Pour Shova Gajurel

Shova Gajurel, réfugiée politique
népalaise résidant en France depuis 2006,
âgée de 38 ans, est venue du bout du monde
où elle a tout quitté, tout abandonné,
où elle a caché ses enfants dont elle n’a
aucune nouvelle, depuis plus de 30 mois, car menacée
de mort dans son pays.
Expulsée irrégulièrement par
la France vers la Belgique, elle a été
détenue du 16 juillet au 31 août dans des centres
de rétention, à Lille/Lesquin puis à
Bruges.
La demande de la Belgique à la France
de se charger de son dossier a été ignorée
- son avocate b se faisant indiquer que le fonctionnaire
de la préfecture du Nord pouvant s'en occuper était
encore en vacances.
La jeune femme a donc été libérée
le 31 août du centre de rétention de Bruges
et elle a tout de suite été prise en charge
et accueillie chez des camarades népalais installés
sur le sol belge. Mais elle a reçu l'ordre de quitter
le territoire belge avant le 4 septembre.
La France a signé les Accords
de Genève, elle doit lui accorder l’asile.
Bernard KOUCHNER doit immédiatement
intervenir car il est impliqué dans le devenir de
Shova.
La France doit régulariser Shova
Gajurel pour qu’elle puisse vivre et garder sa dignité
de femme, et ce, même si lors de l’étude
de son dossier - pourtant un cas d’école- des
fonctionnaires de l’OFRA, soit zélés
soit sur ordre, ont bâclé et réexpédié
le dossier « Gajurel » très
rapidement avec la mention « Refus ».
Il est impossible, car ce serait faire un parjure, de continuer
à faire du yoyo avec la vie d’une personne,
militante politique en danger de mort dans son pays. Il
serait grave que l’Etat républicain et ses
autorités continuent à malmener
La situation chaotique au Népal interdit l’expulsion
de Shova Gajurel vers le pire.
Depuis le 19 juillet, le Comité « Libérez-les
! », le CSP 59, le MRAP et la LDH, des soutiens politiques,
des associations et des citoyens ont continué le
soutien et se sont mobilisés pour exiger la libération
immédiate et sans condition de celle qui est devenue
notre camarade et amie Shova Gajurel.
Depuis la 1ère semaine d’août, nos camarades
de Belgique du Secours Rouge ont pris le relais, en allant
la visiter au centre de rétention de Bruges pour
la soutenir moralement, lui apportant aussi une aide financière
et en nous faisant des comptes rendus réguliers sur
sa situation.(...)
Nous appelons toutes les associations, les mouvements, les
partis, les citoyens à se joindre à nous afin
que Shova GAJUREL soit enfin régularisée en
tant que réfugiée politique
Extraits remaniés par nous d'un texte rendu
public le 4 septembre 2009 par
« Libérez.les ! »
Comité de soutien aux prisonniers politiques et réfugiés
politiques.
- liberez.les@gmail.com
- http://www.liberez-les.info/
Soutenez cet appel, soutenez Shova Gajurel
|
A
propos de Mao, et des maos, en France et dans le monde...
"Tout est comme les vagues, ou comme la
spirale qui avance et se rassemble, tel le courant électrique
ou l'onde sonore; c'est comme chanter, parler ou écrire,,
tout est comme une vague. C'est ce qu'on peut comprendre
sous le nom de dialectique..."
(Mao. Janvier 1957.- convention des secrétaires des
comités provinciaux.)
"Filles et garçons: la rébellion
des "jeunes gens en colère" de la
"Gauche Prolétarienne" (G.P.) a illuminé
tout l'après-68 de son étrange soleil, suivi
par une étrange éclipse.Porteuse d'une parole
vive, toute vibrante d'insolence, au tranchant du concept
et dans la langue du peuple - et toute en actes, surtout..
- ella a marqué de son sceau toute une époque.
Et d'abord, ses combattants eux-mêmes: devenus, sur
le "fil tendu au-dessus de l'abîme"
où s'inscrivaient les premiers pas de funambule
d'une très longue marche, "ceux par qui
le scandale arrive".
Phénix renaissant sur les cendres encore tièdes
d'un "soulèvement de la vie" (mai
1968) retombé en tas triste aussi vite qu'il avait
surgi, puis renaissant encore d'une première mort
légale, son interdiction par décret spécial
en conseil des ministres, en mai 1970, le mouvement des
"maos" comme allaient nous baptiser
bientôt nos amis ouvriers, allait porter le défi
jusqu'à démentir le joli mot de de la "
british barbouze " Ian Fleming, créateur
des "James Bond": "On ne vit que deux
fois " - le jour de sa naissance, et quand la mort
frappe à la porte...Il se trompe, en effet, cet intellectuel-tueur,
formé, comme tous les hommes de l'ombre de la
"perfide Albion", dans les plus hautes universités
du pays, avant une série de stages effectués
chez les célèbres S.A.S., où l'élite
raffinée de la snob "gentry" apprend
à pratiquer le métier d'étrangleur,
d'empoisonneur, de tueur au poignard, à main nue
ou à l'aide d'un vulgaire stylo, enfoncé dans
l'œil du "méchant" d'un coup
sec, jusqu'au cerveau (en l'absence d'instrument pointu
d'écriture, utiliser une aiguille à tricoter,
surtout si vous êtes une femme, une vulgaire aiguille,
mais assez longue, ou le majeur, alliance comprise, s'il
y a; bien se laver les mains après, avant ce n'est
pas la peine...).
"On vit au moins trois fois", démontre
l'expérience de la force mao. Car la G.P., devenue
"ex-GP", ou "La Cause du Peuple",
du nom de son journal, qui dit tout, a survécu, et
survit, à sa deuxième mort: la liquidation
de cette étonnante aventure décrétée
par un noyau dirigeant décomposé, saisi par
le désarroi et la panique, le Jour des Morts, à
la Toussaint 1973, au cours de la pitoyable "A.G.
des Chrysanthèmes", à Versailles.
Les dirigeants-fondateurs, dégringolés
d'un train qu'ils croyaient à l'arrêt, sont
devenus, à quelques rarissimes exceptions près,
le germe d'une secte de repentis, ou de renégats,
comme on voudra, renonçant honteusement à
poursuivre dans la voie tracée au prix du sang et
de la prison, et vendus - pour pas cher...
Mais se vendant - après tout, bon débarras,
auto-nettoyage des sanisettes Decaux sur les boulevards...-
ils ont vendu, c'est crime, et cette Histoire, et sa Mémoire,
aux pouvoirs que nous avions défiés du haut
de nos vingt ans, âge d'un soleil de feu, de toute
notre impudence. Et le moment est venu, donc, d'apporter
à ce forfait la correction, qu'il exige.
(...)
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Lettre
ouverte de Shova GAJUREL à
:
- Mr Jean Michel BERARD Préfet
du Nord-Pas-de-Calais
- Mr Bernard KOUCHNER Ministre des Affaires Etrangères
et Européennes
- Mr Eric BESSON Ministre de l’Immigration de l’Intégration
et de l’Identité Nationale
"Je m’appelle Shova GAJUREL, je suis Népalaise
et membre du Parti communiste du Népal – maoïste
[PCN-m].
Je suis arrivée le 1er septembre 2006 en France pour
avoir le statut de réfugiée et j’ai effectué
ma première demande d’asile. Mais deux ans après,
elle a été rejetée et on m’a remis
une lettre qui me disait de rentrer au Népal. J’étais
donc sans-papiers. La situation dans mon pays ne me permet
pas d’y rentrer. C’est pourquoi je n’y suis
pas allée et suis restée en France.
Mon frère, qui a fait sa demande d’asile avec
moi en France (et qui a également été
rejetée), lui, a décidé de rentrer au
Népal, ce qui m’a inquiétée. En
raison des dangers qu’il courait, il n’y est pas
resté longtemps et il réside maintenant en Inde.
Depuis, je n’ai pas eu plus de nouvelles.
Quand le CADA (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile)
n’a plus pu m’héberger, je n’ai plus
eu de logement. Je logeais donc chez des amis népalais,
changeant régulièrement d’endroit. Je
les aidais au quotidien en leur rendant des services (cuisine,
garde des enfants,…) et en échange ils m’aidaient
financièrement, me nourrissaient et me logeaient.
Le 28 juin 2009, je suis allée en Belgique. Il y avait
un grand programme culturel népalais. Après
être arrivée là-bas, j’ai aidé
mes amis népalais et ils m’ont aidée en
retour pour manger et dormir. Ils m’ont donné
de l’argent en prévision de mon retour en France.
En juillet, sur la route de retour à Paris, la police
m’a arrêtée à la frontière
franco-belge. Je suis restée une nuit et un jour en
détention, trimbalée de cellule en cellule,
avant que la police ne m’emmène au centre de
rétention de Lille-Lesquin.
A Lille, je suis allée deux fois au tribunal. Après
une réponse négative à ma demande d’asile,
le 3 août, la police française m’a remis
à la police belge à la frontière. Cela
m’a étonnée, ainsi que tous les amis qui
me soutiennent, car tout le monde sait, y compris les autorités
françaises, que le pays par lequel je suis directement
arrivée en Europe est bien la France.
La police belge m’a dit : « Quand les documents
de France nous seront transmis, nous te renverrons en France.
Si tu n’as pas fait de demande d’asile en France,
nous te renverrons directement au Népal. » Ils
m’ont arrêtée le 3 août et ne m’ont
libérée que le 31 août après m’avoir
dit : « Retourne en France ». Les autorités
m’ont donné un papier me demandant de quitter
le territoire belge sous 6 jours.
Des amis népalais sont venus me chercher au centre
de rétention de Bruges. Je suis restée chez
eux jusqu’à ce que je revienne en France. Je
suis revenue car c’est ici que j’ai fait ma première
demande d’asile et que c’est le pays dans lequel
je suis arrivée directement du Népal. C’est
donc le pays dans lequel je dois avoir mes papiers.
Je vais maintenant expliquer pourquoi je ne peux pas rentrer
au Népal.
1) Durant la période de Guerre Populaire menée
par le PCN-maoïste dont je fais partie, la police a établi
de fausses accusations de meurtre à l’encontre
des militants. Ils peuvent ainsi arrêter qui ils veulent.
Pour les dirigeants de mon parti, la plupart de ces accusations
ont été levées mais pas pour les militants
de base. Aujourd’hui encore, la police profite de ces
fausses accusations pour arrêter des maoïstes ou
des sympathisants. Je suis moi-même accusée de
crimes que je n’ai pas commis. Si il se passe quelque
chose près de là où j’habite, ils
peuvent m’arrêter.
2) Il y a plusieurs groupes armés au Népal qui
s’en prennent aux maoïstes et les assassinent.
Je suis la fille d’un des dirigeants du PCN-maoïste,
CP Gajurel « Gaurav », qui a été
emprisonné en Inde en 2004. Aujourd’hui encore,
lui-même est menacé, ainsi que sa famille, surtout
si nous prenons part aux activités du PCN-maoïste.
Puisque mon père est un dirigeant du Parti, il bénéficie
de la protection de gardes du corps mis à disposition
par le Parti. Comme je ne suis qu’une militante de base,
le Parti ne peut pas mettre à ma disposition des gardes
du corps. Je suis donc exposée à la violence
de nombreux groupes et individus armés qui s’en
prennent aux maoïstes. D’ailleurs, des membres
du PCN-maoïste sont régulièrement assassinés,
même depuis l’entrée de notre parti dans
le processus de paix.
3) Après que je sois arrivée en France, et même
après que notre parti soit entré dans le processus
de paix, mon mari a été arrêté
et torturé en 2006. Cela prouve que même ma famille
proche est directement menacée. Je me pose la question
de savoir ce qui me serait arrivé si j’étais
restée avec lui au Népal.
4) En raison des menaces pesant sur moi, j’ai dû
placer mes enfants en pension dans une école dont le
directeur est membre du Parti. Il n’y a que lui qui
sait de qui sont ces enfants. Personne d’autre ne le
sait. C’est ce qui assure leur sécurité.
5) Au Népal, il y a un processus de paix et le PCN-maoïste
est arrivé en tête des élections de l’Assemblée
Constituante d’avril 2008 avec 40% des votes. Mais après
environ huit mois à la tête du gouvernement,
le PCN-maoïste a été obligé de démissionner
car l’Armée Népalaise mettait en péril
la suprématie civile en ne respectant pas les directives
gouvernementales. De plus, il reste huit mois pour écrire
la constitution mais le Congrès Népalais et
le PCN-UML disent qu’il sera impossible de l’écrire
à temps. Elle est pourtant nécessaire pour que
de nouvelles élections aient lieu. Le Congrès
Népalais et le PCN-UML posent également beaucoup
d’obstacles à la fusion des deux armées
(Armée Népalaise et Armée Populaire de
Libération). Pourtant, écrire une nouvelle constitution,
tenir de nouvelles élections et fusionner les deux
armées est essentielles pour que le processus de paix
puisse être mené à sa conclusion logique.
Tant qu’il ne le sera pas, notre sécurité
ne pourra être garantie. Il faut également ajouter
que le gouvernement actuel est très instable. Le premier
ministre à l’heure actuelle n’a pas été
élu dans ses circonscriptions – il a perdu dans
les deux. Le premier ministre actuel, Madhav Kumar Nepal,
n’a pu devenir premier ministre que grâce au soutien
de l’Inde et des Etats-Unis. Pourtant le Népal
est devenu une République : il n’est pas légitime
qu’une personne non élue à l’Assemblée
Constituante devienne premier ministre. Cela nous amène
à nous poser la question : peut être qu’un
haut officier de l’armée, soutenu par l’Inde
et/ou les Etats-Unis, peut devenir premier ministre par le
biais d’un coup d’Etat ?
6) L’Armée Népalaise se renforce, politiquement
et militairement. Politiquement car en refusant d’obéir
aux directives du gouvernement lorsqu’il était
dirigé par le PCN-maoïste, l’Armée
Népalaise a pris une certaine autonomie politique.
Militairement car l’Armée Népalaise relance
les recrutements pour augmenter ses effectifs et que le gouvernement
népalais et le gouvernement indien ont entamé
des discussions pour importer des armes. Tout cela est particulièrement
inquiétant pour la continuation du processus de paix.
Tout cela montre que la situation est encore très instable
au Népal, que la guerre pourrait reprendre et que ma
vie est toujours en danger là-bas.
Si je suis revenu ici, dans le Nord de la France, à
Lille, c’est parce que dans cette ville, les autorités,
le Préfet connaissent mon dossier, que cela doit leur
permettre de donner une réponse rapide et favorable
à ma demande de régularisation.
Oui je l’affirme : au regard de mon engagement politique
au Népal, au regard de la situation politique actuelle
au Népal, mon expulsion vers ce Pays représente
un risque réel pour mon intégrité physique
et morale, ma vie. Oui je le répète je suis
en danger de mort.
Si aujourd’hui je suis revenue à Lille, c’est
parce que des gens, des militants, des organisations, ont
compris mes difficultés et se sont portés solidaires.
Je remercie encore tous ceux et celles qui se sont manifestés
en solidarité, ici, dans la région où
je suis maintenant, les amis belges qui m’ont aidée
et tous ceux et celles qui en France et ailleurs, partout
dans le monde, me soutiennent et sont solidaires.
Je demande à toutes et tous de continuer à le
faire."
Shova
GAJUREL le 30 septembre 2009 |
| Népal
La
victoire des Maos à Katmandou, sur cette partie du
"toit du monde" himalayen, entre Chine,
Inde, et Tibet, qui constitue un des plus grands réservoirs
d'eau, glacé et stratégique, de toute la planète,
vient rafraîchir et rénover le débat sur
"révolution et démocratie" |
Népal
2008, une avancée révolutionnaire prometteuse
Samir Amin |
Une armée de libération qui soutient
une révolte généralisée
de la paysannerie, parvient aux portes de la capitale
dont le peuple se soulève à son tour,
chasse le gouvernement royal en place, accueille
en libérateur le Parti Communiste (maoïste),
dont l'efficacité de la stratégie révolutionnaire
n’est plus à démontrer.
1.Une authentique avancée révolutionnaire
Il s’agit là de l’avancée
révolutionnaire victorieuse la plus radicale
de notre époque, et, à ce titre, la plus
prometteuse. On imagine – pour la comparaison
– les FARC de Colombie parvenus à mobiliser
l’ensemble de la paysannerie du pays (...), articulant
leur victoire à un soulèvement populaire
urbain chassant Uribe de Bogota (...), permettant ainsi,
aux FARC de diriger le nouveau gouvernement révolutionnaire
!
Cette victoire au Népal a créé
les conditions d’un premier succès,
celui d’une révolution nationale, populaire
et démocratique, qualifiée de révolution
antiféodale/anti-impérialiste par le PC
(maoïste) lui-même.
En effet la révolte
urbaine généralisée, associant
classes populaires et classes moyennes,
a contraint tous les partis politiques de la place à
se proclamer à leur tour «
révolutionnaires/républicains ».
Ce à quoi ils n’avaient jamais pensé
quelques semaines encore avant la victoire des
Maos, ayant fait l’option du «
combat pacifique », de la voie «
réformiste » et investi leurs
espoirs dans des « élections ».L’autre
parti communiste – l’Union des Communistes
marxistes léninistes – avait lui-même
rejoint le camp des réformistes et dénoncé
« l’aventurisme » des Maos.
Le Parti communiste (maoïste) a choisi
délibérément de passer un accord
de compromis avec les partis en question (le
Congrès du Népal, l’UCML et d’autres),
estimant qu’ils avaient regagné par leur
ralliement à la révolution un minimum
de légitimité qui ne pouvait être
contestée dans la foulée.
Un compromis – qualifié «
d’accord de paix » par les
instances de l’ONU (...) –
qui a transféré à une Assemblée
Constituante le soin de rédiger la nouvelle
constitution républicaine démocratique
et populaire.
Ces élections, pluri partistes, ont
donné aux Maos la première place dans
la constitution de la coalition victorieuse
(confiant ainsi la responsabilité de la primature
à leur dirigeant «
Prachanda »).
A l’Assemblée siègent pour
la première fois dans l’histoire du pays
et de toute la région du sous continent indien
d’authentiques élus du peuple, paysans
pauvres, travailleurs de l’informel urbain, femmes
du peuple.
2.Cinq défis majeurs pour l’avenir
L’accord de compromis ne règle pas les
problèmes à venir, au contraire il en
révèle toute l’ampleur. Les défis
auxquels les forces populaires révolutionnaires
sont désormais confrontées sont gigantesques.
Nous les examinerons dans les cinq rubriques qui suivent.
(i) La réforme agraire
Le soulèvement paysan a été le
produit de l’analyse correcte de la question agraire
faite par les Maos et des conclusions stratégiques,
également correctes, qu’ils en ont tiré
: la grande majorité de la paysannerie, constituée
de sans terre (souvent Dalits dans
certaines régions du pays), de fermiers/métayers
sur-exploités, de minifundiaires pauvres, pouvait
être organisée dans un front uni
et passer à la lutte armée, à l’occupation
des terres (y compris en donnant aux Dalits l’accès
à celle-ci, refusé par le système
des castes en Inde), à la réduction des
rentes foncières payées aux propriétaires
etc.
Le soulèvement s’est, pour ces raisons,
progressivement généralisé à
travers le pays, et son armée, organisée
par les maos, a infligé des défaites à
l’armée de l’Etat. Mais il est vrai
qu’au moment où la révolte dans
la capitale ouvrait ses portes au Parti Communiste (maoïste),
l’armée populaire n’était
pas (ou pas encore) parvenu à désintégrer
celle de l’Etat, fortement soutenue et équipée
par le gouvernement de Delhi et les puissances
impérialistes.
Dans le moment actuel de « compromis » deux
lignes sont avancées par forces politiques associées
et représentées dans l’Assemblée
:
- La ligne défendue par les Maos,
celle d’une réforme agraire révolutionnaire
radicale, garantissant l’accès
au sol (et aux moyens nécessaires pour en vivre)
à toute la paysannerie pauvre
(la grande majorité), sans néanmoins
toucher aux propriétés des paysans riches.
- La ligne, imprécise, défendue par d’autres
partis (en particulier le Congrés), d’une
réforme « modérée »,
exigeant de surcroit, avant que la loi n’en détermine
les contours, le retour de l’ordre ancien dans
les régions libérées par la révolte
paysanne.
(ii)L’avenir des forces armées
Les deux forces armées coexistent dans le moment
actuel. Une coexistence qui ne saurait évidemment
être perpétuée indéfiniment.
- Le Parti Communiste (mao) suggère leur
fusion
- Ses adversaires craignent (ils le reconnaissent publiquement)
que celle-ci conduirait les soldats de l’Armée
de l’Etat à être « gangrenés
» par l’idéologie mao ! mais ils
ne proposent rien, et n’osent pas exiger la dissolution
de l’Armée populaire.
(iii)Démocratie bourgeoise ou démocratie
populaire ?
La question est majeure et anime tous les débats
à l’Assemblée Constituante, dans
les partis politiques, dans les organisations populaires
de paysans, de femmes, d’étudiants, dans
les syndicats et les associations diverses dans lesquelles
se retrouvent principalement les couches politisées
des classes moyennes.
Il y a dans la société des défenseurs
de la formule conventionnelle de la démocratie,
réduite au pluripartisme, aux élections,
à la séparation formelle des pouvoirs
(entre autre à l’indépendance du
judiciaire), à la proclamation des droits humains
et politiques fondamentaux.
Telle est d’ailleurs la formule générale
dans laquelle l’idéologie dominante
à l’échelle mondiale, relayée
par les médias majeurs (entre autre eux des pays
occidentaux) tente d’enfermer le débat.
Les maos font observer que les droits fondamentaux sur
lesquels repose la « démocratie »
proposée placent le respect de la propriété
privée au sommet de la hiérarchie des
droits dits humains. En contrepoint les Maos
défendent la priorité des droits sociaux
sans la mise en œuvre effective desquels aucun
progrès social n’est possible : droit
à la vie, à l’alimentation, au logement,
au travail, à l’éducation, à
la santé.
La propriété privée n’est
pas « sacrée », son respect trouve
sa limite dans les exigences de la mise en œuvre
des droits sociaux.
Autrement dit les uns défendent le concept
de démocratie dissociée des questions
du progrès social (le concept bourgeois et dominant
dit de « démocratie »), les autres
celui de la démocratie associée au progrès
social.
Le débat – au Népal – n’est
pas confus, mais il est souvent polémique. Les
défenseurs de la « démocratie à
l’occidentale » comptent dans leurs rangs
d’authentiques réactionnaires, qui, hier
encore, ne protestaient guère contre l’autocratie
royale, ou se contentaient de protestations mineures,
souhaitant être associés davantage à
celle-ci. Mais ils comptent dans leurs rangs également
des démocrates sans doute sincères mais
peu sensibles aux misères réelles dont
souffrent les classes populaires. Les ONG de «
défense des droits démocratiques »,
mobilisées en masse dans ce cadre, largement
soutenues par l’extérieur, plaident la
cause « modérée » comme elles
le peuvent. Les unes se contentent de dire que la démocratie
conventionnelle et limitée vaut mieux que rien,
comme si davantage était impossible.
Les autres dressent un procès d’intention
aux Maos, « communistes invétérés
», « staliniens », « totalitaires
», imitateurs du modèle d’autocratie
chinoise etc.
Les Maos ne se défendent pas mal, face à
ces attaques pernicieuses. Ils rappellent qu’ils
ne récusent pas la propriété privée
paysanne, artisanale et même capitaliste, nationale
ou étrangère.
Sans pour autant s’interdire la nationalisation
si l’intérêt national l’exige
(interdisant aux banques étrangères
d’imposer l’intégration du pays au
marché financier globalisé).
Ils ne remettent en question que la propriété
foncière « féodale », dont
les bénéficiaires avaient été
les clients des rois successifs, autorisés à
déposséder les communautés paysannes.
Ils ne récusent pas d’avantages les droits
personnels et l’indépendance de la justice
chargée d’en garantir le respect. Ils ajoutent
à ce programme, sans le réduire,
en invitant l’Assemblée Constituante à
formuler non seulement les grands principes des droits
sociaux, mais encore les formes institutionnelles nécessaires
à leur mise en œuvre.
La démocratie populaire qu’ils
définissent de cette manière reste, bien
entendu, à inventer progressivement,
par le moyen de l’intervention à la fois
des classes populaires s’organisant par
elles mêmes et de l’Etat.
Evidemment il n’existe pas de « garantie
» protégeant l’avenir de risques
de dérapage. Soit dans le sens d’une autocratie
du pouvoir de l’Etat. Soit dans celui non moins
réel, d’un alignement opportuniste sur
ce qui paraît être le « possible »
dans l’immédiat, acceptant par là
même le ralliement des Maos à la ligne
« modérée » de leurs concurrents.
Mais de quel droit condamner à l’avance
l’expérience, quand on sait que
les questions soulevées ici sont l’objet
de débats sérieux au sein du parti ? Et
que la pluralité des opinions y est admise ?
Ces analyses et les stratégies de poursuite des
luttes vont au-delà de celles qui ont été
formulées à l’époque de Bandoung
à partir de 1955. A l’époque
les régimes issus des luttes de libération
nationale d’Asie et d’Afrique, légitimes
et populaires de ce fait, étaient d’une
nature généralement « populiste
» qui se reconnaissait dans les pratiques de l’Etat
(souvent confondu avec son héro charismatique)
et du parti (fabriqué par en haut dans certains
cas, toujours peu démocratique dans sa pratique
même lorsqu’il héritait des mobilisations
populaires associées aux luttes de libération)
dans leurs relations au « peuple »
(substitut vague de l’alliance de classes populaires
identifiées).
L’idéologie sur laquelle reposait la légitimité
du pouvoir ne faisait pas référence au
marxisme, elle avait été fabriqué
de brics et de brocs, associant une lecture du passé
largement réinventé et présenté
comme essentiellement « progressiste » (par
les formes prétendues démocratiques de
l’exercice des pouvoirs dans les communautés
anciennes, par des interprétations religieuses
de même nature) et des mythes nationalistes fondateurs,
à un pragmatisme peu critique en ce qui
concerne les exigences de la modernisation technologique
et administrative.
Le « socialisme »
par lequel les régimes de Bandoung s’auto
qualifiaient demeurait vague à l’extrême,
difficile à distinguer de l’étatisme
populiste redistributeur et garant de la « justice
sociale ».
Doit-on signaler la permanence
de beaucoup de ces caractères dans les avancées
récentes de l’Amérique latine qui
n’avait pas eu la chance de connaître l’expérience
de Bandoung, et risque de ce fait d’en reproduire
les limites ?
Les Maos du Népal ont
développé une toute autre vision de la
question du socialisme. Ils s’abstiennent
de réduire la « construction du socialisme
» à la réalisation même de
l’ensemble de leur programme actuel maximal (réforme
agraire radicale, Armée du peuple, démocratie
populaire). Ils qualifient ce programme de « national
populaire démocratique », ouvrant
la voie (mais pas plus) à la longue transition
(séculaire) au socialisme. Ils n’utilisent
pas l’expression de « socialisme du XXIe
siècle ».
(iv)La question du fédéralisme
La géographie physique et humaine des vallées
de l’Himalaya s’exprime par l’extrême
diversité des communautés paysannes du
Népal. Il ne s’agit pas de deux, trois
ou quatre « ethnies », mais d’une
centaine dit-on de communautés, parentes certes
par la langue (népali ou tibétain) et
la religion (hindouiste ou bouddhiste), mais néanmoins
fières de leur particularité. Les peuples
de ces communautés aspirent à récupérer
l’usage de leurs terres, expropriées par
les clientèles des généraux conquérants
au service des rois, à la reconnaissance de leur
dignité et à l’égalité
de traitement. Mais ils ne nourrissent aucune aspiration
à la sécession.
La formule de la République Fédérale,
prônée par les maoïstes,
peut certainement répondre aux demandes des
peuples népalais. Elle n’en comporte pas
moins le danger d’être mobilisée
par les adversaires du pouvoir central, le cas échéant.
(v)La question de l’indépendance
économique du pays
Le Népal est classé par les Nations Unies
dans la catégorie des « pays moins développés
». L’administration « moderne »
de l’Etat et des services sociaux, les travaux
d’infrastructure dépendent de ce
fait de l’aide extérieure. Le
gouvernement en place est conscient semble-t-il de la
nécessité de se libérer
de cette dépendance extrême. Mais
il sait que celle-ci ne peut être que
graduelle.
La souveraineté
alimentaire ne constitue pas au Népal
le problème majeur, bien que l’autosuffisance
dans ce domaine soit associée à des rations
alimentaires souvent déplorables. L’organisation
de réseaux de commercialisation plus efficaces
et moins coûteux pour les producteurs paysans
et les consommateurs urbains fait par contre problème,
car elle met en jeu les intérêts des intermédiaires.
Celle de la petite production mi artisanale, mi industrielle
capable de réduire la dépendance des importations
exigera des efforts difficiles et du temps pour donner
des résultats convenables.
Le discours maoïste sur un modèle
de développement « inclusif » («
inclusive » en anglais), c'est-à-dire bénéficiant
directement et à chacune des étapes de
son déploiement aux classes populaires, par opposition
au modèle « indien » de croissance
associée à un modèle social «
excluant » (« exclusive ») c'est-à-dire
ne bénéficiant qu’à 20% de
la population, et condamnant les autres – 80%
- à la stagnation quand cela n’est pas
la paupérisation, témoigne d’une
option de principe qu’on ne peut
que soutenir. Sa traduction en programmes
de mise en œuvre effectifs reste à être
formulée.
3.Qui l’emportera ?
Le Népal révolutionnaire se heurte à
l’hostilité féroce de son voisin
majeur, l’Inde, dont la classe dirigeante craint
les effets de contagion. La révolte
endémique des Naxalites
indiens (maoistes actifs
en permanence depuis la révolte paysanne
de Naxalbari, dans les années 1960,
dans une région du nord-est de l'Inde
peu éloignée du Népal,
contrôlant des zones de guerilla devenues "zones
libérées" d'une superficie comparable
à celle de la France - NDLR/LMR)pourrait,
en s’inspirant des leçons des victoires
remportées au Népal, remettre sérieusement
en cause la stabilité des modes d’exploitation
et d’oppression en vigueur dans le sous continent
indien.
Cette hostilité ne doit pas être sous estimée.
Elle constitue l’une des raisons du rapprochement
militaire entre l’Inde et les Etats Unis.
Elle mobilise des moyens matériels politiques
considérables. Elle finance entre autre la constitution
d’une « alternative »
hindouiste politique, sur le modèle du BJP indien,
l’analogue de l’Islam politique du Pakistan
et ailleurs ou du Bouddhisme politique du Dalai Lama
et d’autres.
Le soutien des Etats Unis et autres puissances occidentales
– la Grande Bretagne en particulier – s’articule
sur ces projets réactionnaires.
La cristallisation d’un hindouisme politique
népalais puissant aurait ses
chances si les réalisations – même
modestes – du nouveau Népal venaient à
piétiner trop longtemps.
L’intervention extérieure pourrait alors
également mobiliser les réactionnaires
népalais et susciter même des mouvements
« sécessionnistes ».
L’utilisation de l’aide extérieure,
toujours conditionnelle même si on ne l’avoue
pas, et les discours démagogiques concernant
les "droits de l’homme » et la démocratie,
que les réseaux d’ONG alimentent, trouvent
leur place dans cette stratégie de l’ennemi.
Le compromis en vigueur retarde la mise en œuvre
du programme de réformes radicales qui sont à
l’origine de la popularité des maos. Il
encourage certaines tendances - dans les rangs de la
direction politique elle-même – à
vouloir s’en tenir à ce que ce compromis
permet, préparant ainsi le terrain à la
contre offensive de la réaction.
Mais il n’y a pas lieu de désespérer.
Les Maos répètent publiquement que les
classes populaires ont le droit de rester mobilisées
et de poursuivre leur combat pour la réalisation
de leur programme, quels que soient les résultats
des délibérations de l’Assemblée
Constituante.
Les Maos ne sont pas tombés dans le piège
de l’électoralisme. Ils distinguent soigneusement
ce qu’ils appellent leur base sociale
(...), constituée de la majorité (les
paysans pauvres, les travailleurs urbains des classes
populaires, les étudiants et les jeunes, les
femmes, les segments patriotes et démocratiques
des classes moyennes) de leur base électorale
(...) qui, comme toutes les bases électorales
reste volatile.
Construire cette base sociale populaire dans
un bloc social organisé dominant, alternatif
au bloc féodal – compradore du pouvoir
renversé, constitue l’objectif
du combat de longue haleine du Parti Communiste (maoïste).
Source:http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-12-09%2016:37:22&log=invites |
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Politique
du peuple: souverain...
"La G.P., ce n'est pas "la violence".
Nous ne sommes pas "des casseurs".
Même si une presse déjà couchée,
et de graves intellectuels, déjà séniles
(l'âge n'y est pour rien, ça se reproduit bien,
et il en reste...), nous en font doctement le reproche..."Terroristes!"
"Fascistes rouges!" "Hitléro-maoistes!"
(...)
La G.P., c'est la Politique.
Pas celle des rituels électoraux, et de la danse du
ventre tiédasse d' "élus de la République",
sélectionnés sur de stricts critères
de classe excluant, en général, les "fils
du peuple", à l' issue de cérémonies
"démocratiques", autour d'urnes plus
ou moins truquées par des partis plus ou moins pourris
- mais toujours, y compris pour les plus "révolutionnaires",
financés par l'Etat...
Non. La politique au sens d'action
politique.
Démocratie active, démocratie en actes,
et action, donc, directe, de préférence - et,
aggravons encore les choses - "au service du peuple".
Mais d'un peuple conscient de lui-même, donc de sa force,
et réellement acteur de son destin.
Acteur, au sens d'"acte", et pas de comédie,
de simulacre...
Ce "peuple" les "Maos" le
savent bien - ayant lu, pour les fondateurs en tout cas, issus
des Temples les plus sacrés de la culture classique
- le Platon de la "Cité", le Rousseau
du "Contrat Social", dans leur droit fil,
Lénine, et Mao, que, s'il ne veut pas être, ou
rester, "populace" , mais exercer pleinement
sa fonction de "souverain" ( de "superanus",
celui qu'aucun pouvoir ne domine: Rousseau désigne
le peuple comme "Le Souverain"...), une
condition est à remplir. Une action délibérée,
en cela, précisément, révolutionnaire
doit l' '"instituer" en peuple (Rousseau,
encore)...Ce n'est pas donné d'avance.
Et c'est tout le temps à faire, et à refaire.
Car ce "peuple", dont la politique
des tréteaux, devenue télé-ralité,
se gargarise, autant que dans les faits elle le dénie,
n'est pas une donnée abstraite, figée, immuable.
C'est une réalité complexe, mouvante, vivante,
et donc mortelle - car tout ce qui vit meurt, ou peut mourir...
"Le Souverain", entité noble, par excellence,
est sujet, donc, à des facteurs permanents de régression,
de division, de dissolution...
Il court toujours le risque de se décomposant en une
apathique et difforme "multitude" d'individus
atomisés, solitaires, égoïstes - indignes
du mot "peuple" qui fonde leurs droits...
Contre ces tendances lourdes, cancer de la société,
de la politique, de la démocratie, de l'Histoire, nous
nous voulons les outils d'une action forte, directe, profonde,
quasi physique, quasi charnelle - "au sein du peuple"...
Ainsi, unie, mettant en œuvre la force dont elle
a pris conscience, autant que de ses "droits",
la vaste communauté humaine, forgée par
une histoire longue soudant couches et classes d'une société
diverse contre un danger commun, qui peut être un ennemi,
intérieur, ou extérieur, devient ou redevient
- Retour à l'origine: Révolution! - une réalité
historique, dynamique...
Pareille Résurrection, pareille Renaissance, requiert
un travail de titan.
Il exige l'ambition d'une révolution touchant au plus
profond de la "nature humaine". Jean-Jacques
l' a vu et dit le premier, source où s'abreuve le
"Président Mao" de la "Grande
Révolution Culturelle Prolétarienne", cet
exotisme "barbare" issu du cerveau - français
- de l'amoureux de Genève la paisible..."Au
service du peuple", donc, mais d'un peuple réel,
concret, fait de gens bien réels...
"Petites gens", comme on ose encore penser,
mais plus dire..."Gens de peu"...Peuple
d'ouvriers d'abord, et d'ouvriers de la grande industrie dont
la "valeur travail" est source
de l'essentielle richesse - et la cohésion, concentrée,
l'essentiel de la puissance...A commencer par ceux dont, à
l'époque, on parle peu, et dont le travail est (presque)
la seule patrie, les travailleurs immigrés...
Ces années-là, ils sont, pour la plupart, de
jeunes étrangers venus pour à peine cinq années,
appâtés par des "marchands d'hommes"
qui en font la sélection - muscles tâtés
au doigt, comme les esclaves d'antan, ou le bétail...
Ce sont des maquignons grassement rétribués
par les grosses firmes de l'automobile, du bâtiment
et des Travaux Publics (B.T.P.), qui vont les recruter à
grands frais jusqu'au fin fond du bled pour venir construire,
à prix mini-mini, nos autoroutes, nos voies ferrées,
"gratter" dans la chimie, ou la sidérurgie...
Ils sont alors presque entièrement sans droits autres
que celui de marner, de trimer, de subir la corvée,
l'humiliation, de baisser la tête, et de se taire...
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La "GP"
frappe, casse, ou brûle,
et de bon cœur.
Mais elle n'est pas "anar".
La «violence symbolique » de nos initiatives
"politico-militaires" s'inscrit dans cette
dynamique d'une libération de la parole, collective
- de la parole-action d'une frange grandissante de la communauté
française, où ce Verbe fait Source.
A l'origine au moins, nos "opérations ponctuelles
à haut risque" font l’objet d’une
évaluation soigneuse, au préalable.
Les cibles sont minutieusement choisies.
La G.P. frappe, casse, ou brûle, et de bon cœur:
mais elle est mao, d'un communiste prolétarien dont
"les couleurs sont nettes" et l'oriflamme,
rouge - pas du noir nihiliste de l'anarchie.
Nous avons tiré de sévères leçons
des barbaries criminelles du "gauchisme", "anar"
autant que trotskiste, pendant la guerre civile espagnole.
Les pilleurs d'églises devenus violeurs de nonnes
y devinrent les complices "objectifs" des
assassins de la République.
La voie qu'ils tracèrent par ces horreurs stupides
n'allait pas "à l'assaut du ciel",
mais vers un Enfer de haines croisées, réciproques,
mères d'un mortel isolement politique, de la division
du peuple des profondeurs, donc de la déroute dans
d'effroyables massacres - le mouvement prolétarien
organisé ayant tardé à mettre au pas
ces provocateurs, traîtres inconscients, mais traîtres...
Mêmes causes, mêmes effets pour l'écrasement
de La Commune.
Nous sommes donc pour l'ordre: mais pour un "ordre
juste".
Qui remette le monde à l'endroit, puisqu'il est
à l'envers...
Un des anciens chants de guerre de la plus pure tradition
"rouge", ouvrière, reniée par
les "révisionnistes", ignares,
et autres "négationnistes" de
l'Histoire, "La Jeune Garde". propose
de bâtir, sur les "ruines" de l'ordre
ancien, "le communisme, ordre nouveau".
La préparation des "coups" de
notre politique musclée, poussée jusqu'aux
plus infimes détails pratiques, est avant tout politique.
Les "actions" s'insèrent le
plus souvent possible dans des "campagnes":
concentration des énergies autour d'axes thématiques,
dans la durée. Leurs idées fortes ne tombent
pas du ciel.
Une initiative d'envergure ne naît qu' au terme d'une
phase d' "enquête". - "Qui
n'a pas fait d'enquête n'a pas droit à la parole"
(Mao).
Cette première étape est suivie par une autre,
de "préparation des esprits", "au
sein des masses" - au porte à porte, dans
les grandes cités populaires, sur les marchés
de banlieue, à l'intérieur des ateliers d'O.S.
(ouvriers spécialisés, surexploités);
dans les foyers des "marchands de sommeil",
exploitant les immigrés; et dans les bidonvilles.
Les "nouveaux partisans" d'une "Nouvelle
Résistance Populaire", se référant
explicitement à celles des années sombres,
n'y vont, certes, pas de main morte...Ils évitent,
toutefois l’usage d’armes à feu, et la
mort d’hommes...Du moins ce recours à l'acte
ultime - donner la mort - n'apparaît-il, de façon
ponctuelle, que dans la phase de reconstruction "post-GP"
d'après 1973, dans une de ces circonstances extrêmes
où la situation interdit tout faux-fuyant (lire
pages suivantes).
Attention: nous ne nous voulons ni des "Robins
des Bois", ni des "vengeurs masqués
". Même si rien ne nous interdit, si les
circonstances l'exigent, le port de foulards masquant le
bas du visage, de cagoules ou même perruques - voire
casque intégral de motard...
Malgré toute l'admiration que nous inspire la haute
figure - christique - du "Che", nous
rejetons le "guevarisme", et autres "théorie
du foco" (du "foyer de subversion"
parachuté ici ou là dans l'espoir de
"soulever les masses" - si ça marche...).
Conçues, réfléchies et analysées
minutieusement dans les « Cahiers de la Gauche
Prolétariennes » (une revue théorique
assez fouillée), nos « coups »
de franc-tireurs ont pour vocation de mettre en route l'action
des gens eux-mêmes, premiers concernés par
leurs propres intérêts vitaux, meilleurs
"experts" de la façon de les défendre...
L'erreur - il s'en produit...- serait de faire
"à la place de..."; de « se substituer
» à l’action « des masses elles-mêmes
», partout où le "potentiel de
la situation" (le "shi") la rend imaginable.
Dans le principe, l'intégralité de notre activité
militante n'a pour utilité, pour fonction, que de
la « préparer », de la rendre
possible.
Les "actions de partisans" s'inscrivent
donc dans une stratégie de "révolution
des esprits" - "révolution idéologique",
condition de toute révolution effective, humaine,
matérielle...
"Action" au sens le plus "actif",
ou simple feuille de tract, la politique, au sens où
la G.P. l'entend, n'a de sens que pour stimuler, libérer,
orienter, concentrer, le sens de la révolte, toujours
présent, mais parfois en sommeil, "au sein
du peuple" - cette Belle au Bois Dormant assoupie
dans l'attente du baiser du Prince...
Toute initiative, quelle qu'elle soit, surtout si sa forme
comporte une part de violence, doit répondre à
des objectifs déterminés, précis: quand
aucune méthode de lutte plus largement collective
ne semble possible; et qu'il y a le feu...
Il s'agit d'électriser les imaginations, pour faire
progresser des idées, déjà présentes;
lever des inhibitions; dissoudre des peurs...
Ainsi seront créées "les conditions"
de « l’initiative la plus large des
masses », de leur "action directe",
populaire: des débrayages d'ateliers aux grèves
parties de la base, et surtout aux séquestrations
de cadres, de P-dg, de maires ou de députés
corrompus, voire de ministres: expériences in vivo,
et promesses déjà en acte d'une bascule de
pouvoir...
Ne sont nullement exclues de simples manifestations de rue,
mais des vraies: expression d'une colère "à
force ouverte", musclées et combatives,
elles doivent rompre radicalement avec le pacifisme plan-plan
des défilés de la politique légale,
fût-elle celle des "révolutionnaires"...
institutionnels, genre Ligue Communiste (aujourd'hui
Rrrrévolutionnaire, LCRrrrr...)
Alors pourront éclore de plus puissants mouvements,
larges autant qu' offensifs, et visant de bons objectifs,
de bonnes cibles...Accumulant les énergies formidables
de la "ressource humaine", ils seront
le tremplin de véritables « soulèvements
populaires ».
Ceux-ci constituent notre premier objectif.
Clôturant une phase, ils seront, prévoyons-nous
sans ciller, « inévitablement réprimés
dans le sang » par le « capitalisme
d’Etat » - qui n'a rien de "libéral",
ni économiquement, ni sur le plan des libertés...
Sonnera alors - mais alors seulement, et donc,
bien préparée, « l’heure
de la lutte armée » en tant que telle.
"Le pouvoir est au bout du fusil" (Mao):
mais d'un fusil tenu par des mains fermes,
dans les couches fondamentales d'un peuple d'ouvriers, de
paysans, de travailleurs manuels autant qu'intellectuels,
porteurs d'une stratégie de lutte bien réfléchie,
sur le long terme - et donc organisés de façon
adaptée.
Pour éviter l'échec, catastrophique, de soulèvements
de colère soudains, imprévus et aveugles,
et leur écrasement dans des flots de sang, la lutte
armée devra, donc, avoir été calmement
et méthodiquement préparée, amorcée,
et, dans le fond, "canalisée", suffisamment
à l’avance…
Elle est elle-même appelée à se
« développer par étapes » -
selon le principe maoiste de la « mobilisation
des masses » - y compris dans l’action
militaire elle-même!
Le moment venu, la « guerilla » ne
doit pas rester l'apanage de petits groupes, même
bien fondus dans la population...
Comme le montre de façon éclatante, l'exemple
victorieux du Vietnam - après celui de la Chine,
voisine - la force militaire révolutionnaire repose
sur l'action de guerre minutieusement organisée de
tout une communauté humaine, en armes,soudée
par un même idéal de libération - et
concentrée sur des objectifs de lutte démocratiquement
définis, précis et concrets.
De la G.P.P. à la G.P. :
vers la guerre populaire prolongéeau sein des métropoles
C’est la "théorie de la GPP",
la "Guerre Populaire Prolongée".
Elle a vu le jour dans vastes étendues du «
grand sud », de la Chine au Vietnam, surtout,
donc, et du Maghreb, à l'Afrique Noire d'Amilcar
Cabral, Agostino Neto ou Nelson Mandela, au sein de vastes
territoires riches en montagnes, en déserts secs
ou mous, en marécages, en jungles et en forêts
impénétrables, peuplés essentiellement
de paysans...
C'est là que cette méthode a fait ses preuves,
et conquis ses lettres de noblesse - au prix d'effroyables
sacrifices et d'innombrables massacres...
D'autres expériences, encore embryonnaires, lui avaient
frayé le chemin. Comme la "guerre des paysans"
dans ce qui allait devenir l'Allemagne, analysée
par Marx, ou la guerilla ibérique contre l'envahisseur
venu du nord, et se présentant, comme il se doit,
comme un libérateur, le français d'origine
corse Napoléon Bonaparte...
Exemple plus actuel, digne des plus grands éloges,
l'impitoyable "guerre de partisans" soviétiques,
derrière les lignes allemandes, avec ses froids
"tireurs d'élite" - mental "Cobra
glacial" - les "snipers", planqués
au sein des ruines urbaines ou juchés acrobatiquement
sur les hauteurs givrées dominant Stalingrad.
Comme l'a raconté dans un livre l'un de leurs
chefs de guerre, Pavel Soudoplatov, qui avait fait ses preuves
en organisant scrupuleusement l'exécution du louche
Trostky, dans sa tanière mexicaine, ce sont ces francs-tireurs
insensibles au froid du grand hiver russe, comme à
la peur, glaçante, qui ont brisé les reins
des hordes hitlériennes, plus encore que les fantassins
de l'Armée Rouge, dans les tranchées, et que
l'artillerie lourde ou les "orgues...de Staline"...
Une guerre de cent ans...
Initiant, sans crainte d'aucun tabou - une "rupture",
nous envisageons d'adapter, désormais, la "théorie
de la gpp" aux « métropoles impérialistes
du nord », notre terrain de chasse. Et d'abord
à la France, notre pays.
Le tout, dans une vision - dont on peut faire l'examen critique...-
à très long terme.
Notre horizon se chiffre en dizaines d'années...
"L'époque dans laquelle nous entrons,
et qui s'étendra sur une cinquantaine, voire une
centaine d'années - écrit, en
1969, année du départ en fusée de la
G.P., un des rapports du IXème congrès du
Parti Communiste Chinois, le PCC- sera une
grande époque. Elle verra un changement radical du
système social à l'échelle mondiale.Elle
sera l'époque de grands bouleversements, époque
sans pareille dans l'histoire...
A une telle époque, nous devons être prêts
à entamer des luttes grandioses, qui, à bien
des égards, différeront des formes de lutte
qui avaient eu lieu dans le passé..."
Influencés, mais influencés, seulement
- hier, comme aujourd'hui - par le souffle explosif de la
"bombe atomique spirituelle" que constitue
l'immense révolution chinoise, dans son altérité
même, et son altérité radicale, obscure,
par nature, aux intellects desséchés d'un
pseudo-Occident oublieux de lui-même, nous excluons
toute analyse fondée sur l' imminence d'un "Grand
Soir" rouge, soudain et révolutionnaire
- attendu comme l'arrivée du Messie, du Mahdi...
L'expérience l'a montré: l'espérance
passive de ce "Grand Soir", si lointainement
évasif qu'il en devient fictif, nourrit, dans l'inertie
d'un à-venir qui ne vient pas, la pire des inerties
pratiques, la démobilisation opportuniste, électoraliste,
légaliste, pacifiste de la "révolution
en chambre", dans le calme paisible des livres...
De cette façon, on n'édifie rien.
On ne construit rien. En tout cas, pas de vraies forces.
"Edifier", c'est combattre. Sans combattre,
ici et maintenant, on organise du vent.
La politique prépare la guerre - parce qu'elle est
guerre, elle-même. C'est elle qui continue la guerre,
par d'autres moyens - tout autant que l'inverse...Qu'il
y ait balles, ou pas balles...
Frères et sœurs de combattants lointains souffrant
sous d'autres cieux - Vietnam, après l'Algérie,
Palestine, avant l'Irak... - les "cadres politico-militaires",
"noyau atomique" où la G.P. se condense,
se cristallise, plus qu'elle ne s'organise, sont presque
tous - destin, laissant peu de place au hasard...- les filles
et les fils de "combattants de la liberté"
d'une guerre qui s'est achevée à l'heure de
leur naissance - et dont l'ombre n'a pas fini de hanter
leurs rêves, ou leurs cauchemars.
"L'esprit guerrier"
Nous sommes les enfants - enfants, charnellement...
- de soldats de la nuit. Qui furent les compagnons de guerre
du catholique et royaliste capitaine de vaisseau Honoré
d'Estienne d'Orves, premier parachuté de Londres
trahi par son premier radio, à Nantes, et mort sous
la torture. Qui reconnurent l'autorité du colonel
Passy, chef du BCRA gaulliste, né Dewavrin, d'un
lignée De Wavre, qui affrontèrent, à
la hallebarde et au poinçon perce-cuirasse, "l'anglois"
venu dévaster les "doulces" prairies
de France, défaire les Armagnacs (les nôtres...)
et bousculer nos "jouvencelles" dans
la plaine grasse de Flandres, à Azincourt (1415).Notre
famille est la leur, comme celle du radical Moulin, du colonel
Fabien, premier "terroriste" communiste,
sur les quais du métro Barbès - après
une période de formation dans les "Brigades
Internationales" de la guerre d'Espagne.Notre cousin
est "le Tito du Limousin rouge", le "préfet
du maquis", l'instit' Georges Guingouin.
Nos frères sont Manouchian de la MOI, les résistants
"rouges" de Lorraine, décapités
par les nazis, doublement héritiers de de la communarde
Louise Michel et de la la bergère de Domrémy
- comme d'improbables mais pourtant bien réels survivants
de l'insurrection du ghetto juif de Varsovie...Et c'est
ailleurs que dans les livres que nous avons acquis l'âpre
goût du combat, du sacrifice, et de la victoire. Et
cet art de surgir, de frapper, de vaincre et de survivre
dont le secret se nomme "l'esprit guerrier"
- selon le vocable toujours utilisé, qu'on sache,
dans les sessions de formation des nageurs de combat, fer
de lance du "service action" de l'armée
française...
L'" esprit guerrier": le "vice"
de la guerre, son "art" inimitable - tout
d'imagination, de sens pratique et de férocité,
intelligente parce que vitale...
Il est fait d'abord de réalisme.
C'est la vertu du véritable chef, du "meneur
d'hommes".
Il se distingue du simple courage, qui fait la valeur
du soldat..."Réfléchir en
stratège, agir en primitif, dit René
Char, qui, s'agissant du concept d' "intellectuel
engagé", de poètes, d' écrivains
ou d'artistes "de combat", sait, lui,
de quoi il parle- contrairement à beaucoup, et des
plus prolixes...
Théorie, et pratique...Notre mouvement se réfère,
explicitement, avec une fascination mêlée,
tout de même, de réflexion, à la
« Grande Révolution Culturelle Prolétarienne
» chinoise ; dans la perspective, donc, d’
une forme « radicalement nouvelle »
de société...Ayant sucé le vieux matérialisme
dialectique aux tétines de son ré-enchantement
asiatique, qui nous ravit, nous formulons explicitement
le projet de construire, ou plus précisément
d'édifier, au-de là de la G.P., forme temporaire
et transitoire, comme la forme-parti elle-même, en
tant que telle, un « Parti communiste de type
nouveau ».
Et cela dans un univers mental qui nous vient de l'Asie
rouge...Asie, avant d'être rouge, elle mêle
aux nôtres ses schèmes. Là, tout est
flux et fluide, même les concepts (s'ils existent
encore dans la même essence...).
C'est de ce monde mental tout autre qu'émerge, perçoivons-nous,
une forme raffinée, supérieure de la pensée
du sage à la barbe fleurie de Trêves: la
"troisiéme étape" du
marxisme.
Le véritable "bond en
avant" qui a rendu possible l'émergence
d'une pensée radicalement nouvelle doit l'essentiel
à un intellectuel-paysan, maître d'école
autant que chef de guerre, militaire atypique et fin lettré,
immense lecteur, poète à ses heures, féru
d'histoire, empreint des traditions philosophiques de l'univers
mental asiatique (Sun Tzu, confucianisme et surtout Taoisme:
la pensée des contradictions fluides, dont le chemin
pave une "voie" (Tao, ou mieux: Dao),
toujours instable et mobile...C'est baignant dans cet univers
culturel, à mille lieues du nôtre, au fil d'une
expérience absolument originale, dans un pays-continent,
au cœur d'un XXème siècle d'immenses
progrès, de guerres libératrices et de révolutions,
défriché par Lénine, que Mao a développé,
donc, sa philosophie propre. C'est celle d'une révolution
chinoise "suivant sa propre voie", et "ininterrompue
par étapes" - jusqu'à nos jours,
où s'accomplit l'intuition du grand Lenine, mort
en dessinant les esquisses d' une "Nouvelle Politique
Economique " (en russe N.E.P.), phase transitoire,
éventuellement longue, de "capitalisme
d'Etat sous dictature du prolétariat"...
Pour en arriver là, il a fallu
que la Chine immémoriale aux mille sortilèges
devienne le lieu de la rénovation d'un marxisme épuisé,
dans le moment d'un Révolution bouleversant tout
l'équilibre du monde.
Et c'est au cœur de l'immense Asie, donc, qu'est allée
au bout d'elle-même une longue marche spirituelle
partie de la Méditerranée hellénisée,
passant des scintillements métis de l'islam andalou
à l'Europe des Lumières, cœur battant
de l'Occident moderne, sa matrice, avant de gagner l'Allemagne
des philosophes, son lieu de naissance, et Trêves,
puis Londres, et Genève, et d'atteindre enfin la
Russie dans un wagon plombé payé par la Grande
Prusse...En Chine, c'est le prolétariat des ports
(Shanghaï), éducateur de celui des mines de
l'intérieur (Anyuan), "cadres prolétariens"
du parti paysan de la "Longue Marche",
devenu parti-armée, qui s'est fait le "passeur"
de toute cette expérience accumulée: le marxisme.
Juste avant qu'il ne fossilise.
La "troisième étape"
de cette anabase intellectuelle et culturelle prend
d'abord la forme - "révolution dans la
révolution" - d'une immense armée
rurale, dirigée par les "rouges",
surgie des profondeurs insondables d'une Histoire multimillénaire.
Contrairement aux élucubrations, méprisantes,
d'un livre américain, récent, fondée
sur les archives secrètes de la Gestapo de Tchang-Kaï-Tchek,
du G.R.U. russe, et sur les souvenirs empreints d'une compréhensible
amertume d'un chef de guerre perdu en politique, Peng Te
Huaï, c'est une pensée qui est là. Pensée,
donc, nourrie par le limon fertile d'une sagesse collective
lentement assimilée, au fil des siècles de
famines, de monstrueuses jacqueries, et de guerres intestines,
ponctués d'effondrements interminables et de renaissance
en sursauts, superbes, par vagues...Pensée toute
imbibée d'un monde mental à la mesure d'un
pays-continent baigné de plusieurs mers, où
tout est eau, fleuves sans fin, deltas, canaux, rizières
et marécages...Au point qu'entre eau et terre, la
limite n'a jamais le caractère découpé,
frontalier, net, qui, dans la Grèce des Îles,
fonde le tranchant stable d'une logique binaire, et de sa
rigide dialectique: roc ici, mer là; soleil ou ombre
noire; nuit et jour; Bien et Mal; Être et Néant;
Dieu ou Diable; et finalement in-dividu, atome insécable,
à part, isolable, ce mythe pervers et délicieux,
notre boulet...
La Chine s'oriente autrement, elle pense
d'une façon bien différente de la Grèce,
et, au-delà, de l'Occident, y compris dans son avatar
récent, le marxisme-léninisme occidental,
celui de l'européen Lénine...
Aux sources, donc, subliminales, du maoisme, une dialectique
plus fine, plus fondante, parce que plus instable, et presque
liquide, où tout ne fait sens que dans un moment,
dans un contexte, dans un ensemble, dans une perspective,
et seulement, non dans ce cadre - pas de "cadre"
- mais dans cette limite...
Comme dans le mouvement de la marche, où, pour paraphraser
Mao, encore, c'est le déséquilibre, la règle,
et l'équilibre un moment fugitif d'exception, tout
y est, au divers sens du terme, "vague"...
Zhou Enlaï:
"le poignard de Wu Hao"
Dans pareille perspective, la réponse
à la question qui n'a pas été posée,
et n'aura pas à l'être, est rarement OUI, ou
NON - mais dans l'oblique, dans le glissant, en "surf",
en dynamique - évitant l'aporie, le blocage,
les impasses...
Logique de la spirale; esthétique du nuage, ou mieux
des nuées, du flou, du dégradé par
insensibles paliers, des tons toujours pastel - et même
gastronomie du fade...
François Jullien, qui s'efforce de penser, aujourd'hui,
la Chine dans son "écart" avec notre
"conception du monde", celle de tout l'Occident
(dont le "marxisme-léninisme"...)
nous ouvre, avec le recul, des pistes de compréhension
nouvelles au sein de ces labyrinthes - même s'il s'est
à ce jour arrêté en deçà
d'un Mao aux textes engendrés en zone de contact
entre deux électricités différentes,
celle de l'Orient et celle de l'Occident, par le biais du
"marxisme"...Pensée de Mao, "pensée-mao-tse-toung",
pensée de la Chine la plus ombreuse, la plus profonde,
devenue la modernité même, catalysée
dans la sphère d'énergie d'un être hors
du commun: paysan-maître d'école, guerrier-poète
autant que guerrier-philosophe, qui n'a laissé, qu'on
sache, que les notes prises par le tortueux Chen Bo Da au
cours de conférences bottées d'officiers "prolétariens"
entre deux batailles, de militants ouvriers ou paysans,
de cadres du parti - sans prendre le temps d'écrire
ce qu'on nomme, ici, un livre...
Mao, un non-penseur, donc, au sens où les civilisations
pourrissantes au stade d'Alzheimer prétendent nous
faire entendre, dans un dernier spasme dictatorial, pathétique,
le mot pensée...
Maoisme: OVNI ou mieux OPNI (Objet Pensant Non Identifié),
par oukaze ou par nature im-pensable, issu - c'est bien
la preuve... - d'un peuple d'agriculteurs patients et minutieux,
durs au mal, et fécondé par des intellectuels
d'Etat, politiques dans l'âme - les mandarins, à
cent mille lieues de nos misérables "télé-intellos",
clochards paillettés de la culture, survivotant aux
marges...
L'expression la plus achevée de ces mandarins merveilleux,
élevant leur sens de l'Histoire et de l'Etat jusqu'au
statut bien entendu contradictoire de grands mandarins rouges
se nomme Zhou Enlaï, le "Wu Hao"
au fin poignard des réseaux clandestins de Shanghaï,
numéro-deux-presque-numéro-un de cette étonnante
et subtile aventure, fondateur de la terrifiante police
secrète du Parti archi-clandestin du temps des trahisons
sous la torture, grand-maître des secrets, presque-invisible,
au poignard nocturne précis comme un scalpel, psychanalyste
armé des âmes perdues, retenues pour de derniers
instants, effroyables jusqu'à l'aveu, dans ce qui
reste de corps cruellement ligotés et meurtris, savamment
mutilés, devenu le diplomate éclairé
de l' "ouverture à l'Occident"...C'est
aujourd'hui la grande famille des "services",
qui met au monde les grands rénovateurs de la politique.
Ceux qui voient large et loin parce qu'ils ont travaillé,
durement, à se donner les moyens de voir bien. Et
qui, selon le mot fameux de Bonaparte, pour "
les affaires politiques, administratives et militaires",
ont cette capacité à "regarder longtemps
le même objet sans être fatigués"...
Les Andropov, les Markus Wolf, Vladimir Poutine ou, pourquoi
pas, Bush-le-père...
Il est de cette étoffe, l'homme que le peuple chinois
tout entier rassemblé a osé pleurer presque-autant
que l'Empereur-Mao,"Chou", donc, comme on a dit
ici, si joliment...Et c'est lui qui, après avoir
tiré son "chef" incontesté,
le grand Mao lui-même, d'une "prison du
peuple" où l'avaient conduit quelques fâcheux
excès de pouvoir, faisant couler tout de même
trop de sang, devint le protecteur du petit Deng, et donc
le précurseur visionnaire de l'actuelle stratégie
de montée en puissance "progressive et
pacifique" d'une Chine "facteur d'équilibre
et d'harmonie" du XXI ème siècle,
qui tient le "Tigre en papier" yankee
par les couilles des encours en dollars de la banque de
Pékin (Beijing), avec le concours intéressé
des grandes Triades-sœurs, et défie, sur leur
propre terrain, devenu, en douce, le sien, même les
"seigneurs de la guerre" (informatique) de
"Microsoft".
Chine enfin replacée au Milieu d'un monde dont l'avenir
doit se lire, c'est difficile, sans Empires...
Pour en arriver là, il a fallu,
aussi, qu'un jeune prolétariat industriel, moderne,
engendré par un capitalisme colonial lui-même
alors plein de dynamisme, et se croyant l'avenir, se fasse
le relais d'influence des redoutables "grands
frères" du nord...
Sans ce "passeur" turbulent et collectif,
venu intégrer à cette pensée d'abord
chinoise le marxisme européen, avec ses acquis, et
ses limites, issu lui-même de l'expérience
d'autres peuples, sous d'autres cieux, en d'autres temps,
jamais sans doute cette dialectique-là, toute autre
que la nôtre, la grecque d'Héracite l'Obscur
devenue celle du trop clair Aristote, avant Hegel, n'aurait
pu s'élever à sa valeur universelle, devenant
celle, non d'un lieu, mais d'un temps, d'un moment, d'une
étape du développement des sociétés
humaines...
A "l'époque où
l'impérialisme à l'agonie va vers son effondrement
total" (ce qui, dans les spasmes d'une
fin pressentie, le rend plus agressif, encore, plus dangereux
et plus brutal).
"Fanshen"
- Du peuple-conscience au peuple-puissance -
La rupture est immense, donc, avec le
« modèle soviétique », ce
tuteur - une autre façon de penser, d'être,
à l'intérieur de la sphère mentale
du marxisme, mais d' un intérieur qui soit déjà
un presque au-delà .
Remise en cause du "marxisme-leninisme"
répétitif, stérile, et desséché,
qui tient lieu de dogme - ou plutôt de "couverture"
- à de nouveaux pouvoirs "de classe"
("bourgeoisie rouge"), et que psalmodient
aussi, à leur façon, tout en prétendant
en porter la "critique", les "ossifiés"
de tout poil - que moque la Gauche prolétarienne,
et qu'elle même fait hurler...
Arrogants, sans doute, un peu, nous les
jugeons, en bloc, confits et enfermés dans la récitation
de (bons) vieux livres, coupée de toute pratique
réellement inventive, et donc, du peuple, dans sa
richesse, ces "groupuscules" proliférants
de l'après-68 (trotskistes ou "marxistes-leninistes"
sectaires, restés au stade d'un leninisme des
années 20, lu de façon formaliste, et privé
de sa vraie sève.Pour nous, ces "deuxième-étapistes"
- aux militants, pris individuellement, souvent dynamiques,
courageux, cultivés, et sympathiques, avec du coffre
et de la tenue dans la durée...- sont restés
bloqués, donc, à la "deuxième
étape" du marxisme: celle de la Révolution
d'Octobre et de Lenine. Après que le Vieux Marx du
Capital eut posé, dans ses grands textes, les bases
- "première étape"...
d'une doctrine du XIXème siècle, née
à l'ère du charbon, de la machine à
vapeur, des premiers chemins de fer, et de la toute-première
insurrection proprement prolétarienne, la Commune
de Paris...
C'était avant la grande époque coloniale,
et les deux guerres mondiales...
Nous nous projetons "résolument" après...
Au moment qui est celui de
Mao, utilisant, dans son tout-premier discours de victoire...et
de Pékin (Beijing) ce mot-image typique de la sémantique-pensée
de la Chine, "Fanshen" - dont l'amériacin
William Hinton fera le titre d'un très beau livre...
"Fanshen" désigne la
posture du paysan longtemps courbé dans la soumission
ancestrale à l'ordre immuable de la rizière
- dans le moment où il se redresse...
S'élevant (Fanshen), il ne s'évade pas seulement
de l'ordre, dit naturel, qui est celui du plant fiché
dans la terre nourricière, à la main, mais
de ce qui courbait sa nuque, aussi, dans une obéissance
presque-absolue aux maîtres cruels des anciens tempps,
Han, ou Mongols, puis "long-nez" hideux,
ridicules, meurtriers sans pitié venus de l'ouest
lointain avec leurs canonnières..."Le
peuple chinois s'est levé (redressé), il est
debout " traduiront les dépêches
d'agences.
Le peuple chinois, et plus largement, les peuples...
A l' "époque",
écrit peu de temps après "Wu Hao",
devenu l'éclairé Zhou Enlaï , "les
pays veulent leur indépendance, les nations leur
libération, et les peuples, la révolution...
C'est la tendance irrésistible du temps".Le
maoisme, donc, comme souverainisme pratique.
Plus qu'en droits:en actes! Dans son époque, dans
le moment historique du peuple-conscience dressé
en peuple-puissance..."Le peuple, le peuple
seul, est le créateur de l'histoire universelle..."
(Mao). De là, la "ligne de
masse" (id)...
- On attend ici l'objection: oui-mais! Et la Chine d'aujourd'hui
? Libéralisme etc.Restons absolument... obliques.Ce
point excède, à l'évidence, les limites
du présent travail...
Mais risquons, tout de même, que la question n'est
pas de savoir si le non-Empire, "facteur d'harmonie
et d'équilibre du monde", centre de la seule
croissance durable, et catalyseur, demain, des énergies
prodigieuses de l'Afrique Noire séculairement meurtrie,
humiliée et violée, reste fidèle, ou
pas aux canons du marxisme d'autrefois.
Il ne s'agit pas de décréter - mais parlant
d'où? - si la Chine d'aujourd'hui est "maoiste",
ailleurs que dans une nostalgie, on le sait, vivace, ou
dans des "discours du trône"...
Non.
La question est de savoir à quelles contradictions
cette société-là s'attaque...Dans ce
moment-là, le sien, le nôtre...Pour s'affronter
à quelles réalités, à quels
ennemis... Et quels problèmes prétend résoudre
le créancier de l'hyperendettée "hyperpuissance"
(nain politique et géant militaire à l'économie
d'argile mou), dont les jeunes "colonels supérieurs
de l'armée de l'air" de la République
Populaire de Chine méditent, parallèlement,
les réalités de la "Guerre
Hors Limites", incluant grandes manœuvres
monétaires à la George Soros, pratique Greenspano-taoiste
du "benign neglect" des Maîtres
du Dollar, torpilles d'initiés sous la surfaces des
Bourses, nanotechnologies, nano-missiles plus fins que le
plus filorme des insectes, munis de mini-bombes intelligentes,
ou de caméras invisibles, guerres des virus et pénétration
de "nageurs de combat" informatiques
dans les tuyauteries virtuelles des plus secrets ordinateurs,
sans exclure les brutalités compulsives du "terrorisme
international", et "guerre dans la guerre"
enfin, hors des limites du "hors limites",
dans l'infinie partie de Go du duel des intelligences, au
plus insondable des antres, où prend forme ce qui
est appelé à devenir pensée, langage,
écrit, livre, donc
(Extraits choisis de l'introduction
de REBELLES
- Histoire secrète des maos de la Gauche prolétarienne
- et ce qui s'ensuivit (1967-2008), par Jean-Paul CRUSE
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