26/03/08 23:20

 


 

 

 

 

 

 

 

 



REBELLES, l'histoire secrète des "maos" de la gauche prolétarienne (1967-1973) - et ce qui s'ensuivit (1973-2008...)

I

La politique du choc

1. Vietnam: ici

2. Mai 68

 

 


-Introduction (extraits)

OSONS!

 

- N'ayons pas peur!


Osons être nous-mêmes - ensemble...!


- Osons penser, osons agir (...), affronter les dangers, en nageant à contre-courant, dans le fil d'une idée qui soit un idéal - et notre existence même, nous qui n'avons qu'une exigence, absolue: ne pas "vivre et penser comme des porcs"...


Et rien à voir, même si, ici, clairement, on s'y réfère, avec "N'ayez pas peur!", cette apostrophe pleine de superbe d'une très haute figure de l'esprit, entrée dans l'histoire des hommes, la plus belle.


Car le pontife parlait à d'autres ( "N'ayez..."). Du haut d'un magistère que nul n'est obligé de lui reconnaître, si le respect, en revanche, lui est dû, pour ce qu'il fut, et demeure, dans nos mémoires.


Ici, c'est Nous: "N'ayons..."


Car c'est ensemble, et sur le pied de la plus stricte égalité, que nous faisons face au Discours de la Peur, forme répétitive, mais pas dépourvue d' efficace, du Discours de Pouvoir.
Peur de notre passé, du présent, de l'avenir, de l'autre, de soi-même, et maintenant d'un cosmos, qui, sous le feu de nos industrieux péché, refermerait son couvercle de gaz, cocotte-minute, pour nous bouillir (belle intox "gore" de l'astucieux Al Gore, dans un monde où le Parti de l'Argent stipendie des politiciens milliardaires autant que de misérables philosophes de trottoir et/ou des renégats de l'action en commun pour le progrès humain (...) constitués en milice de la pensée, organisée.


Pour rester donc, jusqu'à la fin, selon le mot du chevalier Bayard, "sans peur et sans reproches", et pour le rester, ensemble, puisque ensemble nous sommes, et l'individu solitaire, un artefact, puisons la force nécessaire aux sources d'un passé qui ne peut pas passer, celui des soulèvements de la vie: à commencer, c'est le plus oublié, parce que le plus nié, et renié, par le dernier...


Filles et garçons: la rébellion des "jeunes gens en colère" de la "Gauche Prolétarienne" (G.P.) a illuminé tout l'après-68 de son étrange soleil, suivi par une étrange éclipse.


Porteuse d'une parole vive, toute vibrante d'insolence, au tranchant du concept et dans la langue du peuple - et toute en actes, surtout.. - ella a marqué de son sceau toute une époque. Et d'abord, ses combattants eux-mêmes: devenus, sur le "fil tendu au-dessus de l'abîme" où s'inscrivaient les premiers pas de funambule d'une très longue marche, "ceux par qui le scandale arrive".


Phénix renaissant sur les cendres encore tièdes d'un "soulèvement de la vie" (mai 1968) retombé en tas triste aussi vite qu'il avait surgi, puis renaissant encore d'une première mort légale, son interdiction par décret spécial en conseil des ministres, en mai 1970, le mouvement des "maos" comme allaient nous baptiser bientôt nos amis ouvriers, allait porter le défi jusqu'à démentir le joli mot de de la " british barbouze " Ian Fleming, créateur des "James Bond": "On ne vit que deux fois " - le jour de sa naissance, et quand la mort frappe à la porte...


Il se trompe, en effet, cet intellectuel-tueur, formé, comme tous les hommes de l'ombre de la "perfide Albion", dans les plus hautes universités du pays, avant une série de stages effectués chez les célèbres S.A.S., où l'élite raffinée de la snob "gentry" apprend à pratiquer le métier d'étrangleur, d'empoisonneur, de tueur au poignard, à main nue ou à l'aide d'un vulgaire stylo, enfoncé dans l'œil du "méchant" d'un coup sec, jusqu'au cerveau (en l'absence d'instrument pointu d'écriture, utiliser une aiguille à tricoter, surtout si vous êtes une femme, une vulgaire aiguille, mais assez longue, ou le majeur, alliance comprise, s'il y a; bien se laver les mains après, avant ce n'est pas la peine...).
"On vit au moins trois fois", démontre l'expérience de la force mao. Car la G.P., devenue "ex-GP", ou "La Cause du Peuple", du nom de son journal, qui dit tout, a survécu, et survit, à sa deuxième mort: la liquidation de cette étonnante aventure décrétée par un noyau dirigeant décomposé, saisi par le désarroi et la panique, le Jour des Morts, à la Toussaint 1973, au cours de la pitoyable "A.G. des Chrysanthèmes", à Versailles.


Les dirigeants-fondateurs, dégringolés d'un train qu'ils croyaient à l'arrêt, sont devenus, à quelques rarissimes exceptions près, le germe d'une secte de repentis, ou de renégats, comme on voudra, renonçant honteusement à poursuivre dans la voie tracée au prix du sang et de la prison, et vendus - pour pas cher...
Mais se vendant - après tout, bon débarras, auto-nettoyage des sanisettes Decaux sur les boulevards...- ils ont vendu, c'est crime, et cette Histoire, et sa Mémoire, aux pouvoirs que nous avions défiés du haut de nos vingt ans, âge d'un soleil de feu, de toute notre impudence. Et le moment est venu, donc, d'apporter à ce forfait la correction, qu'il exige.


La - "sulfureuse"... - stratégie

des

"actions de partisans"

 


L'épopée de la "GP", devenue saga d'une "mouvance mao" informe, insaisissable, reste gravée dans les mémoires par les « actions de partisan ». Elles constituent sa "marque".
Spectaculaires, iconoclastes, et parfois, mais pas toujours, d'une vraie violence, au sang, ces actions n'ont rien d'improvisé, d' "anar".
Elles sont soigneusement dosées…
C'est la surprise faite à ce gardien de la paix, affairé à un feu rouge, dans le XIIème arrondissement de Paris. "Chopé" brusquement par derrière, il est "soulagé", tout en douceur, de son arme de service.
"On" la remplace par un pistolet-jouet d'enfant, glissé par la grosse main musclée d'un métallo de Renault-Billancourt dans l'étui administratif d'origine du fonctionnaire "saisi", à sa ceinture.
Le tout sans coup férir, et avec le sourire, en prime, du deuxième "équipier" du "groupe de trois", dont on va lire le témoignage, recueilli en 1977, puis confirmé en 2007 (page...).
"Numéro deux" - Billacourt, aussi, prolétariat de la métallurgie, toujours, a surgi de la foule à la seconde S.
A "S+ 1", "numéro 3" distribue aux badauds, intrigués, puis alléchés, et enfin, attroupés, un tract d'explication: "Désarmez la police!"
Il ne s'agit pas d'un jeu.
Quelques jours plus tôt, Porte Maillot, un autre "gardien de la paix", affecté lui aussi, officiellement, à la gestion paisible de la circulation, a tiré à bout portant, et presque à bout touchant, une balle au cœur de la poitrine de Christian Riss, fleuron, s'il en fut, de la prestigieuse Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, "établi" comme ouvrier spécialisé (O.S.) dans la même usine de Billancourt pour y développer l'action de la G.P., devenue, un an plus tôt, l'" ex-GP", sans un instant lever le pied - après l'interdiction légale du groupe, par décret spécial adopté en urgence en conseil des ministres, le 27 mai 1970.
Christian ne menaçait personne.
Comme les autres combattants de son groupe, déjà éparpillés, il appliquait paisiblement une consigne de dispersion-éclair, dans le calme.
Une centaine de militants déjà bien endurcis, dont un honnête quota de véritables combattantes, opérait un retrait dans l'ordre et dans le calme, sur des axes d'éclatement différents, après une attaque impeccable, menée " en groupe, à force ouverte", et en plein jour, contre l'ambassade de Jordanie, toute proche - côté Neuilly.
L'opération, parfaitement exécutée et réussie, sans l'ombre - jusque là...- d'une "bavure", visait à apporter, à coups de bouteilles incendiaires, une riposte digne de ce nom aux effroyables massacres de Palestiniens, civils et militaires, hommes, femmes enfants et vieillards des deux sexes, assortis de tortures et de viols de masse, réalisée par les soudards du Roi Hussein, un potentat "fantoche", coqueluche de la presse "people" - en fait entièrement dans les mains de Washington, et d'Israël...Septembre noir...
Contre ce monstrueux "pogrom", pulvérisant tous les records du genre, dont les flammes, allumées en septembre 1970, faisaient retour en ce beau mois de juillet 1971, ajoutant encore des tombereaux de cadavres mutilés, torturés, aux dizaines de milliers de victimes déjà dans les statistiques de l'horreur, -sous l'œil humide des "grandes puissances", URSS comprise - se contenter des mièvres "manifs", paisibles, de la gauche plan-plan et de ses innombrables filiales, plus ou moins "sponsorisées", de l' "extrême gauche" légale des "RRRRRévolutionnaires" financés par subventions municipales, ou par l'Etat, nous semblait manquer de dignité...


Fauchon: "Fauchons!"...


Sur un plan plus festif, on se souvient d'une autre "opération politico-militaire" de la G.P., menée à grand fracas contre un des plus riches marchand de bouffe de grand luxe des beaux quartiers parisiens - Fauchon: "Fauchons!"...
Toujours aujourd'hui de qualité, l'établissement de la Place de la Madeleine, connu du monde entier, est pillé, en groupe, "en groupe et à force ouverte", toujours, en plein jour...
Caviar et petits fours sont ensuite redistribués, par sacs entiers, aux immigrés de foyers ou de "bidonvilles de la honte" (cent-dix-sept à l'époque, selon les chiffres du Premier ministre Chaban-Delmas, pour la seule région parisienne..).
La Gauche prolétarienne réalise alors dans ces lieux d'une misère telle qu'on ne la voit, habituellement, que dans les reportages télévisés sur l'exotique Tiers Monde, un patient travail d'implantation militante...


Mais les "actions de partisans", ce sont aussi, d'un bout à l'autre du territoire, et de Marseille à Dunkerque, en passant par Nantes, la Seine-Saint-Denis, ou les Hauts de Seine, les grands seaux de peinture, , bleue, rouge, jaune, ou verte, lancés à la volée à la face de "petits chefs" sélectivement choisis parmi les plus pervers, les plus nuisibles - et les plus racistes...Actions réalisées devant les ouvriers, aux portes des usines, et jusqu'à à l'intérieur des ateliers, souvent par d'autres ouvriers venus, foulard sur le visage, d'une entreprise voisine, ou d'un autre atelier de la même "boîte"...
Sans préjudice d'éventuels "cassage de gueule", si possible aussi devant tout le monde - dans les cas où l' "avertissement pictural", lui aussi préparé, accompagné, ou suivi, de tracts détaillés d'explications, ne s'avère pas suffisant...C'est, hélas, assez souvent le cas...
Dans d'autres circonstances, les militants, investis prioritairement dans les usines ou les "zones-usine" - on parlait moins de "banlieue", et les "bannis" relégués dans la périphérie des prospères métropoles avaient au moins, sur place, un vrai travail... - s'y consacrent à l'organisation, patiemment mûrie, de mouvements collectifs "sauvages", hors de tout cadre légal ou syndical...
Attentats visant à sanctionner les "assassinats" d'ouvriers (accidents mortels du travail, dus à la négligence d'un cadre, ou à des économies bestiales sur la sécurité); "coulage" et jusqu'au sabotage pour briser les "cadences infernales", sur les chaînes de montage; plasticage d'une feuille de chou de l'extrême-droite raciste, suivi par un "autodafé" public de la-dite feuille, par des centaines d'ouvriers immigrés, mobilisés par la G.P., agissant eux aussi "en groupe, à force ouverte", et en plein jour, au cœur d'un XVIIIème arrondissement de Paris alors maladivement gangréné par le racisme...


La "branche armée", clandestine, insolemment construite par les "Maos", allait même risquer, à tort ou à raison, quelques enlèvements d'otages politiques ou patronaux, dans le style des Tupamaros d'Uruguay - "à la sud-américaine"...


Politique du peuple: souverain...


Mais la G.P., ce n'est pas "la violence".
Nous ne sommes pas "des casseurs".
Même si une presse déjà couchée, et de graves intellectuels, déjà séniles (l'âge n'y est pour rien, ça se reproduit bien, et il en reste...), nous en font doctement le reproche..."Terroristes!" "Fascistes rouges!" "Hitléro-maoistes!"
(...)
La G.P., c'est la Politique.
Pas celle des rituels électoraux, et de la danse du ventre tiédasse d' "élus de la République", sélectionnés sur de stricts critères de classe excluant, en général, les "fils du peuple", à l' issue de cérémonies "démocratiques", autour d'urnes plus ou moins truquées par des partis plus ou moins pourris - mais toujours, y compris pour les plus "révolutionnaires", financés par l'Etat...
Non. La politique au sens d'action politique.
Démocratie active, démocratie en actes, et action, donc, directe, de préférence - et, aggravons encore les choses - "au service du peuple".
Mais d'un peuple conscient de lui-même, donc de sa force, et réellement acteur de son destin.
Acteur, au sens d'"acte", et pas de comédie, de simulacre...
Ce "peuple" les "GPistes" savent bien - ayant lu, pour les fondateurs en tout cas, issus des Temples les plus sacrés de la culture classique - le Platon de la "Cité", le Rousseau du "Contrat Social", dans leur droit fil, Lénine, et Mao, que, s'il ne veut pas être, ou rester, "populace" , mais exercer pleinement sa fonction de "souverain" ( de"superanus", celui qu'aucun pouvoir ne domine: Rousseau désigne le peuple comme "Le Souverain"...), une condition est à remplir. Une action délibérée, en cela, précisément, révolutionnaire doit l' '"instituer" en peuple (Rousseau, encore)...Ce n'est pas donné d'avance.
Et c'est tout le temps à faire, et à refaire.
Car ce "peuple", dont la politique des tréteaux, devenue télé-ralité, se gargarise, autant que dans les faits elle le dénie, n'est pas une donnée abstraite, figée, immuable.
C'est une réalité complexe, mouvante, vivante, et donc mortelle - car tout ce qui vit meurt, ou peut mourir...
"Le Souverain", entité noble, par excellence, est sujet, donc, à des facteurs permanents de régression, de division, de dissolution...
Il court toujours le risque de se régresser, se décomposant en une apathique et difforme "multitude" d'individus atomisés, solitaires, égoïstes - indignes du mot "peuple" qui fonde leurs droits...
Contre ces tendances lourdes, cancer de la société, de la politique, de la démocratie, de l'Histoire, nous nous voulons les outils d'une action forte, directe, profonde, quasi physique, quasi charnelle - "au sein du peuple"...
Ainsi, unie, mettant en œuvre la force dont elle a pris conscience, autant que de ses "droits", la vaste communauté humaine, forgée par une histoire longue soudant couches et classes d'une société diverse contre un danger commun, qui peut être un ennemi, intérieur, ou extérieur, devient ou redevient - Retour à l'origine: Révolution! - une réalité historique, dynamique...
Pareille Résurrection, pareille Renaissance, requiert un travail de titan.
Il exige l'ambition d'une révolution touchant au plus profond de la "nature humaine". Jean-Jacques l' a vu et dit le premier, source où s'abreuve le "Président Mao" de la "Grande Révolution Culturelle Prolétarienne", cet exotisme "barbare" issu du cerveau - français - de l'amoureux de Genève la paisible...


"Au service du peuple", donc, mais d'un peuple réel, concret, fait de gens bien réels...
"Petites gens", comme on ose encore penser, mais plus dire..."Gens de peu"...Peuple d'ouvriers d'abord, et d'ouvriers de la grande industrie dont la "valeur travail" est source

de l'essentielle richesse - et la cohésion, concentrée, l'essentiel de la puissance...A commencer par ceux dont, à l'époque, on parle peu, et dont le travail est (presque) la seule patrie, les travailleurs immigrés...
Ces années-là, ils sont, pour la plupart, de jeunes étrangers venus pour à peine cinq années, appâtés par des "marchands d'hommes" qui en font la sélection - muscles tâtés au doigt, comme les esclaves d'antan, ou le bétail...
Ce sont des maquignons grassement rétribués par les grosses firmes de l'automobile, du bâtiment et des Travaux Publics (B.T.P.), qui vont les recruter à grands frais jusqu'au fin fond du bled pour venir construire, à prix mini-mini, nos autoroutes, nos voies ferrées, "gratter" dans la chimie, ou la sidérurgie... Ils sont alors presque entièrement sans droits autres que celui de marner, de trimer, de subir la corvée, l'humiliation, de baisser la tête, et de se taire...


"Paysans en lutte",

"Paysans-Travailleurs"...

Filles de Joie, filles de peine...Un peuple...

 


Mais notre "peuple de France" - concept historique et politique plus qu'étroitement juridique, et qui comprend donc les Français, comme leurs "invités" forcés d'outre-Méditerranée, d'Afrique Noire, Asie, ce sont aussi les paysans.
Dans les vertes campagnes de la douce France, lieu d'un labeur incessant doublé d'un combat acharné pour la survie, et, mieux, pour une "vraie vive", riche de mille liens d'humanité étendus à tous les vivants (jusque à ces "bêtes" dénuées de l'art de la parole et de la guerre...), et en symbiose avec l'infinie variété des fruits de la terre, de l'eau, de l'air et du soleil, la G.P. anime, dès l'origine, un "noyau dur" dit "Paysans en lutte".
Dans une alliance tactique, judicieuse, avec des syndicalistes dissidents de la FNSEA, ils donneront naissance aux "Paysans-Travailleurs" de Bernard Lambert, de Teillé, près de Nantes, puis à la Confédération paysanne de José Bové. Larzac, etc..
Au-delà, enfin, de la seule sphère du "travail productif", industriel ou agricole, ce "peuple de base" selon l'expression de l'Angkar, la G.P. khmère, dite "Khmers Rouges...", connue pour quelques fâcheux dérapages "ultra-gauche", sans qui toute démocratie dépérit, ce sont aussi, pour nous, ici, et loin des horreurs partagées d'une effroyable guerre civile dénaturant le "pays du sourire", les ménagères au bout du rouleau; les jeunes révolté e s des foyers d'orphelins; les filles de joie autant que celles du "chagrin", selon le mot que le "populo" d'alors, et d'encore, dit pour "travail" - de tripalium, chevalet de torture: mot utilisé aussi pour l'accouchement...); filles de peine, "bonnes à tout faire", serveuses-servantes - de "serf", un chouïa plus qu'esclave...
Notre idée, donc, et nous allons le faire, est de redonner sens et goût du beau mot de "Cité" à tous ces gens-là - qui sont la Cité même, bien que la "Politique" des grands mots, dire "représentative", les en exclue autant qu'elle les ignore ou les méprise.
Nous leur parlons un langage vif, simple, et direct, un langage-action qui libère, en retour, leur propre parole - leur capacité d' initiative pratique collective...
"Tous ensemble"...

 

La "GP" frappe, casse, ou brûle,

et de bon cœur.

Mais elle n'est pas "anar".

 

 

La «violence symbolique » de nos initiatives "politico-militaires" s'inscrit dans cette dynamique d'une libération de la parole, collective - de la parole-action d'une frange grandissante de la communauté française, où ce Verbe fait Source.
A l'origine au moins, nos "opérations ponctuelles à haut risque" font l’objet d’une évaluation soigneuse, au préalable.
Les cibles sont minutieusement choisies.
La G.P. frappe, casse, ou brûle, et de bon cœur: mais elle est mao, d'un communiste prolétarien dont "les couleurs sont nettes" et l'oriflamme, rouge - pas du noir nihiliste de l'anarchie.
Nous avons tiré de sévères leçons des barbaries criminelles du "gauchisme", "anar" autant que trotskiste, pendant la guerre civile espagnole.
Les pilleurs d'églises devenus violeurs de nonnes y devinrent les complices "objectifs" des assassins de la République.
La voie qu'ils tracèrent par ces horreurs stupides n'allait pas "à l'assaut du ciel", mais vers un Enfer de haines croisées, réciproques, mères d'un mortel isolement politique, de la division du peuple des profondeurs, donc de la déroute dans d'effroyables massacres - le mouvement prolétarien organisé ayant tardé à mettre au pas ces provocateurs, traîtres inconscients, mais traîtres...
Mêmes causes, mêmes effets pour l'écrasement de La Commune.
Nous sommes donc pour l'ordre: mais pour un "ordre juste".
Qui remette le monde à l'endroit, puisqu'il est à l'envers...
Un des anciens chants de guerre de la plus pure tradition "rouge", ouvrière, reniée par les "révisionnistes", ignares, et autres "négationnistes" de l'Histoire, "La Jeune Garde". propose de bâtir, sur les "ruines" de l'ordre ancien, "le communisme, ordre nouveau".
La préparation des "coups" de notre politique musclée, poussée jusqu'aux plus infimes détails pratiques, est avant tout politique.
Les "actions" s'insèrent le plus souvent possible dans des "campagnes": concentration des énergies autour d'axes thématiques, dans la durée.
Leurs idées fortes ne tombent pas du ciel.
Une initiative d'envergure ne naît qu' au terme d'une phase d' "enquête". - "Qui n'a pas fait d'enquête n'a pas droit à la parole" (Mao).
Cette première étape est suivie par une autre, de "préparation des esprits", "au sein des masses" - au porte à porte, dans les grandes cités populaires, sur les marchés de banlieue, à l'intérieur des ateliers d'O.S. (ouvriers spécialisés, surexploités); dans les foyers des "marchands de sommeil", exploitant les immigrés; et dans les bidonvilles.
Les "nouveaux partisans" d'une "Nouvelle Résistance Populaire", se référant explicitement à celles des années sombres, n'y vont, certes, pas de main morte...Ils évitent, toutefois l’usage d’armes à feu, et la mort d’hommes...Du moins ce recours à l'acte ultime - donner la mort - n'apparaît-il, de façon ponctuelle, que dans la phase de reconstruction "post-GP" d'après 1973, dans une de ces circonstances extrêmes où la situation interdit tout faux-fuyant (lire page).
Attention: nous ne nous voulons ni des "Robins des Bois", ni des "vengeurs masqués ". Même si rien ne nous interdit, si les circonstances l'exigent, le port de foulards masquant le bas du visage, de cagoules ou même perruques - voire casque intégral de motard...
Malgré toute l'admiration que nous inspire la haute figure - christique - du "Che", nous rejetons le "guevarisme", et autres "théorie du foco" (du "foyer de subversion" parachuté ici ou là dans l'espoir de "soulever les masses" - si ça marche...).
Conçues, réfléchies et analysées minutieusement dans les « Cahiers de la Gauche Prolétariennes » (une revue théorique assez fouillée), nos « coups » de franc-tireurs ont pour vocation de mettre en route l'action des gens eux-mêmes, premiers concernés par leurs propres intérêts vitaux, meilleurs "experts" de la façon de les défendre...
L'erreur - il s'en produit...- serait de faire "à la place de..."; de « se substituer » à l’action « des masses elles-mêmes », partout où le "potentiel de la situation" (le "shi") la rend imaginable.
Dans le principe, l'intégralité de notre activité militante n'a pour utilité, pour fonction, que de la « préparer », de la rendre possible.
Les "actions de partisans" s'inscrivent donc dans une stratégie de "révolution des esprits" - "révolution idéologique", condition de toute révolution effective, humaine, matérielle...
"Action" au sens le plus "actif", ou simple feuille de tract, la politique, au sens où la G.P. l'entend, n'a de sens que pour stimuler, libérer, orienter, concentrer, le sens de la révolte, toujours présent, mais parfois en sommeil, "au sein du peuple" - cette Belle au Bois Dormant assoupie dans l'attente du baiser du Prince...
Toute initiative, quelle qu'elle soit, surtout si sa forme comporte une part de violence, doit répondre à des objectifs déterminés, précis: quand aucune méthode de lutte plus largement collective ne semble possible; et qu'il y a le feu...
Il s'agit d'électriser les imaginations, pour faire progresser des idées, déjà présentes; lever des inhibitions; dissoudre des peurs...
Ainsi seront créées "les conditions" de « l’initiative la plus large des masses », de leur "action directe", populaire: des débrayages d'ateliers aux grèves parties de la base, et surtout aux séquestrations de cadres, de P-dg, de maires ou de députés corrompus, voire de ministres: expériences in vivo, et promesses déjà en acte d'une bascule de pouvoir...
Ne sont nullement exclues de simples manifestations de rue, mais des vraies: expression d'une colère "à force ouverte", musclées et combatives, elles doivent rompre radicalement avec le pacifisme plan-plan des défilés de la politique légale, fût-elle celle des "révolutionnaires"... institutionnels, genre Ligue Communiste (aujourd'hui Rrrrévolutionnaire, LCRrrrr...)
Alors pourront éclore de plus puissants mouvements, larges autant qu' offensifs, et visant de bons objectifs, de bonnes cibles...Accumulant les énergies formidables de la "ressource humaine", ils seront le tremplin de véritables « soulèvements populaires ».
Ceux-ci constituent notre premier objectif.
Clôturant une phase, ils seront, prévoyons-nous sans ciller, « inévitablement réprimés dans le sang » par le « capitalisme d’Etat » - qui n'a rien de "libéral", ni économiquement, ni sur le plan des libertés...
Sonnera alors - mais alors seulement, et donc, bien préparée, « l’heure de la lutte armée » en tant que telle.
"Le pouvoir est au bout du fusil" (Mao): mais d'un fusil tenu par des mains fermes, dans les couches fondamentales d'un peuple d'ouvriers, de paysans, de travailleurs manuels autant qu'intellectuels, porteurs d'une stratégie de lutte bien réfléchie, sur le long terme - et donc organisés de façon adaptée.
Pour éviter l'échec, catastrophique, de soulèvements de colère soudains, imprévus et aveugles, et leur écrasement dans des flots de sang, la lutte armée devra, donc, avoir été calmement et méthodiquement préparée, amorcée, et, dans le fond, "canalisée", suffisamment à l’avance…
Elle est elle-même appelée à se « développer par étapes » - selon le principe maoiste de la « mobilisation des masses » - y compris dans l’action militaire elle-même!
Le moment venu, la « guerilla » ne doit pas rester l'apanage de petits groupes, même bien fondus dans la population...
Comme le montre de façon éclatante, l'exemple victorieux du Vietnam - après celui de la Chine, voisine - la force militaire révolutionnaire repose sur l'action de guerre minutieusement organisée de tout une communauté humaine, en armes,soudée par un même idéal de libération - et concentrée sur des objectifs de lutte démocratiquement définis, précis et concrets.


De la G.P.P. à la G.P. :

vers la guerre populaire prolongée

au sein des métropoles

C’est la "théorie de la GPP", la "Guerre Populaire Prolongée".
Elle a vu le jour dans vastes étendues du « grand sud », de la Chine au Vietnam, surtout, donc, et du Maghreb, à l'Afrique Noire d'Amilcar Cabral, Agostino Neto ou Nelson Mandela, au sein de vastes territoires riches en montagnes, en déserts secs ou mous, en marécages, en jungles et en forêts impénétrables, peuplés essentiellement de paysans...
C'est là que cette méthode a fait ses preuves, et conquis ses lettres de noblesse - au prix d'effroyables sacrifices et d'innombrables massacres...
D'autres expériences, encore embryonnaires, lui avaient frayé le chemin. Comme la "guerre des paysans" dans ce qui allait devenir l'Allemagne, analysée par Marx, ou la guerilla ibérique contre l'envahisseur venu du nord, et se présentant, comme il se doit, comme un libérateur, le français d'origine corse Napoléon Bonaparte...
Exemple plus actuel, digne des plus grands éloges, l'impitoyable "guerre de partisans" soviétiques, derrière les lignes allemandes, avec ses froids "tireurs d'élite" - mental "Cobra glacial" - les "snipers", planqués au sein des ruines urbaines ou juchés acrobatiquement sur les hauteurs givrées dominant Stalingrad.
Comme l'a raconté dans un livre l'un de leurs chefs de guerre, Pavel Soudoplatov, qui avait fait ses preuves en organisant scrupuleusement l'exécution du louche Trostky, dans sa tanière mexicaine, ce sont ces francs-tireurs insensibles au froid du grand hiver russe, comme à la peur, glaçante, qui ont brisé les reins des hordes hitlériennes, plus encore que les fantassins de l'Armée Rouge, dans les tranchées, et que l'artillerie lourde ou les "orgues...de Staline"...
Une guerre de cent ans...
Initiant, sans crainte d'aucun tabou - une "rupture", nous envisageons d'adapter, désormais, la "théorie de la gpp" aux « métropoles impérialistes du nord », notre terrain de chasse. Et d'abord à la France, notre pays.
Le tout, dans une vision - dont on peut faire l'examen critique...- à très long terme.
Notre horizon se chiffre en dizaines d'années...
"L'époque dans laquelle nous entrons, et qui s'étendra sur une cinquantaine, voire une centaine d'années - écrit, en 1969, année du départ en fusée de la G.P., un des rapports du IXème congrès du Parti Communiste Chinois, le PCC- sera une grande époque. Elle verra un changement radical du système social à l'échelle mondiale.Elle sera l'époque de grands bouleversements, époque sans pareille dans l'histoire...
A une telle époque, nous devons être prêts à entamer des luttes grandioses, qui, à bien des égards, différeront des formes de lutte qui avaient eu lieu dans le passé..."
Influencés, mais influencés, seulement - hier, comme aujourd'hui - par le souffle explosif de la "bombe atomique spirituelle" que constitue l'immense révolution chinoise, dans son altérité même, et son altérité radicale, obscure, par nature, aux intellects desséchés d'un pseudo-Occident oublieux de lui-même, nous excluons toute analyse fondée sur l' imminence d'un "Grand Soir" rouge, soudain et révolutionnaire - attendu comme l'arrivée du Messie, du Mahdi...
L'expérience l'a montré: l'espérance passive de ce "Grand Soir", si lointainement évasif qu'il en devient fictif, nourrit, dans l'inertie d'un à-venir qui ne vient pas, la pire des inerties pratiques, la démobilisation opportuniste, électoraliste, légaliste, pacifiste de la "révolution en chambre", dans le calme paisible des livres...
De cette façon, on n'édifie rien.
On ne construit rien. En tout cas, pas de vraies forces.
"Edifier", c'est combattre. Sans combattre, ici et maintenant, on organise du vent.
La politique prépare la guerre - parce qu'elle est guerre, elle-même. C'est elle qui continue la guerre, par d'autres moyens - tout autant que l'inverse...Qu'il y ait balles, ou pas balles...
Frères et sœurs de combattants lointains souffrant sous d'autres cieux - Vietnam, après l'Algérie, Palestine, avant l'Irak... - les "cadres politico-militaires", "noyau atomique" où la G.P. se condense, se cristallise, plus qu'elle ne s'organise, sont presque tous - destin, laissant peu de place au hasard...- les filles et les fils de "combattants de la liberté" d'une guerre qui s'est achevée à l'heure de leur naissance - et dont l'ombre n'a pas fini de hanter leurs rêves, ou leurs cauchemars.

"L'esprit guerrier"

 

Nous sommes les enfants - enfants, charnellement... - de soldats de la nuit. Qui furent les compagnons de guerre du catholique et royaliste capitaine de vaisseau Honoré d'Estienne d'Orves, premier parachuté de Londres trahi par son premier radio, à Nantes, et mort sous la torture. Qui reconnurent l'autorité du colonel Passy, chef du BCRA gaulliste, né Dewavrin, d'un lignée De Wavre, qui affrontèrent, à la hallebarde et au poinçon perce-cuirasse, "l'anglois" venu dévaster les "doulces" prairies de France, défaire les Armagnacs (les nôtres...) et bousculer nos "jouvencelles" dans la plaine grasse de Flandres, à Azincourt (1415).


Notre famille est la leur, comme celle du radical Moulin, du colonel Fabien, premier "terroriste" communiste, sur les quais du métro Barbès - après une période de formation dans les "Brigades Internationales" de la guerre d'Espagne.


Notre cousin est "le Tito du Limousin rouge", le "préfet du maquis", l'instit' Georges Guingouin.

Nos frères sont Manouchian de la MOI, les résistants "rouges" de Lorraine, décapités par les nazis, doublement héritiers de de la communarde Louise Michel et de la la bergère de Domrémy - comme d'improbables mais pourtant bien réels survivants de l'insurrection du ghetto juif de Varsovie...


Et c'est ailleurs que dans les livres que nous avons acquis l'âpre goût du combat, du sacrifice, et de la victoire. Et cet art de surgir, de frapper, de vaincre et de survivre dont le secret se nomme "l'esprit guerrier" - selon le vocable toujours utilisé, qu'on sache, dans les sessions de formation des nageurs de combat, fer de lance du "service action" de l'armée française...
L'" esprit guerrier": le "vice" de la guerre, son "art" inimitable - tout d'imagination, de sens pratique et de férocité, intelligente parce que vitale...
Il est fait d'abord de réalisme.
C'est la vertu du véritable chef, du "meneur d'hommes".
Il se distingue du simple courage, qui fait la valeur du soldat...


"Réfléchir en stratège, agir en primitif,
dit René Char, qui, s'agissant du concept d' "intellectuel engagé", de poètes, d' écrivains ou d'artistes "de combat", sait, lui, de quoi il parle- contrairement à beaucoup, et des plus prolixes...
Théorie, et pratique...


Notre mouvement se réfère, explicitement, avec une fascination mêlée, tout de même, de réflexion, à la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne » chinoise ; dans la perspective, donc, d’ une forme « radicalement nouvelle » de société...


Ayant sucé le vieux matérialisme dialectique aux tétines de son ré-enchantement asiatique, qui nous ravit, nous formulons explicitement le projet de construire, ou plus précisément d'édifier, au-de là de la G.P., forme temporaire et transitoire, comme la forme-parti elle-même, en tant que telle, un « Parti communiste de type nouveau ».
Et cela dans un univers mental qui nous vient de l'Asie rouge...


Asie, avant d'être rouge, elle mêle aux nôtres ses schèmes. Là, tout est flux et fluide, même les concepts (s'ils existent encore dans la même essence...).
C'est de ce monde mental tout autre qu'émerge, perçoivons-nous, une forme raffinée, supérieure de la pensée du sage à la barbe fleurie de Trêves: la "troisiéme étape" du marxisme.


Le véritable "bond en avant" qui a rendu possible l'émergence d'une pensée radicalement nouvelle doit l'essentiel à un intellectuel-paysan, maître d'école autant que chef de guerre, militaire atypique et fin lettré, immense lecteur, poète à ses heures, féru d'histoire, empreint des traditions philosophiques de l'univers mental asiatique (Sun Tzu, confucianisme et surtout Taoisme: la pensée des contradictions fluides, dont le chemin pave une "voie" (Tao, ou mieux: Dao), toujours instable et mobile...


C'est baignant dans cet univers culturel, à mille lieues du nôtre, au fil d'une expérience absolument originale, dans un pays-continent, au cœur d'un XXème siècle d'immenses progrès, de guerres libératrices et de révolutions, défriché par Lénine, que Mao a développé, donc, sa philosophie propre. C'est celle d'une révolution chinoise "suivant sa propre voie", et "ininterrompue par étapes" - jusqu'à nos jours, où s'accomplit l'intuition du grand Lenine, mort en dessinant les esquisses d' une "Nouvelle Politique Economique " (en russe N.E.P.), phase transitoire, éventuellement longue, de "capitalisme d'Etat sous dictature du prolétariat"...


Pour en arriver là, il a fallu que la Chine immémoriale aux mille sortilèges devienne le lieu de la rénovation d'un marxisme épuisé, dans le moment d'un Révolution bouleversant tout l'équilibre du monde.
Et c'est au cœur de l'immense Asie, donc, qu'est allée au bout d'elle-même une longue marche spirituelle partie de la Méditerranée hellénisée, passant des scintillements métis de l'islam andalou à l'Europe des Lumières, cœur battant de l'Occident moderne, sa matrice, avant de gagner l'Allemagne des philosophes, son lieu de naissance, et Trêves, puis Londres, et Genève, et d'atteindre enfin la Russie dans un wagon plombé payé par la Grande Prusse...


En Chine, c'est le prolétariat des ports (Shanghaï), éducateur de celui des mines de l'intérieur (Anyuan), "cadres prolétariens" du parti paysan de la "Longue Marche", devenu parti-armée, qui s'est fait le "passeur" de toute cette expérience accumulée: le marxisme. Juste avant qu'il ne fossilise.

La "troisième étape" de cette anabase intellectuelle et culturelle prend d'abord la forme - "révolution dans la révolution" - d'une immense armée rurale, dirigée par les "rouges", surgie des profondeurs insondables d'une Histoire multimillénaire.
Contrairement aux élucubrations, méprisantes, d'un livre américain, récent, fondée sur les archives secrètes de la Gestapo de Tchang-Kaï-Tchek, du G.R.U. russe, et sur les souvenirs empreints d'une compréhensible amertume d'un chef de guerre perdu en politique, Peng Te Huaï, c'est une pensée qui est là. Pensée, donc, nourrie par le limon fertile d'une sagesse collective lentement assimilée, au fil des siècles de famines, de monstrueuses jacqueries, et de guerres intestines, ponctués d'effondrements interminables et de renaissance en sursauts, superbes, par vagues...Pensée toute imbibée d'un monde mental à la mesure d'un pays-continent baigné de plusieurs mers, où tout est eau, fleuves sans fin, deltas, canaux, rizières et marécages...Au point qu'entre eau et terre, la limite n'a jamais le caractère découpé, frontalier, net, qui, dans la Grèce des Îles, fonde le tranchant stable d'une logique binaire, et de sa rigide dialectique: roc ici, mer là; soleil ou ombre noire; nuit et jour; Bien et Mal; Être et Néant; Dieu ou Diable; et finalement in-dividu, atome insécable, à part, isolable, ce mythe pervers et délicieux, notre boulet...


La Chine s'oriente autrement, elle pense d'une façon bien différente de la Grèce, et, au-delà, de l'Occident, y compris dans son avatar récent, le marxisme-léninisme occidental, celui de l'européen Lénine...

Aux sources, donc, subliminales, du maoisme, une dialectique plus fine, plus fondante, parce que plus instable, et presque liquide, où tout ne fait sens que dans un moment, dans un contexte, dans un ensemble, dans une perspective, et seulement, non dans ce cadre - pas de "cadre" - mais dans cette limite...
Comme dans le mouvement de la marche, où, pour paraphraser Mao, encore, c'est le déséquilibre, la règle, et l'équilibre un moment fugitif d'exception, tout y est, au divers sens du terme, "vague"...


Zhou Enlaï: "le poignard de Wu Hao"


Dans pareille perspective, la réponse à la question qui n'a pas été posée, et n'aura pas à l'être, est rarement OUI, ou NON - mais dans l'oblique, dans le glissant, en "surf", en dynamique - évitant l'aporie, le blocage, les impasses...
Logique de la spirale; esthétique du nuage, ou mieux des nuées, du flou, du dégradé par insensibles paliers, des tons toujours pastel - et même gastronomie du fade...

François Jullien, qui s'efforce de penser, aujourd'hui, la Chine dans son "écart" avec notre "conception du monde", celle de tout l'Occident (dont le "marxisme-léninisme"...) nous ouvre, avec le recul, des pistes de compréhension nouvelles au sein de ces labyrinthes - même s'il s'est à ce jour arrêté en deçà d'un Mao aux textes engendrés en zone de contact entre deux électricités différentes, celle de l'Orient et celle de l'Occident, par le biais du "marxisme"...


Pensée de Mao, "pensée-mao-tse-toung", pensée de la Chine la plus ombreuse, la plus profonde, devenue la modernité même, catalysée dans la sphère d'énergie d'un être hors du commun: paysan-maître d'école, guerrier-poète autant que guerrier-philosophe, qui n'a laissé, qu'on sache, que les notes prises par le tortueux Chen Bo Da au cours de conférences bottées d'officiers "prolétariens" entre deux batailles, de militants ouvriers ou paysans, de cadres du parti - sans prendre le temps d'écrire ce qu'on nomme, ici, un livre...
Mao, un non-penseur, donc, au sens où les civilisations pourrissantes au stade d'Alzheimer prétendent nous faire entendre, dans un dernier spasme dictatorial, pathétique, le mot pensée...
Maoisme: OVNI ou mieux OPNI (Objet Pensant Non Identifié), par oukaze ou par nature im-pensable, issu - c'est bien la preuve... - d'un peuple d'agriculteurs patients et minutieux, durs au mal, et fécondé par des intellectuels d'Etat, politiques dans l'âme - les mandarins, à cent mille lieues de nos misérables "télé-intellos", clochards paillettés de la culture, survivotant aux marges...
L'expression la plus achevée de ces mandarins merveilleux, élevant leur sens de l'Histoire et de l'Etat jusqu'au statut bien entendu contradictoire de grands mandarins rouges se nomme Zhou Enlaï, le "Wu Hao" au fin poignard des réseaux clandestins de Shanghaï, numéro-deux-presque-numéro-un de cette étonnante et subtile aventure, fondateur de la terrifiante police secrète du Parti archi-clandestin du temps des trahisons sous la torture, grand-maître des secrets, presque-invisible, au poignard nocturne précis comme un scalpel, psychanalyste armé des âmes perdues, retenues pour de derniers instants, effroyables jusqu'à l'aveu, dans ce qui reste de corps cruellement ligotés et meurtris, savamment mutilés, devenu le diplomate éclairé de l' "ouverture à l'Occident"...


C'est aujourd'hui la grande famille des "services", qui met au monde les grands rénovateurs de la politique. Ceux qui voient large et loin parce qu'ils ont travaillé, durement, à se donner les moyens de voir bien. Et qui, selon le mot fameux de Bonaparte, pour " les affaires politiques, administratives et militaires", ont cette capacité à "regarder longtemps le même objet sans être fatigués"... Les Andropov, les Markus Wolf, Vladimir Poutine ou, pourquoi pas, Bush-le-père...
Il est de cette étoffe, l'homme que le peuple chinois tout entier rassemblé a osé pleurer presque-autant que l'Empereur-Mao,"Chou", donc, comme on a dit ici, si joliment...Et c'est lui qui, après avoir tiré son "chef" incontesté, le grand Mao lui-même, d'une "prison du peuple" où l'avaient conduit quelques fâcheux excès de pouvoir, faisant couler tout de même trop de sang, devint le protecteur du petit Deng, et donc le précurseur visionnaire de l'actuelle stratégie de montée en puissance "progressive et pacifique" d'une Chine "facteur d'équilibre et d'harmonie" du XXI ème siècle, qui tient le "Tigre en papier" yankee par les couilles des encours en dollars de la banque de Pékin (Beijing), avec le concours intéressé des grandes Triades-sœurs, et défie, sur leur propre terrain, devenu, en douce, le sien, même les "seigneurs de la guerre" (informatique) de "Microsoft".
Chine enfin replacée au Milieu d'un monde dont l'avenir doit se lire, c'est difficile, sans Empires...


Pour en arriver là, il a fallu, aussi, qu'un jeune prolétariat industriel, moderne, engendré par un capitalisme colonial lui-même alors plein de dynamisme, et se croyant l'avenir, se fasse le relais d'influence des redoutables "grands frères" du nord...
Sans ce "passeur" turbulent et collectif, venu intégrer à cette pensée d'abord chinoise le marxisme européen, avec ses acquis, et ses limites, issu lui-même de l'expérience d'autres peuples, sous d'autres cieux, en d'autres temps, jamais sans doute cette dialectique-là, toute autre que la nôtre, la grecque d'Héracite l'Obscur devenue celle du trop clair Aristote, avant Hegel, n'aurait pu s'élever à sa valeur universelle, devenant celle, non d'un lieu, mais d'un temps, d'un moment, d'une étape du développement des sociétés humaines... A "l'époque où l'impérialisme à l'agonie va vers son effondrement total" (ce qui, dans les spasmes d'une fin pressentie, le rend plus agressif, encore, plus dangereux et plus brutal).


"Fanshen"
- Du peuple-conscience au peuple-puissance -


La rupture est immense, donc, avec le « modèle soviétique », ce tuteur - une autre façon de penser, d'être, à l'intérieur de la sphère mentale du marxisme, mais d' un intérieur qui soit déjà un presque au-delà .
Remise en cause du "marxisme-leninisme" répétitif, stérile, et desséché, qui tient lieu de dogme - ou plutôt de "couverture" - à de nouveaux pouvoirs "de classe" ("bourgeoisie rouge"), et que psalmodient aussi, à leur façon, tout en prétendant en porter la "critique", les "ossifiés" de tout poil - que moque la Gauche prolétarienne, et qu'elle même fait hurler...


Arrogants, sans doute, un peu, nous les jugeons, en bloc, confits et enfermés dans la récitation de (bons) vieux livres, coupée de toute pratique réellement inventive, et donc, du peuple, dans sa richesse, ces "groupuscules" proliférants de l'après-68 (trotskistes ou "marxistes-leninistes" sectaires, restés au stade d'un leninisme des années 20, lu de façon formaliste, et privé de sa vraie sève.


Pour nous, ces "deuxième-étapistes" - aux militants, pris individuellement, souvent dynamiques, courageux, cultivés, et sympathiques, avec du coffre et de la tenue dans la durée...- sont restés bloqués, donc, à la "deuxième étape" du marxisme: celle de la Révolution d'Octobre et de Lenine. Après que le Vieux Marx du Capital eut posé, dans ses grands textes, les bases - "première étape"... d'une doctrine du XIXème siècle, née à l'ère du charbon, de la machine à vapeur, des premiers chemins de fer, et de la toute-première insurrection proprement prolétarienne, la Commune de Paris...
C'était avant la grande époque coloniale, et les deux guerres mondiales...
Nous nous projetons "résolument" après...
Au moment qui est celui de Mao, utilisant, dans son tout-premier discours de victoire...et de Pékin (Beijing) ce mot-image typique de la sémantique-pensée de la Chine, "Fanshen" - dont l'amériacin William Hinton fera le titre d'un très beau livre...


"Fanshen" désigne la posture du paysan longtemps courbé dans la soumission ancestrale à l'ordre immuable de la rizière - dans le moment où il se redresse...
S'élevant (Fanshen), il ne s'évade pas seulement de l'ordre, dit naturel, qui est celui du plant fiché dans la terre nourricière, à la main, mais de ce qui courbait sa nuque, aussi, dans une obéissance presque-absolue aux maîtres cruels des anciens tempps, Han, ou Mongols, puis "long-nez" hideux, ridicules, meurtriers sans pitié venus de l'ouest lointain avec leurs canonnières...
"Le peuple chinois s'est levé (redressé), il est debout " traduiront les dépêches d'agences.
Le peuple chinois, et plus largement, les peuples...
A l' "époque", écrit peu de temps après "Wu Hao", devenu l'éclairé Zhou Enlaï , "les pays veulent leur indépendance, les nations leur libération, et les peuples, la révolution...
C'est la tendance irrésistible du temps".


Le maoisme, donc, comme souverainisme pratique.

Plus qu'en droits:en actes! Dans son époque, dans le moment historique du peuple-conscience dressé en peuple-puissance...


"Le peuple, le peuple seul, est le créateur de l'histoire universelle..." (Mao). De là, la "ligne de masse" (id)...
- On attend ici l'objection: oui-mais! Et la Chine d'aujourd'hui ? Libéralisme etc.


Restons absolument... obliques.


Ce point excède, à l'évidence, les limites du présent travail...
Mais risquons, tout de même, que la question n'est pas de savoir si le non-Empire, "facteur d'harmonie et d'équilibre du monde", centre de la seule croissance durable, et catalyseur, demain, des énergies prodigieuses de l'Afrique Noire séculairement meurtrie, humiliée et violée, reste fidèle, ou pas aux canons du marxisme d'autrefois.
Il ne s'agit pas de décréter - mais parlant d'où? - si la Chine d'aujourd'hui est "maoiste", ailleurs que dans une nostalgie, on le sait, vivace, ou dans des "discours du trône"...
Non.
La question est de savoir à quelles contradictions cette société-là s'attaque...Dans ce moment-là, le sien, le nôtre...Pour s'affronter à quelles réalités, à quels ennemis... Et quels problèmes prétend résoudre le créancier de l'hyperendettée "hyperpuissance" (nain politique et géant militaire à l'économie d'argile mou), dont les jeunes "colonels supérieurs de l'armée de l'air" de la République Populaire de Chine méditent, parallèlement, les réalités de la "Guerre Hors Limites", incluant grandes manœuvres monétaires à la George Soros, pratique Greenspano-taoiste du "benign neglect" des Maîtres du Dollar, torpilles d'initiés sous la surfaces des Bourses, nanotechnologies, nano-missiles plus fins que le plus filorme des insectes, munis de mini-bombes intelligentes, ou de caméras invisibles, guerres des virus et pénétration de "nageurs de combat" informatiques dans les tuyauteries virtuelles des plus secrets ordinateurs, sans exclure les brutalités compulsives du "terrorisme international", et "guerre dans la guerre" enfin, hors des limites du "hors limites", dans l'infinie partie de Go du duel des intelligences, au plus insondable des antres, où prend forme ce qui est appelé à devenir pensée, langage, écrit, livre, donc arme...

 

 


"Intellectuels de type nouveau"

- La Cause du Peuple -


Convaincus, en tout cas, que toute pensée, toute doctrine, est conduite, sous peine de mort, à se développer, à s'enrichir, donc à se dépasser elle-même, "au fil de la pratique" et des progrès du temps, et "dans le feu des luttes", la G.P. qui naît en 1968-69, à l'aube des "seventies" porte en elle la conviction d'avoir saisi, à la lecture de Mao, au fil de l'expérience et du combat, qui irrigue la doctrine, le fil rouge du "mouvement réel qui abolit l'état actuel" - définition la plus concentrée, et la plus orthodoxe qui soit, du communisme…
Sonne l’heure, alors, d’ « intellectuels de type nouveau »... "A la chinoise..." De fait, ici, à ce moment, ils seront souvent issus du "haut mandarinat à la française" des « Grandes Ecoles », ou de leurs classes de "prépas" - et, parfois, comme c'est le cas de l'auteur (il n'en tire ni orgueil, ni honte) des « grandes familles » de la plus haute bourgeoisie industrielle ou négociante, où se cherche aussi, pourquoi pas? une autre "voie".


Défiant, « dans la pratique », l’immémoriale contradiction « travail intellectuel/travail manuel », ces dissidents des temples du savoir larguent toutes les amarres - et partent s’« établir » comme ouvriers, ou former « au cœur des zones-usines », des « détachements » aux méthodes d’agitation ravageuses, inspirées plus ou moins directement des fameux « Gardes Rouges »…
La G.P. affiche la couleur. Elle porte son projet au grand jour dans les colonnes de son journal, incendiaire, La Cause du Peuple.
Ce brûlot en langue verte s'inspire ouvertement - dans le fond comme dans la forme - des rudes libelles de la Grande Révolution Française, mère de toutes les autres, à l'époque des Républiques modernes, du moins...
Plus que l'opportuniste et démagogue Hébert, c'est Babeuf qui nous inspire, l'homme de la "Conspiration des Egaux", matrice de la forme-parti, ou encore le Marat (Jean-Paul) de l' "Ami du Peuple", celui qui a vu la Liberté sortir, nue, des émeutes (lire page), avant que la somptueuse kamikaze royaliste Charlotte Corday, décolleté en bataille, ne le surprenne, poignard en main, dans la baignoire-sabot où il soigne d'incessantes maladies de peau. Bourreau - devra-t-on dire "bourrelle"? - elle va au bout de son office - avant d'aller livrer la peau satinée de son cou d' "aristo" terroriste au tranchant de la guillotine...
Bientôt saisie, numéro après numéro, à grand scandale, "la C.D.P.", devenue, pour le meilleur ou pour le pire, coqueluche des "intellos" qui se l'arrachent, et vont s'afficher avec Sartre (Jean-Paul) t sa Simone au voile en forme de bandeau, pour la vendre à la criée sur les grands boulevards, est diffusée tout de même, clandestinement - et donc, de plus en plus...
Mieux encore, soucieux, comme il se doit, d'innovation...politico-militaro-commerciale, nous inaugurons des méthodes de promotion de la presse"en groupe à force ouverte"...Il ne s'agit pas d'obliger les chalands à acheter notre journal en leur tapant sur la tête à coups de barre de fer, mais de "ripostes", "militaires", aux interventions, attendues, espérées, de la police.
Cette stratégie très offensive d' "action préemptive" pour la défense de la liberté de la presse, vache sacrée, s'il en est, au pays de Marat, déjà cité, de Hugo, du Zola de J'Accuse, et du Libération, le vrai, celui d'Emmanuel d' Astier de la Vigerie, aristocrate rouge, et combattant, gaulliste révolutionnaire et résistant, éditorialiste armé "de probité candide et..."...d'un 11,43 de chez Colt, renforce considérablement notre impact, et notre popularité.
Au prix, inévitable, de quelques pertes (tabassages aux limites de la torture, voire au-delà, arrestations, condamnations, prison...).

 

L'art du "cocktail"


Innovation, encore, mais là, technologique, et toute d'esprit pratique au service de l'efficacité politique, le "cocktail Molotov" émerge alors comme objet-culte, périssable autant qu'indispensable outil d’une de ces homériques batailles pour la liberté de la Presse, de la Politique, et de l’Esprit, qui ont forgé l’identité de la France - et restent sa « marque », dans le monde, n'en déplaise à ceux qui n'éprouvent qu'"aversion" pour "l'exception française"…


Contrairement à ce qu'indique la poésie baroque et multi-culturelle du nom devenu celui de cette véritable arme de guerre, il s'agit, dans la version qui a notre préférence, d'une invention nationale - "patriotisme économique" oblige...


Cette innovation technologique, résistante, est due à l' "esprit guerrier" de deux "intellos" engagés dans la lutte anti-nazie, les époux Joliot-Curie.
Loin des chemins de traverse où se cache le jeune Sartre, futur "théoricien de l'engagement", qui, pompant comme il le peut...Heidegger, résiste aux tentations, s'il les a eues, de prendre les armes contre l'ennemi nazi, et rédige paisiblement les 5 ou 700 pages un peu laborieuses de L'Être et le Néant à deux pas du camp des cinquante otages de Chateaubriant, aux bords de l'Erdre, les Joliot-Curie, doués d'un sens pratique aigu, travaillent à la mise au point d'un engin incendiaire, simple à fabriquer et à mettre en œuvre.
Cahier des charges: il doit être capable de réduire en fumée les redoutables panzers de l'armée d'occupation allemande, et de transformer leurs occupants en rôti...Les deux chercheurs farfouillent dans leurs grimoires, font des calculs moléculaires, touillent leur invention mirifique à la cuiller dans des labos de physique-chimie de notre cher Quartier Latin, avant que d'impatients amateurs du "pratico-théorique" de cette époque brûlante ne fassent de premiers tests "in live" (enfin, si l'on ose dire...), dans l'urgence absolue des mois précédant immédiatement l'insurrection armée libératrice de l'été 1944.
La recette de cuisine, qui va constituer, à la génération suivante - 30 ans après, à peine... notre marque de fabrique, et personnellement la mienne, exige quelques ingrédients simples, mais à traiter avec rigueur.
Il faut de l'essence bien entendu...A mélanger avec de l'huile. Attention, dans l'exacte proportion deux-tiers un tiers, et en laissant un peu d'air.
- Deux tiers d'essence, pas plus: sinon le contenu de notre flacon magique se vaporise en quelques milli-secondes en flammes fugitives , sans "accrocher", ni tenir.
- Pas plus, mais pas moins: trop d'huile, et c'est beaucoup de fumée pour pas grand chose...
- Pas de mèche, pour l'allumage. Ce moyen est archaïque, dangereux et imprécis - même s'il est toujours utilisé aujourd'hui dans les émeutes de banlieue, ô jeunesse insoucieuse...
Le "Joliot-Curie" dispose d' un "allumeur", simple et pratique, astucieux. Un boudin de papier poreux - le papier journal, tout bête (pardon...), est requis pour ce faire. Il sera préparé d'avance. On y aura soigneusement disposé une petite poudre blanchâtre, à base de XXXX (un produit de cuisine, ici censuré pour cause de "problèmes juridiques"...), à laquelle on aura mélangé un produit de jardinage courant, dont nous tairons, ici, le détail, la marque, et la couleur: par civisme...
- Bien malaxer les composants à la fourchette, rouler le boudin autour de sa "farce", scotcher le tout...
- Il est recommandé de laisser légèrement dépasser deux bouts de papier collant, au moins, pour l'assemblage final, avant le tir...
Dans les secondes précédant immédiatement l'utilisation du "jouet", "scotcher" l'allumeur sur la bouteille, et lancer. Loin, de préférence: ça brûle...


L'engin doit son nom de famille, Molotov, à un compagnon indigne de Staline devenu, après la mort du "vojd" , l'ambassadeur russe chargé de gérer le protectorat hongrois d'une "démocratie populaire à souveraineté limitée", à Budapest, en 1956.
Son patronyme s'identifie, depuis, à l'écrasement bestial de la rébellion d'une jeunesse pleine d'idéal, manipulée, puis trahie, au tout dernier moment, par ses cyniques "sponsors" de la CIA - et n'ayant guère d'autre arme que ces bouteilles...


Au contact du sol, du mur de béton d'un bureau patronal, d'une banque, pas forcément Rothschild, mais pourquoi pas?, ou même d'un casque ou d'un bouclier de CRS ou de gendarme mobile, si ces gens-là se sont mal conduits ou semblent prêts à le faire, les trois gouttes, pas plus, d'acide YYYY (meme remarque)que "l'esprit guerrier" de cette "cuisine des Mousquetaires" d'après Alexandre Dumas aura pris soin d'additionner à l'assaisonnement huile-essence de son flacon magique passent l'obstacle du papier. Elles entrent en contact avec la poudre, et pschitt!


La flamme bleue de première combustion atteint, selon les ingénieurs-conseils de la G.P. - la cuisinière n'a pas mis le doigt... - quelque 1800 degrés. La puissante jaune-orange, du plus bel effet, qui l'enveloppe et la surmonte, atteint jusqu'à 5-8 mètres, 10 en espace clos, éventuellement - mais il faut sortir vite...


Ces données n'ont valeur qu' avec une bouteille réglementaire de 75 centrilitres.
Les chiffres sont inférieurs avec le modèle "canette", plus agréable d'emploi, plus facile à lancer loin, et surtout à stocker dans une poche de blouson.
Dans ce cas, mousquetaires,
penser à bien mettre l'allumeur, disons, à gauche, et la mini-bouteille, à droite, ou le contraire.
Ce n'est pas une question politique. C'est une garantie, au moins relative, de ne pas se griller les fesses, et le reste, en cas de chute...


Pas chiens, nous nous contentons, assez souvent, d'une salve d'avertissement ou de barrage - genre feu orange...Lancées avec doigté, les bouteilles explosent alors juste devant les godillots des "tuniques bleues" qui s'apprêtent à charger...
Il leur est ainsi suggéré de changer d'avis - et de rester sur place, au frais, tranquilles, tant qu'il est encore temps.
Dans les situations extrêmes, à l'occasion, par exemple, de procès politiques exagérément truqués avec jugement écrit d'avance, et les alentours du Palais "de Justice" saturés de "zombies" encarapaçonnés, genre "Mad Max", trop "rouleurs", impolis avec les dames ou les demoiselles, excessivement "machistes", arrogants et violents, la punition est double: tir direct sur des cars dont on aura pris soin de défoncer les vitres, protégées ou pas de leurs mignons petits grillages, à coups de barres de fer, avant de procéder au lancer, vers l'intérieur - puis réception manuelle des malheureux qui sortent, à la porte...
Affairés à taper sur leur propre thorax, ou sur leurs membres, de leurs deux délicates menottes gantées de beau cuir noir, pour tenter d' étouffer les flammes collées par l'huile sur leurs flambants uniformes, les méchants ne se protègent même pas la tronche, ou les épaules, de leurs jolis bras musclés.
Et les coups de barres de fer ou de vulgaires battes de base-ball, en bois (dur) font mal. C'est arrivé. (lire page)


- Notre mouvement aura ses morts :

- Gilles Tautin, Renault-Flins, 10 juin 1968.

Ce tout jeune « combattant » des premiers « groupes de choc » qui vont donner naissance à la Gauche prolétariennese se noie dans les eaux sales de la Seine, à Meulan - où il tentait de fuir les coups de crosse de la gendarmerie mobile…
Ce lycéen maoiste au sourire d’ange sous une tignasse de boucles brunes était accouru, en juin 1968, pour soutenir, contre une armée de "forces de l'ordre" déchaînées, la grève des ouvriers de Renault-Flins, au bord de la Seine, dans le secteur de Mantes La Jolie-Les Mureaux (Yvelines).
L’anniversaire de la mort de cet adolescent venu faire le sacrifice de ses 17 ans - 17 ans, l'âge de Guy Moquet - deviendra celui de la « Résistance Prolétarienne de Flins », symbole du combat jusqu'au bout des ouvriers unis aux étudiants de mai, et aux jeunes des lycées.
Un an et sept jours plus tard, exactement, le 17 juin 1969, la commémoration du sacrifice de Gilles, venu participer, "au service du peuple", à l'émeute ouvrière, donnera lieu à la première action de commando, fracassante, d’un mouvement que la France entière va désormais apprendre à connaître sous son sigle, « la G.P. »...Avant que les "ch'tis" des terribles mines de charbon du nord, les "métallos" de cette même usine de Renault-Flins, nos amis, ceux de Billancourt, de l'usine Brevex de Nice, des Chantiers Navals de Dunkerque, ou de l’usine des Batignolles de Nantes (touchée à son tour par la tempête en 1970-71) ne nous gratifient d'un simple et affectueux surnom « les Maos ».


- Pierre Overney, Renault-Billancourt, 25 février 1972


Premier mort des « Maos », mais deuxième « martyr », donc, en fait, dans l’histoire effective du mouvement rebelle, après Gilles Tautin, "Pierrot" sera abattu, lui, d’un coup de revolver en plein cœur, tiré froidement, de face, à quelques mètres, aux portes de la « forteresse ouvrière » de Renault-Billancourt, devenue la première « Base Rouge » des Maos, qui y défient un patron de gauche chic et choc nommé Dreyfus (Pierre, à ne pas confondre avec Dreyfus Alfred, peut-être de la famille).
Ce technocrate éclairé, proche du Parti Socialiste Unifié (PSU) de Michel Rocard et de l'avocat Henri Leclerc, protège au sein de cette entreprise nationalisée à la Libération, officiellement propriété publique, les exactions d'une "brigade volante" où sévit le tueur, Tramoni.
Nous y défions alors aussi la CGT et le PC - en implantant au sein des ateliers des « Comités de Lutte » formés d'une petite poignée de vaillants "établis", d'un premier collectif de jeunes ouvriers professionnels qualifiés (O.P.), français anti-racistes, et d'une masse de jeunes immigrés révoltés par l'abrutissante déshumanisation du travail à la chaîne - administrativement définis comme "ouvriers spécialisés" (O.S.).


Quatre ans près les obsèques militantes de Gilles Tautin, qui avait été très imposantes, sous des flots de drapeaux rouges claquant au vent sur une foule noyée dans une marée de chants révolutionnaires des temps anciens - dont "La Jeune Garde"...-, cérémonie de combat qui avait donné le « coup d’envoi » de la « saga des Maos » - l’enterrement de l' ami « Pierrot », un fils d’ ouvrier agricole de la Beauce traité, pour l’occasion, par les media serviles, reprenant un propos indécent de Georges Marchais, d’ « étudiant de Centrale infiltré dans l’usine pour y organiser des provocations contre les travailleurs et le Parti Communiste », apparaîtra comme notre « chant du cygne ».


Mais le sang de notre "ami Pierrot" n'aura pas coulé en vain.
A la grande fureur des ex-chefs, repentis, d'une "ex-GP" qu'ils croyaient avoir définitivement envoyée dans les poubelles de l'Histoire, trahissant les espoirs qu'ensemble nous avions soulevés, et reniant cyniquement leurs flamboyants appels à la révolte et "aux plus grands des sacrifices", "Pierrot" sera « vengé ».


L’enlèvement, dès mars 1972, d’un cadre supérieur de Billancourt, Nogrette, responsable direct de nombreux licenciements politiques, relâché rapidement, n'ayant pas constitué un avertissement suffisant, le vigile meurtrier, sera retrouvé, cinq ans plus tard, par un « commando de la Mémoire » à moto.
Remis en liberté après une condamnation pénale de pure forme, et un bref séjour en prison, il sera exécuté de cinq balles de 11,43 - un très gros calibre, un peu lourd et bruyant, mais tenant bien en main malgré un fort recul, et sans pardon..
C'était en 1977, en banlieue parisienne.
Cinq ans après qu'une immense « marche funèbre », évaluée, à l’époque, à 200 000 personnes - 100 000 selon l' Agence Chine Nouvelle - eut porté le corps de Pierre Overney jusqu’au cimetière du Père Lachaise.


Dix-huit mois après les obsèques, donc, le temps d'un deuil très court et d'un oubli, rapide, après des larmes de crocodile oubliées avant d'avoir séché, le mouvement, sera poignardé dans le dos par ses propres dirigeants.
Dans leur quasi-totalité, ils organiseront habilement l’ « auto-dissolution » de la G.P., devenue l' "ex-GP" après son interdiction légale, restée, elle, dépourvue du moindre effet, en mai 1970, et que beaucoup ne désignent plus dès lors que sous le nom de notre journal, "La Cause du Peuple"...
Des arguments « théoriques » de circonstance, vides du moindre semblant de cohérence, tenteront de "justifier" un abandon très lâche - accepté, il est vrai, par une large fraction des "Maos", épuisés, démoralisés, myopes sur les perspectives...
Temps fort de ce peu glorieux suicide politique collectif, genre "Ordre du Temple Solaire", la fameuse « A.G. des Chrysanthèmes », rassemblant, pour la dernière fois, deux-cent des « cadres de choc » de "La Cause du Peuple" - après un "écrémage" soigneux - à la Toussaint 1973, dans une grande salle de Versailles...
(A suivre:

"I. La politique du choc":

1./Vietnam,

2. Mai 68 (à venir...)

 

 

 

 

 

 

 

REBELLES

I

La "politique du choc"

1. Vietnam

(suite)

 

"Une rencontre avec Roger Holeindre?- " Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, me dit Alain (Robert), un jour de l'année 2005 où je lui demandais s'il pouvait nous mettre en contact, autour d'un "pot". Je voulais demander à "Popeye", gentiment, s'il était vrai qu'il avait failli être pendu, sur place, par un groupe des C.V.B., maître du terrain, pétant un peu les plombs - ou feignant d'en être là..."
"Je ne te le conseille pas, Jean-Paul. "Popeye" est un brave mec. Il l'a toujours été. Mais l'humour n'est pas sa qualité première. Et, sur cet épisode, il est resté, je crois, un peu coincé".
Je n'ai jamais cru, pour ma part, à cette histoire de pendaison - à laquelle en tout cas, retenu par d'autres obligations, dans un autre coin, je n'ai pas assisté. Peut-être un petit gouzi-gouzi, par le bout de la cravate, histoire de rire...
Le cas échéant, je m'y serais fermement opposé. Même au gouzi gouzi.
Connu, comme Jacques et quelques autres, pour le calme imperturbable qui reste mon atout maître, dans des situations où beaucoup deviennent fébriles, j'aurais été écouté. Et, s'il l'avait vraiment fallu, obéi. Sans l'ombre d'un doute.
On applique les décisions prises. Rien de moins, rien de plus. Il était convenu de casser, pas de pendre.
Et on n'humilie pas un prisonnier.

Surtout quand il s'agit, comme c'est le cas de Holeindre, d'un patriote authentique, mais égaré, aveuglé par sa haine anticommuniste et la nostalgie de l'Empire Colonial dont le général a fort bien fait de nous libérer - libérant avant tout les opprimés qui en avaient subi le joug...
Avant de s'engager, en effet, pour l'Indochine, puis l'Algérie, après l'échec d'une tentative pour la Corée, et de devenir le "Popeye" d'Alain Robert et du Front National de Le Pen, Holeindre, soldat dans l'âme, avait, à l'âge de 14 ans, en 1944, au cours des combats pour la libération de Paris, réussi l'exploit de prendre d'assaut un nid de mitrailleuses allemandes, et de retourner une Hotchkiss contre les troupes de la Werhmacht qui l'avaient installée pour combattre l'insurrection libératrice où faisaient le coup de feu, épaule contre épaule, unis par le même idéal, et se partageant, sur les mêmes positions, les mêmes armes, policiers républicains de la Préfecture de police de Paris, proches du "Front National" (le vrai, dirigé par Pierre Villon), partisans F.T.P. du Métro, de la Sorbonne, de Billancourt, ou d'Argenteuil, gaullistes, royalistes maurrassiens, et même nationalistes d'extrême-droite du genre Holeindre.
Un détail qu'ignorait certainement "Momo" (Maurice Brover), présent aussi, et pas peu, rue de Rennes.

"Momo"

Il est lui le fils unique, et l'orphelin, du numéro 2 du service de renseignements de Manouchian. Affecté, après le démantèlement du "groupe action" des FTP-MOI, à la direction de maquis du nord de la région parisienne, où il commande des soldats russes, évadés d'Allemagne par une filière passant par des couvents d'Alsace, Moïse Brover Rabinovitch, dit "Mounia", père du "Momo" du 44 rue des Rennes, des GPA, de la GP, de la NRP, et de tant d'autres choses, sera tué aux cours des mêmes combats, au même moment, exactement, le 28 aout 1944.
A bicyclette, avec un unique compagnon pour escorte, il tentait de rejoindre l'Etat-Major insurrectionnel du colonel communiste Rol-Tanguy, à l'Hôtel de Ville de Paris. Dans ces moments de basculement des lignes, où rien n'était exactement prévisible, où tout bougeait, il avait bien fallu qu'ils glissent, lui et son camarade, au fond de leurs poches, à toutes fins utiles, des brassards d'identification bleu-blanc-rouge de la Résistance.
Les soldats allemands, placés là en embuscade, pour protéger la retraite, déjà bien amorcée, du gros des troupes en uniforme vert-de-gris, les ont fouillés. Ils ont trouvé les morceaux de tissu tricolore. Ils les ont aussitôt fusillés, au bord de la route.
La mère de "Momo" était enceinte de 15 jours. Elle l'ignorait encore quand elle apprit la mort de son mari.
Et c'est le 8 mai 1945, jour de la victoire contre le nazisme, qu' est né, "orphelin de père", celui qui allait devenir, près de quarante ans plus tard, et vingt-quatre mois, à peine, après ce 30 avril 68, le "numéro 2" de la "Nouvelle Résistance Populaire", armée et clandestine, créée par les maos de la G.P., et son véritable dirigeant opérationnel.
Il s'opposera à la dissolution de l'une comme de l'autre, et décidera de continuer, en intrépide "porteur de valises", et même un petit peu plus que cela, "pour la libération de la Palestine", le combat d'un fils de partisans d'une Résistance aux brassards bleu-blanc-rouge - communistes d'origine juive, immigrés tous les deux, mais pas ensemble, de la lointaine Bessarabie.
Mais ce 8 mai 1945, jour où de jeunes commandos de l'Armée Rouge, qui hurlent "Staline!..." en se jetant à l'assaut, plantent l'étendard écarlate sur le haut toit d'un immeuble de Berlin, vainqueurs d'une longue course, armée, avec les colonnes blindées débarquées en Normandie ou en Provence, est aussi le jour où les colons français de Setif, amis de l'ancien adolescent résistant Roger Holeindre devenu, adulte, restaurateur à Tebessa, puis, plus tard, membre du maquis "Bonaparte" de l'O.A.S., noient, dans un terrible bain de sang, avec l'appui de la police "républicaine" d'une France à peine libérée, et de l'armée, la population arabe et berbère de cette région d'Algérie, soulevée, à l'issue d'une manifestation de célébration de la victoire contre le nazisme où de jeunes nationalistes algériens ont audacieusement et imprudemment brandi, à quelques dizaines de mètres du drapeau tricolore, l'oriflamme vert et blanc de la future Algérie indépendante...Une initiative accueillie par les coups de feu, mortels, tirés, contre la foule algérienne, par des flics ou des pieds-noirs racistes, avec pour conséquence un cycles infernal de massacres et contre-massacres, plusieurs dizaines de milliers de morts, sans doute, et, par la suite, la création, puis la victoire du F.L.N. dirigé par l'ancien adjudant de l'armée française, héros des combats les plus sauvages de la libération de la France, Ahmed Ben Bella - au bout de huit années d'une guerre de part et d'autre cruelle.

Ainsi se tissent et s'entrecroisent les fils de la plus grande Histoire.
Mais l'écheveau de coïncidences que l'on observe ici, dans la rencontre des deux destins, croisés, de deux des principaux protagonistes du 44 rue de Rennes, Maurice Brover et Roger Holeindre, ne se limite pas là.
C'est exactement dans les mêmes dates qu'un tout jeune sous-lieutenant du tout premier régiment de parachutistes formé par la France Libre, affecté au "service action" du B.C.R.A. gaulliste, Hubert Cruse, ce père que je n'ai pas connu, parachuté, le 2 août 1944, seul, à partir dun petit avion biplace volant tous feux éteints depuis Casablanca, entreprend sa mission: prendre, au cœur de la montagne, la direction d'un groupe de maquisards qui l'attendent et l'accueillent dans le secteur de Dieulefit, Drôme.
Fin août, il se fait découper le crâne par l'éclat meurtrier d'une grenade allemande.


Appelé à mener l'assaut contre un fort détachement de soldats "verts de gris", retranchés dans des caves, il a balancé à terre, d'un geste magnifique d'officier de grande classe, et de poète, le casque lourd, réglementaire qui lui avait été attribué, à son départ, avec sa mitraillette, son poignard-commando, sa pilule de curare logée au creux d'une dent, et tout le bazar...
Il n'envisage pas un seul instant de se protéger la tête alors que les jeunes paysans qu'il entraîne à l'assaut derrière lui, d'un appel du bras, sous la mitraille, portent de simples bérets.

Il est mort quand j'avais deux ans.
Ma mémoire n'a pas gravé le moindre souvenir, ni de sa voix, ni de son visage.
Et seule me parle la photo d'un jeune homme à l'allure sportive et au sourire empreint d' ironie tendre, que j'essaie sans doute inconsciemment d'imiter, et qu'évoque irrésistiblement chez moi, la chute du refrain d'une des "scies" du "crooner" andalou Julio Iglesias..."Toujours ce drôle de petit sourire, qui en dit long sans vraiment le dire..." Champion de France au Jeu de Paume, cet ancêtre du tennis pratiqué dans la salle où allait se prêter le serment décisif de la Révolution française, et réputé pour cet humour indestructible propre à ceux qui ont vu le loup de près, et senti le frôlement de l'aile de la mort (humour acquis, puis transmis, à plusieurs de ses petits- enfants...), il m'a aussi laissé, remise par ma mère, devenue sa jeune et digne veuve - une petite olive ventrue - ô Freud - quadrillée, de couleur verte: une grenade militaire, comme on dit, "défensive", souvenir de Pont de Claix, privée de sa cuiller et de sa goupille - et vidée, évidemment, de tout son explosif.
Elle me servait de presse-papier pour mes premières "disserts" de philo, de laborieux thèmes grecs, les versions latines, et des devoirs d'Histoire.
Grâce aux soins scrupuleux d'une jeune veuve de 26 ans, férue de grande musique, et violoniste, mère de deux petits garçons, et d'une petite fille à naître juste après les obsèques, Claire, puis remariée, 10 ans plus tard, avec un cousin du disparu, Hugues Lawton, que nous appellerons tous les trois "Papa", et qui fut un bon père,entretenant chez nous les mêmes valeurs, s'étant lui-même engagé tout jeune, au même moment, Rhin et Danube, et décoré de la Croix de Guerre pour avoir été ramper, seul, vers un blindé allemand , nid de mitrailleuse roulant, et l'avoir réduit à un silence définitif dans le fracas d'explosion d'une petite olive verte quadrillée, dégoupillée et gardée au creux de la main la poignée de secondes réglementaire, puis balancée au tout dernier moment, j'ai pu mettre aussi la main sur un plein carton de documents, remis à l'un de ses fils, dans un moment d'intense émotion, par la compagne d'acier trempé, toujours aujourd'hui, à 84 ans, nageuse d'exception, du jeune para revenu des portes de l'Enfer. Dans le lot, le jeu de faux-papiers d'un para-commando, agent du B.C.R.A., au vrai-faux nom de "Chaulieu", et sa lettre d'affectation ultérieure aux services de renseignements militaires de la Libération (DGER), accompagnant sa citation au titre de Chevalier de la Légion d'Honneur (acquise, donc, ce qui n'est, hélas, pas si courant, "à titre militaire").
Dans l' attestation nécessaire, dûment signée et tamponnée, son colonel précise que "Chaulieu" est bien Hubert Cruse - et qu'il a fallu contraindre ce jeune sous-lieutenant blessé en donnant l'assaut, à la tête de ses hommes, et reparti au baroud, d'un seul bond le crâne et le visage dégoulinant de sang, à "décrocher" pour aller se faire soigner.

"Modèle de tradition et d'abnégation, blessé grièvement au combat de Pont de Claix, le 21 aout 1944, a continué à combattre malgré sa blessure et n'a rompu le contact que sur l'ordre formel de son commandant de compagnie...Cette citation comporte la croix de guerre avec palme..."
Le sous-lieutenant parachutiste de 24 ans affecté à la 16 ème compagnie, 3 ème bataillon, de l'Armée Secrète (A.S.), promu, fin 1944, à la dignité de Chevalier de la Légion d'Honneur sur décret du général De Gaulle, avait aussitôt repris le combat, à l'instant même où il avait repris conscience- sans même perdre un instant à rechercher le large bout d'os manquant au sommet de son crâne, dont l'absence faisait, qu'en 1946, encore, au lendemain de la guerre, il portait en permanence un béret.
"Quand il l'enlevait, raconte ma mère, en lui touchant, de la main, le haut de la tête, on sentait une cavité, où le cerveau palpitait. Un peu comme la fontanelle d'un nouveau né".

Fils de la résistance, comme moi-même, et forgé, donc, à l'origine au moins, dans la même tradition que celle de notre ennemi du 44 rue de Rennes (et d'après), Roger Holeindre, "Momo" n'avait pas touché "à un seul cheveu de la cravate de ce mec", dans la salle du bas du 44 rue de Rennes.

Qu'on le croie sur parole.


Mais il m'a révélé, tout récemment, qu'il avait, en revanche, retrouvé, "avec toute sa bande, enfin, ce qu'il en restait...", dix minutes après notre départ, sur le Boulevard Saint-Michel, l'héroïque combattant de la libération de Paris devenu l'ennemi enragé de la Résistance vietnamienne, à ses yeux maléfiquement communiste, qu'il était allé combattre, dans l'ancienne Indochine française, jusqu'à Dien Bien Phu - avant de s'égarer dans le soutien à ne nouveaux envahisseurs venus d'outre-Pacifique, qui avaient tout fait, surtout le pire, pour arracher aux restes de l' Empire français brisé par le nazisme, le contrôle de l'ancienne Indochine, puis étaient devenus, avec une brutalité encore mille fois supérieure à la nôtre, les bourreaux d'un petit peuple combattant, comme lui-même, en 1944, le père de mon ami "Momo" et le mien, "pour l'indépendance et la liberté".
"On leur a sauté dessus, me dit Momo. "J'avais reconnu Holeindre. Je l'ai chopé, je l'ai mis au sol... Quand quelqu'un est parvenu, heureusement, à me calmer, je lui avais mis un bon taquet, il avait bien morflé - et j'essayais de lui passer la tête sous les roues d'un autobus, qui passait"...

Du Vietnam aux Peugeot:

famille, je vous aime...


Je n'étais pas sur le Boulevard Saint-Michel.
J'avais quitté très vite, la "manif" de sympathisants des C.V.B., tenus dans l'ignorance du "coup", amenés au tout dernier instant, sur place, pour protéger le départ du commando d'attaque en noyant sa petite centaine de combattants, et le "groupe de protection" resté à l'extérieur, dans le flot d'un cortège-surprise, avec drapeaux et banderoles, s'éloignant sans énervement de la rue de Rennes, de l'Eglise Saint-Germain, et des terrasses du Flore bourrées de touristes friqués et d' "intellectuels de gauche" du même parti en poussant fort notre fier cri de guerre et de colère: "F.N.L. vaincra!"


Comme le narcissiste psychanaliste "people" de la télé qu'est devenu l'insupportable et niais Gérard Miller "Ménie Grégoire" de la go-gauche (il s'était enfui du 44 rue de Rennes, où il était tout de même entré, dit-il, pour aller se cacher jusque dans les couloirs du Louvre, tout de même bien éloignés...), j'étais parti très vite, une fois le travail fait, fini et bien fini.
Mais j'avais d'autres motifs que le sémillant des plateaux.
J'avais quitté le "44", dévasté, et la rive gauche, sous un gentil et gai soleil d'avril, aux portes de mai, pour le XVI ème, et l'avenue Victor Hugo, où j'étais attendu pour un déjeuner prévu de longue date, ce dimanche, dans la branche "Peugeot" de la famille.
L'invitation venait de mon mon parrain, frère de ma mère, ami de mon père,et lui-même directeur d'une des usine du groupe de Sochaux, ainsi que, par ailleurs, ancien officier d'état-major en Indochine, et donc on ne peut plus éloigné, sur le plan politique, du jeune orphelin de père qu'était devenu son filleul, mais resté même aux pires moments, un affectueux soutien...


En 1971, à l'époque où, traqué par la police, pour des actes dont il ignorait, comme beaucoup de gens, le détail, mais ne pouvait que réprouver le principe, j'avais dû prendre la fuite, vivant sous de "vrais faux-papiers" d'un genre particulier, dans la clandestinité (lire page) il m'avait fait savoir, par l'intermédiaire de mon frère Didier, que, si "un jour" j'en avais "marre", il pouvait me faire passer, sans formalités de douanes ni paperasses d'aucune nature, sur un des innombrables cargos affrétés par Peugeot.
Je pourrais gagner l'Argentine, où la firme au Lion possédait une grande usine; il m'y procurerait "de quoi vivre sur place, là-bas, au moins pour un moment"...


Ce 30 avril 1968, donc, ma tante Monique, son épouse, devenue, auprès de lui, ma seconde mère, avait mis, comme d'habitude, les petits plats dans les grands, avec l'aide du personnel domestique que lui permettait d'entretenir, pour l'assister, son statut, et ses moyens, de fille de Rodolphe Peugeot (frère de Jean-Pierre, dirigeant historique du groupe).
Je connaissais d'ailleurs bien, pour y avoir souvent joué aux boules de neiges, l'hiver, ou fait du foot, du saut en longueur, du triple saut, et du vélo, aux vacances scolaires d'automne ou de printemps, Le Rocher, à Valentigney, la propriété de mon grand-oncle Rodolphe et de ma tante Clémence, née Japy (deux très braves gens, très "famille", simples et chaleureux), aux portes de Montbéliard, où se trouve l'énorme usine-mère du groupe, Peugeot-Sochaux.
Et c'est blanc de rage que j'ai appris, en préparant ce livre, que les "maos " de Sochaux, actifs autour de deux de mes anciens copains de lycée de l'époque G.P.A.-C.V.B., puis de la G.P., Alain Voloch et Yves Cohen, avaient organisé des "repérages" autour de la propriété du "Rocher", dans l'idée, d'une rare stupidité, de préparer une "action de partisans" contre un supposé bastion de l' "Empire Peugeot" - où la condition ouvrière n'était, certes, pas des plus faciles (lire page). Alors que l'oncle Rodolphe, officier de cavalerie engagé volontaire dans les rangs de la "France Libre", et revenu participer, avec son régiment, à la libération de sa région de Montbéliard, et de l'usine de la famille, fleuron de l'industrie française, n'avait jamais commis d'autre péché que d' avoir pour frère Jean-Pierre. Qui lui-même, averti par la Résistance de son arrestation imminente pour "complicité de sabotage" dans l'usine, en 1944, devait franchir clandestinement la ligne de démarcation provisoire pour venir le rejoindre, et sauver sa propre peau d'une balle allemande...


Je me serais évidemment opposé de toutes mes forces à une pareille ânerie, si ce projet, resté heureusement, comme tant d'autres, fantasme, était remonté au Comité Exécutif de la G.P. N'y ayant jamis rien caché de mes attache familiales, et n'en entretenant, d'ailleurs, nulle honte, et pas le moindre complexe, j'avais mon mot à dire, et je l'aurais dit. Fort. Et rien n'aurait affecté la sécurité du Rocher.


Woliner, Abitbol: deux "juifs" d' "Occident", bien différents


Dans le bel appartement de l'avenue Victor Hugo, donc, avant de me mettre à table - la sueur à peine sèche - j'entends, sans moufter, Europe 1 évoquer la "destruction complète" d'une "exposition de soutien au sud vietnam" par un "commando pro-chinois" ayant fait d'importants dégâts, et des blessés.
Je n'ai jamais su, depuis, si figurait, au 44 rue de Rennes, parmi tous ceux dont j'avais pu, dans leur fuite éperdue dans l'escalier de droite, "dévisager" le derrière, le postérieur de Woliner, "le" juif du Bureau Politique d'Occident, un pur fasciste, lui (contrairement à Abitbol), allié sans états d'âme de Devedjian - bien dans la tradition des "chemises brunes" du "sioniste révisionniste" Jabotinsky, ancêtre politique de Sharon, Ehud Olmert et Benyamin Netanyahou...Ou si ce personnage curieux, mais bien emblématique d'une des traditions juives, pas la meilleure, figurait parmi ce qui était resté des autres, ceux d'en bas, près du "pendu" Holeindre.
En revanche, Woliner figurait bien, avec Alain Robert, son chef de groupe, dans le commando venu agresser, l'année suivante, début 1969, dans le "sanctuaire" de Louis-le Grand, bastion des C.V.B. devenue une des "bases rouges" de l'embryonnaire G.P., les jeunes militants "Mao spontex", partisans de la "fusion" de leur "révolte antiautoritaire" avec "la révolution prolétarienne". Ils s'étaient soulevés, réduisant en charpie l'administration du "bahut", coupable, notamment, d'avoir arraché nuitamment le grand portrait de Mao, ajouté, pour l'orner, au monument aux morts...Dignes de la "cuvée" précédente, la nôtre, ils avaient ensuite riposté à l'irruption des "fafs" avec la dernière violence.
C'est en tout cas ce dont témoigne une des personnes placées pour en parler, Jean-Gilles Maillarakis, intellectuel d'origine gréco-égyptienne, cultivé et redoutablement intelligent, figure haute en couleurs de l'extrême-droite activiste des années 60 et suivantes, mais plutôt pro-palestinien, lui, contrairement à Woliner (proche, au contraire de l'extrême-droite juive israélienne la plus intolérante, militant pour l' "épuration ethnique" ("transfert") d'un maximum d'Arabes).
Fidèle, donc, à ses convictions de toujours, "le Juif du Bureau Politique" du mouvement fasciste "Occident" , sulfureux personnage, devenu aujourd'hui "un "ardent défenseur de la veuve et de l'opprimé" , comme son compère de l'époque Patrick Devedjian, passé de la tendance Barbie (Klaus) "manteau de cuir noir" des "fafs" du Quartier Latin ou de Nanterre à un soutien aussi ostentatoire que celui de Woliner, et aussi indéfectible, à l'Etat d'Israël, faisait partie du commando, venu, avec quelques matraques et autres "coups de poing américains" infliger une brutale leçon d' "Ordre Nouveau" aux tout-jeunes lycéens de la première vague de rébellion de l'après mai.

La main arrachée du jeune Gabriel

- Jean-Gilles Maillarakis parle!

C'est ce jour là que le malheureux Gabriel, un jeune sympathisant des Comités d'Action Lycéens (C.A.L.) et des "mao spontex", sobriquet attribué par les "marxistes-leninistes authentiques" et leurs "groupies" journalistes du Monde ou de La Croix, comme Bruno Frappat, à ce qui était en train de devenir la Gauche Prolétarienne devait être évacué vers l'hôpital.
Il fallut l'embarquer d'urgence, pour cela dans un car de police.
S'y trouvait également, mais à titre, lui, de "suspect" d'une partie des violences de ce jour-là, qui furent sans pitié, Maillarakis - resté coincé sur place, selon certaines sources, "assommé".
"C'était atroce. Votre petit gars avait quatre doigts de la main presque entièrement arrachés, il souffrait atrocement, il hurlait sans arrêt", se souvient Jean-Gilles - qui ne croît pas un traître mot de la version que La Cause du Peuple allait donner des circonstances de cette blessure.
" Vous avez prétendu, je vous comprends, c'est normal, à votre place, nous aurions fait pareil, poursuit Maillarakis (qui devait rejoindre, ce jour-là, en garde à vue...son bon ami Roger Holeindre, soupçonné par les enquêteurs, perspicaces, d'être "l'homme de 4O ans" supervisant des opérations dirigées "in vivo" par Alain Robert), "que ce pauvre Rebourcet avait eu les doigts arrachés par une grenade offensive lancée par nous. C'est du pipeau. C'est faux et archi-faux. J'étais là. J'ai tout vu."
Placé en hauteur, sur une galerie, au milieu d'une bonne centaine de lycéens surpris en plein repas, et accourus à toute allure de la cantine pour repousser l'assaut des "fafs", Gabriel aurait, selon son adversaire d'alors, lui-même ancien de Louis-Le-Grand, connaissant parfaitement les lieux, et donc, aux premières loges, été "gêné, ou déséquilibré, par un projectile de fortune, caillou ou canette, lancé par nous, d'en bas", "au moment ou lui-même s'apprêtait à nous balancer une espèce de grenade artisanale." - "Du coup, il a perdu une ou deux secondes, et elle lui a pété dans la main".
Version confirmée, sans plus de garantie d'une objectivité à laquelle ni l'un ni l'autre ne sauraient aucunement prétendre, par William Abitbol, également sur place ce jour-là. "Nous utilisions parfois, mais très rarement, des "O.F." de récupération, ou des grenades à plâtre. Ce jour-là, en tout cas, nous n'en avions pas. Nous avions des matraques, pas grand chose d'autre..."


Une "O.F." artisanale "à la vietnamienne", le "ralbol"


Nous venions précisément d'inventer des engins artisanaux, efficaces, mais d'une utilisation délicate, sur une initiative expérimentale digne du plus grand intérêt de jeunes bricoleurs des lycées, qui les avaient humoristiquement baptisé des "ralbol".
"O.F." du pauvre, fabriqués "à la vietnamienne" avec des matériaux simples, il s'agissait de gros tubes de médicament, vidés, puis remplis de la même poudre, à base, notamment, de sucre pâtissier, qui servait aux " boudins allumeurs" des "cocktails".
Une fois le tube rempli, on le fermait avec son bouchon d'origine. On en renforçait la capacité de résister à l'explosion avec un épais enrubannage de chatterton. Puis on y enfonçait, par un petit trou rond percé à cet effet, un simple pétard de foire "à gratter" de forme cylindrique.
En cas de besoin, il suffisait de frotter l'extrémité soufrée du pétard sur la face abrasive d'un boîte d'allumettes, et de lancer, sans traîner. L' "effet-retard" du "pétard-alliumeur" était très bref. Deux ou trois secondes, pas plus - si ma mémoire est bonne.
Mais ce système de fabrication simple, et d'un coût dérisoire, n'avait pas le garanties de précision de l'industrie militaire, source de sécurité, en principe, pour le lanceur, des grenades défensives de l'infanterie ou des paras, les plus dangereuses, comme des O.F. standard des gardes mobiles ou, plus rarement (je n'ai jamais rencontré le cas) des "fafs".

L'art chiite de la dissimulation (taqyia) de Christian Jambet

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"Gourou" sentimental, bavard mais plein d'idées, des lycéens de la G.P., version 1969, appelés à passer de la "révolte anti-autoritaire" contre " le pouvoir frelaté des crapules intellectuelles au service de la bourgeoisie" et le vain prestige des "petits maîtres", confits dans "le savoir bourgeois", à la "révolution prolétarienne", et donc à aller s'"établir" en usine dans le rude et froid nord minier, ou dans les riantes localités de Gennevilliers, Creil-Montataire, Mantes-la-Jolie, ou encore Sochaux (une vraie Sibérie française, où il fait vraiment glacial, l'hiver...), ou encore ou à se lancer dans les "longues marches" de rude travail des champs auprès des paysans, Christian Jambet est devenu depuis, avec son compère de la khâgne de Louis-Le-Grand, encore, Guy Lardreau ("Le Singe d'or"), et la complicité de leur nouvel ami et, j'espère pour eux, mécène, B.H.L., l'un des fondateurs de la "Nouvelle Philosophie": la forme inaugurale, précieuse autant que savante, du "travail" de contrition requis auprès des tout-premiers repentis du maoisme.
Ayant appris qu'il avait heureusement infléchi son parcours, en devenant, certes, "un universitaire bourgeois", loin des dangereux tubes de médicaments "ralbol", de la vie de galère, et des usines, mais, à ce titre un spécialiste du chiisme duodécimain, un beau et grand sujet, de pleine actualité, dans la tradition de son maître Henri Corbin, j'ai voulu revoir Christian, il y a quelques temps.
Nous avons partagé un agréable repas avec Jean-Loup, un ami commun, prof de philo - et "ex-mao"...
Ayant gardé, visiblement, un bon souvenir des cours de karate que je lui infligeais, dans une salle de cours vide de Louis-le-Grand, ainsi qu'à une bonne quinzaine d'autres, dont Guy Ponsard, Patrick Fers, d'Amiens, Gilles Susong, et l'excellent Lardreau, grand amateur de bonne chère et de whisky, plus rond que Jambet, mais devenu, comme lui, un des plus brillants rédacteurs des premiers numéros de La Cause du Peuple, Christian m'avait, à l'époque, étonné.
Convaincu, comme un grand nombre de crétins, lecteurs du Monde, que le fils du sous-lieutenant para du B.C.R.A. était devenu un "communiste-fasciste", un "rouge-brun" (voir page), il m'avait dit qu'il trouvait cette idée "intéressante, pourquoi pas? Rouge-brun, ça sonne très bien"...
Consterné, j'avais demandé l'addition - qu'il avait payée.
Depuis, Christian semble se faire distant.
Concentré, comme tant d'autres "ex" sur l'obsession de "finir" au sommet "d'une vraie carrière universitaire", et de trouver, notamment, "une bonne place à l'EHESS", où vont se nicher collés, par volées entières, et je ne sais par quel prodige des obscurs réseaux de l'arrivisme culturel, nombre de pré-retraités précoces de la "lutte de classes", de la "critique prolétarienne du savoir bourgeois, mandarinal", et de la lutte contre les guerres impérialistes, qu'elles ravagent le Vietnam, l'Irak, ou la Palestine, Christian n'a pas donné suite aux questions que je lui ai aimablement adressé, par internet, à propos des "soulèvements anti-autoritaires" dans les lycées, en général; de leurs inspirateurs bientôt retirés des affaires, sans casse; de la responsabilité qu'il y a, quand on soi-même assuré ses arrières, à exhorter des centaines de jeunes gens, sincères, eux, et confiants, à interrompre leurs études pour aller se faire ouvriers, pour la bonne cause - et sur la question de la vérité et du mensonge dans l'affaire de la main mutilée du courageux Gabriel.
Il n'a pas daigné répondre.
Dommage.


Christian n'évoque pas non plus cette obscure et triste affaire dans les souvenirs qu'il a confiés à la scrupuleuse Virginie Linhart (fille de Nicole et Robert), auteur de "Volontaires pour l'usine. Vie d'établis 1967-1977" (Le Seuil janvier 1994),un des rares vrais livres écrits sur le sujet, avec "L'Etabli", le livre de son père, et sur un autre registre, celui de Christophe Bourseiller (Les maoistes- Plon 1996).


Mais le mandarin néo-chiite Jambet y manifeste tout de même la gêne, certaine, d'un cadre responsable qui, ayant eu la "chance inouïe" (sic) de passer son "DEUG de philo, en 1968", a pu "reprendre (ses études), en 1973", "contrairement à beaucoup de (nos) camarades qui étaient partis en usine sans un seul diplôme en poche, et qui se sont trouvés dans des situations terriblement difficiles par la suite..."


Pousser une foultitude de jeunes lycéens à abandonner leurs études et tout perspective d'avenir universitaire, au service d'un projet politique magnifique, mais comportant des risques, dont on leur farcit la tête à coups de discours brillants, assortis de leçons de morale sur l' "esprit de sacrifice" et "l'idéologie de servir le peuple", pour les abandonner ensuite à leur triste sort en ne fronçant pas un sourcil contre la liquidation du-dit mouvement, alors qu''on a soi-même assuré ses arrières, ce n'est pas de la "chance", Christian, "c'est du bien joué"...
Et l'on comprend mieux cet autre passage des confessions que tu as cru devoir réserver à Virginie, et qui restent, sur ton incapacité à partager quoi que ce soit d'utile et de fraternel avec les ouvriers de la petite "boîte" textile du nord, d'où, "établi" un an tout de même comme "aide ourdisseur", tu as filé, au bout d'un an d'inactivité militante radicale, c'est toi qui l'écris, viré par ta copine qui, "établie" elle aussi à La Lainière de Prouvost (Roubaix), ne croyait plus à la réalité durable de tes convictions politiques.


C'est Robert Linhart qui, ayant revu Jambet dans un état de "délabrement moral complet", lui a tendu la main -et une perche aussi au passage. "Il m'a tiré d'affaire en m'ouvrant la possibilité d'un rapprochement avec la rédaction de J'Accuse."


En ce printemps 1968, donc, les premières « actions-choc » des Comités Vietnam de Base, conçues et élaborées « à la chinoise », suivant « un plan tactique et stratégique », au tableau noir, et avant tout l’attaque-éclair du 44 rue de Rennes, le 30 avril, provoquent l’engrenage qui va déclencher, directement, les "événements de mai".
Il nous faut, en effet, enchaîner sans souffler sur la mise en « auto-défense » du campus de Nanterre - style "guerre du peuple"». Cet endroit que nous aimons se trouve en effet menacé d’une contre-opération de « nettoyage » (on ne dit pas encore : « au kärcher »…). Elle est annoncée urbi et orbi par les associations d’anciens combattants d’Indo ou d’Algérie, volant au secours des rossés de la rue de Rennes.


Grand intellectuel cohérent et courageux, à la profonde culture, et toujours aujourd'hui, malgré de très sévères ennuis de santé, fidèle aux engagements qu' il avait su faire les nôtres, Robert Linhart, alors "numéro 1", incontesté, aimé et respecté, de l'UJC-ml, tutrice des C.V.B. vient diriger les opérations, sur place.
C'est un choix délibéré. Il n'exprime pas seulement une certaine appétence, réfléchie, pour la chose "militaire", un vrai courage, et le souci de renforcer, au sein de nos groupes, et à leur tête, sa propre formation "politico-militaire".
Plusieurs mois avant mai 68, au cours d'une rencontre avec les conseillers de l'ambassade de Chine à Paris, ses interlocuteurs habituel, Robert a évoqué, devant eux, les mouvements étudiants d'autres pays d'Europe, déclenchés, eux aussi par le soulèvement mondial de la jeunesse contre la boucherie impérialiste.
Il a fait la preuve d'une capacité de synthèse et d'anticipation digne d'un dirigeant politique de tout premier plan, en prévoyant, en France, "des événements de rue, comparables aux révoltes étudiantes allemandes" inspirées par une même rébellion, mondiale, contre la guerre du Vietnam, symbole d'un nouvel ordre du capitalisme global, d'inspiration "texane", archaïque et brutal - "mais avec une participation importante des ouvriers".


A Berlin et Francfort, les mouvements, très isolés d'une classe ouvrière "à l'américaine", intégrée au "système" et prise dans le glacis de la guerre froide, sont menés par le S.D.S. de "Rudi le Rouge" (Dutschke), un des "modèles" de Dany Cohn-Bendit, mais d'une vraie envergure politique, lui, qui fut blessé au cours d'un attentat par un cinglé manipulé par les services secrets.
Plusieurs témoins, membres du Bureau politique de l'U.J., se souviennent parfaitement de cet entretien.

 

Du Vietnam au "22 mars", au mai de Nanterre,
puis de la Sorbonne

Ce sont les conséquences indirectes de nos actes qui pèsent souvent le plus.
Dés janvier 1968, dépassés, débordés, voyant leur « base » filer dans nos opérations coups de poing, qui sont plus animées que leurs paisibles défilés, les trotskistes (kriviniens) du Comité Vietnam National (C.V.N.) n'ont plus d'autre solution que de se convertir à leur tour à l’ “action directe », qu’ils daubaient, lui préférant, jusque-là, le rôle traditionnel de « professeurs en révolution », (anti-impérialiste), affairés « importer le savoir » (politique) dans le cerveau des « masses » abruties « aliénées par le capital », s'élevant enfin grâce à eux aux Livres Totémiques de Marx-Engels-Lenine, dont ils connaissent parfaitement la lettre, sans rien avoir assimilé de leur esprit, ni de la méthode de pensée vivante, concrère, et féconde, qui les éclaire...
C’est la loi de la concurrence, et l’escalade.
Nos concurrents frustrés devenus nos imitateurs, zélés mais maladroits vont casser quelques vitres d'American Express - pourquoi pas? - et se font arrêter aussitôt, sottement...
Parmi les interpellés, Xavier Langlade, un étudiant de la J.C.R., beau gosse, courageux, vivant et chaleureux - mort à Cuba, il y a peu...Il est administrativement inscrit à la fac de...Nanterre, où, du coup, le feu du Vietnam prend.
Occupation de la tour administrative, le 22 mars 1968, naissance du mouvement du même nom, "actions" diverses, convocation de "meneurs", dont "Dany" Cohn-Bendit, pour conseil disciplinaire, en Sorbonne, le 3 mai etc.


Najman, "Pablo", Markus Wolf


Le sujet était bien connu d'un jovial journaliste de Libé, gentil garçon, ouvert, curieux de tout, et des plus sympathiques, doté d'une très solide culture politique, et de contacts "rares", et par ailleurs, grand amateur de cocaïne, Maurice Najman - aujourd'hui disparu, comme Xavier.


Avant de d'être adoubé, à la fin d'une trop courte vie interrompue par une maladie grave, au statut privilégié de biographe de confiance d'un des grands maître-espions du siècle, "patron" historique de la prestigieuse et redoutable STASI de ce qui était alors l' "Allemagne de l'est", le séduisant Markus Wolf, connu, selon toute vraisemblance, par l'entourage de "Pablo", le tout-jeune lycéen Maurice Najman, militant des "Comités d'Action Lycéens" (C.A.L.), avait été l'un des tout-premiers lanceurs de pavés de mai, sur le "Boul' Mich".
Au cours d'une rencontre déjà ancienne, dans son original et sympathique appartement d'un vieux quartier populaire de l'est parisien, empli de livres, ce garçon qui avait apprécié le combat de notre CGT-mao contre l'ordre nouveau de Serge July dans ce qui fut un temps notre journal, m'avait conté, par le menu, cet épisode historique.
L'imposant dispositif de protection "politico-militaire" des étudiants de Nanterre - et donc, des libertés universitaires...- mis en place par les G.P.A. des C.V.B. contre une "descente des fafs", que ceux-ci, glacés de terreur, annulent en catastrophe, fait perdre les pédales au recteur Grappin.
Il est vrai que nous avons mis les petits plats dans les grands...Groupes nombreux et mixtes, garçons et filles, à l'image de l'Armée Populaire de Chine (A.P.L.), coiffés de casques de chantier, munis d'imposantes barres de fer, placés sur tous les "points hauts"; tranchées anti-voitures creusées en chantant, sur le modèle des fossés anti-chars; guetteurs, estafettes, patrouilles...; contacts préparatoire avec les ouvriers de chantiers du bâtiment, proches, et la riche base d'appui "secondaire" que nous offre la turbulente jeunesse du grand et sordide bidonville de La Folie, mitoyen...;centaines de lance-pierre fabriqués à la chaîne, à l'aide de branches fourchues, raflées en masse, au bois de Boulogne...


Grappin prend la décision de fermer le campus, le temps de "ramener le calme". Alors que, venus, certes, pour nous battre, et pour nous battre à mort, nous étions, pour notre part, parfaitement calmes...
Un meeting de riposte est aussitôt convoqué à la Sorbonne. A son ordre du jour, aussi à l'ordre du jour la nécessaire solidarité avec les militants persécutés par la justice dans la chaîne d'incidents amorcée par l'attaque de l'American Express, l'arrestation de Xavier, la création du 22 mars, et les malices de "Dany Le Roux".
Les flics occupent en masse un Quartier Latin qui commence à bouillir, ils bouclent la Sorbonne - et tous les militants étudiants qui s'y sont rassemblés, piégés.
Mais les lycéens des C.A.L. dont Najman, à qui l'exemple des opérations des C.V.B., les 7 et 21 février, puis le 30 avril, donne, dit-il, des ailes, arrivent en renfort, au moment où les premiers cars bleus, bourrés de prisonniers, s'en vont vers le dépôt.
Les premiers pavés volent...


Notre rupture avec le militantisme gna-gnan traditionnel (défilés-meetings-pétitions), où s’enlisent communistes et Krivine, a démontré la capacité des "actions de combat anti-impérialistes",à soulever autour d'elles une large frange de la jeunesse...
Actions directes, de masse, à force ouverte: la "politique du choc" révèle des forces jusque-là latentes, qui ne semblaient inertes qu'à ne pas leur tenir le langage-action dont, assoupies, elles rêvaient.
C'est une importante leçon de choses. Nous ne l'oublierons pas.
Dans les lycées plus encore que dans les facs, la soif d’agir est grande.
A lui offrir de l’eau, sourciers, plus que bergers,
nous avons fait mûrir sans même nous en apercevoir le puissant “soulèvement de la vie” de mai 68, que suivra la saga des maos de la G.P...
"Libérez nos camarades!...”
Mai 1968 commence sur ce cri de colère.

(Suite) -Mai 1968: ce qu'on peut en aimer, ce qu'on doit en haïr: accès par clic: ici

 

 

 


 

- I -
DES GPA à la GP...
...LA POLITIQUE DU CHOC

- 1966-1970 -

1.
Vietnam: "FNL vaincra! "
(Extraits...)


"Vietnam 67!... Nous ne disputons plus sur le sexe des anges. Van Tien Dung m'a dit: "Viens, donne-moi la main..." - 1967. Chanteuse de "blues" blanche, française - et militante - Colette Magny nous prend tous à la gorge...Le flux de sensualité puissante qui pousse du fond du ventre à l'imposante poitrine de cette grande femme forte et ronde comme la force d'attraction de son engagement, modeste, clair, et radical, nous transfigurent. Et nous plongeons d'un seul élan, loin des "disputes" scolastiques de l'université comme de la toute petite politique, dans les furieux torrents de montagne où l'Histoire, la grande, charrie et polit ses galets, divers, jusqu'à former rivières et fleuves, et, loin de la source, mais dans son fil, vient se noyer dans l'immensité de notre mère à tous, la mer - "Terre Patrie"? Non. "Mer Patrie". Ou mieux encore: "Terre Matrie"...

A la fin des années 1960, pour ceux qui veulent bien voir, les monstrueux matraquages à l'explosif qui auront fait tomber du ciel, en dix années d'une guerre d'une immonde lâcheté, l'équivalent scientifiquement calculé de trois cent fois la bombe d'Hiroshima sur les rizières et les rivières aux mille hameaux, bucoliques, d'un petit pays magnifique, ne constituent que l'ultime défécation, effroyable, d'une "superpuissance" dont la courbe de vie franchit (1965-1975), son seuil d'apogée.

Invisibles et inaudibles du sol, tellement ils volent haut, inaccessibles à la D.C.A., les B52, appuyés par des chasseurs bombardiers déversant leur cargaison mortelle en piqué, et les hélicoptères lourds, ravagent cette terre torturée, peuplée, tout de même d'êtres vivants, lui infligeant une "punition" comparable à quatre-vingt fois la puissance des engins de mort de toute espèce tombés sur l'Angleterre pendant la deuxième guerre mondiale, ou au total des bombardements commis sur le sol de l'Europe entre 1939 et 1945.


Quand un seul B52 passe, vidant d'un coup ses soutes de 30 tonnes d'explosifs meurtriers, la zone d'impact constatée s'étend sur un kilomètre et demie. Les cratères qui s'y succèdent peuvent dépasser dix mètres de profondeur.

Mais c'est la fin.

"Il n'est pas de bien plus précieux que l'indépendance et la liberté"

A ce grondement d' Apocalypse, le "cantique des cantiques" qu'oppose la Magny, et dont nous fait alors l'offrande cette fille des Evangiles et du Petit Livre Rouge, porte l' empreinte vibrante du véritable Amour, plus fort que l'énergie cosmique liant en tout deux êtres - ou, plus rarement, plusieurs -et qui ne peut être jaugé qu'à l'aune de l'Amour de Dieu, son jumeau: l'amour du peuple.
Il emporte sur les chemins de la vraie vie ceux qui ont le bonheur de s'en trouver au moins frôlés, êtres incarnées dans une patrie charnelle, ou dans plusieurs, chacun dans sa propre communauté sociale, culturelle, religieuse, ethnique, ou nationale...
Mais sa puissance va bien au-delà. Car un peuple n'est pas un bloc, figé. "Institué" (Rousseau), il n'est jamais "fait" pour toujours (car tout ce qui vit palpite, mue, évolue, et meurt) - mais sans cesse revivifié dans l'océan du monde, où se brassent les êtres, les langues, les musiques, les couleurs et les cultures...

C'est la main tendue d'un "petit homme jaune", vietnamien des maquis puis du "nord", libéré, devenu "base d'appui", futur Père de la Victoire, que le grand chant de Colette nous appelle à saisir pour en appréhender la force et la chaleur.

Cette main offerte est celle d'un combattant d'élite, forgé dans l'idéologie de "servir le peuple" et de "libérer la patrie des ancêtres", car "il n'est pas de bien plus précieux que l'indépendance et la liberté" (Ho Chi Minh): le colonel Van Tien Dung, devenu général à l'âge de Bonaparte au pont d'Arcole, puis maréchal au sens où le furent Leclerc de Hautecloque ou De Lattre de Tassigny. Il sera le génial inventeur de la stratégie expansive en "fleur de lotus", mère de la victoire finale de la longue lutte de libération nationale du Vietnam, en 1975...

Il en a besoin, lui aussi - ce combattant de fer au cœur apparemment blindé -, de cette effervescence qui bout dans nos veines de jeunes fils d'Occident, fidèles à notre plus essentielle histoire, fondée sur les valeurs profondes de jeunes gens en colère ("angry young men") ancrés dans leur refus de laisser s'enfoncer le monde, soit-il le bout du monde, dans de nouvelles horreurs, dix ans à peine après la fin de la dernière grande boucherie recensée dans les tablettes, et refusant toute assimilation de notre civilisation, qui eut sa part d'horreurs mais parvint au grandiose, à cette caricature qu'est "l'Atlantisme" au destin, écrit, d'Atlantide - sans injure pour cette île engloutie...

A ce seuil d'apogée, donc, l'Amérikkke aura successivement jeté dans le cratère où rugit la lave rouge, incandescente, de la "guerre du peuple", un total d' un million de "boys", sur dix années.
Et cela sur le théâtre d'une guerre dont le séduisant John Fitzgerald Kennedy (élu en 1960, puis organisateur, en 1963, juste avant son propre assassinat, du putsch militaire abattant le dictateur N'Go Dinh Diem, "fantoche" catholique mis en place par la C.I.A. après Dien Bien Phu, en octobre 1955) disait, à l'issue d'un échange tendu avec l' "autre camp":
"Nous avons à faire la preuve de notre puissance...Maintenant! - Et c'est au Vietnam qu'il faut agir!"


Preuve.


L'heureux amant de Marilyn Monroë, fils d'un père maffieux trafiquant d'alcool aux frontières et grand admirateur du "pouvoir brun" qui jette déjà son ombre sur l'Europe, est le filleul - endetté, donc....- des "parrains" de la mafia judéo-américaine (Meyer Lansky, financier des italo-siciliens des bordels de très jeunes mineures du Cuba-casino de Batista puis de l'héroïne d'Indochine ramenée "au pays" par ce qui reste des "boys").
JFK voulait sa "preuve". "Au Vietnam". "Maintenant!" (1960.) Il l' a eue, nous l'avons..
Preuve, oui, de son impuissance absolue, celle de cet avatar inouï de la "force mécanique" que fut l' Amérikkke sur papier glacé du "play-boy" américano-irlandais, "tombeur" bref d'une Bouvier de vieille lignée française, puis celle du fourbe Texan Johnson, "de gauche" lui aussi ("démocrate"), son Brutus de Dallas..
La chute de Saïgon, dans la panique, donnera, en avril 1975, le "top", symbolique, amorçant une chute, aussi lente qu'irréversible, et sans appel.
Mais déjà bien avant, les turbulences du dollar, dommage collatéral de la déroute des G.I. au Vietnam où saigne le carburant des grands oiseaux de mort (pétrole) comme les capitaux (la dette), plaie elle aussi purulente au ventre de Washington, plongent le monde entier - sommé de payer le prix d'une guerre qu'il n'a pas faite - dans la "déprime"...
Le désordre de la finance mondiale manifeste cette glissade autant qu'il l'accélère...
Et c'est un puits sans fond: car s' aiguisent du même coup les couteaux à l'intérieur de l'O.T.A.N. miné par la discorde - et d'abord, sur le fric!
Soucieuse de ses intérêts réels de longue portée, la France gaullienne se montre aussi rétive aux ukazes militaires qu' à l'intempérance économique, encore aggravée depuis lors dans un endettement global devenu ébouriffant, de ce Gulliver saigné à blanc, au goutte à goutte, par une armée de nains-guérilleros, superbes dans leurs pyjamas noirs de soldats-paysans des rizières, qui dansent autour de ce grand corps, ligoté.
Commence à se faire entendre, dans un monde où c'est finalement la grogne, puis la rébellion militaro-économique qui se "globalisent" les premiers la petit musique, puis les premiers grondements, de la dissidence...
Au moment où l'angoisse fouaille la conscience américaine, dans les yeux des "boys" de retour, "fixés" à l'héroïne, pâles encore de honte autant que de terreur, infectant jusqu'au cœur rural de l'Arkansas du syndrome mortel de la défaite, l'illusion d'une longue ère de pouvoir total ne fait, toutefois, que commencer à se dissiper au sein des lourds cerveaux, déjà lestés d'électronique jusqu'à la gueule (et imbibés de cet indéfendable alcool qu'est le whisky) des "experts" en déroute de la Maison Blanche, du Département d'Etat - chez les "chiens de guerre" du Pentagone et les bureaucrates froids du "centre nerveux" de la CIA, Langley.
Robert McNamara, l'homme de Ford promu à la "Défense", dont la mécanique froide de "manager" du "taylorisme" a géré le conflit en automate, l'œil fixé sur les chiffres des "zones à traiter", et du rapport qualité/prix de la poliique "search and destroy" du Gudérian U.S. William Westmoreland, fera quelques années plus tard une humble autocritique.
Quaker fouaillé par ses péchés, il laisse un gros livre naïf au point d'en être ridicule, mais témoignage accablant, pour l'Histoire: "Avec le recul" (Le Seuil, 1998)
Nous qui avions attendu, sans l'espérer, cette confession d'erreurs allant au-delà de nos rêves les plus fous, guettons maintenant, optimistes confortés par l'expérience, celles de Donald Rumsfeld, du "loup" cynique en costume gris Wolfowitz, et de ce "Prince des Ténèbres" richissime bouffi de suffisance, qui passe chaque année, avec sa bobonne liftée, reliftée et re-re-reliftée des fesses à la racine de ses derniers cheveux, clairsemés quand elle se dépouille, lampe de chevet éteinte, de sa coûteuse perruque, des vacances tranquilles à jouer aux boules dans le Lubéron, à portée de "cocktail", ou de barre de fer, des résidences du renégat July, et de leurs amis de la "Haute", Richard Perle...
Personne ne les a jamais dérangés jusqu'à ce jour du moindre seau de sang de bœuf ou de porc, bien frais et bien gluant, et rouge vif, ou rouge-brun, balancé sur le seuil de la jolie résidence du "Prince des horreurs d'Irak" ou sur la boîte d'os qui contient un cerveau de criminel de guerre, lui aussi, de la "Haute", où rayonnent sans doute faiblement les déchets d'une conscience, et, pour ceux qui veulent y croire, d'une âme...
Et ce n'est pas faute de s'être abstenu de tout espoir, pour entreprendre, et de l'absence, provisoire, de réussite, pour persévérer - merci, Guillaume d'Orange, et merci à l'Ange Noir, indulgent, qui nous a fourni l'adresse jusqu'ici inutile, et même le plan, et ne semble pas nous en vouloir de traîner un petit peu...


Kara Te: "l'art de la main vide"...

- Notre "Ton Ton" à nous... -


A la fin des années 60, donc, l’onde de choc de la guerre du Vietnam, dont la déferlante parcourt toute la planète, fait vibrer toute une jeunesse rebelle...
Ces années-là, au vieux Quartier Latin, mémoire de pierre des plus anciennes joutes, le soulèvement gagne l’élite intellectuelle.
Le cœur battant de la culture française ne palpite plus de la passion perverse de couper les cheveux en quatre, ou comme dit Magny, de "disputer...sur le sexe des anges".
Le moment est venu pour nous de plus actuelles "disputes".On se bat à la barre de fer, tout de suite; le tour des cocktail-molotov viendra. Celui des armes à feu...
C'est la "crème" des bons élèves qui se lance dans la partie - ceux que l'on dit "racailles" ne nous ont pas encore nommés " bouffons"...
Les meilleurs éléments des “prépas” (les classes de préparation aux “Grandes Ecoles”, Normale Sup, l’X (Polytechnique), l'Ecole des Mines, Centrale,  se détournent un moment, pour les uns, de la lecture - scandée - des poèmes de Virgile, des Odes de Pindare, du patient déchiffrement des textes les plus ardus de la grande philosophie allemande, ou des poèmes altiers de Saint-John Perse, et pour les autres, les “matheux” , les scientifiques, entraînés eux aussi dans le tourbillon, de leurs équations à une ou plusieurs inconnues...
Comme livres de chevets, nous adoptons désormais Les Ecrits Militaires du "Président Mao" - et d'autres ouvrages du même auteur, mal servis par les traductions officielles d'alors, très "langue de bois". L'apparent dépouillement et le style simple de ces notes jetées sur de mauvais cahiers au cours de conférences détournent le lecteur pressé de s'attacher à la lecture approfondie de textes tout de verdeur concrète et de finesse.
C'est un géant de la guerre fort d'une vaste culture, irriguée par l'expérience "in situ" dune immense révolution en marche, qui donne au monde De la Contradiction, De la Pratique...
Question “pratique”, nous orientons notre énergie vers l’étude assidue d’un des aspects fondamentaux, alors méconnus, mais depuis devenu "tendance" de la philosophie chinoise, nippone, ou plus largement asiatique: les Arts Martiaux – Karate, Viet Vo dao, l'heure n'est pas encore venue de la boxe thaïe, autorisant toute la gamme des coups de tête, de genou, portés jusqu'au visage, de coude et de tibia, ou de la divine Capoeira...
Certains vont suivre les enseignements du vieux Moc, un Maître vietnamien, encore très vert, qui sévit du côté de  Maubert.
Au sommet de son art, il initie ses jeunes disciples à ses “revers de poing” à l’ellipse subtile...Quand c’ est bien fait, on frappe le dos de la main fermée de l’adversaire, une zone fragile aux petits os fins, presque sans protection de muscles, ou de graisse, au moment précis où l' "autre" développe, par exemple, un large crochet...
Courbe contre courbe, tangentes, l'impact se donne du revers deux premières phalanges (kento) patiemment endurcies, au préalable, sur une planche d’entraînement ad hoc en rafia (makiwara). Ça surprend. Et ça fait terriblement mal...La main de l' agresseur, parfois brisée,  devient en tout cas bleue, et gonfle comme un ballon. Mais pour parvenir à ce haut degré d’excellence, il faut une très longue et très patiente “pratique”...
D’autres prennent discrètement le métro, et gagnent  une petite bicoque qui ne paye pas de mine,  noyée dans la verdure de la vallée de Chevreuse.
Dans ce “temple” discret officie un jeune compatriote de Moc, rieur et insolent. Nous l’appelons “Ton Ton”. On peut en rester là...
Officiellement étudiant, ce disciple brillant du grand Hiroo Mochizuki, fils du vieux Maître Mochizuki, est plus ou moins garde du corps, “et plus si affinités”, de la délégation diplomatique du Front National de Libération vietnamien (F.N.L.) dans la capitale française.
C’est sous l’égide de la France, en effet, et à la grande fierté du général De Gaulle, que vont s’ouvrir à ce moment, les négociations de paix. Elles finiront par déboucher, à l'issue d'une interminable partie de Go diplomatique, appuyée par des offensives de terrain ("ta ta, tan tan": "négocier, combattre, négocier" - en même temps, avec le même acharnement, et la même ruse, et sans relâche) sur les “accords de Paris”, sur la paix - "Hoa Binh" - la libération complète du Vietnam, sa réunification et son indépendance...
La paix, il faut des sacrifices, pour y parvenir, pour la construire...Beau, gai, dragueur impénitent, et fin tireur au pistolet, aussi, à l’occasion, “Ton Ton”, garçon plein d’entregent, a installé sous une tonnelle d'osier ou de bambou un dispositif maléfique: une balle de ping-pong fixée à 1,80 m de hauteur, environ, par un jeu d’élastiques figure la “cible”: la tête des “fachos” d’Occident, nos ennemis pro-Américains de l’époque, qui tentent de nous briser les reins dans nos fiefs lycéens. L’entraînement consiste à frapper et à  refrapper, jusqu’à plus soif, d’un coup de pied direct ou circulaire, chassé, sauté, ou retourné,  la petite balle de celluloïd blanche qui danse, et nous nargue,  ironique, au bout de son fil mouvant.
Au menu également d'interminables séances d'étirement des jambes, au palan, pour pouvoir frapper du pied sec et haut, sans appel, et des séries interminables de "pompes": des tractions sèches, rythmées comme des "tsuki" frappés, que nous pratiquons comme il se doigt sur les deux poings fermés, en appui sur les phalanges de l'index et du majeur, zone de contact d'une frappe, sur le bout des doigts tendus, pour les endurcir, ou le dos du poignet, plié, pour les blocages rapides en "col de cygne"
De mon côté, une tradition familiale, propre à la bourgeoisie protestante d'influence anglo-saxonne de Bordeaux - tout ce qui est "anglois" n'est pas mauvais - a commencé à m' endurcir la couenne par la pratique du rugby, dès l'âge de 12 ans, sous le maillot - rouge vif...- du B.E.C., le Bordeaux Etudiants Club.
Dans la mémoire de mon père, qui s'y débrouillait bien, ma mère eut l'intuition, aimante, d'encourager tous ses enfants aux subtilités très physiques, aussi, de la voile, en dériveur, dans la baie au clapot brutal, aux courants puissants et complexes, étendue dans le vaste losange étalant ses merveilles de la Dune du Pyla au banc d'Arguin, marches du "Vieil Océan", et du fin Cap-Ferret à la large barrière de parcs à huîtres protégés par des rangées de piquets constellés de tranchantes coquilles, coupée d'étroits "estey", aux abords de l'Île aux Oiseaux.
Sur nos instables esquifs aux coques de couleur vives, pimpantes, dont le turquoise pastel d'un fin 4,70m au nom de violoniste, nous nous initions au grand jeu des vagues, du vent, du sel, et de l'amour aussi, autour d'une myriade de bancs de sable fin, loin de tout.
Et c'est aussi dans ce Paradis jamais vraiment perdu que viennent m'imbiber, esprit et corps, les rudiments de la dialectique politique, et de la guerre, sa compagne, dans les franges d'eau tremblante de ces toutes petites îles, toutes provisoires, que le montant recouvre, dont les hauts fonds bleutés, tièdes et translucides sous le soleil d'été, peuvent se transformer très vite en pièges redoutables, quand roulent de mauvaises vagues au tournant de la marée...
Musclé, donc, aussi, mentalement, j'étais prêt bien avant que le hasard ne m'introduise dans l'antre de "Ton Ton".
On pouvait y croiser, notamment, des filles superbes, jamais la même, de toute origine et de toute couleur...Le "viet" n'est pas austère, il adore les plaisirs de la vie et leurs variations, infinies. Loin de l'idée qu'on se fait, parfois, d'un Vietnam communiste, rigide et puritain, il est libre, de plus, de tout racisme, n'affichant aucune préférérence particulière pour les noires, les blanches - fussent-elles américaines - ou les "jaunes" - malgré une petite crispation, peut-être, à l'encontre des Khmères.
Avant même de connaître cet excellent patriote vietnamien cachant des convictions sincères sous de continuelles blagues, la curiosité m'avait orienté vers l'" art de la main vide", le kara te - sans la moindre intention militante...
Je recevais l’enseignement - des plus othodoxes - d'un excellent professeur: Jean-Pierre Lavorato, un danseur classique reconverti dans l'art martal de tradition (style shotokan, stéréotypé, peut-être, mais bas, solide, et puissant).
Beau comme le péché avec sa divine mèche blanche sur une chevelure brune soigneusement travaillée, et d’une souplesse de liane, il officie alors dans une petite salle de la rue de la Montagne Sainte Geneviève, près de la place du Panthéon, où une adorable vieille tante, pas vraiment d'extrême-gauche, héberge son neveu dans une petite chambre, vite remplie d'énormes dictionnaires Gaffiot (latin, grec), d'ouvrages de poésie ou de philo, puis de journaux, brochures, protège-tibia, protège dents, et de planches-photo décomposant esquives tournantes, ou "katas"...
La salle de la Montagne Sainte Geneviève a été créée par les “barbouzes “ héroïques de l’époque de la guerre d’Algérie (lutte contre l’O.A.S.: l’équipe Altcheik...). Elle est longtemps restée un lieu de rencontre, d'entraînement, et de recrutement, aussi, de leurs disciples...


Les G.P.A., force de frappe des C.V.B., matrice de la G.P.


Mais la vraie force des Comités Vietnam de Base (C.V.B.), qui commencent à s'ébrouer, vont faire l'actualité, et devenir la matrice de la future G.P., ne réside pas dans l'entraînement au sac, ou au makiwara (poteau vibrant couvert de rafia, pour endurcir les mains...) de leurs cadres "action".
Cette force est politique.
Les C.V.B. constituent une véritable organisation de masse, décentralisée en multiples comités de lycées, de facs, de quartiers, ou parfois d'entreprise.
Notre excellent camarade Gilles Susong, un "khâgneux" de Louis-le-Grand, fragile et filiforme, maigre comme un clou et pâle comme la mort, caricature physique de l' "intellectuel aux mains blanches", aux attaches très fines, presque diaphanes, mais vaillant dans les rudes situations de rue qui font notre quotidien, épluche avec un soin maniaque le "Courrier du Vietnam", austère et très complet organe du Front de National de Libération (F.N.L.).
Confrontant les denses informations qu'il contient, celles du "Front", avec celles de la "presse bourgeoise" (Le Monde, L'Huma...), il en tire la matière d'exposés stratégiques, nourris de schémas militaires, et de cartes, au tableau noir.
Nous en dégageons l'essentiel, et reproduisons le tout, de façon aussi concrète et colorée que possible, avec gros titres, vives couleurs, photos etc sur des "affiches en gros caractères" (dazibaos, en chinois) de la "Révolution Culturelle" naissante. Elles sont collées sur de rustiques panneaux, exposés dans la rue, à des "points fixes". Les gens intéressés, variés, et dont le nombre va croissant, savent pouvoir nous y retrouver, de semaine en semaine.
Les "fafs" le savent aussi. De là, l'érection d'un nouveau concept, celui des "Groupes de.Propagande et d'.Autodéfense" des C.V.B.
Dans le principe, certes le mot contient "défense". Avec la légitimité, bienvenue, à défaut de stricte légalité, que ce vocable implique. Mais c‘est une façon de parler; une ruse sémantique - puisqu'il y a guerre, aussi, "des esprits", et donc batailles de mots.
”Autodéfense" on ne peut plus offensive, en tout cas. Prévenir, mieux que guérir. Echauffourées avec les “fachos”, et, bientôt, avec la police, appelée à leur secours, attaques et contre-attaques,“baston” de toute nature: en fait, nous mettons au point, sans l’avoir consciemment théorisée,  “une autre façon de faire de la politique”.
Elle fleurira, sur d’autres terrains, les années suivantes, au cours des "seventies", en langue française "années maos"...
C’est la “politique du choc”, celle de l’action de rue à force ouverte, violente, mais sans armes à feu, et bien maîtrisée, donc. Aux limites de la guerre civile, mais sans les transgresser...
Pour le pouvoir, l'avenir va le prouver, une stratégie de ce type est difficile à percevoir, puis à “contrer”.
Il lui faut, lui aussi, doser, sans déborder, et sans “surréagir” - au risque d'amplifier le phénomène que l'on prétend contenir, voire résorber...


Jean-Pierre Olivier de Sardan, J.P.O.

 

Les Comités Vietnam de Base ont été créés sous la direction de Robert Linhart, le dirigeant de l'U.J.C. ml, une scission "marxiste leniniste" ("pro-chinoise") de l'Union des Etudiants Communistes (U.E.C.), liée au P.C.F.
Leur direction politique a été confiée à Jean-Pierre Olivier de Sardan (J.P.O.), membre du Bureau Politique (B.P.) de l'U.J.C.-ml.
Comme il le souligne aujourd'hui dans l' inégalable sourire illuminant le visage aigu, précocement ridé, où joue, comme jadis, là longue virgule brune, de ce rebelle de tradition, fils d'une vieille famille de "maquisards" protestants des Cévennes, et fort de deux solides année d'études de théologie, rue de Vaugirard, puis ethno-sociologue, J.P.O. est "l'un des très rares "cadres dirigeants" de l'époque" à ne pas avoir été "élu" (coopté) dans ce sanctuaire de l'idéologie "prolétarienne" en passant par la "filière habituelle", "Ulmarde" - celle de l'Ecole Normale Supérieure de Lettres classiques de la rue d'Ulm, pépinière d'esprits ultra-brillants vivant sous l'influence du prestigieux "caïman" Louis Althusser, alors plus sage que fou, mais temple aussi, d'un savoir élitiste à tendance abstraite, et, parfois autoritaire, dans la plus rigide tradition du "grand mandarinat à la Française".
A part lui, J.P.O., les seuls à ne pas avoir été "formatés" par ce moule précis, mais rigide, sont le pauvre Le Dantec, aujourd'hui bouffi de repentir et passablement ramolli, ainsi que le roboratif Etienne Grumbach - "Tiennot".
J.P.O. rejoindra le tout premier noyau de la Gauche Prolétarienne, dès sa naissance, à la rentrée d'automne 1968, y initiant, "en style C.V.B.", un vrai "travail de masse" dans le quartier alors inexploré de Barbès-La Goutte d'Or.
Il s'éloignera, plus tard, sur la pointe des pieds, "sous le feu de la critique" d'une "force montante", la blonde, impérieuse et quelque peu sectaire Dominique Grange, vaillante créatrice du chant de la G.P., "Nous sommes les Nouveaux Partisans", au registre vocal, musical, culturel et politique plus étriqué que celui de la forte "Mamma" Magny...
Dominique, aujourd'hui Jeanne d'Arc radicale de l' "extrême-gauche caviar", vit entre les portes de la prison de La Santé et les agréables coteaux du Lubéron. Quand elle est à Paris, elle anime un combat confus mais sympathique pour la libération des derniers prisonniers d'Action Directe, enfants perdus de l'épopée mao, bâtards mâtinés du meilleur anarchisme, l'espagnol - associant hélas bien à tort leur destin à celui du sombre et profond Georges Ibrahim Abdallah, vrai et grand militant de la Résistance libanaise digne de la solidarité la plus intégrale, et donc la plus active...
"Critiqué" bestialement, par Dominique (qui, tout feu tout flammes, manque un peu de modestie et de respect, n'ayant pas le centième de sa culture politique, ni de son expérience - même si elle partage, sans aucun doute, une part de son courage) J.P.O., donc, s'en ira sur la pointe des pieds.
C'est que la camarade-chanteuse a reçu le renfort de Gilbert Castro (le sobre et minutieux trésorier du C.E. de la G.P., envoyé lui aussi, et au-dessus d'elle, en mission de "rectification").
Sa seule présence, manifeste la caution qu'apporte, derrière le rideau, "numéro 1", à la "liquidation" d'un "cadre-dirigeant" de grande valeur - dont il sait ne jamais pouvoir espérer la soumission servile - nous sommes peu dans ce cas).
Devenu, dans sa "deuxième vie", un homme d'affaires "découvreur de talent" des "nouvelles musiques", et toujours avec le même sourire chaleureux et modeste, Gilbert allait attendre à peine quelques années de plus que J.P.O. pour se retirer à son tour à partir de 1972, sur la pointe des pieds lui aussi, ce n'est pas un criard.
Après s'être replié, un temps, sur la base sûre de son Comité Vietnam de quartier, le seul à avoir survécu aux débâcles brouillonnes de mai et d'après mai, J.P.O., resté dans la continuité directe du temps Vietnam, et de l'élan originel et pur de la G.P., loin des paillettes, de la gloriole, puis des ostensibles reniements parisiens, consacre aujourd'hui l'essentiel d'une vie d'intellectuel de conviction de longue lignée à l'Afrique Noire. Et plus particulièrement au Niger, pays le plus pauvre du monde malgré sa grande richesse en uranium, devenu sa patrie d'adoption, hâvre de sa grande tribu.
Il y réfléchit "in vivo" à la réalité complexe d'Etats-nation artificiels se dégageant, avec la patience lente de ce continent de longs marcheurs, de l'emprise coloniale imprimée au plus profond des consciences sur la complexité mouvante de "peuples" et d' "ethnies", dans un va-et vient culturel aux infinis jeux de miroirs, logiques, entre deux continents aux destins inextricablement liés.
Il y travaille, en ce moment, à la création d'un instrument de libération touchant à l'essentiel: " le premier centre de recherches sociologiques et ethnographiques sur l'Afrique dirigé par des chercheurs africains, eux-mêmes formés sur le terrain africain".
Il vient de publier un nouveau livre, aux éditions Karthala: "Etat et corruption en Afrique: une anthropologie comparative..." (sous la direction également de G. Blundo, avec Tidjani Alou, N.Bako Arifari et M. Mathieu).
Complémentairement, Jean-Pierre a mis sur pied, chez lui, aux portes du château de ses ancêtres Sardan, dans le Gard, près de Sommières, une fanfare locale originale et dynamique.
S'y mélangent, gaillardement, toutes les musiques du monde, des chants traditionnels de l'Afrique noire en passant par la Salsa, et l'ancien folklore cévenol - une "Révolution Culturelle" dansant, de village en village, au pied des Cévennes.


En 1967-68, à la direction des C.V.B., J.P.O. s'appuie, sur le plan politique, sur Jean-Michel Berthelot (aujourd'hui disparu), et de façon plus irrégulière sur Etienne Grumbach ("Tiennot", voir page) - qui ne se vante pas, à l'époque, d'avoir pour oncle l'intègre "social-démocrate" Pierre Mendès-France - et continue, aujourd'hui, dans la région de Renault-Flins (Mantes-la-Jolie, Les Mureaux), une activité politico-professionnelle d'avocat-militant, spécialiste du droit du travail, défenseur des immigrés en difficulté, et proche de la CFDT.


Roland Gueguenbach

Des C.V.B.

au poste d'instructeur de Karate

dans l'infanterie de marine (RIMA),

puis au F.H.A.R., au couvent, et au suicide


Sur le plan "politico-militaire", l' "assistant" principal de J.P.O. sera d'abord Roland Gueguenbach, un marxiste-leniniste de caractère, indépendant et cultivé, doublé d'un vrai champion d'Arts Martiaux.
Ayant délibérément choisi d'aller faire son service militaire dans l'Infanterie de marine, Roland nous confiera, un soir de détente après une journée vive, comment il avait été convoqué, très vite, par le colonel de son RIMA -muni de bonnes fiches:
"Alors Gueguenbach! Il paraît qu'on se débrouille en karate. Faites-voir". Entrent alors deux "balaises" en pataugas, équipés du fusil lourd réglementaire avec sa baïonnette...Bim, bam boum, et l'ami Roland, impavide, même pas essoufflé, intact, et seul à l'être, se retrouve bombardé instructeur de close-combat de cette formation d'impitoyables combattants d'élite, connue pour sa grande expérience de toutes les formes de "baroud"...
Passé, dans la pire période d'autodestruction psycho-politique de l'après 68, dans la mouvance du FHAR, le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, ce matérialiste convaincu, "athée et fier de l'être", conclura une longue retraite méditative dans un couvent en décidant de se donner la mort.

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Le grand Jacques

A Roland succède son ami Jacques Rémy, une armoire à glaces à la charpente épaisse, et tout en muscles, au format d'un "numéro huit " de rugby.
Combiné à sa silhouette ainsi qu' à ses incontestables talents de frappeur, lourd, mais pas lent, et très fluide, et à ses qualités, surtout, d'organisateur de "baston", le visage taillé à la serpe aux beau yeux clairs de ce grand séducteur, trompe bien son monde.
D'une sensibilité rare, Jacques, qui aurait pu faire une belle carrière d'acteur de cinéma sans besoin de "doublures" , dans le genre films de guerres, rôles d'agent secret, de "barbouze", de "gorille" ou de tueur à gages, est né en 1944.
Il a 13 ans quand son grand-frère meurt en Algérie, en 1957, sous l'uniforme français, tué par le F.L.N.
Maître de ses émotions, pudique, et d'une liberté d'esprit peu commune, Jacques n'en bascule pas pour autant dans le camp de la haine et du racisme.
Tout au contraire, il choisit, seul, très peu de temps après, de s'engager à fond dans le combat contre cette "sale guerre coloniale", dont son milieu familial - père démocrate-chrétien, petit notable rural du M.R.P. - et le tragique destin de son frère aîné ne le prédestinaient nullement à percevoir le caractère.
Et c'est en écrivant à la revue très engagée de Pierre Vidal-Naquet, après l'échec d'une première tentative auprès d'André Malraux, l'aviateur antifasciste et romantique de la guerre civile espagnole devenu chef de maquis en Dordogne, puis flamboyant ministre de la culture du général De Gaulle, suivie par une seconde déception, après une démarche vaine auprès de la CGT du Mans, ville où le frère du soldat Rémy, "mort au champ d'honneur", était parti poursuivre ses études, qu'il va tomber sous le charme du Vietnam: en la personne d'une jeune et jolie vietnamienne, plus ou moins secrétaire de Vidal-Naquet, et proche du F.N.L. de son pays comme du F.L.N. algérien.
C'est elle qui reçoit sa lettre, lui répond, et le rencontre. Lui, craque. Elle, non - même s'il la croit tentée. Son cœur est pris. Fidèle, elle lui préfère un autre.
Elle a la franchise de le lui dire gentiment, et vite. Et l'intuition politique de saisir cette circonstance paradoxalement favorable pour introduire, fraternellement, son bel amoureux transi, déçu, mais beau joueur, dans le petit monde chaleureux des vietnamiens de Paris. Il gagnera, et gardera, leur confiance.
Il ne les lâchera jamais, se liant d'amitié, parmi d'autres, avec "Ton Ton". A l'Ecole des Langues Orientales (Langues O), il s'initiera dès lors à la grammaire et au vocabulaire de ce peuple magnifique, rebelle à toute tutelle, issu de l'improbable et triple métissage de cruels pirates de la mer de Chine, débarqués sur les côtes de la péninsule indochinoise, de paisibles paysannes des rizières des deux deltas, et de farouches montagnards de l'intérieur, aux idiomes aussi étranges que leurs dents de devant, taillées en pointe, à la sauvage...
A "Langues O", Jacques, qui poursuit parallèlement les études de base faisant aujourd'hui de ce paysan dans l'âme, fidèle à ses racines, un solide chercheur de l'Institut National de la Recherche Agricole (INRA), doit bientôt se résoudre à abandonner l'étude du vietnamien - rebuté par les problèmes de diphtongues, imprononçables pour ce fils de la plus vieille France...
Homme de fidélité, et têtu comme une mule, il se rabat sur l'apprentissage...du cambodgien, plus facile, dit-il, qu'il parle, à l'occasion...

 

"Thoi Co"

"le moment opportun"

Un an à peine après le début de la "guerre américaine", qui, venant après la "guerre résistance à l'occupation fasciste japonaise", puis la "guerre de libération contre le colonialisme français", crucifie toute la partie orientale de la péninsule indochinoise, son impact se fait sentir partout.
Elle travaille la réalité politique française elle-même en profondeur.
L'Union des Etudiants Communistes (U.E.C). s'effondre, vidée de toute sa sève. Elle a d'abord été minée par le minutieux travail de critique théorique de l' "opportunisme de droite" du PCF, organisation mère ("révisionnisme": abandon des principes du léninisme).
Cette bataille d'idées, d'où naît l'UJC-ml, vient s'enrichir du refus déterminé et radical des "dissidents" de se laisser enfermer dans les limites étroites de controverses livresques, abstraites, fussent-elles " de principe". L'esprit de ce qu'on n'appelle pas encore le maoisme frappe à la porte.
"La lutte dans le domaine de la pratique théorique", il est possible d'y briller, de gagner "quelques batailles" - à condition, tout de même, de travailler...
Mais l'essentiel, c'est l'"union de la théorie et de la pratique."
L' "établissement en usine", d'un côté; et de l'autre, pour ceux qui se veulent des "anti-impérialistes conséquents", les C.V.B., qui pèsent délibérément sur la "contradiction principale" du "moment" (le "moment", concept de la physique des forces, devenu, en vietnamien "thoï co", après Lénine, concept fondamental de l'art politique, et militaire...).
Frappant au point sensible, donc, de la géopolitique mondiale...
Au passage, ils donnent un sérieux coup de jeune aux anciennes méthodes communistes, alors en déshérence, d'information, patiente, condition d'une "mobilisation" minutieuse, à la base - tendue, à la fin, vers le pouvoir de la la rue...
La "ligne" est d'une limpidité de source.
Nous apportons notre "soutien total" aux premiers concernés, la Résistance, incarnée par les combattants nationalistes, d'inspiration communiste, du Front National de Libération (F.N.L.) vietnamien.
Nous n'exigeons la paix que par la seule voie possible, réaliste: la victoire de la lutte armée - et de la stratégie de "guerre populaire prolongée" (G.P.P.), clairement synthétisée dans les Ecrits Militaires de Mao.
Cette position de principe nous situe radicalement - et sereinement - à contre-courant des pacifistes pessimistes, et du PCF, autant que des socialistes, alors sous l'influence directe des "démocrates" américains de Kennedy et Johnson, engagés à fond dans le terrible "matraquage" du Vietnam, comme de la droite "bourgeoise" traditionnelle, traumatisée par la saignée de 14-18, Staline, Hitler, et l'effondrement de ses toutes dernières "élites" politiques et militaires en 1940.
De ce côté, la classe dirigeante ne croit plus en son propre avenir, indépendant. Elle tend à en remettre les clefs à ses puissants cousins, rivaux bientôt tuteurs, puis maîtres, des Etats-Unis d'Amérique - jugés "supérieurs, en tout".Mais nous ne nous contentons pas de penser autrement, et d'être différents.
Avec toute l'insolence de notre jeunesse briseuses d'idoles, nous clamons haut et fort, très fort, que la "juste" stratégie de "guerre populaire prolongée" ("G.P.P."), ne peut avoir comme "inéluctable" issue que la "victoire totale" de la "résistance patriotique". Ce sont les "forces de libération" qui imposeront la paix, mais "la paix par la victoire et par l'indépendance".


Sur ce point, c'est mal de le dire, l'Histoire a, comme on sait, tranché. Nous donnant, c'est un fait, implacablement raison.
La discussion est close.
La question n'est plus de savoir si les "G.I's" étaient les "bons", et les "Vietcong", les "méchants". Ou le contraire.
Car nous ne disions pas seulement que les Américains avaient tort, se comportant en colonialistes vulgaires, massacreurs, à l' image de notre pays, la France, avant eux, sous prétexte de défendre un "monde libre" menacé par l'hydre de Moscou - pour nous, aussi "tigre en papier" que les arrogants texans de Washington.
Nous affirmions que les "forts" allaient perdre, et les "faibles" - la Résistance vietnamienne - gagner. Depuis, les faits sont là.
Et les "maîtres", à bien y réfléchir, ne le sont plus, n'étant plus "invincibles".

Ceux qui pensaient que les Américains étaient, de toute façon, sûrs de vaincre, représentant une formule "globale" de puissance, mentale, économique et militaire, appelée à s'imposer au monde entier pour toute une ère, et au passage, à écraser le petit Vietnam rebelle, coupable de penchants "rouges", sous l'action combinée des monstrueux B52, rouleau compresseur aérien, et de leurs méga-bulldozers (engins blindés D7 E, dits "charrues romaines" ou "mâchoires de cochon"), rasant villages et forêts, aplatissant d'un coup les maquisards comme les singes, les tigres et les gros éléphants, se trompaient grossièrement. Ceux qui disaient le contraire étaient dans le vrai. Point.Qu'on en tire les conclusions qu'on veut: mais qu'on en tire...

Vietnam, Palestine


...Même si on ne peut, hélas, pas encore en dire autant, à ce jour, des amis de nos amis chinois et vietnamiens, les Palestiniens, devenus à leur tour, dès 1967, nos propres amis - qui s'inspirent, de leur côté, dès 1965, de la même philosophie stratégique, et des mêmes méthodes que les hommes de Ho Chi Minh, Giap, ou le mystérieux Pham Hung, mais dans des conditions ô combien différentes, demandant un effort d'adaptation créative considérable...
Avant de tirer, donc,un peu plus tard, tous les enseignements possibles d'un combat qui succède progressivement à celui du Vietnam, sur un tout autre front, appelé à devenir, à son tour, "principal", il va nous falloir commencer à épeler, après ceux de "l'oncle Ho" (facile), du jeune martyr Nguyen Van Troï, ou du camarade Van Tien Dung-Fleur-de-Lotus-("Viens-donne-moi la main..."), les patronymes et, de plus, les noms de guerre en "Abu" (Père de...) des "inoxydables" combattants du FATAH. Abou Ammar, (Arafat), Abou Djihad (Khalil Al Wazir), le "ministre de la guerre". "Abu Mazen" (Mahmoud Abbas, longtemps "numéro deux presque numéro un", dans l'ombre, en charge aussi du renseignement, et des finances). Abou Daoud (Mohammed Oddeh - "opérations spéciales", Munich, 1972) ...

Le manteau de cuir noir de Patrick Devedjian

Courant 1967, la situation n'en est toutefois pas là, et les C.V.B., de plus en plus actifs et populaires, ont à résoudre le problème quasi-quotidien posé par les raids des "fachos" de l'extrême-droite pro-Américaine lâchés comme des loups dans les rues partout où le mot Vietnam est sur un tract, une affiche murale ou un panneau de marché.
A nous d'être cohérents, maintenant.
Nous ne pleurons résolument pas les souffrances d'un troupeau de victimes: c'est un peuple de combattants au fier sourire dont nous déclarons solidaires, et solidaires, d'abord, en actes, en criant "FLN vaincra!" dans des manifs musclées, indépendantes, pourvues d' "objectifs" à "cibler" que nous choisissons nous-mêmes, et qui n'ont rien de promenades de santé - y compris pour ceux, bandes fascistes ou police, qui prétendraient nous interdire la rue...
Fouettés par l'exemple de combativité, d'héroïsme - et d'imagination, aussi, dans le combat - que nous communiquent nos amis vietnamiens, nous ne pouvons donc pas rester les victimes gémissantes des féroces matraqueurs d'une extrême-droite passée, d'une génération à l'autre du camp de la collaboration avec l'occupant allemand...à celui de l' "Algérie Française", au nom d'un "nationalisme" dévoyé.
Désormais sous influence d'un nouveau "parti de l'étranger", celui du fugitif "Empire américain" qu'ils croient "Reich de mille ans", ils prétendent nous enfoncer dans le crâne à coups de tuyaux de plomb ou d'épais manches de pioche achetés en masse au B.H.V. leurs « leçons politiques » sur les mérites, en matière de libertés, de la C.I.A., des « Bérets Verts », et des B 52 bourrés de napalm jusqu'à la gueule...
Certains de ces vaillants "défenseurs du "monde libre", dont les "chefs historiques", s'appellent, pour ne pas remonter plus loin, Gérard Longuet ou Alain Madelin, passés depuis de l'anticommunisme bestial de "petites frappes" au sarkozysme "libéral", hésitent encore, vestimentairement, entre l'imper kaki, sanglé par une ceinture, style militaire français, Dien Bien Phu, Bigeard, etc.; le blouson d'aviateur américain, genre "bombers", qui devient un "must" ; et le long manteau de cuir noir, style Gestapo, qui fait fureur (("Fuhrer") - cher, autrefois, à Barbie (Klaus).

Comme le rappelle une célèbre photo de Match, prise à Nanterre, c'est le "look" distinctif du distingué Patrick Devedjian ("P.D." pour certains de ses amis et, mystérieusement, gestapette" pour d'autres amateurs de jeux de mots sexistes ou homophobes proches de la tendance "S.S., oui!, S.A., non!".
"Dégueulasse!".
Devenu, dit-il, grand ami de Simone Veil, qui croit à son repentir, sincère, l'actuel secrétaire national de l'Union pour un Mouvement Populaire (U.M.P.) n'a pas encore, à cette époque, "démocratiquement" conquis la mairie d'Antony, dans le sympathique département des Hauts de Seine, pour afficher à son fronton, à la moindre occasion, le drapeau blanc à étoile de David bleue, nouveau "fétiche" de ce beau brun aux yeux de biche aux convictions aussi changeantes que la couleur de ses manteaux, qui affiche désormais un petit penchant pour le loden, moins problématique aux yeux de ses nouveaux amis de Tel Aviv que le précédent travestissement de cet homme aux fascinations polymorphes - bon connaisseur, par ailleurs, du dossier Mesrine-Willoquet-Langlois etc.
Dans le doute, donc, encore, en matière de conviction idéologico-vestimentaires, les plus acharnés des "fafs" n’hésitent pas, en revanche à se faire rétribuer pour leur sale besogne par l’intermédiaire du consulat de la cruelle dictature « fantoche » du "Sud Vietnam" - selon les services de renseignement du F.N.L., actifs jusqu'à Paris,
Les troupes américaines, en effet, maintiennent encore en survie artificielle le régime fort peu démocratique issu du violent "putsch" militaire de 1963 contre le catholique Ngo Dinh Diem, coup d'Etat fomenté ouvertement par la C.I.A. du beau et séduisant John Fitzerald Kennedy - que le Bon Dieu va rappeler près de lui en 1963, peu de temps après l'assassinat, par les "supplétifs" vietnamiens contrôlés par ses propres "services", du féroce autocrate, premier protégé de la grande et vertueuse Amérique, que Washington remplace dans la seconde par de nouveaux "fantoches" corrompus et sadiques...
Les fascistes parisiens en profitent pour disposer d'un petit peu d'argent de poche - de minables cambriolages de quatre sous sur le port de Saint-Tropez n'étant pas suffisants pour tout le monde...
Ils font aussi de menues dépenses "politiques", tracts, brochures, achat de matraques à bout plombé, de "coups de poing américains", (petites lanières de cuir, farcies de saillants métalliques, ajustées entre les phalanges, utilisées par la mafia de Brooklyn), ou de grands manteaux de cuir noir, moulants...

 

La mystérieuse "indochinoise" dans l'ombre de Jacques Vergès

 

La manne ne tombera pas longtemps.
Le miracle de Dallas lui ayant offert sur un plateau la succession de Kennedy, le démocrate (texan) Lyndon Johnson va bientôt "débrancher" le régime Thieu-Ky au drapeau à bandes horizontales jaunes et rouges.
Annonciateur de la déconfiture finale, ce "lâchage" soulèvera la furieuse indignation de Joséphine Trang, l'adorable et mystérieuse créature asiatique souvent remarquée, par la suite, dans le sillage de Jacques Vergès, au Palais de Justice ou aux tables de restaurants convenables peu éloignés de Pigalle, à l'époque où "Le Salaud Lumineux" défend encore Illitch Ramirez Sanchez, dit "Carlos", et George Ibrahim Abdallah - sans oublier notre ami commun le capitaine Barril, fervent admirateur, lui aussi, de la jeune et ravissante avocate.
Les amateurs de fantasmes érotico-politiques à la De Villiers (Gérard) imaginent que l'énigmatique créature représente la part d'ombre, peut-être même, qui sait, mâtinée de Khmer, du "sulfureux" métis au méphistophélique sourire.
Alors que Joséphine est issue d'une famille de riches planteurs francophiles et catholiques de l'ouest de Saïgon, conservatrice mais patriote...
Aux jours les plus tendus du "cruel avril" de1975, date de la liquidation des dernières ambitions indochinoises de Washington, cette jeune femme intrépide et lucide à la foi ardente métissant catholicisme, bouddhisme et quelques poivrées de maoisme dans un syncrétisme d'une rare subtilité, appelée à devenir l'ombre asiatique et quelquefois, si c'est possible, la conscience, de Jacques Vergès, devait défiler dans les rues de Paris avec ses amis étudiants vietnamiens catholiques de la faculté de droit de la rue d'Assas, plutôt marquée à droite.
Drapeau jaune à bandes rouges en tête, ils brûlent alors la bannière étoilée des "traîtres américains" qui ont abandonné sans vergogne le dernier carré de leurs protégés, dans la précipitation de la débandade finale.
Le Vietnam d'aujourd'hui, nouveau "petit dragon économique" d'une Asie toute entière redressée, bondissante enfin de dynamisme dans le sillage de la Chine, a rebaptisé Saigon Ho Chi Minh-ville - après s'être abstenu de tout règlements de comptes d'après guerre. On n'y a fusillé personne. Bien dans la lignée de l' "Oncle Ho", mort en grand rassembleur, adulé de tous, en 1969, le peuple des tunnels de latérite rouge, des camps de concentration, et des maquis, devenu pouvoir des villes, a ouvert ses bras à "tous les compatriotes". Même aux riches négociants de la minorité chinoise ou sino-vietnamienne de Cholon, spectaculairement "exilés" comme "boat people", et aujourd'hui de retour - et aux jeunes catholiques francophiles un temps égarés sous la bannière honnie, jaune et rouge, des "fantoches", mais fiers aujourd'hui d'un pays resté le leur, et vérifiant enfin dans la vie quotidienne que "rien n'est plus précieux que l'indépendance et la liberté" - maxime de l'incorruptible Ho.
On retrouve dans le sourire éclairant le beau visage tendu de Joséphine Trang, comme dans celui, plus rond, de notre "Ton Ton" de la vallée de Chevreuse, cette nuance de lumière, de confiance, et d'espérance, qui donnait une allure de Reine et de Madone à Madame Nguyen Thi Binh, la fière représentante du F.N.L. aux négociations de Paris, de 1968 à 1973, date des accords de cessez-le feu. Et c'est aussi celui de la combattante d'élite Chi Nguyet ("Sœur Clair de Lune"), première dresseuse d'abeilles à avoir maîtrisé le langage par signes de ces insectes, qui finit par mettre en place un dispositif de guerre écologique, naturel, et auto-destructible après usage, où quatre "sentinelles" volantes appellent au combat tout un essaim tourbillonnant de haine et de colère, jetant toute une unité de commandos américains de trente combattants d'élite rendus fous par les piqûres dans un réseau enfoui de pièges à pieux punji (pointes de bambou coupées en biseau, acérées, scellées dans du béton au fond d'un trou), s'y empalant d'eux-mêmes...

 

Le sourire de Vo Thi Mo, chef de commando de 17 ans, en slip

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C'est pour ces sourires-là que nous allions, dans les semaines et les mois précédant immédiatement mai 68, "planter le souk" dans tout Paris, chauffant au rouge Nanterre et la Sorbonne, jusqu'aux premiers pavés...Comme pour celui qui éclaire le visage lisse de Vo Thi Mo, seule survivante de son équipe de maquisardes du village de Nhuan Duc, héroïne de la "guerre des tunnels", dans la latérite rouge, collante et mate creusée d'étroits boyaux d'infinis labyrinthes du secteur de Cu Chi.
Elle dirigeait 15 cellules d'espionnage formées des jeunes et jolies blanchisseuses, et de petites travailleuses du sexe aussi, aguichantes et sensuelles, d'une grande base américaine.
Fin 1967, quand nous commençons à durcir sérieusement nos manifs, et quand notre premier sang coule, elle est "chef en second du groupe d'assaut principal" qui franchit les 11 enceintes d'une base de combattants adverses au cours de la bataille de Thai My.
Elle a reçu l'ordre de ramener des prisonniers. Mais elle réduit en guenilles, au passage des barbelés, le pantalon de son pyjama noir traditionnel de combattante. Elle doit s'en libérer. Les bouts traînent au sol, elle risquait de trébucher...
Et c'est en slip sous sa veste noire de combat que cette jolie fille de 17 ans, munie d'une "kalach" toute neuve, remplaçant le vieux mousqueton K-44 "crosse rouge" de la cavalerie russe, son arme familière, ramène un des deux soldats qu'elle a réussi, conformément aux ordres, à capturer.
Elle a dû abattre l'autre. Il tentait de s'enfuir.

Blessée l'année suivante, au cours d'un autre assaut menée dans le cadre de l'offensive du Têt, le printemps lunaire vietnamien, elle allait recevoir de la radieuse Nguyen Thi Binh, personnellement, sur son lit d'hôpital, la prestigieuse "médaille de la victoire".
La paix venue, elle s'est mariée et a eu trois enfants...


Elle était entrée dans la carrière, toute petite fille, le jour où, avertis par les cris des oiseaux, ou les mouvements éperdus des petits serpents rouges, à la morsure mortelle en deux ou trois secondes, qu'ils appelaient "deux pas", ou "trois pas", pour désigner le temps restant alors à vivre, son père l'avait entraîné, d'une ruée "deux pas", au fond du souterrain familial - chaque famille avait l'ordre de creuser le sien.
Terrorisée, mais blottie contre le sein d'un combattant calme comme les vieilles troupes, elle avait assisté, d'une infime meurtrière, à la dévastation de leur pauvre hameau, dans le grondement effrayant des chars Sherman, et le fracas des bombes, aux lueurs lueurs orangées du napalm.
Elle avait tout vu, tout, les gamines de son âge saisies par les pieds, et fracassées à la volée contre des troncs d'arbres, les mères et même les grands mères hurlant sous la brûlure du viol, et les hommes "rafalés" par dizaines - ses oncles et ses cousins.
Le "trou" avait une issue profonde, elle-même secrète, dont son papa ne lui avait jamais parlé jusque là.
Elle ouvrait sur d'étroits boyaux, où la petite fille, menue, suivant le père qui, lui, passait d'extrême justesse, avait dû apprendre de lui la façon de plonger, sans un bruit, dans l'eau fétide et noire des "siphons" anti-gaz toxiques, dont on se demandait toujours, quelques fractions de seconde, en apnée, dix mètres sous la jungle, si l'on allair ressortir avant d'avoir épuisé tout l'air de ses poumons.
Ils avaient rejoint, finalement, une base souterraine, munie d'arsenaux artisanaux, et même d'une salle d'opération, où des combattantes accouchaient, à l'occasion.
Puis elle avait vécu, et grandi, tuant ses premiers "yankees" au K 44 "crosse rouge", devenant l'âme du premier groupe de femmes formées aux techniques des commandos d'élite, et avait fini par se retrouver en slip, dans l'éclat de ses 17 ans, capturant deux "gorilles" aux yeux fous de violeurs saisis par la terreur, ramenant le deuxième en trophée, les mains ligotées par des débris de barbelés, sous la menace de son fusil d'assaut...
Nous ne pouvons pas faire moins que tenter de nous montrer à la hauteur de femmes et d'hommes de cette trempe - Vo Thi Mo, Madame Binh, Van Tien Dung, Pham Hung...
Ou Vo Hoang Lè, le "chirurgien des tunnels" du "triangle de fer", aux portes de Saïgon.
Un doigt arraché au combat, il apprend à opérer de la main gauche, dans des boyaux souterrains de quelques dizaines de centimètres de diamètre, "possibles" pour le mince vietnamien, étroits pour un G.I. "standard". Chirurgie du cerveau, de l'abdomen, forceps, points de suture à l'aiguille...
Ou Nguyen Thi Dinh, enfin, jeune et simple paysanne de la province de Ben Tre, qui lance la première opération militaire de la première offensive de guérilla de la "deuxième guerre", "américaine", le 17 janvier 1960 - sur l'ordre enfin donné par Ho Chi Minh, après des années d'attente et de patience...
Elle deviendra commandant en chef adjoint des forces armées du F.N.L. du sud, qui créera, dès 1963, sa première force de partisans entièrement féminine, suivie par un premier bataillon de "forces spéciales" dirigée par la jeune "Trong" (restée sous pseudonyme).
Note.
Pour découvrir le sourire de Vo Thi Mo, "l'incroyable histoire de la guerre souterraine", et plus largement la réalité de la guerre du Vietnam, une lecture s'impose: "Les Tunnels de Cu Chi", par John Penycate et Tom Mangold (Albin Michel 1986), un livre recoupant les témoignages de combattants des deux côtés, américains et vietnamiens



"On ne ratonne pas!"

 

Au fil des affrontements rue Saint-Jacques, à la porte de Louis-Le-Grand, ou dans le grand couloir qui traverse la Sorbonne de part en part, juste en face, les circonstances vont progressivement amener l'historien amateur qui fait le point, ici, sur de premières recherches, à franchir, un à un, plusieurs degrés dans l'informelle hiérarchie qui structure et régit nos "G.P.A.des C.V.B."


Tout s'accélère à la suite d'un incident un peu plus grave que d'autres.


En principe, au quartier latin, depuis la guerre d'Algérie, on ne "ratonne" pas.
Les étudiants fascistes furieusement investis dans un combat pour l' "Algérie française" affrontent leurs ennemis "cocos" de toute nuance. De violentes bagarres de rue ont lieu, à l'occasion de meetings ou de distributions de tracts. Mais pour ne pas rendre totalement impossible la cohabitation entre étudiants des deux bords dans les mêmes cafés, le même quartier, ou les mêmes amphis, les rencontres individuelles, fruit du hasard, au coin d'une rue, ne se sanctionnent pas par une bagarre. On s'ignore, c'est tout. C'est une tradition bien établie. Pas d'agressions individuelles. "On ne ratonne pas", disent, dans leur langage élégant, les "fachos". C'est devenu notre règle, aussi, à l'époque Vietnam.
Ne trouvant pas de synonyme plus élégant, nous passons la même consigne: "on ne ratonne pas". Nous l'appliquons, comme "en face" on l'applique, en général.
Mais un jour, levé tôt, "ensuqué", et cherchant à l'aventure le réconfort urgent d'un petit café-croissant, je tombe, à l'entrée de la place de la Sorbonne, sur une troupe d'une bonne douzaine de "fafs", en route, apparemment, pour une "action", à Louis-Le-Grand, tout proche.
Nous avons l'habitude de recevoir leurs visites. Et d'y répondre. Je m'en suis mêlé, à l'occasion. Ont-ils repéré ma "tronche", ou mes façons? Va savoir...
Me répétant "in petto" le "credo" ("On ne ratonne pas...Je ne risque rien"), je me résous à les croiser, comme si de rien n'était - évitant de les fixer dans les yeux mais ne baissant pas le regard non plus. Deux mètres, trois mètres, dix...Le plus dur est passé? Non! Ils ont changé d'avis, et de mœurs. Aujourd'hui, c'est fête (c'est ma fête). Ils "ratonnent", maintenant. Et c'est sur ma pomme que s'opère le changement de ligne.
Alerté par un bruit de course, je me retourne, très vite. Ils chargent, sans un mot. Un petit nerveux muni d'une courte matraque à bout plombé, dont j'ai longtemps cru qu'il s'agisait de René Allo, abattu, plus tard, sur un parking de la région parisienne, semble vraiment décidé à me fracasser le crâne.
Il tourne autour de moi en bondissant dans tous les sens, gênant, du coup, ses petits copains, qui nous encerclent, mais ne parviennent pas à approcher. Fort de mes études chez "Ton Ton", je sais ce que j'ai à faire dans une situation de ce genre...Reculer en tournant, par demi-pas, très courts, avec d'infimes oscillations ou rotations des hanches ou du buste, tout en restant mobile, aussi, du cou et de la tête pour ne jamais offrir de cible fixe; gagner du temps, ne serait-ce qu'une poignée de secondes, dans l'espoir de l'intervention d'amis de hasard, de flics, ou de passants...Dans tous les cas, rester bien détendu, souple, jambes à peine fléchies, prêtes à bondir dans toutes les directions, ou à claquer comme un coup de fouet si la moindre ouverture se présente.
Mais j'ai encore beaucoup à apprendre.
Au lieu de respirer lentement, par le bas du ventre, au point "tanden", quelques centimètres au-dessous du nombril, de garder mon sang froid, et de "descendre" le premier pour le compte, sans me soucier des autres, avant de passer au suivant, s'il n'est pas découragé par le spectacle, je m'hypnotise, bêtement, sur la matraque plombée.
D'un coup donné bien à fond, elle peut fracasser un crâne, c'est fragile. Mais ce vicieux garçon se contente de "piquer". Il ne s' engage jamais à fond, par peur d'un "contre". Les secondes s'égrènent...Esquive d'un coup, d'un autre...Marre de reculer, d'attendre...Perdant pour une fois mon sang-froid, je veux forcer ma chance, et me bloque dans cette idée, qui n'est pas bonne. Plongeant en avant, corps surbaissé, dans l'anticipation du prochain coup qui vient (il va très vite...), je dévie bien cette p...de matraque, qui me nargue, et a fini par m'obséder, d'une rotation de l'avant-bras, vive, vers le haut...Bravo! Mais il faut enchaîner "dans le temps, et je traîne à riposter d'une frappe sèche au plexus, comme je dois le faire. Lui ne traîne pas. C'est un vrai bagarreur de rue. Il m'a bien "calculé". Il m'attendait. D'un coup de boule en plein visage, porté par tout le poids du corps, d'une seule détente, il m'étend, K.O., raide.Je n'ai accompli, ce jour-là, aucun exploit digne de me faire passer de la catégorie "sous-off" à celle de "capitaine", ou même de "colonel" - comme j'allais en acquérir le surnom, pour longtemps.
Je me suis fait agresser et tabasser, hors des accords de Genève, point barre..
Mes agresseurs, satisfaits, ne s'attardent pas à contempler, sur le site de la "ratonnade", le "sale bolcho" allongé en marmelade, gueule complètement en sang, sur le trottoir...
Ils disparaissaient au grand galop, se fondant dans la nuit...Et j'ai alors le bon réflexe de me relever très vite pour aller prévenir les copains de l'arrivée du commando.
Choisissant - pas maso...- la direction inverse, par le bas de la Sorbonne, à pas rapides, le sang de mon nez dégoulinant par grosses gouttes et marquant mon parcours sur le macadam, je n'ai qu'une idée en tête: rejoindre "la base", Louis-Le-Grand, et prévenir de l'agression imminente de ces chiens enragée, chauffée par leur "exploit".
Les copains me font un accueil superbe. Et nous nous retrouvons très vite 150 sur le trottoir (sur les quelque 2000 élèves que compte alors l'établissement, ce n'est pas si mal). Tous unis dans l'idée d'offrir aux transgresseurs de règles la réception qu'ils méritent...
Ils ne nous déçoivent pas. Les voilà...Malgré l'arrivée d'un petit car de flics venu séparer les combattants, ou protéger, qui sait, la retraite des "ratonneurs", je me reverrai toujours, la gueule en sang, accroché des deux mains aux grilles de la Sorbonne pour distribuer un peu à l'aveuglette de grands "coups de pied -visage" sans trop risquer de perdre un équilibre rendu précaire par ce tout frais K.O.
Ils purent s'enfuir, mais de justesse, sous l'effet d'une charge déclenchée d'un élan de rage brutale et spontanée par notre phalange compacte, surmotivée, soudée par la colère.


Et il nous fallut bien engager, un début de réflexion sur ce qu'il convenait, désormais, de faire.
"Contre-ratonner"? Loi du talion? Stupide!... La décision fut prise de les frapper systématiquement, à terre, au cours des prochains affrontements. Il fallait les blesser vraiment, et leur ôter l'envie de recommencer. Une contre-violence proportionné et méthodique, à laquelle nous encourage, peu de temps après, l'interpellation narquoise que m'adresse Alain Robert, le "chef d'état major" des "fafs", à cette époque, un jour où nos groupes se toisent dans les couloirs de la fac de droit d'Assas, leur fief..."Alors, Polo!..." Enfoiré!...C'est d'incidents de ce genre que naît l'idée de porter aux nervis d' "Occident", à leur transparent cache-sexe du "Front Uni de Soutien au Sud Vietnam", et à Alain Robert, lui-même, un coup décisif - en brisant, une bonne fois pour toutes, leur moral, de manière à les chasser définitivement du Quartier Latin...
C'est l'origine de la fameuse attaque du 44 rue de Rennes, restée dans les mémoires de toute une génération de militants.
Elle va déclencher l'engrenage provoquant directement Mai 1968.

Des" fafs" à la police

l'escalade vers le soulèvement de mai 1968

Entre temps, le 21 février 1968, je serai à nouveau blessé à la tête, mais par les flics cette fois, et plus gravement. Devenant - bien malgré moi - un symbole de "détermination" militante, comme on disait dans la langue de bois de l'époque, pour ne pas dire "courage", qui faisait "Chevalier Bayard", ou "Jeanne d'Arc", et donc - quelle sottise! - "de droite"...


La montée en puissance des C.V.B. nous conduit d'elle-même des bagarres d'étudiants vers des affrontements directs avec les forces de police.
Le 7, déjà,
l'extrême-droite fasciste annonce un meeting de soutien au régime "fantoche" du Sud Vietnam, à la Mutualité, en plein Quartier latin. Tout indique que la police serait très largement mobilisée pour nous empêcher de les "casser".
"J.P.O.", Jacques Rémy, Jean-Marc Salmon,, Maurice Brover ("Momo") et Didier Truchot élaborent donc, au tableau noir, un plan machiavélique - qui s'avérera, de plus, d'une efficacité rare...Rendez-vous secondaires par groupes de trois dans différentes stations de métro, équipement rapide en casques et manches de pioche, concentration-éclair, attaque de la "Mutu", contre-attaque attendue des policiers, repli contrôlé, très élastique, puis dispersion-éclair, double traversée des ponts de la Seine aller-retour pour certains groupes, nouvelle concentration-éclair, nouvelle attaque.
"Momo" en tête - J.P.O. et Jacques ayant été perdus en route... - les premiers arrivés chargent durement les policiers à Saint-Germain. Ils ne s'y attendent pas, et doivent reculer, humiliés. Ils assomment Momo au passage, pris de plein fouet par un coup de crosse techniquement impeccable qui l'atteint en pleine poire, après un mouvement rotatif à l'horizontale du mousqueton tenu par les deux bouts, à deux mains...Mais il s'en remet, se frotte, et se relève, et il va leur falloir bientôt appeler au secours leurs frères ennemis, les gardes mobiles, qui dépendent de la gendarmerie nationale et du ministère de la défense (et pas du ministère de l'intérieur).


Apparition des grenades offensives (O.F.)


Ces gendarmes, de vrais professionnels disciplinés du maintien de l'ordre, rompus au choc, doivent même utiliser leurs grenades offensives (O.F.) pour "dégager" les "flicards" en déroute - qu'ils méprisent.


Les jeunes lycéens que nous sommes n'ont jamais entendu résonner à leurs oreilles les détonations sur-puissantes de ces engins, qui ne sont pas dangereux - sauf en, cas de tir direct à la tête, en principe interdit par le règlement d'emploi défini par les textes (un jeune mao de VLR, Richard Deshayes, y perdra un œil, en 1971)...


La charge explosive que contiennent ces "O.F." fait un bruit de tonnerre. Mais elle ne disperse pas d'éclats métalliques, dangereux. Son enveloppe, légère, genre aluminium, se pulvérise sous le choc. Contrairement aux grenades dites "défensives", armes de guerre dont l'enveloppe d'acier trempé se fragmente en une multitude de petits morceaux de métal aux parois bien tranchantes, giclant dans le paysage...


Nous n'en avons pas l'habitude. Mais, gonflés à bloc par notre première charge victorieuse et le premier repli des flics, nous ne nous laissons pas impressionner pour autant par ce nouveau gadget.
Et nous ripostons, genre intifada, avant l'heure, à coups de pierres. Les plus audacieux d'entre nous parviennent à gagner encore un peu de terrain, quand une de ces O.F. m'explose presque dans les pieds.
Un objet non identifié - morceau de la "cuiller" de sécurité, ou écaille de pavé projetér par le souffle...- me frappe à la cheville. Elle devient aussitôt grosse comme une patate, m'empêchant de continuer...


Jacques m'a raconté qu'arrivant, enfin, à rejoindre notre troupe, euphorique, et balayant du regard la place Saint-Germain, jonchée de débris divers, sous un bleuâtre nuage de gaz lacrymogène, il avait jugé que, pour ce jour-là, c'était assez.
Conforté dans son analyse par JPO, il avait dit "stop". Puis il s'en était allé négocier - un vrai plaisir - une fin de match dans le calme avec un jeune officier de gardes mobiles, lui-même très affairé à empêcher les flics, encore sous le coup de leur humiliante raclée, haineux, complètement surexcités, et rêvant de revanche, de venir nous "chercher des crosses" - alors que nous ne pensions, satisfaits, qu'à rentrer nous coucher...
"Lieutenant, finit par lui dire notre ami, après avoir compté ses barrettes, alors que les choses semblaient traîner, "vous ne tenez pas vos hommes..Faites votre métier. Sinon ça va vraiment cogner, et mal finir pour tout le monde!..."


Bref, les G.P.A. des C.V.B. commencent à obtenir, même des forces de répression les plus professionnelles, ce qu'ils méritent: le respect.
Dans toute la jeunesse, c'est pareil. La peur des flics se brise.

L'idée qu'intouchables, avec leurs uniformes, ils représentent l'Etat de droit, la loi, s'est elle aussi fracassée dans le tonnerre des explosions d'O.F. et les traînées de gaz...
Et c'est une réputation d'audace et de science du combat de rue touchant à l'invincibilité, dont nous portons désormais l'auréole - de façon exagérée...


Le drapeau de Villiers. Le sang...


Du coup, nous ne laissons pas refroidir la tambouille.
Nous remettons le couvert, quelques jours plus tard, à peine - 21 février: journée mondiale de lutte contre l'impérialisme, date anniversaire de la destruction, par les nazis, du groupe Manouchian, que les communistes officiels à l'amorce de leur glissade sur le chemin des 3%, ont progressivement laissé tomber dans l'oubli.
Objectif: le consulat de ce malheureux "sud-vietnam", avenue de Villiers.

Il y a du monde, maintenant, aux "rendez-vous secondaires", que nous devons multiplier. Même les sympathisants les plus périphériques commencent à se demander si... Ils s'inscrivent sur les listes de rendez-vous de groupes, et sont sur place à l'heure, gonflés à bloc, calmes et disciplinés. On dit que le bibendum Alexandre Adler (Louis-le-Grand), à l'époque un des tout derniers attardés du communiste "orthodoxe", pro-soviétique, et le prudent Finkielkraut commencent eux-mêmes à se demander si'ils ne devraient pas, après mûre réflexion, envisager de se joindre, à leur tour, aux gaies petites sauteries des C.V.B, et venir "au bal danser"....

Honnêtement, je ne me souviens pas de les avoir vus "monter au feu", ni l'un ni l'autre - pas plus que B.H.L. ,disert sur le sujet, comme sur tant d'autres...Il est vrai que les plus opportunistes et les plus trouillards de la future "médiacratie morale" des années Mitterrand-Giscard-Chirac-Sarkozy (un bail...) a toujours la possibilité de s'inscrire, de suivre, d'arriver sur place, et là de s'écarter sur les trottoirs, de regarder, et de pouvoir dire plus tard "j'y étais" - ou, plus cavalier, "j'en étais..."


Dans les groupes placés sous ma responsabilité, la ponctualité résolument militaire et la rigueur prussienne poussée aux moindres détails que j'impose deviennent légendaires: "En retard de plus d'une minute, tant pis pour toi, on part, on ne t'attend pas... On a dit 10 manches de pioche, pas 9, c'est quoi ce cinéma?"..." Dit avec un sourire ravageur, d'accord, mais personne ne prend ça pour une farce, ce n'est pas le genre de la maison. Et donc, ça marche.


Ce 21 février 1968, donc, tout commence dans une simplicité biblique.
Concentration-éclair sur l'objectif, devant lequel s'ennuie un malheureux fonctionnaire en uniforme, une "plante verte", comme on dit dans son métier. Au-dessus de lui, le drapeau des "fantoches", à bandes horizontales jaunes et rouges. Il ne nous plaît pas.
Nous prétendons le remplacer. par le "vrai" drapeau de nos amis vietnamiens, celui de la Résistance, celui du "Front National " (de Libération du Vietnam- le F.N.L...
Comme nous sommes plusieurs centaines, surgis de nulle part en cinq secondes, le pauvre homme en képi, avec sa petite matraque et son petit pistolet, n'a rien à dire pour s'y opposer.
D'ailleurs, s'il avait quelque chose à dire, ce serait pareil.
Nous ne lui faisons pas de mal.
Ce serait d'une rare lâcheté; et de plus, inutile.
Nous le rassurons même, après l'avoir neutralisé - et avant de repartir très vite, en cortège bien ordonné, échange des drapeaux fait, sans pataquès. Direction les beaux quartiers...
C'est alors que surgit, d'une avenue croisant la nôtre en V, sur notre aile droite, une imposante cohorte de Goldorak en uniforme bleu nuit, casqués, conduits par un jeune commissaire. Ils n'ont pas l'air contents. Ils brandissent de longues matraques noires, que nous commençons à connaître: des "bidules".


L'aile droite, c'est mon "taf". L' "officier de service", là, c'est moi. "Rester inerte, c'est être battu, dit le général De Gaulle, dans ses mémoires de Guerre. Au travail, donc...Ne doutant de rien, avec peut-être un soupçon de frime, je m'avance carrément, tête nue, mains vides, face à la meute. Un zigomard casqué surgi dans l'angle mort m'assomme pour le compte d'un grand coup de son bidule, brandi très haut, puis abattu franchement, style coup de hache, dans son élan.
On me l'a raconté. Je n'ai rien vu venir, et pas pu esquisser un geste de protection ou de défense.
Aujourd'hui, quarante ans après, quand je suis "de mauvais poil", je gratte toujours la cicatrice, à la naissance des cheveux, sur le sommet du front, à droite, que m'a laissée ce 21 février.
Pour mes colères, j'ai le choix: depuis, en sont venues d'autres...
Bref, complètement couvert de sang, cette fois, de la tête aux pieds, je me retrouve sous, ou sur (en fait sous, et sur), un tas de corps emmêlés. Les G.P.A. ne reculent pas, ils n'ont pas reculé, ils ont fait face aux "bidules", recevant, toutefois, sous l'impact de la cohorte bleue bien soudée, plus de coups qu'ils ne peuvent en donner, et tombant donc, sur place, les uns sur les autres...Style "la garde meurt, mais ne se rend pas". Très "classe".
Au-dessus du tas, une main que je distingue vaguement, encore "dans le coltar", se tend pour harponner la mienne. C'est Jean-Marc Salmon.
Fort d'une expérience déjà ancienne du "service d'ordre" et du combat de rue - pour nous, ces deux notions sont presque synonymes: nous sommes, on l'a dit, pour l' "ordre juste" - en une seconde, il a pigé.
Il gère la situation dans l'intérêt du groupe, comme dans le mien.
Il me relève, me secouant autant qu'il me soutient par le col de mon imper clair complètement souillé d'un beau sang épais, rouge vif. Le crâne, ça coule beaucoup. Tout de suite, il me replace, d'autorité, tel que, en tête du cortège en train de se reformer, bravement.
Je ne l'en remercierai jamais assez, il ne pas laissé le temps de me dégonfler, de m'écrouler...Sonné, j'aurais pu. Mais là, remonté à bloc, je m'empare d'une énorme barre de chantier métallique, rouge et blanche, dont j'ai l'intention de faire quelque chose, mais quoi?
Toujours est-il que je la brandis devant moi des deux mains, d'un air farouche, électrisant, du même coup, s'il en était besoin, par ce geste de défi dépourvu de toute utilité pratique, nos troupes qui "continuent le combat", direction les Champs Elysées, stupéfiant les badauds.
Nous finirons par nous disperser de nous-mêmes au bout d'un temps de décence, forts de cette triple démonstration de force: l'attaque du consulat, l'échange des drapeaux, la résistance à la bestialité de la charge, et la reprise de la manif...Selon Jean-Marc, revu en 2008, une partie des troupes conduites par notre ami Hervé Donnard, un vrai battant, précoce amateur de karate coréen, le tae kwon do, et de tout ce qui est coréen, par la suite, réussissent une manœuvre en boucle, hardie, remontant vers le nord par un dédale de rues, et "rentrant dans le lard" d'une réserve de "flicards", plutôt surpris, près de la Place Clichy...


Sur le terrain, là-bas, au pays martyrisé de "Sœur Clair de Lune", de Pham Hung et de la belle Vo Thi Mo, la photo du "consulat fantoche" de Paris, où claque le drapeau de la Résistance, figurera, en bonne place, dans la presse clandestine, florissante, des maquis devenus "zones libérés", encerclant déjà Danang, Hué, ou Saïgon, en pleine offensive du Têt...
Nous sommes en phase, c'était l'idée.
Contrat rempli, tout le monde retourne à la maison, par petits groupes.
De mon côté, je m'esquive, accompagné par une solide escorte, vers les toilettes du café le plus proche. Je dois m'y laver complètement, sous l'œil navré de quelques vieilles rombières de ce quartier huppé - et du patron, qui reste coi, prudent...


"Polo"


C'est ainsi, donc, peu à peu, par plaies et bosses et premier sang versé, que la chance va s'offrir à moi de gagner la confiance de Jacques, de J.P.O., de Roland, de "Momo" (Maurice Brover), de Didier Truchot devenu depuis le fondateur et toujours aujourd'hui P-dg de l'institut de sondage IPSOS ("Qui n'a pas fait d'enquête n'a pas droit à la parole..."), de Jean-Marc Salmon, lui aussi dans la tribu, et de quelques autres, tous proches compagnons de combats, "unis comme les lèvres et les dents", des "opérations choc" des C.V.B.
Ils vont devenir mes premiers "instructeurs" "politico-militaires", en même temps que mes guides politiques, et de vrais frères.
Ils le resteront à vie, et au-delà.
Je leur dois tout.

Pour eux, je vais devenir "Polo" - un surnom inspiré du sobriquet dont m'avait affublé mon aîné, Didier, au cours de nos sorties en boîte, au pied de la dune du Pyla, "Polo le maquereau." Il surestimait quelque peu mes qualités, réelles, de "dragueur", et, fier comme Artaban, j'avais eu la vanité de confier l'anecdote à mes nouveaux amis - qui, dans le genre, se débrouillaient...
Grâces soient rendues, donc, au destin qui les a placés sur la route du jeune chrétien que j'étais, d'une culture calviniste, certes altruiste, placée sous le signe de la lutte contre l'égoïsme et du dépassement de soi, mais, ô combien plus bourgeoise que celle du cévenol J.P.O.
C'était dans les quelques mois suivant immédiatement mon arrivée à Paris, pour y préparer le concours de Normale Sup, en "khâgne", à Louis-Le-Grand, antichambre de la rue d'Ulm, et pépinière de latinistes, de philosophes et d'historiens brillants, éduqués par les meilleurs des maîtres, mais aussi base numéro 1 des Comités Vietnam de Base (C.V.B.), et de leur extension "politico-militaire", les G.P.A...


44 rue de Rennes


Nos petites séances de coups de pied-coup de poing avec les "fafs" n'intéressaient pas grand monde, hors des facs et des lycées où le désir d'actions concrètes, et si possible violentes, contre "l'impérialisme américain et ses complices", se faisait vif.
La charge des G.P.A. balayant la police, le 7 février 1968, attire tout de même l'attention des spécialistes.
Le "coup de Villiers", le 21, renforce leur intérêt technique.
L'attaque du 44 rue de Rennes, elle, va faire beaucoup plus. Nous plaçant au centre de l'actualité, elle déclenchera un maëlstrom: mai 68 lui-même!
Car "l'événement" n'a nullement surgi de l' éruption magique d'un désir de "jouïr sans entraves", dans une "société molle", de fuir toute discipline et toute autorité, et de travailler le moins possible en se livrant aux plaisirs solitaires ou collectifs de la "fumette", voire de la "poudre blanche", au "snif", ou à la seringue, dans la jeunesse individualiste et trop gâtée de l'après-guerre lasse de l'austérité puritaine d'un "régime gaulliste" dépassé, en fin de course - et du vieux soldat d'autrefois, qui l'incarne...


Il s'agit au contraire d'un enchaînement concret, dérivant directement de cette opération.


Mai 68 est né du choc créé, au sein de la jeunesse de France par la guerre du Vietnam et le mouvement de solidarité anti-impérialiste, pointu et offensif, surgi dans son sillage, porteur de valeurs de résistance, de dignité, et de combat.


Ses vibrations n'ont pas complètement cessé, à ce jour...


Confrontés, comme on l'a vu, à la nécessité de briser net la tentation des "ratonnades" chez nos ennemis directs, les bandes fascistes placées sous la haute direction de Devedjian, Longuet, Madelin, Goasguen, et consorts, nous avons décidé d'attendre que se présentent les conditions les plus propices pour les "punir" de façon, si possible définitive.
Il nous faudra sans doute leur briser quelques os.
Mais l'objectif central est de casser leur moral - et de conforter, du même coup, l'hégémonie qui commence à devenir la nôtre dans la jeunesse intellectuelle, à Paris, mais aussi, désormais dans les grandes villes de province où l'onde de choc se propage à vitesse grand V...

Ce 30 avril 1968, donc (dont rien n'indique, à notre idée, qu'il est le dernier jour d'une période politique, et précède un "mai" bien plus que calendaire...), au coin de la rue Bonaparte, près de la belle Eglise Saint-Germain des Prés et du café Le Flore, dans le VI ème arrondissement de Paris et la partie aujourd'hui la plus "bourgeoise" de notre cher "Quartier Latin", j'attends, collé derrière la haute épaule de Jacques, qu'il donne le top.
Derrière nous, tâchant de se fondre dans le paysage tranquille de ce dimanche de printemps, et de passer, qui sait, pour un groupe de sportifs en attente de départ pour leur entraînement hebdomadaire, ou pour un match, un de nos trois commandos de dix, "banalisé": pas de bâtons, pas de casques, pas trop de blousons de cuir ou de chaussures de sport...
Caché par un angle de mur, Jacques ne glisse qu'un œil sur notre cible, placée à quelque 50 mètres: un local de plusieurs étages appartenant à la Chambre de Commerce de Paris, qui y loue - toujours aujourd'hui... - de vastes et confortables salles de réunion.
Le "raout" de ce jour est une "journée d'information" d'un "Front Uni de Soutien au Sud Vietnam", cache-sexe transparent de l'extrême-droite pro-américaine. Il a été mis sur pied par un ancien combattant d'Indochine, puis d'Algérie, Roger Holeindre ( "Popeye"), un "sous-off" expérimenté, devenu, depuis, un des hommes de confiance de Jean-Marie Le Pen. Projection de films de propagande anti-communiste, brochures américaines, drapeaux, diapos, ils ont mis les petits plats dans les grands, prévu un service d'ordre solide, et placé, c'est logique, une sentinelle devant la grande porte à double battant, sur le trottoir.

Indispensable, mais fastidieux, le métier de sentinelle...
A droite, à gauche, à droite, à gauche, à droite...
Son regard balaie régulièrement, dans une inspection lente, l'espace environnant... Jacques compte et recompte les secondes entre les rotations de la tête, monotones. Il attend le moment.
S'il part à contre temps, si l'homme nous voit dès le début de la charge, s'il a le temps de crier, de courir, et de se précipiter à l'intérieur, pour refermer la porte avant que nous touchions le but, notre "coup" est foiré; nous sommes venus pour rien; il n'y a plus rien à faire...
Masqué par Jacques, je ne vois pratiquement rien. J'attends, concentré, prêt à bondir dans sa foulée. A droite, à gauche...A droite...D'un seul coup, sans un mot, "Jacquot" s'élance, parfaitement silencieux, malgré son poids, sur les semelles de crèpes qu'il affectionne. Il a pris cinq bons mètres d'avance, et, lent, certes, au démarrage, il va très vite, le porc, maintenant qu'il est lancé. Rapide, moi-même, sur 20 mètres, la distance nécessaire à un trois quart-centre pour faire le trou et passer la ligne d'avantage, je pousse comme un forcené sur mes appuis, pour ne pas laisser trop d'espace entre nous deux au franchissement de la porte... Le "faf", qui, maintenant, nous a vus, et rentre, s'apprête à la claquer devant nous. C'est "rac"... Mais "l'œil du paysan voit juste", et Jacques est sur lui juste avant qu'il ait complètement refermé le lourd battant. Il a juste le temps de glisser une jambe, une partie de l'épaule, et le bras gauche.
Comme il nous le confessera plus tard, il ne pense même pas à "frapper le mec", ni à parer d'éventuels coups. Il s'en fiche. Il veut passer la porte. Et il va le faire. De mon côté, après une belle accélération, qui m'a remis dans sa foulée, j'ai coupé, voulant garder ma respiration pour la suite, et ne pas le gêner en le collant. Une petite boule de muscles, basse sur pattes, avec des bras gros comme des cuisses, et des cuisses d'éléphant boulimique, le tout surmonté par une trogne de bull-dog massacrée par l'acné, en profite pour débouler sur ma droite comme un bolide, me piquant la médaille d'argent, sur le podium. C'est Jean-Claude Zancarini, dit "Tarzan", un brillant pensionnaire de l'Ecole Normale Supérieure de Lettres Modernes de Saint-Cloud. Nous méprisons un peu ces gens-là, qui ne font pas de latin, ni de grec. Ce qui n'empêchera pas "Tarzan" de franchir avant moi la porte du 44 rue de Rennes, maintenant béante, suivi comme son ombre par son "chef" Saint-Cloud, Patrick Talbot, plus délié (qui nous rejoindra brièvement, Tarzan et moi, chez les maos, partira vivre quelques années aux Etats-Unis, et dirige aujourd'hui, d'après ce que m'a dit un ami commun, souverainiste, ancien sympathisant des C.V.B., aujourd'hui auditeur à la cour des Comptes, une l'Ecole Nationale Supérieure de Photographie,, située à Arles).
Tarzan, lui, devenu l'un des tous premiers cadres "politico-militaires" de la G.P., présent à l'attaque du commissariat de la rue Halles Puget, à Marseille, l'année suivante, en 1969, (lire page), puis à celle de l'épicerie de luxe Fauchon, place de la Madeleine, celle d'après (1970, lire page), et d'autres, deviendra par la suite un des plus consternants "rééducateurs de déviants politiques" ayant jamais sévi chez les "maos" La direction de la G.P. se servira de sa réputation rarement démentie de combativité et de courage, de sa trogne de soudard et de ses gros bras pour l'instrumentaliser, et s'en faire un instrument servile, au service des bien tristes besognes. Comme Jacques Theureau, et d'autres...Au même titre que cet ancien "établi" de choc à Renault-Billancourt, alors modeste, consciencieux, honnête et courageux, devenu depuis, lui aussi, un mandarin universitaire grassement payé "par le système", arrogant, imbu de lui-même et de ce "savoir des spécialistes" qu'ils avaient tant moqué aux jours heureux de notre "Révolution Culturelle".

..
Ce qui reste aujourd'hui de "Tarzan" , directeur grassement payé d'un Institut de quelque chose, ou d'une Ecole supérieure de n'importe quoi, "éminente" position universitaire où l'on ne parvient pas par la seule opération du Saint-Esprit, finira par m'expliquer que l' "Histoire de la G.P.", si elle doit être écrite, un jour, ne peut être que l'œuvre de "véritables historiens" professionnels, avec toute la "rigueur" - connue...- de leurs méthodes...Et pas le fruit des retrouvailles de "vieux copains", amateurs de discussions en désordre, au coin du feu.


Tant pis. Je ne suis plus le "copain" de ce genre de gugusse, peu enclin, visiblement, à contempler en face, et dans mes yeux, des choses des années 73 et suivantes dont il a honte.


On se passera de lui, et de ses conseils.
Comme Vo Thi Mo se serait passé de ceux qui lui auraient expliqué que, combattre les Américains, avec un K-44 "crosse rouge", puis une "kalach", pour une jeune paysanne inculte comme elle, ça ne pouvait se faire qu'après de longues études dans la "rigueur" et dans les règles, admises, à l'académie militaire Frounze, en U.R.S.S., ou dans celle, bien supérieure encore, de Nankin, Chine...

Fin de course, rue de Rennes.
Quatrième, donc, finalement. La mauvaise place.
Pas de médaille, pas sur le podium. Quand je franchis la porte à mon tour, suivi par les deux autres vagues d'assaut,
au moment même ou pile devant le 44, une petite Renault bourrée jusqu'à la gueule de casques et de barres, pour équiper ceux qui ont couru, l'essentiel est fait. Notre "tornade blanche" dévaste tout sur son passage. Pas besoin de kärcher...Là où les G.P.A. passent, l'herbe ne repousse pas.
J'ai tout juste le temps d'entrevoir, sur ma droite, les postérieurs d'une bonne douzaines de vaillants défenseurs de l' "Occident" à la sauce américaine (L'Occident, le vrai, à mes yeux, c'est la Grèce, Saül de Tarse, qui a fait Paul, puis Jean-Paul, une haute civilisation, raffinée, et une culture, dont fait aussi partie l'islam: rien à voir avec le capitalisme brutal et la sauvagerie néo-coloniale de l' "atlantisme"...).
Ceux de l'escalier de droite, les plus malins, s'en sortiront, intacts. Nous n'irons pas les dénicher, faute de temps, dans les étages...
Je le regretterai, ayant cru reconnaître, quelques marches au-dessus de moi, le petit postérieur bien fait de "Paatrick" Devedjian, moulé dans l'éternel manteau de cuir noir, style Klaus Barbie, qu'il porte pour se distinguer des blousons "aviateur" des "fafs" anticommunistes, mais pas nazis...
Car ces gens-là ont, on l'a dit, plusieurs tendances. Dont celle, originale, des juifs d'extrême-droite. Y figure, parmi d'autres William Abitbol - il était présent ce jour-là, lui, sûr, il l'a confié, un jour, chez un ami commun, devant un délicieux canard, et de très bonnes bouteilles, au cap Ferret.
"Anticommuniste", certes, et content de l'avoir été, et de l'être, puisque, croît-il, l'histoire lui a "donné raison", mais " fasciste, jamais", le pétulant William, astucieux descendant d'un père tuniso-chypriote et d'une mère, dit-on, croate, devenu plus tard le conseiller de Charles Pasqua, puis, contre Sarkozy, de François Bayrou, a beaucoup fait pour la victoire du NON français au référendum de 2005 - parmi d'autres combats d'inspiration "souverainistes", au nom, donc, du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" (moteur des C.V.B. dans leur lutte en faveur de l'indépendance et la libération du Vietnam), combats qui, à mon sens, rapprochant ses positions des nôtres, et pas le contraire, nous ont l'un et l'autre rassemblés...Comme ils m'ont lié d'une nouvelle amitié sincère, faite d'estime réciproque, et de respect mutuel, avec Alain Robert, "le petit Robert", le "chef d'état-major" et l'un des plus dangereux (et courageux) des "casseurs" d' "Occident", en 1967-68 - également au 44, logiquement, ce 30 avril.
Nous nous sommes retrouvés aussi dans l'entourage de Charles Pasqua, qui avait su l'écarter de la fréquentation douteuse des néos-nazis travestis en cuir long - les "manteaux noirs" - et l'intégrer dans les rangs de ce qui constitue, pour notre pays, la version saine, républicaine et non "ethnique" du nationalisme, le gaullisme, issu, comme le F.N.L. vietnamien, de la résistance à une occupation étrangère, par le rassemblement de tout un peuple contre une idéologie fondée sur l'abjecte théorie de la suprématie raciale.

Roger Holeindre pendu ou pas pendu?

La double nature de"Popeye"-

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Du Vietnam aux Peugeot: famille, je vous aime...

Je n'étais pas sur le Boulevard Saint-Michel.
J'avais quitté très vite, la "manif" de sympathisants des C.V.B., tenus dans l'ignorance du "coup", amenés au tout dernier instant, sur place, pour protéger le départ du commando d'attaque en noyant sa petite centaine de combattants, et le "groupe de protection" resté à l'extérieur, dans le flot d'un cortège-surprise, avec drapeaux et banderoles, s'éloignant sans énervement de la rue de Rennes, de l'Eglise Saint-Germain, et des terrasses du Flore bourrées de touristes friqués et d' "intellectuels de gauche" du même parti en poussant fort notre fier cri de guerre et de colère: "F.N.L. vaincra!"
Comme le narcissiste psychanaliste "people" de la télé qu'est devenu l'insupportable et niais Gérard Miller "Ménie Grégoire" de la go-gauche (il s'était enfui du 44 rue de Rennes, où il était tout de même entré, dit-il, pour aller se cacher jusque dans les couloirs du Louvre, tout de même bien éloignés...), j'étais parti très vite, une fois le travail fait, fini et bien fini.
Mais j'avais d'autres motifs que le sémillant des plateaux.
J'avais quitté le "44", dévasté, et la rive gauche, sous un gentil et gai soleil d'avril, aux portes de mai, pour le XVI ème, et l'avenue Victor Hugo, où j'étais attendu pour un déjeuner prévu de longue date, ce dimanche, dans la branche "Peugeot" de la famille.
L'invitation venait de mon mon parrain, frère de m mère, ami de mon père,et lui-même directeur d'une des usine du groupe de Sochaux, ainsi que, par ailleurs, ancien officier d'état-major en Indochine, et donc on ne peut plus éloigné, sur le plan politique, du jeune orphelin de père qu'était devenu son filleul, mais resté même aux pires moments, un affectueux soutien pour son filleul...
En 1971, à l'époque où, traqué par la police, pour des actes dont il ignorait, comme beaucoup de gens, le détail, mais ne pouvait que réprouver le principe, j'avais dû prendre la fuite, vivant sous de "vrais faux-papiers" d'un genre particulier, dans la clandestinité (lire page) il m'avait fait savoir, par l'intermédiaire de mon frère Didier, que, si "un jour" j'en avais "marre", il pouvait me faire passer, sans formalités de douanes ni paperasses d'aucune nature, sur un des innombrables cargos affrétés par Peugeot.
Je pourrais gagner l'Argentine, où la firme au Lion possédait une grande usine; il m'y procurerait "de quoi vivre sur place, là-bas, au moins pour un moment"...
Ce 30 avril 1968, donc, ma tante Monique, son épouse, devenue, auprès de lui, ma seconde mère, avait mis, comme d'habitude, les petits plats dans les grands, avec l'aide du personnel domestique que lui permettait d'entretenir, pour l'assister, son statut, et ses moyens, de fille de Rodolphe Peugeot (frère de Jean-Pierre, dirigeant historique du groupe).
Je connaissais d'ailleurs bien, pour y avoir souvent joué aux boules de neiges, l'hiver, ou fait du foot, du saut en longueur, du triple saut, et du vélo, aux vacances scolaires d'automne ou de printemps, Le Rocher, à Valentigney, la propriété de mon grand-oncle Rodolphe et de ma tante Clémence, née Japy (deux très braves gens, très "famille", simples et chaleureux), aux portes de Montbéliard, où se trouve l'énorme usine-mère du groupe, Peugeot-Sochaux.
Et c'est blanc de rage que j'ai appris, en préparant ce livre, que les "maos " de Sochaux, actifs autour de deux de mes anciens copains de lycée de l'époque G.P.A.-C.V.B., puis de la G.P., Alain Voloch et Yves Cohen, avaient organisé des "repérages" autour de la propriété du "Rocher", dans l'idée, d'une rare stupidité, de préparer une "action de partisans" contre un supposé bastion de l' "Empire Peugeot" - où la condition ouvrière n'était, certes, pas des plus faciles (lire page). Alors que l'oncle Rodolphe, officier de cavalerie engagé volontaire dans les rangs de la "France Libre", et revenu participer, avec son régiment, à la libération de sa région de Montbéliard, et de l'usine de la famille, fleuron de l'industrie française, n'avait jamais commis d'autre péché que d' avoir pour frère Jean-Pierre. Qui lui-même, averti par la Résistance de son arrestation imminente pour "complicité de sabotage" dans l'usine, en 1944, devait franchir clandestinement la ligne de démarcation provisoire pour venir le rejoindre, et sauver sa propre peau d'une balle allemande...
Je me serais évidemment opposé de toutes mes forces à une pareille ânerie, si ce projet, resté heureusement, comme tant d'autres, fantasme, était remonté au Comité Exécutif de la G.P. N'y ayant jamis rien caché de mes attache familiales, et n'en entretenant, d'ailleurs, nulle honte, et pas le moindre complexe, j'avais mon mot à dire, et je l'aurais dit, fort. Et rien n'aurait affecté la sécurité du Rocher.
Woliner, Abitbol: deux "juifs" d' "Occident", bien différents
Dans le bel appartement de l'avenue Victor Hugo, donc, avant de me mettre à table - la sueur à peine sèche - j'entends, sans moufter, Europe 1 évoquer la "destruction complète" d'une "exposition de soutien au sud vietnam" par un "commando pro-chinois" ayant fait d'importants dégâts, et des blessés.
Je n'ai jamais su, depuis, si figurait, au 44 rue de Rennes, parmi tous ceux dont j'avais pu, dans leur fuite éperdue dans l'escalier de droite, "dévisager" le derrière, le postérieur de Woliner, "le" juif du Bureau Politique d'Occident, un pur fasciste, lui (contrairement à Abitbol), allié sans états d'âme de Devedjian - bien dans la tradition des "chemises brunes" du "sioniste révisionniste" Jabotinsky, ancêtre politique de Sharon, Ehud Olmert et Benyamin Netanyahou...Ou si ce personnage curieux, mais bien emblématique d'une des traditions juives, pas la meilleure, figurait parmi ce qui était resté des autres, ceux d'en bas, près du "pendu" Holeindre.
En revanche, Woliner figurait bien, avec Alain Robert, son chef de groupe, dans le commando venu agresser, l'année suivante, début 1969, dans le "sanctuaire" de Louis-le Grand, bastion des C.V.B. devenue une des "bases rouges" de l'embryonnaire G.P., les jeunes militants "Mao spontex", partisans de la "fusion" de leur "révolte antiautoritaire" avec "la révolution prolétarienne". Ils s'étaient soulevés, réduisant en charpie l'administration du "bahut", coupable, notamment, d'avoir arraché nuitamment le grand portrait de Mao, ajouté, pour l'orner, au monument aux morts...Dignes de la "cuvée" précédente, la nôtre, ils avaient ensuite riposté à l'irruption des "fafs" avec la dernière violence.
C'est en tout cas ce dont témoigne une des personnes placées pour en parler, Jean-Gilles Maillarakis, intellectuel d'origine gréco-égyptienne, cultivé et redoutablement intelligent, figure haute en couleurs de l'extrême-droite activiste des années 60 et suivantes, mais plutôt pro-palestinien, lui, contrairement à Woliner (proche, au contraire de l'extrême-droite juive israélienne la plus intolérante, militant pour l' "épuration ethnique" ("transfert") d'un maximum d'Arabes).
Fidèle, donc, à ses convictions de toujours, "le Juif du Bureau Politique" du mouvement fasciste "Occident" , sulfureux personnage, devenu aujourd'hui "un "ardent défenseur de la veuve et de l'opprimé" , comme son compère de l'époque Patrick Devedjian, passé de la tendance Barbie (Klaus) "manteau de cuir noir" des "fafs" du Quartier Latin ou de Nanterre à un soutien aussi ostentatoire que celui de Woliner, et aussi indéfectible, à l'Etat d'Israël, faisait partie du commando, venu, avec quelques matraques et autres "coups de poing américains" infliger une brutale leçon d' "Ordre Nouveau" aux tout-jeunes lycéens de la première vague de rébellion de l'après mai.


La main arrachée du jeune Gabriel :

Jean-Gilles Maillarakis parle!


C'est ce jour là que le malheureux Gabriel, un jeune sympathisant des Comités d'Action Lycéens (C.A.L.) et des "mao spontex", sobriquet attribué par les "marxistes-leninistes authentiques" et leurs "groupies" journalistes du Monde ou de La Croix, comme Bruno Frappat, à ce qui était en train de devenir la Gauche Prolétarienne devait être évacué vers l'hôpital.
Il fallut l'embarquer d'urgence, pour cela dans un car de police.
S'y trouvait également, mais à titre, lui, de "suspect" d'une partie des violences de ce jour-là, qui furent sans pitié, Maillarakis - resté coincé sur place, selon certaines sources, "assommé".
"C'était atroce. Votre petit gars avait quatre doigts de la main presque entièrement arrachés, il souffrait atrocement, il hurlait sans arrêt", se souvient Jean-Gilles - qui ne croît pas un traître mot de la version que La Cause du Peuple allait donner des circonstances de cette blessure.
" Vous avez prétendu, je vous comprends, c'est normal, à votre place, nous aurions fait pareil, poursuit Maillarakis (qui devait rejoindre, ce jour-là, en garde à vue...son bon ami Roger Holeindre, soupçonné par les enquêteurs, perspicaces, d'être "l'homme de 4O ans" supervisant des opérations dirigées "in vivo" par Alain Robert), "que ce pauvre Rebourcet avait eu les doigts arrachés par une grenade offensive lancée par nous. C'est du pipeau. C'est faux et archi-faux. J'étais là. J'ai tout vu."
Placé en hauteur, sur une galerie, au milieu d'une bonne centaine de lycéens surpris en plein repas, et accourus à toute allure de la cantine pour repousser l'assaut des "fafs", Gabriel aurait, selon son adversaire d'alors, lui-même ancien de Louis-Le-Grand, connaissant parfaitement les lieux, et donc, aux premières loges, été "gêné, ou déséquilibré, par un projectile de fortune, caillou ou canette, lancé par nous, d'en bas", "au moment ou lui-même s'apprêtait à nous balancer une espèce de grenade artisanale." - "Du coup, il a perdu une ou deux secondes, et elle lui a pété dans la main".
Version confirmée, sans plus de garantie d'une objectivité à laquelle ni l'un ni l'autre ne sauraient aucunement prétendre, par William Abitbol, également sur place ce jour-là. "Nous utilisions parfois, mais très rarement, des "O.F." de récupération, ou des grenades à plâtre. Ce jour-là, en tout cas, nous n'en avions pas. Nous avions des matraques, pas grand chose d'autre..."
Une O.F. artisanale "à la vietnamienne", le "ralbol"
Nous venions précisément d'inventer des engins artisanaux, efficaces, mais d'une utilisation délicate, sur une initiative expérimentale digne du plus grand intérêt de jeunes bricoleurs des lycées, qui les avaient humoristiquement baptisé des "ralbol".
"O.F." du pauvre, fabriqués "à la vietnamienne" avec des matériaux simples, il s'agissait de gros tubes de médicament, vidés, puis remplis de la même poudre, à base, notamment, de sucre pâtissier, qui servait aux " boudins allumeurs" des "cocktails".
Une fois le tube rempli, on le fermait avec son bouchon d'origine. On en renforçait la capacité de résister à l'explosion avec un épais enrubannage de chatterton. Puis on y enfonçait, par un petit trou rond percé à cet effet, un simple pétard de foire "à gratter" de forme cylindrique.
En cas de besoin, il suffisait de frotter l'extrémité soufrée du pétard sur la face abrasive d'un boîte d'allumettes, et de lancer, sans traîner. L' "effet-retard" du "pétard-alliumeur" était très bref. Deux ou trois secondes, pas plus - si ma mémoire est bonne.
Mais ce système de fabrication simple, et d'un coût dérisoire, n'avait pas le garanties de précision de l'industrie militaire, source de sécurité, en principe, pour le lanceur, des grenades défensives de l'infanterie ou des paras, les plus dangereuses, comme des O.F. standard des gardes mobiles ou, plus rarement (je n'ai jamais rencontré le cas) des "fafs".


L'art chiite de la dissimulation (taqyia) de Christian Jambet


"Gourou" sentimental bavard mais plein d'idées des lycéens de la G.P., version 1969, appelés à passer de la "révolte anti-autoritaire" contre " le pouvoir frelaté des crapules intellectuelles au service de la bourgeoisie" et le vain prestige des "petits maîtres", confits dans "le savoir bourgeois", à la "révolution prolétarienne", et donc à aller s'"établir" en usine dans le rude et froid nord minier, ou dans les riantes localités de Gennevilliers, Creil-Montataire, Mantes-la-Jolie, ou encore Sochaux (une vraie Sibérie française, où il fait vraiment glacial, l'hiver...), ou encore ou à se lancer dans les "longues marches" de rude travail des champs auprès des paysans, Christian Jambet est devenu depuis, avec son compère de la khâgne de Louis-Le-Grand, encore, Guy Lardreau ("Le Singe d'or"), et la complicité de leur nouvel ami et, j'espère pour eux, mécène, B.H.L., l'un des fondateurs de la "Nouvelle Philosophie": la forme inaugurale, précieuse autant que savante, du "travail" de contrition requis auprès des tout-premiers repentis du maoisme.
Ayant appris qu'il avait heureusement infléchi son parcours, en devenant, certes, "un universitaire bourgeois", loin des dangereux tubes de médicaments "ralbol", de la vie de galère, et des usines, mais, à ce titre un spécialiste du chiisme duodécimain, un beau et grand sujet, de pleine actualité, dans la tradition de son maître Henri Corbin, j'ai voulu revoir Christian, il y a quelques temps.
Nous avons partagé un agréable repas avec Jean-Loup, un ami commun, prof de philo - et "ex-mao"...
Ayant gardé, visiblement, un bon souvenir des cours de karate que je lui infligeais, dans une salle de cours vide de Louis-le-Grand, ainsi qu'à une bonne quinzaine d'autres, dont Guy Ponsard, Patrick Fers, d'Amiens, Gilles Susong, et l'excellent Lardreau, grand amateur de bonne chère et de whisky, plus rond que Jambet, mais devenu, comme lui, un des plus brillants rédacteurs des premiers numéros de La Cause du Peuple, Christian m'avait, à l'époque, étonné.
Convaincu, comme un grand nombre de crétins, lecteurs du Monde, que le fils du sous-lieutenant para du B.C.R.A. était devenu un "communiste-fasciste", un "rouge-brun" (voir page), il m'avait dit qu'il trouvait cette idée "intéressante, pourquoi pas? Rouge-brun, ça sonne très bien"...
Consterné, j'avais demandé l'addition - qu'il avait payée.
Depuis, Christian semble se faire distant.
Concentré, comme tant d'autres "ex" sur l'obsession de "finir" au sommet "d'une vraie carrière universitaire", et de trouver, notamment, "une bonne place à l'EHESS", où vont se nicher collés, par volées entières, et je ne sais par quel prodige des obscurs réseaux de l'arrivisme culturel, nombre de pré-retraités précoces de la "lutte de classes", de la "critique prolétarienne du savoir bourgeois, mandarinal", et de la lutte contre les guerres impérialistes, qu'elles ravagent le Vietnam, l'Irak, ou la Palestine, Christian n'a pas donné suite aux questions que je lui ai aimablement adressé, par internet, à propos des "soulèvements anti-autoritaires" dans les lycées, en général; de leurs inspirateurs bientôt retirés des affaires, sans casse; de la responsabilité qu'il y a, quand on soi-même assuré ses arrières, à exhorter des centaines de jeunes gens, sincères, eux, et confiants, à interrompre leurs études pour aller se faire ouvriers, pour la bonne cause - et sur la question de la vérité et du mensonge dans l'affaire de la main mutilée du courageux Gabriel.
Il n'a pas daigné répondre.
Dommage.

Christian n'évoque pas non plus cette obscure et triste affaire dans les souvenirs qu'il a confiés à la scrupuleuse Virginie Linhart (fille de Nicole et Robert), auteur de "Volontaires pour l'usine. Vie d'établis 1967-1977" (Le Seuil janvier 1994),un des rares vrais livres écrits sur le sujet, avec "L'Etabli", le livre de son père, et sur un autre registre, celui de Christophe Bourseiller (Les maoistes- Plon 1996).
Mais le mandarin néo-chiite Jambet manifeste tout de même la gêne, certaine, d'un cadre responsable qui, ayant eu la "chance inouïe" (sic) de passer son "DEUG de philo, en 1968", a pu "reprendre (ses études), en 1973", "contrairement à beaucoup de (nos) camarades qui étaient partis en usine sans un seul diplôme en poche, et qui se sont trouvés dans des situations terriblement difficiles par la suite..."
Pousser une foultitude de jeunes lycéens à abandonner leurs études et tout projet d'avenir universitaire, au service d'un projet politique magnifique, mais comportant des risques, dont on leur farcit la tête à coups de discours brillants, assortis de leçons de morale sur l' "esprit de sacrifice" et "l'idéologie de servir le peuple", pour les abandonner ensuite à leur triste sort en ne fronçant pas un sourcil contre la liquidation du-dit mouvement, alors qu''on a soi-même assuré ses arrières, ce n'est pas de la "chance", Christian, "c'est du bien joué".
Et l'on comprend mieux cet autre passage des confessions que tu as cru devoir réserver à Virginie, et qui restent, sur ton incapacité à partager quoi que ce soit d'utile et de fraternel avec les ouvriers de la petite "boîte" textile du nord, d'où, "établi" un an tout de même comme "aide ourdisseur", tu as filé, au bout d'un an d'inactivité militante radicale, c'est toi qui l'écris, viré par ta copine qui, "établie" elle aussi à La Lainière de Prouvost (Roubaix), ne croyait plus à la réalité durable de tes convictions politiques.
C'est Robert Linhart qui, ayant revu Jambet dans un état de "délabrement moral complet", lui a tendu la main, et une perche aussi au passage. "Il m'a tiré d'affaire en m'ouvrant la possibilité d'un rapprochement avec la rédaction de J'Accuse."
En ce printemps 1968, donc, les premières « actions-choc » des Comités Vietnam de Base, conçues et élaborées « à la chinoise », suivant « un plan tactique et stratégique », au tableau noir, et avant tout l’attaque-éclair du 44 rue de Rennes, le 30 avril, provoquent l’engrenage qui va déclencher, directement, les "événements de mai".
Il nous faut, en effet, enchaîner sans souffler sur la mise en « auto-défense » du campus de Nanterre - style "guerre du peuple"». Cet endroit que nous aimons se trouve en effet menacé d’une contre-opération de « nettoyage » (on ne dit pas encore : « au kärcher »…). Elle est annoncée urbi et orbi par les associations d’anciens combattants d’Indo ou d’Algérie, volant au secours des rossés de la rue de Rennes.
Grand intellectuel cohérent et courageux, à la profonde culture, et toujours aujourd'hui, malgré de très sévères ennuis de santé, fidèle aux engagements qu' il avait su faire les nôtres, Robert Linhart, alors "numéro 1", incontesté, aimé et respecté, de l'UJC-ml, tutrice des C.V.B. vient diriger les opérations, sur place.
C'est un choix délibéré. Il n'exprime pas seulement une certaine appétence, réfléchie, pour la chose "militaire", un vrai courage, et le souci de renforcer, au sein de nos groupes, et à leur tête, sa propre formation "politico-militaire".
Plusieurs moi avant mai 68, au cours d'une rencontre avec les conseillers de l'ambassade de Chine à Paris, ses interlocuteurs habituel, Robert a évoqué, devant eux, les mouvements étudiants d'autres pays d'Europe, déclenchés, eux aussi par le soulèvement mondial de la jeunesse contre la boucherie impérialiste.
Il a fait la preuve d'une capacité de synthèse et d'anticipation digne d'un dirigeant politique de tout premier plan, en prévoyant, en France, "des événements de rue, comparables aux révoltes étudiantes allemandes" inspirées par une même rébellion, mondiale, contre la guerre du Vietnam, symbole d'un nouvel ordre du capitalisme global, d'inspiration "texane", archaïque et brutal - "mais avec une participation importante des ouvriers".
A Berlin et Francfort, les mouvements, très isolés d'une classe ouvrière "à l'américaine", intégrée au "système" et prise dans le glacis de la guerre froide, sont menés par le S.D.S. de "Rudi le Rouge" (Dutschke), un des "modèles" de Dany Cohn-Bendit, mais d'une vraie envergure politique, lui, qui fut blessé au cours d'un attentat par un cinglé manipulé par les services secrets.
Plusieurs témoins, membres du Bureau politique de l'U.J., se souviennent parfaitement de cet entretien.

 

ne "ratonne" pas!..."


Au fil des affrontements rue Saint-Jacques, à la porte de Louis-Le-Grand, ou dans le grand couloir qui traverse la Sorbonne de part en part, juste en face, les circonstances vont progressivement amener l'historien amateur qui fait le point, ici, sur de premières recherches, à franchir, un à un, plusieurs degrés dans l'informelle hiérarchie qui structure et régit nos "G.P.A.des C.V.B."
Tout s'accélère à la suite d'un incident un peu plus grave que d'autres.
En principe, au quartier latin, depuis la guerre d'Algérie, on ne "ratonne" pas.
Les étudiants fascistes furieusement investis dans un combat pour l' "Algérie française" affrontent leurs ennemis "cocos" de toute nuance. De violentes bagarres de rue ont lieu, à l'occasion de meetings ou de distributions de tracts. Mais pour ne pas rendre totalement impossible la cohabitation entre étudiants des deux bords dans les mêmes cafés, le même quartier, ou les mêmes amphis, les rencontres individuelles, fruit du hasard, au coin d'une rue, ne se sanctionnent pas par une bagarre. On s'ignore, c'est tout. C'est une tradition bien établie. Pas d'agressions individuelles. "On ne ratonne pas", disent, dans leur langage élégant, les "fachos". C'est devenu notre règle, aussi, à l'époque Vietnam.
Ne trouvant pas de synonyme plus élégant, nous passons la même consigne: "on ne ratonne pas". Nous l'appliquons, comme "en face" on l'applique, en général.
Mais un jour, levé tôt, "ensuqué", et cherchant à l'aventure le réconfort urgent d'un petit café-croissant, je tombe, à l'entrée de la place de la Sorbonne, sur une troupe d'une bonne douzaine de "fafs", en route, apparemment, pour une "action", à Louis-Le-Grand, tout proche.
Nous avons l'habitude de recevoir leurs visites. Et d'y répondre. Je m'en suis mêlé, à l'occasion. Ont-ils repéré ma "tronche", ou mes façons? Va savoir...
Me répétant "in petto" le "credo" ("On ne ratonne pas...Je ne risque rien"), je me résous à les croiser, comme si de rien n'était - évitant de les fixer dans les yeux mais ne baissant pas le regard non plus. Deux mètres, trois mètres, dix...Le plus dur est passé? Non! Ils ont changé d'avis, et de mœurs. Aujourd'hui, c'est fête (c'est ma fête). Ils "ratonnent", maintenant. Et c'est sur ma pomme que s'opère le changement de ligne.
Alerté par un bruit de course, je me retourne, très vite. Ils chargent, sans un mot. Un petit nerveux muni d'une courte matraque à bout plombé, dont j'ai longtemps cru qu'il s'agisait de René Allo, abattu, plus tard, sur un parking de la région parisienne, semble vraiment décidé à me fracasser le crâne.
Il tourne autour de moi en bondissant dans tous les sens, gênant, du coup, ses petits copains, qui nous encerclent, mais ne parviennent pas à approcher. Fort de mes études chez "Ton Ton", je sais ce que j'ai à faire dans une situation de ce genre...Reculer en tournant, par demi-pas, très courts, avec d'infimes oscillations ou rotations des hanches ou du buste, tout en restant mobile, aussi, du cou et de la tête pour ne jamais offrir de cible fixe; gagner du temps, ne serait-ce qu'une poignée de secondes, dans l'espoir de l'intervention d'amis de hasard, de flics, ou de passants...Dans tous les cas, rester bien détendu, souple, jambes à peine fléchies, prêtes à bondir dans toutes les directions, ou à claquer comme un coup de fouet si la moindre ouverture se présente.
Mais j'ai encore beaucoup à apprendre.
Au lieu de respirer lentement, par le bas du ventre, au point "tanden", quelques centimètres au-dessous du nombril, de garder mon sang froid, et de "descendre" le premier pour le compte, sans me soucier des autres, avant de passer au suivant, s'il n'est pas découragé par le spectacle, je m'hypnotise, bêtement, sur la matraque plombée.
D'un coup donné bien à fond, elle peut fracasser un crâne, c'est fragile. Mais ce vicieux garçon se contente de "piquer". Il ne s' engage jamais à fond, par peur d'un "contre". Les secondes s'égrènent...Esquive d'un coup, d'un autre...Marre de reculer, d'attendre...Perdant pour une fois mon sang-froid, je veux forcer ma chance, et me bloque dans cette idée, qui n'est pas bonne. Plongeant en avant, corps surbaissé, dans l'anticipation du prochain coup qui vient (il va très vite...), je dévie bien cette p...de matraque, qui me nargue, et a fini par m'obséder, d'une rotation de l'avant-bras, vive, vers le haut...Bravo! Mais il faut enchaîner "dans le temps, et je traîne à riposter d'une frappe sèche au plexus, comme je dois le faire. Lui ne traîne pas. C'est un vrai bagarreur de rue. Il m'a bien "calculé". Il m'attendait. D'un coup de boule en plein visage, porté par tout le poids du corps, d'une seule détente, il m'étend, K.O., raide.
Je n'ai accompli, ce jour-là, aucun exploit digne de me faire passer de la catégorie "sous-off" à celle de "capitaine", ou même de "colonel" - comme j'allais en acquérir le surnom, pour longtemps.
Je me suis fait agresser et tabasser, hors des accords de Genève, point barre..
Mes agresseurs, satisfaits, ne s'attardent pas à contempler, sur le site de la "ratonnade", le "sale bolcho" allongé en marmelade, gueule complètement en sang, sur le trottoir...
Ils disparaissaient au grand galop, se fondant dans la nuit...Et j'ai alors le bon réflexe de me relever très vite pour aller prévenir les copains de l'arrivée du commando.
Choisissant - pas maso...- la direction inverse, par le bas de la Sorbonne, à pas rapides, le sang de mon nez dégoulinant par grosses gouttes et marquant mon parcours sur le macadam, je n'ai qu'une idée en tête: rejoindre "la base", Louis-Le-Grand, et prévenir de l'agression imminente de ces chiens enragée, chauffée par leur "exploit".
Les copains me font un accueil superbe. Et nous nous retrouvons très vite 150 sur le trottoir (sur les quelque 2000 élèves que compte alors l'établissement, ce n'est pas si mal). Tous unis dans l'idée d'offrir aux transgresseurs de règles la réception qu'ils méritent...
Ils ne nous déçoivent pas. Les voilà...Malgré l'arrivée d'un petit car de flics venu séparer les combattants, ou protéger, qui sait, la retraite des "ratonneurs", je me reverrai toujours, la gueule en sang, accroché des deux mains aux grilles de la Sorbonne pour distribuer un peu à l'aveuglette de grands "coups de pied -visage" sans trop risquer de perdre un équilibre rendu précaire par ce tout frais K.O.
Ils purent s'enfuir, mais de justesse, sous l'effet d'une charge déclenchée d'un élan de rage brutale et spontanée par notre phalange compacte, surmotivée, soudée par la colère.
Et il nous fallut bien engager, un début de réflexion sur ce qu'il convenait, désormais, de faire.
"Contre-ratonner"? Loi du talion? Stupide! La décjours plus tard, à peine - 21 février: journée mondiale de lutte contre l'impérialisme, date anniversaire de la destruction, par les nazis, du groupe Manouchian, que les communistes officiels à l'amorce de leur glissade sur le chemin des 3%, ont progressivement laissé tomber dans l'oubli dans l'oubl dans l'oub dans l'ou dans l'o dans l' dans l dans dans dan da d .
Objectif: le consulat de ce malheureux "sud-vietnam", avenue de Villiers.
Il y a du monde, maintenant, aux "rendez-vous secondaires", que nous devons multiplier. Même les sympathisants les plus périphériques commencent à se demander si...- y arrivent à l'heure, gonflés à bloc. On dit que le bibendum Alexandre Adler (Louis-le-Grand), à l'époque un des tout derniers attardés du communiste "orthodoxe", pro-soviétique, et le prudent Finkielkraut s'interrogent...
Dans les groupes placés sous ma responsabilité, la ponctualité résolument militaire et la rigueur prussienne poussée aux moindres détails que j'impose deviennent légendaires: "En retard de plus d'une minute, tant pis pour toi, on part, on ne t'attend pas... On a dit 10 manches de pioche, pas 9, c'est quoi ce cinéma?..." Dit avec un sourire ravageur, d'accord, mais personne ne prend ça pour une farce, ce n'est pas le genre de la maison. Et donc, ça marche.
Ce jour-là, donc, tout commence dans une simplicité biblique.
Concentration-éclair sur l'objectif, devant lequel s'ennuie un malheureux fonctionnaire en uniforme, une "plante verte", comme on dit dans son métier. Au-dessus de lui, le drapeau des "fantoches", à bandes horizontales jaunes et rouges. Il ne nous plaît pas.
Nous prétendons le remplacer. par le "vrai" drapeau de nos amis vietnamiens, celui de la Résistance, celui du "Front" (du F.N.L.).
Comme nous sommes plusieurs centaines, surgis de nulle part en cinq secondes, le pauvre homme en képi, avec sa petite matraque et son petit pistolet, n'a rien à dire pour s'y opposer.
D'ailleurs, s'il avait quelque chose à dire, ce serait pareil.
Nous ne lui faisons pas de mal.
Ce serait d'une rare lâcheté; et de plus, inutile.
Nous le rassurons même, après l'avoir neutralisé - et avant de repartir très vite, en cortège bien ordonné, échange des drapeaux fait, sans pataquès. Direction les beaux quartiers...
C'est alors que surgit, d'une avenue croisant la nôtre en V, sur notre aile droite, une imposante cohorte de Goldorak en uniforme bleu nuit, casqués, conduits par un jeune commissaire. Ils n'ont pas l'air contents. Ils brandissent de longues matraques noires, que nous commençons à connaître: des "bidules".
L'aile droite, c'est mon "taf". L' "officier de service", là, c'est moi. Au travail.
Ne doutant de rien, avec peut-être un soupçon de frime, je m'avance carrément, tête nue, mains vides, face à la meute. Un zigomard casqué surgi dans l'angle mort m'assomme pour le compte d'un grand coup de son bidule, brandi très haut, puis abattu franchement, style coup de hache, dans son élan.
On me l'a raconté. Je n'ai rien vu venir, et pas pu esquisser un geste de protection ou de

Preuves

$$

L'heureux amant de Marilyn Monroë (fils d'un père maffieux trafiquant d'alcool aux frontières et grand admirateur du "pouvoir brun" qui jette déjà son ombre sur l'Europe), est le filleul - endetté, donc....- des "parrains" de la mafia judéo-américaine (Meyer Lansky, financier des italo-siciliens des bordels de très jeunes mineures du Cuba-casino de Batista puis de l'héroïne d'Indochine ramenée "au pays" par ce qui reste des "boys").


JFK voulait sa "preuve". "Au Vietnam". "Maintenant!" (1960.) Il l' a eue, nous l'avons..
Preuve, oui, de son impuissance absolue, celle de cet avatar inouï de la "force mécanique" que fut l' Amérikkke sur papier glacé du "play-boy" américano-irlandais, "tombeur" bref d'une Bouvier de vieille lignée française, puis celle du fourbe Texan Johnson, "de gauche" lui aussi ("démocrate"), son Brutus de Dallas..


La chute de Saïgon, dans la panique, donnera, en avril 1975, le "top", symbolique, amorçant une chute, aussi lente qu'irréversible, et sans appel.


Mais déjà bien avant, les turbulences du dollar, dommage collatéral de la déroute des G.I. au Vietnam où saigne le carburant des grands oiseaux de mort (pétrole) comme les capitaux (la dette), plaie elle aussi purulente au ventre de Washington, plongent le monde entier - sommé de payer le prix d'une guerre qu'il n'a pas faite - dans la "déprime"...


Le désordre de la finance mondiale manifeste cette glissade autant qu'il l'accélère...
Et c'est un puits sans fond: car s' aiguisent du même coup les couteaux à l'intérieur de l'O.T.A.N. miné par la discorde - et d'abord, sur le fric!


Soucieuse de ses intérêts réels de longue portée, la France gaullienne se montre aussi rétive aux ukazes militaires qu' à l'intempérance économique, encore aggravée depuis lors dans un endettement global devenu ébouriffant, de ce Gulliver saigné à blanc, au goutte à goutte, par une armée de nains-guérilleros, superbes dans leurs pyjamas noirs de soldats-paysans des rizières, qui dansent autour de ce grand corps, ligoté.


Commence à se faire entendre, dans un monde où c'est finalement la grogne, puis la rébellion militaro-économique qui se "globalisent" les premiers la petite musique, puis les premiers grondements, de la dissidence...
Au moment où l'angoisse fouaille la conscience américaine, dans les yeux des "boys" de retour, "fixés" à l'héroïne, pâles encore de honte autant que de terreur, infectant jusqu'au cœur rural de l'Arkansas du syndrome mortel de la défaite, l'illusion d'une longue ère de pouvoir total ne fait, toutefois, que commencer à se dissiper au sein des lourds cerveaux, déjà lestés d'électronique jusqu'à la gueule (et imbibés de cet indéfendable alcool qu'est le whisky) des "experts" en déroute de la Maison Blanche, du Département d'Etat - chez les "chiens de guerre" du Pentagone et les bureaucrates froids du "centre nerveux" de la CIA, Langley.
Robert McNamara, l'homme de Ford promu au Pentagone, dont la mécanique froide de "manager" du "taylorisme" a géré le conflit en automate, l'œil fixé sur les chiffres des "zones à traiter", et du rapport qualité/prix de la poliique "search and destroy" du Gudérian U.S. William Westmoreland, fera quelques années plus tard une humble autocritique.
Quaker fouaillé par ses péchés, il laisse un gros livre naïf au point d'en être ridicule, mais témoignage accablant, pour l'Histoire: "Avec le recul" (Le Seuil, 1998)


Nous qui avions attendu, sans l'espérer, cette confession d'erreurs allant au-delà de nos rêves les plus fous, guettons maintenant, optimistes confortés par l'expérience, celles de Donald Rumsfeld, du "loup" cynique en costume gris Wolfowitz, et de ce "Prince des Ténèbres" richissime bouffi de suffisance, qui passe chaque année, avec sa bobonne liftée, reliftée et re-re-reliftée des fesses à la racine de ses derniers cheveux, clairsemés quand elle se dépouille, lampe de chevet éteinte, de sa coûteuse perruque, des vacances tranquilles à jouer aux boules dans le Lubéron, à portée de "cocktail", ou de barre de fer, des résidences du renégat July, et de leurs amis de la "Haute", Richard Perle...
Personne ne les a jamais dérangés jusqu'à ce jour du moindre seau de sang de bœuf ou de porc, bien frais et bien gluant, et rouge vif, ou rouge-brun, balancé sur le seuil de la jolie résidence du "Prince des horreurs d'Irak" ou sur la boîte d'os qui contient un cerveau de criminel de guerre, lui aussi, de la "Haute" - où rayonnent sans doute faiblement les déchets d'une conscience, et, pour ceux qui veulent y croire, d'une âme...
Et ce n'est pas faute de s'être abstenu de tout espoir, pour entreprendre, et de l'absence, provisoire, de réussite, pour persévérer - merci, Guillaume d'Orange, et merci à l'Ange Noir, indulgent, qui nous a fourni l'adresse jusqu'ici inutile, et même le plan, et ne semble pas nous en vouloir de traîner un petit peu...


Kara Te: "l'art de la main vide"...- Notre "Ton Ton" à nous... -


A la fin des années 60, donc, l’onde de choc de la guerre du Vietnam, dont la déferlante parcourt toute la planète, fait vibrer toute une jeunesse rebelle...
Ces années-là, au vieux Quartier Latin, mémoire de pierre des plus anciennes joutes, le soulèvement gagne l’élite intellectuelle.
Le cœur battant de la culture française ne palpite plus de la passion perverse de couper les cheveux en quatre, ou comme dit Magny, de "disputer...sur le sexe des anges".
Le moment est venu pour nous de plus actuelles "disputes".On se bat à la barre de fer, tout de suite; le tour des cocktail-molotov viendra. Celui des armes à feu...
C'est la "crème" des bons élèves qui se lance dans la partie - ceux que l'on dit "racailles" ne nous ont pas encore nommés " bouffons"...
Les meilleurs éléments des “prépas” (les classes de préparation aux “Grandes Ecoles”, Normale Sup, l’X (Polytechnique), l'Ecole des Mines, Centrale,  se détournent un moment, pour les uns, de la lecture - scandée - des poèmes de Virgile, des Odes de Pindare, du patient déchiffrement des textes les plus ardus de la grande philosophie allemande, ou des poèmes altiers de Saint-John Perse, et pour les autres, les “matheux” , les scientifiques, entraînés eux aussi dans le tourbillon, de leurs équations à une ou plusieurs inconnues...


Comme livres de chevets, nous adoptons désormais Les Ecrits Militaires du "Président Mao" - et d'autres ouvrages du même auteur, mal servis par les traductions officielles d'alors, très "langue de bois". L'apparent dépouillement et le style simple de ces notes jetées sur de mauvais cahiers au cours de conférences détournent le lecteur pressé de s'attacher à la lecture approfondie de textes tout de verdeur concrète et de finesse.
C'est un géant de la guerre fort d'une vaste culture, irriguée par l'expérience "in situ" dune immense révolution en marche, qui donne au monde De la Contradiction, De la Pratique...
Question “pratique”, nous orientons notre énergie vers l’étude assidue d’un des aspects fondamentaux, alors méconnus, mais depuis devenu "tendance" de la philosophie chinoise, nippone, ou plus largement asiatique: les Arts Martiaux – Karate, Viet Vo dao, l'heure n'est pas encore venue de la boxe thaïe, autorisant toute la gamme des coups de tête, de genou, portés jusqu'au visage, de coude et de tibia, ou de la divine Capoeira...


Certains vont suivre les enseignements du vieux Moc, un Maître vietnamien, encore très vert, qui sévit du côté de  Maubert.
Au sommet de son art, il initie ses jeunes disciples à ses “revers de poing” à l’ellipse subtile...Quand c’ est bien fait, on frappe le dos de la main fermée de l’adversaire, une zone fragile aux petits os fins, presque sans protection de muscles, ou de graisse, au moment précis où l' "autre" développe, par exemple, un large crochet...
Courbe contre courbe, tangentes, l'impact se donne du revers deux premières phalanges (kento) patiemment endurcies, au préalable, sur une planche d’entraînement ad hoc en rafia (makiwara). Ça surprend. Et ça fait terriblement mal...La main de l' agresseur, parfois brisée,  devient en tout cas bleue, et gonfle comme un ballon. Mais pour parvenir à ce haut degré d’excellence, il faut une très longue et très patiente “pratique”...


D’autres prennent discrètement le métro, et gagnent  une petite bicoque qui ne paye pas de mine,  noyée dans la verdure de la vallée de Chevreuse.
Dans ce “temple” discret officie un jeune compatriote de Moc, rieur et insolent. Nous l’appelons “Ton Ton”. On peut en rester là...
Officiellement étudiant, ce disciple brillant du grand Hiroo Mochizuki, fils du vieux Maître Mochizuki, est plus ou moins garde du corps, “et plus si affinités”, de la délégation diplomatique du Front National de Libération vietnamien (F.N.L.) dans la capitale française.
C’est sous l’égide de la France, en effet, et à la grande fierté du général De Gaulle, que vont s’ouvrir à ce moment, les négociations de paix. Elles finiront par déboucher, à l'issue d'une interminable partie de Go diplomatique, appuyée par des offensives de terrain ("ta ta, tan tan": "négocier, combattre, négocier" - en même temps, avec le même acharnement, et la même ruse, et sans relâche) sur les “accords de Paris”, sur la paix - "Hoa Binh" - la libération complète du Vietnam, sa réunification et son indépendance...
La paix, il faut des sacrifices, pour y parvenir, pour la construire...Beau, gai, dragueur impénitent, et fin tireur au pistolet, aussi, à l’occasion, “Ton Ton”, garçon plein d’entregent, a installé sous une tonnelle d'osier ou de bambou un dispositif maléfique: une balle de ping-pong fixée à 1,80 m de hauteur, environ, par un jeu d’élastiques figure la “cible”: la tête des “fachos” d’Occident, nos ennemis pro-Américains de l’époque, qui tentent de nous briser les reins dans nos fiefs lycéens.

L’entraînement consiste à frapper et à  refrapper, jusqu’à plus soif, d’un coup de pied direct ou circulaire, chassé, sauté, ou retourné,  la petite balle de celluloïd blanche qui danse, et nous nargue,  ironique, au bout de son fil mouvant.
Au menu également d'interminables séances d'étirement des jambes, au palan, pour pouvoir frapper du pied sec et haut, sans appel, et des séries interminables de "pompes": des tractions sèches, rythmées comme des "tsuki" frappés, que nous pratiquons comme il se doigt sur les deux poings fermés, en appui sur les phalanges de l'index et du majeur, zone de contact d'une frappe, sur le bout des doigts tendus, pour les endurcir, ou le dos du poignet, plié, pour les blocages rapides en "col de cygne"


De mon côté, une tradition familiale, propre à la bourgeoisie protestante d'influence anglo-saxonne de Bordeaux - tout ce qui est "anglois" n'est pas mauvais - a commencé à m' endurcir la couenne par la pratique du rugby, dès l'âge de 12 ans, sous le maillot - rouge vif...- du B.E.C., le Bordeaux Etudiants Club.
Dans la mémoire de mon père, qui s'y débrouillait bien, ma mère eut l'intuition, aimante, d'encourager tous ses enfants aux subtilités très physiques, aussi, de la voile, en dériveur, dans la baie au clapot brutal, aux courants puissants et complexes, étendue dans le vaste losange étalant ses merveilles de la Dune du Pyla au banc d'Arguin, marches du "Vieil Océan", et du fin Cap-Ferret à la large barrière de parcs à huîtres protégés par des rangées de piquets constellés de tranchantes coquilles, coupée d'étroits "estey", aux abords de l'Île aux Oiseaux.
Sur nos instables esquifs aux coques de couleur vives, pimpantes, dont le turquoise pastel d'un fin 4,70m au nom de violoniste, nous nous initions au grand jeu des vagues, du vent, du sel, et de l'amour aussi, autour d'une myriade de bancs de sable fin, loin de tout.
Et c'est aussi dans ce Paradis jamais vraiment perdu que viennent m'imbiber, esprit et corps, les rudiments de la dialectique politique, et de la guerre, sa compagne, dans les franges d'eau tremblante de ces toutes petites îles, toutes provisoires, que le montant recouvre, dont les hauts fonds bleutés, tièdes et translucides sous le soleil d'été, peuvent se transformer très vite en pièges redoutables, quand roulent de mauvaises vagues au tournant de la marée...


"Musclé", donc, aussi, mentalement, j'étais prêt bien avant que le hasard ne m'introduise dans l'antre de "Ton Ton".
On pouvait y croiser, notamment, des filles superbes, jamais la même, de toute origine et de toute couleur...Le "viet" n'est pas austère, il adore les plaisirs de la vie et leurs variations, infinies. Loin de l'idée qu'on se fait, parfois, d'un Vietnam communiste, rigide et puritain, il est libre, de plus, de tout racisme, n'affichant aucune préférérence particulière pour les noires, les blanches - fussent-elles américaines - ou les "jaunes" - malgré une petite crispation, peut-être, à l'encontre des Khmères.


Avant même de connaître cet excellent patriote vietnamien cachant des convictions sincères sous de continuelles blagues, la curiosité m'avait orienté vers l'" art de la main vide", le kara te - sans la moindre intention militante...
Je recevais l’enseignement - des plus othodoxes - d'un excellent professeur: Jean-Pierre Lavorato, un danseur classique reconverti dans l'art martal de tradition (style shotokan, stéréotypé, peut-être, mais bas, solide, et puissant).
Beau comme le péché avec sa divine mèche blanche sur une chevelure brune soigneusement travaillée, et d’une souplesse de liane, il officie alors dans une petite salle de la rue de la Montagne Sainte Geneviève, près de la place du Panthéon, où une adorable vieille tante, pas vraiment d'extrême-gauche, héberge son neveu dans une petite chambre, vite remplie d'énormes dictionnaires Gaffiot (latin, grec), d'ouvrages de poésie ou de philo, puis de journaux, brochures, protège-tibia, protège dents, et de planches-photo décomposant esquives tournantes, ou "katas"...
La salle de la Montagne Sainte Geneviève a été créée par les “barbouzes “ héroïques de l’époque de la guerre d’Algérie (lutte contre l’O.A.S.: l’équipe Altcheik...). Elle est longtemps restée un lieu de rencontre, d'entraînement, et de recrutement, aussi, de leurs disciples...


Les G.P.A., force de frappe des C.V.B., matrice de la G.P.


Mais la vraie force des Comités Vietnam de Base (C.V.B.), qui commencent à s'ébrouer, vont faire l'actualité, et devenir la matrice de la future G.P., ne réside pas dans l'entraînement au sac, ou au makiwara (poteau vibrant couvert de rafia, pour endurcir les mains...) de leurs cadres "action".
Cette force est politique.
Les C.V.B. constituent une véritable organisation de masse, décentralisée en multiples comités de lycées, de facs, de quartiers, ou parfois d'entreprise.
Notre excellent camarade Gilles Susong, un "khâgneux" de Louis-le-Grand, fragile et filiforme, maigre comme un clou et pâle comme la mort, caricature physique de l' "intellectuel aux mains blanches", aux attaches très fines, presque diaphanes, mais vaillant dans les rudes situations de rue qui font notre quotidien, épluche avec un soin maniaque le "Courrier du Vietnam", austère et très complet organe du Front de National de Libération (F.N.L.).
Confrontant les denses informations qu'il contient, celles du "Front", avec celles de la "presse bourgeoise" (Le Monde, L'Huma...), il en tire la matière d'exposés stratégiques, nourris de schémas militaires, et de cartes, au tableau noir.
Nous en dégageons l'essentiel, et reproduisons le tout, de façon aussi concrète et colorée que possible, avec gros titres, vives couleurs, photos etc sur des "affiches en gros caractères" (dazibaos, en chinois) de la "Révolution Culturelle" naissante. Elles sont collées sur de rustiques panneaux, exposés dans la rue, à des "points fixes". Les gens intéressés, variés, et dont le nombre va croissant, savent pouvoir nous y retrouver, de semaine en semaine.
Les "fafs" le savent aussi.
De là, l'érection d'un nouveau concept, celui des "Groupes de.Propagande et d'.Autodéfense" des C.V.B.
Dans le principe, certes le mot contient "défense". Avec la légitimité, bienvenue, à défaut de stricte légalité, que ce vocable implique. Mais c‘est une façon de parler; une ruse sémantique - puisqu'il y a "guerre", aussi, "des esprits", et donc batailles de mots.
”Autodéfense"
on ne peut plus offensive, en tout cas. Prévenir, mieux que guérir.

Echauffourées avec les “fachos”, et, bientôt, avec la police, appelée à leur secours, attaques et contre-attaques,“baston” de toute nature: en fait, nous mettons au point, sans l’avoir consciemment théorisée,  “une autre façon de faire de la politique”.
Elle fleurira, sur d’autres terrains, les années suivantes, au cours des "seventies", en langue française "années maos"...
C’est la “politique du choc”, celle de l’action de rue à force ouverte, violente, mais sans armes à feu, et bien maîtrisée, donc. Aux limites de la guerre civile, mais sans les transgresser...
Pour le pouvoir, l'avenir va le prouver, une stratégie de ce type est difficile à percevoir, puis à “contrer”.
Il lui faut, lui aussi, doser, sans déborder, et sans “surréagir” - au risque d'amplifier le phénomène que l'on prétend contenir, voire résorber...


Jean-Pierre Olivier de Sardan, J.P.O.


Les Comités Vietnam de Base
ont été créés sous la direction de Robert Linhart, le dirigeant de l'U.J.C. ml, une scission "marxiste leniniste" ("pro-chinoise") de l'Union des Etudiants Communistes (U.E.C.), liée au P.C.F.
Leur direction politique a été confiée à Jean-Pierre Olivier de Sardan (J.P.O.), membre du Bureau Politique (B.P.) de l'U.J.C.-ml.
Comme il le souligne aujourd'hui dans l' inégalable sourire illuminant le visage aigu, précocement ridé, où joue, comme jadis, là longue virgule brune, de ce rebelle de tradition, fils d'une vieille famille de "maquisards" protestants des Cévennes, et fort de deux solides année d'études de théologie, rue de Vaugirard, puis ethno-sociologue, J.P.O. est "l'un des très rares "cadres dirigeants" de l'époque " à ne pas avoir été "élu" (coopté) dans ce sanctuaire de l'idéologie "prolétarienne" en passant par la "filière habituelle", "Ulmarde" - celle de l'Ecole Normale Supérieure de Lettres classiques de la rue d'Ulm, pépinière d'esprits ultra-brillants vivant sous l'influence du prestigieux "caïman" Louis Althusser, alors plus sage que fou, mais temple aussi, d'un savoir élitiste à tendance abstraite, et, parfois autoritaire, dans la plus rigide tradition du "grand mandarinat à la Française".
A part lui, J.P.O., les seuls à ne pas avoir été "formatés" par ce moule précis, mais rigide, sont le pauvre Le Dantec, aujourd'hui bouffi de repentir et passablement ramolli, ainsi que le roboratif Etienne Grumbach - "Tiennot".
J.P.O.
rejoindra le tout premier noyau de la Gauche Prolétarienne, dès sa naissance, à la rentrée d'automne 1968, y initiant, "en style C.V.B.", un vrai "travail de masse" dans le quartier alors inexploré de Barbès-La Goutte d'Or.
Il s'éloignera, plus tard, sur la pointe des pieds, "sous le feu de la critique" d'une "force montante", la blonde, impérieuse et quelque peu sectaire Dominique Grange, vaillante créatrice du chant de la G.P., "Nous sommes les Nouveaux Partisans", au registre vocal, musical, culturel et politique plus étriqué que celui de la forte "Mamma" Magny...


Dominique
, aujourd'hui Jeanne d'Arc radicale de l' "extrême-gauche caviar", vit entre les portes de la prison de La Santé et les agréables coteaux du Lubéron. Quand elle est à Paris, elle anime un combat confus mais sympathique pour la libération des derniers prisonniers d'Action Directe, enfants perdus de l'épopée mao, bâtards mâtinés du meilleur anarchisme, l'espagnol - associant hélas bien à tort leur destin à celui du sombre et profond Georges Ibrahim Abdallah, vrai et grand militant de la Résistance libanaise digne de la solidarité la plus intégrale, et donc la plus active...
"Critiqué"
bestialement, par la camarade-chanteuse(qui, tout feu tout flammes, manque un peu de modestie et de respect, n'ayant pas le centième de sa culture politique, ni de son expérience - même si elle partage, sans aucun doute, une part de son courage) J.P.O., donc, s'en ira sur la pointe des pieds.
C'est que la camarade-chanteuse a reçu le renfort de Gilbert Castro (le sobre et minutieux trésorier du C.E. de la G.P., envoyé lui aussi, et au-dessus d'elle, en mission de "rectification").
Sa seule présence, manifeste la caution qu'apporte, derrière le rideau, "numéro 1", à la "liquidation" d'un "cadre-dirigeant" de grande valeur (dont il sait ne jamais pouvoir espérer la soumission servile - nous sommes peu dans ce cas).
Devenu, dans sa "deuxième vie", un homme d'affaires "découvreur de talent" des "nouvelles musiques", et toujours avec le même sourire chaleureux et modeste, Gilbert allait attendre à peine quelques années de plus que J.P.O. pour se retirer à son tour à partir de 1972, sur la pointe des pieds lui aussi, ce n'est pas un criard.


Après s'être replié, un temps, sur la base sûre de son Comité Vietnam de quartier, le seul à avoir survécu aux débâcles brouillonnes de mai et d'après mai, J.P.O., resté dans la continuité directe du temps Vietnam, et de l'élan originel et pur de la G.P., loin des paillettes, de la gloriole, puis des ostensibles reniements parisiens, consacre aujourd'hui l'essentiel d'une vie d'intellectuel de conviction de longue lignée à l'Afrique Noire. Et plus particulièrement au Niger, pays le plus pauvre du monde malgré sa grande richesse en uranium, devenu sa patrie d'adoption, hâvre de sa grande tribu.
Il y réfléchit "in vivo" à la réalité complexe d'Etats-nation artificiels se dégageant, avec la patience lente de ce continent de longs marcheurs, de l'emprise coloniale imprimée au plus profond des consciences sur la complexité mouvante de "peuples" et d' "ethnies", dans un va-et vient culturel aux infinis jeux de miroirs, logiques, entre deux continents aux destins inextricablement liés.
Il y travaille, en ce moment, à la création d'un instrument de libération touchant à l'essentiel: " le premier centre de recherches sociologiques et ethnographiques sur l'Afrique dirigé par des chercheurs africains, eux-mêmes formés sur le terrain africain".
Il vient de publier un nouveau livre, aux éditions Karthala: "Etat et corruption en Afrique: une anthropologie comparative..." (sous la direction également de G. Blundo, avec Tidjani Alou, N.Bako Arifari et M. Mathieu).
Complémentairement, Jean-Pierre a mis sur pied, chez lui, aux portes du château de ses ancêtres Sardan, dans le Gard, près de Sommières, une fanfare locale originale et dynamique.
S'y mélangent, gaillardement, toutes les musiques du monde, des chants traditionnels de l'Afrique noire en passant par la Salsa, et l'ancien folklore cévenol - une "Révolution Culturelle" dansant, de village en village, au pied des Cévennes.


En 1967-68, à la direction des C.V.B., J.P.O. s'appuie, sur le plan politique, sur Jean-Michel Berthelot (aujourd'hui disparu), et sur Etienne Grumbach ("Tiennot",
voir page) - qui ne se vante pas, à l'époque, d'avoir pour oncle l'intègre "social-démocrate" Pierre Mendès-France - et continue, aujourd'hui, dans la région de Renault-Flins (Mantes-la-Jolie, Les Mureaux), une activité politico-professionnelle d'avocat-militant, spécialiste du droit du travail, défenseur des immigrés en difficulté, et proche de la CFDT.


Roland Gueguenbach

Des C.V.B. au pos

 

"On te

d'instructeur de Karate

dans l'infanterie de marine (RIMA),

puis au F.H.A.R., au couvent, et au suicide


Sur le plan "politico-militaire", l' "assistant" principal de J.P.O. sera d'abord Roland Gueguenbach, un marxiste-leniniste de caractère, indépendant et cultivé, doublé d'un vrai champion d'Arts Martiaux.
Ayant délibérément choisi d'aller faire son service militaire dans l'Infanterie de marine, Roland nous confiera, un soir de détente après une journée vive, comment il avait été convoqué, très vite, par le colonel de son RIMA -muni de bonnes fiches:
"Alors Gueguenbach! Il paraît qu'on se débrouille en karate. Faites-voir". Entrent alors deux "balaises" en pataugas, équipés du fusil lourd réglementaire avec sa baïonnette...Bim, bam boum, et l'ami Roland, impavide, même pas essoufflé, intact, et seul à l'être, se retrouve bombardé instructeur de close-combat de cette formation d'impitoyables combattants d'élite, connue pour sa grande expérience de toutes les formes de "baroud"...
Passé, dans la pire période d'autodestruction psycho-politique de l'après 68, dans la mouvance du FHAR, le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, ce matérialiste convaincu, "athée et fier de l'être", conclura une longue retraite méditative dans un couvent en décidant de se donner la mort.


Le grand Jacques


A Roland succède son ami Jacques Rémy, une armoire à glaces à la charpente épaisse, et tout en muscles, au format d'un "numéro huit " de rugby.
Combiné à sa silhouette ainsi qu' à ses incontestables talents de frappeur, lourd, mais pas lent, et très fluide, et à ses qualités, surtout, d'organisateur de "baston", le visage taillé à la serpe aux beau yeux clairs de ce grand séducteur, trompe bien son monde.
D'une sensibilité rare, Jacques, qui aurait pu faire une belle carrière d'acteur de cinéma sans besoin de "doublures" , dans le genre films de guerres, rôles d'agent secret, de "barbouze", de "gorille" ou de tueur à gages, est né en 1944.
Il a 13 ans quand son grand-frère meurt en Algérie, en 1957, sous l'uniforme français, tué par le F.L.N.
Maître de ses émotions, pudique, et d'une liberté d'esprit peu commune, Jacques n'en bascule pas pour autant dans le camp de la haine et du racisme.
Tout au contraire, il choisit, seul, très peu de temps après, de s'engager à fond dans le combat contre cette "sale guerre coloniale", dont son milieu familial - père démocrate-chrétien, petit notable rural du M.R.P. - et le tragique destin de son frère aîné ne le prédestinaient nullement à percevoir le caractère.
Et c'est en écrivant à la revue très engagée de Pierre Vidal-Naquet, après l'échec d'une première tentative auprès d'André Malraux, l'aviateur antifasciste et romantique de la guerre civile espagnole devenu chef de maquis en Dordogne, puis flamboyant ministre de la culture du général De Gaulle, suivie par une seconde déception, après une démarche vaine auprès de la CGT du Mans, ville où le frère du soldat Rémy, "mort au champ d'honneur", était parti poursuivre ses études, qu'il va tomber sous le charme du Vietnam: en la personne d'une jeune et jolie vietnamienne, plus ou moins secrétaire de Vidal-Naquet, et proche du F.N.L. de son pays comme du F.L.N. algérien.
C'est elle qui reçoit sa lettre, lui répond, et le rencontre. Lui, craque. Elle, non - même s'il la croit tentée. Son cœur est pris. Fidèle, elle lui préfère un autre.
Elle a la franchise de le lui dire gentiment, et vite. Et l'intuition politique de saisir cette circonstance paradoxalement favorable pour introduire, fraternellement, son bel amoureux transi, déçu, mais beau joueur, dans le petit monde chaleureux des vietnamiens de Paris. Il gagnera, et gardera, leur confiance.
Il ne les lâchera jamais, se liant d'amitié, parmi d'autres, avec "Ton Ton". A l'Ecole des Langues Orientales (Langues O), il s'initiera dès lors à la grammaire et au vocabulaire de ce peuple magnifique, rebelle à toute tutelle, issu de l'improbable et triple métissage de cruels pirates de la mer de Chine, débarqués sur les côtes de la péninsule indochinoise, de paisibles paysannes des rizières des deux deltas, et de farouches montagnards de l'intérieur, aux idiomes aussi étranges que leurs dents de devant, taillées en pointe, à la sauvage...
A "Langues O", Jacques, qui poursuit parallèlement les études de base faisant aujourd'hui de ce paysan dans l'âme, fidèle à ses racines, un solide chercheur de l'Institut National de la Recherche Agricole (INRA), doit bientôt se résoudre à abandonner l'étude du vietnamien - rebuté par les problèmes de diphtongues, imprononçables pour ce fils de la plus vieille France...
Homme de fidélité, et têtu comme une mule, il se rabat sur l'apprentissage...du cambodgien, plus facile, dit-il, qu'il parle, à l'occasion...


"Thoi Co":"le moment opportun"


Un an à peine après le début de la "guerre américaine", qui, venant après la "guerre résistance à l'occupation fasciste japonaise", puis la "guerre de libération contre le colonialisme français", crucifie toute la partie orientale de la péninsule indochinoise, son impact se fait sentir partout.
Elle travaille la réalité politique française elle-même en profondeur.
L'Union des Etudiants Communistes (U.E.C). s'effondre, vidée de toute sa sève. Elle a d'abord été minée par le minutieux travail de critique théorique de l' "opportunisme de droite" du PCF, organisation mère ("révisionnisme": abandon des principes du léninisme).
Cette bataille d'idées, d'où naît l'UJC-ml, vient s'enrichir du refus déterminé et radical des "dissidents" de se laisser enfermer dans les limites étroites de controverses livresques, abstraites, fussent-elles " de principe". L'esprit de ce qu'on n'appelle pas encore le maoisme frappe à la porte.
"La lutte dans le domaine de la pratique théorique", il est possible d'y briller, de gagner "quelques batailles" - à condition, tout de même, de travailler...
Mais l'essentiel, c'est l'"union de la théorie et de la pratique."
L' "établissement en usine", d'un côté; et de l'autre, pour ceux qui se veulent des "anti-impérialistes conséquents", les C.V.B., qui pèsent délibérément sur la "contradiction principale" du "moment" (le "moment", concept de la physique des forces, devenu, en vietnamien "thoï co", après Lénine, concept fondamental de l'art politique, et militaire...).
Frappant au point sensible, donc, de la géopolitique mondiale...
Au passage, ils donnent un sérieux coup de jeune aux anciennes méthodes communistes, alors en déshérence, d'information, patiente, condition d'une "mobilisation" minutieuse, à la base - tendue, à la fin, vers le pouvoir de la la rue...
La "ligne" est d'une limpidité de source.
Nous apportons notre "soutien total" aux premiers concernés, la Résistance, incarnée par les combattants nationalistes, d'inspiration communiste, du Front National de Libération (F.N.L.) vietnamien.
Nous n'exigeons la paix que par la seule voie possible, réaliste: la victoire de la lutte armée - et de la stratégie de "guerre populaire prolongée" (G.P.P.), clairement synthétisée dans les Ecrits Militaires de Mao.
Cette position de principe nous situe radicalement - et sereinement - à contre-courant des pacifistes pessimistes, et du PCF, autant que des socialistes, alors sous l'influence directe des "démocrates" américains de Kennedy et Johnson, engagés à fond dans le terrible "matraquage" du Vietnam, comme de la droite "bourgeoise" traditionnelle, traumatisée par la saignée de 14-18, Staline, Hitler, et l'effondrement de ses toutes dernières "élites" politiques et militaires en 1940.
De ce côté, la classe dirigeante ne croit plus en son propre avenir, indépendant. Elle tend à en remettre les clefs à ses puissants cousins, rivaux bientôt tuteurs, puis maîtres, des Etats-Unis d'Amérique - jugés "supérieurs, en tout".


Mais nous ne nous contentons pas de penser autrement, et d'être différents.
Avec toute l'insolence de notre jeunesse briseuses d'idoles, nous clamons haut et fort, très fort, que la "juste" stratégie de "guerre populaire prolongée" ("G.P.P."), ne peut avoir comme "inéluctable" issue que la "victoire totale" de la "résistance patriotique". Ce sont les "forces de libération" qui imposeront la paix, mais "la paix par la victoire et par l'indépendance".
Sur ce point, c'est mal de le dire, l'Histoire a, comme on dit, tranché. Nous donnant, c'est un fait, implacablement raison.
La discussion est close.
La question n'est plus de savoir si les "G.I's" étaient les "bons", et les "Vietcong", les "méchants". Ou le contraire.
Nous ne disions pas seulement que les Américains avaient tort, se comportant en colonialistes vulgaires, massacreurs, à l' image de notre pays, la France, avant eux, sous prétexte de défendre un "monde libre" menacé par l'hydre de Moscou - pour nous, aussi "tigre en papier" que les arrogants texans de Washington.
Nous affirmions que les "forts" allaient perdre, et les "faibles" - la Résistance vietnamienne - gagner.


Depuis, les faits sont là.

Et les "maîtres", à bien y réfléchir, ne le sont plus, n'étant plus "invincibles".


Ceux qui pensaient que les Américains étaient, de toute façon, sûrs de vaincre, représentant une formule "globale" de puissance, mentale, économique et militaire, appelée à s'imposer au monde entier pour toute une ère, et au passage, à écraser le petit Vietnam rebelle, coupable de penchants "rouges", sous l'action combinée des monstrueux B52, rouleau compresseur aérien, et de leurs méga-bulldozers (engins blindés D7 E, dits "charrues romaines" ou "mâchoires de cochon"), rasant villages et forêts, aplatissant d'un coup les maquisards comme les singes, les tigres et les gros éléphants, se trompaient grossièrement.


Ceux qui disaient le contraire étaient dans le vrai. Point.


Qu'on en tire les conclusions qu'on veut: mais qu'on en tire...


Vietnam, Palestine...

Même si on ne peut, hélas, pas encore en dire autant, à ce jour, des amis de nos amis chinois et vietnamiens, les Palestiniens, devenus à leur tour, dès 1967, nos propres amis - qui s'inspirent, de leur côté, dès 1965, de la même philosophie stratégique, et des mêmes méthodes que les hommes de Ho Chi Minh, Giap, ou le mystérieux Pham Hung, mais dans des conditions ô combien différentes, demandant un effort d'adaptation créative considérable...
Avant de tirer, donc,un peu plus tard, tous les enseignements possibles d'un combat qui succède progressivement à celui du Vietnam, sur un tout autre front, appelé à devenir, à son tour, "principal", il va nous falloir commencer à épeler, après ceux de "l'oncle Ho" (facile), du jeune martyr Nguyen Van Troï, ou du camarade Van Tien Dung-Fleur-de-Lotus-("Viens-donne-moi la main..."), les patronymes et, de plus, les noms de guerre en "Abu" (Père de...) des "inoxydables" combattants du FATAH. Abou Ammar, (Arafat), Abou Djihad (Khalil Al Wazir), le "ministre de la guerre". "Abu Mazen" (Mahmoud Abbas, longtemps "numéro deux presque numéro un", dans l'ombre, en charge aussi du renseignement, et des finances). Abou Daoud (Mohammed Oddeh - "opérations spéciales", Munich, 1972) ...


Le manteau de cuir noir de Patrick Devedjian


Courant 1967, la situation n'en est toutefois pas là, et les C.V.B., de plus en plus actifs et populaires, ont à résoudre le problème quasi-quotidien posé par les raids des "fachos" de l'extrême-droite pro-Américaine lâchés comme des loups dans les rues partout où le mot Vietnam est sur un tract, une affiche murale ou un panneau de marché.
A nous d'être cohérents, maintenant.
Nous ne pleurons résolument pas les souffrances d'un troupeau de victimes: c'est un peuple de combattants au fier sourire dont nous déclarons solidaires, et solidaires, d'abord, en actes, en criant "FLN vaincra!" dans des manifs musclées, indépendantes, pourvues d' "objectifs" à "cibler" que nous choisissons nous-mêmes, et qui n'ont rien de promenades de santé - y compris pour ceux, bandes fascistes ou police, qui prétendraient nous interdire la rue...
Fouettés par l'exemple de combativité, d'héroïsme - et d'imagination, aussi, dans le combat - que nous communiquent nos amis vietnamiens, nous ne pouvons donc pas rester les victimes gémissantes des féroces matraqueurs d'une extrême-droite passée, d'une génération à l'autre du camp de la collaboration avec l'occupant allemand...à celui de l' "Algérie Française", au nom d'un "nationalisme" dévoyé.
Désormais sous influence d'un nouveau "parti de l'étranger", celui du fugitif "Empire américain" qu'ils croient "Reich de mille ans", ils prétendent nous enfoncer dans le crâne à coups de tuyaux de plomb ou d'épais manches de pioche achetés en masse au B.H.V. leurs « leçons politiques » sur les mérites, en matière de libertés, de la C.I.A., des « Bérets Verts », et des B 52 bourrés de napalm jusqu'à la gueule...
Certains de ces vaillants "défenseurs du "monde libre", dont les "chefs historiques", s'appellent, pour ne pas remonter plus loin, Gérard Longuet ou Alain Madelin, passés depuis de l'anticommunisme bestial de "petites frappes" au sarkozysme "libéral", hésitent encore, vestimentairement, entre l'imper kaki, sanglé par une ceinture, style militaire français, Dien Bien Phu, Bigeard, etc.; le blouson d'aviateur américain, genre "bombers", qui devient un "must" ; et le long manteau de cuir noir, style Gestapo, qui fait fureur (("Fuhrer") - cher, autrefois, à Barbie (Klaus). Comme le rappelle une célèbre photo de Match, prise à Nanterre, c'est le "look" distinctif du distingué Patrick Devedjian ("P.D." pour certains de ses amis et, mystérieusement, gestapette" pour d'autres amateurs de jeux de mots sexistes ou homophobes proches de la tendance "S.S., oui!, S.A., non!".
"Dégueulasse!".
Devenu, dit-il, grand ami de Simone Veil, qui croit à son repentir, sincère, l'actuel secrétaire national de l'Union pour un Mouvement Populaire (U.M.P.) n'a pas encore, à cette époque, "démocratiquement" conquis la mairie d'Antony, dans le sympathique département des Hauts de Seine, pour afficher à son fronton, à la moindre occasion, le drapeau blanc à étoile de David bleue, nouveau "fétiche" de ce beau brun aux yeux de biche aux convictions aussi changeantes que la couleur de ses manteaux, qui affiche désormais un petit penchant pour le loden, moins problématique aux yeux de ses nouveaux amis de Tel Aviv que le précédent travestissement de cet homme aux fascinations polymorphes - bon connaisseur, par ailleurs, du dossier Mesrine-Willoquet-Langlois etc.
Dans le doute, donc, encore, en matière de conviction idéologico-vestimentaires, les plus acharnés des "fafs" n’hésitent pas, en revanche à se faire rétribuer pour leur sale besogne par l’intermédiaire du consulat de la cruelle dictature « fantoche » du "Sud Vietnam" - selon les services de renseignement du F.N.L., actifs jusqu'à Paris,
Les troupes américaines, en effet, maintiennent encore en survie artificielle le régime fort peu démocratique issu du violent "putsch" militaire de 1963 contre le catholique Ngo Dinh Diem, coup d'Etat fomenté ouvertement par la C.I.A. du beau et séduisant John Fitzerald Kennedy - que le Bon Dieu va rappeler près de lui en 1963, peu de temps après l'assassinat, par les "supplétifs" vietnamiens contrôlés par ses propres "services", du féroce autocrate, premier protégé de la grande et vertueuse Amérique, que Washington remplace dans la seconde par de nouveaux "fantoches" corrompus et sadiques...
Les fascistes parisiens en profitent pour disposer d'un petit peu d'argent de poche - de minables cambriolages de quatre sous sur le port de Saint-Tropez n'étant pas suffisants pour tout le monde...
Ils font aussi de menues dépenses "politiques", tracts, brochures, achat de matraques à bout plombé, de "coups de poing américains", (petites lanières de cuir, farcies de saillants métalliques, ajustées entre les phalanges, utilisées par la mafia de Brooklyn), ou de grands manteaux de cuir noir, moulants...


La mystérieuse "indochinoise" dans l'ombre de Jacques Vergès


La manne ne tombera pas longtemps.
Le miracle de Dallas lui ayant offert sur un plateau la succession de Kennedy, le démocrate (texan) Lyndon Johnson va bientôt "débrancher" le régime Thieu-Ky au drapeau à bandes horizontales jaunes et rouges.
Annonciateur de la déconfiture finale, ce "lâchage" soulèvera la furieuse indignation de Joséphine Trang, l'adorable et mystérieuse créature asiatique souvent remarquée, par la suite, dans le sillage de Jacques Vergès, au Palais de Justice ou aux tables de restaurants convenables peu éloignés de Pigalle, à l'époque où "Le Salaud Lumineux" défend encore Illitch Ramirez Sanchez, dit "Carlos", et George Ibrahim Abdallah - sans oublier notre ami commun le capitaine Barril, fervent admirateur, lui aussi, de la jeune et ravissante avocate.
Les amateurs de fantasmes érotico-politiques à la De Villiers (Gérard) imaginent que l'énigmatique créature représente la part d'ombre, peut-être même, qui sait, mâtinée de Khmer, du "sulfureux" métis au méphistophélique sourire.
Alors que Joséphine est issue d'une famille de riches planteurs francophiles et catholiques de l'ouest de Saïgon, conservatrice mais patriote...
Aux jours les plus tendus du "cruel avril" de1975, date de la liquidation des dernières ambitions indochinoises de Washington, cette jeune femme intrépide et lucide à la foi ardente métissant catholicisme, bouddhisme et quelques poivrées de maoisme dans un syncrétisme d'une rare subtilité, appelée à devenir l'ombre asiatique et quelquefois, si c'est possible, la conscience, de Jacques Vergès, devait défiler dans les rues de Paris avec ses amis étudiants vietnamiens catholiques de la faculté de droit de la rue d'Assas, plutôt marquée à droite.
Drapeau jaune à bandes rouges en tête, ils brûlent alors la bannière étoilée des "traîtres américains" qui ont abandonné sans vergogne le dernier carré de leurs protégés, dans la précipitation de la débandade finale.
Le Vietnam d'aujourd'hui, nouveau "petit dragon économique" d'une Asie toute entière redressée, bondissante enfin de dynamisme dans le sillage de la Chine, a rebaptisé Saigon Ho Chi Minh-ville - après s'être abstenu de tout règlements de comptes d'après guerre. On n'y a fusillé personne. Bien dans la lignée de l' "Oncle Ho", mort en grand rassembleur, adulé de tous, en 1969, le peuple des tunnels de latérite rouge, des camps de concentration, et des maquis, devenu pouvoir des villes, a ouvert ses bras à "tous les compatriotes". Même aux riches négociants de la minorité chinoise ou sino-vietnamienne de Cholon, spectaculairement "exilés" comme "boat people", et aujourd'hui de retour - et aux jeunes catholiques francophiles un temps égarés sous la bannière honnie, jaune et rouge, des "fantoches", mais fiers aujourd'hui d'un pays resté le leur, et vérifiant enfin dans la vie quotidienne que "rien n'est plus précieux que l'indépendance et la liberté" - maxime de l'incorruptible Ho.
On retrouve dans le sourire éclairant le beau visage tendu de Joséphine Trang, comme dans celui, plus rond, de notre "Ton Ton" de la vallée de Chevreuse, cette nuance de lumière, de confiance, et d'espérance, qui donnait une allure de Reine et de Madone à Madame Nguyen Thi Binh, la fière représentante du F.N.L. aux négociations de Paris, de 1968 à 1973, date des accords de cessez-le feu. Et c'est aussi celui de la combattante d'élite Chi Nguyet ("Sœur Clair de Lune"), première dresseuse d'abeilles à avoir maîtrisé le langage par signes de ces insectes, qui finit par mettre en place un dispositif de guerre écologique, naturel, et auto-destructible après usage, où quatre "sentinelles" volantes appellent au combat tout un essaim tourbillonnant de haine et de colère, jetant toute une unité de commandos américains de trente combattants d'élite rendus fous par les piqûres dans un réseau enfoui de pièges à pieux punji (pointes de bambou coupées en biseau, acérées, scellées dans du béton au fond d'un trou), s'y empalant d'eux-mêmes...


Le sourire de Vo Thi Mo, chef de commando de 17 ans, en slip


C'est pour ces sourires-là que nous allions, dans les semaines et les mois précédant immédiatement mai 68, "planter le souk" dans tout Paris, chauffant au rouge Nanterre et la Sorbonne, jusqu'aux premiers pavés... Comme pour celui qui éclaire le visage lisse de Vo Thi Mo, seule survivante de son équipe de maquisardes du village de Nhuan Duc, héroïne de la "guerre des tunnels", dans la latérite rouge, collante et mate creusée d'étroits boyaux d'infinis labyrinthes du secteur de Cu Chi.
Elle dirigeait 15 cellules d'espionnage formées des jeunes et jolies blanchisseuses, et de petites travailleuses du sexe aussi, aguichantes et sensuelles, d'une grande base américaine.
Fin 1967, quand nous commençons à durcir sérieusement nos manifs, et quand notre premier sang coule, elle est "chef en second du groupe d'assaut principal" qui franchit les 11 enceintes d'une base de combattants adverses au cours de la bataille de Thai My.
Elle a reçu l'ordre de ramener des prisonniers. Mais elle réduit en guenilles, au passage des barbelés, le pantalon de son pyjama noir traditionnel de combattante. Elle doit s'en libérer. Les bouts traînent au sol, elle risquait de trébucher...
Et c'est en slip sous sa veste noire de combat que cette joie fille de 17 ans, muni d'une "kalach" toute neuve, remplaçant le vieux mousqueton K-44 "crosse rouge" de la cavalerie russe, son arme familière, ramène un des deux soldats qu'elle a réussi, conformément aux ordres, à capturer.
Elle a dû abattre l'autre. Il tentait de s'enfuir.
Blessée l'année suivante, au cours d'un autre assaut menée dans le cadre de l'offensive du Têt, le printemps lunaire vietnamien, elle allait recevoir de la radieuse Nguyen Thi Binh, personnellement, sur son lit d'hôpital, la prestigieuse "médaille de la victoire".
La paix venue, avec une victoire qui n'est pas pour peu la sienne, elle s'est mariée et a eu trois enfants...
Elle était entrée dans la carrière, toute petite fille, le jour où, avertis par les cris des oiseaux, ou les mouvements éperdus des petits serpents rouges, à la morsure mortelle en deux ou trois secondes, qu'ils appelaient "deux pas", "trois pas", pour désigner le temps restant alors à vivre, son père l'avait entraîné, d'une ruée "deux pas", au fond du souterrain familial - chaque famille avait l'ordre de creuser le sien.
Terrorisée, mais blottie contre le sein d'un combattant calme comme les vieilles troupes, elle avait assisté, d'une infime meurtrière, à la dévastation de leur pauvre hameau, dans le grondement effrayant des chars Sherman, et le fracas des bombes, aux lueurs lueurs orangées du napalm.
Elle avait tout vu, tout, les gamines de son âge saisies par les pieds, et fracassées à la volée contre des troncs d'arbres, les mères et même les grands mères hurlant sous la brûlure du viol, et les hommes "rafalés" par dizaines - ses oncles et ses cousins.
Le "trou" avait une issue profonde, elle-même secrète, dont son papa ne lui avait jamais parlé jusque là.
Elle ouvrait sur d'étroits boyaux, où la petite fille, menue, suivant le père qui, lui, passait d'extrême justesse, avait dû apprendre de lui la façon de plonger, sans un bruit, dans l'eau fétide et noire des "siphons" anti-gaz toxiques, dont on se demandait toujours, quelques fractions de seconde, en apnée, dix mètres sous la jungle, si l'on allair ressortir avant d'avoir épuisé tout l'air de ses poumons.
Ils avaient rejoint, finalement, une base souterraine, munie d'arsenaux artisanaux, et même d'une salle d'opération, où des combattantes accouchaient, à l'occasion.
Puis elle avait vécu, et grandi, tuant ses premiers "yankees" au K 44 "crosse rouge", devenant l'âme du premier groupe de femmes formées aux techniques des commandos d'élite, et avait fini par se retrouver en slip, dans l'éclat de ses 17 ans, capturant deux "gorilles" aux yeux fous de violeurs saisis par la terreur, ramenant le deuxième en trophée, les mains ligotées par des débris de barbelés, sous la menace de son fusil d'assaut...
Nous ne pouvons pas faire moins que tenter de nous montrer à la hauteur de femmes et d'hommes de cette trempe - Vo Thi Mo, Madame Binh, Van Tien Dung, Pham Hung...
Citons aussi Vo Hoang Lè, le "chirurgien des tunnels" du "triangle de fer", aux portes de Saïgon.
Un doigt arraché au combat, il apprend à opérer de la main gauche, dans des boyaux souterrains de quelques dizaines de centimètres de diamètre, "possibles" pour le mince vietnamien, étroits pour un G.I. "standard". Chirurgie du cerveau, de l'abdomen, forceps, points de suture à l'aiguille...
Ou Nguyen Thi Dinh, enfin, jeune et simple paysanne de la province de Ben Tre, qui lance la première opération militaire de la première offensive de guérilla de la "deuxième guerre", "américaine", le 17 janvier 1960 - sur l'ordre enfin donné par Ho Chi Minh, après des années d'attente et de patience...
Elle deviendra commandant en chef adjoint des forces armées du F.N.L. du sud, qui créera, dès 1963, sa première force de partisans entièrement féminine, suivie par un premier bataillon de "forces spéciales" dirigée par la jeune "Trong" (restée sous pseudonyme).

Note.
Pour découvrir le sourire de Vo Thi Mo, "l'incroyable histoire de la guerre souterraine", et plus largement la réalité de la guerre du Vietnam, une lecture s'impose: "Les Tunnels de Cu Chi", par John Penycate et Tom Mangold (Albin Michel 1986), un livre recoupant les témoignages de combattants des deux côtés, américains et vietnamiens

 

"On ne "ratonne" pas!..."


Au fil des affrontements rue Saint-Jacques, à la porte de Louis-Le-Grand, ou dans le grand couloir qui traverse la Sorbonne de part en part, juste en face, les circonstances vont progressivement amener l'historien amateur qui fait le point, ici, sur de premières recherches, à franchir, un à un, plusieurs degrés dans l'informelle hiérarchie qui structure et régit nos "G.P.A.des C.V.B."
Tout s'accélère à la suite d'un incident un peu plus grave que d'autres.
En principe, au quartier latin, depuis la guerre d'Algérie, on ne "ratonne" pas.
Les étudiants fascistes furieusement investis dans un combat pour l' "Algérie française" affrontent leurs ennemis "cocos" de toute nuance. De violentes bagarres de rue ont lieu, à l'occasion de meetings ou de distributions de tracts. Mais pour ne pas rendre totalement impossible la cohabitation entre étudiants des deux bords dans les mêmes cafés, le même quartier, ou les mêmes amphis, les rencontres individuelles, fruit du hasard, au coin d'une rue, ne se sanctionnent pas par une bagarre. On s'ignore, c'est tout. C'est une tradition bien établie. Pas d'agressions individuelles. "On ne ratonne pas", disent, dans leur langage élégant, les "fachos". C'est devenu notre règle, aussi, à l'époque Vietnam.
Ne trouvant pas de synonyme plus élégant, nous passons la même consigne: "on ne ratonne pas". Nous l'appliquons, comme "en face" on l'applique, en général.
Mais un jour, levé tôt, "ensuqué", et cherchant à l'aventure le réconfort urgent d'un petit café-croissant, je tombe, à l'entrée de la place de la Sorbonne, sur une troupe d'une bonne douzaine de "fafs", en route, apparemment, pour une "action", à Louis-Le-Grand, tout proche.
Nous avons l'habitude de recevoir leurs visites. Et d'y répondre. Je m'en suis mêlé, à l'occasion. Ont-ils repéré ma "tronche", ou mes façons? Va savoir...
Me répétant "in petto" le "credo" ("On ne ratonne pas...Je ne risque rien"), je me résous à les croiser, comme si de rien n'était - évitant de les fixer dans les yeux mais ne baissant pas le regard non plus. Deux mètres, trois mètres, dix...Le plus dur est passé? Non! Ils ont changé d'avis, et de mœurs. Aujourd'hui, c'est fête (c'est ma fête). Ils "ratonnent", maintenant. Et c'est sur ma pomme que s'opère le changement de ligne.
Alerté par un bruit de course, je me retourne, très vite. Ils chargent, sans un mot. Un petit nerveux muni d'une courte matraque à bout plombé, dont j'ai longtemps cru qu'il s'agisait de René Allo, abattu, plus tard, sur un parking de la région parisienne, semble vraiment décidé à me fracasser le crâne.
Il tourne autour de moi en bondissant dans tous les sens, gênant, du coup, ses petits copains, qui nous encerclent, mais ne parviennent pas à approcher. Fort de mes études chez "Ton Ton", je sais ce que j'ai à faire dans une situation de ce genre...Reculer en tournant, par demi-pas, très courts, avec d'infimes oscillations ou rotations des hanches ou du buste, tout en restant mobile, aussi, du cou et de la tête pour ne jamais offrir de cible fixe; gagner du temps, ne serait-ce qu'une poignée de secondes, dans l'espoir de l'intervention d'amis de hasard, de flics, ou de passants...Dans tous les cas, rester bien détendu, souple, jambes à peine fléchies, prêtes à bondir dans toutes les directions, ou à claquer comme un coup de fouet si la moindre ouverture se présente.
Mais j'ai encore beaucoup à apprendre.
Au lieu de respirer lentement, par le bas du ventre, au point "tanden", quelques centimètres au-dessous du nombril, de garder mon sang froid, et de "descendre" le premier pour le compte, sans me soucier des autres, avant de passer au suivant, s'il n'est pas découragé par le spectacle, je m'hypnotise, bêtement, sur la matraque plombée.
D'un coup donné bien à fond, elle peut fracasser un crâne, c'est fragile. Mais ce vicieux garçon se contente de "piquer". Il ne s' engage jamais à fond, par peur d'un "contre". Les secondes s'égrènent...Esquive d'un coup, d'un autre...Marre de reculer, d'attendre...Perdant pour une fois mon sang-froid, je veux forcer ma chance, et me bloque dans cette idée, qui n'est pas bonne. Plongeant en avant, corps surbaissé, dans l'anticipation du prochain coup qui vient (il va très vite...), je dévie bien cette p...de matraque, qui me nargue, et a fini par m'obséder, d'une rotation de l'avant-bras, vive, vers le haut...Bravo! Mais il faut enchaîner "dans le temps, et je traîne à riposter d'une frappe sèche au plexus, comme je dois le faire. Lui ne traîne pas. C'est un vrai bagarreur de rue. Il m'a bien "calculé". Il m'attendait. D'un coup de boule en plein visage, porté par tout le poids du corps, d'une seule détente, il m'étend, K.O., raide.


Je n'ai accompli, ce jour-là, aucun exploit digne de me faire passer de la catégorie "sous-off" à celle de "capitaine", ou même de "colonel" - comme j'allais en acquérir le surnom, pour longtemps.
Je me suis fait agresser et tabasser, hors des accords de Genève, point barre..
Mes agresseurs, satisfaits, ne s'attardent pas à contempler, sur le site de la "ratonnade", le "sale bolcho" allongé en marmelade, gueule complètement en sang, sur le trottoir...
Ils disparaissaient au grand galop, se fondant dans la nuit...Et j'ai alors le bon réflexe de me relever très vite pour aller prévenir les copains de l'arrivée du commando.
Choisissant - pas maso...- la direction inverse, par le bas de la Sorbonne, à pas rapides, le sang de mon nez dégoulinant par grosses gouttes et marquant mon parcours sur le macadam, je n'ai qu'une idée en tête: rejoindre "la base", Louis-Le-Grand, et prévenir de l'agression imminente de ces chiens enragée, chauffée par leur "exploit".
Les copains me font un accueil superbe. Et nous nous retrouvons très vite 150 sur le trottoir (sur les quelque 2000 élèves que compte alors l'établissement, ce n'est pas si mal). Tous unis dans l'idée d'offrir aux transgresseurs de règles la réception qu'ils méritent...
Ils ne nous déçoivent pas. Les voilà...Malgré l'arrivée d'un petit car de flics venu séparer les combattants, ou protéger, qui sait, la retraite des "ratonneurs", je me reverrai toujours, la gueule en sang, accroché des deux mains aux grilles de la Sorbonne pour distribuer un peu à l'aveuglette de grands "coups de pied -visage" sans trop risquer de perdre un équilibre rendu précaire par ce tout frais K.O.
Ils purent s'enfuir, mais de justesse, sous l'effet d'une charge déclenchée d'un élan de rage brutale et spontanée par notre phalange compacte, surmotivée, soudée par la colère.
Et il nous fallut bien engager, un début de réflexion sur ce qu'il convenait, désormais, de faire.
"Contre-ratonner"? Loi du talion? Stupide!...
La décision fut prise de les frapper systématiquement, à terre, au cours des prochains affrontements. Il fallait les blesser vraiment, et leur ôter l'envie de recommencer. Une contre-violence proportionné et méthodique, à laquelle nous encourage, peu de temps après, l'interpellation narquoise que m'adresse Alain Robert, le "chef d'état major" des "fafs", à cette époque, un jour où nos groupes se toisent dans les couloirs de la fac de droit d'Assas, leur fief..."Alors, Polo!.." - Enfoiré!...


C'est d'incidents de ce genre que naît l'idée de porter aux nervis d' "Occident", à leur transparent cache-sexe du "Front Uni de Soutien au Sud Vietnam", et à Alain Robert, lui-même, un coup décisif - en brisant, une bonne fois pour toutes, leur moral, de manière à les chasser définitivement du Quartier Latin...
C'est l'origine de la fameuse attaque du 44 rue de Rennes, restée dans les mémoires de toute une génération de militants.
Elle va déclencher l'engrenage provoquant directement Mai 1968.


Des" fafs" à la police: l'escalade vers le soulèvement de mai 68

Nos petites séances de coups de pied-coup de poing avec les "fafs" n'intéressaient pas grand monde, hors des facs et des lycées où le désir d'actions concrètes, et si possible violentes, contre "l'impérialisme américain et ses complices", se faisait vif.
La charge des G.P.A. balayant la police, le 7 février 1968, attire tout de même l'attention des spécialistes.
Le "coup de Villiers", le 21, renforce leur intérêt technique.
L'attaque du 44 rue de Rennes, elle, va faire beaucoup plus. Nous plaçant au centre de l'actualité, elle déclenchera un maëlstrom: mai 68 lui-même!
Car "l'événement" n'a nullement surgi de l' éruption magique d'un désir de "jouïr sans entraves", dans une "société molle", de fuir toute discipline et toute autorité, et de travailler le moins possible en se livrant aux plaisirs solitaires ou collectifs de la "fumette", voire de la "poudre blanche", au "snif", ou à la seringue, dans la jeunesse individualiste et trop gâtée de l'après-guerre lasse de l'austérité puritaine d'un "régime gaulliste" dépassé, en fin de course - et du vieux soldat d'autrefois, qui l'incarne...
Il s'agit au contraire d'un enchaînement concret, dérivant directement de cette opération.
Mai 68 est né du choc créé, au sein de la jeunesse de France par la guerre du Vietnam et le mouvement de solidarité anti-impérialiste, pointu et offensif, surgi dans son sillage, porteur de valeurs de résistance, de dignité, et de combat.
Ses vibrations n'ont pas complètement cessé, à ce jour...
Confrontés, comme on l'a vu, à la nécessité de briser net la tentation des "ratonnades" chez nos ennemis directs, les bandes fascistes placées sous la haute direction de Devedjian, Longuet, Madelin et consorts, nous avons décidé d'attendre que se présentent les conditions les plus propices pour les "punir" de façon, si possible définitive.
Il nous faudra sans doute leur briser quelques os.
Mais l'objectif central est de casser leur moral - et de conforter, du même coup, l'hégémonie qui commence à devenir la nôtre dans la jeunesse intellectuelle, à Paris, mais aussi, désormais dans les grandes villes de province où l'onde de choc se propage à vitesse grand V...


Ce 30 avril 1968, donc (dont rien n'indique, à notre idée, qu'il est le dernier jour d'une période politique, et précède un "mai" bien plus que calendaire...), au coin de la rue Bonaparte, près de la belle Eglise Saint-Germain des Prés et du café Le Flore, dans le VI ème arrondissement de Paris et la partie aujourd'hui la plus "bourgeoise" de notre cher "Quartier Latin", j'attends, collé derrière la haute épaule de Jacques, qu'il donne le top.
Derrière nous, tâchant de se fondre dans le paysage tranquille de ce dimanche de printemps, et de passer, qui sait, pour un groupe de sportifs en attente de départ pour leur entraînement hebdomadaire, ou pour un match, un de nos trois commandos de dix, "banalisé": pas de bâtons, pas de casques, pas trop de blousons de cuir ou de chaussures de sport...
Caché par un angle de mur, Jacques ne glisse qu'un œil sur notre cible, placée à quelque 50 mètres: un local de plusieurs étages appartenant à la Chambre de Commerce de Paris, qui y loue - toujours aujourd'hui... - de vastes et confortables salles de réunion.
Le "raout" de ce jour est une "journée d'information" d'un "Front Uni de Soutien au Sud Vietnam", cache-sexe transparent de l'extrême-droite pro-américaine. Il a été mis sur pied par un ancien combattant d'Indochine, puis d'Algérie, Roger Holeindre ( "Popeye"), un "sous-off" expérimenté, devenu, depuis, un des hommes de confiance de Jean-Marie Le Pen. Projection de films de propagande anti-communiste, brochures américaines, drapeaux, diapos, ils ont mis les petits plats dans les grands, prévu un service d'ordre solide, et placé, c'est logique, une sentinelle devant la grande porte à double battant, sur le trottoir.


Indispensable, mais fastidieux, le métier de sentinelle...
A droite, à gauche, à droite, à gauche, à droite...
Son regard balaie régulièrement, dans une inspection lente, l'espace environnant... Jacques compte et recompte les secondes entre les rotations de la tête, monotones. Il attend le moment.
S'il part à contre temps, si l'homme nous voit dès le début de la charge, s'il a le temps de crier, de courir, et de se précipiter à l'intérieur, pour refermer la porte avant que nous touchions le but, notre "coup" est foiré; nous sommes venus pour rien; il n'y a plus rien à faire...
Masqué par Jacques, je ne vois pratiquement rien. J'attends, concentré, prêt à bondir dans sa foulée. A droite, à gauche...A droite...D'un seul coup, sans un mot, "Jacquot" s'élance, parfaitement silencieux, malgré son poids, sur les semelles de crèpes qu'il affectionne. Il a pris cinq bons mètres d'avance, et, lent, certes, au démarrage, il va très vite, le porc, maintenant qu'il est lancé. Rapide, moi-même, sur 20 mètres, la distance nécessaire à un trois quart-centre pour faire le trou et passer la ligne d'avantage, je pousse comme un forcené sur mes appuis, pour ne pas laisser trop d'espace entre nous deux au franchissement de la porte... Le "faf", qui, maintenant, nous a vus, et rentre, s'apprête à la claquer devant nous. C'est "rac"... Mais "l'œil du paysan voit juste", et Jacques est sur lui juste avant qu'il ait complètement refermé le lourd battant. Il a juste le temps de glisser une jambe, une partie de l'épaule, et le bras gauche.
Comme il nous le confessera plus tard, il ne pense même pas à "frapper le mec", ni à parer d'éventuels coups. Il s'en fiche. Il veut passer la porte. Et il va le faire. De mon côté, après une belle accélération, qui m'a remis dans sa foulée, j'ai coupé, voulant garder ma respiration pour la suite, et ne pas le gêner en le collant. Une petite boule de muscles, basse sur pattes, avec des bras gros comme des cuisses, et des cuisses d'éléphant boulimique, le tout surmonté par une trogne de bull-dog massacrée par l'acné, en profite pour débouler sur ma droite comme un bolide, me piquant la médaille d'argent, sur le podium. C'est Jean-Claude Zancarini, dit "Tarzan", un brillant pensionnaire de l'Ecole Normale Supérieure de Lettres Modernes de Saint-Cloud. Nous méprisons un peu ces gens-là, qui ne font pas de latin, ni de grec. Ce qui n'empêchera pas "Tarzan" de franchir avant moi la porte du 44 rue de Rennes, maintenant béante, suivi comme son ombre par son "chef" Saint-Cloud, Patrick Talbot, plus délié, qui nous rejoindra brièvement, Tarzan et moi, chez les maos, partira vivre quelques années aux Etats-Unis, et dirige aujourd'hui, d'après ce que m'a dit un ami commun, souverainiste, ancien sympathisant des C.V.B., aujourd'hui auditeur à la cour des Comptes, une l'Ecole Nationale Supérieure de Photographie,, située à Arles.
Tarzan, lui, devenu l'un des tous premiers cadres "politico-militaires" de la G.P., présent à l'attaque du commissariat de la rue Halles Puget, à Marseille, l'année suivante, en 1969, (lire page), puis à celle de l'épicerie de luxe Fauchon, place de la Madeleine, celle d'après (1970, lire page), et d'autres, deviendra par la suite un des plus consternants "rééducateurs de déviants politiques". La direction de la G.P. se servira de sa réputation rarement démentie de combativité et de courage, de sa trogne de soudard et de ses gros bras pour l'instrumentaliser, et s'en faire un instrument servile, au service des bien tristes besognes; comme Jacques Theureau, et d'autres...Au même titre que cet ancien "établi" de choc à Renault-Billancourt, alors modeste, consciencieux, honnête et courageux, devenu depuis, lui aussi, un mandarin universitaire grassement payé "par le système", arrogant, imbu de lui-même et de ce "savoir des spécialistes" qu'ils avaient tant moqué aux jours heureux de notre"Révolution Culturelle"...
Ce qui reste aujourd'hui de "Tarzan" , directeur grassement payé d'un Institut de quelque chose, ou d'une Ecole supérieure de n'importe quoi, "éminente" position universitaire où l'on ne parvient pas par la seule opération du Saint-Esprit, finira par m'expliquer que l' "Histoire de la G.P.", si elle doit être écrite, un jour, ne peut être que l'œuvre de "véritables historiens" professionnels, avec toute la "rigueur" - connue...- de leurs méthodes - et pas de "vieux copains", amateurs de discussions en désordre, au coin du feu.
Tant pis. Je ne suis plus le "copain" de ce genre de gugusse, peu enclin, visiblement, à contempler en face, et dans mes yeux, des choses des années 73 et suivantes dont il a honte.
On se passera de lui, et de ses conseils. Comme Vo Thi Mo se serait passé de ceux qui lui auraient expliqué que, combattre les Américains, avec un K-44 "crosse rouge", puis une "kalach", pour une jeune paysanne inculte comme elle, ça ne pouvait se faire qu'après de longues études dans la "rigueur" et dans les règles, admises, à l'académie militaire Frounze, en U.R.S.S., ou dans celle, bien supérieure encore, de Nankin, Chine...


Fin de course, rue de Rennes.
Quatrième, donc, finalement. La mauvaise place.
Pas de médaille, pas sur le podium. Quand je franchis la porte
à mon tour, suivi par les deux autres vagues d'assaut, au moment même ou pile devant le 44, une petite Renault bourrée jusqu'à la gueule de casques et de barres, pour équiper ceux qui ont couru, l'essentiel est fait. Notre "tornade blanche" dévaste tout sur son passage. Pas besoin de kärcher...Là où les G.P.A. passent, l'herbe ne repousse pas.
J'ai tout juste le temps d'entrevoir, sur ma droite, les postérieurs d'une bonne douzaines de vaillants défenseurs de l' "Occident" à la sauce américaine (L'Occident, le vrai, à mes yeux, c'est la Grèce, Saül de Tarse, qui a fait Paul, puis Jean-Paul, une haute civilisation, raffinée, et une culture, dont fait aussi partie l'islam: rien à voir avec le capitalisme brutal et la sauvagerie néo-coloniale de l' "atlantisme"...).
Ceux de l'escalier de droite, les plus malins, s'en sortiront, intacts. Nous n'irons pas les dénicher, faute de temps, dans les étages...
Je le regretterai, ayant cru reconnaître, quelques marches au-dessus de moi, le petit postérieur bien fait de "Paatrick" Devedjian, moulé dans l'éternel manteau de cuir noir, style Klaus Barbie, qu'il porte pour se distinguer des blousons "aviateur" des "fafs" anticommunistes, mais pas nazis...
Car ces gens-là ont, on l'a dit, plusieurs tendances. Dont celle, originale, des juifs d'extrême-droite. Y figure, parmi d'autres William Abitbol - il était présent ce jour-là, lui, sûr, il l'a confié, un jour, chez un ami commun, devant un délicieux canard, et de très bonnes bouteilles, au cap Ferret.
"Anticommuniste", certes, et content de l'avoir été, et de l'être, puisque, croît-il, l'histoire lui a "donné raison", mais " fasciste, jamais", le pétulant William, astucieux descendant d'un père tuniso-chypriote et d'une mère, dit-on, croate, devenu plus tard le conseiller de Charles Pasqua, puis, contre Sarkozy, de François Bayrou, a beaucoup fait pour la victoire du NON français au référendum de 2005 - parmi d'autres combats d'inspiration "souverainistes", au nom, donc, du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" (moteur des C.V.B. dans leur lutte en faveur de l'indépendance et la libération du Vietnam), combats qui, à mon sens, rapprochant ses positions des nôtres, et pas le contraire, nous ont l'un et l'autre rassemblés...Comme ils m'ont lié d'une nouvelle amitié sincère, faite d'estime réciproque, et de respect mutuel, avec Alain Robert, "le petit Robert", le "chef d'état-major" et l'un des plus dangereux (et courageux) des "casseurs" d' "Occident", en 1967-68 - également au 44, logiquement, ce 30 avril.
Nous nous sommes retrouvés aussi dans l'entourage de Charles Pasqua, qui avait su l'écarter de la fréquentation douteuse des néos-nazis travestis en cuir long - les "manteaux noirs" - et l'intégrer dans les rangs de ce qui constitue, pour notre pays, la version saine, républicaine et non "ethnique" du nationalisme, le gaullisme, issu, comme le F.N.L. vietnamien, de la résistance à une occupation étrangère, par le rassemblement de tout un peuple contre une idéologie fondée sur l'abjecte théorie de la suprématie raciale.


Roger Holeindre pendu ou pas pendu?

La double nature de "Popeye"


- "Une rencontre avec Roger Holeindre?- " Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, me dit Alain, un jour de l'année 2005 où je lui demandais s'il pouvait nous mettre en contact, autour d'un "pot". Je voulais demander à "Popeye", gentiment, s'il était vrai qu'il avait failli être pendu, sur place, par un groupe des C.V.B., maître du terrain, pétant un peu les plombs - ou feignant d'en être là..."
Je ne te le conseille pas, Jean-Paul. "Popeye" est un brave mec. Il l'a toujours été. Mais l'humour n'est pas sa qualité première. Et, sur cet épisode, il est resté, je crois, un peu coincé".
Je n'ai jamais cru, pour ma part, à cette histoire de pendaison - à laquelle en tout cas, retenu par d'autres obligations, dans un autre coin, je n'ai pas assisté. Peut-être un petit gouzi-gouzi, par le bout de la cravate, histoire de rire...
Le cas échéant, je m'y serais fermement opposé. Même au gouzi gouzi.
Connu, comme Jacques et quelques autres, pour le calme imperturbable qui reste mon atout maître, dans des situations où beaucoup deviennent fébriles, j'aurais été écouté. Et, s'il l'avait vraiment fallu, obéi. Sans l'ombre d'un doute.
On applique les décisions prises. Rien de moins, rien de plus. Il était convenu de casser, pas de pendre.
Et on n'humilie pas un prisonnier.
Surtout quand il s'agit, comme c'est le cas de Holeindre, d'un patriote authentique, mais égaré, aveuglé par sa haine anticommuniste et la nostalgie de l'Empire Colonial dont le général a fort bien fait de nous libérer - libérant avant tout les opprimés qui en avaient subi le joug...
Avant de s'engager, en effet, pour l'Indochine, puis l'Algérie, après l'échec d'une tentative pour la Corée, et de devenir le "Popeye" d'Alain Robert et du Front National de Le Pen, Holeindre, soldat dans l'âme, avait, à l'âge de 14 ans, en 1944, au cours des combats pour la libération de Paris, réussi l'exploit de prendre d'assaut un nid de mitrailleuses allemandes, et de retourner une Hotchkiss contre les troupes de la Werhmacht qui l'avaient installée pour combattre l'insurrection libératrice où faisaient le coup de feu, épaule contre épaule, unis par le même idéal, et se partageant, sur les mêmes positions, les mêmes armes, policiers républicains de la Préfecture de police de Paris, proches du "Front National" (le vrai, dirigé par Pierre Villon), partisans F.T.P. du Métro, de la Sorbonne, de Billancourt, ou d'Argenteuil, gaullistes, royalistes maurrassiens, et même nationalistes d'extrême-droite du genre Holeindre.
Un détail qu'ignorait certainement "Momo" (Maurice Brover), présent aussi, et pas peu, rue de Rennes.


"Momo"


Il est lui le fils unique, et l'orphelin, du numéro 2 du service de renseignements de Manouchian. Affecté, après le démantèlement du "groupe action" des héros des FTP-MOI, à la direction de maquis du nord de la région parisienne, où il commande des soldats russes, évadés d'Allemagne par une filière passant par des couvents d'Alsace, Moïse Brover Rabinovitch, dit "Mounia", père du "Momo" du 44 rue des Rennes, des GPA, de la GP, de la NRP, et de tant d'autres choses, sera tué aux cours des mêmes combats, au même moment, exactement, le 28 aout 1944.
A bicyclette, avec un unique compagnon pour escorte, il tentait de rejoindre l'Etat-Major insurrectionnel du colonel communiste Rol-Tanguy, à l'Hôtel de Ville de Paris. Dans ces moments de basculement des lignes, où rien n'était exactement prévisible, où tout bougeait, il avait bien fallu qu'ils glissent, lui et son camarade, au fond de leurs poches, à toutes fins utiles, des brassards d'identification bleu-blanc-rouge de la Résistance.
Les soldats allemands, placés là en embuscade, pour protéger la retraite, déjà bien amorcée, du gros des troupes en uniforme vert-de-gris, les ont fouillés. Ils ont trouvé les morceaux de tissu tricolore. Ils les ont aussitôt fusillés, au bord de la route.
La mère de "Momo" était enceinte de 15 jours. Elle l'ignorait encore quand elle apprit la mort de son mari.
Et c'est le 8 mai 1945, jour de la victoire contre le nazisme, qu' est né, "orphelin de père", celui qui allait devenir, près de quarante ans plus tard, et vingt-quatre mois, à peine, après ce 30 avril 68, le "numéro 2" de la "Nouvelle Résistance Populaire", armée et clandestine, créée par les maos de la G.P., et son véritable dirigeant opérationnel.
Il s'opposera à la dissolution de l'une comme de l'autre, et décidera de continuer, en intrépide "porteur de valises", et même un petit peu plus que cela, "pour la libération de la Palestine", le combat d'un fils de partisans d'une Résistance aux brassards bleu-blanc-rouge - communistes d'origine juive, immigrés tous les deux, mais pas ensemble, de la lointaine Bessarabie.
Mais ce 8 mai 1945, jour où de jeunes commandos de l'Armée Rouge, qui hurlent "Staline!..." en se jetant à l'assaut, plantent l'étendard écarlate sur le haut toit d'un immeuble de Berlin, vainqueurs d'une longue course, armée, avec les colonnes blindées débarquées en Normandie ou en Provence, est aussi le jour où les colons français de Setif, amis de l'ancien adolescent résistant Roger Holeindre devenu, adulte, restaurateur à Tebessa, puis, plus tard, membre du maquis "Bonaparte" de l'O.A.S., noient, dans un terrible bain de sang, avec l'appui de la police "républicaine" d'une France à peine libérée, et de l'armée, la population arabe et berbère de cette région d'Algérie, soulevée, à l'issue d'une manifestation de célébration de la victoire contre le nazisme où de jeunes nationalistes algériens ont audacieusement et imprudemment brandi, à quelques dizaines de mètres du drapeau tricolore, l'oriflamme vert et blanc de la future Algérie indépendante...Une initiative accueillie par les coups de feu, mortels, tirés, contre la foule algérienne, par des flics ou des pieds-noirs racistes, avec pour conséquence un cycles infernal de massacres et contre-massacres, plusieurs dizaines de milliers de morts, sans doute, et, par la suite, la création, puis la victoire du F.L.N. dirigé par l'ancien adjudant de l'armée française, héros des combats les plus sauvages de la libération de la France, Ahmed Ben Bella - au bout de huit années d'une guerre de part et d'autre cruelle.


Ainsi se tissent et s'entrecroisent les fils de la plus grande Histoire.
Mais l'écheveau de coïncidences que l'on observe ici, dans la rencontre des deux destins, croisés, de deux des principaux protagonistes du 44 rue de Rennes, Maurice Brover et Roger Holeindre, ne se limite pas là.
C'est exactement dans les mêmes dates qu'un tout jeune lieutenant du tout premier régiment de parachutistes formé par la France Libre, affecté au "service action" du B.C.R.A. gaulliste, Hubert Cruse, ce père que je n'ai pas connu, parachuté, le 2 août 1944, seul, à partir dun petit avion biplace volant tous feux éteints depuis Casablanca, entreprend sa mission: prendre, au cœur de la montagne, la direction d'un groupe de maquisards qui l'attendent et l'accueillent dans le secteur de Dieulefit, Drôme.
Fin août, il se fait découper le crâne par l'éclat meurtrier d'une grenade allemande.
Appelé à mener l'assaut contre un fort détachement de soldats "verts de gris", retranchés dans des caves, il a balancé à terre, d'un geste magnifique d'officier de grande classe, et de poète, le casque lourd, réglementaire qui lui avait été attribué, à son départ, avec sa mitraillette, son poignard-commando, sa pilule de curare logée au creux d'une dent, et tout le bazar...
Il n'envisage pas un seul instant de se protéger la tête alors que les jeunes paysans qu'il entraîne à l'assaut derrière lui, d'un appel du bras, sous la mitraille, portent de simples bérets.


Il est mort quand j'avais deux ans.
Ma mémoire n'a pas gravé le moindre souvenir, ni de sa voix, ni de son visage.
Et seule me parle la photo d'un jeune homme à l'allure sportive et au sourire empreint d' ironie tendre, que j'essaie sans doute inconsciemment d'imiter, et qu'évoque irrésistiblement chez moi, la chute du refrain d'une des "scies" du "crooner" andalou Julio Iglesias..."Toujours ce drôle de petit sourire, qui en dit long sans vraiment le dire..."


Champion de France au Jeu de Paume, cet ancêtre du tennis pratiqué dans la salle où allait se prêter le serment décisif de la Révolution française, et réputé pour cet humour indestructible propre à ceux qui ont vu le loup de près, et senti le frôlement de l'aile de la mort (humour acquis, puis transmis, à plusieurs de ses petits- enfants...), il m'a aussi laissé, remise par ma mère, devenue sa jeune et digne veuve - une petite olive ventrue - ô Freud - quadrillée, de couleur verte: une grenade militaire, comme on dit, "défensive", souvenir de Pont de Claix, privée de sa cuiller et de sa goupille, et vidée, évidemment, de tout son explosif.
Elle me servait de presse-papier pour mes premières "disserts" de philo, de laborieux thèmes grecs, les versions latines, et des devoirs d'Histoire.
Grâce aux soins scrupuleux d'une jeune veuve de 26 ans, férue de grande musique, et violoniste, mère de deux petits garçons, et d'une petite fille à naître juste après les obsèques, Claire, puis remariée, 10 ans plus tard, avec un cousin du disparu, Hugues Lawton, que nous appellerons tous les trois "Papa", et qui fut un bon père,entretenant chez nous les mêmes valeurs, s'étant lui-même engagé tout jeune, au même moment, Rhin et Danube, et décoré de la Croix de Guerre pour avoir été ramper, seul, vers un blindé allemand , nid de mitrailleuse roulant, et l'avoir réduit à un silence définitif dans le fracas d'explosion d'une petite olive verte quadrillée, dégoupillée et gardée au creux de la main la poignée de secondes réglementaire, puis balancée au tout dernier moment, j'ai pu mettre aussi la main sur un plein carton de documents, remis à l'un de ses fils, dans un moment d'intense émotion, par la compagne d'acier trempé, toujours aujourd'hui, à 84 ans, nageuse d'exception, du jeune para revenu des portes de l'Enfer. Dans le lot, le jeu de faux-papiers d'un para-commando, agent du B.C.R.A., au vrai-faux nom de "Chaulieu", et sa lettre d'affectation ultérieure aux services de renseignements militaires de la Libération (DGER), accompagnant sa citation au titre de Chevalier de la Légion d'Honneur (acquise, donc, ce qui n'est, hélas, pas si courant, "à titre militaire").
Dans l' attestation nécessaire, dûment signée et tamponnée, son colonel précise que "Chaulieu" est bien Hubert Cruse - et qu'il a fallu contraindre ce jeune sous-lieutenant blessé en donnant l'assaut, à la tête de ses hommes, et reparti au baroud, d'un seul bond le crâne et le visage dégoulinant de sang, à "décrocher" pour aller se faire soigner.


"Modèle de tradition et d'abnégation, blessé grièvement au combat de Pont de Claix, le 21 aout 1944, a continué à combattr