REBELLES (suite): Maos, réseaux, Tao: ici

 

Pages "Culture"

- Sommaire -

- L'Enclume Rouge, première correspondance ouvrière publiée dans les pages du Monde Réel: lire ici

LIBRAIRIE RESISTANCES: UN NOUVEL ESPACE CULTUREL, LARGEMENT OUVERT SUR LE MONDE, ET SES COMBATS.Ici

A peine ouverte, cette librairie "tiers-mondiste", organisatrice, ce soir là, d'une réunion débat avec des intellectuels critiques israéliens, a été attaquée par un commando de l'extrême-droite franco-israélienne, proche, selon les premières analyses possibles "à chaud", de la LDJ (un groupe extrémiste militant pour l'élection de Nicolas Sarkozy). Il a été repoussé, au prix de deux blessés (légers). La Culture ne se laissera pas intimider par les ennemis du livre Barjot, inspiratrice à la foi charbonnièree du Président De Koch, son féal, sont et de la pensée, et autres amateurs d'autodafés. RESISTANCES continue et se renforce.Ici

- "NE NOUS QUITTE PAS": ULTIME APPEL à Jacques CHIRAC DU GROUPE D'INTERVENTION POLITICO-CULTURELLE Jalons (GAULLISTE-SURRÉALISTE) ICI

- Les "MALVEILLANTES"...UNE DESCENTE EN FLAMMES DE LA LANGUE UTILISEE PAR JONATHAN LITTELL, L'AMERICAIN FASCINE PAR LE NAZISME DEVENU LA DERNIERE COQUELUCHE DE L'EDITION "FRANCAISE".... Ici

Rock féminin semi-clandestin en Arabie saoudite: ici

 

Correspondance ouvrière

Chers amis du Monde Réel, chers camarades,

Lecteur régulier du site, j'ai été déçu de ne rien y trouver sur l'anniversaire de l'assassinat de Pierre Overney, en février 1972, il y a 37 ans maintenant. Mes collègues de l'usine, eux, s'en souviennent. Nous avons discuté, et 'un d'entre eux m'a rappelé, à ce sujet, cette fameuse phrase "le prolétariat n'a pas d'idéal au sens où la société devrait tourner d'un axe " qu'on attribue à Marx, d'une profondeur stratégique qui nous unit tous, il me semble.

.Cette idée remue de fond en comble le "marxisme-léninisme" .Elle permet de mieux saisir quantités de choses notamment ce que Marx écrit dans Le Manifeste: "Le mouvement communiste est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité " A rapprocher de ce que Mao appellera "la ligne de masse", etc


"Je ne suis pas marxiste", AIMAIT AUSSI DIRE LE VIEUX KARL, dont le courant s'est constitué comme courant "communiste critique",et qui convient lui-même n'avoir nullement été l'l'inventeur du communisme, ni du socialisme, concepts existant avant lui dans son époque déjà sous la Révolution 1789, dans leurs prémisses...Quand Marx parle de parti c'est au sens de parti pris historique et non pas organisation, à lire REBELLES on assimile l'importance des cycles longs historiques, des longues périodes, mieux perçues dans la culture chinoise, mais déjà bien claires dans l'ouvre de Marx, je crois cela très important .
On voit bien les apports et toutes les déformations qu'a subi "le marxisme" .Il faut donc à chaque fois les situer dans leurs contextes historiques .Des choses simples finalement que l'on passe son temps à oublier .


Actuellement, il y a, à mon sens, quelque chose qui se cherche dans l'idée de "société socialiste de marché".

En effet pourquoi ne pas concevoir y compris jusque dans sa comptabilité analytique une économie concurrentielle où la seule accumulation possible déterminant toutes les autres soit une accumulation non plus de capital mais de social.Cela veut dire que le capital subsiste, mais en voie d'extinction pour autant qu'il participe à l'accumulation de social qui devient le facteur dirigeant.Le capital devient dirigé et non effacé .Il devient un rapport social qui tombera doucement en déséuétude .
Au niveau de la marchandise cela veut dire:renversement de perspective au lieu que ce soit la valeur d'échange qui détermine la valeur d'usage ce sera l'inverse .Ce sera la valeur d'usage qui déterminera la valeur d'échange .La valeur d'échange n'est pas détruite elle est dominée .De facteur dirigeant elle devient subordonnée. De même qu'aujoud'hui la valeur d'usage n'existe que si elle crée de la valeur d'échange Dorénavant la valeur d'échange n'exisera pour autant et pour autant seulement qu'elle crée de la valeur d'usage .Dans une émulation ,une concurrence s'exerçant à l'intérieur d'une planification d'ensemble coordonnée ,souple ,flexible ,incitative .
A la monnaie actuelle on substituera la création d'une unité de compte universelle :le temps.Tout échange se fera à l'aune de la valeur d'usage dominant la valeur d'échange .
Avec une évaluation du prix qui sera :le temps socialement necessaire pour faire l'objet de ce que l'on échange .Ce qui laisse à l'infini la précision du prix ,heure ,minute ,seconde ,dixième ,centième ,millième de seconde ,de chaque "chose" ,"service" ,etc.


Cette unité de compte du temps existe déjà chez Marx ,Engels ,Owen .Elle serait déjà aussi chez Aristote .


Il faut la dictature du prolétariat ,la phase de transition dont l'importance stratégique a été réintroduite par Mao , qui a aussi restitué concrètement sur une très longue période faite d'aller- retour...

Voici la référence que j'ai trouvé sur ce fameux thème "le prolétariat n'a pas d'idéal" etc
C'est dans le texxte de L'idéologie allemande , parue en 1845, Pleiade p. 1067 :
"Pour nous ,le communisme n'est pas un état de choses qu'il convient d'établir ,un idéal auquel la réalité devra se conformer ."

 

Je souhaiterais que d'autres me répondent, on trouve quelques réflexions
convergentes dans des sites comme "Partisan" et "Où va la cgt?" ,également "Drapeau rouge" du Parti maoiste de France, en revanche j'ai vu les ouvertures du Monde Réel vers le PCOF, dans lequel je ne me reconnais pas du tout.


Une atmosphère d'amour fraternel devrait exister dans le mouvement ouvrier pour bannir à jamais ce qui d'un débat d'idées se transforme en pugilat ,en intrigue policière ,en ambiance meurtrière ,de persécution etc
Un débat libre: "que cent fleurs s'épanouissent" .

Signé: L'Enclume Rouge

(L'auteur est ouvrier, travaillant actuellement dans un petit atelier de Saint-Nazaire). Il espère , comme nous, que cette première correspondance ouvrière du site fasse fleurir d'autres, de même ambition, allant au fond.

 

 

REBELLES: la guerilla commence pour faire connaître le livre, et le publier dès que possible en version imprimée; premiers extraits choisis: ici - VIII - Maos, réseaux,Tao - - Les maos ont-ils été infiltrés, manipulés. A partir de quand, dans quel but et par qui? - Le véritable récit de l'exécution de Tramoni, l'assassin de Pierre Overney, en février 1972: ICI REBELLES,- V -Avant liquidation, derniers feux des maos:mal logés, immigrés, Septembre Noir, Munich 72 CLIC ICI

Rock féminin clandestin en Arabie saoudite (affiche ci-contre à droite)

Lire ici

Vanina Michel

Prévert revisité

Fêtes de fin d'année

JEUDI 8 JANVIER 2009 à 21H30 LE KIBELE 12 rue de l'échiquier 75010 PARIS (gratuit)


VENDREDI 9 JANVIER à 20H30 : LE PIX bar à chanson 49 rue Pixérécourt 75020 Paris [Métro Télégraphe Ligne 11]

(gratuit)


ET 3 SOIRÉES EXCEPTIONNELLES « cinéma & musique »

- à L'ARCHIPEL JEUDI 15 et SAMEDI 17 JANVIER à 20H et Dimanche 18 JANVIER à17H : L'ARCHIPEL 17 bld de Strasbourg PARIS 10° M° Strasbourg St Denis - réservation : 0826 02 99 24 entrée : 18€ projection avant concerts du court métrage de Pierre Prévert : PARIS LA BELLE (commentaire de Jacques Prévert dit par Arletty, musique L. Bessières)

- SAMEDI 24 JANVIER au KARTON 74 Boulevard de Ménilmontant 75011 (gratuit)

- PARISJEUDI 25 DECEMBRE 15H HÔPITAL BON SECOURS PARIS


- 4 FEVRIER 2009 AU CLOCHER DE MONTMARTRE 10 rue Lamark Paris 18° - Métro : Jules Joffrin ou Lamarck-Caulaincourt (Ligne 12) funiculaire
« LA FETE A PRÉVERT » POUR L’ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE (4 février 1900) - On peut dîner - réservation Tél : 01 42 64 90 23

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"Vanina chante et met en musique Prévert…
C’est un mariage d’amour entre sa voix, sa sensibilité, sa musique et les paroles du poète .
Et une fête pour le cœur et l’oreille. "
Georges MOUSTAKI


"Vous cherchez une idée de joli cadeau de Noel ? Une suggestion :
album PRÉVERT chansons inédites par VANINA MICHEL (EPM)
guest : Didier Lockwood "

"Vanina nous offre un des plus beaux hommages à Prévert que l’on puisse rêver, brûlant , amoureux et rebelle" ffff TÉLÉRAMA
extraits de l'album et en concert + vidéos sur www.myspace.com/vaninamichel <http://www.myspace.com/vaninamichel>

"L’ex-vedette de Hair s’attaque au répertoire de Prévert par la face des inédits. Un récital plein de surprises où se dévoile mot à mot un Prévert méconnu". TELERAMA


"A voir de toute urgence." PARISCOPE


"Elle joue du clavier debout, marque le tempo du pied droit, déploie une nappe d'harmonies large comme son sourire, Prévert est là fraternel, bien vivant, nous débouchonne l'encéphale et nous dilate le coeur" LE TÉLÉGRAMME

"Cet autre Prévert polémiste, actuel, Vanina Michel le fait danser entre swing , biguines , et tango. C'est toi ou c'est Prévert ? lui demandent les gens . Le plus beau des compliments. Le PARISIEN


"La voix douce et grave de Vanina donne vie à ces textes bouleversants de vérité, dans lesquels chacun se reconnaîtra. (...) Deux heures de bonheur à l’état pur !" L’HUMANITÉ

"Entre textes dits et chantés, entre franches rudesses et attendrissements éblouis du poète, ce spectacle restitue bien le visage le moins connu de Prévert : une sensibilité rudoyée par un monde devenu moderne, l’obstination à croire aux miracles possibles de l’amour." LE FIGARO

ET FAITES VOUS PLAISIR (entrée gratuite)
Jusqu’au 28 Février 2009, Jacques Prévert se décline pour la première fois à l’Hôtel de ville de Paris dans l'exposition PREVERT/PARIS LA BELLE dont on voit les affiches sur tous les panneaux publicitaires de la Mairie de Paris
à HÔTEL DE VILLE - SALLE SAINT-JEAN 5, rue Lobau I Paris 4e -Tous les jours sauf dimanches et jours fériés 10h I 19h)


"J'ai eu l'immense privilège de travailler pendant deux ans (2003-2005) avec Eugénie PRÉVERT, la petite fille de J. PRÉVERT à l'élaboration de cette belle exposition qui voit enfin le jour en 2008 et qui tient presque lieu d’inventaire…
De sa jeunesse contestataire à son amitié avec Joan Miró, Alexander Calder ou Pablo Picasso, de son métier de scénariste à la complicité
qu’il tisse avec de nombreux photographes, cette exposition, bâtie sur les archives personnelles du poète, révèle un homme dont l’esprit, plus de trente ans après sa disparition, reste d’une fraîcheur et d’une actualité sans conteste".

music@lement
Vanina Michel

01 47 72 05 00 - 06 15 70 32 75

PS. CHERCHE AGENT ET TOURNEUR
pour pouvoir me consacrer pleinement à mes prochaines créations :
1°) ONE WOMAN SHOW "femmes en péril... momentanément" de ANDRE HALIMI AU THÉÂTRE DU PETIT SAINT MARTIN 17 RUE RENÉ BOULANGER (saison 2009)
2°) NOUVEL ALBUM "LAVIE N'A PAS D'ÂGE"
3°) CD/DVD " ARLETTY/PRÉVERT INÉDITS" remix sur des musiques actuelles et classiques (Schuebert , Sauguet) d'enregistrements inédits d'ARLETTY que j'ai réalisé pendant un an à son domicile, quand elle avait 92 ans...Une merveille!
4°) DVD DE MON SPECTACLE "UN AUTRE PRÉVERT " avec mes complices (ex musiciens d'Higelin) : DIABOLO (harmonica) et DENIS VAN HECKE(violoncelle , guitare et chant) Réalisation Alain Pillier

Poèmes dans le métro: KAPUTT !

(lire ici)

C'était un des très rares acquis durables, progressistes, et respectables, de la "gauche de 1981" - et c'est fini.

Ancien directeur de cabinet, pourtant d'un homme de culture, grand amateur de poésie, Dominique de Villepin, le directeur de la RATP Pierre Mongin vient d'annoncer sa décision d'en finir avec l'affichage de poèmes dans le métro - une initiative brillamment impulsée et soutenue, après année, par le poète communiste Francis Combes - pour notre plus grand plaisir à tous.

Et si nous relevions le gant, en engageant, pour la poésie, pour la culture, et pour la liberté, une "BATAILLE DU METRO"?

A ceux de nos lecteurs, gaullistes, et cultivés, qui jugeraient utiles de tenter une démarche de dernière chance, aussi, auprès de Villepin, lecteur occasionnel, lui-même, du MONDE REEL, pour qu'il use de son influence sur Mongin, nous proposons ces quelques lignes d'un des plus beaux textes de Charles Péguy - recopiés, un soir de brume, par un des animateurs du Monde Réel, lui même poète dans l'âme, et dans la vie:

"Vous qui la connaissez dans ses longues erreurs

Et la reconnaissez dans ses plus beaux retours,

Vous qui la connaissez dans ses longues amours

Et sa sourde tendresse et ses sourdes terreurs,

Et le commandement de ses lentes fureurs

Et le retournement des travaux et des jours,

Et le prosternement des palais et des tours

Et le sang resté pur dans les mêmes horreurs,

Vous seule vous savez comme elle est maternelle,

La ville intempérante et pourtant salutaire"

(Sainte Geneviève de Paris)

ALLEZ, M. MONGIN, AVEC LE CLOWN SINISTRE QUI A LIQUIDE VOTRE ANCIEN PATRON, ET NOUS DEGOUTE, SI, EN PLUS, VOUS NOUS SUPPRIMEZ NOS POEMES, IL NE NOUS RESTERA PLUS QUE NOS YEUX POUR PLEURER - ET MÊME NOS (EVENTUELLES) PRIERES A SAINTE GENEVIEVE N'Y POURRONT RIEN...

ALLEZ, DOMINIQUE, UN PETIT EFFORT...NOUS VOUS AVONS AIME POUR L'ONU? ET POUR L'IRAQ, NOUS SOMMES CAPABLES DE VOUS AIMER PLUS ENCORE, DE VOUS ACCOMPAGNER, ET DE VOUS SUIVRE, MAIS FAITES-NOUS CE PETIT SIGNE, CE PETIT GESTE.

ET VOUS, AMIS LECTEURS, DONT BEAUCOUP, FAUT-IL CROIRE, DE POETES, AUX ARMES - OU A VOS PLUMES. ET, POUR ENGAGER CE QUI DOIT ETRE UNE DE NOS BATAILLES, METTONS L'IMAGINATION AU POUVOIR, ET BOUGEONS.

Jean-Paul CRUSE - 23 mars 2008

Rock féminin clandestin en Arabie saoudite


Pas de photos, pas de concerts, pas d'interviews: après l'article paru début décembre 2008 dans le New York Times, le groupe de rock The Accolade , qui fait saliver les rédactions du monde entier, n'est-il qu'un mirage entraperçu dans le désert?.
Ces 4 filles au soleil, qui semblent préférer l'ombre, font fantasmer toute l'austère Arabie Saoudite, avec leur titre-fétiche, "Pinocchio", mis en téléchargement sur une page de MySpace. Etudiante comme ses trois petites camarades, et rêvant de pouvoir se produire en public et enregistrer un album dans un proche avenir, tout en admettant l'ampleur du défi que cela représente, la chanteuse du groupe affirme arborer deux piercings, qu'elle cache toutefois derrière un voile lui masquant le visage. A Jedda, sa ville natale, le Comité pour la Promotion de la Vertu et la Prévention du Vice a la réputation d'être moins sévère que dans le reste du Rôyaume. Mais les filles de The Accolade ne prennent pourtant pas le risque de répéter au grand jour. Leur local est tenu secret. Pour elles, tiennent-elles à préciser, la liberté c'est de pouvoir chanter du rock sans se cacher - mis pas s'abandonner à la consommation de drogues, de tabac ou d'alcool.

Le nom qu'elles ont choisi de se donner se réfère au tableau du peintre anglais pré-raphaélite Edmund Blair Leighton. Il met en scène une femme aux cheveux longs anoblissant d'un coup de sabre sur l'épaule, selon la tradition du Moyen-Âge chrétien européen, un chevalier agenouillé devant elle. Tout un symbole!

Hélas, à l'écoute de "Pinocchio", on reste un peu sur sa faim. Les paroles sont...en anglais, et, pour autant qu'on comprenne cette langue barbare, sans relief particulier. Quant à la musique, elle est encore bien loin de la synthèse magique que l'on pouvait rêver entre l'énergie binaire du rock et les rythmes du désert parcouru au pas lent des caravanes, et menant vers des oasis paradisiaques bercées du chant mélodieux de sensuelles et mystérieuses houris.

D'après un texte transmis par Hakim Arabdiou. Source: Bluewin.ch

 

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UNE NOUVELLE LIBRAIRIE

A PARIS...

 


La "Librairie Résistances"
, qui vient d'ouvrir, au cœur d'un quartier animé, populaire, et très vivant, dans le nord du XVIIème arrondissement, met à votre disposition :

- Plusieurs milliers d’essais, de romans et de DVD


- Une salle de lecture et de recherche, avec un espace multimédia


- Une salle d’expositions, de conférences et de projection de films


Spécialisée dans l’histoire des mouvements de libération, ouvert tous les combats en faveur de la dignité humaine, à travers le monde, RESISTANCES offre un espace pour dire :

- NON au « choc des civilisations », aux divisions ethniques, au colonialisme et au racisme

- OUI au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la justice et à la solidarité, à la résistance contre toutes les formes d’oppression, notamment celle subie depuis des décennies par le peuple palestinien.


La Palestine occupée est en effet l'un des symboles les plus criants de négation du droit, de la culture, et de la vie. La situation y compromet gravement la paix dans le monde. Tous ceux qui font le pari de l’humanité contre la barbarie s'ouvrent à cette cause essentielle, et s'efforcent de "faire quelque chose."


A ces fins, la culture est une force, source des plus belles victoires. Avec l'aide d'artistes palestiniens tels que Kamal Boullata, Hani Zu'rob, Naseer Arafat, Najwan Darwish, Alia Rayyan, Nathalie Handal, Muthanna Al-Qadi, Steve Sabella, Taysir Batniji, qui ont accepté de nous apporter leur concours dans ce domaine, la Librairie Résistances s'emploiera à promouvoir les talents palestiniens à travers le monde, en s'attachant à montrer au travers de la littérature et d'autres formes artistiques (cinéma, peinture, photographie..) que la culture palestinienne, est bien vivante. Loin de s'opposer à d'autres cultures, elle vibre de multiples influences et particularités, comme s'est employé à l'illustrer tout au long de sa vie le regretté Edward Saïd.

Algérie, Vietnam, Afrique du Sud...Lutte contre le fascisme… Palestine, Irak...Lutte contre l’exclusion… Les nombreux combats menés à travers le monde, hier comme aujourd’hui, sont riches d’enseignements. Ils permettent de comprendre les liens qui unissent les citoyens du monde entier, les différentes cultures et civilisations, tout ce qui nous rapproche, tous....

Dans un monde où l’information équilibrée reste une denrée rare, la Librairie Résistances offre à chacun la possibilité de former son jugement librement, en fonction des faits.

La librairie propose une série de rencontres avec des écrivains et artistes.

 

AU PROGRAMME

VENDREDI 27 OCTOBRE à partir de 19 H 30 : Eric HAZAN, écrivain et responsable des Editions La Fabrique, de retour de Palestine, présentera son livre : "Notes sur L'occupation : Naplouse, Kalkylia, Hébron" (à paraître le même jour)

SAMEDI 4 NOVEMBRE A 17 H : Saïd LALOUH-PREVOST, auteur du roman "L'ascenseur pour la grande ourse" (Editions Danger Public)

JEUDI 9 NOVEMBRE A 19 H 30 : Serge PORTELLI, magistrat et auteur de "Traité de Démagogie Appliquée", ainsi que Jean-Pierre MIGNARD, avocat et auteur de "L'Affaire Clichy" débattront avec nous de la situation en France, un an après la "crise des banlieues".

SAMEDI 18 NOVEMBRE A 17 H : Richard LABEVIERE, journaliste ( RFI ), présentera son dernier livre "Le Grand Retournement", une enquête sur la politique française au Moyen-Orient , et notamment au Liban.

JEUDI 23 NOVEMBRE à 19 H 30 : Récitation de poèmes par l'écrivain franco-marocain Abdellatif LÂABI

JEUDI 7 DECEMBRE à 19 H 30 : "Les conséquences de la politique israélienne" : conférence-débat avec Tanya REINHART et Aharon SHABTAI, écrivains israéliens

Librairie Résistances - 4 Villa Compoint. 75017 Paris. M° Guy Mocquet (ou Brochant). BUS 31 : Arrêt « Davy-Moines ». Tel : 01 42 28 89 52. Fax : 01 42 28 95 29


Actuellement, la librairie est ouverte du mardi au samedi inclus de 14 H à 20 H. Faites-le savoir!

Un site internet sera bientôt disponible pour vous permettre de prendre connaissance des ouvrages disponibles, comme de l'ensemble des prestations proposées et des manifestations organisées par la Librairie Résistances.


REBELLES

VIII
Maos,
« Réseaux », Tao...1987-2007-

- Les maos ont-ils été infiltrés, manipulés ?
- Si oui, par qui ? - Pourquoi ? - Et quand?


« Gauchistes-Marcellin »… « Agents du patronat »...«Subversion de Pékin »... « Fascistes rouges »..."Pro-palestiniens! Antisionistes = antisémites!..." - Et pour tenter d'en finir, "rouge-brun"!...
De la droite ordinaire à la gauche bo-bo socialo bien pensante, et ses annexes de l'"extrême-gauche" légale des "révolutionnaires" subventionnés... par l'Etat, en passant par les les journalistes-poubelle, les auteurs de mauvais polars en mal de renommée et sans scrupules, sans oublier les vicieux « moutons » du KGB brejnevien, antisémite, encore tapis aux marges de ce qui reste du PCF, les accusations de ce tonneau n’ont jamais manqué contre nous. Crédibilisées, il est vrai, par l’extravagant « feuilleton » de notre étrange OVNI politique, mouvement ondoyant et brutal, subtil et populiste, surgi de nulle part dans la queue de Comète nébuleuse d’un événement contradictoire aux ressorts obscurs et complexes, mai 68 - qui, lui-même, avait suscité des interrogations, ou des fantasmes « complotistes », de même ordre…
Il est vrai que la flambée d’actions violentes de la Gauche prolétarienne a été laissée, un temps au moins, sans la répression rigoureusement et sauvagement méthodique dont un pouvoir d’Etat digne de ce nom sait faire usage même et surtout dans une « démocratie contrôlée », à l’Européenne.
Il est encore plus vrai que cette flamboyance, brève, a été suivie par un « suicide collectif » aussi soudain qu’inexpliqué, au moment même où le mouvement, après l’assassinat d’Overney, et la vague d’indignation populaire alors soulevée, puis les puissants mouvements de Peugeot Saint-Etienne, de Lip, du Larzac, et des ouvriers arabes du M.T.A, encore renforcés par la création du quotidien Libération, semblait en passe de transformer sa fulgurante percée « au cœur même du système", en investissant avec audace, autour de Charles Piaget, le champ encore à défricher de la politique institutionnelle.


L'exemple des "années de plomb" italiennes...


Les questions sur l’infiltration et d’éventuelles manipulations de la G.P. se trouvent renforcées par ce qu'on commence à bien connaître de l' "exemple" italien.
Le voile a commencé à se lever sur ces « années de plomb ». Aujourd'hui, qui veut savoir sait.
On connaît le contexte, international, des extravagances d'un "parti armé" multiforme, nappant l'habituelle exubérance rhétorique des héritiers de Cicéron d'une sauce "marxiste-léniniste" à faire pâlir les bricoleurs artisanaux des cuisines gauloises d'"Action Directe".
Un enchevêtrement complexe y a mêlé les manipulations, effectivement conspiratives, des retors services secrets yougoslaves, ou même bulgares, cache-sexe affriolant mais, somme toute, léger, des « grands-frères » de Moscou, et la « stratégie de la tension », bien réelle, ourdie dans les cercles de l’Otan (Gladio, etc).
Le SISMI italien, filiale de la CIA, avait, ô Umberto Eco, son "moine rouge", espion de Haute Eglise confessant tout un secteur au moins des Brigades de la même pourpre, cardinalice...
Des deux côtés de la fictive barrière des Alpes, en Italie, comme en France, l’inévitable interaction dans les « affaires intérieures » des uns comme des autres de la bataille israélo-palestinienne était, elle aussi, inévitable.
Ce conflit majeur aux secrets subtils, bien protégés, développait, au même moment, dans toute la Méditerranée, son théâtre, de Beyrouth à Tripoli (Liban), de Rome à Tripoli (Libye), et de Naples jusqu'à Nice-Marseille, voisines Bastia, Portovecchio, ou Figari, en Corse, le labyrinthe de ses opérations et contre-opérations clandestines de haute ou de très haute volée.
Dans ces batailles de l'ombre, sauvages, se trouvent réunis, dans la réalité la plus réelle, tous les ingrédients des romans d'espionnage de l'époque de la "guerre froide", intégrant "dialectiquement", comme ici, des éléments de "guerre chaude"...
D'imprudents éléments se réclamant d'un "maoisme" grossièrement survolé et mal assimilé,viennent, Palestine oblige, s'y prendre les pieds. Ils tirent des conclusions hâtives, superficielles, de l'idée, "juste" que "le pouvoir est au bout du fusil"; et que, pour qui se dit révolutionnaire, rien n'est plus important que la question, précisément, du"fusil". Mais, côtoyant - car le monde est un village - des gens se réclamant des mêmes principes, mais vivant, eux, dans des pays et dans des sociétés où toute la politique semble s'épuiser dans la forme de la guerre, au sens le moins métaphorique du terme (Palestine, Liban, secteur Libye-Tchad, Congo-ci, Congo-là, Angola), ils font une confusion, lourde de "casse", avec ce qui se passe au sein des sociétés européennes. Et en France par exemple...
Alors qu'ici notre domaine est la préparation soigneuse et patiente d'une "phase ultérieure", celle des "grands soulèvements populaires", débouchant sur la "guerre populaire prolongée".
Hypothèse porteuse d'effroi mais probable, hélas, à long terme, en tout cas, si l'on admet, selon le mot du fin Truong Chinh, le "chinois" du Vietnam, que la possibilité inverse, le "passage pacifique" à une société d'harmonie, libérée, "est d'autant plus précieuse qu'elle est rare, très rare"...
Cruel, certes, ô combien, ce constat débouche sur l'expérimentation de formes de combat violent, "au sein des masses" - et la préparation de futurs groupes de combat clandestins, armés, capables d'utiliser, le moment venu, pistolets, revolvers, plastic, grenades, kalachnikov ou lance-roquettes...
Mais il s'agit de préparation, et brûler les étapes ne prépare rien.
A s'y laisser entraîner, au contraire, on ne débouche que sur des catastrophes,
équivalentes à celles qui surviendraient à qui fait de la politique-popote, de papier, et, ne préparant rien, n'édifie rien, ne construisant que sur du vent, et restant, au moment du tournant capital, sans forces.
Dans un cas comme dans l'autre, c'est zéro.

- Un infiltré "effacé", tout en douceur: l'enlèvement de "Moussa Fofana"


- Le service de renseignement des maos se met en place...


Quand elles restent théorie pure, et spéculation abstraite, les « théories du complot » sont à fuir comme la peste.
Au mieux, elles font rire. N’exprimant que l'impuissance, les délires ou les cauchemars de cerveaux faibles, d’esprits malades hantés par leurs propres fantômes.
Mais un récit à visée historique qui ferait l’impasse sur la dimension, effective, de l’action secrète, s’apparenterait, lui, à du pur crétinisme.
Puisque l'Histoire, la vraie, celle qui transforme les situations, les sociétés, les hommes, c'est partout et toujours la combinaison de facteurs accessibles à la connaissance de tous, domaine de l'information "ouverte", et d'éléments d'une action secrète présente à tous les recoins de la vraie et grande politique. "La Providence procède souvent de façon occulte à notre endroit étant donné que les actions humaines cachent leurs intentions aux hommes eux-memes"(Dante, Le Banquet - 1309)
Infiltrations, provocations, faux attentats, enlèvements, tortures, assassinats: on ne le trouve pas que dans les films.
Ou, si on le voit dans les films, confortablement installé dans son fauteuil, c'est que ces fictions reflètent, en les déformant plus ou moins, des éléments au moins du monde réel.


Nous nous y sommes frottés, de fait, de la façon la plus concrète.
Le samedi 18 septembre 1971, la rubrique "agitation" du journal Le Monde, apparue avec la Gauche Prolétarienne - qui crée, donc, au moins un emploi de journaliste...- et consacrée, quotidiennement ou presque à nos activités, commente, (page 10) un communiqué de la N.R.P. (révélé, "source" Le Monde, par l'A.P.L.), texte "accusant M. Moussa Fofana, ressortissant guinéen", d' être un "agent manipulé par la police et infiltré par elle chez les maoistes".
L'affaire fait grand fracas.
Quelques jours plus tôt, le "scandale" de ce "kidnapping" d'un militant noir africain, accusé d'être un "flic" - opération de "contre-espionnage" revendiquée par les clandestins de la N.R.P., avait éclaté dans la presse belge - peu lue dans l'hexagone.
Comme une foultitude de "bidonneurs" ordinaires, aujourd'hui intellocrates moisis, proprios de restaurants, hommes de cabinets, ou proxénètes culturels, Moussa Fofana, ou mieux, dans ses grands jours, "cheikh Moussa Fofana", se présente alors comme l'un des fondateurs "de la Gauche prolétarienne, en 1968".
C'est faux.
Il n'est pas le seul, d'accord, à porter cette prétention. On s'y bouscule.
Mais en réalité, fondateurs sont ceux qui ont scellé, dans le sang versé, le leur, ou celui d'autres sous leurs coups, les fondations, en organisant les premières "actions de partisan". Dans les usines et dans la rue. Point.
Mais ce n'est qu'un détail.
Devenu, dit-il, "responsable de l'action pour la défense des immigrés africains des foyers", en région parisienne, ce qui est vrai, même s'il n'est pas le seul, Fofana, si c'est bien son vrai nom, aurait été capturé et mis hors circuit par une sorte de police secrète, interne au mouvement mao.
Là, c'est vrai. A cent pour cent.


Dans l'enfer de la champignonnière


"Réfugié" sur le sol belge après une condamnation pour "transports d'explosifs", en France, suivie par un arrêté d'expulsion, Fofana se plaint, dans la presse belge, d'avoir été "piégé" par la NRP.
Contacté à Bruxelles, puis attiré en territoire français, il aurait été interrogé, torturé - et condamné à mort, comme espion. Abandonné, menottes aux poignets, au fond d'un profond souterrain, il aurait néanmoins réussi à regagner très vite la Belgique - il ne précise pas comment.
Même s'il lui reste, aux poignets, une trace, infime, du port de menottes - qui, quand on s'agite, se resserrent d'elles-même, tous ceux qui en ont porté l'ont éprouvé - il ne peut exhiber aucune trace physique de ses "tortures".
Normal. Il n'y en pas eu.

Sauf à désigner comme traces de "tortures" de légers hématomes, souvenir d'une "interpellation", musclée, mais très rapide - effectuée par de vrais techniciens, économes de violence inutiles.


Le "martyr" ne fournit aucune indication concrète sur les moyens utilisés pour passer la frontière, à l'aller comme au retour - ni sur le profil de ses "ravisseurs". Il en connaît pourtant un. Un seul...
Il de donne pas non plus d'indications utilisables sur la nature du piège qui lui a été tendu, et dans lequel il est tombé. Ni sur la localisation exacte de la "prison du peuple" - où il a, c'est vrai, fait l'objet, arme de poing l'appui, d'une condamnation à mort comme "flic".


Elle existe pourtant, cette "cache". Au plus profond d'anciennes champignonnières abandonnées, constituée de vastes et sombres souterrains, sans le moindre équipement, sans électricité, et sans lumière.
Connu de peu de gens, l'endroit n'est accessible qu'à partir de fourrés, dans un champ, dans la région côtière, pas très loin de Dunkerque.


Avec un peu de patience, je pourrais retrouver les lieux, et les reconnaître: puisque c'est à l'auteur de ce livre que la Nouvelle Résistance Populaire avait confié la "mission Fofana".
S'il avait été réellement torturé, ce qui, tout de même, n'est pas rien, il pouvait donner le signalement de son principal ravisseur, selon lui "tortionnaire". Il le connaissait sous le pseudo de "Philippe", et pouvait donner de brèves indications susceptibles de percer l'écran, fragile, de ce faux prénom.


Il lui était loisible, aussi, de préciser comment il m'avait connu, pourquoi il m'avait reçu, et fait confiance, acceptant de m'ouvrir sa porte d' "exilé", et de prendre connaissance d'un "document", qu'il s'abstient d'évoquer, l'appât...


A l'appui de ses accusations, spectaculaires, rien ne l'empêchait encore de révéler quel important motif avait pu l'inciter à se laisser conduire, clandestinement, de l'autre côté de la frontière; à suivre ce "Philippe" en France, pays dont il s'était, dit-il, "enfui", devenant un "réfugié", et où il est lui-même officiellement "recherché"...


Il pouvait, encore, donner quelques indications sur la voiture (volée) dans laquelle il s'était laissé convoyer, et préciser les conditions de cette "réquisition prolétarienne" - bien réelle.
Le véhicule pouvait ouvrir sur une piste, donner de quoi amorcer une traque, lancer des poursuites judiciaires, et peut-être enfin arrêter le "principal suspect" d'un kidnapping mené "en bande organisée à main armée" (tarif en cour d'Assises: 20 ans, bien payé) - accompagné, selon lui, de "tortures" (réclusion criminelle à perpétuité).
Mais cet Africain assez jeune - la trentaine - porteurs de papiers d'identité d'un citoyen de Guinée (Conakry) au nom de Moussa Fofana, et ne se faisant appeler qu' à l'occasion, "Cheikh Moussa Fofana", n'a rien fait de tel.
Après sa conférence de presse, il a disparu dans le décor.
Il n'a pas, qu'on sache, déposé la moindre plainte. Et plus personne n'a entendu parler de lui,
si ce n'est un vague écho, incertain et tardif, de son passage par les locaux de l'ambassade de Guinée en Italie.


Dans sa livraison du mardi 21 septembre, Le Monde allonge, tout de même, la sauce. Le journal publie un texte, anonyme, d' "anciens militants de la GP", ou soi-disant tels, non désignés. Ils accusent l'organisation clandestine d'avoir dénoncé Fofana comme "agent de la police" sans "fournir aucune preuve", alors que le "militant africain", peut-être effectivement, guinéen, "avait été emprisonné à Fresnes six mois, avait fait la grève de la faim " (des prisonniers politiques), "avait été laissé sans soin, et expulsé sans recours ni délai après toute une année de militantisme en Afrique et en France"...


Fofana, de Fauchon aux sauvages combats de rue du procès Geismar


Fofana avait de nombreux amis chez les maos. Et plus encore d'amies. C'était un somptueux dragueur, beau gosse, musclé - peut-être un chouïa trop baratineur et polygame, mais, dans l'humeur, fort peu puritaine, du moment, ça passait.
Les déçues se contentaient de fouiner un peu dans ses affaires, il en semait partout, dans autant d'appartements différents...
Beaucoup se souvenaient avec émotion du rôle qu'il avait joué pour aller distribuer dans des foyers africains, discours en multiple dialectes à l'appui, le plantureux butin (plus mince, certes, que prévu), du pillage organisée de Fauchon ("Fauchons!"), place de la Madeleine, au printemps 1970.
On pouvait donc imaginer une levée de boucliers en sa faveur. Hors de ces quelques lignes anonymes dans un journal alors digne de respect, et de quelques glapissements de l'imprécateur multi-services André Glucksmann, rien de tel ne se produisit...
Le dernier article consacré par le quotidien du soir à la mystérieuse "affaire Fofana" , est datée du dimanche 27 septembre 1971.
Il évoque, en parallèle, l'arrestation au Sénégal de cinq citoyens guinéens. Ils y sont poursuivis pour espionnage, dans le cadre d'une crise générale affectant la Guinée de l'indomptable nationaliste révolutionnaire Sékou Touré dans ses relations, non seulement avec le Sénégal, mais avec l'Allemagne ("réseau SS nazi"), et surtout l'ancienne puissance tutélaire française ("réseaux Foccart"). Le tout dans une atmosphère générale, en Guinée, de grande fièvre - tribunaux populaires, aveux, etc. La CIA américaine n'est pas absente du paysage. Ennemie déclarée, elle aussi, du "marxiste" nationaliste Sékou Touré, elle a en réalité d'autres priorités.
L'objectif central en Afrique Noire de la "covert action" (action secrète) de Washinton et de Langley (Virginie), siège de sa monstrueuse centrale d'espionnage, est à l'époque de monter tous les "coups tordus" possibles contre ce qui reste de la France Libre et de ses réseaux gaullistes - suspects, au même titre que Sékou Touré , mais dans un style tout autre, d' "antiaméricanisme nationaliste" - voire de "collusion avec le communisme" (Chine, Vietnam, Cambodge, embargo contre Israël en 1967, retrait de l'OTAN).


En venant ensuite au cas du "guinéen" Fofana, un patronyme très répandu dans cette partie de l'Afrique (il est aussi celui d'un haut diplomate de Sékou Touré, entré en dissidence frontale, et en contact avec les Américains), Le Monde lie ce dossier à celui de soudaines "difficultés financières" ayant entraîné, en, France, un "arrêt de parution d'un mois et demie de La Cause du Peuple-J'Accuse".
Notre journal aurait perdu de l'argent avec ses "numéros spéciaux", distribués en usine ou dans la rue plus que vendus - "Printemps des O.S.", "Spécial Police" (affaire Jaubert).
Le prochain numéro, poursuit l'anonyme rédacteur du Monde, est attendu "sous 15 jours" avant une ultérieure reprise, annoncée, du rythme hebdomadaire.
"Parallèlement à ces difficultés financières, un important débat politique" opposerait, croit pouvoir affirmer Le Monde "ceux qui souhaitent privilégier l' "action de partisans", et les tenants d'une "ligne démocratique".
"L'une des conséquences de ces discussions est "l'affaire Moussa Fofana".


Dans la voie du "poignard de Wu hao", un KGB mao fabrique une "scission"


Cette thèse, très vaguement proche de certaines réalités (voir page) a été probablement soufflée aux "journalistes" par leurs amis R.G, ou des gens comme André Glucksmann, qui s'était rapprochés de "La Cause du Peuple" sous les sunlights de la "gloire", au moment du combat, prestigieux, des militants emprisonnés luttant pour le statut politique .
Certains (véritables) intellectuels, artistes et créateurs se sont alors réellement engagés (Sartre, jusque sur son tonneau de Billancourt, Jean-Luc Godard, Jean Cardonnel, Jane Fonda, et surtout le gaullo-maoiste chrétien Maurice Clavel, liste non limitative...). Ceux-là ont pris de vrais risques. Ils ont contribué à briser les cercles de la calomnie et de la haine autour de nous, et, plus généralement, des usines.
Mais la plupart des autres rechignent à l'idée d'aller se "salir les mains" et se "prolétariser", à la base...
Alors, pour eux, l'apparition d'une sorte de "KGB mao", ou plutôt d'une force obscure et redoutable dans la tradition du "poignard de Wu hao" (Zhou Enlaï), en charge de contre-manipulations sophistiquées et de l'éradication d'infiltrés, commence à faire sérieux. Il est temps de mettre les voiles.
Ciao Glucksman, bon vent...
Même pas besoin de te virer, Dédé: c'est l'
"agir par le non agir", le "weï wu weï" du Taoisme, principe du bidet autovideur cher aux plombiers que nous sommes.
Avec nous "le parti se renforce en s'épurant" (Staline).

Mais nous sommes entrés dans la "troisième étape".
Béria est derrière nous. Dépassé.
Avec le "Service de Renseignement" de la Nouvelle Résistance Populaire, (S.R.N.R.P.), donc, qui, là, commence à se dresser, reptile ondulant sous ma flûte, pas de tracas "stressants", genre procès politique, dossier, débats internes, et coup de piolet à la fin des fins...Pas d'agitation inutile, pas d'énergie perdue, dissipée en criaillerie, pleurs, balles dans les genoux, voire fusillades...C'est le principe de l'autovideur, dans le fond d'un dériveur, se substituants aux anciennes écopes....Une accélération dans une bonne risée, écoute un peu "choquée" et Slurp!...Tout le poids d'eau en trop s'évacue de lui-même par une trappe à clapet, minuscule, entraînant vieilles flaques de café, de vin, ou d'autre chose, boues, sable, brins de varech, déchets divers...
Et revoilà l'esquif allégé, prêt à bondir encore, et propre...

Avec l'élimination de Fofana, les faux-culs comprennent le message sans qu'on ait à leur faire les gros yeux. Ils tirent eux-mêmes la chasse d'eau, nettoyant la cuvette dont ils sont les étrons, flottant entre deux eaux. Et même l' odeur se dissout à la fin des fins, plus lentement, certes, d'elle-même.
Un "indic", bien choisi, effacé en douceur, avec la plus grande économie d'énergie - "maxima a minimis" (Leibniz) - et c'est tout une cohorte de potentiels "retournés", dissidents diviseurs, ou "balances", qui dégage le paysage...


Fofana, ou une personne envoyant un message en son nom, saura lire le papier du Monde, et prendre la balle au bond.
Dans un "courrier" publié le 28 septembre 1971, le disparu se présente comme l'ingénue victime d'une volonté de "détourner la vigilance des masses et des révolutionnaires français" de "la scission actuelle dans La Cause du Peuple: scission entre la base et la direction bureaucratique, scission entre les immigrés et La Cause du Peuple, scission entre les dirigeants eux-mêmes...".
C'est dans ce contexte, dit-il, qu'on a essayé de le "faire taire".
Précisément, il se tait.
Il finit par la boucler, enfin. Un silence définitif.
Pas une trace, pas une. Depuis plus de trente-six ans...


Nourrir des doutes et des soupçons sur un militant, un cadre, fût-il immigré, africain, et noir - et pourquoi pas? - c'est une chose...Fofana en faisait beaucoup...
Mais avoir des preuves, et "traiter" correctement le cas, c'en est une autre.
Nous avons pourtant relevé ce défi, accumulant une fructueuse expérience...
Pour atteindre l'objectif, et jeter ainsi au passage les toutes premières bases d'un réseau de renseignement, en marge de la N.R.P. officielle, capable de "traiter" - aussi - d'autres "cibles" que des indicateurs, il fut décidé d'offrir à cet Adam la pomme tentatrice.
J'allais être le serpent, aguicheur.
"Cobra glacial" (lire page).
Un texte est rédigé. Il met en scène une (supposée) scission, "encore secrète". Elle est le théâtre d'un affrontement entre Benny Lévy "et sa cour de ramollos", d'une part; et une "base" révoltée contre "les caciques de la clique dirigeante, pourrie", de l'autre.
Une "gauche de la gauche" se serait clandestinement regroupée.
Elle aurait pris la décision de passer sans plus attendre à "la lutte armée, la vraie, et sans chichis. Avec des armes, des morts,etc."
C'est elle qui aurait rédigé ce texte...Elle aurait besoin du renfort du grand militant Fofana, maintenant...

Ce scénario est de pure invention. Mais il est crédible.


1.D'abord, parce que les premiers signes d'embarras commencent à devenir perceptibles autour d'un Comité Exécutif ne sachant plus comment se libérer de sa base, faute de pouvoir la contrôler ..."Signes faibles", certes, mais ce sont eux qui comptent, pour qui sait les capter, tôt, prendre de l'avance, et jouer sur le "potentiel de la situation", en amont...
2. Ensuite, parce que des rumeurs de négociations secrètes avec l'Etat, par un canal de gauche, "socialiste" (et franc-maçon) ont couru, à l'approche du second procès Geismar, - devant la Cour de Sûreté de l'Etat, cette fois.
Notre tapageur porte-parole allait, d'ailleurs, renoncer ce jour-là à toute rodomontade. Tout au contraire, il allait grassement insister sur le fait qu'après son interdiction par Marcellin, en mai 1970, la Gauche Prolétarienne s'est volontairement auto-dissoute. Ce qui est en partie vrai, sauf pour les collectifs semi-clandestins des directions de zone ou de région, et pour le Comité Exécutif, national, globalement inchangé - dont Alain est resté lui-même l'immuable et ronde potiche.
En réponse, le procureur de la République, chargé, croyait-on, de réquisitions sévères, allait lourdement insister sur le fait que "le parquet" (le ministère de la justice, l'Etat) "ne s'opposerait nullement" à une éventuelle "confusion des peines" entre la condamnation du Geismar ferme et militant du premier procès devant le tribunal correctionnel, les 20-22 octobre 1970 (dix-huit mois ferme pour "incitation à la violence"), et une probable condamnation, nouvelle, pour "reconstitution de ligue dissoute", cette fois, en Cour de Sûreté de l'Etat....
L'addition de deux peines (dix-huit mois plus X...) pouvait faire mal...
Mais cette "confusion des peines", possible en droit, au gré du tribunal, mais pas automatique, ne fut même pas la clé, indispensables, d'un compromis sous le tapis.
C'est en réalité dans les bureaux feutrés de la Cour de cassation, haut-lieu de toutes les "solutions finales" (juridiques) aux intrigues embrouillées, qu' "en toute indépendance" la crème des magistrats de l'ère pompidolo-giscardienne, connus pour ne pas être des tendres, annulèrent carrément toutes les condamnations de militants pour "reconstitution de ligue dissoute" (parfois une simple diffusion de La Cause du Peuple, pourtant non-interdite). Dont celle d'Alain Geismar.


La fascination des plus fragiles des dirigeants "historiques", Serge July, de façon grossière, et Benny Lévy, de façon plus hypocrite, pour le monde artificiellement brillant et surfait des "intellos", du moins des "intellos" de luxe, arrivés, richissimes, médiatiques (Sartre) commençait à créer des tensions.
L'"ex-GP", donc, commençait à tanguer.
Mais aucun d'entre nous, pas même le plus crétin - et tous n'étaient pas des "flèches" - n'envisageait l'option débile, provocatrice, du déclenchement immédiat de la "lutte armée".
Les conditions politiques n'en seraient réunies, nous en avions tous la conviction, qu'à partir d'une longue série de vrais soulèvements populaires, larges et unitaires, suivie par des vagues de répression sévères... Et là, ayant accompagné jusque sous les coups, puis les tirs, le mûrissement d'une large fraction de la base vers des formes réalistes d'autodéfense armée, nous pourrions risquer nos pas, et ceux de tous, ensemble, dans une transition prudente et méthodique vers une "guerre prolongée", effectivement et profondément " populaire"...


Les bouteilles magiques

d'octobre 70


Pour Fofana, donc, le plan était là.
Le texte, rédigé.
Restait à dénicher l'intermédiaire crédible pour aller appâter le "chien", dans son "exil politique" en Belgique, afin de le transformer en "pigeon", puis en petit lapin terrorisé par la morsure des "cobras".
Il fallait un militant suffisamment connu de lui pour se faire ouvrir la porte, en confiance, comme Ramon Mercader chez Trotski, au Mexique, avant de le rouler dans la farine, en lui faisant lire, "sous le sceau du secret le plus absolu", le "texte confidentiel des dissidents", provocateur.
S'il mordait, il faudrait encore que cet émissaire, jouissant à ses yeux d'un minimum d'autorité et de prestige, le convainque qu'un homme comme lui était "indispensable à ce nouveau combat"; et le prie, enfin, de l'accompagner en France, malgré "les risques" - puisqu'il était "recherché par la police". Une première réunion de la fraction clandestine décidée à "la lutte armée, la vraie" l'y attendait - et n'espérait "plus que lui", comme symbole, et comme guide. "Le matériel militaire serait là", en abondance, "du sérieux" - avec l'essentiel des futurs "soldats", "les plus sûrs"...
On me confia le soin de manipuler Fofana.
La mission n'était pas sans risques.

Condamné - pour de bon, là... - à un an ferme pour "violences" (à Nantes), recherché - vraiment... - depuis plus de six mois, en fuite, de vrais ennuis m'attendaient si, démasqué par "le flic", j'étais "balancé" à ses collègues, et poursuivi pour "enlèvement", ou au moins "tentative", voire "tentative d'homicide" - le tout avec usage d'armes...
Si l'homme n'était pas un vulgaire fonctionnaire de police, mais une "barbouze", travaillant pour on ne sait quelle CIA, KGB (pourquoi pas?), Mossad (il existe...), ou un truand utilisé par ce genre de services, c'était encore pire...
La réaction risquait de ne pas se limiter à une procédure judiciaire - suivie de 5, 10 ou 20 ans de prison...


Mais j'étais prêt à tout.


Franchement, j'adorais ce genre de choses.
Profondément convaincu de la réalité de notre infiltration par des indicateurs de tout poil, difficilement évitable, je n'avais aucun doute sur nos capacités à résoudre, intelligemment, ce problème.
Dans mon cerveau tortueux, l'idée commençait même à se former d'adjoindre, à cette occasion, une sorte de "service de renseignement intérieur/extérieur" à la structure clandestine de la N.R.P. où je venais enfin d'être officiellement intégré, avec ses "appartements de sûreté", son atelier de faux-papiers, son matériel radio, ses petits dépôts d'armes, et de premières expériences des joies de la filature, patiente, et de la "planque" (la guerre, disent ceux qui l'ont faite, c'est 90% d'attente, d'ennui, pour 10% d' d'action de combat, fulgurante, donc très brève...)


Fofana ignorait presque tout de moi - y compris ce passage dans le "secteur de l'ombre".
Il ne pouvait pas imaginer - il n'est pas le seul - ce don du ciel dont j'ai été béni, qui est la capacité à dissimuler ses intentions ou ses idées sans franchement prendre le risque de se dévoiler par un mensonge.
Les chiites la nomment "taquiya"...
En revanche,"Carlos" (l'amusant pseudo du supposé Guinéen) )ne pouvait guère avoir oublié "Philippe", ce jeune cadre "politico-militaire" "monté" tout exprès de sa province pour le procès Geismar, un an avant, et qui avait repris en main, entre la place des Vosges et l'Hôtel de Ville, des "troupes" ébranlées par l'explosion, sans doute accidentelle, survenue dans le coffre d'une "voiture d'appui", rempli à ras bords de cocktail molotov.
Dès la concentration initiale au dernier échelon des rendez-vous primaires, secondaires, et tertiaires, une militante avait été grièvement brûlée. Il avait fallu l'évacuer en catastrophe vers les urgences...
Ce "coup de chaud" (pardon) jette un froid...Mais nous ne sommes pas là pour pleurnicher sur nous-mêmes. "Philippe", dont c'est la responsabilité, impose le calme très vite - "Cobra glacial"...
Et j' improvise en quelques secondes un scénario de rattrapage - m'appuyant sur "Carlos" (Fofana), lui aussi impavide...Le bas du visage masqué par un large foulard, il me donne un bon coup de main - je n'ai aucune raison de me méfier de lui, à ce moment...
A nous deux, pratiquement, suivis de loin par les plus courageux rescapés du choc de la place des Vosges (dont Didier Costagliola qui, me croisant, en juin 2007, dans une fête de Jalons, à la boîte de nuit "L'Etoile", se félicita d'avoir, ce jour là, amusante expression, "servi sous (mes) ordres") nous parvînmes à remplir la mission du jour, tant bien que mal: créer un abcès de fixation sur la rive droite, aussi près que possible de l'Hôtel de Ville - à défaut du Palais de justice protégé par un dispositif inexpugnable, dans un Paris phénoménalement quadrillé par des hordes de police en surnombre.


Nous devions attirer ainsi une partie du dispositif de CRS et des "Brigades Spéciales", concentrées côté Quartier latin. Libérant ainsi de l'espace pour nos forces principales de la rive gauche. Avantage collatéral, nous avions toutes les chances de provoquer ainsi un inextricable embouteillage de "tuniques bleues", coincés sur sur les ponts - cible "fixée", engluée, offerte...
Balançant quelques cocks devant nous, donc, sur le pavé de la rue de Rivoli, nous y dissuadons, sans problème, toute circulation des voitures.Même les conducteurs les plus nerveux s'arrêtent gentiment, et restent sagement calfeutrés à l'intérieur de l'habitacle, ce qui est raisonnable...
Les coudées franches, nous entraînons ce qui reste du groupe de la place des Vosges, ceux que l'horrible spectacle de la jeune fille brûlée par notre propre "matos" (diminué d'autant, en quantité), n'a pas statufiés sur place, ou renvoyés chez eux regarder les actualités à la télé...
Notre petit "baroud" de diversion atteint son premier objectif, les murs de l'Hôtel de Ville.
Là, derrière quelques fenêtres brisées, quelques bureaux flambent. De quoi faire fonctionner notre "piège à flics". Ils bougent, effectivement... Flammes à l'Hôtel de Ville...Le spectre de la Commune...Début de guérilla urbaine rive droite, imprévue...Il nous suffit ensuite de continuer à les "fixer" un minimum, en les faisant courir partout, dans la même zone, dispersés en mini-groupes de harcèlement, sans prendre les risques de contact au corps-à-corps...
Malheureusement, rive gauche, au même moment, échec total, le bide...Trop de flics, trop peu de manifestants à nos côtés.
Le profil d'apparatchik syndical roué et vaniteux, affamé de micros, de caméras et de photos, du Geismar de 1968 pèse.
Il n'enflamme pas le "mouvement la jeunesse".
La lassitude aussi, la peur - et le travail de sape de la Ligue Communiste (pas encore "Révolutionnaire"). "Solidaire d'Alain Geismar", mais "réaliste", et favorable "à l'action de masse", du moment qu'elle s'avère impraticable, Krivine s'oppose à l' "aventure" de groupes de combattants d'une guérilla urbaine, mobiles, au sein due l'impressionnant quadrillage. Comme il s'était opposé à la montée sur Flins, pour aider l'émeute ouvrière à se transformer, dans la même idée, en groupes mobiles de harcèlement, en juin 1968.


Il nous fallut, le lendemain de notre échec d'octobre, un sursaut de rage et d'orgueil, ou d'honneur, pour que, récupérant, rue d'Ulm, un vieux copain de lycée bordelais, philosophe brillant, "situ" acide et pas militant pour un sou, mais "pas contre", j'aille le prier, avec mon sourire le plus charmeur, d'avoir la gentillesse de mettre à notre disposition pour quelques heures sa "piaule " de normalien.
Il en fut honoré, et nous remercia, presque, de l'utiliser.
Pendant que d'autres allaient chercher un peu partout des bouteilles vides, et tous les ingrédients nécessaires à notre petite cuisine, nous pûmes y fabriquer, quasiment à la chaîne, une petite centaine d'excellentes bouteilles incendiaires.
A la sortie de la chambre, nous allions, à deux ou trois "ingénieurs", faire couler lentement, sur la paroi verticale blanche et brillante des urinoirs de ce Temple incontesté du savoir, quelques gouttes d'"acide sulfurique pur", "concentré, industriel", sur le mélange de poudres blanche et jaune (ou verte, j'ai oublié...) destiné à l'allumeur scotch-papier des "cocktails", en guise de test.
Les bouteilles elles-mêmes en étaient encore au stade du "plein d'essence" (et d'huile) dans la chambre, suffisamment éloignée, bourrée de polycopiés, d'énormes dictionnaires, et de livres quelquefois volés - les "situ"...- d'Edmond Husserl, Malebranche, Lacan, Baruch Spinoza, ou Heidegger...
Aux urinoirs, quand la minuscule goutte, rampant lentement dans le sens de la descente, tombe enfin sur le tout petit tas poudreux placé au pied de la paroi, un "pschiiiit" puissant, déclenchant la flamme bleue, prouve que tout va bien - pas d'erreurs de dosage.
Nous en aurons confirmation, quelques heures plus tard. Quand notre colonne improvisée de 100 ou 150 combattants humiliés par la déroute de la veille, et prêts à tuer et à mourir, le jour de ce que nous tenons à tort ou à raison pour le procès de la Cause du Peuple elle-même, et pas d'un porte-parole de circonstance, "lourdingue" et bientôt repenti, finit son parcours serpentant dans le lacis de petites rues que nous connaissons sur le bout des doigts, et déboule en plein cœur du dispositif ennemi, rue des Ecoles - chassée de près, pourtant, sur ses arrières, par des cars de C.R.S. à nos trousses, hurlant de toutes leurs sirènes, englués heureusement dans un monstrueux embouteillage...


C'est notre "opération fleur de Lotus", ô Van Tien Dung...
Pris d'assaut sans mollir par l'avant-garde de la colonne - les Renault... - le car de Brigades spéciales qui se trouve en position statique à cet endroit, , pas de bol pour lui, n'est bientôt qu'un immense brasier.
Sur ses lueurs se détachent les ombres affolées, frappant des deux mains leurs tenues de combat pour tenter d'y étouffer les flammes, des athlétiques "bestiaux", affûtés comme des boxeurs, cruels et orgueilleux matraqueurs au long bâton noir, souple, d'un peloton de policiers de choc spécialisé dans les "ratonnades"...
D'un coup de baguette magique en forme de barres de fer défonçant les vitres et leur grillage de protection, ridicule, ces puissants taureaux de combat se sont métamorphosés en un troupeau de bœufs affolés tentaient de s'extraire, en se bousculant honteusement, comme ils peuvent, de l'incendie où commencent à griller leurs infortunés collègues, mal placés, loin des portes.
Mais chaque sortie du car d'un de ces couards les punit de leur hâte, et de leur égoïsme. Barres de fer en main, voire à poings nus, les prolos du Comité de Lutte de Billancourt les assomment, un par un.
Dommage pour ceux qui "crament", comme pour ceux qui tombent assommés, os brisés, ce sont des êtres humains, comme nous -comme Tramoni...- mais ils ont choisi le mauvais métier, la mauvaise spécialité dans le métier, et le mauvais endroit, au mauvais moment...Et c'est la guerre...
En charge de l'arrière-garde, avec Antoine de Gaudemar, nous sommes, en hauteur, au spectacle. Avant d'aller, avec tout le groupe, qui a à peine fait halte, charger, cette fois, en pointe, un gros barrage à pied, véritable mur humain aux casques scintillant à la lueur des lampadaires barrant le pont de la Seine, à Saint-Michel.


Claude Lucas:

la haine de l'ouvrier voit juste


Alertés par radio sur le "barbecue" où crament leurs collègues "spéciaux", qu'ils admirent, craignent, et méprisent, le tout en même temps (la vie est compliquée), les C.R.S. de Saint-Michel, tétanisés sur place, n'ont qu'une vague velléité de nous dégager...
Ceux qui l'ont, et suivent leur officier, s'arrêtent net, comme lui, au premier "cock" qui claque, et libère sa flamme haute...Ils ne chargent plus, c'est nous qui dévalons sur eux, balançant les restes de notre production de la rue d'Ulm - des petites canettes de bière, faciles à glisser dans la poche, même, d'un blazer...
Il m'en reste tout de même une, quand, ayant donné, avec les autres coordinateurs de la colonne, l'ordre absolument formel de dispersion immédiate, je donne l'exemple en me glissant, l'œil attentif à la présence probable de "civils" en maraude ou déjà "en filoche", dans la foule de badauds, vaguement approbateurs, obturant la rue Gît-le-Cœur, échappée vers la Seine...
Après un dernier regard dans le "rétroviseur" d'une vitrine, pour couvrir mes arrières, je jette, l'air de rien, le boudin- allumeur contenu dans ma poche droite. Dans le ruisseau suivant, suffisamment éloigné, c'est le tour de la canette de "bière" elle-même, stockée côté gauche. Elle se brise sans bruit dans une odeur d'essence...
C'était, comme on dit ailleurs, une "opération ponctuelle à très haut risque". Un des meilleurs de Renault, Claude Lucas, accompagné de Serge M., a la folie de "désobéir aux ordres".
Curieux de constater, in vivo, les dégâts causés par notre furieuse charge au cœur même du dispositif répressif - "fleur de lotus" entrouvrant ses pétales...- il revient se mêler, discret, croit-il, à la foule des passants anonymes.
Un rescapé du car de Brigades spéciales les reconnaît tous deux, lui et son "pote".
Selon le rapport d'une de nos "sonnettes", une discrète observatrice chargée d'observer la place, sans se faire remarquer, un officier de CRS doit alors dégainer son arme de service pour leur éviter d'être pendus, haut et court, à un arbre.
Sévèrement lynchés, tout de même, ils prirent, en prime, 18 mois ferme.
Et Claude, comme il devait le raconter, plus tard, devant le magnétophone de Virginie Linhart (op cit), ou comme il le rappelait encore récemment, à son "vieux frère", "Sergent-Chef" qu'il passait voir régulièrement à son poste de veilleur de nuit de Libé, n'ayant jamais perdu le contact, est un de ceux qui gardent au cœur la plus forte haine contre Geismar, July, Benny Lévy "et toute la bande des traîtres pour lesquels on a tout donné, et tout perdu".


A sa sortie de prison, et après, donc, les "Chrysanthèmes", ce jeune ouvrier attiré par une formation intellectuelle, avait pourtant gobé, quelques temps fasciné, les salades "de haute philosophie morale" de Benny et la clique, dans leurs séminaires crypto-rabbiniques...
Trente ans après, il vit dans une camionnette garée ici ou là, pêchant de petits boulots en marge de chantiers...
Une des premières tâches que se donnera, d'urgence, inch Allah!, le mouvement qui renaît aujourd'hui dans la trace des maos, dans une boucle de spirale à nouveau ascendante dont ce livre est le signe, sera de recenser, et si possible de rassembler, tous les êtres détruits, après avoir tout donné, et d'aller présenter à qui de droit l'addition - peut-être ou peut-être pas monétaire...


L'"indic" et son Minox: le "flag"!


Fofana, donc, ce deuxième jour de combat, deuxième manche, relance et revanche, n'est pas là. Mais il ne peut pas avoir oublié notre coopération, sympathique, de la veille, et le jeune "Philippe", vêtu, pour l'occasion, et selon la consigne, d'une "tenue de camouflage" - blazer bleu marine sur col roulé vert pâle, mocassins à lacets, qui tiennent,pas de blouson- jean's-basket...
Bref, à Bruxelles, il me fait bon accueil.
Et notre plan marche, comme sur des roulettes. Retrouvailles, conversation d'amorce, souvenirs d' "anciens combattants", bla-bla-bla, discussion de fond, texte...Et en route!
Passage en France à pied, séparément, à l'heure des frontaliers...Agence de location, faux-papiers, voiture...Un petit voyage - avec un petit pincement au cœur à l'idée de tomber sur un barrage de gendarmes. Patelins en série conformes au plan repéré, et à la carte, fin de parcours balisé, entrée du grand champ vide, notre "parking". Personne. Normal.
Pas complètement idiot, le futur condamné à mort qui s'ignore, distingue le taillis, et le trou noir de la caverne. Et là - l'instinct du "pro" que visiblement il est - il marque un temps d'arrêt. Il hésite à descendre de la voiture..."Merde!...". - "Tu crois vraiment?... Mais alors, où sont les autres bagnoles?"
C'est le moment décisif.
Va-t-il craquer, tout près du but, après tout ce "travail"?
Jetant l'arme fatale dans la bataille, je dégaine le plus chaud et franc de mes sourires, et pique aussi - plus vicieux que ça, tu meurs...- son orgueil:
"De quoi tu as peur? Ici, nous n'avons rien à craindre, tu sais... Tout est organisé, blindé, nickel...On n'est pas des charlots, qu'est-ce que tu crois? Chaque voiture est laissée sur place, avec les clés. Une équipe contrôle l'extérieur, de loin. Nous ne les voyons pas, mais eux nous voient...Chaque fois que des arrivants pénètrent à l'intérieur, ils viennent, et vont garer les véhicules, plus loin...Comme des portiers de boîte de nuit, ou de grands restaurants, à peu près...
Enfin, si tu ne te sens pas bien, moi, en tout cas, j'y vais. C'est comme ça, on a assez traîné, ils nous attendent pour commencer. Tu fais comme tu veux. Si tu changes d'avis, c'est ton problème. Mais je ne te ramène pas. J'ai assez perdu de temps. Démerde-toi..."

Il peut difficilement faire marche arrière, et dire qu'il s'en va, comme ça, à pied, lui qui est "recherché", et noir, en plus, au fond d'un bled paumé du nord plus blanc que blanc. Voie de retraite coupée, coincé dans son personnage et dans son rôle, il domine son intuition, et sa peur. Il marche. Et nous marchons, enfin, tous les deux dans le noir presque absolu du long tunnel, où le bruit de nos pas semble lui-même absorbé par la champignonnière...
Prenant bien soin de n'éclairer que droit devant, et vers le sol, du faisceau d'une lampe de poche volontairement faible, je compte intérieurement. Cent-cinquante en principe."Cent-cinquante-six, cent-cinquante sept...Mais qu'est-ce qu'ils foutent?" Ça démarre d'un seul coup, sans un bruit, venant d'un renfoncement plus sombre encore que le reste, invisible, côté droit.
Bim, bam, boum...Et voilà!... Emballez, c'est pesé...
Un peu secoué, sans plus, l' "interpellé", accroupi contre un tas de pierres, me fixe, sans s'émouvoir. Menotté dans le dos, un peu serré - et loin de tout, sous la surface de la terre - il est trop tard, d'ailleurs, pour le pathos.
A la fouille, avant même les premiers mots de l'interrogatoire, qui va rester poli, mais ferme, c'est le cœur de "Gégé" qui bat. Il trouve un objet dur, dans une poche d'aisselle. Un appareil photo miniaturisé dernier cri, un "Minox" - à l'époque cher, et rare...Pour un "réfugié politique" aux abois, en principe sans le sou, convié à une "réunion secrète", "avec matériel, armes, etc", ça fait désordre...
Si ce n'est pas une pièce à conviction, ça commence à y ressembler. Nous le lui faisons observer, sans plus. Il ne pipe mot, et ne répond pas aux questions, balayant, comme indifférent, l'épaisse obscurité du regard. L'air préoccupé, oui, on peut le comprendre, mais affolé, non.
Ceux qui nous l'ont "fourgué" et mis entre les pattes, depuis 1968 déjà où "Dede d'Argenteuil" - qui n'est pas sur ce coup - se souvient, aujourd'hui, de l'avoir vu traîner, ne se sont pas moqués de nous. C'est de la bonne camelote, pas de l'occasion. Du solide, "de la marque" - comme le Minox, capable de fixer, même dans les pires condition de mouvement, ou d'éclairage, "tronches" à peine entrevues, plaques minéralogiques, documents éventuellement, ou armes. Le top....
Des autres, il ne voit que des ombres, derrière des lampes. Et n'entend que le bruit, toujours un peu troublant, surtout dans le noir, profond, d'une culasse qui claque pour faire monter la balle.
On se dirige vers la fin.
"Pour nous, c'est clair", dit Olivier - qui a omis de se présenter et n'est qu'une voix grave, dans l'ombre, et la silhouette d'un procureur synthétisant les conclusions de son réquisitoire, "Il y a ça, ça et ça.... Voilà. Pour nous tu es un flic... C'est carré. Tu es condamné à mort. On te laisse trois minutes, pour te préparer, dignement."
Les pas du "magistrat", accusation, président et jurés à lui tout seul (pas d'avocat...) s'éloignent, comme ceux des assesseurs, greffiers et juges, que le malheureux condamné n'a même pas pu compter - d'ailleurs, nous ne sommes pas dix, juste l'effectif qu'il faut, "maxima a minimis" encore et toujours...
Nous restons face à face, lui, avec ses menottes, et moi, la lampe plantée dans son regard.
Il ne cille pas, et pas non plus quand le son des pas revient, et se rapproche. C'est l'heure. D'une surprise! La dernière:
"Tu es condamné à mort. Ça reste. Comme tu l'as vu, on est pas des agneaux, mais pas des chiens, non plus. Alors, on te laisse une chance. Pas deux. Tu sais comment ils font, nos camarades chinois? Ils pratiquent la condamnation à mort, avec sursis. La décision est prise: la mort! - Pour l'application, on peut attendre...
Tu disparais, on n'entend plus parler de toi, jamais. Sinon c'est boum!. Où que tu sois. On t'a retrouvé, on te retrouvera..."


Nous avions, comme on va le lire, assez sur lui pour aller jusque-là, pas plus.
Toujours dans le noir, sans même l'éclat des petites lampes de poche, maintenant, pour le trouer, accroupi, menotté, il est resté. Nous sommes partis. Sans nous presser, et sans parler.
Par quel miracle a-t-il pu regagner la Belgique en quelques heures, comme il l'a fait, cet homme en principe condamné, et recherché, porteur de "bracelets" dans le dos, et dont l'allure générale devait tout de même détoner quelque peu dans cette région rurale du nord de la France profonde - où ne circulent, à l'époque, que quelques rares "basanés" parmi une écrasante majorité d'hommes et de femmes d'allure un peu épaisse à la peau blanche?
Nous n'en avons rien su, mais considérons ce point, lui aussi, comme à charge.
Si nous avions été suivis, nous, ou lui, et Fofana "repêché", très vite, après notre départ, nous aurait-on laissé repartir, en voiture, de la galerie profonde dont le prisonnier, lui, n'émergeait pas - pas sur nos traces en tout cas?
C'était prendre beaucoup de risques...
On peut tout imaginer, mais là, stop.
Le plus plausible est qu'étant parvenu à s'extraire, ce qui a dû être un peu long, de la champignonnière, il ait stoppé le premier véhicule venu, montré ses menottes, raconté une salade quelconque, et demandé qu'on le conduise à la gendarmerie la plus proche. Et qu'il ait donné, là, un numéro de téléphone de sécurité, connu par cœur...
Fofana, si c'est son nom, et à qui on tire ici son chapeau - bel exemple, quel que soit son "job" ou son camp, de maîtrise de soi, et de courage...- a pu lire, comme tout le monde, avant de disparaître, effectivement, pour toujours, le dossier publié sur lui par La Cause du Peuple-J'Accuse (n 9 et 10, 23 septembre 1971, 15 octobre 1971), sur la base des doicuments de la N.R.P.
Pas de preuve "flagrante" en effet. Pas de quoi tuer un homme, donc, aussi sec - mais de l'effacer du paysage, tout en douceur, si.
- Tentative d'incendie d'un foyer d'immigrés, avec fausse revendication, préparée, au nom de la N.R.P. (1970).
- De prison, lettres (passant par le canal, il le sait, de la censure): "Si les flics savaient ce qu'on allait faire, en réalité, qu'est-ce qu'on prendrait" (avec une équipe de militants honnêtes, abusés, il avait été arrêté, à un contrôle - le coffre de la voiture plein de matériel incendiaire, et explosif).
- Après une première arrestation, gare d'Austerlitz, en février 1970, à l'issue d'un affrontement violent avec la police, inculpation, puis remise en liberté, et cela, sans mesure d'expulsion - alors qu'au même moment, tous les immigrés ne serait-ce que soupçonnés d'une simple activité politique, sans actes physiques, sont immédiatement conduits à la frontière...
- Après condamnation, enfin, et "expulsion", le 11 juin 1971, reste sur le territoire où rien n'est fait pour l'empêcher de se déplacer, en toute tranquillité...
- Récupération dans ses affaires, au cours d'une "perquisition" sauvage effectuée à l'un de ses anciens domiciles, d'échanges de courriers avec des diplomates américains - dont certains par l'intermédiaire de la valise diplomatique...

Avant la décision d' "arrestation" et de "jugement" par la N.R.P., un travail d'enquête et d'explication systématique a été entrepris parmi les militants ayant été en contact avec lui. Personne ne l'a défendu, au contraire. Et surtout pas les ouvriers africains noirs des foyers, où il déployait habituellement ses talents d'orateur, d'agitateur et d'organisateur.
"Couvert", avant son "arrestation" par nos soins, et, vraisemblablement (retour en Belgique), par les autorités françaises, Fofana a-t-il pu être l'agent de services de renseignements d'un pays étranger, s'ingérant dans nos affaires?
Une piste guinéenne a été un moment étudiée. Logique, si l'on prend en considération le violent antagonisme entre le pays africain dirigé par Sékou Touré et la France du général de Gaulle, après le Non de ce pays au référendum proposant un mécanisme d'indépendance-association, un peu à la manière du Commonwealth...
Mais cette hypothèse de travail paraît peu compatible avec le maintien, dans la durée, d'une protection par les autorités françaises.
Il n'en va pas de même avec la piste américaine - puisque les services de renseignement français, et la police, sont à l'époque largement gangrénés par des réseaux atlantistes, liés à la CIA.
Un mouvement d'immigrés africains, "maoiste", violent ou même armé, jouant l'opposition avec "les blancs" comme avec le gouvernement,
pouvait parfaitement rentrer dans ce cadre.
Mais l'hypothèse qui demeure la plus simple reste celle d'un flic, militant "retourné" mis au service de la police française (ou de réseaux parallèles ayant, comme c'est souvent le cas, des racines africaines...)


Ces questions sont aujourd'hui derrière nous.
Innocent, et injustement calomnié, ou même juridiquement diffamé, Fofana avait, de Belgique ou d'ailleurs, les moyens de se défendre. Il ne les a pas saisis. - Aveu? L'absence de tout mouvement en sa faveur, et contre nous, dans les milieux populaires africains, et plus particulièrement dans les foyers ou les bidonvilles où l'homme était allé redistribuer, avec d'autres, les délicats petits plats "fauchés chez Fauchon", va dans le même sens.
Je serai arrêté peu de temps après, sur la même frontière belge - au cours d'une autre mission, banale.


Entre temps, d'autres soucis sont passés devant. Observateur silencieux - "taquiya", toujours... - j'ai commencé à me poser d'autres questions. D'abord, sur l'opération elle-même, au-delà de sa réussite globale, réjouisssante.
- Et si la direction de la G.P. avait choisi cette occasion pour envoyer un message, indirect, aux plus hautes sphères de l'Etat, démontrant d'un coup, double, notre potentiel réel, et ses intentions modérées, dans la préparation d'un atterrissage politique, en douceur?
- Et si elle en avait aussi profité pour tester la résistance à l'idée de lutte armée immédiate des cadres les plus déterminés de la "branche armée"?
- Une N.R.P. dont, au passage, militant discipliné, actif dans de petites tâches de "stagiaire" - filatures, etc. - j'ai commencé à découvrir d'étranges fissures..."Liaisons dangereuses", problème de sexe, et d'immaturité. Un couple, dont les motivations réelles, aujourd'hui encore, avec le recul, me restent opaques, est au centre de l'appareil.
Elle a très vite jeté son dévolu sur "Antoine", "Le Maréchal", le chef, garçon timide et complexé, ni James Bond, ni Don Juan, maigre, avec un visage ingrat. Elle partage sa couche, bientôt, et donc sa "planque".
Le "mari" de cette jeune ashkenaze mince aux beaux seins lourds et aux grands yeux d'ingénue - ou de "salope" rouée - semble ne pas en faire un plat.
Comme celle qui l' "abandonne" pour "le chef", ce pied-noir sépharade, beau, viril, et séduisant, s'est introduit dans la sphère de la Nouvelle Résistance Populaire par "anti-fascisme", avant tout - plus que par anti-impérialisme, ou anti-sionisme, même si lui, comme elle, affichent consciencieusement l'un et l'autre...
Bref, le "mâle humilié" finit par "riposter", tout de même.
Il "prouve" qu'il est "un homme", en mettant la main sur ma propre compagne, brave militante qui m'a suivi sur ce radeau de la Méduse barré par un Choderlos de Laclos mâtiné de Gérard de Villiers, l'auteur, lui aussi controversé, des romans policiers salés de la série S.A.S...
Evidemment, dans l'atmosphère tendue de la clandestinité, ça coince.
Les premiers roucoulements des tourtereaux ont eu pour nid douilletl'atelier de fabrication de faux-papiers où ils sont tous deux affectés.
De mon côté, je suis parvenu à encaisser le choc sportivement, en quarante-huit heures, à l'aide d'un peu de vin blanc, quand "le groupe", évidemment déstabilisé, nous pose gentiment la question de confiance, qui n'avait pas été posée au trio "le mari, la femme et l'amant" du premier chapitre du roman. Il était possible de réagir en disant: "La N.R.P., ce n'est pas un bordel. C'est une organisation clandestine, sérieuse, et au service du peuple. Tous ses combattants ne s'y engagent que s'ils sont prêts aux ultimes sacrifices. Ils s'interdisent toute aventure sexuelle susceptible de perturber, si peu que ce soit, l'équilibre du groupe - dans l'immédiat, ou à long terme. Donc, chacun mène sa vie amoureuse comme il le veut. Copulation, oui, triangulation, non. Règle valable pour tous. A commencer par le chef." Mais nous ne sommes pas à l'A.P.L. (chinoise), une organisation sérieuse, elle. Nous sommes dans la France du "Maréchal". Le débat passe du plumard aux réunions internes, oui, mais dans d'autres termes. C'est ma compagne et moi qui sommes sur la sellette:"Soit vous choisissez de vous séparer tous les deux, et dans ce cas, pas de problème. Soit vous décidez de reformer votre couple, et dans ce cas, la situation devient trop compliquée pour vous garder. Vous quittez tous les deux la N.R.P. Et toi, Polo, comme tu es recherché par la police, on te cherche une autre solution, genre départ pour l'Irlande, comme ambassadeur spécial auprès de l'IRA..".


Merci, c'est très gentil.


Je ne dis rien, j'encaisse, je réfléchis. Et là-dessus - malchance? - une petite mission de rien du tout sur la frontière belge, un retard au rendez-vous du "contact Marie Jo", et me voilà en prison, hors jeu pour un bon bail.
Ma détermination, profonde, faut-il croire,n'en sera pas altérée, si peu que ce soit.
Mais c'est là que l'idée de mettre sur pied, dès que les conditions le permettront, un "service de renseignement" autonome et rigoureusement clandestin, en marge de la N.R.P., où je garde des amis solides, muets comme des tombes, passe de l'hypothèse de travail, à peine formulée, au projet... Suite ici

(REBELLES, VIII, "Maos, réseaux, Tao", (suite de la col de gauche)


Le service secret de la N.R.P.,

nouvelle terreur

de Benny Lévy

Le succès de l'opération "Fofana" est la première incontestable réussite la N.R.P. - depuis l'explosif avertissement donné au journal Minute pour ses campagnes d'appel au meurtre, racistes - opération techniquement parfaite, politiquement fonctionnelle, et pleine de sens, mais plus "courte", tout de même, moins complexe et moins élaborée...


Au lieu de nous égarer dans des tentatives aventuristes d'enlèvements, plus ou moins "prises d'otages" d'hommes politiques ou de grands P-dg, dans une politique un peu "forcée", à la Tupamaros, aussi spectaculaire que suicidaire pour un pays comme la France des années 70 - politique qui, très normalement, va d'échec en échec - nous posons désormais les bases, enfin solide, d'un instrument indispensable à toute stratégie de résistance clandestine: un service "parallèle", capable aussi de contre-espionnage - des "barbouzes" mao...


L'enfant a fait ses premiers pas en amenant Fofana à réveler de lui-même ("weï wu weï") et bien malgré lui, ce qu'il est:


1 - par son adhésion franche et ouverte à la stratégie de provocations sanglantes, militariste, et de plus scissionniste, dont l'opportunité lui a été offerte sur un plateau. - C'est un danger.


2 - par son choix d'emporter un appareil photo miniaturisé, cher, à une réunion secrète sur "la lutte armée" - il dispose des moyens d'un agent secret au service d'intentions qu'il ne peut justifier, de l'ordre du renseignement.

3- par son sang-froid de "professionnel" dans la phase d'interrogatoire.

4 - par les complicités sans lesquelles il n'aurait jamais pu, sortant de son trou, avec ses menottes, rejoindre, puis franchir la frontière belge. Contacts chez les gendarmes, donc le Ministère de la Défense (à l'époque), ou dans un service de police - et système d'alerte.


5- par les mensonges où il s'enferre, à son retour en Belgique, puis dans Le Monde. Il joue un jeu. Pas le nôtre.

6- et enfin par sa disparition extraordinaire, véritable signature d'un procès-verbal d'aveu - après une phase de bravades, suivies de tentatives d' "intox", mises en échec...


Mais ce succès ne fait que poser de nouveaux problèmes à Benny Lévy - et aux siens:


- Les "groupes ouvriers anti-flics" devenues "milices" d'usine, organisées, prolongées elles-même par la "milice ouvrière multinationale", de l'attaque incendiaire de l'ambassade de Jordanie à l'opération "désarmer la police" (affaire Riss, "Christian Fidaï!" ), avaient manifesté les capacités d'action, indépendantes, de collectifs de base prolétariens, politiquement et matériellement organisés, opérant "à la seconde", et capables de s'évanouir dans le paysage...
Ils ont aussi démontré leur capacité à rebondir, dans un délai convenable, et à rendre "coup pour coup", mais de façon intelligente, quand un combattant tombe...


L' intégration prolongée au sein de la G.P., puis de l' "ex-GP", et toute la suite, de ces cadres ouvriers "politico-militaires" s'est enrichie de "stages ouvriers", voire d' "écoles de cadres", et de saines lectures, bien conseillées.
Cette formation théorique complétant l'expérience pratique les a maintenant équipés pour longtemps, du "logiciel mao". Il structure désormais leurs pensées, leurs actions, leurs vies - jusqu'à ce jour, dans la plupart des cas.
Il s'est "enregistré dans le disque dur", au plus profond de leurs consciences. Il y régit un principe de créativité partagée, autant qu'il la stimule. Ils ont intégré le principe d'une action d'ensemble, impulsée et coordonnée centralement.
Et ces hommes et ces femmes, porteurs d'une rébellion vivace canalisée par leur intellect "carré" de prolétaires inscrits dans l'Histoire longue, et large, ne sont donc pas prêts à troquer une soumission, forcée, aux maîtres actuels du Capital, des usines et de l'Etat contre une sujétion, nouvelle, et "volontaire", à de nouveaux maîtres, forts d'un nouveau savoir volé, lui, dans la caserne d'Ali Baba des luttes - où tout un jaillissement d'idées prend source.


Ce message est entendu, "en haut", et "en interne".
Même s'il s'inscrit dans des silences, des gestes, des sourires, et des regards, plus que dans l'évidence articulée de phrases, de "positions", de discours ou de textes...


Autour de Benny, donc, l'émergence de ces cadres ouvriers, autonomes, est source d'inquiétude, bientôt désarroi, angoisse, à la limite de la panique, de la terreur qui rend fou, sur un chemin de honte menant dans une impasse, et, par paliers, vers la trahison, définitive...


Il y a plus.


Ces collectifs prolétariens s'enracinent dans de grandes usines, et dans des "zones usines".
Les cadres qui y émergent, et parmi eux, les O.S. immigrés du prolétariat arabe de France, cœur battant de la classe ouvrière du pays de la Commune, un siècle après cet événement majeur, dans ces années 70, ne confinent pas leur vision aux limites d'un horizon étroitement national.
Ils vivent aussi dans la pensée, constante, des "frères" de Palestine, foyer d'une nouvelle "zone des tempêtes" passée, comme un tourbillon de tornade "surfant" sur le grand océan, jusqu'à lécher nos côtes, de l'Extrême au Moyen Orient, puis à la Méditerranée toute entière, et de Hanoï, Quang Tri ou Cu Chi à la casbah de Naplouse, Haïfa, Tel Aviv, Jérusalem, Jericho, Jerash en Jordanie, Sabra et Chatila, faubourgs de Beyrouth, Tunis où meurt Abu Djihad - sans omettre le défi lancé, en septembre 1972, aux gros buveurs de bière de la cruelle Bavière (Munich).
Comment ces cadres "émergents" pourraient-ils subir encore longtemps la férule de "petits seigneurs", rouges, clament-ils, plus rouges encore que le rouge le plus vif - avides, en fait, à l'évidence, de rejoindre, par la porte de service qui leur est entrouverte, la "cour des grands" :


- Alain "B52", "face de lune", tué par son procès, tumeur de son ego - et par nos affiches le condamnant à renier à vie ce "chemin de l'honneur" bien escarpé pour ses courtes gambettes et son cœur essoufflé déjà par l'abus de ripailles...


- "Pierre Victor" en passe de "dévoiler" son "Retour" à Benny, comme au pouvoir sacré du "Texte" sur la Vie (la "théorie" dominant la "pratique"), et de la "Lettre" sur l'Être pensant..."Camarade-dirigeant", "petit Lénine" désarticulé en messager d'un Dieu sans Nom dicible, tout d'imprécations impérieuses et mystérieuses, de "commandements", de talion, de guerres d'extermination "saintes", bénies par Lui, et de vengeances allant jusqu'aux tortures planifiées du "Très Haut", porteuses de violences haineuses, en boucle...
Dieu du talion plus que Dieu du Pardon, Dieu sans amour autre que celui des "siens", de ceux qu'il a "élus", dont ce nouvel "interprète", lui aussi convaincu, loin des discours égalitaires de sa période d'intellectuel rationnel, maintenant vouée aux gémonies, de faire partie d'un élite, infiniment supérieure au "goy", ce sous-homme, cette "semence de bétail"...
Dieu de la soumission, enfin de cet être à peine supérieur à l'Arabe et au chrétien, la femme, dans l'enfer carcéral d'un des tout-premiers"communautarismes", perverse matrice de tant et tant d'autres - et qui se désigne lui-même comme l' "Innommable".


- "Le Président" Theureau, "pine d'ours" devenu grizzly grognon, buté, autoritaire, castré dans ce qu'il avait de meilleur, la générosité ouverte et tolérante qui faisait son courage


- "Le Maréchal" Rolin, paix à ce qui reste de son âme, pour employer un vocable charitable...


- "Jean d'A" devenu Savonarole moralisant, inquisiteur croquemitaine et pitoyable - qui avait, avoue-t-il aujourd'hui, "fortuitement oublié" de partager avec ses camarades du Comité Exécutif, le secret de "l'indic Paul" (lire page)...Et cela, même après le troublant "caca" du parking De Wendel (voir page)...


- sans oublier le cauteleux "Eusèbe", fils des cagots de la bourgeoisie lyonnaise, et non des canuts des collines,
avec sa baguette de pain sous le bras, sur le trottoir, les jours de manifs "chaudes"...
-
- et même le brave "Tarzan", entortillé maintenant dans les lianes-serpents des grands arbres d'où il poussait, jadis, son cri de guerre. Il se prend de plus en plus au sérieux, flatté par un entourage mal choisi, qui se sert de lui. Il roulait ses gros muscles, maintenant il roule sa caisse d'universitaire de seconde zone et commence à pontifier comme le "directeur d'études" qu'il va bientôt devenir à l'ENS de Lyon, et qui refuse de revoir "de vieux copains" pour "discuter de tout ça", puisque seuls de "vrais historiens", labellisés et diplômés, peuvent accomplir ce Devoir de Mémoire.


Avec la montée en puissance de de l'Agence de Presse Libération (A.P.L.), véritable "outil des luttes", peu cher, simple et pratique (bien dans la tradition vélocipédo-militaire de la bicyclette vietnamienne et de la petite roneo manuelle à clapet, du même métal), la montée en force de J'Accuse, puis la réussite de sa fusion avec La Cause du Peuple, de nouveaux centres de développement sont apparus: eux aussi se transforment aussitôt en nouveaux foyers de contestation du pouvoir du clan Benny Lévy, et plus largement du Comité Exécutif.


Les maos se situent, fécond paradoxe, dans une logique générale d'"émergence" en leur sein de "nouvelles forces de production" politiques, brisant le carcan de "rapports de production" ( de direction, de pouvoir...) dépassés, desséchés, morts, caducs. Et cela, d'un "front" à l'autre. On pourrait multiplier les exemples...


Renforçant la poussée de cadres issus des luttes d'usine, des cités populaires, et de la jeunesse prolétarienne, des intellectuels-phares, "historiques", du mouvement, comme Linhart ou Vernier, épaulé par Clavel, prennent du poil de la bête - ou en reprennent...
Et voici qu'enfin l'affaire Fofana, noire cerise piquée sur la galette des Rois au discret parfum de moisi de nos nouveaux monarques en marche vers Varennes, vient donner un dernier coup d'assommoir.
Succès à 200%, sur le plan politico-militaire, elle vient semer le trouble dans l'autre partie, "molle" de l'intelligentsia parisienne: celle sur laquelle Benny Lévy pensait avoir assuré solidement son emprise, frange d'arrivistes du savoir, qui, à l'image de "Glucks'", n'a adhéré, chez les maos qu'à ce qui leur semblait, ô grands nigauds, la figure, "antitotalitaire", d'un nouveau pouvoir politique ascendant, et "dans le vent"...
Ceux-là craignent désormais que ce pouvoir, passant de l' "émergence" à l'assurance, soit...un réel pouvoir. Doté, de ce fait même de ses organes de sécurité internes, de ses "RG", de sa "police"...Dans la perspective d'une "Nouvelle Résistance Populaire",donc, qui ne soit pas du toc, de grandes phrases pompeuses bonnes pour l'applaudimètre, ou un simple mot d'ordre pour faire flamber les salles, mais prend dès aujourd'hui au sérieux son nom, et son travail...


"On ne rigole plus".
On est bien dans "le mouvement réel, qui abolit l'état actuel".Et, chez les carriéristes du Verbe, plane le spectre du piolet, planté dans le crâne du volubile Trotski, pour "nettoyer le terrain", en en dégageant, clair et net, les amateurs de masturbation politique, en chambre, les coupeurs de cheveux en quatre et autres "diviseurs" - à l'aube d'une guerre qui vient, contre un fascisme qui monte, contre lequel il faut encore et toujours rassembler, rassembler et rassembler...


Emule méthodique autant que créatif du Géorgien impitoyable, comme du Hounanais Mao, Ho Chi Minh, on l'a dit, nous a "montré la voie" en allant se livrer au même travail, soigneux, de nettoyage du champ opératoire, éradiquant sans pitié l'intégralité des trotskistes tonkinois avant même de songer au déclenchement du "soulèvement de la vie" de tout le peuple vietnamien, enfin uni comme les doigts de la main serrée, d'un "tsuki" de karate...


Une volonté politique en armes commence à s'affirmer
La première opération pleinement réussie d' "effacement" d'un indic justifie pleinement l'existence d'une branche armée centrale, complètement clandestine, capable d'opérations complexes.
Un certain équilibre est donc restauré par rapport à l'autonomie des "milices" - qui retrouvent et reconnaissent un pôle de référence, facteur de progrès technique et d'innovations radicales, exemple de discipline et d'ordre, aussi...
Mais ce "bond en avant" se métamorphose en motif d'inquiétude pour la poignée d' "intellos" peu "liés aux masses" et de peu d'expérience, dont le cercle de "purs penseurs" aux mains blanches se resserre autour de son gourou...


Dans la logique de développement annoncée, dès le départ, par la G.P., et mûre pour de nouveaux progrès, une volonté en armes s'affirme, porteuse d'une pensée cohérente, et d'actes à la hauteur.
Après divers balbutiements - phase d'apprentissage - cette volonté vient de se doter enfin, c'est clair, des moyens de dépister et de détruire les agents actifs ou passifs de la trahison, quels qu'ils soient - flics infiltrés, agents de l'étranger, espions, etc. Ou renégats...
"Objectivement", pour des dirigeants hantés par l'idée de tout lâcher, de fuir, et de détruire ce dont ils avaient initié la construction, c'est une menace, latente.


D'autant que l'étau de la violence ne se relâche pas dans les zones irriguées par la poussée mao: il ne peut qu'engendrer de nouveaux "Christian Riss", de nouvelles balles tirées "thorax gauche plein pot", et de nouveaux drames, engendrant à leur tour de nouveaux besoins de riposte, à hauteur. Qui ne pourront pas toujours se limiter à l'échange d'une arme administrative, chargée, contre un pistolet d'enfant en plastique.
Avec l'outil qui est là, maintenant, disponible, et qui a fait ses preuves, sans l'ombre d'un cafouillage, il ne sera pas indéfiniment possible de dégager en touche.


Fin 1971, donc, l'heure de vérité s'approche.
Et l'écart grandissant, "en haut" de la micro-société mao, entre pensées qu'on cache et pensées qu'on avoue, ne peut conduire qu'au pire.

"L'indic Paul"

(suite ici)

 

 

 

- MAI 1968, MAOS, etc... -

Non à la révision de l'Histoire

Non au au négationnisme sous toutes ses formes!

- Et NON à la CENSURE!

LA VERITE VAINCRA!

LETTRE OUVERTE

A CLAUDE DURAND, "EDITEUR" CHEZ FAYARD (P-dg. Groupe Hachette/Lagardère)

Monsieur,


Dans un courrier électronique en date du 20 décembre (19H41), en réponse à une patiente relance de ma part, vous me faites savoir par l’ancienne assistante de Raphaël Sorin, professionnel respecté de l’édition française et jusqu’il y a peu “numéro deux” d’une grande maison, elle aussi réputée jusque là pour la qualité de ses livres, et son indépendance, votre refus de publier l’ouvrage que nous avions en projet, depuis plus d’une année, et sur lequel vous avez reçu dans les délais fixé un manuscrit de près de 500 pages, parfaitement en ligne avec un synopsis nourri, précis et détaillé.


“Fayard a donc pris la décision de renoncer à l'édition de votre texte. Nous vous proposons de tenter, puisque vous en avez encore le temps, de trouver un éditeur (...).
Je regrette que nous nous ne poursuivions pas ensemble l'aventure, et vous prie de croire, cher Jean-Paul, etc”


Raisons évoquées par votre courtoise et scrupuleuse assistante, dans un bref et tardif message:


“Claude Durand a souhaité faire lire votre manuscrit avant de le mettre en fabrication, et nous avons dû attendre quelques jours le compte-rendu juridique de cette lecture.
Notre lecteur soulève des problèmes non négligeables : votre témoignage, s'il est original, unique et attendu, présente des risques de procès importants. Nous ne pouvons assumer d'être certainement accusés d'atteinte à la vie privée ou de diffamation. En second lieu, vous vous laissez régulièrement et trop souvent aller à un lyrisme qui noie le témoignage dans le discours militant, et détourne le livre de son objectif premier: l'histoire vivante, directe mais analysée et analytique, telle que le présentait votre synopsis.”


Comme je le lui ai aussitôt répondu, avec copie pour Durand et Raphaël, je m’étais, très tranquillement, très normalement, à ce que le texte fasse l’objet d’un examen sérieux, suivi par une discussion de fond, les yeux dans les yeux, en confiance, entre éditeur et auteur - avant une nécessaire consultation juridique.


Les problèmes de diffamation ou d’atteinte à la vie privée, rares à mon avis dans un manuscrit éminemment historique et politique comme l’est celui qui vous a été proposé, et qui ne sauraient être évoqués dans le vague, en nuage de fumée commode, sont des problèmes de technique d’écriture, et de choix éditorial.


Ils sont le plus souvent faciles à résoudre:à condition d’être identifiés précisément et traités avec méthode, comme me l’a enseigné une expérience de plus dans 20 ans dans la presse quotidienne et magazine, marquée par quelques procès, le plus souvent gagnés...

La solution peut passer par des modifications touchant expressions et tournures, par des suppressions de noms propres, ou par des coupes de mots, de lignes, de paragraphes, voire de chapitres.

Etrangement, vous ne m’en faites nullement la proposition, m’annonçant une décision prise, et prise pour ce premier et principal motif - ou prétexte...


Quant au “lyrisme qui noie le témoignage dans le discours militant, et détourne le livre de son objectif premier: l'histoire vivante, directe mais analysée et analytique, telle que le présentait votre synopsis”, c’est aussi quelque chose qui se discute, et, le cas échéant, se retravaille, entre interlocuteurs professionnels et de bonne-foi.

On aime ou on n'aime pas: mais je n'écris pas plat.

Je suis prêt à le faire, toutefois, si d'impérieuses circonstances l'exigent - au risque de décevoir le lecteur...


Concernant la cohérence du manuscrit avec le synopsis, argument dérisoire, nul besoin de polémique:les écrits restent.

Et chacun, s’il le désire, va pouvoir désormais en juger, sur pièces..

Le travail que je vous ai remis, fruit des réflexions et de l’expérience de toute une vie d’homme engagé dans les combats de son époque, et certes, non dénué de flammes, de parti pris, et, pour reprendre les termes de Lilas S., votre assistante, d’un certain “lyrisme” n’est pas au-dessus de toute critique.


Il méritait un examen sérieux et attentif, un dialogue éditeur-auteur et d’éventuelles modifications toujours envisageables, qu’il s’agisse du droit, ou du ton, pour un document “original, unique et attendu”, selon les termes de votre scrupuleuse employée et porte-parole, pour ne pas dire cache-sexe - à quelques mois du quarantième anniversaire de mai 68, dont la célébration ne saurait dignement être amputée, et de quelle façon, par cette modeste contribution.


N’ayant, dans ces conditions, pas de temps à perdre, je ne gaspillerai pas plus longtemps le vôtre. Comme on dit chez le petit Lagardère, "fils de", et "frère de l'autre", qui vous finance, le temps, c’est – aussi – de l’argent.
- Pour vous, comme pour moi. Sans plus.


J’en reste là, donc, sans mendier l’ entretien direct en tête à tête qui ne m’a pas été offert, pour une discussion courtoise, mais franche, et les yeux dans les yeux, comme c’était l’usage jusqu’ici dans l’édition française -ou ce qu’il en reste.


Responsable devant l’Histoire, comme devant d’ anciens frères de combat, vivants ou morts, à qui ce livre prétend notamment rendre hommage, et devant la centaine de survivants, rescapés avant tout ouvriers, notamment immigrés ou ex-immigrés, et paysans aussi, qui ont bien voulu m’accompagner dans ma réflexion, et guider mes souvenirs et mes recherches, responsable aussi et surtout devant les générations futures, à commencer par mes propres enfants, à qui je n’entends donner l’exemple que d’un comportement bien dans la ligne d’une culture de Résistance et de Défi qui fut la nôtre après avoir été, avant la mienne, celle d’un père pétri d’héroïsme au cours des années sombres d’indignité, de censure, de bassesse et de mensonge, qui furent les siennes et demeurent les miennes, je ne peux pas me “coucher”.
Comme on pourra, malgré vous, le lire, je ne l’ai jamais fait, et je ne le ferai pas.


“Rebelles” était le titre que je vous avais proposé pour cette “histoire secrète des maos de la Gauche prolétarienne” - et ce qui s’ensuivit (1967-2007).


“Rebelles” nous fûmes, rebelles nous restons, à quelques puantes exceptions près, contre l’ordre de l’argent, des petits marquis de Neuilly, des marchands d’armes besogneusement travestis en marchands de papier imprimé, de leurs valets, de la médiocrité culturelle, de la censure et finalement de la vulgarité, qui dit tout.


Retravaillé en commun, et dans la plus grande transparence, à découvert, ce livre, qui vit, quoi que vous en ayiez, vivra.

La vérité vaincra!


- Un appel est ici lancé à tous ceux que ce combat concerne pour qu’une édition libre, fruit d’un travail toujours plus largement partagé, digne de la tradition française, et digne de nous, vienne perturber, en mai 2008, le chœur des prosternés.


Sans plus de politesse, la grossièreté étant, dans certaines circonstances bien précises, la plus haute forme de respect d’autrui, et de soi-même...


Jean-Paul CRUSE
Journaliste et écrivain indépendant – et “rebelle”...
PARIS

Une souscription est ouverte pour faire paraître, marche ou crève!, le livre. Elle commence à bien marcher. Pour rendre l'opération jouable, de premiers extraits choisis du manuscrit, qui n’est, à ce stade, qu’un document de travail en attente de corrections, d’ajouts, de coupes et de modifications de fond, ou de ton - et de conseils juridiques... -sont à la disposition de chacun, sur ce même site.

Afin “que le peuple prenne la parole, et la garde”, pour reprendre l'apostrophe du grand Maurice CLAVEL, libérateur, les armes à la main, de la cathédrale de CHARTRES, "mao-gaulliste", mouchant le piteux DUHAMEL à la télévision après un acte de CENSURE

S'adresser à ShaoShan, ici, ou directement à Jean-Paul CRUSE - imbongi@wanadoo.fr

SUITE DU FEUILLETON: ICI

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(...) REBELLES, VIII

"Maos, Réseaux, Tao - "l'indic Paul" (suite)

Mais les choses seraient simples, encore, si Fofana était le seul atout, caché, dont disposent, ou disposaient, les ennemis de "La Cause..." - et donc la seule "cible" offerte aux combattants clandestins maintenant rodés au travail de "nettoyage", acharnés à poursuivre, quel qu'en soit le prix pour eux, et pour d'autres encore, la marche entreprise à Flins...


"Vingt ans après", en 1991, donc, les « révélations » à grand fracas du commissaire des R.G. Jacques Harstrich viennent susciter des questions, saines, sur le roman de cape et d'épée non dépourvu de sa part d'ombre, et de mystères, que fut toute cette histoire.
Expert de l’infiltration et de la manipulation de l'O.A.S., jusqu'à sa liquidation radicale, enfin, Harstrich est extrait, au début des années 1970, du "placard" où l'étendue de son savoir, et les secrets qu'il tient, l'avaient pour longtemps enfermé.


On le prie de reconvertir ses talents dans la lutte anti-maos. Il s'y colle.


Ce policier subtil et réservé, sollicité par le ministre de l'intérieur Raymond Marcellin lui-même de mettre ses qualités, enfin reconnues, au service du combat contre la Gauche prolétarienne et ses multiples avatars, dès lors "priorité nationale", attendit un délai raisonnable de 17 ans après l'assassinat de Pierre Overney, en 1972, premier coup de gong, de 18, après la destruction "officielle" des maos, en 1973, qui semblait sonner le glas, et de 14, enfin, après l'exécution de Tramoni, l'assassin d'Overney, capable de réveiller les morts, pour rendre publique certaines données.
Dans un livre de Mémoires, "RG, 20 ans de police politique" (Calmann-Lévy), réalisé avec la collaboration de "Fabrizio Calvi" (Jean-Claude Zagdoun, un "ex-mao" lié à la "bande de Melun" de Gilles Millet, Claude Maggiori, Jean-Michel Caradech, Maurice Marais, Béatrice Vallaeys, etc.), le flic prétend révéler l'existence d'un indicateur, manipulé depuis le début au sein de la direction centrale de la G.P.
Le Comité Exécutif lui-même, écrit-il, était "plombé".
L'ouvrage fait donc un certain bruit, et rapporte un peu d'argent à Jacques Harstrich en tout cas, sinon à sa petite plume et caution "de gauche", Calvi-Zagdoun, lui-même informé, conforté et conseillé par Frédéric Laurent (G.P. de Nice, fondateur de Libération, devenu secrétaire particulier du conseiller spécial de François Mitterrand pour les affaires de renseignement, François de Grossouvre, l'ami et protecteur du capitaine Barril, jusqu'à sa mort, étrange, d'une balle de 357 magnum en pleine tête, dans son bureau surprotégé de l'Elysée, en 1994).


Selon le R.G.Hartsrich et le brave Zagdoun, auteur de nombreux livres solides, nourris d’excellentes sources au sein des services de renseignement américains (NSA, DEA, à défaut CIA...), les services de police français tenaient depuis longtemps sous leur contrôle un ouvrier issu d'une prestigieuse région de luttes, figure de la Résistance, puis d'importants mouvements grévistes au sein de la CGT des années d'après guerre, et de mai 68, devenu l'un des "vétérans prolétariens" du Comité exécutif (C.E.) de la GP, dès les tous premiers temps...


La rumeur enfle dans Paris.
C'est à coups de mauvaise bière tiède, dit-on, et en matant discrètement des go-go girls de basse caste aux chairs blanches tremblotantes, ou plus rarement, compte tenu des limites des "notes de frais" ou même des "fonds secrets" attribués aux R.G., de ravissantes call-girl de la couche sociale "moyenne-supérieure" dans le quartier des Champs-Elysées que l'imperturbable commissaire « traitait » celui qu'il livre à la vindicte publique tout en prétendant hypocritement protéger son identité - masquée sous le faux prénom de "Paul".


Joseph Tournel


Le tout-Paris du repentir « mao », devenu « la secte des « ex» en fait, ses gorges chaudes.


L'identité de "Paul" circule sous le manteau dans le cercle des initiés.
Ce serait Joseph, un des premiers dirigeants ouvriers de la GP, vétéran de la CGT et du PCF de l'époque héroïque, de la Résistance patriotique anti-nazie aux grèves insurrectionnelles des mineurs de charbon du nord, réprimées par l'armée, en 1948...
Il était devenu très tôt l'icône prolétarienne de Benny Lévy, qui, l'ayant "dragué" dans la rue, en mai 1968, l'impose très vite au tout premier Comité Exécutif en compagnie d'un autre ancien mineur, issu de la même région, et de la même tradition historique, mais d'une étoffe toute autre, André Théret.
Membre permanent du noyau dirigeant, avant et même après l'interdiction légale du mouvement par Raymond Marcellin, son patronyme complet ne sera mis sur la place publique que dans le livre de Jean Guisnel, élève instituteur breton anti-militariste longtemps journaliste à Libé devenu, après mûre réflexion, le prospère spécialiste des questions de Défense au peu gauchiste Le Point ("Libération: la biographie") publié en 1999, juste après la mort de Joseph, aux éditions La Découverte - sous forme d'une petite note en bas de la trente-neuvième page...


Guisnel n'est pas parfait. Qui l'est?.
Ceux qui ont de la mémoire gardent en tête ses immortels papiers sur l'affaire Greenpeace. Toujours consultables en archives, ils pèsent le poids de ceux d'Edwy Plenel, qui, avant d'arranger tout le monde avec la "découverte" de la "troisième équipe" de nageurs de combat français venus faire exploser le navire de la puissante association écologiste - une affirmation sans preuve, elle déjà... - traitent avec dérision la seule éventualité d'une implication, éventuelle et indirecte, des services "secrets" de la France "socialiste" dans ce meurtier attentat, stupide. Tous deux se moquent, dans leurs papiers, de la mise en cause de la DGSE par d'authentiques professionnels, de plus, eux, courageux, Pascal Krop, alors à l'Evénement du Jeudi, créé par JF Kahn avant Marianne, et Jacques-Marie Bourget, ancien de l' Aurore (le journal du Zola de "J'Accuse" passé de la défense du capitaine Dreyfus à celle de l' "Algérie Française", de l'OAS et d'Israël), alors à VSD, et "transféré" depuis à Match, avant d'être grièvement blessé par la balle d'un "tireur d'élite" de "Tsahal", en Palestine occupée (Ramallah)...


Guisnel ne peut pas passer non plus pour un historien rigoureux du mouvement mao, qu'il a, certes, vaguement côtoyé dans ses jeunes années. A preuve, le traitement qu'il réserve aux combats incessants menés contre Serge July par l'atypique CGT-Libé, longue et impitoyable "guerre secrète à Libé", pourtant dans le cœur de son sujet, dans le même livre.
Mais sur l'identité de "Paul", il "touche". Il tient enfin son "scoop" - souillant sans preuve un vieux militant ouvrier des mines, à peine un an après sa mort...


Il est temps, donc, de réhabiliter Joseph Tournel.


On va le faire - mais "à la chinoise", en oblique, donc, et pas n'importe comment. C'est la guerre...


L'ancien mineur était surtout connu pour sa vibrante « croisade », devenue celle de La Cause du Peuple toute entière, contre le notaire Leroy de Bruay en Artois (le premier « scoop » frelaté d'un futur "patron de presse", aujourd'hui au rancart "dans les poubelles de l'histoire", Serge July).
Et c'est maintenant sans pitié et sans considération pour le pauvre vieux mineur en retraite, "lynché" avant jugement comme avant lui, et de son fait, le notaire Leroy, sa tête de turc dans l’affaire de Bruay, que les anciens dirigeants repentis de l' "ex-GP", après avoir hissé Tournel dans leur cénacle, recrachent, à cette occasion, l’ « ouvriérisme" qui avait pu être le nôtre - mais avant tout le leur...
Ils avaient en effet imposé une politique hâtive de promotion de « prolos » recrutés à la va-vite, sans examen et sans prudence, et poussés prématurément, hors de tout contrôle, à des postes de responsabilité...
On leur ouvrait l’accès, dans le cas de "Paul"-Joseph en tout cas, aux informations les plus « sensibles »...
Certains d’entre eux avaient tout, en effet, comme l’explique Harstrich, pour devenir la « cible » privilégiée des RG, dans leur travail d'infiltration de la GP.
Ouvriers, ils bénéficiaient à nos yeux d'un a priori favorable, et d'un effet d'image - devenu halo, trompeur.
Pour qu'ils attirent l'attention des R.G., puis tombent entre leurs mains, pour les plus faibles d'entre eux, il suffisait simplement que ces militants se soient un jour compromis, ou cru compromis - ou qu'on les eut sciemment compromis - dans de mauvaises histoires de dettes, de vols de voiture, cambriolages, ou autres petits délits. Ou mieux encore dans des affaires sexuelles dont la révélation risquait de faire des dégâts dans leur proche entourage. Surtout s’il y avait la possibilité d’y impliquer de jeunes mineur e s…


Joseph n'est pas Gitton


Un dirigeant du PCF nommé Gitton fut abattu par le "détachement Valmy", une unité spéciale ultra-secrète du Parti Communiste clandestin, pendant la guerre, pour trahison.
Son histoire était minable simple, et triste.
Il avait été surpris un jour par un vulgaire agent de police en patrouille de routine « sur les fortifs » de la périphérie de Paris (l’équivalent, aujourd’hui, des grands boulevards à « tapineuses »).
Il était en train de se faire, benoîtement, paisiblement et banalement, « sucer le sucre d’orge ». Et cela par une femme. Une prostituée. Même pas mineure.
Bien pris en main par la police, il perd pied, panique - et se met « à table ».
Il révèle de médiocres secrets du Parti, sans valeur. "Peanuts!". Il se trouve dès lors « tenu » par les p.v. qu'il a eu la sottise de signer, et qu'on peut faire circuler pour le "cramer" auprès de ses camarades.
Pire, il est « sous-traité », plus tard, par la police « française » à ses tuteurs allemands de la Gestapo - ayant d'ailleurs "flirté" avec les Doriotistes.
Il mérite là, de fait, pour les révélations d'une véritable gravité d'un ancien "secrétaire à l'organisation", en cette période dangereuse, la sanction sans appel des impitoyables tueurs de "Valmy".
Mais rien de tel n'arrivera au malheureux Joseph, sali simplement, jusqu'à sa mort, récente, par la prolifération de détails plus ou moins ragoûtants venus enrichir le récit - ou la légende...
Il profitait, raconte-t-on dans les soirées "branchées" où s'épanchent les "ex", de ses « montées » à Paris, modestement financées par notre minuscule "trésor de guerre", pour faire à sa vieille et brave épouse de Robreuve-Ranchicourt – une « femme du nord » typique, traditionaliste et forte en gueule, devant laquelle ce truculent et combatif militant prolétarien déjà quinquagénaire ne faisait pas le malin – le degré zero, ou zero virgule un, de l’infidélité.
Le "vieux" se rendait en douce dans un vieux cinéma porno pas cher et tout crasseux – Pigalle... Il prenait plaisir à y mater les « binettes », et le reste, de « porno-girls » de basse caste.
Elles le changeaient un peu de la "tronche" de Michel Droit, le Poivre du temps, sur les écrans de télé du 20 heures - en compagnie de bobonne...
Les RG le filochaient. Ils auraient saisi son point faible. A l’issue d’une longue traque (on l’imagine, pénible...) les fonctionnaires de la Préfecture de police de Paris auraient finalement surpris le père Joseph, « flamberge au vent », braguette ouverte dans l’obscurité de la petite salle - avec, cerise sur le gâteau, les preuves les plus juteuses et les plus grasses d’un délit pourtant solitaire, et mineur, d' « outrage public aux bonnes mœurs »…
Pas de quoi fouetter un chat, mais Joseph, paniqué, aurait craqué – et serait devenu, sans « casse » mortelle pour lui, heureusement, malgré les « révélations » de Harstrich, le « Gitton de la GP ».


Ensevelir et Joseph et l’ « ouvriérisme benêt » des maos sous une avalanche de ragots, de rires gras et de rumeurs méprisantes: cette campagne a évidemment un but.
Au-delà de la "cible" "Paul"-Joseph, les repentis sautent sur l'occasion pour tenter de justifier, après coup, l'auto-dissolution liquidatrice du groupe dans son ensemble.
On dénigre ainsi le sérieux de l’"aventure", comme les mérites, les sacrifices, et les actes d’engagement authentique d’une génération entière de militants.
« Infiltrés jusqu’à l’os", « en plus, par leurs prolos », ils n'auraient jamais agi, au fond, que sous l’œil passif des RG, servant une stratégie de manipulation, obscure, du Ministre de l’Intérieur, leur maître réel - ou d'autres, dans les ombreuses et diverses allées du pouvoir...


Mais peu de nos anciens amis se sont posé, alors, deux questions. Elémentaires.


1. Quelles sont les preuves, à part les insinuations d'un R.G., cautionnées sans recul par un vague sympathisant devenu "journaliste d''investigation" connu pour la qualité de ses sources chez ses nouveaux amis américains, puis par quelqu'un comme Guisnel?


2. Si le mineur Tournel a bien été un "indic" important, placé en un endroit stratégique - une "qualité » rare, qui se bonifie avec le temps - pourquoi le Commissaire Jacques Harstrich, un « grand » de la profession, laissant peu de place à l’improvisation et au hasard, s'est-il privé de cet atout maître, en jetant en pâture aux chiens ce précieux collaborateur?
Pour les beaux yeux de Fabrizio Calvi? - Peu probable…
Pour servir les projets des repentis de l'ancienne direction mao en faillite ?- Pourquoi pas? Mais à cette date, c'est tard.
Au moment où le livre du flic paraît, à l'inverse de la plupart des « intellos » ramollos du C.E, Joseph n’a pas mis un point final à un parcours commencé dans l'enfer des mines de charbon et les corons du Nord.
Comme la quasi-totalité des ouvriers de la GP, et contrairement aux "intellectuels petit-bourgeois" qu'une action politique "remboursée" par un repentir spectaculaire a hissé vers de meilleurs places, et le plaqué-or de petites positions de pouvoir dans les basses-cours de la culture, il s'active toujours là où il peut, comme il peut.
Il vit entre son petit village du nord et un théâtre militant de la rue Mouffettard, centre d'activités multiples. Il est en contact avec toute une mouvance de jeunes lycéens de la génération post-mao, lancés dans le grand bain puis lâchés en pleine mer, sans aide, sans formation, sans encadrement aucun - et "enragés" - qui n'ont retenu des maos que la violence, et sont fascinés par la brutalité de masse anarchisante des « autonomes ». Ils admirent, naïfs, la caricature de "lutte armée" d' Action Directe, qui, sur les débris incultes et dépolitisés d'une frange de l'"ex-GP", ne fait pas son deuil de "l'idée du fusil" - mais manque de plomb dans la cervelle, fait n'importe quoi, et en prend, inévitablement, plein la tête...


Si l' histoire de Harstrich-Calvi-Guisnel est vraie, la « mort » (officielle) de la Gauche prolétarienne n’a donc pas fait baisser la « valeur » (policière) que l' "indic Tournel" représente sur le marché aux mouchards. Bien au contraire...


Tramoni: le vieux mineur du nord savait


Pour une mouvance explosée, perdue et démoralisée de "liquidés", Joseph était resté tellement présent que, selon des sources on ne peut plus sûres, mais qu’il nous sera pardonné de ne pas citer nommément, un des groupes qui avait entrepris de rechercher, pour l’abattre, Antoine Tramoni, l’assassin d’Overney, avait pris le risque d 'inclure l'homme de Bruay dans une « tournée des popotes » des « grandes figures militantes » du mouvement dissous dont ils se voulaient les continuateurs.
Les "jeunes" souhaitaient consulter les "anciens" sur l'opportunité du "flinguage". Ils avaient été demander son avis, notamment, au bon Joseph.


Alors?


L'« indic » (s'il l'a été...) du commissaire Harstrich s’est-il tu sur la préparation de ce meurtre?
A-t-il osé prendre sur lui de cacher à son « traitant » une information opérationnelle des plus sérieuses, et de nature criminelle?

C’est une chose qui arrive, c'est vrai.
Et c’est souvent le problème des gens de la P.J. en matière de banditisme. Ils se font "doubler" plus souvent qu'à leur tour - même et surtout par leurs plus fidèles informateurs...
Les personnages complexes et souvent tourmentés que sont les indicateurs de police ne « balancent », en général, que parce qu’ils pensent n’avoir plus le choix, ayant été "piégés". Ils s'efforcent de sauver ce qu'ils pensent être leurs intérêts vitaux- par le pire des moyens. Mais ils ne « donnent » pas tout. Hommes ou très souvent, hélas, femmes, ils font de la rétention d'information: par amour pour quelqu'un, par amitié, par intérêt - ou même par un sursaut, tardif, de dignité.
Ils restent des êtres humains.
Quand il l’apprend qu'il est à son tour "cocu", après avoir été coucher, amant vainqueur, dans le lit de sa "cible", le flic se venge. C'est un homme lui aussi, humilié, furieux.
En guise de "riposte", il n'hésite pas à devenir lui-même « l’informateur » d’une ancienne victime de son propre informateur. Mise « dans le secret », celle-ci s’en va ,survoltée et naïve, « règler ses compte » - et ceux de son "traitant" qu'est désormais le flic. Celui-ci se fait alors de nouveaux « amis », "correspondants", ou "cousins". S'il réussit cette nouvelle "manip", le policier tentera d' utiliser encore celui qui est devenu son nouveau jouet, après avoir été dans son viseur. Il a maintenant gagné sa confiance.
C’est un petit jeu, dangereux. Il peut durer longtemps.


Dans le cas qui nous occupe, Harstrich aurait choisi de « punir » son informateur infidèle, coupable de « trahison » à son égard. Mais il n'aurait pas choisi de le « balançer » à d’éventuels tueurs maos – il en restait, pourtant, sur le marché, et pas tous forcément inconnus de lui...
Il l'aurait bien "donné" – mais par le biais du livre.
Mais une seconde hypothèse existe.
Elle est un peu plus compliquée.
Le pouvoir savait pertinemment que l’auto-liquidation de l' "ex-GP", après le sabordage organisé par la quasi-totalité de sa direction, n’avait pas, loin de là, mis fin à la « saga des maos » - et ne risquait pas de le faire...
Il était logique, en haut lieu, d'imaginer que de probables «mao  continuateurs » choisiraient comme premier signe de la poursuite de la « Longue Marche » entamée, entre Montrouge et Flins, au printemps 1969, l’exécution de l’ « assassin de Pierrot ».
Harstrich, d'une sensibilité politique proche des "gaullistes de gauche", aurait voulu observer « la suite » au plus près, et « in vivo » - voire exercer une influence, directe ou indirecte, sur une petite force dynamique, n'ayant pas peur de grand chose, et qui avait de longue date fait ses preuves sur le terrain des luttes populaires comme de l'action directe anti-impérialiste - dans le droit fil, au fond, de la politique étrangère qui avait été celle du général, et que Giscard, comme son rival Mitterrand, menaçaient de liquider...
Les flics avaient peut-être, enfin, des raisons de faire taire, ou, mieux encore, de laisser "fumer" par des « inconnus » capables de le rester, un exécutant-exécuteur qui, comme beaucoup de petits fonctionnaires de la mort, avait peut-être fini par en savoir trop sur les secrets de la sécurité interne à la Régie Renault et des réseaux de l'ombre, politico-policiers, placés à son service ou la manipulant sous couvert de protéger "les intérêts de l'entreprise". A commencer par l'identité et la fonction du "deuxième homme", parfaitement visible sur la photo de Schimmel, qui, se tenant légèrement en retrait du tueur, les mains sur ce qui semble être une deuxième arme, dirigée, elle, vers le sol, en position d'attente et de couverture.
Faisait-il partie lui aussi de la "volante" dirigée par un certain Morrachini - un nom connu en Corse, dans le milieu de la magistrature et le milieu tout court?
Toute enquête militante sur les circonstances précises ayant entraîné la mort, sans doute sur ordre, de Pierre Overney, ayant elle aussi été liquidée, comme toute mobilisation digne de ce nom le jour de la première mise en liberté de l'assassin, puis de la deuxième, et de son scandaleux simulacre de procès, il restait du grain à moudre...


Weï Wu Weï: l' "agir par le non agir"

est une forme de l'agir...


Dans cette hypothèse, donc, on aurait bien reçu de Tournel des confidences sur le projet d’exécution de Tramoni. Mais on se serait soigneusement abstenu de « faire remonter l’info » à qui de droit.
Et surtout pas au principal intéressé - qui aurait alors pu se protéger un minimum, déménager, changer de vie, et de ville, et tout faire pour ne pas mourir…


L'attitude adoptée, après mûre réflexion, aurait été de « laisser faire », tout en gardant « un œil sur le sujet », selon le principe taoiste essentiel à la culture de l'Asie profonde, cher au subtil Zhou Enlaï comme à son disciple Kangshen, les fondateurs des services de renseignement du président Mao, restés ceux de la Chine actuelle: "agir par le non agir"..

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En laissant les " mao continuateurs" s'abattre sur leur cible, et donc, au passage, se dévoiler un peu, on se donnait les moyens de résoudre «plusieurs problèmes  en même temps » (comme on dit dans le langage feutré des « services », à propos des "cadavres exquis" des grands meurtres:


1. Permettre la sortie de scène, avec une grande économie de moyens, d'un « homme qui en savait trop », qui avait « accompli sa mission dans le monde », et méritait, donc « de quitter, vite et sans trop souffrir, notre vallée de larmes ».

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2. Et dans le même temps, mieux observer et mieux connaître ceux qu'on ainsi avait ainsi laissés "sortir du bois", au prix d'un petit meurtre, sachant que, d'une manière comme d'une autre, ils ne resteraient pas éternellement l'arme au pied...On pourrait dans ces conditions les contrôler en les guidant, de loin, sans avoir l'air, vers des fins lointaines...
Un « agir par le non-agir » des R.G., ou plutôt des "réseaux" parallèles, conforme à leur manière - et qui a effectivement fonctionné, c'est sûr, dans la gestion, au même moment, d' Action Directe, devenue un instrument de déstabilisation de la gauche institutionnelle aux portes du pouvoir, à la fin des années 1970, puis un outil parmi d'autres pour résoudre les difficiles équations de l'algèbre franco-iranienne (Eurodif, otages, attentats, etc.), avec l'élimination de braves gens qui gênaient un nécessaire compromis avec l'Iran (années 80), du général Audran, au nucléocrate François Besse, éphémère P-dg de Renault, pendant que d'autres se chargeaient, pour les mêmes raisons, de Baroin, puis d'Arpaillange.


Ces méthodes existent, elles situent des services de renseignements minutieux et homéopathes, traitant leurs patients sur le long terme, à petite doses, bien dans la tradition - stimulant paradoxe - de la grande civilisation chinoise...


Comme le synthétise fort bien François Jullien (op cit), cette conception de l' "efficacité" suppose qu'on prenne les choses très en amont, très tôt, au stade de l'amorce et de la tendance... En n'agissant que de façon oblique, à peine perceptible, et surtout sans jamais "forcer"...C'est de ainsi seulement qu'on peut tirer, le moment venu, le meilleur parti de l'énergie accumulée dans le "potentiel de la situation", le "shi".


Ces principes issus de la plus ancienne Asie sont à la base même de toute la guerre secrète, dans notre monde moderne.


Peut-on imaginer que quelqu'un, quelque part, ait pris, ou laissé prendre, la décision...de s'abstenir activement d'interdire le développement de réseaux « post-maoistes » qui ne se limitent nullement à l'usage d'armes à feu, mais ne l'excluent pas non plus a-priori, dont le groupe initial de combattants capables d'aller au bout de leur idée aurait ainsi été observé à chaud, au cours d'une "première"?


On le peut.


Identifiés les "bras" (les flingueurs) seraient ensuite observés et suivis, avec de gros moyens.
On pourrait ainsi remonter, avec un peu de chance, à leurs éventuels "officiers", aux "têtes", "politico-militaires"...


Dans cette période trouble de la fin de années 70, entre les charmes désuets d’un giscardisme « usé jusqu’à la corde », ne méritant aucun acharnement thérapeutique, et une "Union de la gauche", forte encore d’un Parti Communiste à 20%, apparemment aux portes du pouvoir, tout élément de perturbation, susceptible de rebattre les cartes, pour une nouvelle donne, pouvait sembler bienvenu...


On peut juger ces considérations oiseuses. Ou scandaleuses.
Scandaleuses, elles le sont. Oiseuses, en aucun cas.Elles ne le sont pas. Voici la preuve.


D'Alfortville à Limeil-Brévannes: le chemin tortueux vers la mort du tueur


Les faits sont là.
Nous ne sommes pas ici dans le domaine du "jus de crâne", de la « spéculation pure », intellectuelle - sur le mauvais versant, clinique, des « théories du complot ».
Le ministère de l'Intérieur savait, en 1977, que Tramoni avait été "logé" (retrouvé) par un groupe de "vengeurs", et qu'il allait mourir.
Il n'a rien fait pour le sauver.
Les informations qui suivent, indiscutables, en apportent la démonstration, parfaite.


Cours Beethoven


Le 3 mars 1977, une patrouille de police repère une Simca suspecte garée un peu trop près du (nouveau) domicile où Tramoni s’est installé, cours Beethoven, à Alfortville.
Après quelques brèves années de détention effective, "sanction" tout juste symbolique du meurtre de sang-froid commis sans la moindre circonstance atténuante sur la personne d'un jeune ouvrier anti-raciste âgé de 23 ans, il a purgé une condamnation, d'un laxisme insultant, à... quatre ans de prison. A ce tarif, il serait con d'en rester là, et de ne pas recommencer...


Il a retrouvé la liberté.
Peinard, il travaille maintenant dans une auto-école de Limeil-Brévannes, menant une vie agréable…
Les "flicards" d'Alfortville savent l' adresse « sensible ». Sans leur dire pourquoi, on les a chargés d’être vigilants dans le secteur. Ils s’approchent de la voiture. Un homme est au volant. Il démarre en trombe. Poursuivi par la patrouille, il la sème...
Etrangement, il revient, 5 minutes plus tard. (En fait, ce militant "gonflé à bloc" cherche à récupérer ses "équipiers", déjà descendus de la voiture quand le banal car de police s'est arrêté...)
A nouveau repéré et poursuivi, l'intrépide conducteur de la Simca repart "à fond la caisse". Nouvelle course poursuite. Elle est chaude. Ce pilote adroit, plein de sang-froid, finit par faire une faute. Il emboutit de la tôle. Il abandonne "sa" voiture, et finit par s’ « arracher » à pied - disparaissant dans l’ombre d'une cité...
On le poursuit, en vain...
Le moment est venu de fouiller le véhicule. Il contient un fusil à pompe de marque Remington – une arme américaine, certes, mais remarquable, libre à l'achat, en France.
Elle existe en deux versions, permettant jusqu'à cinq ou sept coups successifs, par répétition commandée (la "pompe", au maniement sensuel, limite onanisme).
A l'époque, il existe en option trois canons adaptables: un long, plutôt pour le petit gibier tiré, à la chasse, à distance; un moyen, et un court.
C'est dans la version courte, plus maniable, et facile à dissimuler sous une veste ample, dont les effets, bien qu'imprécis, sont ravageurs au corps à corps, qu'elle a fait l'unanimité chez les "cops" américains du Bronx, suivis par les truands de ce quartier "black", ultra-violent, puis la mafia judéo-sicilienne, l' "anti-gang" française (B.R.I.) comme le G.I.G.N., et enfin les maos...
Ce beau "gun" un peu bruyant a un recul terrible, capable de déboîter une épaule.
Avec un peu d'entraînement, de bons abdos, et des bras forts, on parvient à l'utiliser en tir à la hanche, plus rapide. En calibre 12, le plus courant, ce Remington est d'une efficacité rare, particulièrement adaptée à la chasse au moyen gibier, jusqu'à 80-90 kilos environ - surtout quand l'arme est chargée de chevrotines, ou de balles à sanglier type Brenneke.

Dans la voiture d'Alfortville, mais cela, les policiers ne le savent pas, ou pas encore, le terrible fusil n'était là que comme arme de couverture, pour protéger la fuite d'un commando, après une opération meurtrière, réalisée, elle, à pied, à l'aide d'armes de poing.
Cette précaution, certainement excessive, constitue la marque de fabrique d'un tout petit groupe mao, formé de très jeunes gens, lié à des éléments du Comité de Lutte Renault comme aux anciens de la "tour 46" de Jussieu.
Après la débâcle des "Chrysanthèmes", et dans l'espoir illusoire de "relancer le mouvement" par le biais de la "lutte armée anti-impérialiste au cœur des métropoles", ils vont s'illustrer, ces années-là, sous le beau sigle "Brigades internationales" (B.I.).
Dans une France que la "courageuse", "responsable" et "morale" auto-destruction du mouvement mao, a "préservé de la dérive terroriste", ils seront les opérateurs d' une série d'exécutions à risques, dont certaines à demi réussies seulement (blessures non mortelles).
A coups de revolvers ou de pistolet de moyen calibre (7,65), ils tuent, s'ils peuvent, ou blessent, des tortionnaires de différents pays de dictature (Uruguay, Iran, Mauritanie...). Mystérieusement, ils ont su trouver les moyens d'identifier et de "loger" ces "cibles", qui vivent en France dans la discrétion de statuts diplomatiques, ou même militaires.


Dans la Simca d'Alfortville, une voiture de location louée à l'aide de faux-papiers ou de pièces d'identité elles-même volées, la P.J., appelée de toute urgence, découvre aussi tout un lot de cartouches - et surtout, dans une des deux vestes apparemment oubliées sur les sièges, des papiers.
Ils portent le nom d’un militant de la G.P., né à Châlons sur Marne, puis étudiant en Lorraine. Il est connu pour avoir participé à la fameuse réunion de dissolution « des Chrysanthèmes », tendance "continuateurs". Depuis, il continue à militer activement, plus ou moins sous l'influence des violents et confus « autonomes » (anarcho-maoistes) dans une fac parisienne.
Recherché sérieusement, Christian Harbulot (c'est son nom) sera finalement arrêté, neuf mois exactement après l'incident d'Alfortville, le 3 décembre 1977, dans un café proche des locaux du C.R.I.S.E., dans le IIIème arrondissement de Paris (quartier qu'il fréquente toujours aujourd'hui, proche de l'actuel Libé).


Son interpellation est à mettre au crédit... de Jacques Harstrich! Le commissaire est assisté pour l'occasion par une jeune flic qu'il a pris sous son aile, et forme: Gilles Kaehlin, un R.G. comme lui, amateur de musique classique, d'une audace et d'un culot hors du commun.
Ce niçois d'adoption, aux dons de comédien exceptionnels, est, à l'époque, chargé de missions diverses, mais tournant toutes autour d'une même cible, les maos "continuateurs", ou du moins leur frange armée.
C'est Kaehlin et sa petite équipe qui assurent, notamment, la surveillance permanente des locaux du C.R.I.S.E. dans une camionnette banalisée.
Gilles Kaehlin sera vu le soir, dans les boîtes de nuit fréquentée par les gauchistes - raï, belles jeunes brunes, chicha etc. - en compagnie d'un autre Gilles, Millet. Ils partageront un moment le même appartement. Gilles (Kaehlin) affiche imperturbablement des convictions de gauche, antifascistes et anti-impérialistes, très appuyées, et peut-être même, qui sait, sincères.
En 1981, il deviendra le chauffeur , l’ « escort-boy » et peut-etre aussi l'homme à tout faire de François De Grossouvre, à l’Elysée - et connaîtra bien d'autres aventures…
C'est un confrère - il écrit, bien...


5 X 11,43: la formule magique du "Commando de la Mémoire"


Entre le 3 mars, date de la fuite de celui qui pourrait être, ou pas, Christian Harbulot, abandonnant fusil, munitions, et papiers, aux mains des policiers, à une portée de fusil du domicile de Tramoni, et le 3 décembre, date de son interpellation dans le III° arrondissement, un événement est survenu.


Vingt jours après le premier "incident", qui le laissait prévoir, le 23 mars 1977 exactement, en fin de journée, Jean-Antoine Tramoni est abattu de cinq balles de très gros calibre – du 11,43.
Elles ont été tirées par le passager arrière d’une moto. Il a pris soin d’entourer son arme ultra-puissante d’une sorte de sac en plastique. Chaque douille est venue s'y éjecter, à chaque tir. Il ne reste donc sur place pas d’autres indices que les balles-elles-même, déformées à chaque impact dans le corps du meurtrier de Pierre Overney, sur le sol, ou les murs - après avoir meurti et transpercé les chairs du vigile assassin, touché par un retour de flammes.


Personne n'avait apparemment signalé au malheureux que les maos avaient enfin retrouvé sa trace, et rôdaient autour de chez lui depuis près de trois semaines.
Plutôt que de l' "exfiltrer", de toute urgence, vers un poste de vigile dans une ambassade lointaine, ou simplement de lui trouver un travail banal et un appartement convenable, en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane, on a préféré "agir par le non agir" - et laisser ceux qui n'avaient perdu, ni le souvenir de Pierrot, ni le sens de l'honneur, éliminer un des derniers détenteurs des secrets de la mafia fasciste régnant, sous Dreyfus (Pierre), sur l' "Île du Diable"...


A-t-on pour autant poussé la plaisanterie plus loin? En allant jusqu'à laisser faire, tout en les surveillant de loin, les exécuteurs de Tramoni, pour les mettre en "longue laisse", remonter a filière jusqu'à une éventuelle direction politico-militaire, reconstituée?


Dans cette idée, osée, mais pas invraisemblable, "on" aurait décidé de "couvrir", un certain temps au moins, d'autres opérations d'un nouveau mouvement, efficace, héritier de la G.P., et de la N.R.P., mais capable, lui, de véritables "opérations chirurgicales", au sang, menées avec brio, sur la base de renseignement fiables - et pas seulement de rodomontades à la manière du "tigre de papier" fatigué, l'ex-intellectuel Olivier Rolin - aujourd'hui chroniqueur dans une revue des "néo-cons" à la française, animée par Glucksmann, le nouvel ami de Sarkozy, proche de "Finki-la-haine", l'intellectuel raciste, lui aussi repenti des années mao, reconverti dans un nouveau combat, la lutte contre le trop grand nombre de noirs dans l'équipe de France de football, et le nouvel "axe du mal", "vert", des musulmans au couteau entre les dents?


Ce serait aller vite que l'affirmer.


Contrairement à ce qui s'était passé le 3 mars - première tentative, ou simple opération de surveillance, préparatoire? - ceux du 23 ne se sont pas présentés à pied au domicile de l'ancien vigile, à Alfortville, après avoir été déposés en voiture.
C'est à Limeil-Brévannes qu'ils ont frappé. Ils ont surgi à l'improviste sur une moto - méthode qui ne rend pas facile d'identifier, puis de suivre, des gens casqués, qui n'ont pas prévenu, avant de venir, et n'ont pas perdu de temps, en s'en allant...
Les flics, ou les "services", qui ont leur petite idée sur la "filière", n'ont jamais pu identifier, qu'on sache, de façon formelle, ni le conducteur de la moto, sur lequel ils ont, comme plusieurs d'entre nous, une "opinion", ni le tireur - ce gaspilleur prudent, qui tire cinq balles du plus gros des calibres pour ne pas "prendre de risques", alors qu' "une première au buffet, pour "fixer", et un coup de grâce en pleine "tronche", plus une troisième de sécurité, à la rigueur" suffisent largement - mais qui a gardé la dernière balle, "en cas"...


Non, tout Libé n'est pas pourri - mais dans la cible...de la Brigade criminelle!


A 22 heures, un coup de téléphone parvient à l’AFP. Il prétend revendiquer l’exécution au nom d’un Noyau Armé pour l’Autonoimie Populaire Pierre Overney (N.A.P.A.P.).
Quelques jours plus tard, la PJ parisienne lance un vate coup de filet « au jugé » dans les milieux mao parisiens, proches notamment de « Libé ». Elle arrête Henri S., dont la femme, Nicole, travaille au journal. Il déclare avoir fourni aux jeunes militants mao des NAPAP, isssus des mouvements lycéens de 1973 proches de La Cause du Peuple, l’arme qui a servi, pense-t-il, à l’exécution de Tramoni. Il se rétractera, plus tard, devant le magistrat instructeur - mais il est inculpé de complicité d’assassinat, comme deux autres militants de la même mouvance.
Parmi eux, Maurice M., le premier photograveur du journal, proche de de la bande de Melun et de Gilles Millet, et selon Alain Dugrand, qui l'a bien connu, "très vraisemblablement ancien syndiqué du Livre CGT"...


Le 12 mai suivant, enfin, une patrouille nocturne surprend, dans le XIII ème arrondissement de Paris, trois jeunes gens qui lui paraissent « suspects ». Frédéric Oriach, infirmier, est issu de l' "ex-GP" . Ses compagnons d'un soir (ou de plusieurs...) s'appellent Jean-Paul G. et Michel L. Ce sont aussi deux jeunes militants de la toute dernière génération mao, issue des mouvements lycéens en pleine effervescence au moment de la liquidation, coup d'arrêt qui a brisé leur élan en vol sans en faire des retraités de l'action politique, des repentis ou des renégats.


Les flics attribuent à l'un d'entre eux, L., la "propriété", ou plus juridiquement la "détention", hors de tout cadre légal, d'un 11,43.
C'est l'arme qui a tué Tramoni, affirment alors les experts de la Brigade criminelle. Même si, comme chacun sait, on conserve rarement une arme qui a tué. Sauf à en démonter les éléments un par un, canon, culasse, percuteur, et à les interchanger avec ceux d'outils du même calibre, de la même marque et du même type. Dans ce cas de figure, toute identification formelle est difficile...
En effet, une balle est toujours striée par les rainures internes du canon; on peut prouver qu'elle y a été tirée, si l'impact sur un os dur, un objet métallique, ou un mur, ne l'a pas brisée en mille morceaux, ou trop déformée.
Quant à l'étui contenant la poudre (la douille), éjecté après le tir, dans le cas d'un pistolet, et parfois retrouvée sur les lieux des détonations (sauf en cas d'utilisation d'un sac de récupération, entourant l'arme et la main du tireur), ou restant dans le barillet, dans le cas d'un revolver, elle a pour signature la trace du percuteur, sur sa face postérieure.
Cette "empreinte" en creux n'est jamais la même, tout percuteur s'érodant plus ou moins irrégulièrement, à chaque coup de feu.


Personne, en tout cas, ne sera jamais jugé, à plus forte raison condamné, pour l'exécution de l'assassin de Pierre Overney.


Frédéric Oriach, un militant à la sensibilité pro-palestinienne affirmée, longtemps l'ami d'une jeune maoiste franco-portugaise, devenue claviste à Libération, très militante, et aujourd'hui journaliste, mais progressiste, sera l'objet de plusieurs condamnations. Mais elles concernent d'autres opérations des Napap - dont rien ne prouve qu'ils eurent à voir avec l' "incident" d'Alfortville, le 3 mars, pas plus qu'avec le mystérieux "commando de la Mémoire", à moto, du 23.


Le fuyard du 3 mars, qui a tiré au moins un coup de feu pour protéger sa fuite, n'a jamais été identifié.
Ce n'est pas le tueur du 23 - qui ne sera jamais retrouvé lui non plus...


Du fusil à pompe d'Alfortville

à l' "Ecole de Guerre Economique" (EGE),
et des "actions de partisans"

à l' "intelligence économique",

Christian Harbulot


Christian Harbulot, un jeune quinquagénaire brun intelligent et sympathique, toujours aujourd'hui résolument et absolument anti-impérialiste, fidèle à la mémoire d'une épopée mao qu'il n'a jamais reniée, avait fait le « pèlerinage de Nantes », après les "Chrysanthèmes".
Il y est venu et revenu - appréciant le contact des militants ouvriers et paysans maos du secteur, "continuateurs".

Nous l'encouragions à l'action, mais à une action dans le droit fil de la G.P., où c'est la mobilisation "directe" des gens du peuple pour des actions "directes" qui reste l'essentiel. Même s'il faut bien envisager quelquefois, comme dans le cas de Billancourt, et de la mort de Pierrot (ou, plus tard, du soutien à Bobby Sands et ses amis, ou aux Palestiniens égorgés par milliers en Jordanie), de lui donner un prolongement "militaire".


Rien à voir, donc, ce que font de groupes plus ou moins issus du maoisme, comme les Napap, ou justement "Action Directe", qui mènent une action de pure violence armée sans portée, détachée de tout travail de masse. Leurs objectifs pour le moins confus les rendent aisément manipulables...


Dans le droit fil de ces discussions, Christian nous proposera même de rédiger ensemble, pour la revue Camarades, au cours des années 1970, un long texte détaillé sur les luttes et la tradition d’ « action directe » populaire autour de Nantes-Saint-Nazaire.
Enrichi de photo exclusives de manifestations paysannes renforcées de troupeaux de vaches, arme de charge originale parfois utilisée là-bas (voir page), ce texte sera effectivement publié sous la signature, transparente, de « Gilles Pierrot ».
Aucune confusion n'y est possible entre les deux "action directe": l'action de masse populaire, éventuellement violente (genre séquestration, "vidange des bureaux", "grande lessive", capture d'un ministre ou d'un préfet égaré dans le bocage, occupation de ferme, émeute...) et la pratique anarcho-maoiste, sans perspective, sans issue, donc contre-productive, d'attentats effectués un peu n'importe où dans le décor, sans lien avec aucun travail de masse, de classe, illustrée par les braves Rouillan, Schleicher, Aubron et Ménigon, honnêtes et estimables marionnettes aux mains de transparents tireurs de ficelles d'une "lutte armée" aveugle, coupée de la société, dépourvue de tout sens - dans le grand vide politique des années 1973 et suivantes...


Christian a été juridiquement mis hors de cause dans l'affaire de la Simca d'Alfortville. Il y avait seulement laissé une veste, contenant ses papiers.
Il n'est pas non plus le tireur, ni le conducteur de la moto, du "commando de la mémoire" du 23 mars 1977. Même si certains ont cru reconnaître son style, et certaines de ses thématiques du moment, dans le communiqué des N.A.P.A.P., revendiquant l'opération.


En fait, selon toute vraisemblance, un premier groupe de "jeunes" s'est fait "doubler" au tout dernier moment par une équipe plus chevronnée, moins activiste, et plus discrète.


Le conducteur de la moto, lui-même pas très âgé, a joué les équilibristes avec le plus grand art, commandant puis décommandant les uns, comme écran, avant de chercher son passager chez les autres, qui ont son absolue confiance - et semblent moins exposés.


Les "dépossédés" (Dostoïevski, bonjour...) ont tenté de se rattraper en revendiquant la paternité d'un "coup" qu'ils avaient voulu - et failli - faire, mais dont la réalisation finale leur a échappé d'extrême justesse.


Avec d'autres personnages de ce récit - dont l'auteur - Christian a vraisemblablement contribué à nourrir les révélations sur les "Brigades Internationales", insuffisamment remarquées, du sérieux petit livre de Christophe Bourseiller (Réf) .
Ce petit groupe ultra-clandestin est créé, peu après la cérémonie des "Chrysanthèmes", sous l'impulsion du jeune "établi" Jean-Denis L'Homme, ajusteur, habitué des réunions du "Mouvement de la jeunesse" de la salle 46 de Jussieu.

L'ex mao, liquidateur, Sorj Chalandon, qui a bien connu L'Homme, et fréquenté la salle 46, se souvient aujourd'hui de l'avoir vu passer plus d'une fois avec Jean-Marc Grimaud.

Jean-Marc, un des plus jeunes militants du Comité de Lutte Renault, était entré dans la "boîte" comme apprenti à l'âge de 14 ans, comme Aimé Albeher, son aîné... Il n' en avait même pas 20 ans à la mort de Pierre Overney, son copain. Ami aussi de Christian Riss, c'est à l'occasion de la tentative d' "opération retour" de celui-ci qu'il devait être licencié, et même emprisonné, après s'être physiquement opposé aux gardiens et aux inquiétants "gros bras" de la "volante" avec toute la violence dont était capable ce motard d'exception, trompe-la-mort habile, mince et vif, et très rapide.


Jean-Denis L'Homme et ses amis s'étaient intelligemment rapprochés d' un autre groupe de jeunes maos de la dernière couvée, encadrés par un jeune vétéran de la N.R.P., qui refusaient eux aussi de laisser tomber, mais cherchaient une voie moyenne entre l'action de masse ordinaire, légale ou "directe", et les opérations armées.


Ils avaient ensemble baptisé "Vaincre et Vivre" leur collectif aussi discret que déterminé, qui avait entrepris quelques "visites à domiciles" de patrons d'entreprise aux pratiques controversées. La dernière de ces opérations devait s'interrompre avant la conclusion musclée initialement prévue: la découverte d'un livre du mao-gaulliste Maurice Clavel au chevet du candidat "à l'insu de son plein gré" à une sévère râclée le sauvèrent, ce jour-là, d'un sort fâcheux.


Mais, Napap, B.I. ou "Vaincre et Vivre", toutes ces initiatives portées par de jeunes militants plein d'allant ne suffisaient pas à tracer la "voie" dans laquelle avaient à s'engager, pour rebondir ou simplement survivre, après le coup de poignard dans le dos donné par leurs "grands chefs", les "continuateurs".
Là encore, il fallait savoir laisser mûrir les conditions d'un "agir par le non agir", qui est un agir, subtil, et prépare le moment où, selon l'adage chinois, "l'envol foudroyant du faucon s'explique par le potentiel de la situation".
Toute cette précipitation politico-militaire activiste, dans des secteurs où le travail de masse, s'il a existé, s'affaisse, s'affaiblit, et se disperse, ne constitue qu'un "chemin qui mène à nulle part". Ou plus précisément aux Tours de Notre-Dame, au pied desquelles on finit par découvrir le corps de L'Homme, la tête fracassée par la décharge du fusil à pompe retrouvé près de lui. Etrangement, sa tête avait été soigneusement entourée de bandages indiquant, semble-t-il, l'intention d'éviter une dispersion d'éclats d'os et de cervelle dans le paysage - dans ce lieu superbe et riche de symboles, ou peut-être ailleurs, avant...


Jean-Denis venait de passer beaucoup de temps à dénicher la bonne "filière" mao permettant d'envisager, pour lui ou ses amis, un départ dans de bonnes conditions pour la Palestine. Il en avait trouvé la porte, mais pas les clés. Elle lui était restée fermée.


Christian Harbulot connaissait bien Jean-Denis, les "B.I", "Vaincre et Vivre"- et vraisemblablement aussi Orlach, Gérard, Lapeyre, des Napap, sans oublier le "groupe de Nantes", et certains des anciens compagnons de Pierre Overney à Renault ou dans la "bande d'Issy" - qui avaient eu l'occasion de l'accompagner, un jour, dans la maison de ses parents, du côté de Chalons-sur Marne...
Tout indique qu'il a suivi de très près l'essentiel des efforts faits, autour de lui, pour retrouver et abattre l'assassin de Pierre Overney - et adresser, du même coup, un message indirect d'avertissement aux anciens "barons" de la G.P., repentis, devenus les assassins de nos rêves, et condamnés, de ce fait, à l'enfer d'éternels cauchemars.


Selon des informations recueillies, notamment, dans son proche entourage - et dont on peut ici attester la véracité - Christian a même été le témoin direct de certains au moins des entretiens au cours desquels les "jeunes" sollicitaient l'accord des "anciens" pour tuer - ce que, finalement, mais bien malgré eux, ils ne purent faire...
Parmi les personnes consultées, et donc, parfaitement au courant, à la mi-mars 1977, des menaces immédiates pesant sur la vie de Tramoni, figurait Joseph Tournel. Sans le moindre doute possible.


Qu'en penser?


Au moment où il passe voir "Joseph", à "la Mouffe", à cette occasion, Christian est activement recherché pour l'affaire d'Alfortville, toute fraîche, et devenue, évidemment, une urgence judiciaire, et policière.
A son départ de la rue Mouffetard, il n'es pas suivi, semble-t-il. Il n'est pas arrêté, par la suite. Il ne le sera que beaucoup plus tard.


- Un "indic" reste un être humain: pour avoir protégé les tueurs de Tramoni,
le bon Joseph "puni" par le livre de Harstrich ?


Comme Harbulot, tous ceux d'entre nous qui ont bien connu et fréquenté Joseph Tournel le jugent capable d'avoir "donné" Geismar, Benny Lévy, et même Rolin.
Sans qu'on en ait la preuve formelle, les R.G., le "tenaient", apparemment, pour une affaire ancienne. Des plus sensible pour lui, elle avait peu à voir avec le "cul". Trésorier d'une caisse de solidarité des mineurs, il aurait commis quelques irrégularités de gestion, allant jusqu'à "emprunter" pour s'offrir quelques frasques - dans l'espoir de rembourser un jour, peut-être.
Coincé par les RG, sans doute enregistré, filmé peut-être, par la suite, en galante compagnie, avec eux, il vivait dans la peur.
Il ne craignait pas tant les flics que l' "impératrice Eugénie", l'impitoyable pasionaria rouge du nord, mère de tous les Camphin, capable, d'un claquement de doigts, de recruter une armée de "bons petits gars" du pays minier prêts à réserver au malheureux suspect d' avoir "tapé dans la caisse de solidarité des camarades", une mort des plus cruelle...
Terrorisé à l'idée d'être "balancé" à "la Vieille" par les RG, et donc à nouveau "balancé", mais là, physiquement, au fonds d'un puits de mine, puis terminé lentement, méthodiquement, à la barre de fer, ou à la batte de base-ball, coup par coup, et os par os, il aurait effectivement collaboré, un temps au moins, avec Harstrich...


Du moins, c'est ce qui se dit...


Mais l'homme que celui-ci nomme "Paul" n'agit pas seulement sous l'emprise de la terreur.
Comme tout le noyau de vétérans "rouge sang" des mines du nord, restés groupés autour d'Eugénie Camphin, dans la mémoire de ses trois fils, et de tout le reste, il se reconnaissait fort bien dans le discours et les pratiques des maos - mais n'avait qu'un mépris abyssal, au fond de son vieux cœur d'ouvrier, pour les dirigeants du groupe, qui le flattaient, n'utilisant, c'était, à ses yeux, clair, les "prolos" comme lui que comme escabeaux provisoires pour leur ascension personnelle.
Comme l'avait senti le commissaire des R.G., c'est sur une conscience de classe, dévoyée sans doute, mais restant fondamentalement le cadre de leur vision du monde, de leurs amours et de leurs haines, qu'il fallait jouer pour "fabriquer" comme on dit dans ce métier, des "correspondants ouvriers" de la police - et pas seulement sur le chantage.


Mais même le flic le plus intelligent, capable de comprendre ce que sont les classes, et la conscience de classe, peut finir par avoir, l'âge venant, avec son cortège de succès, flatteurs, de médailles et de louanges, trop confiance en sa propre expérience.


Harstrich n'avait pas pénétré jusqu'aux tréfonds l'âme du vieux Joseph, au travers d'elle, celles des mineurs du nord, arracheurs de charbon dans l'enfer de la terre.


Joseph n'a pas "donné" les jeunes, il a trahi le flic, et sa confiance - sans plus de scrupules que quand il "balançait" Benny, "Geis", Rolin, Theureau, etc, pour ce qui n'était à ses yeux depuis longtemps dessillés que des "broutilles". D'un instinct sûr, il avait senti chez ceux-là le côté Rastignac du marxisme-léninisme pressés de devenir des porions de la "politique" et de la "culture", goulus de "réussite" autant que de "gros pognon", avides de poser leurs fesses molles sur de petits strapontins merdeux d'auxiliaires, dans les cabinets du pouvoir...


"Donner" ces gens-là, il le pouvait, oui. sans problèmes. Non sans plaisir.
Mais "balancer" des ouvriers comme lui, jeunes ou moins jeunes, des braves, qui s'étaient "défoncé la couenne" pour retrouver le tueur de leur camarade, et le punir, Joseph Tournel ne le pouvait pas. Il ne l'a pas fait - roulant, de fait, son manipulateur des RG dans la farine.
Et Tramoni est mort comme il avait vécu.


"Seul l'homme de la suprême vertu, le "ren" connaît le véritable amour, et la vraie haine", dit la sagesse chinoise.
C'est par haine, plus encore que par peur, que Joseph a "donné". C'est par amour qu'il a repris son don - amour du peuple, de notre Pierrot, et des Vengeurs qui, étant les nôtres, étaient aussi les siens.
Le vieux mineur, fidèle, ainsi, au feu qui brûlait dans les veines de l' "Impératrice Eugénie", indestructible Grand-Mère Rouge des corons, de toutes leurs douleurs et de tous leurs bonheurs, pouvait-il imaginer ce que serait alors, à ses dépens, une autre vengeance, celle du flic Jacques Harstrich, qui allait donner son nom en pâture aux corbeaux, et aux hyènes affamées du Repentir Mao, déchiquetant bientôt les lambeaux de son histoire entre leurs crocs puant de trop de chair morte, engloutie?


Oui, vieux Joseph, petit bout d'homme ventru héroïque et faillible, comme chacun de nous, tu as bien agi, et tu as mérité, aussi, et enfin, au bout de ton parcours qui seulement ici s'achève, ces quelques lignes d'un livre qui ne soit pas de " journaliste" - mot "résolument moderne" pour "balance"...


Telle est en tout cas la conviction qui doit se lire ici.
On peut ajouter:
1. Que le docteur Jacques Lacaze, "historique" de la G.P. du nord, membre du tribunal populaire de Liévin, aujourd'hui élu municipal sur une liste de d'unité progressiste de la même ville, exclu du PCF, après l'avoir rejoint, animateur d'une petite formation de communistes souverainistes anti-Maastricht, anti-impérialiste, élément de base de la massive victoire du Non à la prétendue "Constitution Européenne", et vieil ami de Joseph Tournel jusqu'à sa mort, avait été sollicité par celui-ci, dans les années 70, pour l'aider "à mettre de l'ordre dans ses comptes bancaires".
Il avait été étonné par leur nombre.
2. Outre Geismar, dont la parole, changeante, ne vaut guère, un autre ancien dirigeant de la G.P., en charge, précisément, du nord, "Jean d'Arras" , aujourd'hui retraité fortuné d'une société d'informatique créée, après la liquidation, avec les frères Liscia, reconnaît aujourd'hui ce qu'il appelle "une part de responsabilité" dans cette affaire...
Un des plus authentiques des vétérans communistes FTP du nord liés aux maos, "le vieil Eugène", s'était livré à une analyse minutieuse des pertes, nombreuses, subies très tôt par les maos de cette région bien quadrillée par les R.G. (arrestations en cascades, répétées).
Il en avait tiré des conclusions, mettant en cause Joseph.
Schiavo ne les a pas fait remonter au C.E.

Même après l'inquiétant signal que constituait le "piège" tendu, par Broussard et ses hommes, au commando de la N.R.P. s'apprêtant à prendre en otage le P-dg De Wendel.
3. Aux moments les plus tendus, Joseph avait été choisi par Benny Lévy pour faire partie d'un "triangle de direction" chargé des décisions d'urgences, en compagnie de Rolin, et de lui-même..
Il était au fait, donc, de toutes les opérations à haut risque, en cours, ou à l'étude.
Cela ne signifie nullement que les flics étaient au courant de tout ce que faisaient les maos, partout, et qu'ils ont globalement laissé faire - dans l'espoir, par exemple, d'affaiblir la CGT dans certains de ces bastions ouvriers, ou de gêner l'Union de la gauche, dans sa marche en crabe vers un pouvoir dont elle n'a su que faire, sinon le pire...
Dès 1971, en effet, l'expansion de l'"ex-GP", fulgurante, se fait de façon très largement décentralisée.
Seules certaines région, et certaines zones, sont tenues "rênes courtes" par Benny Lévy et ses "barons". Le nord, pas loin de Paris, et longtemps géré par "Jean d'A", "proche compagnon d'armes" du "chef". Lyon, sans doute. Mais ni Grenoble, ni le grand ouest, ni Marseille, très mal Renault, encore moins les "zones-usines" d'Issy, du nord ouest (de Nanterre à Saint-Denis), du Sud (Vitry, etc), ou de l' "extrême est", sur la fin (le "petit Richard", etc.)
Dès cette époque, les initiatives les plus significatives échappent complètement à l'influence, au contrôle, et même à la connaissance, du cercle dirigeant "officiel". Donc à la connaissance de "Paul" - et de son "traitant" Harstrich.
Mais il y a eu d'autres "Paul", - puisque c'était une méthode, et qu'elle faisait ses preuves - et pas seulement des ouvriers d'âge mûr, au passé discutable.
A Nantes-Saint-Nazaire, par exemple, ce n'est pas l'infiltration, mais le "retournement", par chantage, d'un jeune ouvrier révolté intégré bien à tort à une opération de partisans d'un niveau exigeant la sélection de combattants sûrs, qui a entraîné plusieurs d'entre nous vers la prison .
Mais d'autres personnages suspects, ou simplement douteux - deux cas d'ouvriers, au moins - ont été sagement contenus aux marges du travail de masse d'usine, à la base. Comme activistes de zone ou d'atelier, ils étaient précieux - tout en restant soigneusement écartés de ce qui devait rester secret. Et l'est resté.


Que penser, maintenant, du cas de Christian Harbulot? Rien à voir avec un Fofana, ni un Joseph....Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas eu, à son sujet, matière à se poser quelques questions.
On va les exposer, et tenter d'y répondre, simplement.


Le conducteur de la moto


Christian ne semble pas avoir été poursuivi, ni inquiété, après la mort de Tramoni - à laquelle nous savons parfaitement qu’il est entièrement étranger..
Ce meurtre, survenu peu après "l'incident d'Alfortville" aurait tout de même pu justifier une audition comme témoin, suivie d'une mise en cause pour complicité, au moins, s'il se refusait à livrer toutes les précisions exigées de lui sur l'affaire d'Alfortville, et son lien, tout de même plus que plausible, avec la mort de l'ancien vigile de Renault-Billancourt...
Il n'y aurait rien eu d'extravagant à ce que Christian fût, serait-ce à titre de simple détenteur d'informations, "un peu secoué" par la "Crim'" sur l'éventuelle relation entre l'incident du 3, avec ses papiers d'identité dans la veste oubliée de la voiture louée, et l'exécution du 23...


Le conducteur de la moto, un jeune ouvrier licencié du Comité de Lutte Renault, ne risque en tout cas pas de le mettre en cause.
Il est mort, abattu lui aussi d'un tir en pleine poitrine.
Par un tueur professionnel? Non.
Un amateur éclairé? Non plus...
Par une patronne de café qu’il jugeait, lui, « raciste »; et qui se considérait, elle, comme « rackettée » par une bande de jeunes prolos vaguement maos, passablement bruyants et agités, plus ou moins en recherche de travail, ou de "petits coups" à faire, voitures, bijoux, banques, caisse de café, ou autres...
Ils l’ennuyaient dans son établissement. Un jour, excédée, elle a pris un fusil de chasse sous le comptoir. Elle a visé Jean-Marc. Comme Pierrot à Tramoni, devant la porte de Renault, il a dit: « Mais va-s-y, tire…Tire donc… ». Ouvrant très grand les bras, comme un Christ de comptoir allant au devant de son supplice, il a peut-être fait, ou pas, un demi -pas vers elle, sans penser à mal.
C'était un garçon sympathique, "ultra-gonflé" - intenable, et presque suicidaire...
Elle a pris peur, elle a tiré, et il est mort.
Comme l'ami d'usine et de cœur dont il était allé punir le meurtrier, sur sa moto...

Il ne parlera donc jamais. Il ne l'avait pas fait. Et ne l'aurait pas fait.
Ce n'était pas son genre.
Son nom mérite pourtant d'être inscrit dans l'Histoire.
C'était un militant ouvrier, un vrai, comme Pierrot, doublé, comme lui, d'un homme de "ren", d'honneur et de mémoire - un être empreint de dignité, avec de vrais principes, porteur du plus sublime amour, et d'une belle haine. Comme son passager arrière, l’homme au 11,43 et au sac à douilles en plastique, resté vivant, à ce qu'il semble, bien qu' "on" jure le contraire.


"On" s'appelle Personne, comme l'Ulysse de Homère. "Trop connu, trop soupçonnable", ce "on"-là ne s'en est pas mêlé et " ne sait rien sur l'affaire". - même s'il a dû garder, malin, l' œil ouvert, ou entrouvert...Et "weï wu weï"...
Mais, s'il ne sait rien de rien, il a pu entendre des bruits...De petites voix dans la nuit...Celles de la conscience, ou de la prescience..."Il y avait bien un passager arrière sur la moto. Même le plus allumé des allumés ne va pas faire un truc comme à ça, tout seul, en balançant cinq coups de calibre, guidon lâché comme un cow-boy de cirque...L'autre, celui qui tirait plus vite que son ombre, comme Lucky Luke sur Jolly Jumper au galop, il est mort jeune aussi, il n'a pas eu de chance... Il a fait une mauvaise chute d'une falaise, à Etretat, je crois. Un prolo lui aussi en tout cas..." (mais pas de Renault, bien sûr...) 


Falaise ou pas, Etretat ou pas, l'exécuteut des hautes œuvres ne parlera pas non plus. Ce n’est pas un grand bavard.
"Ecrire pour l'Histoire? Que d'autres que moi s'en chargent...D'ailleurs, pour être sûr que les faits sont couverts par une prescription définitive, qu'il n'y a pas eu, tous les 10 ans, un acte d'instruction au moins qui prolonge le délai, en procédure, il faudrait se lever tôt...
En demander l'assurance au parquet, à un
"baveux" de confiance, s'il y en a, la garantie au ministère, ? Quelle blague!..."


Alain Gaigneron de Marolles

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