais une "barbouze", travaillant pour on ne sait quelle
CIA, KGB (pourquoi pas?), Mossad (il existe...), ou un truand utilisé
par ce genre de services, c'était encore pire...
La réaction risquait de ne pas se limiter à une procédure
judiciaire - suivie de 5, 10 ou 20 ans de prison...
Mais j'étais prêt à tout.
Franchement, j'adorais ce genre de choses.
Profondément convaincu de la réalité de notre
infiltration par des indicateurs de tout poil, difficilement évitable,
je n'avais aucun doute sur nos capacités à résoudre,
intelligemment, ce problème.
Dans mon cerveau tortueux, l'idée commençait même
à se former d'adjoindre, à cette occasion, une sorte
de "service de renseignement intérieur/extérieur"
à la structure clandestine de la N.R.P. où je venais
enfin d'être officiellement intégré, avec ses
"appartements de sûreté", son atelier de
faux-papiers, son matériel radio, ses petits dépôts
d'armes, et de premières expériences des joies de
la filature, patiente, et de la "planque" (la guerre,
disent ceux qui l'ont faite, c'est 90% d'attente, d'ennui, pour
10% d' d'action de combat, fulgurante, donc très brève...)
Fofana ignorait presque tout de moi - y compris ce passage dans
le "secteur de l'ombre".
Il ne pouvait pas imaginer - il n'est pas le seul - ce don du ciel
dont j'ai été béni, qui est la capacité
à dissimuler ses intentions ou ses idées sans franchement
prendre le risque de se dévoiler par un mensonge.
Les chiites la nomment "taquiya"...
En revanche,"Carlos" (l'amusant
pseudo du supposé Guinéen) )ne pouvait guère
avoir oublié "Philippe", ce jeune cadre "politico-militaire"
"monté" tout exprès de sa province pour
le procès Geismar, un an avant, et qui avait repris en main,
entre la place des Vosges et l'Hôtel de Ville, des "troupes"
ébranlées par l'explosion, sans doute accidentelle,
survenue dans le coffre d'une "voiture d'appui", rempli
à ras bords de cocktail molotov.
Dès la concentration initiale au dernier échelon des
rendez-vous primaires, secondaires, et tertiaires, une militante
avait été grièvement brûlée. Il
avait fallu l'évacuer en catastrophe vers les urgences...
Ce "coup de chaud" (pardon) jette un froid...Mais nous
ne sommes pas là pour pleurnicher sur nous-mêmes. "Philippe",
dont c'est la responsabilité, impose le calme très
vite - "Cobra glacial"...
Et j' improvise en quelques secondes un scénario de rattrapage
- m'appuyant sur "Carlos" (Fofana), lui aussi impavide...Le
bas du visage masqué par un large foulard, il me donne un
bon coup de main - je n'ai aucune raison de me méfier de
lui, à ce moment...
A nous deux, pratiquement, suivis de loin par les plus courageux
rescapés du choc de la place des Vosges (dont Didier Costagliola
qui, me croisant, en juin 2007, dans une fête de Jalons, à
la boîte de nuit "L'Etoile", se félicita
d'avoir, ce jour là, amusante expression, "servi sous
(mes) ordres") nous parvînmes à remplir la mission
du jour, tant bien que mal: créer un abcès de fixation
sur la rive droite, aussi près que possible de l'Hôtel
de Ville - à défaut du Palais de justice protégé
par un dispositif inexpugnable, dans un Paris phénoménalement
quadrillé par des hordes de police en surnombre.
Nous devions attirer ainsi une partie du dispositif de CRS et des
"Brigades Spéciales", concentrées côté
Quartier latin. Libérant ainsi de l'espace pour nos forces
principales de la rive gauche. Avantage collatéral, nous
avions toutes les chances de provoquer ainsi un inextricable embouteillage
de "tuniques bleues", coincés sur sur les ponts
- cible "fixée", engluée, offerte...
Balançant quelques cocks devant nous, donc, sur le pavé
de la rue de Rivoli, nous y dissuadons, sans problème, toute
circulation des voitures.Même les conducteurs les plus nerveux
s'arrêtent gentiment, et restent sagement calfeutrés
à l'intérieur de l'habitacle, ce qui est raisonnable...
Les coudées franches, nous entraînons ce qui reste
du groupe de la place des Vosges, ceux que l'horrible spectacle
de la jeune fille brûlée par notre propre "matos"
(diminué d'autant, en quantité), n'a pas statufiés
sur place, ou renvoyés chez eux regarder les actualités
à la télé...
Notre petit "baroud" de diversion atteint son premier
objectif, les murs de l'Hôtel de Ville.
Là, derrière quelques fenêtres brisées,
quelques bureaux flambent. De quoi faire fonctionner notre "piège
à flics". Ils bougent, effectivement... Flammes à
l'Hôtel de Ville...Le spectre de la Commune...Début
de guérilla urbaine rive droite, imprévue...Il nous
suffit ensuite de continuer à les "fixer" un minimum,
en les faisant courir partout, dans la même zone, dispersés
en mini-groupes de harcèlement, sans prendre les risques
de contact au corps-à-corps...
Malheureusement, rive gauche, au même moment, échec
total, le bide...Trop de flics, trop peu de manifestants à
nos côtés.
Le profil d'apparatchik syndical roué et vaniteux,
affamé de micros, de caméras et de photos, du Geismar
de 1968 pèse.
Il n'enflamme pas le "mouvement la jeunesse".
La lassitude aussi, la peur - et le travail de sape de la Ligue
Communiste (pas encore "Révolutionnaire"). "Solidaire
d'Alain Geismar", mais "réaliste", et favorable
"à l'action de masse", du moment qu'elle s'avère
impraticable, Krivine s'oppose à l' "aventure"
de groupes de combattants d'une guérilla urbaine, mobiles,
au sein due l'impressionnant quadrillage. Comme il s'était
opposé à la montée sur Flins, pour aider l'émeute
ouvrière à se transformer, dans la même idée,
en groupes mobiles de harcèlement, en juin 1968.
Il nous fallut, le lendemain de notre échec
d'octobre, un sursaut de rage et d'orgueil, ou d'honneur,
pour que, récupérant, rue d'Ulm, un vieux copain de
lycée bordelais, philosophe brillant, "situ" acide
et pas militant pour un sou, mais "pas contre", j'aille
le prier, avec mon sourire le plus charmeur, d'avoir la gentillesse
de mettre à notre disposition pour quelques heures sa "piaule
" de normalien.
Il en fut honoré, et nous remercia, presque, de l'utiliser.
Pendant que d'autres allaient chercher un peu partout des bouteilles
vides, et tous les ingrédients nécessaires à
notre petite cuisine, nous pûmes y fabriquer, quasiment à
la chaîne, une petite centaine d'excellentes bouteilles incendiaires.
A la sortie de la chambre, nous allions, à deux ou trois
"ingénieurs", faire couler lentement, sur la paroi
verticale blanche et brillante des urinoirs de ce Temple incontesté
du savoir, quelques gouttes d'"acide sulfurique pur",
"concentré, industriel", sur le mélange
de poudres blanche et jaune (ou verte, j'ai oublié...) destiné
à l'allumeur scotch-papier des "cocktails", en
guise de test.
Les bouteilles elles-mêmes en étaient encore au stade
du "plein d'essence" (et d'huile) dans la chambre, suffisamment
éloignée, bourrée de polycopiés, d'énormes
dictionnaires, et de livres quelquefois volés - les "situ"...-
d'Edmond Husserl, Malebranche, Lacan, Baruch Spinoza, ou Heidegger...
Aux urinoirs, quand la minuscule goutte, rampant lentement dans
le sens de la descente, tombe enfin sur le tout petit tas poudreux
placé au pied de la paroi, un "pschiiiit" puissant,
déclenchant la flamme bleue, prouve que tout va bien - pas
d'erreurs de dosage.
Nous en aurons confirmation, quelques heures plus tard. Quand
notre colonne improvisée de 100 ou 150 combattants humiliés
par la déroute de la veille, et prêts à tuer
et à mourir, le jour de ce que nous tenons à
tort ou à raison pour le procès de la Cause du Peuple
elle-même, et pas d'un porte-parole de circonstance, "lourdingue"
et bientôt repenti, finit son parcours serpentant dans le
lacis de petites rues que nous connaissons sur le bout des doigts,
et déboule en plein cœur du dispositif ennemi, rue des
Ecoles - chassée de près, pourtant, sur ses arrières,
par des cars de C.R.S. à nos trousses, hurlant de toutes
leurs sirènes, englués heureusement dans un monstrueux
embouteillage...
C'est notre "opération fleur de Lotus",
ô Van Tien Dung...
Pris d'assaut sans mollir par l'avant-garde de la colonne - les
Renault... - le car de Brigades spéciales qui se trouve en
position statique à cet endroit, , pas de bol pour lui, n'est
bientôt qu'un immense brasier.
Sur ses lueurs se détachent les ombres affolées, frappant
des deux mains leurs tenues de combat pour tenter d'y étouffer
les flammes, des athlétiques "bestiaux", affûtés
comme des boxeurs, cruels et orgueilleux matraqueurs au long bâton
noir, souple, d'un peloton de policiers de choc spécialisé
dans les "ratonnades"...
D'un coup de baguette magique en forme de barres de fer défonçant
les vitres et leur grillage de protection, ridicule, ces puissants
taureaux de combat se sont métamorphosés en un troupeau
de bœufs affolés tentaient de s'extraire, en se bousculant
honteusement, comme ils peuvent, de l'incendie où commencent
à griller leurs infortunés collègues, mal placés,
loin des portes.
Mais chaque sortie du car d'un de ces couards les punit de leur
hâte, et de leur égoïsme. Barres de fer en main,
voire à poings nus, les prolos du Comité de Lutte
de Billancourt les assomment, un par un.
Dommage pour ceux qui "crament", comme pour ceux
qui tombent assommés, os brisés, ce sont des êtres
humains, comme nous -comme Tramoni...- mais ils ont choisi
le mauvais métier, la mauvaise spécialité dans
le métier, et le mauvais endroit, au mauvais moment...Et
c'est la guerre...
En charge de l'arrière-garde, avec Antoine de Gaudemar,
nous sommes, en hauteur, au spectacle. Avant d'aller, avec tout
le groupe, qui a à peine fait halte, charger, cette fois,
en pointe, un gros barrage à pied, véritable mur humain
aux casques scintillant à la lueur des lampadaires barrant
le pont de la Seine, à Saint-Michel.
Claude Lucas:
la haine de l'ouvrier voit
juste
Alertés par radio sur le "barbecue" où crament
leurs collègues "spéciaux", qu'ils admirent,
craignent, et méprisent, le tout en même temps (la
vie est compliquée), les C.R.S. de Saint-Michel, tétanisés
sur place, n'ont qu'une vague velléité de nous dégager...
Ceux qui l'ont, et suivent leur officier, s'arrêtent net,
comme lui, au premier "cock" qui claque, et libère
sa flamme haute...Ils ne chargent plus, c'est nous qui dévalons
sur eux, balançant les restes de notre production de la rue
d'Ulm - des petites canettes de bière, faciles à glisser
dans la poche, même, d'un blazer...
Il m'en reste tout de même une, quand, ayant donné,
avec les autres coordinateurs de la colonne, l'ordre absolument
formel de dispersion immédiate, je donne l'exemple
en me glissant, l'œil attentif à la présence
probable de "civils" en maraude ou déjà
"en filoche", dans la foule de badauds, vaguement approbateurs,
obturant la rue Gît-le-Cœur, échappée vers
la Seine...
Après un dernier regard dans le "rétroviseur"
d'une vitrine, pour couvrir mes arrières, je jette, l'air
de rien, le boudin- allumeur contenu dans ma poche droite. Dans
le ruisseau suivant, suffisamment éloigné, c'est le
tour de la canette de "bière" elle-même,
stockée côté gauche. Elle se brise sans bruit
dans une odeur d'essence...
C'était, comme on dit ailleurs, une "opération
ponctuelle à très haut risque". Un des
meilleurs de Renault, Claude Lucas, accompagné de Serge M.,
a la folie de "désobéir aux ordres".
Curieux de constater, in vivo, les dégâts causés
par notre furieuse charge au cœur même du dispositif
répressif - "fleur de lotus" entrouvrant ses pétales...-
il revient se mêler, discret, croit-il, à la foule
des passants anonymes.
Un rescapé du car de Brigades spéciales les reconnaît
tous deux, lui et son "pote".
Selon le rapport d'une de nos "sonnettes", une discrète
observatrice chargée d'observer la place, sans se faire remarquer,
un officier de CRS doit alors dégainer son arme de service
pour leur éviter d'être pendus, haut et court, à
un arbre.
Sévèrement lynchés, tout de même, ils
prirent, en prime, 18 mois ferme. Et Claude, comme il devait
le raconter, plus tard, devant le magnétophone de Virginie
Linhart (op cit), ou comme il le rappelait encore récemment,
à son "vieux frère", "Sergent-Chef"
qu'il passait voir régulièrement à son poste
de veilleur de nuit de Libé, n'ayant jamais
perdu le contact, est un de ceux qui gardent au cœur la plus
forte haine contre Geismar, July, Benny Lévy "et
toute la bande des traîtres pour lesquels on a tout donné,
et tout perdu".
A sa sortie de prison, et après, donc, les "Chrysanthèmes",
ce jeune ouvrier attiré par une formation intellectuelle,
avait pourtant gobé, quelques temps fasciné, les salades
"de haute philosophie morale" de Benny et la clique, dans
leurs séminaires crypto-rabbiniques...
Trente ans après, il vit dans une camionnette garée
ici ou là, pêchant de petits boulots en marge de chantiers...
Une des premières tâches que se donnera, d'urgence,
inch Allah!, le mouvement qui renaît aujourd'hui dans la trace
des maos, dans une boucle de spirale à nouveau ascendante
dont ce livre est le signe, sera de recenser, et si possible de
rassembler, tous les êtres détruits, après avoir
tout donné, et d'aller présenter à
qui de droit l'addition - peut-être ou peut-être pas
monétaire...
L'"indic"
et son Minox: le "flag"!
Fofana, donc, ce deuxième jour de combat, deuxième
manche, relance et revanche, n'est pas là. Mais il ne peut
pas avoir oublié notre coopération, sympathique, de
la veille, et le jeune "Philippe", vêtu, pour l'occasion,
et selon la consigne, d'une "tenue de camouflage" - blazer
bleu marine sur col roulé vert pâle, mocassins à
lacets, qui tiennent,pas de blouson- jean's-basket...
Bref, à Bruxelles, il me fait bon accueil.
Et notre plan marche, comme sur des roulettes. Retrouvailles, conversation
d'amorce, souvenirs d' "anciens combattants", bla-bla-bla,
discussion de fond, texte...Et en route!
Passage en France à pied, séparément, à
l'heure des frontaliers...Agence de location, faux-papiers, voiture...Un
petit voyage - avec un petit pincement au cœur à l'idée
de tomber sur un barrage de gendarmes. Patelins en série
conformes au plan repéré, et à la carte, fin
de parcours balisé, entrée du grand champ vide, notre
"parking". Personne. Normal.
Pas complètement idiot, le futur condamné à
mort qui s'ignore, distingue le taillis, et le trou noir de la caverne.
Et là - l'instinct du "pro" que visiblement il
est - il marque un temps d'arrêt. Il hésite à
descendre de la voiture..."Merde!...". - "Tu crois
vraiment?... Mais alors, où sont les autres bagnoles?"
C'est le moment décisif.
Va-t-il craquer, tout près du but, après tout ce "travail"?
Jetant l'arme fatale dans la bataille, je dégaine le plus
chaud et franc de mes sourires, et pique aussi - plus vicieux que
ça, tu meurs...- son orgueil:
"De quoi tu as peur? Ici, nous n'avons rien à craindre,
tu sais... Tout est organisé, blindé, nickel...On
n'est pas des charlots, qu'est-ce que tu crois? Chaque voiture est
laissée sur place, avec les clés. Une équipe
contrôle l'extérieur, de loin. Nous ne les voyons pas,
mais eux nous voient...Chaque fois que des arrivants pénètrent
à l'intérieur, ils viennent, et vont garer les véhicules,
plus loin...Comme des portiers de boîte de nuit, ou de grands
restaurants, à peu près...
Enfin, si tu ne te sens pas bien, moi, en tout cas, j'y vais. C'est
comme ça, on a assez traîné, ils nous attendent
pour commencer. Tu fais comme tu veux. Si tu changes d'avis, c'est
ton problème. Mais je ne te ramène pas. J'ai assez
perdu de temps. Démerde-toi..."
Il peut difficilement faire marche arrière, et dire qu'il
s'en va, comme ça, à pied, lui qui est "recherché",
et noir, en plus, au fond d'un bled paumé du nord plus blanc
que blanc. Voie de retraite coupée, coincé dans son
personnage et dans son rôle, il domine son intuition, et sa
peur. Il marche. Et nous marchons, enfin, tous les deux
dans le noir presque absolu du long tunnel, où le bruit de
nos pas semble lui-même absorbé par la champignonnière...
Prenant bien soin de n'éclairer que droit devant, et vers
le sol, du faisceau d'une lampe de poche volontairement faible,
je compte intérieurement. Cent-cinquante en principe."Cent-cinquante-six,
cent-cinquante sept...Mais qu'est-ce qu'ils foutent?" Ça
démarre d'un seul coup, sans un bruit, venant d'un renfoncement
plus sombre encore que le reste, invisible, côté droit.
Bim, bam, boum...Et voilà!... Emballez, c'est pesé...
Un peu secoué, sans plus, l' "interpellé",
accroupi contre un tas de pierres, me fixe, sans s'émouvoir.
Menotté dans le dos, un peu serré - et loin de tout,
sous la surface de la terre - il est trop tard, d'ailleurs, pour
le pathos.
A la fouille, avant même les premiers mots de l'interrogatoire,
qui va rester poli, mais ferme, c'est le cœur de "Gégé"
qui bat. Il trouve un objet dur, dans une poche d'aisselle. Un appareil
photo miniaturisé dernier cri, un "Minox" - à
l'époque cher, et rare...Pour un "réfugié
politique" aux abois, en principe sans le sou, convié
à une "réunion secrète", "avec
matériel, armes, etc", ça fait désordre...
Si ce n'est pas une pièce à conviction, ça
commence à y ressembler. Nous le lui faisons observer, sans
plus. Il ne pipe mot, et ne répond pas aux questions, balayant,
comme indifférent, l'épaisse obscurité du regard.
L'air préoccupé, oui, on peut le comprendre, mais
affolé, non.
Ceux qui nous l'ont "fourgué" et mis entre les
pattes, depuis 1968 déjà où "Dede d'Argenteuil"
- qui n'est pas sur ce coup - se souvient, aujourd'hui,
de l'avoir vu traîner, ne se sont pas moqués de nous.
C'est de la bonne camelote, pas de l'occasion. Du solide, "de
la marque" - comme le Minox, capable de fixer, même dans
les pires condition de mouvement, ou d'éclairage, "tronches"
à peine entrevues, plaques minéralogiques, documents
éventuellement, ou armes. Le top....
Des autres, il ne voit que des ombres, derrière des lampes.
Et n'entend que le bruit, toujours un peu troublant, surtout dans
le noir, profond, d'une culasse qui claque pour faire monter la
balle.
On se dirige vers la fin.
"Pour nous, c'est clair", dit Olivier - qui a omis de
se présenter et n'est qu'une voix grave, dans l'ombre, et
la silhouette d'un procureur synthétisant les conclusions
de son réquisitoire, "Il y a ça, ça et
ça.... Voilà. Pour nous tu es un flic... C'est carré.
Tu es condamné à mort. On te laisse trois minutes,
pour te préparer, dignement."
Les pas du "magistrat", accusation, président et
jurés à lui tout seul (pas d'avocat...) s'éloignent,
comme ceux des assesseurs, greffiers et juges, que le malheureux
condamné n'a même pas pu compter - d'ailleurs, nous
ne sommes pas dix, juste l'effectif qu'il faut, "maxima a minimis"
encore et toujours...
Nous restons face à face, lui, avec ses menottes, et moi,
la lampe plantée dans son regard.
Il ne cille pas, et pas non plus quand le son des pas revient, et
se rapproche. C'est l'heure. D'une surprise! La dernière:
"Tu es condamné à mort. Ça reste. Comme
tu l'as vu, on est pas des agneaux, mais pas des chiens, non plus.
Alors, on te laisse une chance. Pas deux. Tu sais comment ils font,
nos camarades chinois? Ils pratiquent la condamnation à mort,
avec sursis. La décision est prise: la mort! - Pour l'application,
on peut attendre...
Tu disparais, on n'entend plus parler de toi, jamais. Sinon c'est
boum!. Où que tu sois. On t'a retrouvé, on te retrouvera..."
Nous avions, comme on va le lire, assez sur lui pour aller jusque-là,
pas plus. Toujours dans le noir, sans même l'éclat
des petites lampes de poche, maintenant, pour le trouer, accroupi,
menotté, il est resté. Nous sommes partis. Sans nous
presser, et sans parler.
Par quel miracle a-t-il pu regagner la Belgique en quelques heures,
comme il l'a fait, cet homme en principe condamné, et recherché,
porteur de "bracelets" dans le dos, et dont l'allure générale
devait tout de même détoner quelque peu dans cette
région rurale du nord de la France profonde - où ne
circulent, à l'époque, que quelques rares "basanés"
parmi une écrasante majorité d'hommes et de femmes
d'allure un peu épaisse à la peau blanche?
Nous n'en avons rien su, mais considérons ce point, lui aussi,
comme à charge.
Si nous avions été suivis, nous, ou lui, et Fofana
"repêché", très vite, après
notre départ, nous aurait-on laissé repartir, en voiture,
de la galerie profonde dont le prisonnier, lui, n'émergeait
pas - pas sur nos traces en tout cas?
C'était prendre beaucoup de risques...
On peut tout imaginer, mais là, stop.
Le plus plausible est qu'étant parvenu à s'extraire,
ce qui a dû être un peu long, de la champignonnière,
il ait stoppé le premier véhicule venu, montré
ses menottes, raconté une salade quelconque, et demandé
qu'on le conduise à la gendarmerie la plus proche. Et qu'il
ait donné, là, un numéro de téléphone
de sécurité, connu par cœur...
Fofana, si c'est son nom, et à qui on tire ici son
chapeau - bel exemple, quel que soit son "job" ou son
camp, de maîtrise de soi, et de courage...- a pu
lire, comme tout le monde, avant de disparaître, effectivement,
pour toujours, le dossier publié sur lui par La Cause
du Peuple-J'Accuse (n 9 et 10, 23 septembre 1971, 15 octobre 1971),
sur la base des doicuments de la N.R.P.
Pas de preuve "flagrante" en effet. Pas de quoi tuer un
homme, donc, aussi sec - mais de l'effacer du paysage, tout en douceur,
si.
- Tentative d'incendie d'un foyer d'immigrés, avec fausse
revendication, préparée, au nom de la N.R.P. (1970).
- De prison, lettres (passant par le canal, il le sait, de la censure):
"Si les flics savaient ce qu'on allait faire, en réalité,
qu'est-ce qu'on prendrait" (avec une équipe de militants
honnêtes, abusés, il avait été arrêté,
à un contrôle - le coffre de la voiture plein de matériel
incendiaire, et explosif).
- Après une première arrestation, gare d'Austerlitz,
en février 1970, à l'issue d'un affrontement violent
avec la police, inculpation, puis remise en liberté, et cela,
sans mesure d'expulsion - alors qu'au même moment, tous les
immigrés ne serait-ce que soupçonnés d'une
simple activité politique, sans actes physiques, sont immédiatement
conduits à la frontière...
- Après condamnation, enfin, et "expulsion", le
11 juin 1971, reste sur le territoire où rien n'est fait
pour l'empêcher de se déplacer, en toute tranquillité...
- Récupération dans ses affaires, au cours d'une "perquisition"
sauvage effectuée à l'un de ses anciens domiciles,
d'échanges de courriers avec des diplomates américains
- dont certains par l'intermédiaire de la valise diplomatique...
Avant la décision d' "arrestation" et de "jugement"
par la N.R.P., un travail d'enquête et d'explication systématique
a été entrepris parmi les militants ayant été
en contact avec lui. Personne ne l'a défendu, au contraire.
Et surtout pas les ouvriers africains noirs des foyers, où
il déployait habituellement ses talents d'orateur, d'agitateur
et d'organisateur.
"Couvert", avant son "arrestation" par nos soins,
et, vraisemblablement (retour en Belgique), par les autorités
françaises, Fofana a-t-il pu être l'agent de services
de renseignements d'un pays étranger, s'ingérant dans
nos affaires?
Une piste guinéenne a été un moment étudiée.
Logique, si l'on prend en considération le violent antagonisme
entre le pays africain dirigé par Sékou Touré
et la France du général de Gaulle, après le
Non de ce pays au référendum proposant un mécanisme
d'indépendance-association, un peu à la manière
du Commonwealth...
Mais cette hypothèse de travail paraît peu compatible
avec le maintien, dans la durée, d'une protection par les
autorités françaises.
Il n'en va pas de même avec la piste américaine - puisque
les services de renseignement français, et la police, sont
à l'époque largement gangrénés par des
réseaux atlantistes, liés à la CIA.
Un mouvement d'immigrés africains, "maoiste", violent
ou même armé, jouant l'opposition avec "les blancs"
comme avec le gouvernement, pouvait parfaitement rentrer
dans ce cadre.
Mais l'hypothèse qui demeure la plus simple reste celle d'un
flic, militant "retourné" mis au service de la
police française (ou de réseaux parallèles
ayant, comme c'est souvent le cas, des racines africaines...)
Ces questions sont aujourd'hui derrière nous.
Innocent, et injustement calomnié, ou même juridiquement
diffamé, Fofana avait, de Belgique ou d'ailleurs, les moyens
de se défendre. Il ne les a pas saisis. - Aveu? L'absence
de tout mouvement en sa faveur, et contre nous, dans les milieux
populaires africains, et plus particulièrement dans les foyers
ou les bidonvilles où l'homme était allé redistribuer,
avec d'autres, les délicats petits plats "fauchés
chez Fauchon", va dans le même sens.
Je serai arrêté peu de temps après, sur la même
frontière belge - au cours d'une autre mission, banale.
Entre temps, d'autres soucis sont passés devant. Observateur
silencieux - "taquiya", toujours... - j'ai commencé
à me poser d'autres questions. D'abord, sur l'opération
elle-même, au-delà de sa réussite globale, réjouisssante.
- Et si la direction de la G.P. avait choisi cette occasion pour
envoyer un message, indirect, aux plus hautes sphères de
l'Etat, démontrant d'un coup, double, notre potentiel réel,
et ses intentions modérées, dans la préparation
d'un atterrissage politique, en douceur?
- Et si elle en avait aussi profité pour tester la résistance
à l'idée de lutte armée immédiate des
cadres les plus déterminés de la "branche armée"?
- Une N.R.P. dont, au passage, militant discipliné, actif
dans de petites tâches de "stagiaire" - filatures,
etc. - j'ai commencé à découvrir d'étranges
fissures..."Liaisons dangereuses", problème de
sexe, et d'immaturité. Un couple, dont les motivations réelles,
aujourd'hui encore, avec le recul, me restent opaques, est au centre
de l'appareil.
Elle a très vite jeté son dévolu sur "Antoine",
"Le Maréchal", le chef, garçon timide et
complexé, ni James Bond, ni Don Juan, maigre, avec un visage
ingrat. Elle partage sa couche, bientôt, et donc sa "planque".
Le "mari" de cette jeune ashkenaze mince aux beaux seins
lourds et aux grands yeux d'ingénue - ou de "salope"
rouée - semble ne pas en faire un plat.
Comme celle qui l' "abandonne" pour "le chef",
ce pied-noir sépharade, beau, viril, et séduisant,
s'est introduit dans la sphère de la Nouvelle Résistance
Populaire par "anti-fascisme", avant tout - plus que par
anti-impérialisme, ou anti-sionisme, même si lui, comme
elle, affichent consciencieusement l'un et l'autre...
Bref, le "mâle humilié" finit par "riposter",
tout de même.
Il "prouve" qu'il est "un homme", en mettant
la main sur ma propre compagne, brave militante qui m'a suivi sur
ce radeau de la Méduse barré par un Choderlos de Laclos
mâtiné de Gérard de Villiers, l'auteur, lui
aussi controversé, des romans policiers salés de la
série S.A.S...
Evidemment, dans l'atmosphère tendue de la clandestinité,
ça coince.
Les premiers roucoulements des tourtereaux ont eu pour nid douilletl'atelier
de fabrication de faux-papiers où ils sont tous deux affectés.
De mon côté, je suis parvenu à encaisser le
choc sportivement, en quarante-huit heures, à l'aide d'un
peu de vin blanc, quand "le groupe", évidemment
déstabilisé, nous pose gentiment la question de confiance,
qui n'avait pas été posée au trio "le
mari, la femme et l'amant" du premier chapitre du roman. Il
était possible de réagir en disant: "La N.R.P.,
ce n'est pas un bordel. C'est une organisation clandestine, sérieuse,
et au service du peuple. Tous ses combattants ne s'y engagent que
s'ils sont prêts aux ultimes sacrifices. Ils s'interdisent
toute aventure sexuelle susceptible de perturber, si peu que ce
soit, l'équilibre du groupe - dans l'immédiat, ou
à long terme. Donc, chacun mène sa vie amoureuse comme
il le veut. Copulation, oui, triangulation, non. Règle valable
pour tous. A commencer par le chef." Mais nous ne sommes pas
à l'A.P.L. (chinoise), une organisation sérieuse,
elle. Nous sommes dans la France du "Maréchal".
Le débat passe du plumard aux réunions internes, oui,
mais dans d'autres termes. C'est ma compagne et moi qui sommes sur
la sellette:"Soit vous choisissez de vous séparer tous
les deux, et dans ce cas, pas de problème. Soit vous décidez
de reformer votre couple, et dans ce cas, la situation devient trop
compliquée pour vous garder. Vous quittez tous les deux la
N.R.P. Et toi, Polo, comme tu es recherché par
la police, on te cherche une autre solution, genre départ
pour l'Irlande, comme ambassadeur spécial auprès de
l'IRA..".
Merci, c'est très gentil.
Je ne dis rien, j'encaisse, je réfléchis. Et
là-dessus - malchance? - une petite mission de rien du tout
sur la frontière belge, un retard au rendez-vous du
"contact Marie Jo", et me voilà en
prison, hors jeu pour un bon bail.
Ma détermination, profonde, faut-il croire,n'en sera pas
altérée, si peu que ce soit.
Mais c'est là que l'idée de mettre sur pied, dès
que les conditions le permettront, un "service de renseignement"
autonome et rigoureusement clandestin, en marge de la N.R.P., où
je garde des amis solides, muets comme des tombes, passe de l'hypothèse
de travail, à peine formulée, au projet... Suite
ici
|
(REBELLES,
VIII, "Maos, réseaux, Tao",
(suite de la col de gauche)
Le service secret de la
N.R.P.,
nouvelle terreur
de Benny Lévy
Le succès de l'opération "Fofana"
est la première incontestable réussite la
N.R.P. - depuis l'explosif avertissement donné au journal
Minute pour ses campagnes d'appel au meurtre, racistes
- opération techniquement parfaite, politiquement fonctionnelle,
et pleine de sens, mais plus "courte", tout de
même, moins complexe et moins élaborée...
Au lieu de nous égarer dans des tentatives aventuristes
d'enlèvements, plus ou moins "prises d'otages"
d'hommes politiques ou de grands P-dg, dans une politique un peu
"forcée", à la Tupamaros, aussi
spectaculaire que suicidaire pour un pays comme la France des années
70 - politique qui, très normalement, va d'échec
en échec - nous posons désormais les bases,
enfin solide, d'un instrument indispensable à toute stratégie
de résistance clandestine: un service "parallèle",
capable aussi de contre-espionnage - des "barbouzes"
mao...
L'enfant a fait ses premiers pas en amenant Fofana à
réveler de lui-même ("weï wu weï")
et bien malgré lui, ce qu'il est:
1 - par son adhésion franche et ouverte à
la stratégie de provocations sanglantes, militariste,
et de plus scissionniste, dont l'opportunité lui a été
offerte sur un plateau. - C'est un danger.
2 - par son choix d'emporter un appareil photo miniaturisé,
cher, à une réunion secrète sur "la
lutte armée" - il dispose des moyens d'un
agent secret au service d'intentions qu'il ne peut justifier, de
l'ordre du renseignement.
3- par son sang-froid de "professionnel"
dans la phase d'interrogatoire.
4 - par les complicités sans lesquelles il n'aurait
jamais pu, sortant de son trou, avec ses menottes, rejoindre, puis
franchir la frontière belge. Contacts chez les gendarmes,
donc le Ministère de la Défense (à l'époque),
ou dans un service de police - et système d'alerte.
5- par les mensonges où il s'enferre, à son
retour en Belgique, puis dans Le Monde. Il joue un jeu.
Pas le nôtre.
6- et enfin par sa disparition extraordinaire, véritable
signature d'un procès-verbal d'aveu - après
une phase de bravades, suivies de tentatives d' "intox",
mises en échec...
Mais ce succès ne fait que poser de nouveaux problèmes
à Benny Lévy - et aux siens:
- Les "groupes ouvriers anti-flics" devenues
"milices" d'usine, organisées, prolongées
elles-même par la "milice ouvrière multinationale",
de l'attaque incendiaire de l'ambassade de Jordanie à l'opération
"désarmer la police" (affaire Riss,
"Christian Fidaï!" ), avaient manifesté
les capacités d'action, indépendantes, de collectifs
de base prolétariens, politiquement et matériellement
organisés, opérant "à la
seconde", et capables de s'évanouir dans le paysage...
Ils ont aussi démontré leur capacité
à rebondir, dans un délai convenable, et à
rendre "coup pour coup", mais de façon
intelligente, quand un combattant tombe...
L' intégration prolongée au sein de la G.P.,
puis de l' "ex-GP", et toute la suite, de ces cadres ouvriers
"politico-militaires" s'est enrichie de "stages
ouvriers", voire d' "écoles de cadres",
et de saines lectures, bien conseillées.
Cette formation théorique complétant l'expérience
pratique les a maintenant équipés pour longtemps,
du "logiciel mao". Il structure désormais
leurs pensées, leurs actions, leurs vies - jusqu'à
ce jour, dans la plupart des cas.
Il s'est "enregistré dans le disque dur",
au plus profond de leurs consciences. Il y régit un principe
de créativité partagée, autant qu'il la stimule.
Ils ont intégré le principe d'une action d'ensemble,
impulsée et coordonnée centralement.
Et ces hommes et ces femmes, porteurs d'une rébellion
vivace canalisée par leur intellect "carré"
de prolétaires inscrits dans l'Histoire longue, et large,
ne sont donc pas prêts à troquer une soumission,
forcée, aux maîtres actuels du Capital, des usines
et de l'Etat contre une sujétion, nouvelle,
et "volontaire", à de nouveaux maîtres,
forts d'un nouveau savoir volé, lui, dans
la caserne d'Ali Baba des luttes - où tout un jaillissement
d'idées prend source.
Ce message est entendu, "en haut", et
"en interne".
Même s'il s'inscrit dans des silences, des gestes, des sourires,
et des regards, plus que dans l'évidence articulée
de phrases, de "positions", de discours ou de textes...
Autour de Benny, donc, l'émergence de ces
cadres ouvriers, autonomes, est source d'inquiétude,
bientôt désarroi, angoisse, à la limite de la
panique, de la terreur qui rend fou, sur un chemin de honte
menant dans une impasse, et, par paliers, vers la trahison,
définitive...
Il y a plus.
Ces collectifs prolétariens s'enracinent dans de grandes
usines, et dans des "zones usines".
Les cadres qui y émergent, et parmi eux, les O.S.
immigrés du prolétariat arabe de France, cœur
battant de la classe ouvrière du pays de la Commune, un siècle
après cet événement majeur, dans ces années
70, ne confinent pas leur vision aux limites d'un
horizon étroitement national.
Ils vivent aussi dans la pensée, constante, des
"frères" de Palestine, foyer
d'une nouvelle "zone des tempêtes"
passée, comme un tourbillon de tornade "surfant"
sur le grand océan, jusqu'à lécher nos côtes,
de l'Extrême au Moyen Orient, puis à la Méditerranée
toute entière, et de Hanoï, Quang Tri ou Cu Chi à
la casbah de Naplouse, Haïfa, Tel Aviv, Jérusalem, Jericho,
Jerash en Jordanie, Sabra et Chatila, faubourgs de Beyrouth, Tunis
où meurt Abu Djihad - sans omettre le défi
lancé, en septembre 1972, aux gros buveurs de bière
de la cruelle Bavière (Munich).
Comment ces cadres "émergents"
pourraient-ils subir encore longtemps la férule de
"petits seigneurs", rouges, clament-ils,
plus rouges encore que le rouge le plus vif - avides, en fait, à
l'évidence, de rejoindre, par la porte de service qui leur
est entrouverte, la "cour des grands" :
- Alain "B52", "face de lune",
tué par son procès, tumeur de son ego - et par nos
affiches le condamnant à renier à vie ce "chemin
de l'honneur" bien escarpé pour ses courtes gambettes
et son cœur essoufflé déjà par l'abus
de ripailles...
- "Pierre Victor" en passe de "dévoiler"
son "Retour" à Benny,
comme au pouvoir sacré du "Texte"
sur la Vie (la "théorie"
dominant la "pratique"), et
de la "Lettre" sur l'Être
pensant..."Camarade-dirigeant", "petit
Lénine" désarticulé en messager
d'un Dieu sans Nom dicible, tout d'imprécations impérieuses
et mystérieuses, de "commandements", de talion,
de guerres d'extermination "saintes",
bénies par Lui, et de vengeances allant jusqu'aux tortures
planifiées du "Très Haut",
porteuses de violences haineuses, en boucle...
Dieu du talion plus que Dieu du Pardon, Dieu sans amour
autre que celui des "siens", de ceux
qu'il a "élus", dont ce nouvel "interprète",
lui aussi convaincu, loin des discours égalitaires de sa
période d'intellectuel rationnel, maintenant vouée
aux gémonies, de faire partie d'un élite, infiniment
supérieure au "goy", ce sous-homme, cette
"semence de bétail"...
Dieu de la soumission, enfin de cet être
à peine supérieur à l'Arabe et au chrétien,
la femme, dans l'enfer carcéral d'un des tout-premiers"communautarismes",
perverse matrice de tant et tant d'autres - et qui se désigne
lui-même comme l' "Innommable".
- "Le Président" Theureau, "pine
d'ours" devenu grizzly grognon, buté, autoritaire,
castré dans ce qu'il avait de meilleur, la générosité
ouverte et tolérante qui faisait son courage
- "Le Maréchal" Rolin, paix à ce
qui reste de son âme, pour employer un vocable charitable...
- "Jean d'A" devenu Savonarole moralisant,
inquisiteur croquemitaine et pitoyable - qui avait, avoue-t-il aujourd'hui,
"fortuitement oublié" de partager avec
ses camarades du Comité Exécutif, le secret de "l'indic
Paul" (lire page)...Et cela, même
après le troublant "caca" du
parking De Wendel (voir page)...
- sans oublier le cauteleux "Eusèbe", fils des
cagots de la bourgeoisie lyonnaise, et non des canuts des collines,
avec sa baguette de pain sous le bras, sur le trottoir,
les jours de manifs "chaudes"...
-
- et même le brave "Tarzan", entortillé
maintenant dans les lianes-serpents des grands arbres d'où
il poussait, jadis, son cri de guerre. Il se prend de plus en plus
au sérieux, flatté par un entourage mal choisi, qui
se sert de lui. Il roulait ses gros muscles, maintenant
il roule sa caisse d'universitaire de seconde zone et commence à
pontifier comme le "directeur d'études"
qu'il va bientôt devenir à l'ENS de Lyon,
et qui refuse de revoir "de vieux copains" pour
"discuter de tout ça", puisque seuls de
"vrais historiens", labellisés
et diplômés, peuvent accomplir ce Devoir de
Mémoire.
Avec la montée en puissance de de l'Agence de Presse Libération
(A.P.L.), véritable "outil des luttes",
peu cher, simple et pratique (bien dans la tradition vélocipédo-militaire
de la bicyclette vietnamienne et de la petite roneo manuelle à
clapet, du même métal), la montée en force de
J'Accuse, puis la réussite de sa fusion avec La Cause du
Peuple, de nouveaux centres de développement sont
apparus: eux aussi se transforment aussitôt en nouveaux foyers
de contestation du pouvoir du clan Benny Lévy, et plus largement
du Comité Exécutif.
Les maos se situent, fécond paradoxe, dans une logique générale
d'"émergence" en
leur sein de "nouvelles forces de production"
politiques, brisant le carcan de "rapports de production"
( de direction, de pouvoir...) dépassés,
desséchés, morts, caducs. Et cela, d'un "front"
à l'autre. On pourrait multiplier les exemples...
Renforçant la poussée de cadres issus des luttes d'usine,
des cités populaires, et de la jeunesse prolétarienne,
des intellectuels-phares, "historiques", du mouvement,
comme Linhart ou Vernier, épaulé par Clavel, prennent
du poil de la bête - ou en reprennent...
Et voici qu'enfin l'affaire Fofana, noire cerise piquée
sur la galette des Rois au discret parfum de moisi de nos nouveaux
monarques en marche vers Varennes, vient donner un dernier coup
d'assommoir.
Succès à 200%, sur le plan politico-militaire, elle
vient semer le trouble dans l'autre partie, "molle"
de l'intelligentsia parisienne: celle sur laquelle Benny Lévy
pensait avoir assuré solidement son emprise, frange d'arrivistes
du savoir, qui, à l'image de "Glucks'",
n'a adhéré, chez les maos qu'à
ce qui leur semblait, ô grands nigauds, la figure, "antitotalitaire",
d'un nouveau pouvoir politique ascendant, et "dans le vent"...
Ceux-là craignent désormais que ce pouvoir, passant
de l' "émergence" à l'assurance,
soit...un réel pouvoir. Doté, de
ce fait même de ses organes de sécurité
internes, de ses "RG", de sa "police"...Dans
la perspective d'une "Nouvelle Résistance Populaire",donc,
qui ne soit pas du toc, de grandes phrases pompeuses bonnes
pour l'applaudimètre, ou un simple mot d'ordre pour faire
flamber les salles, mais prend dès aujourd'hui
au sérieux son nom, et son travail...
"On ne rigole plus".
On est bien dans "le mouvement réel, qui
abolit l'état actuel".Et, chez
les carriéristes du Verbe, plane le spectre
du piolet, planté dans le crâne du volubile Trotski,
pour "nettoyer le terrain", en en dégageant,
clair et net, les amateurs de masturbation politique,
en chambre, les coupeurs de cheveux en quatre et autres "diviseurs"
- à l'aube d'une guerre qui vient, contre un fascisme
qui monte, contre lequel il faut encore et toujours rassembler,
rassembler et rassembler...
Emule méthodique autant que créatif du Géorgien
impitoyable, comme du Hounanais Mao, Ho Chi Minh,
on l'a dit, nous a "montré la voie" en
allant se livrer au même travail, soigneux, de nettoyage du
champ opératoire, éradiquant sans pitié
l'intégralité des trotskistes tonkinois avant même
de songer au déclenchement du "soulèvement
de la vie" de tout le peuple vietnamien, enfin
uni comme les doigts de la main serrée, d'un "tsuki"
de karate...
Une volonté politique en armes commence à
s'affirmer
La première opération pleinement réussie d'
"effacement" d'un indic justifie pleinement
l'existence d'une branche armée centrale, complètement
clandestine, capable d'opérations complexes.
Un certain équilibre est donc restauré par rapport
à l'autonomie des "milices" - qui retrouvent
et reconnaissent un pôle de référence, facteur
de progrès technique et d'innovations radicales, exemple
de discipline et d'ordre, aussi...
Mais ce "bond en avant" se métamorphose
en motif d'inquiétude pour la poignée
d' "intellos" peu "liés
aux masses" et de peu d'expérience, dont
le cercle de "purs penseurs" aux mains blanches
se resserre autour de son gourou...
Dans la logique de développement annoncée, dès
le départ, par la G.P., et mûre pour de nouveaux progrès,
une volonté en armes s'affirme, porteuse d'une pensée
cohérente, et d'actes à la hauteur.
Après divers balbutiements - phase d'apprentissage
- cette volonté vient de se doter enfin,
c'est clair, des moyens de dépister et de détruire
les agents actifs ou passifs de la trahison, quels qu'ils soient
- flics infiltrés, agents de l'étranger, espions,
etc. Ou renégats...
"Objectivement", pour des dirigeants
hantés par l'idée de tout lâcher, de fuir, et
de détruire ce dont ils avaient initié la construction,
c'est une menace, latente.
D'autant que l'étau de la violence ne se relâche pas
dans les zones irriguées par la poussée mao: il ne
peut qu'engendrer de nouveaux "Christian Riss",
de nouvelles balles tirées "thorax gauche
plein pot", et de nouveaux drames, engendrant
à leur tour de nouveaux besoins de riposte, à hauteur.
Qui ne pourront pas toujours se limiter à
l'échange d'une arme administrative, chargée, contre
un pistolet d'enfant en plastique.
Avec l'outil qui est là, maintenant, disponible,
et qui a fait ses preuves, sans l'ombre d'un cafouillage,
il ne sera pas indéfiniment possible de dégager en
touche.
Fin 1971, donc, l'heure de vérité s'approche.
Et l'écart grandissant, "en haut" de la
micro-société mao, entre pensées qu'on cache
et pensées qu'on avoue, ne peut conduire qu'au pire.
"L'indic Paul"
(suite
ici) |
|
-
MAI 1968, MAOS, etc... -
Non à la révision
de l'Histoire
Non au au négationnisme
sous toutes ses formes!
-
Et NON à la CENSURE!
LA
VERITE VAINCRA!
LETTRE OUVERTE
A CLAUDE DURAND, "EDITEUR"
CHEZ FAYARD (P-dg. Groupe
Hachette/Lagardère)
Monsieur,
Dans un courrier électronique en date du 20 décembre (19H41),
en réponse à une patiente relance de ma part, vous me faites
savoir par l’ancienne assistante de Raphaël
Sorin, professionnel respecté de l’édition
française et jusqu’il y a peu “numéro
deux” d’une grande maison, elle aussi réputée
jusque là pour la qualité de ses livres, et son indépendance,
votre refus de publier l’ouvrage
que nous avions en projet, depuis plus d’une année, et sur
lequel vous avez reçu dans les délais fixé un manuscrit
de près de 500 pages, parfaitement en ligne avec un synopsis nourri,
précis et détaillé.
“Fayard a donc pris la décision de renoncer à l'édition
de votre texte. Nous vous proposons de tenter, puisque vous en avez encore
le temps, de trouver un éditeur (...).
Je regrette que nous nous ne poursuivions pas ensemble l'aventure, et
vous prie de croire, cher Jean-Paul, etc”
Raisons évoquées par votre courtoise et scrupuleuse assistante,
dans un bref et tardif message:
“Claude Durand a souhaité faire lire votre manuscrit avant
de le mettre en fabrication, et nous avons dû attendre quelques
jours le compte-rendu juridique de cette lecture.
Notre lecteur soulève des problèmes non négligeables
: votre témoignage, s'il est original, unique et attendu, présente
des risques de procès importants. Nous ne pouvons assumer d'être
certainement accusés d'atteinte à la vie privée ou
de diffamation. En second lieu, vous vous laissez régulièrement
et trop souvent aller à un lyrisme qui noie le témoignage
dans le discours militant, et détourne le livre de son objectif
premier: l'histoire vivante, directe mais analysée et analytique,
telle que le présentait votre synopsis.”
Comme je le lui ai aussitôt répondu, avec copie pour Durand
et Raphaël, je m’étais, très tranquillement,
très normalement, à ce que le texte fasse l’objet
d’un examen sérieux, suivi par une discussion de fond, les
yeux dans les yeux, en confiance, entre éditeur et auteur - avant
une nécessaire consultation juridique.
Les problèmes de diffamation ou d’atteinte à la vie
privée, rares à mon avis dans un manuscrit éminemment
historique et politique comme l’est celui qui vous a été
proposé, et qui ne sauraient être évoqués dans
le vague, en nuage de fumée commode, sont
des problèmes de technique d’écriture, et de choix
éditorial.
Ils sont le plus souvent faciles à résoudre:à condition
d’être identifiés précisément et traités
avec méthode, comme me l’a enseigné une expérience
de plus dans 20 ans dans la presse quotidienne et magazine, marquée
par quelques procès, le plus souvent gagnés...
La solution peut passer par des modifications
touchant expressions et tournures, par des suppressions de noms propres,
ou par des coupes de mots, de lignes, de paragraphes, voire de chapitres.
Etrangement, vous ne m’en faites
nullement la proposition, m’annonçant une décision
prise, et prise pour ce premier et principal motif - ou prétexte...
Quant au “lyrisme qui noie le témoignage dans le discours
militant, et détourne le livre de son objectif premier: l'histoire
vivante, directe mais analysée et analytique, telle que le présentait
votre synopsis”, c’est aussi quelque chose qui se discute,
et, le cas échéant, se retravaille, entre interlocuteurs
professionnels et de bonne-foi.
On aime ou on n'aime pas: mais je n'écris
pas plat.
Je suis prêt à
le faire, toutefois, si d'impérieuses circonstances l'exigent -
au risque de décevoir le lecteur...
Concernant la cohérence du manuscrit avec le synopsis, argument
dérisoire, nul besoin de polémique:les écrits restent.
Et chacun,
s’il le désire, va pouvoir désormais en juger, sur
pièces..
Le travail que je vous ai remis, fruit des réflexions et de l’expérience
de toute une vie d’homme engagé dans les combats de son époque,
et certes, non dénué de flammes, de parti pris, et, pour
reprendre les termes de Lilas S., votre assistante, d’un certain
“lyrisme” n’est pas au-dessus
de toute critique.
Il méritait un examen sérieux et attentif,
un dialogue éditeur-auteur et d’éventuelles modifications
toujours envisageables, qu’il s’agisse du droit, ou du ton,
pour un document “original, unique et attendu”, selon les
termes de votre scrupuleuse employée et porte-parole, pour ne pas
dire cache-sexe - à quelques mois du quarantième anniversaire
de mai 68, dont la célébration ne saurait dignement être
amputée, et de quelle façon, par cette modeste contribution.
N’ayant, dans ces conditions, pas de temps à
perdre, je ne gaspillerai pas plus longtemps le vôtre. Comme on
dit chez le petit Lagardère, "fils de", et "frère
de l'autre", qui vous finance, le temps, c’est –
aussi – de l’argent. -
Pour vous, comme pour moi. Sans plus.
J’en reste là, donc, sans mendier l’ entretien direct
en tête à tête qui ne m’a pas été
offert, pour une discussion courtoise, mais franche, et les yeux dans
les yeux, comme c’était l’usage jusqu’ici dans
l’édition française -ou ce qu’il en reste.
Responsable devant l’Histoire, comme devant d’ anciens frères
de combat, vivants ou morts, à qui ce livre prétend notamment
rendre hommage, et devant la centaine de survivants, rescapés avant
tout ouvriers, notamment immigrés ou ex-immigrés, et paysans
aussi, qui ont bien voulu m’accompagner dans ma réflexion,
et guider mes souvenirs et mes recherches, responsable aussi et surtout
devant les générations futures, à commencer par mes
propres enfants, à qui je n’entends donner l’exemple
que d’un comportement bien dans la ligne d’une culture de
Résistance et de Défi qui fut la nôtre après
avoir été, avant la mienne, celle d’un père
pétri d’héroïsme au cours des années sombres
d’indignité, de censure, de bassesse et de mensonge, qui
furent les siennes et demeurent les miennes, je ne peux pas me “coucher”.
Comme on pourra, malgré vous, le lire, je ne l’ai jamais
fait, et je ne le ferai pas.
“Rebelles” était le titre que je vous avais
proposé pour cette “histoire secrète
des maos de la Gauche prolétarienne” - et ce qui s’ensuivit
(1967-2007).
“Rebelles” nous fûmes, rebelles nous restons,
à quelques puantes exceptions près, contre l’ordre
de l’argent, des petits marquis de Neuilly, des marchands d’armes
besogneusement travestis en marchands de papier imprimé, de leurs
valets, de la médiocrité culturelle, de la censure et finalement
de la vulgarité, qui dit tout.
Retravaillé en commun, et dans la plus grande transparence, à
découvert, ce livre, qui vit, quoi que vous en ayiez, vivra.
La vérité vaincra!
- Un appel est ici lancé à tous ceux que ce combat concerne
pour qu’une édition libre, fruit d’un travail toujours
plus largement partagé, digne de la tradition française,
et digne de nous, vienne perturber, en mai 2008, le chœur des prosternés.
Sans plus de politesse, la grossièreté étant, dans
certaines circonstances bien précises, la plus haute forme de respect
d’autrui, et de soi-même...
Jean-Paul CRUSE
Journaliste et écrivain indépendant – et “rebelle”...
PARIS
Une
souscription est ouverte pour
faire paraître, marche ou crève!, le livre. Elle commence
à bien marcher. Pour rendre l'opération jouable, de
premiers extraits choisis du manuscrit, qui n’est, à
ce stade, qu’un document de travail en attente de corrections,
d’ajouts, de coupes et de modifications de fond, ou de ton
- et de conseils juridiques... -sont à la disposition de
chacun, sur ce même site.
Afin “que le peuple prenne
la parole, et la garde”, pour reprendre l'apostrophe du grand
Maurice CLAVEL, libérateur, les armes à la main, de
la cathédrale de CHARTRES, "mao-gaulliste",
mouchant le piteux DUHAMEL à la télévision
après un acte de CENSURE
S'adresser à ShaoShan,
ici, ou directement à Jean-Paul CRUSE - imbongi@wanadoo.fr
SUITE DU FEUILLETON:
ICI |
i
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(...)
REBELLES, VIII
"Maos, Réseaux, Tao - "l'indic
Paul" (suite)
Mais les choses seraient simples, encore,
si Fofana était le seul atout, caché, dont
disposent, ou disposaient, les ennemis de "La Cause..."
- et donc la seule "cible" offerte aux
combattants clandestins maintenant rodés au travail de
"nettoyage", acharnés à poursuivre,
quel qu'en soit le prix pour eux, et pour d'autres encore, la marche
entreprise à Flins...
"Vingt ans après", en
1991, donc, les « révélations »
à grand fracas du commissaire des R.G. Jacques Harstrich
viennent susciter des questions, saines, sur le roman de
cape et d'épée non dépourvu de sa part d'ombre,
et de mystères, que fut toute cette histoire.
Expert de l’infiltration et de la manipulation de l'O.A.S.,
jusqu'à sa liquidation radicale, enfin, Harstrich est extrait,
au début des années 1970, du "placard" où
l'étendue de son savoir, et les secrets qu'il tient, l'avaient
pour longtemps enfermé.
On le prie de reconvertir ses talents dans la lutte anti-maos. Il
s'y colle.
Ce policier subtil et réservé, sollicité par
le ministre de l'intérieur Raymond Marcellin lui-même
de mettre ses qualités, enfin reconnues, au service du combat
contre la Gauche prolétarienne et ses multiples avatars,
dès lors "priorité nationale",
attendit un délai raisonnable de 17
ans après l'assassinat de Pierre Overney, en 1972, premier
coup de gong, de 18, après la destruction "officielle"
des maos, en 1973, qui semblait sonner
le glas, et de 14, enfin, après l'exécution
de Tramoni, l'assassin d'Overney, capable de réveiller les
morts, pour rendre publique certaines données.
Dans un livre de Mémoires, "RG, 20 ans de police
politique" (Calmann-Lévy), réalisé
avec la collaboration de "Fabrizio Calvi" (Jean-Claude
Zagdoun, un "ex-mao" lié à la "bande
de Melun" de Gilles Millet, Claude Maggiori, Jean-Michel Caradech,
Maurice Marais, Béatrice Vallaeys, etc.), le flic
prétend révéler l'existence d'un indicateur,
manipulé depuis le début au sein de la direction centrale
de la G.P.
Le Comité Exécutif lui-même, écrit-il,
était "plombé".
L'ouvrage fait donc un certain bruit, et rapporte un peu d'argent
à Jacques Harstrich en tout cas, sinon à sa petite
plume et caution "de gauche", Calvi-Zagdoun,
lui-même informé, conforté et conseillé
par Frédéric Laurent (G.P. de Nice, fondateur de Libération,
devenu secrétaire particulier du conseiller spécial
de François Mitterrand pour les affaires de renseignement,
François de Grossouvre, l'ami et protecteur du capitaine
Barril, jusqu'à sa mort, étrange, d'une balle de 357
magnum en pleine tête, dans son bureau surprotégé
de l'Elysée, en 1994).
Selon le R.G.Hartsrich et le brave Zagdoun, auteur
de nombreux livres solides, nourris d’excellentes sources
au sein des services de renseignement américains (NSA, DEA,
à défaut CIA...), les services de police français
tenaient depuis longtemps sous leur contrôle un ouvrier
issu d'une prestigieuse région de luttes, figure de la Résistance,
puis d'importants mouvements grévistes au sein de la CGT
des années d'après guerre, et de mai 68, devenu l'un
des "vétérans prolétariens" du Comité
exécutif (C.E.) de la GP, dès les tous premiers
temps...
La rumeur enfle dans Paris.
C'est à coups de mauvaise bière tiède, dit-on,
et en matant discrètement des go-go girls de basse caste
aux chairs blanches tremblotantes, ou plus rarement, compte tenu
des limites des "notes de frais" ou même
des "fonds secrets" attribués aux R.G.,
de ravissantes call-girl de la couche sociale "moyenne-supérieure"
dans le quartier des Champs-Elysées que l'imperturbable commissaire
« traitait » celui qu'il livre
à la vindicte publique tout en prétendant hypocritement
protéger son identité - masquée sous le faux
prénom de "Paul".
Joseph Tournel
Le tout-Paris du repentir « mao »,
devenu « la secte des « ex»
en fait, ses gorges chaudes.
L'identité de "Paul" circule sous le manteau
dans le cercle des initiés.
Ce serait Joseph, un des premiers dirigeants ouvriers
de la GP, vétéran de la CGT et du PCF de l'époque
héroïque, de la Résistance patriotique anti-nazie
aux grèves insurrectionnelles des mineurs de charbon du nord,
réprimées par l'armée, en 1948...
Il était devenu très tôt l'icône
prolétarienne de Benny Lévy, qui, l'ayant
"dragué" dans la rue, en mai 1968, l'impose
très vite au tout premier Comité Exécutif en
compagnie d'un autre ancien mineur, issu de la même région,
et de la même tradition historique, mais d'une étoffe
toute autre, André Théret.
Membre permanent du noyau dirigeant, avant et même après
l'interdiction légale du mouvement par Raymond Marcellin,
son patronyme complet ne sera mis sur la place publique que dans
le livre de Jean Guisnel, élève instituteur
breton anti-militariste longtemps journaliste à Libé
devenu, après mûre réflexion, le prospère
spécialiste des questions de Défense au peu gauchiste
Le Point ("Libération: la biographie")
publié en 1999, juste après la mort de Joseph, aux
éditions La Découverte - sous forme
d'une petite note en bas de la trente-neuvième page...
Guisnel n'est pas parfait. Qui l'est?.
Ceux qui ont de la mémoire gardent en tête ses immortels
papiers sur l'affaire Greenpeace. Toujours consultables
en archives, ils pèsent le poids de ceux d'Edwy Plenel,
qui, avant d'arranger tout le monde avec la "découverte"
de la "troisième équipe" de nageurs
de combat français venus faire exploser le navire de la puissante
association écologiste - une affirmation sans preuve, elle
déjà... - traitent avec dérision la seule éventualité
d'une implication, éventuelle et indirecte, des services
"secrets" de la France "socialiste"
dans ce meurtier attentat, stupide. Tous deux se moquent,
dans leurs papiers, de la mise en cause de la DGSE par d'authentiques
professionnels, de plus, eux, courageux, Pascal Krop, alors
à l'Evénement du Jeudi, créé par JF
Kahn avant Marianne, et Jacques-Marie Bourget, ancien de
l' Aurore (le journal du Zola de "J'Accuse" passé
de la défense du capitaine Dreyfus à celle
de l' "Algérie Française", de l'OAS et d'Israël),
alors à VSD, et "transféré"
depuis à Match, avant d'être grièvement
blessé par la balle d'un "tireur d'élite"
de "Tsahal", en Palestine occupée
(Ramallah)...
Guisnel ne peut pas passer non plus pour un historien rigoureux
du mouvement mao, qu'il a, certes, vaguement côtoyé
dans ses jeunes années. A preuve, le traitement qu'il réserve
aux combats incessants menés contre Serge July par l'atypique
CGT-Libé, longue et impitoyable "guerre
secrète à Libé", pourtant
dans le cœur de son sujet, dans le même livre.
Mais sur l'identité de "Paul",
il "touche". Il tient enfin son
"scoop" - souillant sans preuve un vieux
militant ouvrier des mines, à peine un an après sa
mort...
Il est temps, donc, de réhabiliter Joseph Tournel.
On va le faire - mais "à
la chinoise", en oblique, donc, et pas n'importe
comment. C'est la guerre...
L'ancien mineur était surtout connu pour sa vibrante « croisade »,
devenue celle de La Cause du Peuple toute entière, contre
le notaire Leroy de Bruay en Artois (le premier « scoop »
frelaté d'un futur "patron de presse",
aujourd'hui au rancart "dans les poubelles de l'histoire",
Serge July).
Et c'est maintenant sans pitié et sans considération
pour le pauvre vieux mineur en retraite, "lynché"
avant jugement comme avant lui, et de son fait, le notaire Leroy,
sa tête de turc dans l’affaire de Bruay, que les anciens
dirigeants repentis de l' "ex-GP", après
avoir hissé Tournel dans leur cénacle, recrachent,
à cette occasion, l’ « ouvriérisme"
qui avait pu être le nôtre - mais avant tout le leur...
Ils avaient en effet imposé une politique hâtive de
promotion de « prolos » recrutés à
la va-vite, sans examen et sans prudence, et poussés prématurément,
hors de tout contrôle, à des postes de responsabilité...
On leur ouvrait l’accès, dans le cas de "Paul"-Joseph
en tout cas, aux informations les plus « sensibles »...
Certains d’entre eux avaient tout, en effet, comme l’explique
Harstrich, pour devenir la « cible » privilégiée
des RG, dans leur travail d'infiltration de la GP.
Ouvriers, ils bénéficiaient à nos yeux d'un
a priori favorable, et d'un effet d'image - devenu halo, trompeur.
Pour qu'ils attirent l'attention des R.G., puis tombent entre leurs
mains, pour les plus faibles d'entre eux, il suffisait simplement
que ces militants se soient un jour compromis, ou cru compromis
- ou qu'on les eut sciemment compromis - dans de
mauvaises histoires de dettes, de vols de voiture, cambriolages,
ou autres petits délits. Ou mieux encore dans des
affaires sexuelles dont la révélation risquait
de faire des dégâts dans leur proche entourage. Surtout
s’il y avait la possibilité d’y impliquer de
jeunes mineur e s…
Joseph n'est pas Gitton
Un dirigeant du PCF nommé Gitton fut abattu par le "détachement
Valmy", une unité spéciale ultra-secrète
du Parti Communiste clandestin, pendant la guerre, pour trahison.
Son histoire était minable simple, et triste.
Il avait été surpris un jour par un vulgaire agent
de police en patrouille de routine « sur les fortifs »
de la périphérie de Paris (l’équivalent,
aujourd’hui, des grands boulevards à « tapineuses »).
Il était en train de se faire, benoîtement, paisiblement
et banalement, « sucer le sucre d’orge ».
Et cela par une femme. Une prostituée. Même pas mineure.
Bien pris en main par la police, il perd pied, panique - et se met
« à table ».
Il révèle de médiocres secrets du Parti, sans
valeur. "Peanuts!". Il se trouve dès lors « tenu »
par les p.v. qu'il a eu la sottise de signer, et qu'on peut faire
circuler pour le "cramer" auprès de ses camarades.
Pire, il est « sous-traité », plus
tard, par la police « française » à
ses tuteurs allemands de la Gestapo - ayant d'ailleurs "flirté"
avec les Doriotistes.
Il mérite là, de fait, pour les révélations
d'une véritable gravité d'un ancien "secrétaire
à l'organisation", en cette période dangereuse,
la sanction sans appel des impitoyables tueurs de "Valmy".
Mais rien de tel n'arrivera au malheureux Joseph, sali simplement,
jusqu'à sa mort, récente, par la prolifération
de détails plus ou moins ragoûtants venus enrichir
le récit - ou la légende...
Il profitait, raconte-t-on dans les soirées "branchées"
où s'épanchent les "ex", de ses « montées »
à Paris, modestement financées par notre minuscule
"trésor de guerre", pour faire à sa vieille
et brave épouse de Robreuve-Ranchicourt – une « femme
du nord » typique, traditionaliste et forte en gueule,
devant laquelle ce truculent et combatif militant prolétarien
déjà quinquagénaire ne faisait pas le malin
– le degré zero, ou zero virgule un, de l’infidélité.
Le "vieux" se rendait en douce dans un vieux cinéma
porno pas cher et tout crasseux – Pigalle... Il prenait plaisir
à y mater les « binettes », et le reste,
de « porno-girls » de basse caste.
Elles le changeaient un peu de la "tronche" de Michel
Droit, le Poivre du temps, sur les écrans de télé
du 20 heures - en compagnie de bobonne...
Les RG le filochaient. Ils auraient saisi son point faible. A l’issue
d’une longue traque (on l’imagine, pénible...)
les fonctionnaires de la Préfecture de police de Paris auraient
finalement surpris le père Joseph, « flamberge
au vent », braguette ouverte dans l’obscurité
de la petite salle - avec, cerise sur le gâteau, les preuves
les plus juteuses et les plus grasses d’un délit pourtant
solitaire, et mineur, d' « outrage public aux bonnes
mœurs »…
Pas de quoi fouetter un chat, mais Joseph, paniqué, aurait
craqué – et serait devenu, sans « casse »
mortelle pour lui, heureusement, malgré les « révélations »
de Harstrich, le « Gitton de la GP ».
Ensevelir et Joseph et l’ « ouvriérisme
benêt » des maos sous une avalanche de ragots,
de rires gras et de rumeurs méprisantes: cette campagne a
évidemment un but.
Au-delà de la "cible" "Paul"-Joseph,
les repentis sautent sur l'occasion pour tenter de justifier, après
coup, l'auto-dissolution liquidatrice du groupe dans son ensemble.
On dénigre ainsi le sérieux de l’"aventure",
comme les mérites, les sacrifices, et les actes d’engagement
authentique d’une génération entière
de militants.
« Infiltrés jusqu’à l’os",
« en plus, par leurs prolos », ils n'auraient
jamais agi, au fond, que sous l’œil passif des
RG, servant une stratégie de manipulation, obscure, du Ministre
de l’Intérieur, leur maître réel - ou
d'autres, dans les ombreuses et diverses allées
du pouvoir...
Mais peu de nos anciens amis se sont posé, alors, deux
questions. Elémentaires.
1. Quelles sont les preuves, à part les
insinuations d'un R.G., cautionnées sans recul par un vague
sympathisant devenu "journaliste d''investigation" connu
pour la qualité de ses sources chez ses nouveaux amis américains,
puis par quelqu'un comme Guisnel?
2. Si le mineur Tournel a bien été un "indic"
important, placé en un endroit stratégique -
une "qualité » rare, qui se bonifie avec
le temps - pourquoi le Commissaire Jacques Harstrich, un
« grand » de la profession, laissant peu de
place à l’improvisation et au hasard, s'est-il
privé de cet atout maître, en jetant
en pâture aux chiens ce précieux collaborateur?
Pour les beaux yeux de Fabrizio Calvi? - Peu probable…
Pour servir les projets des repentis de l'ancienne direction mao
en faillite ?- Pourquoi pas? Mais à
cette date, c'est tard.
Au moment où le livre du flic paraît, à
l'inverse de la plupart des « intellos » ramollos
du C.E, Joseph n’a pas mis un point final à un parcours
commencé dans l'enfer des mines de charbon et les corons
du Nord.
Comme la quasi-totalité des ouvriers de
la GP, et contrairement aux "intellectuels petit-bourgeois"
qu'une action politique "remboursée" par un repentir
spectaculaire a hissé vers de meilleurs places, et le plaqué-or
de petites positions de pouvoir dans les basses-cours de la culture,
il s'active toujours là où il peut, comme il peut.
Il vit entre son petit village du nord et un théâtre
militant de la rue Mouffettard, centre d'activités multiples.
Il est en contact avec toute une mouvance de jeunes lycéens
de la génération post-mao, lancés dans le grand
bain puis lâchés en pleine mer, sans aide, sans formation,
sans encadrement aucun - et "enragés" - qui n'ont
retenu des maos que la violence, et sont fascinés par la
brutalité de masse anarchisante des « autonomes ».
Ils admirent, naïfs, la caricature de "lutte armée"
d' Action Directe, qui, sur les débris incultes et dépolitisés
d'une frange de l'"ex-GP", ne fait pas son deuil de "l'idée
du fusil" - mais manque de plomb dans la cervelle, fait n'importe
quoi, et en prend, inévitablement, plein la tête...
Si l' histoire de Harstrich-Calvi-Guisnel est vraie, la « mort »
(officielle) de la Gauche prolétarienne n’a
donc pas fait baisser la « valeur » (policière)
que l' "indic Tournel" représente sur le marché
aux mouchards. Bien au contraire...
Tramoni: le vieux mineur du nord savait
Pour une mouvance explosée, perdue et démoralisée
de "liquidés", Joseph était resté
tellement présent que, selon des sources on ne peut
plus sûres, mais qu’il nous sera pardonné
de ne pas citer nommément, un des groupes
qui avait entrepris de rechercher, pour l’abattre,
Antoine Tramoni, l’assassin d’Overney, avait
pris le risque d 'inclure l'homme de Bruay dans une
« tournée des popotes » des
« grandes figures militantes » du mouvement
dissous dont ils se voulaient les continuateurs.
Les "jeunes" souhaitaient consulter les
"anciens" sur l'opportunité du "flinguage".
Ils avaient été demander son avis, notamment, au bon
Joseph.
Alors?
L'« indic » (s'il l'a été...)
du commissaire Harstrich s’est-il tu sur la préparation
de ce meurtre?
A-t-il osé prendre sur lui de cacher à son « traitant »
une information opérationnelle des plus sérieuses,
et de nature criminelle?
C’est une chose qui arrive, c'est vrai.
Et c’est souvent le problème des gens de la P.J. en
matière de banditisme. Ils se font "doubler" plus
souvent qu'à leur tour - même et surtout par leurs
plus fidèles informateurs...
Les personnages complexes et souvent tourmentés que
sont les indicateurs de police ne « balancent »,
en général, que parce qu’ils pensent n’avoir
plus le choix, ayant été "piégés".
Ils s'efforcent de sauver ce qu'ils pensent être leurs intérêts
vitaux- par le pire des moyens. Mais ils ne « donnent »
pas tout. Hommes ou très souvent, hélas, femmes, ils
font de la rétention d'information: par amour pour quelqu'un,
par amitié, par intérêt - ou même par
un sursaut, tardif, de dignité.
Ils restent des êtres humains.
Quand il l’apprend qu'il est à son tour
"cocu", après avoir été
coucher, amant vainqueur, dans le lit de sa "cible",
le flic se venge. C'est un homme lui aussi, humilié, furieux.
En guise de "riposte", il n'hésite pas à
devenir lui-même « l’informateur »
d’une ancienne victime de son propre informateur. Mise « dans
le secret », celle-ci s’en va ,survoltée
et naïve, « règler ses compte »
- et ceux de son "traitant" qu'est désormais le
flic. Celui-ci se fait alors de nouveaux « amis »,
"correspondants", ou "cousins". S'il réussit
cette nouvelle "manip", le policier tentera d' utiliser
encore celui qui est devenu son nouveau jouet, après avoir
été dans son viseur. Il a maintenant gagné
sa confiance.
C’est un petit jeu, dangereux. Il peut durer longtemps.
Dans le cas qui nous occupe, Harstrich aurait choisi de « punir »
son informateur infidèle, coupable de « trahison »
à son égard. Mais il n'aurait pas choisi de le « balançer »
à d’éventuels tueurs maos – il en restait,
pourtant, sur le marché, et pas tous forcément inconnus
de lui...
Il l'aurait bien "donné" – mais par le biais
du livre.
Mais une seconde hypothèse existe.
Elle est un peu plus compliquée.
Le pouvoir savait pertinemment que l’auto-liquidation de l'
"ex-GP", après le sabordage organisé par
la quasi-totalité de sa direction, n’avait pas, loin
de là, mis fin à la « saga des maos »
- et ne risquait pas de le faire...
Il était logique, en haut lieu, d'imaginer que de probables
«mao continuateurs » choisiraient comme premier
signe de la poursuite de la « Longue Marche »
entamée, entre Montrouge et Flins, au printemps 1969, l’exécution
de l’ « assassin de Pierrot ».
Harstrich, d'une sensibilité politique proche des "gaullistes
de gauche", aurait voulu observer « la suite »
au plus près, et « in vivo » - voire
exercer une influence, directe ou indirecte, sur une petite force
dynamique, n'ayant pas peur de grand chose, et qui avait de longue
date fait ses preuves sur le terrain des luttes populaires comme
de l'action directe anti-impérialiste - dans le droit fil,
au fond, de la politique étrangère qui avait été
celle du général, et que Giscard, comme son rival
Mitterrand, menaçaient de liquider...
Les flics avaient peut-être, enfin, des raisons de faire taire,
ou, mieux encore, de laisser "fumer" par des « inconnus »
capables de le rester, un exécutant-exécuteur qui,
comme beaucoup de petits fonctionnaires de la mort, avait peut-être
fini par en savoir trop sur les secrets de la sécurité
interne à la Régie Renault et des réseaux de
l'ombre, politico-policiers, placés à son service
ou la manipulant sous couvert de protéger "les intérêts
de l'entreprise". A commencer par l'identité et la fonction
du "deuxième homme", parfaitement visible sur la
photo de Schimmel, qui, se tenant légèrement en retrait
du tueur, les mains sur ce qui semble être une deuxième
arme, dirigée, elle, vers le sol, en position d'attente et
de couverture.
Faisait-il partie lui aussi de la "volante" dirigée
par un certain Morrachini - un nom connu en Corse, dans le milieu
de la magistrature et le milieu tout court?
Toute enquête militante sur les circonstances précises
ayant entraîné la mort, sans doute sur ordre, de Pierre
Overney, ayant elle aussi été liquidée, comme
toute mobilisation digne de ce nom le jour de la première
mise en liberté de l'assassin, puis de la deuxième,
et de son scandaleux simulacre de procès, il restait du grain
à moudre...
Weï Wu Weï: l' "agir par
le non agir"
est une forme de l'agir...
Dans cette hypothèse, donc, on aurait bien reçu
de Tournel des confidences sur le projet d’exécution
de Tramoni. Mais on se serait soigneusement abstenu
de « faire remonter l’info »
à qui de droit.
Et surtout pas au principal intéressé
- qui aurait alors pu se protéger un minimum, déménager,
changer de vie, et de ville, et tout faire pour ne pas mourir…
L'attitude adoptée, après mûre réflexion,
aurait été de « laisser faire »,
tout en gardant « un œil sur le sujet »,
selon le principe taoiste essentiel à la culture de l'Asie
profonde, cher au subtil Zhou Enlaï comme à son disciple
Kangshen, les fondateurs des services de renseignement du président
Mao, restés ceux de la Chine actuelle: "agir
par le non agir"..
.
En laissant les " mao continuateurs"
s'abattre sur leur cible, et donc, au passage, se dévoiler
un peu, on se donnait les moyens de résoudre «plusieurs
problèmes en même temps »
(comme on dit dans le langage feutré des « services »,
à propos des "cadavres exquis"
des grands meurtres:
1. Permettre la sortie de scène, avec une grande
économie de moyens, d'un « homme qui en savait
trop », qui avait « accompli
sa mission dans le monde », et méritait,
donc « de quitter, vite et sans trop souffrir,
notre vallée de larmes ».
..
2. Et dans le même temps, mieux observer et mieux
connaître ceux qu'on ainsi avait ainsi laissés "sortir
du bois", au prix d'un petit meurtre, sachant
que, d'une manière comme d'une autre, ils ne resteraient
pas éternellement l'arme au pied...On pourrait dans
ces conditions les contrôler en les guidant, de loin, sans
avoir l'air, vers des fins lointaines...
Un « agir par le non-agir »
des R.G., ou plutôt des "réseaux"
parallèles, conforme à leur manière
- et qui a effectivement fonctionné, c'est sûr, dans
la gestion, au même moment, d' Action Directe, devenue un
instrument de déstabilisation de la gauche institutionnelle
aux portes du pouvoir, à la fin des années 1970, puis
un outil parmi d'autres pour résoudre les difficiles équations
de l'algèbre franco-iranienne (Eurodif, otages,
attentats, etc.), avec l'élimination de braves gens
qui gênaient un nécessaire compromis avec l'Iran (années
80), du général Audran, au nucléocrate
François Besse, éphémère P-dg de Renault,
pendant que d'autres se chargeaient, pour les mêmes
raisons, de Baroin, puis d'Arpaillange.
Ces méthodes existent, elles situent des services
de renseignements minutieux et homéopathes, traitant leurs
patients sur le long terme, à petite doses, bien dans la
tradition - stimulant paradoxe - de la grande civilisation chinoise...
Comme le synthétise fort bien François Jullien
(op cit), cette conception de l' "efficacité" suppose
qu'on prenne les choses très en amont, très tôt,
au stade de l'amorce et de la tendance... En n'agissant que de façon
oblique, à peine perceptible, et surtout sans jamais "forcer"...C'est
de ainsi seulement qu'on peut tirer, le moment venu, le meilleur
parti de l'énergie accumulée dans le "potentiel
de la situation", le "shi".
Ces principes issus de la plus ancienne Asie sont
à la base même de toute la guerre secrète,
dans notre monde moderne.
Peut-on imaginer que quelqu'un, quelque part, ait
pris, ou laissé prendre, la décision...de s'abstenir
activement d'interdire le développement de réseaux
« post-maoistes » qui ne se limitent nullement
à l'usage d'armes à feu, mais ne l'excluent pas non
plus a-priori, dont le groupe initial de combattants capables d'aller
au bout de leur idée aurait ainsi été observé
à chaud, au cours d'une "première"?
On le peut.
Identifiés les "bras" (les flingueurs) seraient
ensuite observés et suivis, avec de gros moyens.
On pourrait ainsi remonter, avec un peu de chance, à
leurs éventuels "officiers", aux "têtes",
"politico-militaires"...
Dans cette période trouble de la fin de années 70,
entre les charmes désuets d’un giscardisme « usé
jusqu’à la corde », ne méritant
aucun acharnement thérapeutique, et une "Union de
la gauche", forte encore d’un Parti Communiste à
20%, apparemment aux portes du pouvoir, tout élément
de perturbation, susceptible de rebattre les cartes, pour une nouvelle
donne, pouvait sembler bienvenu...
On peut juger ces considérations oiseuses. Ou scandaleuses.
Scandaleuses, elles le sont. Oiseuses, en aucun cas.Elles ne le
sont pas. Voici la preuve.
D'Alfortville à Limeil-Brévannes:
le chemin tortueux vers la mort du tueur
Les faits sont là.
Nous ne sommes pas ici dans le domaine du "jus de crâne",
de la « spéculation pure », intellectuelle
- sur le mauvais versant, clinique, des « théories
du complot ».
Le ministère de l'Intérieur savait, en 1977,
que Tramoni avait été "logé" (retrouvé)
par un groupe de "vengeurs", et qu'il allait mourir.
Il n'a rien fait pour le sauver.
Les informations qui suivent, indiscutables, en apportent la démonstration,
parfaite.
Cours Beethoven
Le 3 mars 1977, une patrouille de police repère
une Simca suspecte garée un peu trop près du (nouveau)
domicile où Tramoni s’est installé, cours Beethoven,
à Alfortville.
Après quelques brèves années de détention
effective, "sanction" tout juste symbolique du meurtre
de sang-froid commis sans la moindre circonstance atténuante
sur la personne d'un jeune ouvrier anti-raciste âgé
de 23 ans, il a purgé une condamnation, d'un laxisme insultant,
à... quatre ans de prison. A ce tarif, il
serait con d'en rester là, et de ne pas recommencer...
Il a retrouvé la liberté.
Peinard, il travaille maintenant dans une auto-école de Limeil-Brévannes,
menant une vie agréable…
Les "flicards" d'Alfortville savent l' adresse
« sensible ». Sans leur dire pourquoi,
on les a chargés d’être vigilants dans le secteur.
Ils s’approchent de la voiture. Un homme est au volant. Il
démarre en trombe. Poursuivi par la patrouille, il la sème...
Etrangement, il revient, 5 minutes plus tard. (En fait,
ce militant "gonflé à bloc" cherche
à récupérer ses "équipiers",
déjà descendus de la voiture quand le banal car de
police s'est arrêté...)
A nouveau repéré et poursuivi, l'intrépide
conducteur de la Simca repart "à fond la caisse".
Nouvelle course poursuite. Elle est chaude. Ce pilote adroit, plein
de sang-froid, finit par faire une faute. Il emboutit de la tôle.
Il abandonne "sa" voiture, et finit par s’ « arracher »
à pied - disparaissant dans l’ombre d'une cité...
On le poursuit, en vain...
Le moment est venu de fouiller le véhicule. Il contient
un fusil à pompe de marque Remington – une arme américaine,
certes, mais remarquable, libre à l'achat, en France.
Elle existe en deux versions, permettant jusqu'à cinq ou
sept coups successifs, par répétition commandée
(la "pompe", au maniement sensuel, limite onanisme).
A l'époque, il existe en option trois canons adaptables:
un long, plutôt pour le petit gibier tiré, à
la chasse, à distance; un moyen, et un court.
C'est dans la version courte, plus maniable, et facile à
dissimuler sous une veste ample, dont les effets, bien qu'imprécis,
sont ravageurs au corps à corps, qu'elle a fait
l'unanimité chez les "cops" américains du
Bronx, suivis par les truands de ce quartier "black",
ultra-violent, puis la mafia judéo-sicilienne, l' "anti-gang"
française (B.R.I.) comme le G.I.G.N., et enfin les
maos...
Ce beau "gun" un peu bruyant a un recul terrible, capable
de déboîter une épaule.
Avec un peu d'entraînement, de bons abdos, et des bras forts,
on parvient à l'utiliser en tir à la hanche, plus
rapide. En calibre 12, le plus courant, ce Remington est
d'une efficacité rare, particulièrement adaptée
à la chasse au moyen gibier, jusqu'à 80-90 kilos environ
- surtout quand l'arme est chargée de chevrotines, ou de
balles à sanglier type Brenneke.
Dans la voiture d'Alfortville, mais cela, les policiers
ne le savent pas, ou pas encore, le terrible fusil n'était
là que comme arme de couverture, pour protéger la
fuite d'un commando, après une opération meurtrière,
réalisée, elle, à pied, à l'aide d'armes
de poing.
Cette précaution, certainement excessive, constitue
la marque de fabrique d'un tout petit groupe mao, formé
de très jeunes gens, lié à des éléments
du Comité de Lutte Renault comme aux anciens de
la "tour 46" de Jussieu.
Après la débâcle des "Chrysanthèmes",
et dans l'espoir illusoire de "relancer le mouvement"
par le biais de la "lutte armée anti-impérialiste
au cœur des métropoles", ils vont s'illustrer,
ces années-là, sous le beau sigle "Brigades
internationales" (B.I.).
Dans une France que la "courageuse", "responsable"
et "morale" auto-destruction du mouvement mao, a "préservé
de la dérive terroriste", ils seront les opérateurs
d' une série d'exécutions à risques, dont certaines
à demi réussies seulement (blessures non mortelles).
A coups de revolvers ou de pistolet de moyen calibre (7,65), ils
tuent, s'ils peuvent, ou blessent, des tortionnaires de différents
pays de dictature (Uruguay, Iran, Mauritanie...). Mystérieusement,
ils ont su trouver les moyens d'identifier et de "loger"
ces "cibles", qui vivent en France dans la discrétion
de statuts diplomatiques, ou même militaires.
Dans la Simca d'Alfortville, une voiture de location louée
à l'aide de faux-papiers ou de pièces d'identité
elles-même volées, la P.J., appelée de toute
urgence, découvre aussi tout un lot de cartouches - et
surtout, dans une des deux vestes apparemment oubliées sur
les sièges, des papiers.
Ils portent le nom d’un militant de la G.P., né à
Châlons sur Marne, puis étudiant en Lorraine. Il est
connu pour avoir participé à la fameuse réunion
de dissolution « des Chrysanthèmes », tendance
"continuateurs". Depuis, il continue à militer
activement, plus ou moins sous l'influence des violents et confus
« autonomes » (anarcho-maoistes) dans une
fac parisienne.
Recherché sérieusement, Christian Harbulot
(c'est son nom) sera finalement arrêté,
neuf mois exactement après l'incident d'Alfortville, le 3
décembre 1977, dans un café proche des locaux du C.R.I.S.E.,
dans le IIIème arrondissement de Paris (quartier qu'il fréquente
toujours aujourd'hui, proche de l'actuel Libé).
Son interpellation est à mettre au crédit...
de Jacques Harstrich! Le commissaire est assisté
pour l'occasion par une jeune flic qu'il a pris sous son
aile, et forme: Gilles Kaehlin, un R.G. comme lui, amateur
de musique classique, d'une audace et d'un culot hors du commun.
Ce niçois d'adoption, aux dons de comédien exceptionnels,
est, à l'époque, chargé de missions diverses,
mais tournant toutes autour d'une même cible, les
maos "continuateurs", ou du moins
leur frange armée.
C'est Kaehlin et sa petite équipe qui assurent, notamment,
la surveillance permanente des locaux du C.R.I.S.E. dans une camionnette
banalisée.
Gilles Kaehlin sera vu le soir, dans les boîtes de nuit fréquentée
par les gauchistes - raï, belles jeunes brunes, chicha
etc. - en compagnie d'un autre Gilles, Millet. Ils partageront un
moment le même appartement. Gilles (Kaehlin) affiche
imperturbablement des convictions de gauche, antifascistes et anti-impérialistes,
très appuyées, et peut-être même, qui
sait, sincères.
En 1981, il deviendra le chauffeur , l’ « escort-boy »
et peut-etre aussi l'homme à tout faire de François
De Grossouvre, à l’Elysée - et connaîtra
bien d'autres aventures…
C'est un confrère - il écrit, bien...
5 X 11,43: la formule magique du "Commando
de la Mémoire"
Entre le 3 mars, date de la fuite de celui qui pourrait
être, ou pas, Christian Harbulot, abandonnant
fusil, munitions, et papiers, aux mains des policiers,
à une portée de fusil du domicile de Tramoni,
et le 3 décembre, date de son interpellation
dans le III° arrondissement, un événement
est survenu.
Vingt jours après le premier "incident",
qui le laissait prévoir, le 23 mars 1977 exactement,
en fin de journée, Jean-Antoine Tramoni est abattu
de cinq balles de très gros calibre – du 11,43.
Elles ont été tirées par le passager
arrière d’une moto. Il a pris soin d’entourer
son arme ultra-puissante d’une sorte de sac en plastique.
Chaque douille est venue s'y éjecter, à chaque
tir. Il ne reste donc sur place pas d’autres indices
que les balles-elles-même, déformées à
chaque impact dans le corps du meurtrier de Pierre Overney,
sur le sol, ou les murs - après avoir meurti
et transpercé les chairs du vigile assassin, touché
par un retour de flammes.
Personne n'avait apparemment signalé au malheureux
que les maos avaient enfin retrouvé sa trace, et rôdaient
autour de chez lui depuis près de trois semaines.
Plutôt que de l' "exfiltrer", de toute urgence,
vers un poste de vigile dans une ambassade lointaine, ou simplement
de lui trouver un travail banal et un appartement convenable,
en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane, on a préféré
"agir par le non agir" - et
laisser ceux qui n'avaient perdu, ni le souvenir de
Pierrot, ni le sens de l'honneur, éliminer un des derniers
détenteurs des secrets de la mafia fasciste régnant,
sous Dreyfus (Pierre), sur l' "Île du Diable"...
A-t-on pour autant poussé la plaisanterie plus loin?
En allant jusqu'à laisser faire, tout en les surveillant
de loin, les exécuteurs de Tramoni, pour les mettre
en "longue laisse", remonter a filière jusqu'à
une éventuelle direction politico-militaire, reconstituée?
Dans cette idée, osée, mais pas invraisemblable,
"on" aurait décidé de "couvrir",
un certain temps au moins, d'autres opérations d'un
nouveau mouvement, efficace, héritier de la G.P., et
de la N.R.P., mais capable, lui, de véritables "opérations
chirurgicales", au sang, menées
avec brio, sur la base de renseignement fiables -
et pas seulement de rodomontades à la manière
du "tigre de papier" fatigué,
l'ex-intellectuel Olivier Rolin - aujourd'hui chroniqueur
dans une revue des "néo-cons" à la
française, animée par Glucksmann, le nouvel
ami de Sarkozy, proche de "Finki-la-haine", l'intellectuel
raciste, lui aussi repenti des années mao, reconverti
dans un nouveau combat, la lutte contre le trop grand
nombre de noirs dans l'équipe de France de football,
et le nouvel "axe
du mal", "vert",
des musulmans au couteau entre
les dents?
Ce serait aller vite que l'affirmer.
Contrairement à ce qui s'était passé
le 3 mars - première tentative, ou simple opération
de surveillance, préparatoire? - ceux du 23
ne se sont pas présentés à pied au domicile
de l'ancien vigile, à Alfortville, après avoir
été déposés en voiture.
C'est à Limeil-Brévannes qu'ils ont frappé.
Ils ont surgi à l'improviste sur une moto - méthode
qui ne rend pas facile d'identifier, puis de suivre, des gens
casqués, qui n'ont pas prévenu, avant de venir,
et n'ont pas perdu de temps, en s'en allant...
Les flics, ou les "services", qui ont leur petite
idée sur la "filière", n'ont
jamais pu identifier, qu'on sache, de façon formelle,
ni le conducteur de la moto, sur lequel ils ont, comme plusieurs
d'entre nous, une "opinion", ni le tireur
- ce gaspilleur prudent, qui tire cinq balles du plus gros
des calibres pour ne pas "prendre de risques",
alors qu' "une première au buffet, pour "fixer",
et un coup de grâce en pleine "tronche",
plus une troisième de sécurité, à
la rigueur" suffisent largement - mais qui a gardé
la dernière balle, "en cas"...
Non, tout Libé n'est pas pourri
- mais dans la cible...de la Brigade criminelle!
A 22 heures, un coup de téléphone parvient à
l’AFP. Il prétend revendiquer l’exécution
au nom d’un Noyau Armé pour l’Autonoimie
Populaire Pierre Overney (N.A.P.A.P.).
Quelques jours plus tard, la PJ parisienne lance un vate coup
de filet « au jugé » dans les
milieux mao parisiens, proches notamment de « Libé ».
Elle arrête Henri S., dont la femme, Nicole, travaille
au journal. Il déclare avoir fourni aux jeunes militants
mao des NAPAP, isssus des mouvements lycéens de 1973
proches de La Cause du Peuple, l’arme qui a
servi, pense-t-il, à l’exécution de Tramoni.
Il se rétractera, plus tard, devant le magistrat
instructeur - mais il est inculpé de complicité
d’assassinat, comme deux autres militants de la même
mouvance.
Parmi eux, Maurice M., le premier photograveur du
journal, proche de de la bande de Melun et de Gilles Millet,
et selon Alain Dugrand, qui l'a bien connu, "très
vraisemblablement ancien syndiqué du Livre CGT"...
Le 12 mai suivant, enfin, une patrouille nocturne surprend,
dans le XIII ème arrondissement de Paris, trois jeunes
gens qui lui paraissent « suspects ».
Frédéric Oriach, infirmier, est issu de l' "ex-GP"
. Ses compagnons d'un soir (ou de plusieurs...) s'appellent
Jean-Paul G. et Michel L. Ce sont aussi deux jeunes
militants de la toute dernière génération
mao, issue des mouvements lycéens en pleine
effervescence au moment de la liquidation, coup d'arrêt
qui a brisé leur élan en vol sans en faire des
retraités de l'action politique, des repentis ou des
renégats.
Les flics attribuent à l'un d'entre eux, L., la "propriété",
ou plus juridiquement la "détention",
hors de tout cadre légal, d'un 11,43.
C'est l'arme qui a tué Tramoni, affirment
alors les experts de la Brigade criminelle. Même
si, comme chacun sait, on conserve rarement une arme qui a
tué. Sauf à en démonter les
éléments un par un, canon, culasse, percuteur,
et à les interchanger avec ceux d'outils du
même calibre, de la même marque et du même
type. Dans ce cas de figure, toute identification
formelle est difficile...
En effet, une balle est toujours striée par les rainures
internes du canon; on peut prouver qu'elle y a été
tirée, si l'impact sur un os dur, un objet métallique,
ou un mur, ne l'a pas brisée en mille morceaux, ou
trop déformée.
Quant à l'étui contenant la poudre (la douille),
éjecté après le tir, dans le cas d'un
pistolet, et parfois retrouvée sur les lieux des détonations
(sauf en cas d'utilisation d'un sac de récupération,
entourant l'arme et la main du tireur), ou restant dans le
barillet, dans le cas d'un revolver, elle a pour signature
la trace du percuteur, sur sa face postérieure.
Cette "empreinte" en creux n'est jamais la même,
tout percuteur s'érodant plus ou moins irrégulièrement,
à chaque coup de feu.
Personne, en tout cas, ne sera jamais jugé,
à plus forte raison condamné, pour l'exécution
de l'assassin de Pierre Overney.
Frédéric Oriach, un militant à la sensibilité
pro-palestinienne affirmée, longtemps l'ami d'une jeune
maoiste franco-portugaise, devenue claviste à Libération,
très militante, et aujourd'hui journaliste,
mais progressiste, sera l'objet de plusieurs condamnations.
Mais elles concernent d'autres opérations des
Napap - dont rien ne prouve qu'ils eurent à voir avec
l' "incident" d'Alfortville, le 3 mars, pas plus
qu'avec le mystérieux "commando de la Mémoire",
à moto, du 23.
Le fuyard du 3 mars, qui a tiré au moins un coup de
feu pour protéger sa fuite, n'a jamais été
identifié.
Ce n'est pas le tueur du 23 - qui ne sera jamais retrouvé
lui non plus...
Du
fusil à pompe d'Alfortville
à l' "Ecole
de Guerre Economique" (EGE),
et des "actions de partisans"
à l' "intelligence
économique",
Christian Harbulot
Christian Harbulot, un jeune quinquagénaire brun
intelligent et sympathique, toujours aujourd'hui résolument
et absolument anti-impérialiste, fidèle
à la mémoire d'une épopée
mao qu'il n'a jamais reniée, avait fait
le « pèlerinage de Nantes »,
après les "Chrysanthèmes".
Il y est venu et revenu - appréciant
le contact des militants ouvriers et paysans maos du
secteur, "continuateurs".
Nous l'encouragions à l'action,
mais à une action dans le droit fil de la G.P.,
où c'est la mobilisation "directe"
des gens du peuple pour des actions "directes"
qui reste l'essentiel. Même s'il faut bien envisager
quelquefois, comme dans le cas de Billancourt, et de
la mort de Pierrot (ou, plus tard, du soutien à
Bobby Sands et ses amis, ou aux Palestiniens égorgés
par milliers en Jordanie), de lui donner un prolongement
"militaire".
Rien à voir, donc, ce que font de groupes
plus ou moins issus du maoisme, comme les Napap, ou
justement "Action Directe", qui mènent
une action de pure violence armée sans portée,
détachée de tout travail de masse.
Leurs objectifs pour le moins confus les rendent aisément
manipulables...
Dans le droit fil de ces discussions, Christian nous
proposera même de rédiger ensemble,
pour la revue Camarades, au cours des années
1970, un long texte détaillé
sur les luttes et la tradition d’ « action
directe » populaire autour de Nantes-Saint-Nazaire.
Enrichi de photo exclusives de manifestations paysannes
renforcées de troupeaux de vaches, arme de charge
originale parfois utilisée là-bas (voir
page), ce texte sera effectivement publié sous
la signature, transparente, de « Gilles
Pierrot ».
Aucune confusion n'y est possible entre les deux "action
directe": l'action de masse populaire, éventuellement
violente (genre séquestration, "vidange
des bureaux", "grande lessive", capture
d'un ministre ou d'un préfet égaré
dans le bocage, occupation de ferme, émeute...)
et la pratique anarcho-maoiste, sans perspective, sans
issue, donc contre-productive, d'attentats effectués
un peu n'importe où dans le décor, sans
lien avec aucun travail de masse, de classe, illustrée
par les braves Rouillan, Schleicher, Aubron et Ménigon,
honnêtes et estimables marionnettes aux mains
de transparents tireurs de ficelles d'une "lutte
armée" aveugle, coupée de la société,
dépourvue de tout sens - dans le grand vide politique
des années 1973 et suivantes...
Christian a été juridiquement mis hors
de cause dans l'affaire de la Simca d'Alfortville. Il
y avait seulement laissé une veste, contenant
ses papiers.
Il n'est pas non plus le tireur, ni le conducteur de
la moto, du "commando de la mémoire"
du 23 mars 1977. Même si certains ont cru reconnaître
son style, et certaines de ses thématiques du
moment, dans le communiqué des N.A.P.A.P., revendiquant
l'opération.
En fait, selon toute vraisemblance,
un premier groupe de "jeunes" s'est fait "doubler"
au tout dernier moment par une équipe plus chevronnée,
moins activiste, et plus discrète.
Le conducteur de la moto, lui-même pas
très âgé, a joué les équilibristes
avec le plus grand art, commandant puis décommandant
les uns, comme écran, avant de chercher
son passager chez les autres, qui ont son absolue confiance
- et semblent moins exposés.
Les "dépossédés"
(Dostoïevski, bonjour...) ont tenté de se
rattraper en revendiquant la paternité
d'un "coup" qu'ils avaient voulu - et failli
- faire, mais dont la réalisation finale leur
a échappé d'extrême justesse.
Avec d'autres personnages de ce récit - dont
l'auteur - Christian a vraisemblablement contribué
à nourrir les révélations sur les
"Brigades Internationales", insuffisamment
remarquées, du sérieux petit livre de
Christophe Bourseiller (Réf) .
Ce petit groupe ultra-clandestin est créé,
peu après la cérémonie des "Chrysanthèmes",
sous l'impulsion du jeune "établi"
Jean-Denis L'Homme, ajusteur, habitué des réunions
du "Mouvement de la jeunesse" de la salle
46 de Jussieu.
L'ex mao, liquidateur, Sorj Chalandon,
qui a bien connu L'Homme, et fréquenté
la salle 46, se souvient aujourd'hui de l'avoir vu passer
plus d'une fois avec Jean-Marc Grimaud.
Jean-Marc, un des plus jeunes militants
du Comité de Lutte Renault, était entré
dans la "boîte" comme apprenti à
l'âge de 14 ans, comme Aimé Albeher, son
aîné... Il n' en avait même
pas 20 ans à la mort de Pierre Overney, son copain.
Ami aussi de Christian Riss, c'est
à l'occasion de la tentative d' "opération
retour" de celui-ci qu'il devait être licencié,
et même emprisonné, après s'être
physiquement opposé aux gardiens et
aux inquiétants "gros bras" de la "volante"
avec toute la violence dont était capable ce
motard d'exception, trompe-la-mort habile, mince et
vif, et très rapide.
Jean-Denis L'Homme et ses amis s'étaient intelligemment
rapprochés d' un autre groupe de jeunes maos
de la dernière couvée, encadrés
par un jeune vétéran de la N.R.P., qui
refusaient eux aussi de laisser tomber, mais cherchaient
une voie moyenne entre l'action de masse ordinaire,
légale ou "directe", et les opérations
armées.
Ils avaient ensemble baptisé "Vaincre et
Vivre" leur collectif aussi discret que déterminé,
qui avait entrepris quelques "visites
à domiciles" de patrons d'entreprise
aux pratiques controversées. La dernière
de ces opérations devait s'interrompre avant
la conclusion musclée initialement prévue:
la découverte d'un livre du mao-gaulliste Maurice
Clavel au chevet du candidat "à l'insu de
son plein gré" à une sévère
râclée le sauvèrent, ce jour-là,
d'un sort fâcheux.
Mais, Napap, B.I. ou "Vaincre et Vivre", toutes
ces initiatives portées par de jeunes militants
plein d'allant ne suffisaient pas à tracer
la "voie" dans laquelle
avaient à s'engager, pour rebondir
ou simplement survivre, après le coup de poignard
dans le dos donné par leurs "grands chefs",
les "continuateurs".
Là encore, il fallait savoir laisser mûrir
les conditions d'un "agir par le non
agir", qui est un agir, subtil, et
prépare le moment où, selon l'adage chinois,
"l'envol foudroyant du faucon s'explique
par le potentiel de la situation".
Toute cette précipitation politico-militaire
activiste, dans des secteurs où le travail de
masse, s'il a existé, s'affaisse, s'affaiblit,
et se disperse, ne constitue qu'un "chemin
qui mène à nulle part". Ou plus
précisément aux Tours de Notre-Dame,
au pied desquelles on finit par découvrir le
corps de L'Homme, la tête fracassée par
la décharge du fusil à pompe retrouvé
près de lui. Etrangement, sa tête avait
été soigneusement entourée de bandages
indiquant, semble-t-il, l'intention d'éviter
une dispersion d'éclats d'os et de cervelle dans
le paysage - dans ce lieu superbe et riche de
symboles, ou peut-être ailleurs, avant...
Jean-Denis venait de passer beaucoup de temps à
dénicher la bonne "filière"
mao permettant d'envisager, pour lui ou ses amis, un
départ dans de bonnes conditions pour
la Palestine. Il en avait trouvé
la porte, mais pas les clés. Elle lui
était restée fermée.
Christian Harbulot connaissait bien Jean-Denis,
les "B.I", "Vaincre et Vivre"- et
vraisemblablement aussi Orlach, Gérard, Lapeyre,
des Napap, sans oublier le "groupe de Nantes",
et certains des anciens compagnons de Pierre Overney
à Renault ou dans la "bande d'Issy"
- qui avaient eu l'occasion de l'accompagner, un jour,
dans la maison de ses parents, du côté
de Chalons-sur Marne...
Tout indique qu'il a suivi
de très près l'essentiel des
efforts faits, autour de lui, pour retrouver
et abattre l'assassin de Pierre Overney - et
adresser, du même coup, un message indirect
d'avertissement aux anciens "barons"
de la G.P., repentis, devenus les assassins de nos rêves,
et condamnés, de ce fait, à l'enfer d'éternels
cauchemars.
Selon des informations recueillies, notamment, dans
son proche entourage - et dont on peut ici attester
la véracité - Christian a même
été le témoin direct de
certains au moins des entretiens au cours desquels
les "jeunes" sollicitaient l'accord
des "anciens" pour tuer -
ce que, finalement, mais bien malgré
eux, ils ne purent faire...
Parmi les personnes consultées, et donc,
parfaitement au courant, à la mi-mars 1977, des
menaces immédiates pesant sur la vie de Tramoni,
figurait Joseph Tournel. Sans le moindre doute possible.
Qu'en penser?
Au moment où il passe voir "Joseph",
à "la Mouffe", à cette occasion,
Christian est activement recherché pour l'affaire
d'Alfortville, toute fraîche, et devenue, évidemment,
une urgence judiciaire, et policière.
A son départ de la rue Mouffetard, il n'es pas
suivi, semble-t-il. Il n'est pas arrêté,
par la suite. Il ne le sera que beaucoup plus tard.
- Un "indic"
reste un être humain: pour avoir protégé
les tueurs de Tramoni,
le bon Joseph "puni" par le livre
de Harstrich ?
Comme Harbulot, tous ceux d'entre nous qui ont bien
connu et fréquenté Joseph Tournel
le jugent capable d'avoir "donné"
Geismar, Benny Lévy, et même Rolin.
Sans qu'on en ait la preuve formelle,
les R.G., le "tenaient", apparemment,
pour une affaire ancienne. Des plus sensible pour lui,
elle avait peu à voir avec le "cul".
Trésorier d'une caisse de solidarité
des mineurs, il aurait commis quelques irrégularités
de gestion, allant jusqu'à "emprunter"
pour s'offrir quelques frasques - dans l'espoir
de rembourser un jour, peut-être.
Coincé par les RG, sans doute enregistré,
filmé peut-être, par la suite, en galante
compagnie, avec eux, il vivait dans la peur.
Il ne craignait pas tant les flics que l'
"impératrice Eugénie",
l'impitoyable pasionaria rouge du nord, mère
de tous les Camphin, capable, d'un claquement
de doigts, de recruter une armée de "bons
petits gars" du pays minier prêts à
réserver au malheureux suspect d' avoir "tapé
dans la caisse de solidarité des camarades",
une mort des plus cruelle...
Terrorisé à l'idée d'être
"balancé" à "la Vieille"
par les RG, et donc à nouveau "balancé",
mais là, physiquement, au fonds d'un puits de
mine, puis terminé lentement, méthodiquement,
à la barre de fer, ou à la batte de base-ball,
coup par coup, et os par os, il aurait effectivement
collaboré, un temps au moins, avec Harstrich...
Du moins, c'est ce qui se dit...
Mais l'homme que celui-ci nomme "Paul"
n'agit pas seulement sous l'emprise de la terreur.
Comme tout le noyau de vétérans "rouge
sang" des mines du nord, restés groupés
autour d'Eugénie Camphin, dans la mémoire
de ses trois fils, et de tout le reste, il se
reconnaissait fort bien dans le discours et les pratiques
des maos - mais n'avait qu'un mépris abyssal,
au fond de son vieux cœur d'ouvrier, pour les dirigeants
du groupe, qui le flattaient, n'utilisant, c'était,
à ses yeux, clair, les "prolos" comme
lui que comme escabeaux provisoires pour leur ascension
personnelle.
Comme l'avait senti le commissaire des R.G.,
c'est sur une conscience de classe, dévoyée
sans doute, mais restant fondamentalement le cadre de
leur vision du monde, de leurs amours et de leurs haines,
qu'il fallait jouer pour "fabriquer" comme
on dit dans ce métier, des "correspondants
ouvriers" de la police - et pas seulement sur le
chantage.
Mais même le flic le plus intelligent, capable
de comprendre ce que sont les classes, et la conscience
de classe, peut finir par avoir, l'âge venant,
avec son cortège de succès, flatteurs,
de médailles et de louanges, trop confiance
en sa propre expérience.
Harstrich n'avait pas pénétré
jusqu'aux tréfonds l'âme du vieux Joseph,
au travers d'elle, celles des mineurs du nord, arracheurs
de charbon dans l'enfer de la terre.
Joseph n'a pas "donné"
les jeunes, il a trahi le flic, et sa confiance - sans
plus de scrupules que quand il "balançait"
Benny, "Geis", Rolin, Theureau, etc,
pour ce qui n'était à ses yeux depuis
longtemps dessillés que des "broutilles".
D'un instinct sûr, il avait senti
chez ceux-là le côté Rastignac du
marxisme-léninisme pressés de
devenir des porions de la "politique"
et de la "culture",
goulus de "réussite" autant
que de "gros pognon", avides de poser
leurs fesses molles sur de petits strapontins merdeux
d'auxiliaires, dans les cabinets du pouvoir...
"Donner" ces gens-là,
il le pouvait, oui. sans problèmes. Non sans
plaisir.
Mais "balancer" des ouvriers comme lui, jeunes
ou moins jeunes, des braves, qui s'étaient
"défoncé la couenne"
pour retrouver le tueur de leur camarade, et le punir,
Joseph Tournel ne le pouvait pas. Il ne l'a
pas fait - roulant, de fait, son manipulateur
des RG dans la farine.
Et Tramoni est mort comme il avait vécu.
"Seul l'homme de la suprême vertu, le
"ren" connaît le véritable amour,
et la vraie haine", dit la sagesse chinoise.
C'est par haine, plus encore que par peur, que
Joseph a "donné". C'est par
amour qu'il a repris son don - amour du peuple, de notre
Pierrot, et des Vengeurs qui, étant les nôtres,
étaient aussi les siens.
Le vieux mineur, fidèle, ainsi, au feu qui brûlait
dans les veines de l' "Impératrice Eugénie",
indestructible Grand-Mère Rouge des corons, de
toutes leurs douleurs et de tous leurs bonheurs, pouvait-il
imaginer ce que serait alors, à ses dépens,
une autre vengeance, celle du flic Jacques Harstrich,
qui allait donner son nom en pâture aux
corbeaux, et aux hyènes affamées du Repentir
Mao, déchiquetant bientôt les
lambeaux de son histoire entre leurs crocs puant de
trop de chair morte, engloutie?
Oui, vieux Joseph, petit bout d'homme ventru
héroïque et faillible, comme chacun de nous,
tu as bien agi, et tu as mérité, aussi,
et enfin, au bout de ton parcours qui seulement ici
s'achève, ces quelques lignes d'un livre qui
ne soit pas de " journaliste"
- mot "résolument moderne"
pour "balance"...
Telle est en tout cas la conviction qui doit se lire
ici.
On peut ajouter:
1. Que le docteur Jacques Lacaze, "historique"
de la G.P. du nord, membre du tribunal populaire de
Liévin, aujourd'hui élu municipal sur
une liste de d'unité progressiste de la même
ville, exclu du PCF, après l'avoir rejoint, animateur
d'une petite formation de communistes souverainistes
anti-Maastricht, anti-impérialiste, élément
de base de la massive victoire du Non à la prétendue
"Constitution Européenne", et vieil
ami de Joseph Tournel jusqu'à sa mort, avait
été sollicité par celui-ci, dans
les années 70, pour l'aider "à
mettre de l'ordre dans ses comptes bancaires".
Il avait été étonné par
leur nombre.
2. Outre Geismar, dont la parole, changeante,
ne vaut guère, un autre ancien dirigeant
de la G.P., en charge, précisément, du
nord, "Jean d'Arras"
, aujourd'hui retraité fortuné
d'une société d'informatique créée,
après la liquidation, avec les frères
Liscia, reconnaît aujourd'hui ce qu'il
appelle "une part de responsabilité"
dans cette affaire...
Un des plus authentiques des vétérans
communistes FTP du nord liés aux maos, "le
vieil Eugène", s'était
livré à une analyse minutieuse des pertes,
nombreuses, subies très tôt par les maos
de cette région bien quadrillée par les
R.G. (arrestations en cascades, répétées).
Il en avait tiré des conclusions, mettant
en cause Joseph.
Schiavo ne les a pas fait remonter au C.E.
Même après l'inquiétant signal que
constituait le "piège" tendu,
par Broussard et ses hommes, au commando de la N.R.P.
s'apprêtant à prendre en otage le P-dg
De Wendel.
3. Aux moments les plus tendus, Joseph avait
été choisi par Benny Lévy pour
faire partie d'un "triangle de direction"
chargé des décisions d'urgences,
en compagnie de Rolin, et de lui-même..
Il était au fait, donc, de toutes les opérations
à haut risque, en cours, ou à l'étude.
Cela ne signifie nullement que les flics étaient
au courant de tout ce que faisaient les maos, partout,
et qu'ils ont globalement laissé faire - dans
l'espoir, par exemple, d'affaiblir la CGT dans certains
de ces bastions ouvriers, ou de gêner l'Union
de la gauche, dans sa marche en crabe vers un pouvoir
dont elle n'a su que faire, sinon le pire...
Dès 1971, en effet, l'expansion de l'"ex-GP",
fulgurante, se fait de façon très largement
décentralisée.
Seules certaines région, et certaines zones,
sont tenues "rênes courtes" par Benny
Lévy et ses "barons". Le nord, pas
loin de Paris, et longtemps géré par "Jean
d'A", "proche compagnon d'armes" du "chef".
Lyon, sans doute. Mais ni Grenoble, ni le grand ouest,
ni Marseille, très mal Renault, encore moins
les "zones-usines" d'Issy, du nord ouest (de
Nanterre à Saint-Denis), du Sud (Vitry, etc),
ou de l' "extrême est", sur la fin (le
"petit Richard", etc.)
Dès cette époque, les initiatives
les plus significatives échappent complètement
à l'influence, au contrôle, et même
à la connaissance, du cercle dirigeant "officiel".
Donc à la connaissance de "Paul" -
et de son "traitant" Harstrich.
Mais il y a eu d'autres "Paul",
- puisque c'était une méthode, et qu'elle
faisait ses preuves - et pas seulement des ouvriers
d'âge mûr, au passé discutable.
A Nantes-Saint-Nazaire, par exemple,
ce n'est pas l'infiltration, mais le "retournement",
par chantage, d'un jeune ouvrier révolté
intégré bien à tort à une
opération de partisans d'un niveau exigeant la
sélection de combattants sûrs, qui a entraîné
plusieurs d'entre nous vers la prison .
Mais d'autres personnages suspects, ou simplement
douteux - deux cas d'ouvriers, au moins - ont été
sagement contenus aux marges du travail de masse d'usine,
à la base. Comme activistes de zone ou d'atelier,
ils étaient précieux - tout en restant
soigneusement écartés de ce qui devait
rester secret. Et l'est resté.
Que penser, maintenant, du cas de Christian Harbulot?
Rien à voir avec un Fofana, ni un Joseph....Ce
qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas eu, à son
sujet, matière à se poser quelques questions.
On va les exposer, et tenter d'y répondre, simplement.
Le conducteur de la moto
Christian ne semble pas avoir été poursuivi,
ni inquiété, après la mort de Tramoni
- à laquelle nous savons parfaitement
qu’il est entièrement étranger..
Ce meurtre, survenu peu après "l'incident
d'Alfortville" aurait tout de même pu
justifier une audition comme témoin, suivie d'une
mise en cause pour complicité, au moins, s'il
se refusait à livrer toutes les précisions
exigées de lui sur l'affaire d'Alfortville, et
son lien, tout de même plus que plausible, avec
la mort de l'ancien vigile de Renault-Billancourt...
Il n'y aurait rien eu d'extravagant à ce que
Christian fût, serait-ce à titre
de simple détenteur d'informations, "un
peu secoué" par la "Crim'"
sur l'éventuelle relation entre l'incident du
3, avec ses papiers d'identité dans la veste
oubliée de la voiture louée, et l'exécution
du 23...
Le conducteur de la moto, un jeune ouvrier licencié
du Comité de Lutte Renault, ne risque
en tout cas pas de le mettre en cause.
Il est mort, abattu lui aussi d'un tir en pleine
poitrine.
Par un tueur professionnel? Non.
Un amateur éclairé? Non plus...
Par une patronne de café qu’il
jugeait, lui, « raciste »;
et qui se considérait, elle, comme « rackettée »
par une bande de jeunes prolos vaguement maos,
passablement bruyants et agités, plus ou moins
en recherche de travail, ou de "petits coups"
à faire, voitures, bijoux, banques, caisse de
café, ou autres...
Ils l’ennuyaient dans son établissement.
Un jour, excédée, elle a pris
un fusil de chasse sous le comptoir. Elle a visé
Jean-Marc. Comme Pierrot à Tramoni, devant la
porte de Renault, il a dit: « Mais
va-s-y, tire…Tire donc… ».
Ouvrant très grand les bras, comme un
Christ de comptoir allant au devant de son supplice,
il a peut-être fait, ou pas, un demi -pas vers
elle, sans penser à mal.
C'était un garçon sympathique, "ultra-gonflé"
- intenable, et presque suicidaire...
Elle a pris peur, elle a tiré, et il
est mort.
Comme l'ami d'usine et de cœur dont il était
allé punir le meurtrier, sur sa moto...
Il ne parlera donc jamais. Il ne l'avait pas fait. Et
ne l'aurait pas fait.
Ce n'était pas son genre.
Son nom mérite pourtant d'être
inscrit dans l'Histoire.
C'était un militant ouvrier, un vrai, comme Pierrot,
doublé, comme lui, d'un homme de
"ren", d'honneur et de mémoire
- un être empreint de dignité,
avec de vrais principes, porteur du plus sublime amour,
et d'une belle haine. Comme son passager arrière,
l’homme au 11,43 et au sac à douilles en
plastique, resté vivant, à ce qu'il semble,
bien qu' "on" jure le contraire.
"On" s'appelle
Personne, comme l'Ulysse de Homère.
"Trop connu, trop soupçonnable",
ce "on"-là ne s'en est pas
mêlé et " ne sait rien sur l'affaire".
- même s'il a dû garder, malin, l' œil
ouvert, ou entrouvert...Et "weï
wu weï"...
Mais, s'il ne sait rien de rien, il a pu entendre des
bruits...De petites voix dans la nuit...Celles de la
conscience, ou de la prescience..."Il
y avait bien un passager arrière sur la moto.
Même le plus allumé des allumés
ne va pas faire un truc comme à ça, tout
seul, en balançant cinq coups de calibre, guidon
lâché comme un cow-boy de cirque...L'autre,
celui qui tirait plus vite que son ombre, comme Lucky
Luke sur Jolly Jumper au galop, il est mort jeune aussi,
il n'a pas eu de chance... Il a fait une mauvaise chute
d'une falaise, à Etretat, je crois. Un prolo
lui aussi en tout cas..." (mais pas
de Renault, bien sûr...)
Falaise ou pas, Etretat ou pas, l'exécuteut
des hautes œuvres ne parlera pas non plus. Ce n’est
pas un grand bavard.
"Ecrire pour l'Histoire? Que d'autres que moi
s'en chargent...D'ailleurs, pour être sûr
que les faits sont couverts par une prescription définitive,
qu'il n'y a pas eu, tous les 10 ans, un acte d'instruction
au moins qui prolonge le délai, en procédure,
il faudrait se lever tôt...
En demander l'assurance au parquet, à un
"baveux" de confiance, s'il y en a, la
garantie au ministère, ? Quelle blague!..."
Alain Gaigneron de Marolles
SUITE
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