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Ingérence
contre souveraineté du peuple
PAKISTAN:
LE TROUBLE JEU AMERICAIN
- Les analyses du Parti communiste marxiste-léniniste
du Canada -
L'ingérence dans
les affaires souveraines
du Pakistan doit cesser
- Déclaration du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste),
29 décembre 2007 -
Le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste)
condamne l'assassinat de Benazir Bhutto et l'ingérence américaine
dans les affaires intérieures du Pakistan. La politique
de l'assassinat appartient à ceux qui s'opposent à
un règlement politique des problèmes auxquels
font face le corps politique et le mouvement pour investir le peuple
du pouvoir de décider.
L'anarchie et la violence qui s'ensuivent sont les symptômes
d'une société dont les forces dirigeantes sont devenues
un obstacle au progrès. Ce sont elles qui refusent de permettre
au peuple de s'attaquer aux problèmes politiquement et qui,
au nom de la démocratie et d'autres idéaux supérieurs,
criminalisent tous les problèmes économiques, politiques,
sociaux et culturels en les traitant comme des problèmes
de loi et ordre.
Les puissances mondiales et leurs mercenaires annexés
disent au peuple pakistanais comment gérer ses affaires souveraines.
L'impérialisme américain en particulier n'a
pas de scrupules à déclarer que tel ou tel chef politique
pakistanais est « son homme ». En plus de ces
déclarations d'appui publiques, l'impérialisme américain
finance l'armée et les services secrets du Pakistan à
coups de milliards de dollars par année.
Cette ingérence étrangère très impériale,
par le soutien à des personnalités et des partis politiques
et aux forces armées, ne peut mener qu'à la répression
des véritables dirigeants qui surgissent des luttes populaires
pour la résolution des problèmes sociaux, économiques
et politiques du pays. Cette ingérence étrangère
mène également à des affrontements violents
entre les groupes au sein de l'élite dirigeante qui ont la
faveur de l'impérialisme américain ou des autres puissances
étrangères, selon le cas.
L'ingérence impérialiste au Pakistan s'exprime dans
une société qui ne garantit pas les droits sociaux,
économiques et politiques du peuple et ne résout aucun
des problèmes qui lui sont posés. La paralysie sociale
et politique étrangle le corps politique et étouffe
l'émergence de chefs et institutions politiques et sociaux
modernes au service du peuple. Tout est orienté
dans le sens de favoriser les intérêts des impérialistes
étrangers et d'une élite privilégiée.
Aucun des problèmes sociaux, économiques et
politiques n'est résolu sur une base moderne.
Durant la récente lutte des juristes pakistanais, le monde
a été témoin de la manipulation et de l'amendement
unilatéral de la constitution, la loi fondamentale du pays,
pour convenir aux intérêts de l'élite qui est
aux commandes de l'armée en ce moment et pour contrer les
voix qui réclamaient un changement fondamental et
un développement souverain.
Le financement et la promotion directs de certains chefs militaires
pakistanais et de certains représentants de l'opposition
officielle par l'impérialisme américain ont mené
à de nombreux assassinats et à des affrontements violents
entre groupes rivaux. Des dirigeants politiques de la province
du Balouchistan et maintenant Benazir Bhutto du Sindh ont été
assassinés. Le pays est poussé à
la guerre civile réactionnaire ou à la continuation
des affrontements violents et de la répression. Certains
commentateurs parlent d'une partition
du pays en quatre régions rivales : le Pendjab, le Sindh,
le Balouchistan et le Pakhtounkhwa (province de la frontière
Nord-Ouest). N'est-ce pas ce que veulent l'impérialisme
américain sous la présidence de George W. Bush et
son mercenaire annexé qu'est le Canada, sous la direction
du premier ministre Stephen Harper ? Une nouvelle partition
du Pakistan donnerait raison aux doléances des médias
canadiens à propos de l'« État échoué
» et de la « nécessité de protéger
» les Pakistanais et l'arsenal nucléaire du Pakistan.
L'invasion et l'occupation coloniale de l'Afghanistan par les pays
mercenaires sous les ordres des États-Unis pourraient alors
progresser vers le sud, directement en Asie du Sud, pour s'emparer
dans la destruction et l'affrontement sanglant du plus gros butin
jusqu'à présent, le Pakistan et sa ville portuaire
Karachi. Ce serait la reprise de la ville d'abord saisie
par les gangsters coloniaux britanniques en 1843. L'invasion, la
destruction et l'occupation du Pakistan seraient le joyau de la
marche de conquête de l'impérialisme américain
par l'Asie occidentale et centrale et au sous-continent indien dans
le sud. L'impérialisme américain et ses mercenaires
annexés comme le Canada entoureraient alors la Chine et seraient
en position d'affronter la Russie. Les bâtisseurs d'empire
européens seraient sans doute écartés de l'Asie,
du moins militairement. Le fondement serait jeté
pour une guerre mondiale pour la conquête du globe et l'établissement,
par les États-Unis, de l'empire de mille ans dont avait rêvé
Adolf Hitler mais qu'il n'avait pu réaliser à cause
de la résistance unie des peuples du monde à la rétrogression
et à la guerre.
Aujourd'hui, encore une fois, les peuples du monde ont la responsabilité
sociale d'affronter les impérialistes américains et
leurs mercenaires annexés et d'arrêter leur bras meurtrier
de guerre, de rétrogression et d'ingérence. Les peuples
unis dans la résistance à la guerre et à la
rétrogression doivent bloquer les projets d'empire
des grandes puissances, en particulier celui des impérialistes
américains. Pour cela il faut le retrait
immédiat des troupes canadiennes d'Afghanistan.
Pour cela il faut le démantèlement de toutes
les bases militaires américaines dans le monde et le rapatriement
de toutes les troupes américaines. Pour cela il faut le démantèlement
de toutes les alliances militaires agressives comme l'OTAN, le NORAD
et le Northern Command. Pour cela il faut un
nouvel engagement à défendre la souveraineté
nationale en établissant des gouvernements anti-guerre et
en réglant les conflits entre nations par les moyens pacifiques
et la diplomatie éclairée.
L'impérialisme américain et ses mercenaires annexés
comme le Canada doivent cesser de s'ingérer dans les affaires
politiques du Pakistan souverain et arrêter
de financer des partis et des personnalités politiques et
les forces armées du Pakistan. Les peuples ancestraux
de l'Asie du Sud et de l'Asie centrale, si on les laisse exprimer
et moderniser leur propre matériel de pensée, leurs
traditions et leur expérience, peuvent se bâtir un
brillant avenir basé sur des définitions modernes.
Le PCC(M-L) appelle à l'unité
de toutes les forces politiques qui veulent le renouveau de la société.
Tous celles et ceux qui désirent voir cesser la domination
de l'anarchie et de la violence et le recours au terrorisme d'État
et à l'ingérence étrangère doivent s'élever
à la hauteur de la situation et apporter les solutions que
réclame la société aujourd'hui.
Arrêtez l'ingérence étrangère dans les
affaires souveraines du Pakistan ! Impérialisme américain
et leurs mercenaires canadiens et autres, hors d'Asie centrale !
Le Pakistan, une nation sans direction
- Sandra Smith* -
Le peuple pakistanais a versé des rivières
de sang dans ses luttes pour la libération nationale et sociale
contre les exploiteurs étrangers et nationaux, contre leurs
officines et leurs collaborateurs. Malgré tous ces
sacrifices, le Pakistan reste aujourd'hui sans direction. Dans quel
sens avancer ? commencer avancer ? Que réserve l'avenir ?
Comment le peuple pakistanais peut-il réaliser son désir
de mettre fin à l'anarchie et à la violence, de mettre
fin à la pauvreté qui devient toujours plus accablante
à mesure que les grandes puissances avancent dans leur projet
de domination de l'Asie ? Comment mettre fin à l'incertitude
?
Depuis l'assassinat de Benazir Bhutto, les représentants
des États-Unis, du Canada et des autres pays de l'OTAN et
leurs médias monopolisés ne cessent de parler
de démocratie. Ils disent qu'en trouvant qui profite
de l'assassinat de Bhutto, on trouvera le coupable, on pourra le
traduire en justice et la cause de la démocratie s'en trouvera
sauvée. Qui précisément profite de l'anarchie
et de la violence en Afghanistan et comment, ce n'est pas toujours
facile à déterminer, mais ce ne sont certainement
pas les peuples du Pakistan, de l'Asie du Sud, de l'Asie centrale,
de l'Asie occidentale et du monde.
Il est pénible d'entendre les États-Unis, le Canada
et les autres puissances de l'OTAN chercher à justifier l'anarchie
et la violence et dicter le cours des événements en
invoquant les idéaux supérieurs. Les États-Unis
et d'autres pays de l'OTAN demandent que les élections aient
lieu comme prévu malgré la situation créée
par l'assassinat de Bhutto. Ils réclament un
« retour à la démocratie »
parce qu'ils en ont besoin pour donner à leur ingérence
dans la région une apparence de légitimité.
Mais cela dépasse l'entendement quand on sait l'état
de désarrois des partis électoraux en ce moment.
Le Pakistan est le produit d'une partition
sanglante de l'Inde manigancée par le Raj britannique il
y a soixante ans, lorsque la nation pendjabie a été
divisée sur une base communale. C'était l'«
accommodement raisonnable », la concession de ce qu'on
appelle le gouvernement responsable afin de préserver l'intérêt
britannique dans la région et bloquer la voie au socialisme.
Depuis, des rivières de sang ont été versées,
un gouvernement corrompu après l'autre prenant les moyens
nécessaires pour préserver le pouvoir des seigneurs
féodaux et placer le Pakistan plus solidement sous l'emprise
de l'oligarchie financière internationale.
Quand les impérialistes disent que l'assassinat de Bhutto
« a davantage miné la sécurité intérieure
du Pakistan », à quelles institutions de «
sécurité intérieure » font-ils référence
? Depuis 1956, au Pakistan (d'abord appelé le Dominion
du Pakistan après la partition de 1947 et plus tard la République
islamique du Pakistan à partir de 1956) les seules institutions
solidement en place sont les forces armées et les corps policiers.
Parler de « retour à la démocratie
» dans ces conditions est absurde.
Lorsque les impérialistes prétendent
qu'il s'agit tout au plus de remplacer le pouvoir militaire par
un pouvoir civil, ils laissent voir dans quel état lamentable
se trouvent le projet de démocratie et d'institutions démocratiques
qu'ils veulent imposer.
Les préoccupations de CBC News, porte-parole de la politique
du Canada en Afghanistan, sont assez révélatrices
à cet égard. À la lumière des événements
tragiques au Pakistan elle parle de la nécessité de
maintenir le cap en Afghanistan parce que, selon elle, 50 % des
nouvelles recrues des Talibans proviennent du Pakistan.
Les événements du Pakistan sont manipulés pour
persuader les pays membres de l'OTAN d'envoyer plus de soldats sur
les lignes de front en Afghanistan.
Les sondages indiquent que 67 % des Canadiens croient que
les résultats de la prétendue reconstruction de l'Afghanistan
ne valent pas les pertes encourues (les soldats canadiens tués
ou blessés). C'est ce qui a mené le premier
ministre Stephen Harper à profiter des entrevues du temps
des fêtes pour dire aux Canadiens qu'ils ne comprennent pas
toute l'importance de rester en Afghanistan. Il a dit que les soldats
et les diplomates comprennent l'importance de rester malgré
le prix à payer et qu'il espère que le comité
« non partisan » qu'il a créé
pour décider de l'avenir de la mission canadienne, présidé
par l'ex-ministre libéral John Manley, saura convaincre les
Canadiens qu'il faut rester en Afghanistan.
« Tout ce que nous pouvons espérer de la Commission
Manley est qu'elle amène les parlementaires, en particulier
notre opposition officielle qui, comme vous le savez, a débuté
cette mission, à réfléchir à ce qui
est dans le meilleur intérêt du Canada avant de voter
», a dit Harper.
« Nous devons éviter de prendre une décision
pour des raisons politiques à courts termes. Nous devons
prendre une décision qui est dans l'intérêt
à long terme du Canada, de sa réputation à
l'échelle internationale et du respect que nous devons tous
montrer pour les sacrifices consentis par nos hommes et nos femmes
pour établir cette réputation. »
La CBC s'est également servi des événements
tragiques du Pakistan pour déclarer qu'il faut absolument
éviter que l'arsenal nucléaire du Pakistan ne tombe
entre les mains du Taliban, que l'écroulement du gouvernement
central pourrait créer un danger à cet égard.
La CBC dit même qu'il pourrait être nécessaire
de lancer une attaque préventive à partir de l'Inde
pour s'emparer des armes et ainsi assurer la sécurité
de la région ! Ce ne sont pas des scénarios acceptables.
Le public, par la vertu de l'être
humain, éprouve nécessairement de la répulsion
devant l'assassinat de Benazir Bhutto, comme il en éprouve
devant la pauvreté de la majorité des travailleurs,
paysans et populations tribales, pour les souffrances des enfants,
des mères et des personnes âgées. Mais alors
pourquoi ces choses continuent- elles ? Comment se fait-il que la
majorité des voix humaines ne parviennent pas à s'affirmer
à l'heure où leur absence se fait sentir plus que
jamais ? Qu'est-ce qui bloque la résolution des problèmes
?
Pour détourner l'attention du renouveau de la démocratie
par l'établissement d'institutions basées sur le matériel
de pensée et la réalité du peuple, on fait
une propagande assourdissante à l'effet que les problèmes
sont causés par la montée de l'extrémisme religieux
au Pakistan. Le but est d'imposer une « solution
» basée sur les « valeurs civilisées
» des grandes puissances.
Mais il n'est pas suffisant de dire que c'est le vieux
système ou que c'est l'ingérence étrangère
ou la réaction intérieure et leur désinformation
qui bloquent la solution des problèmes au Pakistan et dans
le monde. Qu'est-ce qui fait que le vieux système peut bloquer
sinon qu'il est capable d'éliminer le facteur humain/conscience
sociale et de l'empêcher de répondre à l'appel
de l'histoire ?
L'assassinat de Benazir Bhutto est un autre avertissement
aux peuples qu'ils doivent s'avancer et apporter des solutions par
le renouveau démocratique de la société. Seuls
ceux qui n'ont pas d'autre intérêt que de créer
une société qui convienne à l'existence humaine
peuvent mettre fin à cet état du monde qui mène
nécessairement à la guerre mondiale. Il y a une possibilité
d'émergence de ces forces à l'heure actuelle.
* Sandra L. Smith est la dirigeante nationale du Parti communiste
du Canada (marxiste-léniniste).
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REBELLES
(Suite)
II.
"Le Parti de la Banlieue"
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Gilles Tautin, mort pour
la Cause du peuple, à Flins:
Témoignages
de première main:
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Du "piège à flics"
de Montrouge (92)
à l'attaque de Flins (Les Mureaux, Mantes-la-Jolie
-78)
- Mai 68, amère pilule…Tout ça pour ça?
Nous ne refaisons surface que l’année suivante.
« Coupé du peuple », « petit-bourgeois »,
et paralysé par la « peur de la mort",
le « mouvement étudiant » s'est
effondré sur lui-même. R.A.S. Nos espoirs, et, déjà,
notre stratégie, reposent sur les grèves ouvrières
qui sont allées, dans la région de Sochaux-Montbéliard
notamment (Peugeot), aux limites du soulèvement insurrectionnel
(fusils).
Mais l' expérience fondatrice, pour nous, c'est avant tout l'émeute
autour de Renault-Flins, en juin 1968, où la "Résistance
prolétarienne" a été marquée
par la fusion, dans le feu de l'action, des ouvriers et de la frange progressiste
des étudiants - dans une « lutte exemplaire »
contre une reprise du travail "achetée" par
de maigres augmentations de salaire.
Contre le pouvoir du capitalisme d'Etat, en rupture avec la vieille gauche
crépusculaire comme avec ses avatars groupusculaires, Krivine etc.,
Flins a tracé les lignes de démarcation fondamentales, marquant
les contours de la période.
La fusion atomique de trois noyaux
Refus de la peur, comme du laisser aller, et deux directions
claires: « prolétarisation et militarisation ».
C'est sur cette architecture dépouillée que s'édifie
la « Gauche prolétarienne »
(G.P.).
Elle naît, formellement, dans l’appartement des parents d’Olivier
et de Jean Rolin (tous deux aujourd'hui repentis, et écrivains
de cour), 33 rue Lacépède, au cours d’une réunion
« historique », dans le soleil encore plein
de chaleur du bel "l'été indien" de 1968, qui
refuse un automne poutant appelé à flamboyer quatre années
dignes, encore (1968-72), avant un long hiver de gel (1973-2005), puis
le retour des beaux jours...
Ce jour-là s’ opère la fusion – neutronique
- de trois noyaux :
1 - Un petit groupe de théoriciens « marxistes-leninistes"
issu de la minorité "anti-liquidatrice" de
l’UJC-ml, l’Union des jeunesses Communistes (marxiste-leniniste).
L’UJC-ml est le fruit d’une scission « pro-chinoise »
de l’UEC (la succursale étudiante du Parti Communiste). Elle
est survenue quelques années plus tôt, sous la direction
de Robert Linhart, un de ces fils d'ashkenazes rayonnants du plus lumineux
universalisme, et parfois d'un héroïsme révolutionnaire
à dimension d'épopée, dans la lignée de Marek
Edelman, jeune chef de l'insurrection du ghetto juif de Varsovie devenu,
par fidélité à l'essentiel, ennemi mortel de l'Etat
d'Israël, qu'il maudit.
Fils comme Marek l'invincible de l'ancienne Pologne, Robert, disciple
préféré d’Althusser surpassera rapidement son
"maître" - jusqu'à ce que son Judas, un chafouin
sépharade originaire d’Egypte se prenant pour le puissant
Moïse, son éternel second, réussisse à devenir
son Brutus, et à l'abattre, en pleine fureur de mai.
2 - La tendance « Guerre Civile »
du Mouvement du 22 mars : Serge July, Alain Geismar, Evelyne Haas,
Herta Alvarez.
Nous baptisons ainsi, par dérision, les auteurs d'un
"pavé" un tantinet pompier, « Vers
la Guerre Civile », à paraître début
1969, sous la triple signature ALAIN GEISMAR SERGE JULY ERLYN MORANE (Editions
et publications PREMIERES). Erlyn Morane est le pseudo
commun d'Evelyne, la (riche) épouse de Serge, et de la bonne Herta.
Prétendant représenter "la gauche du 22 mars"
(ceux qui nous ont accompagnés à Flins, le quatuor a bâclé
son pensum ampoulé au cours de l’été - à
l’occasion d’un « conclave de luxe",
à Cuba.
3. - Les « cadres politico-militaires »
des G.P.A., dirigeants « opérationnels" de la future
G.P. : Rolin, Jean-Claude Zancarini (« Tarzan »),
et Maurice Brover, "Momo" - qui a amené son
"premier apprenti", "Polo", le signataire de
ces lignes…
- Très vite, c’est sur les épaules, larges, des hommes
d'action, les « politico-militaires »,
futurs "colonels", que repose la responsabilité
d’initier les premières « opérations »
pratiques portant la « marque de fabrique »
de ce que nous allons nommer la « Gauche prolétarienne »
(G.P.)...
"C'est formidable!"
- Serge JULY et les poissons rouges d'Ulm
Le 15 juin 1969, le premier « piège à flics »
organisé par la G.P., sur le marché populaire de Montrouge,
dans les Hauts de Seine, vaut à l'auteur de ces lignes les félicitations
enthousiastes de... Serge July.
Retenu, ça va devenir une habitude, par une "panne d'oreiller"
devenue "obligations urgentes" (en ce beau week-end de printemps),
Serge ne s'est pas déplacé sur le terrain - au risque de
prendre une beigne, ce qui nous arrive à tous sans que nous en
fassions un gros caca nerveux...
Mais, collé à son transistor, il a suivi le "compte-rendu
du match", sur Europe 1.
Fasciné, déjà, par tout ce qui brille, il est content
comme un bébé devant sa première sucette. Il fait
plaisir à voir. Et son accueil est plus que chaleureux, quand,
à peine descendu de moto, casque ballottant au bout du bras, je
lui fais un rapport de toute première main, "à chaud"
- bref, mais meilleur, j'en suis sûr, sans avoir eu le temps d'écouter
la radio (on ne peut pas être au four et au moulin...) que le "flash"
urgent de ses "potes" d'Europe...
Il boit, les yeux fous, mes paroles, devant le fameux bassin aux poissons
rouges autour duquel ont circulé, bien avant nous, refaisant le
monde en devisant gravement, des générations entières
d'intellectuels - "crème de la crème"
de l'université française parvenus dans ce Saint des Saints
à l'issue d'un interminable parcours de sélection, ponctué
par un terrible concours.
La sagesse de ces poissons - rouges... - encore présents quand
le D.E.A. de philo de mon fils aîné m'a donné l'occasion
de revenir faire un tour à l'E.N.S. d'Ulm (que j'avais rayée
de mon "plan de carrière" pour aller, comme
d'autres, mais pas Serge, m' "établir en usine")
- s'est nourrie de toutes les grandes idées du siècle d'avant
le Vietnam et la Révolution Culturelle chinoise, dont les échos
encore assourdis, viennent alors saper, jusqu'autour du cercle sacré
d'eau verdie, cœur parfaitemend rond de cette Eglise laïque
des plus anciens Savoirs, les piliers du Temple: au cœur
de la contradiction savoir-pouvoir, intellectuel-manuel, et théorie-pratique...
"C'est formidable!", dit Serge, donc,
avec ce sourire un peu niais, éclairant tout de même un visage
déjà mou et gras, précocement nuancé de pourpre,
qui accompagne chez lui tous les "formidable!"
en rafale de ses emballements successifs, énoncés de la
voix de métal mou, grinçante, qu'on connaît...
Passé des rangs "modernisateurs" ("droitiers"
et "libéraux") de la tendance réformiste
"à l'italienne", au sein de l'U.E.C. des années
60 à celle de l'acide, pétillant et libertaire "Mouvement
du 22 mars", cet universitaire raté, petit prof, alors,
à Sainte-Barbe (où peuvent "enseigner",
hélas, l'Histoire, ceux qui n'ont pas dépassé le
niveau de la licence), est un fils-à-papa devenu Roi-fainéant
de la presse et de la politique la plus opportuniste, bien dans le style
des radicaux de la III ème République,"rouge"
(physiquement), ou plus précisément "rose-vif"
(trogne comprise) à l'extérieur, et blanc, à l'intérieur...
Du camp des "italiens", Serge est ensuite passé
- fasciné, toujours fasciné... - à
une apologie cubano-tropicale de la plus absolue "haine de classe",
avec l' innommable et prétentieux pathos qu'est "Vers
la guerre civile".
Pour le pondre, Serge est allé se détendre des fièvres
du mois de mai sous le soleil des Tropiques, avec sa femme d'alors, Evelyne,
héritière fortunée, brillante, entreprenante et courageuse,
elle, d'une puissante dynastie juive franco-américaine, en compagnie
de leur compère Geismar, et la brave Erta Alvarez - vaillante
"anar" issue de l'Espagne rouge et noire de la guerre civile,
adorée des ouvriers de Citroën qu'elle finira par abandonner
à leur sort, mais tard...
Avec ces trois complices, supposés représentants de l' "aile
gauche du 22 mars" - qui valait mieux - la tendance de Serge
à se laisser emporter sans la moindre retenue, et sans pudeur par
des fascinations successives, contradictoires, pour tout ce qui semble
à la mode, et potentiel vecteur de nouveaux leviers de puissance,
quels qu'ils soient, le pousse à poser le plus tôt possible,
et de préférence avant les autres, son postérieur
d'arriviste forcené sur le dernier strapontin libre, fût-il
dur et petit pour une paire de fesses molles, tombantes, et déjà,
plantureuses...
Il ne perdra pas de temps pour aller s'intégrer au premier "cercle
dirigeant", alors embryonnaire, de l'exigeante G.P. Il n'y fera
pas d'étincelles - et sera vite "renvoyé à
la base" (pour "connivences médiatiques"),
et convié à se "rééduquer" dans
le froid enfer du nord, sa Sibérie, son goulag, où il lui
faudra errer sur de mauvaises routes sur un deux-roues minables, financé,
selon toute vraisemblance, par l'intègre Evelyne, qui l'a "lourdé"
mais survient encore aux petits besoins de ce pitoyable raté...
Deux profs intègres, honnêtes et dévoués, dont
Bruno Mattei, futur correspondant de Libé, paieront pour lui le
loyer de l'appartement de Waziers que ce Roi fainéant partage avec
un vrai militant, le jeune mineur Creton, qui le méprise - mort
depuis dans un accident de moto...
Au côté d'un indicateur de police de première bourre,
dont il gobe, prosterné, les "verdicts prolétariens",
July y lancera le premier "scoop", et le premier "bidonnage"
d'une longue carrière de cocotte médiatique: avec l'affaire
du notaire de Bruay-en-Artois, un superbe dossier pour un vrai "crime
de classe", infect, qu'il va pourtant réussir à
bousiller, par paresse autant que par faiblesse devant les séductions
toujours renouvelées, du "formidable", (lire
page).
Puis, quand l'assassinat de Pierre Overney, en 1972, aux portes de Billancourt,
suivi par la liquidation de la G.P., en 1973, ouvrira les portes de la
renommée et du pouvoir à ceux qui renient les engagements
de nos morts et de tous les jeunes gens sincères et intrépides
poussés au sacrifice suprême, prêts à donner
leur vie pour une grande cause, il ira se vautrer sans vergogne dans les
bauges de la Mitterrandie triomphante, y prostituant le quotidien
"par le peuple et pour le peuple"
dont nous lui avons confié la direction, Libération.
Poursuivant une carrière déjà longue d'agenouillé
professionnel devant toutes les fausses idoles du temps, il ira successivement
se prosterner, toujours avec le même air niais dans un visage se
décomposant, au fil du temps, en une caricature à la Daumier,
devant le "formidable" Giscard, et
les "formidables" Rocard, rival de
Mitterrand - puis Mitterrand, vainqueur de Rocard...
Mitterrand, il fallait l'oser.
Touché par la grâce...présidentielle, July, saisi
d'une inspiration subite le jour de la victoire, cessera dans l'instant
même de dénoncer comme "archaïque"
le vieux politicien vichyste enfin parvenu, à l'issue, lui aussi,
d'incessantes reptations, à l'Elysée.
Un "scoop" que le "bidonneur" de
Bruay n'avait, certes, ni rêvé, ni prévu - mais on
s'adapte...
La course aux "formidables" n' en
est pas pour autant terminée.
L'infatigable Serge ira ensuite, langue bien tendue, lécher les
beaux escarpins noirs vernis ou les bottes de walkyrie d'une guerre froide
qui se termine, la "formidable" "Maîtresse Marie-France"
(Garaud), devenue son égérie des années Reagan -
avec son air sévère, ses coups de cravache sur les reins
des suppôts du "totalitarisme moscoutaire", et
son beau chignon noir...
Encore, et encore, et encore, le Fasciné tournera son regard bovin,
éperdu d'admiration, vers les productions "Nouvelle-Droite"
du couple Hocquenghem- Alain De Benoist, lascivement étalées
en double pages de Libé...
Puis ses faveurs iront au Philippe De Villiers "joffrinisé"
bras-dessus bras-dessous avec le pauvre Montand de "Vive
la Crise" co-produit "en toute indépendance"
avec la deuxième chaîne (socialisted'Etat) par le Libération
"libéral-libertaire" de l'axe-Madelin-Cohn-Bendit-
Guy Sorman.
A l'heure de la retraite, et pour boucler la boucle, il ne lui reste qu'à
prendre les patins de ses vieux amis Bernard Kouchner (de l'époque
"italienne" de l'U.E.C.) et André Glucksmann (fugitif
compagnon de route chez les maos), pour déclarer sa flamme au "formidable"
Sarkozy, que déjà il tutoie - mais le dernier "plouc"
du dernier canard pourri le fait aussi. Et qu'il bise (il en reste une
photo).
A Montrouge, ceux qui ont fait l'effort, eux, de gagner
les rudes territoires de la banlieue pour une "opération
politico-militaire" pouvant comporter certains risques ont pleinement
atteint l'objectif fixé.
Nous avons eu l'honneur et le plaisir d'infliger une somptueuse
raclée aux fonctionnaires en bleu de la "Sécurité
Publique" qui prétendaient nous interdire de diffuser
notre "C.D.P." (La Cause du Peuple) aux ménagères
et aux prolos du marché de cette sympathique commune de la banlieue
sud, autour de nos beaux panneaux soigneusement illustrés, de nos
affiches couleur, et de nos mégaphones, pour la seconde semaine
consécutive.
Pour ce faire, il a fallu, tout de même, comme aurait dit le "fils
du peuple", Maurice Thorez, premier et dernier dirigeant de
haute volée du Parti Communiste français (P.C.F.),
"retrousser les manches" - en se passant
donc, on en a l'habitude, de la présence, des conseils et des commentaires
de "Serge", et de quelques autres spécalistes
de la "guerre civile" en chambre comme de la "haine
de classe" au bord de la mer tiède des Caraïbes,
et en grève pour cause de week-end...
Le "coup de la chèvre"
a été filmé
J.P.O. qui, lui, bien que d'un format beaucoup plus réduit que
July, n'a jamais eu peur des coups à recevoir, ou à donner,
était là sur le terrain, à Montrouge. Il s'est alors
installé dans la fonction - en fait, très exposée
- de reporter audiovisuel (sans carte de presse). Il opère à
l'aide de la caméra super-huit flambant neuve avec laquelle il
va réaliser, bientôt, le premier film "Palestine
vaincra!" - diffusé dans toute l'Europe.
Grâce à lui, donc, l' "A.G. de bilan"
réglementaire, permettant le travail de "critique-autocritique"
qui suit, en principe, toutes les initiatives d'importance, nous
permettra de visionner les images, plaisantes des "chèvres"
aux bêlements plaintifs, appâts parfaits, avec leur petit
stand de propagande paisible, offert aux "loups" vite
alléchés en uniforme bleu.
Puis le "tempo" s'accélère, avec
la charge soudaine, style Reischoffen, des "chasseurs de flics"
rusés et sans pitié que nous sommes en train de devenir.
Les copains ont surgi de partout sur un simple signe de la main, et se
sont rendus maîtres du terrain en deux coups de poing et trois coups
de pied - plus un nombre incalculé, ça va tout de même
vite, de "han!" et de "ho!" accompagnant
les mouvements des hampes de drapeaux (rouges), vulgaires et solides manches
de pioche à poignée évasée, pratique, achetés
en masse dans les rayons spécialisés de notre cher Bazar
de l'Hôtel de Ville (B.H.V. publicité gratuite...), devenus,
pour notre "groupe matos", familiers...
Pour réjouir l'assistance, et se payer ma tronche, J.P.O. choisit
de diffuser en accéléré la séquence-clé
du piège.
On y voit les premiers gardiens de la paix, venus, roulant des mécaniques,
et sans se méfier, se faire stopper, devant trois ou quatre paisibles
vendeurs de journaux - les "chèvres", garçons
et filles - par un jeune costaud déterminé, hâbleur
et insolent (votre serviteur...). Le jeune coordinateur de ce premier
"piège à flics" semble les baratiner
à toute allure, ridicule... Genre "bla-bla-bla-bla-la-liberté-de-la-presse-c'est-un-scandale-vous-n'avez-pas-le-droit."
Pour que "l'embrouille", fonctionne, il faut prendre
le temps. Que les badauds s'étonnent, puis s'indignent...Et que
le peuple du marché commence à s'attrouper, pressant, contre
les policiers...Alors seulement la décision sera prise de passer
à la phase deux: "képi vole"...
Le "groupe de choc" qui se distingue ce jour-là
est formé,de lycéens de Massy, premières de nos recrues
dans les lycées de banlieue, plus coriaces encore que nos excellentes
"mains blanches" au "cœur rouge"
des "prépas" de Louis-Le Grand, de Henri IV
(pas tous de grands sportifs), ou que nos "matheux"
de Saint-Louis, graine de Saint-Cyr ou de Polytechnique...
Parmi eux Jean-Pierre Liban, aujourd'hui cadre commercial à
L'Express. Sa Maman, madame G., sera l'une des animatrices du
premier groupe, combatif, de familles de prisonniers politiques de la
G.P. (dont son fils), l'année suivante...
Dissimulé au sein de la foule, où les plus
fins d'entre eux achètent même quelques betteraves, ou quelques
choux de Bruxelles pour mieux se fondre dans le paysage entre les étalages,
nageant dans le peuple "comme des poissons dans l'eau"
, le commando d'embuscade a fondu sur sa proie comme les Sioux
sur Custer au bord de sa dernière rivière.
Chargé de l'ordonnancement d'ensemble de la cérémonie,
donc de l' "accroche" initiale comme du "topo",
j'ai donné le signal d'attaque avant d'aller m'agripper, pour prendre
la parole, à un vague poteau, juché sur un cageot branlant,
sous l'œil inquiet, mais maternel, d'une accorte et replète
vendeuse de carottes, visiblement plus proche des "Indiens",
piégeurs, que des "tuniques bleues", piégées
(nous sommes en terre de vieille implantation "rouge").
Sur un marché, il faut forcer la voix, parler lentement, et les
mots doivent claquer. Après un discours bref, mais bien senti,
le moment est venu d'un repli, bien protégé, du "commissaire
politique". On l' "exfiltre" avant même
le "groupe chèvre", puis le repli organisé,
en bloc, du "groupe choc" - entre les piles de melons
d'aubergines et de tomates, un peu secouées...
Nous n'avons pas décidé cette opération à
la légère, pour nous faire un coup de pub sur Europe 1 et
faire plaisir à Serge - ni par haine des flics, ce serait nul.
Tout a mûri lentement en ce début 1969.
La "Gauche prolétarienne" émerge peu
à peu.
La première discussion d'un "groupe de 12",
rue Lacépède, chez les parents Rolin, a permis des échanges
entre les "trois composantes", en accord sur l'idée,
fondatrice, de la "résistance prolétarienne",
à partir des combats de Flins et de Sochaux, et donc opposés
aux thèses liquidatrices, dominantes, du "reflux
des luttes", "brisées par la répression",
et du nécessaire repli dans les livres, pour la "formation
de cadres", en chambre...
Une forme nouvelle commence ainsi à émerger des ombres de
la caverne au soleil des idées clarifiées, décantées,
et affirmées - avant que le moment survienne de "passer
à la pratique".
De Gaulle
Le Président de la république a pris la décision
de confier son destin au peuple de France.
Les grèves de mai 68 l'ont démontré: il a
été coupé, et il le sait, du monde du travail comme
de la jeunesse. La couche de courtisans, de technocrates
et d'affairistes dont il s'est entouré, à tort, ont fini
par faire écran, et l'engluer.
Il a failli être emporté par la tornade, et fini par surnager,
d'extrême justesse. Mais sans confirmation, explicite, du
suffrage citoyen, il préfère disparaître.
Il joue donc, comme toujours, son destin personnel à quitte
ou double, et convoque un référendum pour le 27 avril 1969,
officiellement, sur la question de la régionalisation et du Sénat
- en fait pour poser aux français la question de confiance,
par ce biais, mal choisi, sur de mauvais conseils.
Lâché par les milieux d'affaires, financièrement liés
aux clans atlantistes, mais aussi par le puissant lobby pro-israélien,
qui ne lui a pas pardonné sa "politique arabe"
de 1967, et dispose d'importants relais dans la presse comme dans la pub
(donc dans les principales radios), et poignardé, enfin, dans le
dos, par la grève de l'Etat de l'importante fraction de l'administration
qui roule en douce pour "le changement" et la "modernité"...américaine,
le général n'a pu se rétablir, fin mai 1968,
que par la rébellion, presque contre lui-même, de ses "grognards",
Charles Pasqua en tête, avec l'appui des plus secrets réseaux
issus de la résistance - dont le grand maître, dans l'ombre,
reste le colonel Passy.
Ce sont eux, plus que les flics - ou par l'intermédiaire de flics
à leur service - qui ont commencé à organiser l'infiltration
des barricades, des facultés occupées, et des A.G.
Contre un mouvement tapageur, mollusque sans carapace, dépourvu
de de tout véritable projet comme de toute structuration démocratique,
il n'a pas été difficile d'infiltrer des provocateurs, puis
de "durcir le jeu" des barricades
et de brûle-voitures, jusqu'au retournement
complet d'une opinion d'abord favorable aux "jeunes"
massacrés par "la poulaille".
Dépourvus de tout sens politique, les "leaders" auto-proclamés
du "mouvement", Cohn-Bendit et Geismar en tête, sont des
baratineurs d'A.G. doublés de suceurs de micro, appâtés
et sélectionnés par Europe 1 ou RTL (Havas ou Publicis).
Jamais élus ou ratifiés par qui que ce soit, et très
vite ivres de leur jeune "gloire", ils sont dépourvus
de toute vision politique à long terme.
Sans capacité d'anticipation, donc, d'organisation, ils n' ont
vu que du feu aux manœuvres des "réseaux"...
Les temps devenaient mûrs, alors, pour l'immense manifestation gaulliste
des Champs-Elysées, et la réouverture des pompes à
essence, tocsin du mouvement gréviste qui lui aussi s'essouffle,
faute de perspectives claires.
A l'approche des vacances d'été les élections de
juin ont été triomphales pour "le pouvoir".
- Même s'il ne s'incarne plus que sous la forme d'une grande
ombre solitaire traînant sa peine dans sa vieille carcasse usée
par un combat de trop, après tant et tant d'autres, dans un Elysée
déserté devenu château d'Elseneur où rodent,
à chaque coin de couloir, la trahison et ses fantômes...
A "gauche", unis dans la déroute
comme ils l'avaient été dans une bréve et velléitaire
tentative de prendre en marche le train de la "subversion",
socialistes et communistes voient leur opportunisme, leur absence de vision,
de cohérente - et la peur " de la chienlit"
, qui en est la conséquence... - durement sanctionnés
par le peuple des urnes, ce peuple bleu-blanc-rouge qui est tout de même
le peuple, au même titre que celui des barricades, de "Libérez
nos camarades", des oriflammes couleur de sang, des
séquestrations de "patrons voyous",et
des occupations d'usine...
Vainqueur, mais, sur le fond, vaincu - trahi et en réalité
chassé par ceux qu'il croyait siens - l'homme de la France Libre,
du "Programme du Conseil National de la Résistance",
de la création de la Sécurité Sociale
et d'EDF, de la nationalisation des banques, de la
bombe H française brisant le duopole de Moscou-Washington
comme l'insolente création d'Elf (défi
majeur aux "majors" anglo-saxons du pétrole)
réussit sa sortie, démocratique.
Le grand chef militaire devenu le père de la Constitution
de la V ème République, puis le soldat de la "paix
des braves", de la main tendue
à Ben Bella et à la direction historique du FLN
(tirés des geôles où les avait jeté le
"socialiste" Guy Mollet) puis des "accords
d'Evian" (nouveau "Genève",
sur l'autre rive du Léman), a rétabli la paix en
Algérie - par la seule voie possible, politique, celle de l'autodétermination
et par l'indépendance.
Fort de ce somptueux bilan, il n'allait pas filer sous la pression de
la rue.
Il a repris les choses en main, puis donné à Pompidou et
Giscard, qu'il méprise, l'occasion de dégainer le poignard
de Brutus, et laissé le peuple juge...
Contre le front douteux du "Non"
à l'homme de la France Libre,
la G.P. boycotte - violemment -
les urnes du du referendum
Refusant, de notre côté, que des braises de mai ne sorte
qu'un pacte avec le diable - l' "opposition de gauche"
parlementaire, P.C-P.S., avide d'un pouvoir dont nous ne voulons pas plus
que de celui de Georges Pompidou, et de ses amis des banques et de Washington
- nous n'avons pas joint nos voix à celles des partisans
du NON. Nous ne participons pas à la curée
de ceux qui, avec le soutien de Giscard et de la pire extrême-droite
alliés pour l'occasion de la "go-gauche"
- l'axe "rose-brun", encore...-
vont renvoyer le cher vieux soldat méditer sur l'ingratitude des
Temps au bord de la mer d'Irlande...
Nous avons boycotté un scrutin, de fait, hors sujet. - Mais boycotté,
vraiment. Exaspérant la "gauche", que, seuls,
de fait, nous perturbons dans sa lente marche en crabe vers les délices
du pouvoir, nous n'avons pas choisi l'abstention dans le calme, faite
de votes nuls ou blancs.
Nos groupes de jeunes lycéens et ouvriers ont multiplié
les raids-éclair, brûlant, en plein jour et devant
tout le monde, partout où c'est possible, un maximum de panneaux
électoraux...
"Le capital est malade, qu'il crève, écrit
La Cause du Peuple (nouvelle série, "journal
communiste révolutionnaire prolétarien", numéro
2 - décembre 1968), mettant dans le même sac toutes les solutions
de rechange qu'une bourgeoisie, touchée au vif, échafaude,
Succédant à Roland Castro, directeur de La Cause du Peuple
du printemps, journal "de front populaire", dont le
numéro 1 était paru... le 1er mai 1968, son nouveau
directeur de publication est Jean-Pierre Le Dantec, un breton alors digne
et dévoué, fils d'un couple de (vrais) résistants
progressistes des Côtes du Nord.
C'est donc une nouvelle Cause du Peuple, passée dans le camp d'un
Gauche prolétarienne encore au stade d'ébauche, qui analyse
en profondeur la "crise monétaire de novembre"
(1968) avec ses fuites de capitaux.
La "bataille du franc" y est décrite comme le
moment d'un double scénario, économique et politique:
1. - Economique, d'abord, avec la stratégie patronale
de récupération, par l'inflation combinée à
l'augmentation forcenée des cadences, des concessions salariales
faites à la CGT (accords de Grenelle), pour acheter la fin d'une
grève générale surgie par solidarité, d'abord,
avec les étudiants matraqués, puis fleurissant de cent fleurs
d'espoir dans les usines et les cités ("changer
la vie").
2. - Politique, ensuite: la "crise de l'impérialisme
français" prend désormais l'allure d'une
"crise de régime".
Dans un combat de trop, juste sur le fond,
mais risqué, dans ses moyens, le général avait lancé
un ultime défi à la stratégie mondiale
des maîtres du billet vert, nouvelle "monnaie
unique", et instrument fondamental d'une nouvelle
et invisible servitude. Il avait osé réclamer l'alignement
du Roi Dollar, comme de toutes les autres monnaies du monde, sur un
référent objectif, l'étalon-or.
Il avait raison, avant l'heure. Il le paye.
Mais cette "crise", donc, globale,
et dont les événements de mai n'ont été que
l'occasion, fournie par le destin, pour en finir avec l'impénitent
rebelle, ne se manifeste encore, écrit La Cause du Peuple, que
par des "querelles de succession".
Elles ne peuvent être les nôtres.
Qu'il s'agisse de Pompidou - commis longtemps dévoué dont
l'ambition de succéder à un De Gaulle qu'il a trahi, dans
la tempête, n'est plus un secret pour personne - ou qu'il s'agisse
d' "autres" qui "s'agitent derrière"...
"Le grand capital", insiste notre
journal, est à la recherche d'une "formule de
rechange".
Les "partis de gauche" ne peuvent la lui offrir. Ils
sont eux-mêmes en crise depuis leur humiliante déroute aux
élections de juin 1968 - et "l'équipe Mitterrand",
prise au piège par ses imprudences, se trouve "en
pleine décomposition".
Dans ce contexte, ouvert, et dans la perspective d' "une
authentique révolution populaire", "les masses révolutionnaires
ont besoin de nouvelles formes d'organisation correspondant à leur
volonté de lutte et aux possibilités de la situation".
Ces "nouvelles formes d'organisation",
nous les cherchons nous-même, en tâtonnant.
Ce sera le cas dès le 1 er mai 1969, au
lendemain même de la victoire du "Non à
De Gaulle" au référendum, et
du départ aussitôt annoncé, conformément à
sa promesse, par le général - monument de grandeur digne
et cohérente, jusqu'à la fin.
Soucieux de ne pas nous limiter à discuter "en chambre"
de ces questions, nous souhaitons, annonce La Cause du Peuple
dans son numéro 3 (février 1969), nous
saisir de toutes les occasions qui se présentent pour ramener le
débat au fond, et "porter dans les masses le débat
sur la nécessité de nouvelles formes d'action et de lutte,
prolétariennes. Cela redonnera confiance à la masse des
travailleurs.
Si cette tâche est menée à bien, on peut imaginer,
sans être prophète, que la rue, aujourd'hui contrôlée
par l'Etat policier, reviendra à ses propriétaires naturels,
les masses populaires."
1er mai 1969: d'un échec à Belleville,
naît la stratégie des "actions de partisans"
- par la voix d'un ouvrier mao de Renault-Flins.
Véhémente, toujours, excessive, parfois - et, avec le recul,
reconnaissons-le, souvent sous l'influence de l'anti-gaullisme ambiant,
celui de la "gauche du capital" et
des trotskistes, ses polypes, La Cause du Peuple parle rarement
en l'air.
Nous n'annonçons pas, comme on dit au poker, "à
découvert".
Une première opportunité se à présente à
nous pour en faire la démonstration, et "porter
dans les masses" ce fameux "débat"
sur les formes d'action et d'organisation permettant de rendre la rue
"à ses propriétaires naturels".
Ce 1er mai 1969, donc, tandis que Pompidou et ses rivaux de tout bord
se mettent en campagne pour l'élection présidentielle qui
vient, la "gauche" s'inquiète d'un possible
"retour de flammes" de l'incendie de 1968, mal éteint.
La CGT de Georges Séguy sent la base pousser.
Elle craint - autant que nous l'espérons, nous, y travaillant à
fond - une convergence de la jeunesse ouvrière avec les
"enragés" de mai 1968, et surtout
de juin, que les "apparatchiks" de la "police
syndicale" pourchassent désormais partout aux
portes des usines - et, de plus en plus, à l'intérieur...
Fébrile, la centrale encore sous la tutelle sans limite du P.C.F.,
lui-même toujours dépourvu de la plus mince marge de manœuvre
à l'égard de ses "grands frères" -
et grands argentiers - d'une "Union" plus guère
"soviétique", vacillante, déjà
minée de l'intérieur, annule donc le défilé
prévu, traditionnel, au tout dernier moment: par peur de "provocations"
de groupes "manipulés par le pouvoir" .
Tandis que la JCR trotskiste, "avant-garde" (Krivinienne)
d'une "extrême-gauche" suiviste et légaliste
(qui colle servilement au cul de la "vieille gauche"
, dans sa posture habituelle de mouche du coche) "riposte"
en éloignant ses militants par le métro, pour un maigre
et morne défilé, paisible, loin, du côté de
Saint-Denis, nous décidons, nous, de relever le défi.
Encore peu structurés, nous passons par l'intermédiaire
des anciens Comités d'Action de mai où nous gardons de l'influence,
qui lancent un appel public à manifester, au métro
Belleville.
Le quartier sera, inévitablement, noyé de CRS.
Il faudra donc partir, sans l'annoncer, d'une base d'appui, à l'extérieur
de leurs lignes, pour venir en perturber la solide ordonnance, avant de
pouvoir rêver de la plus minime offensive.
Reprenant la vieille méthode qui a fait la renommée des
Comités Vietnam de Base, nous mobilisons donc nos militants, par
rendez-vous secondaires, en petits groupes. Seul un responsable connaît
le point de contact suivant, et très peu, l'objectif.
Ça marche.
Et je me retrouve, sono en main, devant une petite foule, rue de la Mouzaïa,
sur les hauteurs du XIXème: c'est là qu'a été
décidé de créer un "point de fixation",
avant toute éventuelle descente vers le métro Belleville,
"bouclé" comme nous l'avions prévu, par
une compacte armada de CRS casqués dotés pour l'occasion
de nouveaux uniformes et de nouveaux gadgets.
Entassés dans leurs cars, où en patrouille, au milieu d'une
foule de sympathisants, dispersés, qui nous attendent, ils guettent
la "manif", pour la "casser", d'entrée...
Mais c'est nous qui "cassons", ailleurs.
La rue de la Mouzaïa abrite un Centre Départemental de la
Gestion de la Main d'œuvre - une sorte d'ANPE, "objectif
symbolique" tout juste "potable", choisi
faute de mieux. Il représentate, en principe, l'inefficace bureaucratie
d'accompagnement du chômage...
Je lance quelques mots brefs - peu littéraires.Ils sont suivis
d'effets.Une volée de pierres part. Bonjour la Gestion de la Main
d'œuvre...
Les flics vont-ils mordre à l'appât, et monter nous chercher,
nous permettant un début au moins de "guerre des pierres",
suivi, par la désorganisation de leurs lignes, permettant une jonction,
tout en bas, avec ceux qui attendent, près du métro, et
une manif d'enfer - narguant les syndicats, et la "vieille gauche"?
Pas si bêtes, ils ne montent guère.
Sans cocktails-molotov, et donc sans possibilité sérieuse
de "mettre le feu", dans tous les sens du terme, nous
ne parvenons pas à "planter le souk" dans les
hauteurs - et les flics ne modifient pas sérieusement l'ordonnance
massive de leur dispositif...
Nous tentons une jonction quand même, mais le bilan de la journée
reste mitigé.
Mais qui ne tente rien n'a rien.
Et de l' échec de ce jour va jaillir la lumière.
"Lutte échec, nouvelle lutte, nouvel échec, et
cela jusqu'à la victoire totale, c'est la logique du peuple,
écrit notre bon ami Mao. Pour tirer les leçons d'inévitables
déconvenues, de l'expérience, et de l'expérience,
répétée, les "maoistes" attachent
toujours une importance essentielle aux "réunions de bilan".
"Debriefing", disent, dans leur sabir anglo-saxon,
les nageurs de combat, comme les super-gendarmes anti-terroristes du GIGN,
férus de cette démocratie militaire, élémentaire,
sans laquelle aucune formation de choc ne peut vivre, et tenir...
Et c'est, donc, de ce relatif échec, et de sa "réunion
de bilan", que va jaillir l'étincelle avec laquelle
la Gauche prolétarienne, qui se cherche encore, ce 1er
mai 1969, va "mettre le feu à toute la plaine".
Julien de Flins
Celui qui va "trouver la voie" s'appelle Julien.
C'est un ouvrier de Renault-Flins. Un jeune rural de la Beauce blond comme
les blés, et baraqué, aux cheveux ultra-courts.
Ancien délégué CGT en rupture de ban avec la centrale
de Geortges Séguy, il symbolise, à nos yeux, la "résistance
prolétarienne", dont les abords de son usine, et ceux
de la Seine, voisine, ont été le théâtre, en
juin, au prix de la mort de Gilles.
"Ce qu'on a fait là-haut (Mouzaïa) c'est
pas si mal, nous dit Julien, de la grosse voix rauque, qu'aujourd'hui
il a conservée - après être parti rejoindre les maos
de Nantes- Saint-Nazaire en compagnie de notre ami commun Charles-Henri
de Choiseul-Praslin, ancien "établi" de la même
usine Renault des Yvelines, avant une reconversion dans une autre vie
au grand soleil du midi...
"Fallait y aller. Ceux qui critiquent, j'aurais bien voulu les
y voir...Mais, les copains, je vais être clair! A chaque fois que
nous sortons le bout du nez, ils nous mettent des milliers de flics, en
force...Alors la conclusion est simple: organisons des actions de petits
groupes, des "coups-éclair", vite-fait, bien
fait, "à la surprise"...Et ne nous compliquons
pas la vie.... Ne voyons pas trop grand du premier coup... Le meilleur
finira par venir, plus tard, petit à petit..."
"L'œil du paysan voit juste"
(Mao). Celui de l'ouvrier agricole, devenu bagnard prolétarien,
sur chaîne, a fortiori.
Trois ans plus tard, nous donnerons, Danielle et moi, à notre premier
enfant, le prénom de Julien de Flins qui vient de formuler la doctrine
des "actions de partisan". La mère n'avait rien
contre: elle était parmi les lanceurs de pierres de la rue de la
Mouzaïa, et au "bilan".
La G.P. n'est plus un projet, fondé sur un système
de thèses.
Elle est une méthode.
Elle respire son premier bol d'air, et pousse son premier cri.
Elle naît...
Même si, les choses n'ayant jamais la pureté des images d'Epinal,
la vérité oblige à nuancer un peu.
Tout un cycle d' "actions de partisans" s'enclenche
bien ce 1er mai. Il passe par le premier "piège à
flics" de Montrouge, moment d'une première
"campagne" pour honorer le souvenir de notre premier
mort, Gilles Tautin - et mène au spectaculaire
commando de Flins - précisément - le 17 juin 1969,
conçu pour la commémoration de la noyade de Gilles, là-même,
un an et sept jours plus tôt - le 10 juin 1968 (voir page).
Mais une "idée juste" n'émerge jamais
de "la pratique de masse" par un unique
filet, coulant d'une seule source.
Ce sont mille petits ruisseaux qui forment les grandes rivières,
et de premières "actions de petit groupe", pas
encore complètement conceptualisées, ni baptisées,
commencent à apparaître avant cette date - constituant la
genèse de ce qui va devenir la "marque de fabrique"
de la G.P., sans avoir encore, toutes, tout le retentissement
qu'elles méritent.
Marseille CODER: première opération
"pot de peinture"
Le 7 janvier 1969, une agression ignoble survient dans
un atelier de l'usine CODER de Marseille.
C'est le plus gros établissement industriel de la ville, avec 1500
ouvriers. L'entreprise a été fondée, au début
du siècle, par Joseph Coder. Elle est passée depuis sous
le contrôle d' une dynastie des huiles (Rastoin), maîtresse
de la Chambre de Commerce, et alliée au maire "socialiste"
Gaston Defferre, comme à la plus vieille droite phocéenne.
Dans ce bastion de la CGT, où l'on fabrique toutes sortes de matériels
roulants - wagons, semi-remorques et citernes - un ouvrier immigré,
de nationalité algérienne, qui renâcle et se rebelle
contre l'exécution d'un ordre idiot, se fait traiter de "sale
arabe" par un "petit chef".
Les choses n'en restent pas là. Pris par le cou, à demi
étranglé, le "sale arabe" qui a osé
"dire Non", est brutalement projeté contre un
tas de caisses, rangées contre le mur . Assommé,il devra
être réanimé, puis hospitalisé - multiples
lésions aux côtes...
Problème: le "violent" est... secrétaire
de la section C.G.T. de CODER., et membre d'un parti
qui n'est pas, ici, le P.C.F., mais l'UDR (droite). Marseille...
La G.P. à peine naissante dispose d'un atout dans l'usine, un
"établi" remarquable, Henri-André
David. Loin de se terrer, et de jouer les "taupes",
il anime au grand jour, un petit noyau de militants ouvriers.
Ils décident de ne pas laisser impunies les violences racistes
commises, au vu de tous, par "Monsieur le secrétaire"
- et de lui infliger une correction publique.
Le malappris reçoit, à la volée, le contenu
d'un grand pot de peinture - jaune... - en pleine figure.
Cette opération "pot de peinture" - une formule
populaire à grand impact qui évite, quand on le peut, les
inconvénients d'un franc "cassage de gueule",
fera progressivement des émules dans toutes les usines
de France où les ouvriers, et la G.P., se trouvent confrontés
à la violence de "petits chefs",
acharnés à rétablir l'ordre ancien ébranlé
par les grèves de mai, et à "rattraper"
les concessions salariales conçues pour les faire cesser en
organisant, "à la schlague" une infernale montée
de la productivité par l'intensification des cadences,
(lire page)...
Des Pyramides d'Egypte,
bâties par des esclaves menés
au fouet,
cadences contrôlées
au sablier,
à la révolte des
O.S. de Permali,
brûlant les fiches des "chronos"
Le cas de Coder est donc loin d'être isolé.
Et l'imagination des jeunes ouvriers rebelles est sans limite.
A l'usine Permali de Nancy (bois), où nous disposons aussi d'une
de ses premières "bases d'usine", La Cause du Peuple
compare, dans un article superbe de février 1969, la montée
en puissance des cadences, poussées à fond par une armada
de petits-chefs aboyeurs, aux scènes figurant sur certains bas-reliefs
des Pyramides d'Egypte. Elles montrent les ouvriers-esclaves des
Pharaons travaillant sous la menace du fouet - au rythme fixé par
d'antiques sabliers...
En Lorraine comme à Marseille, la riposte à l'intensification
infernale du travail ouvrier, qui constitue l'essentiel de la "contre-attaque
du capital" après la vague de mai, ne peut pas
attendre que les conditions soient réunies pour des mouvements
d'emblée majoritaires.
Au contraire, comme à Montrouge, contre la pression de la police
sur les vendeurs de journaux à la criée, à Flins,
pour honorer la mémoire de Gilles, symbole, jusque dans sa mort,
de l'union lycéens-ouvriers, et comme à l'usine Coder, soumise
la violence raciste, c'est l'action de petits groupes de francs-tireurs
qui, loin d'entraîner l'isolement et la défaite, reflète
l'exaspération générale, chasse la peur et l'apathie
- créant les conditions d' une révolte plus large...
Les jeunes de Permali se lancent dans une véritable "guérilla
d'atelier" contre les chronométreurs. Son point d'orgue:
un spectaculaire autodafé des "feuilles des temps",
arrachées, puis brûlées.
En mars 1969, insolente référence au "mouvement
du 22 mars" de Nanterre, ils constitueront leur propre "Mouvement
du 18 mars". Sa première "action exemplaire"
sera le sabotage d'une journée portes ouvertes, organisée
dans l'entreprise. Les visiteurs vont y être accueillis par des
pancartes du genre: "Sur cette scie, deux doigts coupés
par le capital". "Sur cette presse, risque de meurtre chaque
jour."
Inspiré des "dazibao", les "affiches en gros caractères"
de la Révolution Culturelle chinoise, un journal mural exhibe une
audacieuse adaptation du slogan majeur du "Président Mao":"Le
patron est au bout du fusil". Comme à Coder
(lire page), il ne s'agit pas d'un feu de paille, mais du début
de la construction d'une force prolétarienne, plus large.
Deux ans plus tard, début 1971, le "patron-pharaon"
de Permali séquestré par ses "esclaves"
rebelles au sablier devenus ses geôliers d'un jour, et pris d'une
soudaine fringale, se verra offrir en guise de repas... une boîte
d'aliment pour chien, du Canigou. (lire page)
La lutte contre la course folle à la productivité par une
augmentation bestiale des cadences, provoquera, dans les temps forts,
de violentes séquestrations de directeurs ou de cadres supérieurs.
Au quotidien, la lutte prend la forme d'un harcèlement permanent,
riposte à l'impitoyable "chrono" des "petit-chefs"
aboyeurs.
Ce sont eux qui vont devenir la cible privilégiée de nos
"actions de partisans", dans ou aux abords immédiats
des usines, à partir d'une stratégie soigneusement réfléchie,
ancrée au cœur de la réalité du moment, et
pas de "coups de chaleur" improvisés à
la va-vite, voire de fantasmes...
Et bientôt nous passerons des pots de peinture à la création
de véritables "Groupes Ouvriers Anti-Flics"
(GOAF, lire page), et autres "Milice Ouvrière
Multinationale", ou "Brigade antifasciste
Beylot-Blanchet" (lire page).
Cible privilégiée: la petite maîtrise au contact direct
des O.S., et, pire encore, des "régleurs", sur les chaînes
- des ouvriers "lèche-cul", sortis du rang, et payés
quelques centimes de plus pour veiller à la constante accélération
des chaînes où s'échinent leurs anciens frères
de misère...
Flins, juin 1969: "Les longs
cheveux vont revenir...".
"Les longs cheveux vont revenir...". Dans son spacieux HLM proche
de l'usine de Renault-Flins, où il est un des éléments
de base - avec Julien - du "groupe ouvrier" que nous tentons
patiemment d' "édifier", Guy nous décrit les bruits
qui courent autour de lui, en ce début du mois de mai 1969 - à
l'approche de la commémoration, annoncée urbi et orbi, des
événements magiques, puis tragiques, qui avaient enchanté,
puis endeuillé, l'année précédente.
"Les longs cheveux vont revenir...":
sous le manteau, de chaîne en chaîne, couvert par le grondement
permanent des machines et le fracas du métal, lui aussi, comme
les hommes qui le traitent, soumis à la torture, c'est l' "annonce
faite à Marie" qui imprègne les esprits d'espoir
dans ce bagne industriel...
Avant de nous ouvrir sa porte, Guy, un ouvrier professionnel
hautement qualifié (O.P.), d'une quarantaine d'années, à
jeté un œil méfiant sur notre véhicule, de sa
fenêtre..
C'est ma grosse moto noire. Belle et bonne, elle est simple - et n'a rien
à voir avec l'éclatante Jaguar du "maître
de forges" Henri de Wendel, dans laquelle Charles-Henri de Choiseul-Praslin,
son beau-fils, lui-même descendant d'une prestigieuse famille de
ministres à la Cour du Roy, d'ambassadeurs de France, et finalement
d'un officier français mort au combat contre les troupes allemandes,
en terre d'Afrique, était venu lui rendre visite en compagnie de
Jean-Claude Vernier, quelques semaines plus tôt.
Charles-Henri préparait son "établissement"
sur les chaînes de Flins..."Vous êtes cinglés!,
avait dit Guy...Je suis connu, ici...Garez-ça où
vous voulez, mais pas sur mon parking!"
Nous tentons de garder secrète, le plus longtemps possible, les
mesures pratiques que nous avons en tête pour donner corps à
l'idée, connue, elle, de tous, de faire, en juin 1968, une éclatante
démonstration de fidélité à notre premier
mort et aux valeurs qu'il portait, celles de "servir le peuple"
et de "La Cause du Peuple" - et qui sont aussi, et,
à ce jour, demeurent, celles de Julien, Jean-Claude, Charles-Henri,
et d'un bon quart des autres (impossible de retrouver la trace de Guy...)
Nous tentons de cacher nos plans précis, sinon nos intentions,
mais de les dissimuler "aux yeux de l'ennemi", pas
"dans les masses", où les combattants que nous
sommes, loin d'être des forcenés de la "clandestinité
pour la clandestinité" , recherchent en permanence contact,
contrôle, idées - et oxygène...
Et c'est par une "campagne de masse", donc, aussi (au
cœur de nos méthodes depuis l'époque des C.V.B.) que
nous engageons la "préparation politique" de ce "retour
des "longs cheveux".
On nous attend. Au Ministère de l'Intérieur,
comme chez son collègue de Défense - et chez les ouvriers.
Nous le savons. Mais il est hors de question d' esquiver
l'échéance, la responsabilité qui est la nôtre
devant les ouvriers, sous le regard de Gilles, présent sur nos
affiches - et l'opportunité, aussi, que la situation nous offre.
A nous de "résoudre cette contradiction", difficile,
et d'inventer, avec les ouvriers, et, dans le cas précis, Julien
et Guy, la forme de la bataille.
Il nous faut bien choisir le moment exact de notre intervention
- rester maîtres du temps.
Histoire de tester le terrain, des urnes ont été brûlées
en plein jour le plus près possible de l'usine de Flins, au cours
de la campagne de boycott du référendum, en avril - comme
ont été incendiés des panneaux électoraux
aux abords du Centre de tri PTT de la gare d'Austerlitz où le descendant
de l'ancienne lignée des "Kruse" du Schleswig-Holstein,
péninsule longtemps contestée entre Prussiens et Vikings
(deux peuples aux rudes sourcils...) sur les rives de la Baltique, et
des Peugeot de Montbéliard, est allé s' "établir"
dès la rentrée 1968 - précédant, mais de très
peu, son ami Charles-Henri, descendant, lui aussi, comme le fils
de mandarin Zhou Enlaï, en Chine, d'une "très
grande famille"...
Cette "campagne de masse", les militants d'une "G.P.",
dont les media ne vont commencer à "populariser" le sigle
qu'après l'éclatant succès de notre "opération-retour"
à Renault-Flins, ce 17 juin, la mènent partout. Et notamment
sur les marchés. Et par exemple, sur celui de Montrouge, où
la police a eu la grande satisfaction de les empêcher de diffuser,
le 8, dans le cadre de cette "mobilisation" pour Flins, le numéro
3 de La Cause du Peuple - avec ses articles sur le pot de peinture de
CODER, à Marseille, ou sur les sabliers-chronos des fustigeurs
d'esclaves des Pharaons, avec leurs longues lanières, à
l'occasion de la bataille de PERMALI-Nancy sur les cadences...
Bloqués le 8, nous sommes revenus le 15, avec le "coup
de la chèvre", qui électrise nos gars
- et nos jeunes filles, car toutes les actions de la G.P., sont
l'œuvre de groupes mixtes, où beaucoup ont
étudié les "Ecrits militaires" de Mao,
empreints de l'idée qu'un "style" doit exister
aussi dans le combat. Il est fait de ténacité au cours d'engagement
répétés et rapprochés, de calme dans la défaite,
et de modestie, dans la victoire.
Entre le 8 et le 15 juin, donc, après l'échec, porteur,
du 1er mai, nous avons laissé passer le 10 - un an pile
après les affrontements de masse de la "résistance
prolétarienne" autour de Flins, et la noyade de Gilles.
C'est en grande partie volontaire - problèmes d'organisation aussi,
nous sommes très ambitieux, et dans le détail, rien n'est
simple.
..
C'est donc le 17 juin qui sera notre jour J.
Nicole Linhart, femme de Robert, une brune ravissante à la détermination
de fer, capable de claques retentissantes quand on insulte son "mec",
et ses principes, conduit la camionnette de location où se sont
engouffrés, tous pile à l'heure, les membres du "commando
de porte" dont on m'a confié la responsabilité.
Nous sommes une douzaine, soigneusement sélectionnés et
choisis, non pour leurs capacités physiques, ou leurs talents de
"frappeurs", réelles pour quelques-uns, mais
pour leur caractère bien trempé.
Pas question d'hésiter, de mollir, ou de flancher: tout
le succès de l'opération repose sur nous.
Secondé par Roland Guegenbach, je dois conduire
ce groupe, que Nicole a "largué", en douce autant qu'
"au top", à portée de fusil de la grande porte,
marquée par une "barrière de passage à niveau"
rouge et blanche, et une guérite de "chiens de garde"
à casquette, qui marque l'entrée de cette immense usine,
située alors en pleine campagne, dans un décor champêtre
dont nous avons minutieusement étudié la configuration,
sur carte d'état-major, avant d'envoyer des "éclaireurs"
se livrer à des "repérages", sur le terrain -
et baliser, surtout, un "itiinéraire de repli" convenable,
malgré l' "encerclement", inévitable, par des
"forces de l'ordre" déjà en "alerte rouge"...
La mission de notre "équipe de pointe" s'inscrit dans
un plan d'ensemble.
Sous couvert d'une banale distribution de tracts, nous devons nous préparer
à "prendre" la porte, et à la tenir, quoi qu'il
arrive, dès qu'un premier gardien apercevra, à plusieurs
centaines de mètres sur sa droite, la colonne principale, avec
ses drapeaux, ses banderoles, et leurs longs manches de bois épais.
C'est elle qui doit faire pénétrer dans la cour
Alain Geismar - bien connu des ouvriers depuis sa participation aux émeutes
de l'année précédentes, attribuées à
de fantômatiques "groupes Geismar"...
Après, advienne que pourra - et surtout, nous y comptons bien,
une bonne "chicore" avec les "petits chefs
racistes".
L'usine tourne avec une main- d'œuvre d'origine essentiellement agricole,
mais d'un prolétariat rural appâté par des armées
de "recruteurs" qui ont sillonné jusqu'aux petits "bleds"
perdus au fin fond du Maghreb, après avoir ratissé la Beauce,
l'Île de France, et tout le grand ouest.
Des "technocrates fous" ont rêvé de créer
ici, sur une boucle de la Seine d'où la production pourra s'évacuer
sur des trains de péniches, loin des rumeurs ouvrières de
Paris et du premier cercle de ses banlieues alors réputées
"rouges", un nouveau "modèle d'usine", avec
productivité record pour un investissement minimum - un troupeau
soumis sur les chaînes fabriquant des bagnoles en série,
pour moins cher que des machines...
Mais le "troupeau" n'est plus soumis. S'il l'a été,
un jour...
Etrangers à la vieille classe ouvrière traditionnelle et
peu encadrés, du coup, par les lourdes bureaucraties syndicales,
les "révolutionnaires prolétariens de Flins"
sont devenus, en juin 1968, les plus durs des plus durs - alors que peu
à peu, les autres grévistes se rendent. Ils se moquent comme
d'une guigne des consignes électorales, et aiment ces "longs
cheveux" d'étudiants - qui ne les ont pas lâchés.
Nous les aidons, depuis, comme nous pouvons, à formuler leurs objectifs
de lutte. Et nous leur soumettons des méthodes d'action inspirées
de ce que les "prolos" G.P. de Saint-Dizier - qu'est
allée renforcer, en s'y établissant, notre ami "Momo"
- appellent "la division réactionnaire entre cerveaux
musclés et bras musclés".
Ce que le "Comité d'Action Révolutionnaire"
(C.A.R.) de Renault-Flins traduit, dans son langage à
lui, par son "refus de trimer comme des robots":
"Contre les cadences, nous nous révolterons, si
la direction nous met sur le pavé, elle prendra le pavé
sur le coin de la gueule"
Dans la cour de Flins, donc, tout se passe à peu près comme
prévu.
Le "commando de porte", dont les gardiens ont soigneusement
examiné le style avant de bouger, mais avec une lente prudence,
n'a pas eu besoin de distribuer la moindre gifle. Dissuasif, il a tenu
l'entrée sans coup férir - avant de s'effacer comme à
la parade pour laisser pénétrer la "manif", que
nous avons regardé grandir en s'approchant de nous, magnifique,
à sa sortie de l'église - le curé, comme tant d'autres,
dans les régions ouvrières, est un "copain"...
La jonction s'est opérée à l'heure H et à
la minute M, celle du changement d'équipe, où des milliers
d'ouvriers vidés de toute énergie croisent ceux qui arrivent,
tous rayonnant dans la joie de revoir leurs amis de 1968, avec leurs grands
portraits de Gilles Tautin ouvrant ses beaux yeux noirs chargés
d'espoir, et son tendre et joyeux sourire de 17 ans. Le tout, noyé,
comme au jour de ses obsèques, dans une marée de drapeaux
rouges, tandis que retentissent chants et mots d'ordre scandés
avec puissance...
Solidement encadré, Geismar a pu dire quelques mots, à la
sono.
"Gilles, avait déclaré un de nos "prolos"
de Flins sur la tombe de notre jeune camarade, le jour de l'enterrement,
"le don de ta jeune vie pour la cause du peuple ouvrier éclaire
maintenant ceux qui jusque là dormaient. Par ton exemple, ton courage,
la lutte continue, et continuera jusqu'à la victoire. Gilles tu
seras vengé..."
Contrat rempli.
Quelques dizaines de "petits-chefs" musclés,
survoltés, chargent à coups de barres de fer notre rassemblement
recueilli, dans la cour, au moment ou un ouvrier de l'usine, à
son tour, vient de dire quelques mots au micro.
Nous n'attendions que ça.
Ils en veulent? Ils en ont.
Nos jeunes de Massy, Jean-Pierre Liban, et son ami Maxime C. se distinguent,
au premier rang. Ils les reçoivent de façon adéquate,
et les renvoient, sans fioritures, dans leur 22 mètres.
Le sang coule.
Dans les rangs des combattants du Retour, de la Mémoire - et de
la juste vengeance...- un Corse se signale par sa bravoure. "U
cervu" ("le cerf"),
Ancien du G.P.A. d'élite du C.V.B. de Louis-le-Grand, il m'a rappelé,
quand nous nous sommes revus, pour ce livre, à Ajaccio où
il est revenu "vivre et travailler au pays", comment
nous nous étions connus avant de nous voir, dans la grande cour
de Flins, pour la dernière fois, 38 ans auparavant, donc.
Nos réunions sur le Vietnam, au lycée, il n'avait "rien
contre", expliqua-t-il un jour à un de ses condisciples
d'hypokhâgne venu faire auprès de lui son devoir de prosélytisme
militant. "Mais bof!"...En revanche, s'il y avait "quelque
chose de sérieux à faire contre les "fafs",
banco! -"Pour ce genre de choses", il souhaitait
être mis en contact direct avec un responsable, spécialisé.
On l'avait donc conduit à la petite piaule que j'occupais chez
une vieille tante, toute proche du lycée. Il était neuf
heures du soir. Complètement claqué, nous militions sans
trêve, je dormais déjà...
Ensuite, parmi d'autres choses, il se souvient du métro Villiers
- et de "Polo" couvert de sang, sa grande barre rouge
et blanche de chantier brandie comme une hallebarde; et enfin du joli
petit baby-gros jaune que lui et sa compagne (Fauchon: "fauchons!"
Lire page) nous avaient envoyé à la naissance de notre Julien,
en novembre 1972 - sachant que la Maman était seule, et le jeune
père en prison.
Le premier enfant d' "U Cervu" et de sa femme allait naître,
lui, un mois plus tard...
Par les bois et les collines,
sous les aboiements des chiens
policiers,
le repli bien organisé
de la "colonne d'attaque"
- et, au gué d'une petite
rivière, le baptême de la G.P...
(suite
col de droite, accès par clic
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Par les bois et les collines,
sous les aboiements des chiens policiers,
le repli bien organisé de la "colonne
d'attaque"
- et, au gué d'une petite rivière,
le baptême de la G.P...
A la "réunion de bilan" de l'opération de Flins,
il me sera reproché,, d'avoir laissé se disperser le "groupe
de porte", après l'entrée réussie dans la
cour de l'usine - et d'avoir mal utilisé cette "force spéciale"
au moment de la "castagne" générale.
Je l'ai reconnu.
C'était parfaitement vrai.
Nous n'avions rien prévu pour le groupe, à ce stade.
Très "service service", selon mon habitude, j'avais
concentré toute mon énergie sur la mission qui nous était
impartie, celle de "commando de porte" - et je m'étais
complètement relâché, une fois l'essentiel fait.
Me contentant, nous avons pu l'analyser sur le film inévitablement
réalisépar J.P.O., de veiller au grain, en deuxième
ligne, et de balancer une paire de mawashi geri trop rapides, et donc,
peu appuyés, dans les basses côtes d'un fou armé
d'une sorte d'énorme outil métallique qui ennuyait Jean-Pierre
Liban.
Ensuite, au moment de la sortie, dont nous avions décidé
le moment, ensemble, on ne peut plus calmement - il nous restait peu
de temps avant l'arrivée, prévue des "tuniques bleues",
et l'encerclement de toute la "zone usine" - j'avais commis
l' erreur, que, là, je me reproche, de laisser Olivier Rolin,
"Antoine", maître de bal, faire demi-tour, tout seul,
d'un coup, sans dire un mot et sans prévenir, quittant le groupe
que nous formions ensemble, en arrière-garde, pour aller rechercher,
au cœur d'une mêlée qui venait de se former, le "petit
Maxime" de Massy...
Traînant derrière, ce blondinet frisé mince et souple,
d'apparence fragile, mais toujours sur les points chauds, s'était
fait sérieusement "accrocher" par une bande de "petits-chefs"
excités.
Il a failli se faire lyncher.
Olivier a entendu un cri, ou le bruit de coups. Il est retourné
dans la mêlée, sans nous appeler, et l'a ramené
- un bras cassé.
Puis nous sommes partis, dans les prés verts, baignés
par la douce lumière d'un après midi de printemps, aux
portes de l'été, heureux d'avoir atteint notre objectif,
pleins du souvenir de Gilles, et de son sourire - comme de ceux des
ouvriers de l'usine, ravis de notre "come back" et surtout
de la "tannée" infligée à leurs garde-chiourme,
écho de celle que nous avions mise, ensemble, aux C.R.S., l'année
d'avant...
Vexé d'avoir raté Maxime, et Olivier, je fermai cette
fois la marche, sûr d'être le dernier...Comme "U Cervu"
l'a fait aussi, me révéla-t-il, à Ajaccio - je
me laissai même un instant décoller, juste pour le plaisir
de contempler le spectacle de la "colonne des 15O" serpentant
au flanc d'une colline, à la recherche de notre "itinéraire
de repli"...
Un avion d'observation de la gendarmerie tournait au-dessus de nous.
Nous nous sommes engagés sous le couvert d'un petit bois, pentu,
pour le semer, tandis qu'à nos basques commençaient à
retentir les aboiements des chiens-pisteurs tenus en laisse par leurs
maîtres des premiers "escadrons de chasse" lancés
à nos trousses.
Aucun de nous n'oubliera jamais ces moments - du robinet trouvé
aux portes d'une vieille ferme où, chacun à son tour,
et dans le plus grand calme, nous nous sommes partagés quelques
gorgées d'eau fraîche, au petit affluent de la Seine, peu
profond, où pour larguer les chiens, nous avons pataugé
jusqu'à mi-cuisse, courbés sous des branchages, sur quelques
centaines de mètres, avant de changer de rive.
Les filles tenaient le choc, brillamment, Olivier, grimaçant
de douleur, serrait comme il pouvait son bras, et Geismar, surprenant
de vitesse autant que de vaillance, trottinait sur ses courtes pattes
comme un crack des paddocks au meilleur de sa forme...
Un "pisteur" maladroit ayant perdu ses repères, nous
avons raté le rendez-vous avec nos camionnettes, et c'est Alain,
toujours parfait, donc, ce jour-là -il s'est "rattrapé"
depuis...- qui a su utiliser une cabine téléphonique assez
éloignée de notre dernière halte pour alerter,
par une série de coups de fils prudents et indirects, ses anciens
amis du S.N.E.sup.
Bien après la tombée de la nuit, couchés dans l'herbe
parfumée, à couvert, nous avons attendu les voitures...
Une par une, elles sont venues. Embarquant d'abord Olivier, plus quelques
autres blessés.
J'ai eu le temps de dormir une heure, au moins, tranquille, le cœur
plein de bonheur, avant de prendre le "dernier wagon", comme
un Capitaine quittant son navire s'enfonçant doucement dans la
mer grise, le tout-dernier, pour le principe, et d'aller retrouver mon
plumard, crevé, mais satisfait...
"C'est à partir de Flins" (1969) "qu'une organisation
maoiste commence à exister en France", commente La Cause
du Peuple, dans son numéro 10, paru le 3 juillet suivant.
La cour de l'usine, investie sans coup férir, puis défendue
sèchement, les honneurs rendus, au prix d'un peu de sang, à
la mémoire de Gilles, et l'impact énorme, à Renault-Flins
même, mais bien au-delà, de cette opération spectaculaire,
conclue par un repli sans pertes, rendent célèbre, partout,
le nom de la Gauche prolétarienne.
Amers, les groupuscules nous reprocheront de n'avoir pas été
capables d'entraîner tous les ouvriers de Flins dans la bagarre.
Heureusement! Ce n'était pas le but, loin de là. Seul
de nos militants de l'usine à n'avoir pas pu se retenir, et à
s'être jeté de tout son poids dans la fournaise, après
avoir été provoqué par un "régleur",
Julien, qui avait "sonné" l'homme d'un seul coup de
poing à assommer un bœuf, fut évidemment licencié,
dès le lendemain. Il restera un militant précieux et dévoué,
sur l'usine, puis sur toute la zone des Mureaux, auteur, aussi, d'éditoriaux
musclés, concis, concrets et clairs pour nos journaux.
Jean-Claude Vernier et Charles-Henri sont restés jusqu'à
ce jour ses amis proches, - mais pas ce grand dadais de Jean Rolin,
ajouté, ce jour-là, au "commando de porte",
pour faire plaisir à son grand-frère...
Sans oser toutefois le nommer, Jean devait écrire sur Julien,
désigné sous forme d'insinuations d'une ignominieuses
d'une immense lâcheté, des choses dégoûtantes,
dans un de ses écrits sordides de repenti, "L'organisation",
paru vingt ans plus tard - médiocrement écrit, mais salué,
comme il se doit, par la critique...
Olivier, de son côté, ne manquera pas d'en rajouter une
couche dans son - désolant...- "Tigre en papier".
Révélant, au passage, des fantasmes qu'on ne lui connaissait
pas, notre "Antoine" alors en manque de sa douteuse "Cléopâtre"
(lire page) évoque une nuit passée, au cours d'un "stage
de formation" dans un lit partagé avec "Juju de Sochaux",
un personnage de synthèse dont il dit beaucoup de mal - et qui,
de plus, lui aurait "tâté les couilles", doucereusement,
le réveillant en plein sommeil, sans que celui que les ouvriers
de Billancourt allaient baptiser, plus tard, "Le Maréchal",
saisi, ou séduit, ose lever...un sourcil...
Il est vrai que dans le même "livre", salué lui
aussi, pour les mêmes raison, par la critique, Olivier révèle
sa fascination d'antan pour l'exceptionnelle "beauté",
le déhanchement, et les jolis foulards selon lui blancs d'un
des rares fils de la très grande bourgeoisie militant avec lui
la G.P., qu'il nomme Delacroix (De la Cruz) - et où beaucoup
ont cru me reconnaître.
Il y moque aussi, de façon répugnante, "Pompabière",
un des plus solides militants ouvriers maos, ami fidèle de Pierre
Overney, devenu un élément de base de notre "branche
armée", la NRP.
Olivier, qui se consacre aujourd'hui, avec le courage qu'on imagine,
à un "combat" verbal boursouflé, plein d'emphase
et de pos, contre l'hydre sans cesse renaissante, en France, de l'antisémitisme
- dans la luxueuse revue "néo-cons" de son ami le sarkoziste
André Glucksman à laquelle il collabore assidûment
- a surpris beaucoup d'entre nous, enfin, dans le même livre,
par le surnom un tantinet méprisant choisi pour évoquer
un autre de nos frèrers de combat dans cette "petite maison"
clandestine, alors soudée: "Fichaoui".
Le "petit juif" ainsi ridiculisé, "pied-rouge"
intrépide, rigolard et modeste venu de la communauté juive
d'Algérie, porte un nom nom en "aoui", sans aucun rapport
avec l'acide "fichu" , ou "je m'en fiche"
- "Fichaoui", donc, c'est du Céline, Olivier - dont
tu admirais tant, toi, quand nous partions ensemble en vacances dans
ta vieille 11CV Citroën, au Castellet, "le style"...
Suite: Le Parti du
travail ici
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