REBELLES

- Histoire Secrète des "Maos"

de la « GaucheProlétarienne » (1967-1977)...
…Et ce qui s’ensuivit! (1977-2008)


"Tout est comme les vagues, ou comme la spirale qui avance et se rassemble, tel le courant électrique ou l'onde sonore; c'est comme chanter, parler ou écrire,, tout est comme une vague. C'est ce qu'on peut comprendre sous le nom de dialectique..."
(Mao. Janvier 1957.- convention des secrétaires des comités provinciaux.)

"Les grandes masses d'hommes se meuvent en vertu de causes presque aussi inconnues à l'humanité elle-même que celles qui règlent les mouvements de la mer" (Alexis de Tocqueville - Souvenirs)

- INTRO: "OSONS!" ici.

- I -

La politique du choc

1. Vietnam: ici .

2. Mai 1968 (ici)

- II -

"Le Parti de la banlieue"

- Montrouge, Flins1969.ici

- La Nouvelle Résistance Populaire (NRP) naît à Marseille : ici

- III -

"Le Parti du Travail"

1. Renault: l' affaire DREYFUS:dans cette page, colonnes à droite de la photo, accès direct par clic ici

- IV -

Liquidation ici

- V -

Edification d'une base "ouvriers paysans à Nantes-Saint-Nazaire: ici

- VI -

Guerre secrète à LIBE

(Un petit noyau de Maos, clandestins, issus du Sevice de Renseignement de la branche armée, La Nouvelle Résistance Populaire, le SRNRP, organise la guerilla contre le potentat JULY, développe un syndicat CGT, multiplie actions de harcèlements et grèves, marque de points dans la "guerre de l'info", et finit par avoir la peau de l'usurpateur, qui croyait faire d'un quotidien "par le peuple et pour le peuple, issu de mille conquêtes, de mille combats, et de mille sacrifices, "son" journal. Un récit entièrement inédit, sourcé, et vérifiable.

ICI

- VII -

Maos, réseaux, Tao

Les "maos" ont-ils été infiltrés, manipulés? - La vraie histoire de l' "indic Paul". -L'exécution de Tramoni, l'assassin de Pierre Overney: à propos du conducteur de la moto, et de l'autre... ici

- VIII -

NOS ERREURS - Mes erreurs -

ICI

 

SADOK BEN MABROUK (ici, micro en main, fin février 2008, en compagnie de Jacqueline Fraysse, ancien maire de Nanterre, députée PCF de la circonscription, elle aussi amie fidèle de la Palestine.)


- Il a coupé les longs cheveux de ses 20 ans de feu, et de conquêtes. Mais il a conservé la flamme, et la pureté, qui dansent dans son regard...
Des chaînes d'exploitation où souffrent, humiliés, les O.S. immigrés de Renault-Billancourt (92), qui, avec lui, se révoltent - années "maos", 1968-72... - à Suresnes (92), où il apporte sa participation active à la liste de rassemblement animée par les communistes, contre la droite d'un dinosaure UMP du sarkozysme - municipales 2008 - l'étincelant parcours d'un militant courageux, sincère, conscient et cohérent, qui n'a pas suivi le sentier ténébreux tracé par les dirigeants "liquidateurs" de l'ex-GP, Benny Levy, Geismar, Serge July et le "néo-cons" Bushiste Olivier Rolin.

"Sadok, dernier Baroud". - Un licenciement à l'arraché à Renault-Billancourt:

CLIC ici

Taylorisme, Fordisme

cf colonnes à droite, accès par clic

ICI


- Ici en exclusivité: l'histoire de SADOK, et de tous les autres, dans les bonnes feuilles du livre interdit par la censure de l'édition couchée, "REBELLES: histoire secrète des "maos" de la Gauche prolétarienne - et ce qui s'ensuivit (1967-2008)".

Pour accéder aux chapitres:

INTRO: "OSONS!" ici.

- I -

La politique du choc

1. Vietnam: ici .

2. Mai 1968 (ici)

- II - "Le Parti de la banlieue"

- Montrouge, Flins1969.ici

- La Nouvelle Résistance Populaire (NRP) naît à Marseille : ici

- III - "Le Parti du Travail" 1. Renault: l' affaire DREYFUS:dans cette page, colonnes à droite de la photo, accès direct par clic ici

- IV - Liquidation ici

- V - Edification d'une base "ouvriers paysans à Nantes-Saint-Nazaire: ici

- VI - Guerre secrète à LIBE

 

 


 

 

Ils censurent

REBELLES pour mieux

cracher sur le cadavre de

Pierre Overney - dont le frère, François, publie dans Le Monde 2, en application de la loi sur le "droit de réponse", un cinglant démenti aux assertions des assassins de l'ouvrier "MAO" de Billancourt, reprises sans pudeur dans le livre obscène de Morgan Sportes, porté aux nues par les MEDIA DE LA HAINE (lire ici)

 

REBELLES

III

- Le Parti du travail -

1
- RENAULT: l'affaire Dreyfus -


La "forteresse ouvrière" se prend...par le métro (gratuit)


Conclus sous la tutelle de de l'Etat entre patrons et syndicats, les "accords de Grenelle", vont mettre fin au puissant mouvement gréviste de mai 1968. Dans la peine...
A Renault-Billancourt, Georges Séguy, le rond et rubicond secrétaire général de la CGT, communiste réformiste tendance cassoulet-vin rouge, est venu tester la possibilité de faire gober par la base ouvrière une remise en route des chaînes, des fours, et des machines-outil, en échange de 10% d'augmentation de salaire - mais 35%, tout de même, pour le modeste SMIC...
Il doit faire machine arrière toute, sous une furieuse"bronca".
Le vieux Benoît Frachon, figure tutélaire de la plus ancienne CGT "de lutte de classes" n'emporte pas non plus le morceau.
"Il est vrai, rappelle La Cause du Peuple (numéro 5, 29 mai 1968), que Frachon, devant la grogne des Renault, a cru bon de recourir aux mânes du Front Populaire de 1936, dont il fut - mais aussi "de 1955"...
1936, ça passe, 1955, ça casse. Cette date est resté au travers de la gorge de beaucoup d'ouvriers. Le prestigieux dirigeant de la centrale syndicale était déjà venu faire, alors, souligne la C.D.P., "une sale besogne à la Régie". Il tentait d'y faire entériner par les grévistes "des accords d'entreprise " - qu'ils avaient refusés par solidarité prolétarienne avec "ceux de Saint-Nazaire".


Billancourt 1968

dans le souvenir de Saint-Nazaire 1955


A l'embouchure de la Basse-Loire, dans la capitale de l' " action directe" ouvrière, un mouvement de grève insurrectionnelle, parti des soudeurs de la Navale, avait, cette année là, donné lieu à une invention "politico-militaire" aussi "sauvage" que la grève elle-même, tourbillonnant comme les flux d' un furieux mascaret en remontée d'estuaire.
Contre les CRS qui libéraient eux-mêmes, sous le fouet de la peur, leurs instincts les plus bestiaux, fracassant à tour de bras les têtes les plus chenues comme les plus jeunes, les insurgés de la Navale, démontrant une créativité robuste et collective, allaient transformer des "tubes à riveter" à air comprimé en canons-arquebuses, "tirant" à plus de 100 mètres des "flèches" de métal pointu - des baguettes de soudure acérées "chargées" par le bout du "canon". Propulsées comme des fusées, elles perçaient, "comme dans du beurre", boucliers, casques - et corps..

.(Note : sur Saint-Nazaire, ouvrage de référence "Les Prolos", livre témoignage de l'ouvrier Louis Oury, Denoël, 1973. Sur les luttes récentes, et notamment le travail de la CGT avec les immigrés: "La mondialisation vécue à Saint-Nazaire en l'an 2003, du syndicaliste Jo Patron, préface de Serge Doussin, disponible à l'UD-CGT 44)


Les soudeurs canonniers, et d'autres bricoleurs de génie de toutes les corporations des grands chantiers de Penhoët, entraînaient alors dans leur farandole d'artilleurs, devenue ronde infernale, toute la métallurgie de la Basse-Loire, dont la fameuse usine des Batignolles, à Nantes...(Lire ici)
Les métallos reçoivent alors les renforts, à l'époque, inattendus, de premiers "francs-tireurs" issus de la petite et moyenne paysannerie "absolument moderne". Montrant, pour pasticher, en l'inversant,un des plus savoureux mots d'ordre de mai 1968, que le "drapeau rouge" ne faisait plus "peur" aux éleveurs de "bêtes à cornes".
Une poignée d'entre eux étaient venaient de Couëron la Rouge, en aval de Nantes, sur la route de Saint-Nazaire, vieille cité ouvrière baignée déjà par l'air marin, entre Basse-Indre et les plaines boueuses de Savenay, lieu d'un terrible massacre républicain contre les "Vendéens"...

(Note: sur l'histoire ouvrière de Coueron, lire le témoignage de Peter Donzow, immigré venu de l'est, enfant de la cité ouvrière dite de "La Navale":, aujourd'hui secrétaire à l'organisation de l'UD-CGT de Loire-Atlantique, - Peter Donzow." La Citouche". - Centre d'Histoire du Travail. Nantes)


D'autres paysans progressistes les avaient rejoints, venant du secteur de Teillé, aux portes d'Ancenis - en amont de la turbulente Nantes, à mi-chemin d'Angers, et de sa douceur.
Teillé est déjà le fief d'un jeune parlementaire MRP "chrétien-progressiste", solidaire, "des travailleurs en lutte", qu'allait immortaliser, 20 ans plus tard, un discours coulé dans le bronze devant une foule immense, sur le "Rajal del gorp", au Larzac (lire ici). Il s'appelle Bernard Lambert. Après avoir joué un rôle pivôt dans la "commune de Nantes", ouvrière et paysanne, en mai 1968, il va apporter au petit groupe de "Paysans en lutte" de La Chapelle sur Erdre, Coueron ou Fay-de Bretagne, proches des franciscains mao-guévaristes de la revue Frères du Monde, eux-mêmes liés aux marxistes-leninistes qui vont donner naissance à la G.P., le renfort d'une large fraction de la gauche syndicale de la FNSEA.
Bernard et son épouse Marie-Paule, elle-même militante de choc, allaient même cacher près de leur poulailler industriel les frères Gilbert et Marc Garel, deux des plus vaillants jeunes ouvriers de la G.P., alors en fuite, et recherchés.
Puis Lambert allait impulser le Mouvement des Paysans-Travailleurs, ancêtre de la Confédération Paysanne de José Bové...


Bref, 1955 avait commencé à chambouler la donne, faisant tourner la tête d'une IVème République déjà bien saoule de scandales et de conflits de toute nature - comme celle du veux cacique de la CGT venu amadouer ses camarades de Billancourt.

Le mouvement des métallos de Nantes- Saint-Nazaire avait eu son baptême de sang, avec la mort l'ouvrier nantais Jean Rigollet, un gars du bâtiment venu se joindre aux métallos. (ici) Au plus fort de l'émeute, il avait été abattu par balles par un CRS aux abois, en plein centre de Nantes, sur le Cours des 50 Otages - ainsi baptisé en l'honneur de Guy Moquet et de ses compagnons du camp de Chateaubriant, tout proche.
Les métallos avaient alors entrepris un pillage systématique des armureries du centre-ville, à toutes fins utiles...


Dix-sept années plus tard, en février 1972, à la mort de Pierre Overney, c'est devant la plaque mortuaire fixée sur un arbre des "50 otages", à l'endroit même où était tombé le jeune Rigollet, qu'un ancien "établi" mao des Batignolles, à peine sorti de prison - l'auteur du présent livre - allait prononcer, au nom de la Gauche prolétarienne, un bref discours d'adieu à "l'ami Pierrot", liant le nom de Pierre à celui de Jean devant un cortège ouvrier parti des abords immédiats de son ancienne usine - où des "vieux de la vieille " gardaient encore précieusement des "flingues" pillés, après la mort de Rigollet, dans les armureries du centre-ville.(ici)


Les jours suivant, un commando nantais ouvrier-étudiant faisait sauter, à l'aide de "super-ralbol" trois vitrines, en série, de trois "boîtes de sécurité" du Quai de la Fosse, ou de "marchands d'hommes" (boites d'intérim)...Une initiative pilotée à moyenne distance par un jeune briscard d'expérience, qui ne pouvait pas prendre le risque d'une condamnation supplémentaire, n'ayant pas encore purgé complètement les précédentes...
Ces petits attentats "de faible intensité", en rafale, visant les cibles, approximatives, que nous avions sous la main, étaient à la mesure de nos moyens locaux, en pleine reconstruction après une série de rafles - et allait valoir, au cours d'un Comité Exécutif, les chaleureuses félicitations d'Alain Geismar à celui dont le "rapport Montrouge", devant les poissons rouges d'Ulm, avait été honoré du tonitruant "c'est formidable" de Serge July (ici )...


Castro (Roland): de La Cause du Peuple (première série), à Charles Pasqua - en passant par la "base ouvrière" de Renault-Flins, et V.L.R..

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Quand La Cause du Peuple évoque une tranche de l'histoire de la France prolétarienne, liant Renault et Saint-Nazaire à l'intention de ses jeunes lecteurs,elle est encore l'organe, frais comme un matin de printemps, en mai, d'un chimérique "front populaire", perspective politique bricolée à la hâte par ce qui reste de l'UJC-ml, matrice des Comités Vietnam de Base, puis des maos...
"Journal de Front Populaire" , la "CDP", comme nous l'appelons avec fierté, est encore placée sous la direction de Roland Castro, jeune architecte-militant à la silhouette précocement voûtée, dont la démarche déjà traînante masque un inoxydable dynamisme doublé d'une proverbiale et permanente bonne humeur...
Après 68, avec "Tiennot" Grumbach, Didier Truchot, Annette Lévy-Willard, et d'auitres, il sera le fondateur du groupe "Vive la Révolution" (VLR) - fulgurante comète "mao-désirante" dans la mouvance de la G.P., en plus festif. VLR édite le journal "Tout" ("Ce que nous voulons: tout", beau slogan ouvrier des grèves guérilla de Fiat, à Turin...).
Ce petit groupe plein de dynamisme, où s'illustrera un tout jeune instituteur sauvagement blessé par un tir de grenade offensive tiré à quelques mètres en plein visage, Richard Deshayes, qui y perdra un œil, en 1971, s'accrochera longtemps à sa "Base Ouvrière" de Renault Flins. Une jeune ouvrier du secteur, passé dans la mouvance de Casro, "Tiennot" et Didier Truchot, Michel Chemin, deviendra, plus tard, un des piliers du service sports, animé, à Libération, par un ancien prof de gym, fils de "russes blancs" prolétarisés, blond comme les blés d'Ukraine, Jean-Pierre Delacroix - homme de grande droiture, et brillant professionnel, aimé de tous.


Roland Castro, progressiste aux convictions profondes sous des allures de joyeux drille à moue sceptique, aussi cultivé que courageux, et d'une indépendance d'esprit sereine mais radicale, se rapprochera du PCF anti-Maastricht comme du "Rassemblement pour la France" (RPF) de Charles Pasqua, comme plusieurs d'entre nous, en 1992-93, vingt-quatre ans après 1968 et deux-cents ans, surtout, après Valmy.
L'union des forces historiques, aux sources de la Résistance, dans ce (nouveau) combat fondamental "pour l'indépendance et la liberté" de la France, trouvera un prolongement triomphal avec le "NON" souverain et majestueux au référendum sur la Constitution européenne, ce "coup de tonnerre" surgi des profondeurs du peuple de Valmy et de la Commune - où les voix des gaullistes purs et durs, qui avaient rétabli le vieux chef de la France Libre,le 30 mai 1968, à la force du poignet, viendront apporter leur indispensable complément à celles du "Non de gauche", Attac etc., dans un rassemblement de fait qui fut la vraie source de la victoire - transcendant les clivages moisis de la vieille politique parlementaire...
Dans ce peu banal équipage, où caracolent les journalistes Philippe Cohen, de Marianne (futur exécuteur d'Edwy Plenel) et Marc Cohen, de feu l'Idiot International de Jean-Edern Hallier, flanqué de son ami Bruno Telenne, du groupe Jalons, de sa compagne la très catholique et pétillante "Frigide Barjot", et les "pablistes" républicains et patriotes d'un second "VLR", le "Vive la République" de l'excellent François Morvan, Roland tâtonne alors, et n'est pas le seul...
Eparpillés, parfois honnis, nous sommes nombreux à former le rêve, ô combien satanique aux yeux des petits esprits confits et confus de la "pensée unique", d'un vaste rassemblement populaire pulvérisant les lignes du vieux clivage gauche-droite, pour "casser" le fumeux projet d'un Super-Etat fédéral européen, bâti à l'image des Etats-Unis d'Amérique, et instrument pervers d'une dissolution dans la "globalisation" de l'Etat-nation républicain, sauvé, deux siècles plus tôt - c'est peu - par les volontaires à cocarde venus de Marseiile avec leur chant de guerre, les va-nu-pieds de Valmy (1792) - et les Sans-Culotte à piques des "sections" de 1793.


Dans ce combat bien dans la ligne de "front uni pour la sauvegarde de la patrie", qui fut celui des communistes chinois, et de Mao, contre "l'envahisseur fasciste japonais", puis du Front de Libération National (F.N.L.) du Vietnam, du FATAH palestinien, de la résistance irakienne, et de tant d'autres, mais n'a rien d'exotique - portant sur le principe de souveraineté, au cœur de la politique - Roland de La (première) Cause du Peuple, puis du (premier) VLR, est assez fin pour savoir que nous ne sommes pas si seuls que nous en avons l'air, mais, "comme d'hab'...", "francs-tireurs".


Renault au cœur de l'Histoire de France

- et du prolétariat inter-national...


La défense de l'indépendance de la France Libre de toujours, fille de Clovis et du baptême, à Reims, comme de Jehanne d'Arc, bergère de Domrémy devenue bouteuse d' "anglois", s'inscrit, en effet, dans un retour aux sources vives de la République - et de la souveraineté du peuple qui en est indissociable.


Elle est droit dans le sillage du proto-communisme bleu-blanc-rouge du Babeuf de la Conspiration des Egaux, des barricades aux oriflammes tricolores de l'insurrection républicaine de 1848, des communards de 1871 insurgés, d'abord, contre la trahison du "bourgeois-collabo" Adolphe Thiers face à l'invasion prussienne, parvenue aux portes de la capitale, de Charles Tillon, Marty, Fabien, Guingouin, Missak Manouchian, et des ingénieux époux Joliot-Curie, comme d' Arthur Dallidet, de Nantes, apprenti aux Chantiers de la Loire puis militant de la CGT de Renault-Billancourt, licencié et réembauché sous un faux nom, puis métallo résistant de l'appareil clandestin du PCF de l'intérieur, mort sans avoir parlé, sous la torture.


Mais c'est aussi l'histoire de Krasucki, dit "La Mésange", pour sa houppe de cheveux, alors fournie, et d'un noir de jais, surmontant un nez déjà crochu, en forme de bec. Il tenait ce surnom des groupes de "police spéciale" du régime de Vichy qui, traquant les militants clandestins de la Jeunesse Communiste, pépinière de FTP, avaient repéré sa silhouette de "meneur", sans pouvoir encore y mettre un nom, dans les ruelles du vieux Belleville entre 1941 et 1943.
Là, les bandes de jeunes immigrés - juifs de Pologne ou de Bessarabie - "tenaient les murs", louches. Sans capuches de "survêt", mais coiffés de casquettes plates d' "Apache des fortifs", ces "sauvageons" de l'époque étaient réputés "trafiquants", "voleurs" ou "terroristes", et quand on eut trouvé un revolver plus gros que lui dans sous le parquet pourri de sa petite planque, "La Mésange", enfin identifié comme Krasucki, Henri, 15 ans, fils d'un couple de Krasucki du Komintern déjà dans la clandestinité avant la guerre, on lui amena sa communiste de mère, juive universaliste et révolutionnaire venue avec son camarade-mari de sa lointaine Pologne.
On menaça de la torturer devant l'adolescent, s'il refusait de parler, au moins, du revolver. En yiidisch, elle l'injuria, d'avance. Elle le maudirait jusqu'au dernier de ses jours, et même au-delà, s'il parlait.
Il n'en avait, de toute façon, pas l'intention.
Il avait décidé de se taire, il resta coi, Staline négocia la peau de la mère, et celle du fils, contre celle de fils de notables nazis, capturés. Déportés, ils survécurent tous deux à une Résistance aux accents d'épopée, d'un sens et d'une portée infiniment supérieures à ceux de nos modestes "actions de partisans" qui pourtant, nous n'en avions pas le moindre doute, nous conduisait dans la même voie, et il alla plus tard extraire, à l'époque où les purges antisémites du régime "communiste" commençaient à y prendre des proportions extrêmes, l'ancienne clandestine du Komintern de sa Pologne natale où elle avait tenu, romantique, à revenir...
Elle mourut avant lui, à Belleville - et nous fûmes une poignée seulement, hélas, à accompagner "La Mésange" à sa dernière demeure, au Père Lachaise, sur des notes de Chopin et de Tchaïkovski, sans chandeliers à 7 branches et sans rabbins, sans signes religieux d'aucune sorte, et sans le drapeau blanc marquée de la "croix de David" bleue d'un "Etat juif", sioniste, que ce vieux communiste à la culture solide exécrait.
Seule une forêt de drapeaux rouges hauts levés dans le silence de pierre du grand cimetière par les rudes militants du syndicat du Livre devait saluer l'envol vers un ciel neutre de "La Mésange" - promu au grade de lieutenant FTP dès sa libération des camps, "Krasu" avait ensuite dirigé les groupes de combat de rue de la CGT prolétarienne des années 50, au tout début de la guerre froide, formé d'une armature Renault et "Rotos" ou "Typos".
Après avoir été, contre la visite de "Ridgway la peste", le boucher américain de la guerre de Corée, en 1952, l'implacable "chef d'état-major" des métallos du service d'ordre de fer de Billancourt propageant leur émeute "anti-impérialiste", barres de fer en main, jusqu'au centre de Paris il devint, sans sa houppe de cheveux noirs, disparue pour laisser place à une luisante "boule de billard", mais toujours avec son profil aigu en forme de bec d'oiseau, un des meilleurs secrétaires généraux qu'ait jamais eu la CGT, dans l'après 1981 - ...

(Note. Document pour l'Histoire, une magnifique biographie de Krasucki, appuyée notamment sur le dépouillement d'archives de la préfecture de police, a été publiée sous la signature d'un auteur plutôt marqué à droite, Nicolas Tandler Un inconnu nommé Krasucki, éditions de la Table Ronde, 1985. A lire absolument!)


Aujourd'hui comme hier, et à Renault plus qu'ailleurs, cette profonde tradition du peuple de France rejoint celle du patriotisme militaire, social et populaire du communard Rossel, général élu par les délégués prolétariens de l'Hôtel de Ville, insurgé contre l'abandon, par la République de l'argent repliée dans les ors de Versailles, du combat contre les Prussiens dont les canons installés sur les hauteurs dominent, menaçants, les portes de Paris.
Rossel élu chef militaire de la Commune, abattu au combat par les soudards du Pétain de l'époque...Rossel, gaulliste avant la lettre, dont le général lui-même honorait la mémoire - comme il allait saluer celle du lieutenant de vaisseau royaliste Honoré d'Estienne d'Orves, premier parachuté de Londres trahi par son premier radio, à Nantes, et fusillé.


Avant que nous prenions tous clairement conscience de ce que son nom, et son œuvre, signifiaient, et que nous décidions, sans hésiter, de remettre nos pas dans les traces de nos pères, les siennes, De Gaulle avait su rassembler sous son insolent étendard, comme nous aurons à le faire, les "blancs" du lieutenant de Nantes, poussant l'Amour de Dieu, du Roy, de la France et de son peuple jusqu'au tout dernier sacrifice, les "rouges" déjà cités, et les "bleu de France" du "colonel Passy", chef redouté des premiers services secrets de la France Libre, le BCRA de Londres et de Dieulefit, Drôme, entre autres places...Le colonel Passy, "cassé", en 1946, par une conjuration, déjà, des socialistes et des premiers revanchards de la collaboration sortant le nez du trou, dans une affaire de "fonds secrets" dont il refusa, jusqu'aux "arrêts de rigueur", et bien au-delà, de révéler les clés et qui fut, plus tard, un des inspirateurs du fils, en culotte courte, d'un gardien de la paix corse porteur du brassard du Front Populaire devenu porteur de messages clandestins pour le maquis de son Papa, puis Ministre de l'Intérieur, en 1986, pour le pire, et 1993, pour le meilleur, Charles Pasqua - "tête de réseau" longtemps clandestin d'un autre intrépide "franc-tireur" de souche corse, français à en mourir, devenu "corsaire de la République" : le catholique social Jean-Charles Marchiani, ami du Hezbollah et de l'Iran, libérateur des otages français du Liban et des pilotes de l'armée de l'air aux mains des miliciens serbes de Bosnie, aujourd'hui "cible", sous l'opprobre, dans le viseur de ceux qui crurent, par les mêmes moyens, bas, très bas, "avoir la peau de Passy"...

(NOTE: sur le colonel Passy, lire notamment "Le colonel Passy et les services secrets de la France libre", Guy Perrier (cadre supérieur de Peugeot), Hachette littérature, 1999)


Issues, qu'on le veuille ou non, puis épisodes, de cette très longue histoire, les luttes de tendances de l'immédiat après mai 68 ayant été ce qu'elles furent, byzantines et sauvages, au poste très exposé de directeur de publication de La Cause du Peuple, passée un petit peu en force aux mains de ce qui devient la Gauche prolétarienne, Castro (Roland), proche, pourtant, de la naissante GP, refuse, comme Didier Truchot, et d'autres, de reconnaître l'autorité de son numéro 1 - ils le connaissent tous deux trop bien. Roland de Nanterre s'efface donc devant Jean-Pierre Le Dantec puis Michel Lebris et le brave vieux Sartre, déjà à demi-aveugle...(voir page)


Comme le rappelle, donc, la première Cause du Peuple, fin mai 1968, à Billancourt en colère, Séguy, Frachon et cie doivent donc "donner du mou" devant la rébellion ouverte des Renault, sous les sifflets et les huées des ouvriers de cette vieille usine-fétiche de l'époque du Front Populaire, en 1936, dont la mémoire accueille, comme elle le peut, et sous l'aiguillon vif des jeunes maos, celle d'un jeune prolétarat arabe du Maghreb, rêvant, à son tour, et à sa façon, de "monter à l'assaut du ciel"...


C'est ce nouveau sujet historique qui, dans la période qui s'ouvre, va "réveiller les morts", rafraîchir le souvenir des Jean-Pierre Timbaud, Dallidet, et autres Jean Rigollet, et remettre Billancourt sur le chemin de l'espoir - dans le droit fil de son ancienne histoire.


1912 : Billancourt en grève

contre "le système Taylor"


C'est ici, donc, à deux pas du vert et coquin Bois de Boulogne, sur une boucle de la Seine, en pleine agglomération parisienne, que s'est forgé le mythe de la "forteresse ouvrière" - imprenable "bastion" des communistes et de la CGT...
Il date...de 1912! Cet hiver-là, au moment même où "l' ingénieur conseil en organisation" écossais Frederic Winslow Taylor présente devant le Congrès américain le cynique système de réorganisation-division du travail dont il est l'inventeur, et qu'un milliardaire américain, magnat d'une industrie automobile en pleine croissance, et grand admirateur de Hitler, du nom de Henry Ford, va bientôt généraliser, pour un bon siècle, à toute la planète, les ouvriers français, mais aussi chinois, ou "indochinois" de l'imposant complexe industriel de Billancourt géré par Louis Renault - admirateur de l' "organisation scientifique de la société" d'Adolf Hitler, comme son rival et maître Henry Ford - y lancent un grand mouvement de grève.

NOTE.

Sur Henry Ford, Hitler, nazisme et taylorisme, lire "Le "fascisme" améeicain et le fordisme", Dominique Amblard, berg international éditeurs, 2007


Comme le souligne Robert Linhart, dans un livre fondateur ("Lenine, les paysans, Taylor", Le Seuil, 1976), ouvrage de fond, dense et clair paru trois ans après la deuxième dissolution, dite "définitive" de la Gauche prolétarienne, et aussitôt "bréviaire" des rescapés "mao un jour, mao toujours" qui refusent l'abandon de la question de l'usine, la rébellion ouvrière de Billancourt a pour objet, explicite, de faire barrage à l'introduction du "système Taylor", des "chronos", qui l'accompagnent, et de l'idée, "taylorienne", que "tout ce qui au cours de la production réclamerait un effort de réflexion, si minime soit-il, " (Linhart), soit désormais "pris en charge par des représentants de la direction - l'ouvrier parfait n'étant plus qu'un exécutant décervelé que l'on peut entraîner à atteindre le rythme de la machine".


Génie, à sa façon, Taylor illustre de façon perverse, mais magistrale, souligne ici Robert, une intuition de Karl Marx, vieille alors d'un demi-siècle.
Le livre I du Capital (éditions de la Pléïade, page 903), passe au scalpel de l'analyse la scission travail intellectuel/travail manuel, au cœur des contradictions des sociétés modernes, industrielles puis soi-disant post-industrielles.
Elle en constitue le vice caché, l'impensé radical, la plaie essentielle, toujours à vif - source d'irrépressibles autant que récurrentes "révolutions culturelles", aux formes les plus diverses.
"Ce n'est pas seulement le travail qui est divisé, subdivisé, et réparti entre divers individus, écrit ici le Vieux Karl. "C'est l'individu lui-même qui est morcelé et métamorphosé en ressort automatique d'une opération exclusive, de sorte que l'on trouve réalisée la fable absurde de Mennenius Agrippa, représentant un homme comme fragment de son propre corps. (...)
"Les puissances intellectuelles de la production se développent d'un seul côté parce qu'elles disparaissent sur tous les autres.
Ce que les ouvriers parcellaires perdent se concentre en face d'eux dans le capital.
La division manufacturière leur oppose les puissances intellectuelles de la production comme la propriété d'autrui et comme pouvoir qui les domine.
Cette scission (...) s'achève (...) dans la grande industrie, qui fait de la science une force productive indépendante du travail et l'enrôle au service du capital."


"Au niveau de la société entière, prolonge (page 82) Robert Linhart, accompagnant ici sans l'épouser le mouvement de pensée de Taylor, "les capitalistes pourraient attendre les plus heureux effets quant à la paix sociale. Point que souligne à plusieurs reprises Taylor, qui soutient que son "système " évite les grèves. "
- Les grèves? Peut-être...Les révoltes sûrement pas!
Linhart est un des mieux placés pour le savoir. Dans un autre livre majeur, marquant une génération entière dans les très nombreux pays où il a été traduit, et lu, "L'Etabli", il a fait une synthèse limpide et concise de sa propre expérience d'intellectuel "établi" comme O.S., sur les chaînes de Citroën.

Le plus brillant espoir de la philosophie française des années 60-70 dans la pépinière d'Ulm, connue pour son célèbre bassin aux poissons rouges (ici), y a animé un Comité de Base original, d'inspiration "mao", et de nombreuses luttes sur les chaînes.

Sur la dissolution des rébellions prolétariennes par la parcellisation du travail et la robotisation...des hommes, donc, F.W. Taylor, le vrai "Maître Penseur" du XX ème siècle industriel, et peut-être aussi, hélas, malgré les possibilités de l'informatique, de celui qui lui succède, se trompe.
Comme se trompent les congressistes américains qui boivent ses paroles, et les germanolâtres Henry Ford ou Louis Renault.


Ils sont dans l'erreur, c'est un fait. Historique, établi.
Ne souffrant plus aucune contestation, aucune polémique.


L'après-mai 68 des Maos, centré sur le soulèvement des O.S. contre l'abrutissement du travail à la chaîne, étendue, autour d'eux, au processus de "taylorisation"- lobotomisation de toute la société, fondement de notre combat, tout particulièrement autour de l' "Île du Diable", au cœur de Billancourt, en ont fait la démonstration, "dans la pratique": l'atomisation "fordienne" du processus de travail provoque, et c'est heureux, d'infinies révoltes - au lieu d'en supprimer les causes.


C'est le centre de ce livre que d'en dévoiler, déchirant l'épais manteau de plus de trente ans de mensonges, l'histoire, d'abord factuelle - "et ce qui s'ensuivit"...


Les Renault vont perdre la bataille de 1912, "Grand-Mère de toutes les batailles" qui suivent, ... de 1968 à 1972!


A deux ans, à peine, d'affrontements mondiaux d'une toute autre dimension et d'une toute autre portée, mais situés sur la même ligne de crête, autour d' enjeux finalement liés, pouvait-il en être autrement?
D'autant qu'au même moment, exactement, Lenine lui-même, vieux guerrier de l'esprit épuisé par toute une vie de lutte errant sur la glaciale banquise d'une Révolution rongée par la famine, harcelé par les loups eux-mêmes à bout de force d'un impérialisme exsangue de trop et trop de massacres, mais pas encore "à l'agonie" (Mao: l'époque suivante) se prépare à introduire, "à la guerre comme à la guerre", pense-t-il, l'efficacité sans âme et sans pitié du "système Taylor" au cœur de l'économie soviétique - comme Robert Linhart en fait, encore, le récit, puis l'analyse. - De premiers germes de destruction interne sont alors introduit par son propre architecte au plus noir de sa pyramide...
Mais c'est ainsi.


"Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte encore, et cela jusqu'à la victoire - telle est la logique du peuple, il n'ira jamais contre cette logique" (Mao:"Rejetez vos illusions et préparez-vous à la lutte", 14 aout 1949)...


Juste avant les premiers coups de canon de la "grande guerre", et l'effroyable boucherie donnant naissance aux premiers partis "communistes", l'expropriation du savoir ouvrier, seul capital de la classe sans capital, commence alors à exercer ses ravages à l'intérieur de Renault - comme elle va le faire dans une URSS devenue "bolchevique", où le mince prolétariat industriel s'en va former les cadres de l'Armée Rouge, de la police, de l'administration économique, et de la Tcheka (Linhart, encore), tandis que dans les usines en voie de "taylorisation" progressive, paysans ruinés et bourgeois déclassés deviennent, sur les premières "chaînes" d'un ersatz de "prolétariat", importé de l'intérieur, les cobayes paradoxaux du "fordisme"...


A Billancourt, les nouvelles normes d'airain de l'économie moderne étendent, de secteur en secteur, aux diverses parties de l'usine, et au divers métiers, la coupure absolue travail intellectuel/travail manuel.
Elles font des prolétaires de la grande industrie concentrée ce qu'ils n'avaient jamais été: des exécutants purs, privés de toute capacité d'initiative autonome, de réflexion et de pensée - dans un travail de ce fait dirigé, de ce jour, jusque dans ses plus infimes détails, par une armada bureaucratique de grands et de petits chefs (un membre de la direction pour trois ouvriers, avait calculé, d'avance, Taylor).
L'entreprise, en tant que source de profit, y gagne un peu - à court terme.
A plus longue échéance, elle perd d'autres opportunités de faire bondir la productivité, par d'autres moyens, faisant appel, eux, aux réserves infinies de l'imagination créatrice, individuelle et collective, de la "ressource humaine". Plus grave, elle accumule la dynamite d'explosions à venir, qui auront elles-mêmes leur coût en sang comme en argent...


Mais on ne peut pas mutiler l'intelligence humaine, l'intelligence prolétarienne, en tout, et tout le temps. Dans les ateliers de Louis Renault, le savoir professionnel de l'ancien ouvrier de métier, cœur de l'ancien "compagnonnage", puis du "syndicalisme de classe", résiste, sourdement, par poches - chez les outilleurs, aux forges, etc.Il faudra des "progrès" (techniques) ultérieurs, avec l'invention puis le perfectionnement de machines-outil automatiques, et surtout la mise au point du travail sur "chaîne" proprement dit, mécanisation "perfectionnant" les principes de base de Taylor, pour que l'Ïle Seguin, centre vital de la grande usine, devienne enfin l' "Île du Diable"...


1936-1942: Arthur Dallidet, de "Île du Diable" à "Vaincre et Vivre"...


Entre temps, Renault, restée à l'avant-garde des luttes, engendre toujours des militants ouvriers de grande valeur. Mutilées, dans le travail, intelligence et imagination trouvent à fleurir dans le combat politique...Lutte anticoloniale contre la guerre du Rif, brigades internationales de la guerre d'Espagne...
En 1936, après que la victoire électorale d'une gauche d'un rose pastel des plus pâles eut entraîné la formation d'un gouvernement "d'union", soutenu, mais "de l'extérieur" par un Parti Communiste Français (PCF) qui n'y participe pas, chassant la tentation de se lier les mains pour quelques strapontins, le Parti dirigé par Maurice Thorez, un "fils du peuple" ouvert et cultivé, souche solide profondément plantée dans le rude prolétariat du nord charbonnier des "ch'tis", a fait le bon choix.
Il en est récompensé par l'éclosion d'un puissant mouvement gréviste, notamment dans la grande usine de fabrication d'automobiles, ce produit encore quasiment futuriste auquel a su croire l'industrieux Louis Renault.
La déferlante sociale balaye tout le pays, porteuse d' une irrésistible aspiration au progrès et au bonheur.
Libre de toutes attaches gouvernementales, le "Parti", y nage "comme un poisson dans l'eau".
Il peut sortir enfin d'une longue et laborieuse période de labour au sein des les couches prolétariennes les plus profondes, porteuse d'avenir, mais réalisée sur une base étroite, et donc électoralement marginale.
C'est à ce moment qu'émerge, à Billancourt, un rude lutteur nommé Arthur Dallidet. Organisateur-né, ce combattant prolétarien d'une rigueur absolue, né à Nantes en 1906, fils d'un couple d'ouvriers "rouges" de la conserverie de légumes Cassegrain, deviendra la cheville ouvrière de l'organisation clandestine du Parti pendant la guerre.
Interdisant les retards aux rendez-vous de plus de six minutes, et les réunions de plus d'un quart d'heure, il publiera une brochure de conseils pratiques pour militants ouvriers clandestins, "Vaincre et Vivre" - dont nous nous inspirerons, techniquement, et surtout idéologiquement, pour produire, le moment venu, la nôtre.
Arrêté finalement à une bouche de métro, dans le XII ème arrondissement de Paris, et férocement torturé par une Gestapo convaincue qu'il joue un rôle-clé dans l'appareil le plus secret du "parti de l'intérieur", celui qui fait si peur, il mourra sans avoir parlé, fusillé par un peloton d'assassins en uniforme vert-de-gris des troupes d'occupation allemandes, au Mont Valérien, le 26 mai 1942, à trente-six ans.


"Numéro 1" ultra-protégé du PCF clandestin en territoire français, devenu, après de tristes errements dus à une excessive soumission à ses tuteurs de l'est, l'âme d'une Résistance renouvelée, devenant plus "populaire", Jacques Duclos ne modifiera pas ses habitudes d'un centième de millimètre après avoir appris que cet homme d'acier trempé était tombé. Vivant dans la même banlieue sud, à quelques kilomètres de lui, son numéro 3, Charles Tillon, "général" de l'armée d'ombres rouges des FTP, fera le même choix (le numéro 2, Frachon, l'homme de la CGT, a été "exfiltré" en province).

C'est à Dallidet que l'on doit, aussi, la métaphore de l' "Île du Diable", dont il avait fait, et dont nous (re)ferons sous l'insolente et bienvenue mention: "directeur de publication: A. Dallidet", un journal des Comités de Lutte Renault..


En 1936, autour de Billancourt, devenue capitale ouvrière, le Front Popu est riche de potentiel. Les "grands frères" soviétiques ne peuvent plus garder le contrôle intégral d'un Parti faisant, désormais, rayonner ses propres racines dans le riche terreau d'une société capitaliste sortant à peine du Moyen-Âge social, décrit, pour l'Angleterre, par le premier Marx.


Les communistes français combinent alors avec bonheur une pratique syndicale indépendante, unitaire et offensive, une politique, porteuse, de rassemblement de tout le "peuple de France" au service du succès de ce "gouvernement d'union" qu'ils ont choisi de priver de leur présence, et un internationalisme vivant, clande
stin, qui s'incarne, après le soutien plein d'énergie aux fiers insurgés "rifains" d'un Maroc indomptable engagé dans un combat à mort pour "l'indépendance et la liberté", dans le soutien aux "rouges" de la jeune Rébublique espagnole. Appui en hommes - volontaires pour les "Brigades Internationales..." comme en matériel (trafic d'armes, école d'une clandestinité pratique et efficace)...
Mais dans la France des Renault, base du Front Populaire, tandis que gronde, aux frontières du nord-est, l'organe menaçant du chancelier Hitler, trop peu de voix s'élèvent pour crier "au loup!", comme le fait depuis 1933, et sa lecture de "Mein Kampf", le royaliste Henri de Kérilis, député-journaliste sonnant de son cor solitaire dans un désert sans écho, et appelant, contre les menaces d'une guerre d'agression, imminente et la propagation de la "peste brune", à l'urgence des urgences: la mobilisation de toutes les énergies dans plus large rassemblement pour la défense aux frontières contre l'horreur nazie, crocs bavants, à la porte...
Terrible cécité, double.
Elle est d'abord celle d'une droite bourgeoise tétanisée par la terreur des "rouges" et la défense de ses propres "avantages acquis" de classe dès lors, plus déclinante que dominante.
Elle est aussi celle d' une "gauche de gouvernement" démagogique, "poussée au cul" par les grévistes.


Pendant ce temps-là, tranquille, le Front Popu de la base - où les communistes, le front sur le guidon des grèves, n'éclairent pas le brusque renversement des priorités que les signes de la guerre dessinent - déploie ses drapeaux rouges au fronton des usines soulevées par la houle puissante et paisible d'occupations sereines et festives.
De grands cortèges heureux défilent gentiment sur les avenues.
Partout, chantent les accordéons des bals musettes.
Et bientôt roulent les vélos, et les tandems, des premières sorties à la mer en couple. Quand le mouvement gréviste a fini par arracher - à l'exemple, précisément, de Renault - les premiers congés payés - sous les hurlements d' "experts" économiques (patronaux), bien plus excessifs encore que ceux qui ont salué nos modestes et douteuses 35 heures...


Prolonger mai 68,

devenir "absolument modernes",

c'est porter les valeurs de libération

au cœur du processus de travail!


Trente-deux ans après 1936, ces accords de Grenelle de 1968, finalement entérinés, bon gré mal gré, sous la pression de la CGT, par une base ouvrière furieuse, rétive, amère, puis apparemment résignée, vont s'avérer, à l'usage, d'une rare perversité.
Personne - pas plus la gauche politique ou syndicale que les "gauchistes" - n'avait été en mesure de synthétiser réellement les exigences portées par un mouvement gréviste d'une rare puissance, aux chiffres dépassant de très loin ceux de 1936 - dix millions de grévistes, en principe, au lieu de trois; signe, aussi, de l'expansion continue des forces productives, et d'abord du nombre de salariés, et d'ouvriers, en valeur absolue (surmontant la saignée de guerre, et les crises...Et ce n'est qu'un début, le progrès continue...)
Mais les luttes de l'après-68 vont enfin faire "parler" ce qui, en mai, n'avait été que le bouillonnant brouillon d'une expression collective. Et le cri porteur de ces conflits de l'après-mai, révélateurs à retardement de ce qu'avait été ce souverain printemps est purement démocratique - mais en allant au bout de cette idée.
Il peut se résumer à une formule: pour "changer la vie", mais pour changer la vie, vraiment , faire rejaillir la vie "au cœur-même du travail".


Renault, de Rimbaud à July...


Il s'agit là de la seule authentique "modernisation" de l'impérieux mot d'ordre du Prince des "sulfureux" , seigneur fou des poètes, Rimbaud de Charleville, devenu marchand d'armes en Afrique, et mort très jeune - après avoir épuisé toutes les ressources de la poésie écrite et poussé jusque au-delà de ses limites le souci d'une poésie de la vie, conforme au sens profond, grec, de "poésie" (de poiein, faire, créer... ).


Être, donc, "absolument moderne", au sens authentique, subversif, poétique, rimbaldien, surréaliste, du terme, c'est se situer dans un antagonisme lui-même absolu à l'égard de ce "résolument moderne", citation approximative dont l'inculte Serge July fera le douteux drapeau du "nouveau Libé" de 1981, "résolument" prostitué, à genoux devant la vieille carne de Jarnac - chien de garde aux canines limées veillant sur son vieux "pote" Bousquet du Vel d'Hiv, convive d'Attali ...


"Modernes", "absolument": seuls le seront ceux qui sauront dire "j'ose", ou mieux encore "osons", dans le fil de Rimbaud comme de Maïakovski. Et pousser jusqu'à l'intérieur de la sphère, interdite, du travail productif, le "soulèvement" poétique et populaire de mai...


Pensée, Travail, Taylor

(suite deuxième colonne, à droite, accès par clic: ici)

 

 


Pour en arriver là, il faut marcher beacoup. Et s'écarter, d'abord, des savants badinages de l'"université critique" puis du "soutien critique" au nouveau "pouvoir rose", où gazouille, de l'immédiat après 68, au Congrès d'Epinay de 1971, germe de 1981, une génération entière de bébés-politiciens à peine ornés de fin duvet, avides de hochets...


Il faut "descendre de cheval pour regarder les fleurs" (Mao), aller, sur place, se mettre "au service" du peuple des "lève-tôt" du métro, ceux qui, chantera Dominique Grange, la Magny des Maos, en ont "marre de se lever tous les jours à cinq heures / Pour prendre un car, un train, serrés comme du bétail" ( "Nous sommes les nouveaux partisans"); ces "racailles" que le Neuilly des "avocats d'affaires", politiciens provocateurs de novembre 2005, fils-à-papa (douteux), et "copains" des "coquins" héritiers jouisseurs projettent toujours de "nettoyer au kärcher" - comme le juin 1968 de Marcellin ou le Versailles de Thiers et Pinochet-Gallifet, en 1871..."Racaille" qu'ils peuvent couvrir d'insultes, et d'insultes allant au sang, mais dont ils ont besoin, car, sans eux, la "valeur travail" n'est rien, pour autant que le destin de Sisyphe de banlieue reste d'aller subir, tous les jours que le Capital fait, l'oppression monotone d'interminables journées de bagne, ou simplement d'indignité molle, source à terme d'une révolte plus brûlante que celle des "sans espoir", privés même de l'idée d'un travail, dans sa toujours possible dignité, dans sa noblesse...


Changer le travail, donc, dans son contenu, dans sa nature, dans son essence...
Jusqu'au point où, cessant enfin d'être "forcé", "chagrin", peine, souffrance, voire torture, il devienne le lieu de la libération active, de l'initiative utile qui jaillit, d'un "faire" qui soit aussi "se faire" - dans une intelligence infiniment supérieure, parce que mise en partage, et dans l'effervescence d'une créativité d'ensemble de sujets du travail devenus ses maîtres souverains - au delà des limites du rapport salarial.


Pour en arriver là, il faut briser l'étau du système Taylor, cette perversion parfaite du noble acte de produire, d'une efficacité barbare, fruit monstrueux du cerveau d'un ingénieur écossais - créature immonde digne du plus ténébreux Loch de cette impitoyable Grande-Bretagne des Lords qui faisait trancher, au sabre, et en grande série, le poignet droit de enfants-ouvriers d'industrieux Etats de l'Inde pour que jamais leurs bras ne viennent concurrencer ceux qu'elle avait elle-même asservis, déjà, au mécanique travail des filatures de Manchester...


Mais déjà le mal taylorien, virus de la vache folle proliférant partout dans le cerveau de l'humanité productrice, a contaminé les Etats-Unis d'Amérique.
Sur cette Terre Promise, "offerte" par un Dieu d'Enfer, plus cruel encore que celui de Génocide-Josué dans la Torah, où de sadiques SS en tunique bleue-Custer ou tenue de vachers armés à la John Wayne figurent au Panthéon national, avec les grands massacreurs de bisons, de Navajos, de Sioux ou de Pawnees, fracasseurs de crâne d'enfants, violeurs bottés des filles de nobles guerriers, chair à soldat souillée au cours d'infectes "tournantes" dans les campements brûlés par les émules "western" des somptueux safari aux Noirs du grand sud cotonnier, l'innommable invention de l'Ecossais cynique est reçue comme de nouvelles Tables de la Loi, comme le don d'un Messie.
Manquaient encore les capitaux, et l'énergie d'un nazi américain du nom de Ford, "führer" incontesté de l'industrie du "siècle de l'automobile", dont le "modèle d'organisation" va s'étendre à l'industrie entière, d'un bout à l'autre de la planète, et même, au XXIème siècle, aux métiers du "tertiaire" à leur tour et de force "modernisés" dans un infernal truandage retournant contre l'intelligence humaine les merveilleuses possibilité de l'informatique - des banques et de l'assurance aux bureaux d'ingénieurs où la robotisation des "blouses blanches" tue désormais par des vagues de suicides..."Les plateformes de workflow nous permettent de faire pour le secteur des services ce que Henry Ford a fait pour l'industrie. Nous isolons chaque tâche, nous la standardisons et nous la confions à ceux qui l'exécutent le mieux, explique un "industriel de la comptabilité" au journaliste du New York Times Thomas Friedman, admiratif (NOTE BAS DE PAGE: "La terre est plate - une brève histoire du XXIème siècle", ICL Londres 2006, traduit de l'américain et publié par la Fondation Saint-Simon, Paris, 2006). "(...)Les gens n'ont pas besoin d'être physiquement proches les uns des autres. Ensuite, nous rassemblons toutes les pièces. Ce n'est pas une révolution ordinaire, c'est une révolution majeure, grâce à laquelle le patron peut être sur un site, et ses employés sur un autre. C'est le moyen de créer des bureaux virtuels dans le monde entier, d'avoir accès aux talents présents dans les différentes parties du monde, pour travailler en continu..."
Tandis que la logique de la lobotomisation sur "console", combinée à la pure et simple corruption, et à l'ivresse narcissique de mini-cerveaux taylorisés d' Albert Londres de bureau, gangrène et prostitue jusqu'au métier jadis bohème, artisanal, créatif et poétique, qu'avait été, avant l'extension du Fordisme aux rédactions, celui des journalistes...


De Ford à Renault:

importation-mutation de l'O.S.


Sectateur de la force brutale et de la domination raciale, dont il admire la version "brune", vérole totalitaire proliférant au centre de l'Europe, l'industriel de Detroit métisse, au cœur du processus industriel, l'infernale invention de Taylor et la culture violente du "wild west" - celle du massacre de masse, de la loi de Lynch, du colt et de la corde.
Avec le syndicalisme-mafia, la consommation de masse et le "welfare" social, redistribuant quelques prébendes extraites sans douleur de monstrueux profits il en fait un système total qui portera son nom, le "fordisme".
La machine infernale consomme comme carburant une déshumanisation résolument radicale du travail, étendue à toute la société - au monde "global".
L'indolore lobotomisation du cerveau ouvrier transforme le prolétaire d'antan, homme dénué de tout sauf de sa force de travail, et de l'intelligence collective transformée en culture ouvrière, "de classe", nomade insoumis et rebelle, en robot mécanique à peau humaine, cliquetant au rythme fou de la chaîne où le profit le rive.
Dès lors, l'intrusion de la logique de fer du capital, découpant au scalpel le travail ouvrier, décomposé jusque dans ses gestes les plus fugitifs, issus de siècles d'intelligence humaine, accumulée dans la culture manuelle, fait pénétrer au cœur de la grande usine la culture des conquérants barbares, celle de la loi des "cow-boys", à peine aseptisée en "système d'organisation de Ford", bientôt norme invisible à prétention universelle d'un travail partout raboté jusqu'à la chair vive, amputé de la partie intellectuelle inhérente, à l'origine, à tout pratique productive - fût-elle manuelle...
Cette gangrène qui mutile l'activité, subtile et riche, de l'ancien ouvrier de métier, déqualifié et devenu lui-même homme-machine, passe, donc, par l'avènement de "Temps Modernes", ceux des "chaînes" - il fallait que ces mots fussent...
Et voici "l'individu sans qualités" qu'elles s'asservissent, celui que la "langue de fer" administrative va désigner, dérision, comme "ouvrier spécialisé", O.S....
Et voici que point le temps où celui-ci ébauche ses premiers hurlements de révolte, et les secoue, ces chaînes, à défaut, encore, de les briser...
Dans notre pays, la France, c'est le temps des "Maos"...


Salaires, cadences, prix...Les effets pervers de l'accord

négocié par les "bonzes" de Grenelle


Avant d'en être là, mais juste avant, dans ce printemps panique de l'an de grâce 1968, où tous les "décideurs" du système de pouvoir encore pour un temps dominant, et qui pour eux, donc, est "le monde libre", voient trembler sous leurs pieds un univers d'une "globalité" (déjà) américaine, mise à nue, comme le Roi du même nom, par l'effarante offensive du Têt, le printemps lunaire vietnamien (janvier-mars 1968), la flûte du gai mouvement gréviste de France et de Navarre étourdit et saoule, partout, les "responsables".
Rue de Grenelle, donc, on se "plante" à 100%.
On voit court, et petit.
Loin d'aborder l'état des problèmes bien réels qui sont aux sources des grèves, puis d'envisager une méthode pour les régler, technocrates patronaux, capitalistes d'Etat et "bonzes" sans esprit, sans souffle, des centrales syndicales d'alors ne peuvent imaginer qu'une solution, celle qui fait refroidir les vieilles soupes dans les plus usées des soupières: éteindre le feu qui ronfle en l'arrosant, à gros jet, de billets de banque.
- "Ils" veulent rendre du sens à leur vie d'ouvriers, et d'abord au cœur de cette vie, à leur travail?
- On va les inonder d'argent, du moins, en contrôlant les vannes, pour qu'ils la bouclent - et cessent de déranger les gens sérieux avec leurs prétentions absurdes, avec leurs rêves...
Gouvernement, patrons et syndicats se mettent donc d'accord pour "sortir du conflit à l'ancienne" : par des augmentations de salaires, certes bienvenues, mais très loin de répondre à la question posée.
Mais les temps ont changé, et l'inconvénient de cette fuite en avant est double.
1. - Du point de vue des salariés, et d'abord, des ouvriers, les germes de conflit demeurent.
Les tensions, même, redoublent.
Elles portent sur les contraintes d'un travail répétitif de plus en plus abrutissant, aux limites désormais permanentes de l'insupportable absolu. Car les cadences s'en accélèrent d'autant: puisque Grenelle entraîne, "deuxième aspect de la contradiction", côté patrons, le souci forcené de récupérer au plus vite la part de productivité "dissipée" , d'une bouffée, en salaires.
2. Loin de s'alléger, la pression, de plus en plus explosive, se trouve encore accentuée par l'activisme lui aussi forcené de la petite maîtrise, camarilla d'ex-frères de classe félons transformés en "petit chefs", ou en "régleurs" collés aux chaînes comme les sangsues aux chairs.
On les paie, eux, et un peu mieux, pour contrôler le rythme de gestes toujours plus mécaniques, et l'accélérer encore et toujours, comme pour le Charlot des "Temps Modernes" - avec toutes les conséquences, pour les "enchaînés", en termes d'humiliation, de "stress", de pénibilité mais aussi de sécurité du travail.
3. Circonstance aggravante: la France interprète à sa façon le nouvel ordre "fordien", importé des Etats-Unis.


- Fordisme américain: l'esclave noir sur les chaînes
- Fordisme d'importation,
"français": arabe ou africain, l'O.S. est colonial...


Sur le continent américain, le "modèle Ford " s'est procuré la matière humaine qu'il dévore par l'intégration "volontaire" à ce nouveau type de "chaînes" des fils des esclaves noirs des champs de coton du Sud. Ils ont été reconvertis dans le tissage ou le montage des jeans, et la fabrication de ces gros engins phalliques aux chromes rutilants où les rejetons des maîtres de leurs aïeux, voire des discrets financiers de l'immonde "Shoah" des "untermenschen" à peau noire, cette "immigration choisie", palpation à l'appui, par les immigrateurs négriers du moment, puissent se vautrer plus lascivement encore que dans les dansantes calèches d'' "Autant en emporte le vent"...
Mais "on" a su saisir les circonstances de guerre pour diluer ce noir trop concentré, porteur de mutineries "raciales" à échelle industrielle, en brassant cette immigration, devenue intérieure, montant du sud cotonnier aux froids halls de Detroit, en brassant sa matière humaine, trop explosive parce que trop homogène, avec une variété d'immigrants "blancs" "de complément" venus, éparpillés, des pays les plus pauvres d'Europe centrale ou méridionale...
La France, de son côté, ancienne puissance coloniale, élabore sa propre version du taylorisme-fordisme, de façon plus simpliste. Après avoir "asséché" ses campagnes, c'est jusqu'à la dernière masure du dernier village des territoires anciennement soumis à la loi de son Empire - restés sous son Emprise... - qu'elle envoie les "marchands de viande" des grandes firmes du BTP ou de l'automobile ratisser jusqu'aux dernières miettes la force de travail "disponible", vidant ces espaces instables de leur turbulente jeunesse, force de travail porteuse de développement, de progrès, et d'espoir d'une libération politique intégrale venue de l'intérieur des peuples, tout un important ainsi de nouvelles espèces de "bétail", déjà "immigration choisie", sélectionnée - dont le destin devient d'être décervelée sur les chaînes de montage ou massacrée sur les plus mortels des chantiers.
On se se procure, certes, ainsi, à très bas prix, une main d'œuvre jeune et vigoureuse, pauvre, et donc dure au mal comme au travail - mais dont on n'a pas pu raboter complètement la cerveau de la mémoire anti-coloniale - plaie vive et source de fierté pour des rebelles aux mains (presque) nues ayant humé l'âcre parfum de la victoire.
Et ce n'est donc pas un troupeau humble et soumis d'esclaves courbés, la main toujours tendue pour une aumône ou un pourboire, mais une jeune masse dynamique, au seuil d'explosions toujours latentes, qui vient se concentrer, poing facilement levé, sur les chaînes d'O.S. ou dans les bagnes industriels les plus infâmes, les plus archaïquement sous-équipés, les plus dangereux, les plus pénibles et les plus sales d'une métropole post-coloniale bruissant encore des pétarades de guerres de libération à peine terminées.
Parallèlement, la grande industrie s'efforce d'intégrer, en la faisant changer de camp, la fraction la plus large possible de l'ancienne classe ouvrière "blanche" et européenne.
On en aspire la partie la plus qualifiée, porteuse d'un savoir pratique accumulé, vers un avenir de techniciens, voire d'ingénieurs. Tandis que la couche la plus frustre, elle, scindée de l'ancien collectif ouvrier dont elle vient, se voit sommée de renier tout un passé de luttes et de solidarité de classe pour accéder aux postes de "régleurs", de "chefs d'équipe" ou de contremaîtres, garde-chiourme en surnombre d'une masse d'O.S. majoritairement maghrébins.


1962: Algérie. - 1968: Billancourt: 6 ans...


Alors qu'à ce moment les cicatrices des guerres coloniales sont encore vives, de part et d'autre - et d'abord celles, purulentes, de la guerre d'Algérie...
Mai 1968 survient dix ans après 1958 - et six ans à peine après la fin de ce conflit, et le retour en masse, en 1962, de tout un petit peuple de pieds-noirs sévèrement traités, frustrés, et humiliés, souvent revanchards...Et ce sont eux qu'on vient appeller désormais à faire trimer "les arabes" sur les chaînes, en métropole, en leur donnant les ordres, et la cadence, avant d'aller les côtoyer, un peu plus tard, dans les HLM qui bourgeonnent, construits par la "plèbe" industrieuse des bidonvilles, qui va elle-même s'y concentrer, bientôt, dans certaines "barres" - et y retrouver, et y défier, les "petits blancs" rétro-coloniaux, devenus leurs garde-chiourme au travail, puis leurs voisins de tour ou de palier, tout en perturbant, dans le même mouvement, les habitudes plan-plan des petits retraités "blancs" gentils et pépères, qui n'ont fait de mal à personne. Beaucoup de ces derniers vont fuir ces territoires "colonisés" par les "barbares", pour aller "se réfugier" dans les espaces verts, pavillonnaires, des "grandes ceintures", et/ou chez Le Pen.
Deuxième étape: les années 1974-1995.
La trahison des "chefs maos" vient cumuler ses effets, sur le chemin de la déprime et de la désespérance, à l' irréductible glaucome aveuglant ce qui reste d'un très vieux PC. Terrain nettoyé, les maîtres cyniques du capital, libres, dès lors, de tout contre-pouvoir, de toute menace, et de toute contrainte, se mettent, tranquillement, à "liquider" des centres de pharaoniques profits devenus "bases rouges" (1920, Front Popu), "bleu-blanc-rouge" Résistance), puis "bases rouges rebelles" (années 70-73: la grande époque mao, flamboyante...)
C'est le temps où l'on ferme, en série, les usines-bagnes, même les plus modernes, pour les délocaliser vers de plus accueillants pâturages.
A moins qu'on ne se contente d'en réduire les effectifs, et leur périmètre d'activité, au minimum. A l'image des Wendel du baron Seillère (mais pas de Peugeot ou de Michelin, qui, contre-exemple positifs, restent des industriels à base française, orientés vers un développement productif, créateur ou conservateur d'emplois, et d'emplois ouvriers).
Et les anciens "maîtres de Forges", vainqueurs d'une première bataille du savoir (Taylorisme) en attaquent une deuxième: ils en recyclent joyeusement, les milliards de superprofits de ce post-colonialisme interne dans la "nouvelle économie" (anti-économie...) de la finance abstraite mondialisée, destructrice acharnée du travail, comme dans l'essor foudroyant des "industries du savoir" (informatique, communication, multi-media multi-décervelant etc).
Alors, à la rébellion devenue collective et bien organisée de la "première génération", dont les hommes sont devenus, dans la froideur de cités de béton empilées, chômeurs quinquagénaires, gangrénés par l'inaction, l'amertume et bientôt le cancer, quasi-clochards à domicile, rongés souvent par l'alcool autant que par la honte de soi et la déprime, va se substituer la "barbarie", rebelle, mais éclatée, des "sauvageons" - orphelins du pouvoir du Père et au cerveau mutilé, non plus par la chaîne, qu'ils ignorent sans s'abstenir de la haïr, mais par la drogue et les mirages de la survie dans le trafic, en l'absence de tout horizon de travail, donc de fraternité de lutte, et d'espérance...
C'est chez ceux-là, maintenant que les héritiers des premiers "francs-tireurs" de la "guerre des maos", survivant à la trahison suivie par trente années de négationnisme historique absolument global de ce qui fut et reste notre histoire, entreprennent en ce moment même de ressusciter la vigueur d'une parole vibrante, et collective...
C'est autour des survivants ouvriers de l' "époque mao", et d'abord des anciens "clandestins" ouvriers de la Nouvelle Résistance Populaire (N.R.P.), - dont pas un seul n'a été abattu, arrêté, ou condamné - et avant tout des anciens de Billancourt, première vraie base, aujourd'hui, bien entendu liquidée malgré d'ultimes sursauts d'une CGT trop tard revivifiée - que doit désormais s'amplifier ce travail.
On s'y colle. Il est temps.
Fille de celle d'hier, la situation d'aujourd'hui est explosive.
Comme en témoignent les mots de haine, "racaille", à "nettoyer au kärcher", d'un candidat à la Présidence de la République, "Sarko, racaille toi-même!", dont l'ego dévorant, la communication frénétique, la soif de pouvoir pathétique, les galipettes publiques, et la victoire, enfin, sur un discours il est vrai rectifié dans l'urgence, et jouant sur la "valeur travail", ont eu le mérite, au moins, de réveiller d'anciennes énergies dispersées, assoupies, et dans certains cas sommeillantes - sous le fouet de l'injure, du mépris, et donc de la menace...
Ainsi, spirale rebondissante, redevient possible la "fusion nucléaire" de ce qui reste des maos - presque rien n'est pas rien - avec de nouveaux électrons libres lancés dans de nouveaux tourbillons, source de nouvelles molécules de combat, mutantes, en gestation - ou là, déjà...


La "surdétermination" Palestine

Mais, explosive, l'est-elle tellement plus, la situation de 2007, que celle de ces années 1967-77, où "surdéterminant" les contradictions du fordisme rétro-colonial à la française dans le monde immigré du travail, l'impact du conflit en Palestine se fait grandissant - et chez les O.S. maghrébins, d'abord, dont elle ne contribue pas peu à maintenir la mémoire vivante, et l'esprit de lutte indomptable, contre la pression décérébrante du "système Taylor", et de la chaîne?
Le contre-choc Palestine n'est pas plus faible, alors (années 70), de l'autre côté: dans la fraction de la classe ouvrière "blanche", traditionnelle, qui a fourni la chair à canon mais aussi les "bouchers", français, de la guerre d'Algérie, et en porte encore les stigmates - moins, certes, que les victimes,
De part et d'autre, donc, le conflit en "Terre Sainte" retentit dans une société française de souche chrétienne et catholique, plus fort encore que les coups de gong du Têt vietnamien.
Il fonctionne comme le cadre où se joue la revanche de1962.
Impression que l'opération combinée entreprise, en 1956, par la triple alliance franco-israélo-britannique, archéo-coloniale, contre l'Egypte de Nasser, accusée de soutenir le F.L.N. algérien (avant les Palestiniens du Fatah...) était déjà venue donner.
Juste avant 1968, enfin, en 1967, la "guerre des Six Jours" et l'écrasante victoire d' un Israël, étendant son "anchluss" jusqu'à Jérusalem sont venus, s'il le fallait, rafraîchir les mémoires.
Et s'aiguisent encore le tranchant de contradictions déjà au vif.
Pour le colonel insoumis d'avant 1940, devenu le le général de la Libération, l'allié "nationaliste" - à peine plus qu'implicite - des communistes, l'homme des accord d'Evian et le seul grand prophète blanc de l'émergence, géopolitique, d'une résistance libératrice et nationale, en Palestine, l'Israël d'après 1967 devient l' "ennemi de trop" - celui qui donne, derrière les tentures, le coup fatal.
Mais ce n'est pas tout.


- L'enchaînement -
Vietnam - coût de la guerre - crise économique - esclavage du dollar,
Europe soumise - exception française- grèves...


La conjoncture économique internationale se détériore au rythme de l'enlisement américain au Vietnam.Elle a commencé à se dégrader dès le milieu des années 60, au moment des premières difficultés rencontrées par Washington sur le théâtre indochinois, avec le coût toujours croissant de la guerre. Et Washington tente alors de faire payer...aux Européens l'hémorragie - financière - où saigne aussi sa guerre.
Les Etats-Unis peuvent jouer, pour cela, sur toute une gamme de leviers.
A commencer par la distorsion perverse d'une concurrence transatlantique faussée par les financement d'Etat liés au Pentagone. Et Concorde, déjà, est concerné, comme l'ensemble de l'aérospatiale civile et militaire - plans de charges, etc.
Mais c'est aussi le yoyo savamment entretenu et géré d'un dollar désormais "monnaie unique", d'abord du "monde libre"...
S'ensuit, dans la partie du monde vassalisée, sur le plan technique et financier, par un des trois grands vainqueurs (dont la Chine!) de la deuxième guerre mondiale, une détérioration lente mais continue du "climat des affaires".
Fascinée, selon sa pire tradition, par tout ce qui est étranger, brille, et semble porter les atours de la force, la technocratie patronale parisienne n'aspire qu'à la liquidation d'un capitalisme d'Etat indépendant et national, façonné par le gaullisme, ordre ancien à abattre, donc - et pas seulement aux yeux de l'hilare et jouisseur "anarchiste allemand" de Nanterre.
Le Capital ne bande plus - quand il le peut encore - que pour les jeunes vieux-beaux qui lui promettent une ouverture complète aux grands vents financiers du grand large, soufflant de l'Atlantique.
"Même combat" dans les rangs de la haute bureaucratie d'Etat pompidolienne, sa maîtresse incestueuse, devenue sa soumise.
Elle aussi s'engage presque sans frein dans une dérive l'éloignant chaque jour d'avantage des investissements sacrificiels du colbertisme, comme du progressisme social-catholique, tous deux propres au gaullisme de l'origine (avec ses évidentes limites...).
Aux divers défis réels du moment, formant système, "le pouvoir", pris dans l'étau d'une tenaille à mâchoires multiples, ne sait donc répondre que par une pression toujours plus forte du haut vers le bas - du "sommet" sur la base.
En recul forcé sur le salaire, le Capital répond par une intensification toujours plus forcenée des cadences, dans le cadre de fer de "rapports de production" inchangés (Fordisme américain importé dans le néocolonialisme interne "à la française")...Et cela malgré les premiers craquements qu'une oreille attentive ne peut que percevoir - "signaux faibles, signaux forts"...
Il fallait remettre la société, et d'abord l'entreprise, en marche avant, regard porté loin vers le futur, et vers le haut - anticipation économico-stratégique, investissements d'Etat tirant l'investissement privé vers les technologies d'avenir, la formation et la qualification...
On pouvait ainsi restaurer la confiance au cœur d'une force de travail progressivement émancipée des carcans d'un mode de production fordien, mutilateur de l'intelligence ouvrière, et régressif - en mobilisant dans l'intérêt de tous l'énergie formidable d'une jeunesse à juste titre rebelle contre le vieil ordre.
Au contraire, avec le "Grenelle" d'un Jacques Chirac au garde-à-vous devant l'obtus de Montboudif, puis la succession de celui-ci, mort tôt, par l'ondoyant Giscard, suivi par le vampire de Jarnac, on bride toute la mécanique socio-industrielle - en croyant compenser l'humiliation par le salaire, puis le chômage par la com', et la rébellion suicidaire des petits enfants des ex-"travailleurs immigrés" par le "chicha", puis la "poudre" , et la musique de S.O.S. Racisme. Non sens sur non sens.
Même si quelques points d'augmentation, pour tous, au cours de la "négo" qui clôt, sans l'achever, mai 1968, sont bons à prendre.
Grenelle ayant donné tout de même un sérieux coup de pouce au pouvoir d'achat, les tensions de l'après 68, toujours vivaces, s'orientent donc dans trois directions, combinées:
- 1. Un "rétablissement de la productivité" sous le fouet d'une accélération toujours plus brutale des cadences, par une pression toujours plus insupportable des petits chefs, et avant tout concentrée sur les OS immigrés.
- 2. L'essor de l'inflation, qui ronge, dès septembre, le fragile bonus de mai, et va rendre "ultra-sensible", très vite, la question du prix du ticket de métro, puis du salaire et du "Mal-Logement" des éclopés de la bataille
- 3. L'amorce ou l'accentuation, d'une politique de récession par secteurs, avec ses suppressions d'emploi en cascade - appelée à se généraliser dans la période suivante...
C'est l'ensemble de ces facteurs, condensés - unité de lieu - sur une immense usine d'automobiles (35 000 salariés), située à l'intérieur même du "grand Paris", desservie par le métro, et à portée de manif de la place de l'Etoile, du Quartier Latin, du ministère de l'Intérieur, ou de l'Elysée, qui vont faire de l'usine Renault de Billancourt une poudrière, dès la renrée 68.
Secouée d'incessants conflits, elle va devenir l'enjeu d'une bataille à mort.
La Gauche prolétarienne va y jeter progressivement une part croissante de son énergie, jusqu'à porter de sérieux coups au pouvoir du capitalisme d'Etat dans cette entreprise-kollabo nationalisée à la Libération, devenue le laboratoire privilégié d'une façon "résolument moderne" de "faire suer le burnous" au fils de Marrackech, de Tunis, ou d'Alger - comme aux porteurs de casquette "à la papa" du Gennevilliers ou de l'Aubervilliers d'antan, ou à leurs fils, loubards d'usine aux blousons noirs.


Nom:Dreyfus. Prénom Pierre. Profession: P-dg.


Le "patron" à qui la G.P. s'affronte, P-dg d'une entreprise publique, grand commis de l'Etat, technocrate politique plus que chef d'entreprise, n'est pas n'importe qui.
Pierre Dreyfus est porteur d'un nom-symbole, souvent associé à l'émergence de la "gauche" moderne, soixante-dix ans plus tôt ans plus tôt, vers 1898, à l'époque de la première affaire Dreyfus,mettant en scène Alfred, le capitaine, homme d'honneur, juif républicain universaliste, amoureux de la France, sa patrie, de son armée, son rempart - et donc à mille lieux de l'infecte idéologie sioniste qui va le prendre en otage, prostituant son nom, et sa mémoire.
Poursuivi comme traître, dégradé comme espion de l'ennemi héréditaire, l'Allemagne, condamné sans preuve à l'issu d'un procès douteux marqué par une poussée de fièvre antisémite, déporté à Cayenne, dans un bagne surnommé - ô Dallidet -..."L'Île du Diable", Dreyfus (Alfred) sera enfin réhabilité à l'issue d'une campagne superbe menée tambour battant par ceux qu'on commence à désigner comme les "intellectuels" - dont le Zola de..."J'Accuse"!.
Contrairement à ce que prétendra, à cette occasion, Herzl, le journaliste autrichien persuadé que l' "affaire" démontre à une "race juive", par nature inintégrable, inassimilable dans les sociétés républicaines d'Europe vouées à un antisémitisme rabique, éternel, cette première affaire Dreyfus, se conclut par une rébellion, victorieuse, de l'opinion française, contre la calomnie, le lynchage médiatique, l'intolérance et la haine raciale, ici anti-juive. Elle apporte la preuve que l'antisémitisme, comme toute autre forme de racisme, peut être terrassé. A condition d'être combattu, sur des bases claires. En France et en Europe, comme partout ailleurs.
Mais que démontre l'immonde scandale qui aurait dû devenir la "deuxième affaire Dreyfus", et ne l'a pas été, faute, pour les gens qui avaient donné pour titre à un de leurs journaux le nom de "J'Accuse", d'avoir eu un minimum de dignité, d'honneur et de courage, dès le meurtre de l'ouvrier de Dreyfus Pierre Overney, en tout cas, puis au procès de Tramoni, son assassin stipendié, salarié lui aussi de Dreyfus (Pierre), et encore à la libération de ce tueur, un tout petit peu plus tard, puis après la condamnation du Corse indigne de son Île à la peine, pour l'appareil judiciaire, infâmante, de...quatre ans de prison - et enfin, à sa sortie en catimini, accélérée, qui n'attendit pas les quatre ans?
Nous y venons.
Dreyfus (Pierre), nommé par un gouvernement de droite, vient lui-même de cette gauche dont les racines remontent à la bataille autour de Dreyfus (Alfred). Il est même proche de cette "gauche de la gauche" qu'influence, à l'aube des années 1970, le Parti Socialiste Unifié (PSU) du technocrate "gauchiste" Michel Rocard.
Au fil du temps, comme le souligne Aimé Albeher, ancien apprenti de Billancourt à 14 ans devenu le rénovateur "à l'italienne" de la CGT-Renault, tentant tout en souplesse de juguler les intempérances de sa brutale section de Billancourt, l'entourage de ce "vrai-faux patron", sournois, se pollue de la présence d'un aéropage d'anciens "socialistes d'extrême-gauche", plus ou moins trotskisants.
Ils ont été progressivement injectés, par giclées, au sein de la hiérarchie, à la suite des grèves "ultra-gauchistes" des années 1947-50 - qui, sous l'impulsion de premiers "Comités de Lutte" de Pierre Bois, tout différents des nôtres, ont brisé l'axe d'acier trempé gaullistes-communistes, forgé au cours de la Résistance - et poussé le PCF hors du gouvernement, aggravant encore les choses après le départ, hautain, du général...
A Billancourt, ce service trouve sa récompense. Ces gens-là deviennent les "conseillers du prince"...
Dans Renault nationalisée, devenue bien public, et donc, dans le principe, propriété du peuple, un laboratoire d'un nouvel ordre social fait bouillonner ses cornues, avec la gaie collaboration, contre les communistes, d'hommes de la droite la plus dure avec ces "socialistes d'extrême-gauche" privés de tout repère par leur haine viscérale des communistes, couvés par les Américains, et directement ou indirectement liés à l'éminence grise du grand patronat de l'après-guerre, l'ancien socialiste collaborationniste Georges Albertini, de "L"Institut d'Histoire Sociale", et de la revue "est et ouest", payé par une grande banque pour entretenir, des "passerelles", devenues "liaisons dangereuses", entre anticommunistes d'"extrême-gauche" et d'extrême-droite.
L'axe "brun-rouge", ou "rose-brun", lié, notamment par l'intermédiaire de fascistes d'Occident, qu'il recycle, aux experts syndicaux de la CIA - par l'intermédiaire, notamment, du syndicaliste Irving Brown, patron pour l'Europe de la riche et puissante AFL-CIO - connue aussi sous son sobriquet de la guerre froide, "AFL-CIA".
Nos militants ouvriers de Renault s'affrontent donc à une direction particulière, plus machiavéliquement sophistiquée qu'elle en a l'air, que, du coup, la presse de la "gauche respectueuse" exonérera longtemps de ses forfaits - voire de ses crimes...
Mais ce combat se double d'un autre, d'une grande violence, contre le pouvoir syndical d'une CGT d'autant plus "stalinienne" , dans ses méthodes et son langage qu'elle s'est "khroutchévisée" (ramollie) sur le fond, et semble prête vraiment à tout pour préserver le mythe d'une "forteresse" sous son complet contrôle dans une usine-fétiche....
Alors qu'avant même 1968, Billancourt avait changé.
Dès le milieu des années 50, les traditions ouvrières de grève et même de lutte directe, encore vivaces jusque-là, avaient commencé à s'affadir. Sans pouvoir faire disparaître, tout de même, jusqu'au souvenir des 'equipes ouvrières "de choc", partant de l'usine par le métro, porteuses de barres de fer par sacs entiers, pour les violentes manifestations contre la venue à Paris de "Ridgway la Peste", ce général américain de la guerre de Corée soupçonné de quelques inquiétants penchants pour la guerre bactériologique - tandis que son collègue Mac Arthur milite lui, ouvertement, pour le recours à la bombe atomique...
A la fin des années 60, la vieille CGT, toujours électoralement hégémonique dans l'usine, n'y repose plus réellement, en fait, que sur une coriace cohorte de rudes permanents, passablement endurcis dans des habitudes bureaucratiques et un système de "délégation de pouvoir" poussé jusqu'aux limites de la corruption, et de l'absurde.
Cette croûte desséchée de ce qui fut un grand prolétariat de lutte, dont la mémoire, presque moribonde, conserve tout de même quelques éclairs, ne repose pas que sur du vide.
La CGT de Renault-Billancourt gère tout de même encore quelques bastions solides, aux Forges, ou à "Nationale" (dans le secteur de l'usine donnant sur la place Nationale, à Boulogne).
Son influence, enfin, demeure prépondérante chez les O.P. ( les Ouvriers Professionnels, titulaires d'une qualification reconnue, d'un vrai "métier", le plus souvent français, et vieillissants).
Mais ceux-ci ne constituent plus qu'une (consistante...) minorité. L'écrasante majorité des ouvriers sont désormais de jeunes OS immigrés de toutes les nationalités, mais surtout maghrébins. Ils sont concentrés sur les chaînes, notamment dans l' "Île du Diable" (l'Ile Seguin, sur la Seine).


Des pavés lancés avec les étudiants, au retour à l'usine...

En mai 1968, répondant, parmi les tout-premiers, à l'appel de la poudre et des premières barricades, ce sont de jeunes O.P. français de Billancourt qui vont, individuellement ou par petites bandes, tâter de leurs grosses pognes musclées ces jolis petit blocs de granit gris que dépavent, savamment, les étudiants.
Comme dans la clé de voûte d'une cathédrale, une seule pierre verrouille tout l'assemblage - sans le moindre ciment, superflu. Trouver le pavé-clé, le faire sauter d'un coup de barre à mine, et pour le reste, tout vient. Il suffit de se baisser, de ramasser, et de faire passer. A la chaîne...
Dans la chaleur de l'émeute, des contacts se nouent. Une fraternisation s'amorce. Ces jeunes "prolos" de chez Renault, banlieusards prolétariens quelque peu "blousons noirs" , issus, pour la plupart d'entre eux, d'une ancienne tradition communiste de "baston", peuvent facilement être confondus, par leur style vestimentaire et leur argot musclé de "titis" parisiens comme par leur aisance dans le combat de rue et toutes les formes possibles de "cogne", avec les bandes du "lumpen", mi-prolos, mi-gangsters, venues des cités de transit de Sartrouville, Nanterre, ou de la banlieue sud - la "pègre" (selon la méprisante expression chère au ministre de l'intérieur Christian Fouchet), qui ne rechigne pas, de fait, en marge de l'émeute, sur la rapine ou le pillage.
A l'usine, ou dans leurs familles, ceux qui sont ainsi allés "barricader", tout naturellement, avec les étudiants, "discutent le bout de gras" avec de plus anciens qu'eux - qui n'ont pas tous complètement accepté le virage légaliste du PCF des années Khrouchtchev, suivant la mort de Staline - et encore moins sa traduction, à l'intérieur de Billancourt.
Comme le racontera plus tard à une journaliste de La Cause du Peuple un ancien délégué CGT se rapprochant doucement des "maos" (comme beaucoup de militants de base, et même certains permanents, jusqu'à des membres de la direction CGT- Renault...) c'est à partir de1962, précisément, que se manifeste une soudaine prohibition de mœurs prolétariennes traditionnellement robustes, à Billancourt (saccages de bureaux de cadres, cassages de gueules de chefs, de syndicalistes "fascistes" du S.I.R. ("Syndicart Indépendant Renault") - voire de journalistes "pourris" - ou pourris...
Cette année-là, pour la première fois, à la suite d'incidents à caractère prolétarien pourtant d' intensité à peine moyenne, une liste de "casseurs", à mille lieues encore du "gauchisme", est affichée sur les murs de l'usine par un responsable CGT - à l'attention de la direction du personnel...
Un mauvais pli se prend...


De la cour de la Sorbonne à Billancourt:

la marche des 1000 et la pensée de Staline


De retour "au chagrin", donc, où "ça discute sec", les jeunes O.P. attirés par l'odeur des lacrymogènes au chaud Quartier latin des étudiants - et des étudiantes, ils sont très "féministes" - deviennent les premiers dissidents d'un Billancourt où le mot désespoir n'a jamais cours. Dans la sympathie naissante qu'ils portent aux jeunes de la Sorbonne "tatanés par les "cognes", ils sont désormais confortés par le discours que tiennent, encore "mezzo voce", à l'intérieur de leur usine, de récents embauchés - dont l'allure générale, et surtout le langage, ont suscité, comme l'indique aujourd'hui Aimé Albeher "une première petite mise en alerte du côté de la CGT".
Quand, sortant d'une période d'attentisme et de trouble où nous ne voyons pas la perspective politique d'une brutale escalade anti-flics étroitement limitée, craignons-nous, aux jeunes "enragés" de la "petite bourgeoisie intellectuelle", nous formons à partir de la Sorbonne un premier cortège délibérément tourné "vers les quartiers populaires" (la banlieue) "et les usines en grève" , le 16 mai 1968, sur le coup de 17H30, un bon millier d'étudiants progressistes nous suivent vers les lointains ateliers de Renault-Billancourt.
Mais seuls une petite poignée de porteurs de la banderole de tête ("Les ouvriers prendront des mains fragiles des étudiants le drapeau de la lutte contre le régime anti-populaire" ) - dont l'auteur...- savent que la formule constitue l'adaptation créatrice... d'une célèbre citation de Staline.
Dans le texte original, l'oriflamme, est "le drapeau rouge de la révolution prolétarienne" .
Coopté, sans façon, par le service d'ordre du "Mouvement de Soutien aux Luttes du Peuple" (MSLP), "organisation de masse" de l'UJC-ml de Robert Linhart, pour diriger, sur le flanc droit - encore...- un S.O. où se retrouvent la plupart des équipes-choc des C.V.B., j'ignore en revanche à ce moment, une information aussi soigneusement cadenassée que les grilles protégeant la virginale pureté du prolétariat des chaînes, verrouillées par la CGT de Billancourt enfin occupée, sous la pression - après Sud Aviation (future EADS) de Nantes-Bouguenais, puis les autres usines Renault de Cléon, Le Mans, et Flins...
En effet, quand notre cortège déterminé achève sa marche de plusieurs heures au travers de Paris, pour gagner enfin les grilles fermées de l'usine Renault, où se pressent, amicaux, mais coupés de nous, les ouvriers, face au désert dont surgissent ce soir-là les Tartares porteurs d'un texte...du Géorgien à moustache, les garde-frontières du syndicat protègent une citadelle... investie, déjà, de l'intérieur!
Parmi ceux qui, fiévreusement, nous attendent, se trouve une première poignée de jeunes ouvriers proches des "étudiants" - mais aussi plusieurs de nos "copains", "établis"...


Jean-Claude Vernier


Jean-Claude Vernier a été un de ces premiers intellectuels "établis", qui ont fait des petits - prêtres-ouvriers d'une religion sans dieu, venus des Comités Vietnam de Base et de l'U.J.C.m-l.
Ce jeune chrétien progressiste d'une tranquille famille protestante de Besançon (voir page), qui va devenir, fin 1972, début 1973, le véritable fondateur de Libération, avait suivi, dès 1957, à l'âge de 14 ans, le pasteur Mathiot, homme de foi et de courage, dans des activités risquées de "passeurs" des clandestins du F.L.N. algérien, sur la frontière suisse, toute proche d'une maison de sa famille.
"Les Algériens nous faisaient confiance, mais n'étaient pas bavards...Ahmed Ben Bella a même dormi une nuit dans mon lit...Je lui avais laissé ma chambre, donnant directement sur l'entrée, mes parents n'y ont vu que du feu...").
Son père commence tout de même à s'inquiéter - et se renseigne, dans la discrétion la plus absolue, sur son fils.
La suite était écrite. "Passé par Centrale, je suis d'abord allé m'établir comme manœuvre dans la Réparation navale marseillaise, en janvier 1968...Moi aussi, je suis passé par l'expérience du "nettoyage des chiottes"...Puis, un chef d'équipe m'a orienté vers le C.A.P de tuyauteur-chauffagiste, que j'ai passé...Ayant dû quitter la "Répa", j'ai acquis une troisième qualification professionnelle, après celle d'ingénieur diplômé de l'Ecole Centrale, et de tuyauteur. Je suis devenu "saucier" - "saucier, qualifié" - dans les cuisines d'un établissement coté de Saint-Tropez. Puis nous avons eu, ma femme et moi, notre premier enfant, en juin.
Nous sommes alors "remontés" à Paris,et je suis entré à Billancourt, à l'Ile Seguin, comme tôlier-débosseleur...J'y ai passé le C.A.P - quatrième métier...Il y avait déjà deux copains "établis" qui faisaient du bon boulot, sans se montrer trop..."


Aboulker, Theureau

Le premier de ces deux "kamikazes" s'appelle Jacques Aboulker.
Fils d'une riche dynastie de médecins juifs, ce militant sérieux, intègre, et peu accessible à la peur, a laissé un souvenir éblouissant aux "prolos" de Renault, rescapés de la "bande à Pierrot" (Overney) , et notamment aux O.S. maghrébins, qui parlent encore aujourd'hui de lui avec une tendresse émue et chaleureuse, où transparaît l'admiration de ces durs militants pour son dévouement "à la cause du peuple".
C'est Aboulker, animateur du journal "Métallo Rouge", qui créera, organisera, et animera les premiers "Comités de Lutte Renault", structures de base, démocratiques, ouvertes à tous, originales, souples et presque informelles, créées, atelier par atelier, pour des luttes ponctuelles, hors syndicats...
Un "grand bond en avant" va se produire en février 1970, avec la fusion entre la G.P. officielle animée par un autre établi, Jacques Theureau, et ces "comités de lutte" où s'illustrent , au côté d'Aboulker, un jeune O.P. de l'entretien, quasi-sosie de Pierre Overney, et son "grand pote" "à la vie, à la mort", Didier Cornavin - aujourd'hui professionnel du cinéma, et proche de la CGT comme du PC, dans le Val de Marne...
Sans être aux antipodes des thèses générales de la G.P., le fondateur des Comités de Lutte est un militant de caractère, extrêmement indépendant.
Selon les anciens ouvriers maos de Renault, qui gardent de "Jacques" (Aboulker), le souvenir d'un garçon "merveilleux", il avait toujours eu beaucoup de recul à l'égard de "Pierre", le principal dirigeant connu de la GP.
Comme Roland Castro, Didier Truchot, et bien d'autres...
C'est ce qui explique qu'il n'ait pas souhaité placer une activité tout de même risquée sous l'autorité du personnage - au début, en tout cas.
Tous les anciens ouvriers maos de Billancourt qu'il a été possible de voir ou de revoir, dans la préparation de ce livre, partagent aujourd'hui, sans exception aucune, le jugement avisé qu'avait formulé, très tôt, cet "établi" historique, à l'avant-garde...
Opinion pour le moins critique - "qu'on m'indique où il est enterré, que j'aille, pisser dessus", dit un des O.S. "historiques". Un rejet sans ambiguité, désormais étendu aux principaux lieutenants, courtisans, ou subalternes, de la "cour" de celui qui va bientôt se faire appeler, pour les journalistes, "Pierre Victor", un pseudo claquant fort, mais qu'il lui faudra assumer dans la douleur, avant de devenir le "gourou" à grand chapeau noir ridicule, puant de suffisance d'une mini-secte pseudo -"Lévinassienne - au terme d'un sinueux parcours, après avoir liquidé la G.P., et sucé la roue du vieux Sartre dont il est devenu le secrétaire payé, et bien payé.
De ce côté, et très loin de Renault, comme du monde du travail, dans son ensemble, il est de bon ton maintenant d'afficher, menton levé, un très altier souci de philosophie morale, fondé sur un accès privilégié à d'obscures et savantes lectures - et sur une dédaigneuse distance avec "ceux qui ignorent l'hébreu" , et sont encore, de ce fait, dans les ténèbres du Non-Savoir et l'"illusion du politique"...


16, 66% d'augmentation du ticket de métro d'un seul coup!
Revanche sur les augmentations de salaire des accords de Grenelle!

"Pas de pétition! Pas de pleurnicheries!La résistance par l'action directe..."


La fusion des deux groupes de militants maos de Billancourt, et l'essor foudroyant des "Comités de Lutte", ont une origine commune: la "bataille du métro", déclenchée en février 1970.
Il s'agit d'une vraie bataille. Au sang.
Elle va durer deux mois, se traduire par des victoires en série des "rebelles prolétariens" de la grande usine, succès politiques autant que "militaires", et provoquer notre première "percée de masse" à l'intérieur des ateliers de Renault- Billancourt - avant de s'étendre, en tache d'huile, en région parisienne...
Franchissant la Seine, les affrontements vont rayonner vers Citroën Balard-Javel (XVème arrondissement: sur l'actuel "Front de Seine", bâti sur le cadavre de l'usine, liquidée).
Ils vont s'étendre très vite aux usines SEV et CSF d'Issy les Moulineaux, "branchées" sur le métro Coirentin Celton, presque en face de Billancourt, et jusqu'aux gares d'Austerlitz et de Saint-Lazare, carrefours de la banlieue, puis enfin au Pont de Levallois, au nord-ouest...
Tout commence par l'annonce brutale d'une augmentation de 16, 66% du prix du ticket de métro - applicable au 2 février 1970.
A Billancourt, presque tout le monde utilise ce moyen de transport. La hausse fait l'effet d'une bombe, en forme de gifle. Par son sens, plus encore que que par la somme: elle est reçue comme la caricature cruelle du "revanchisme" d'après mai 68. Cette nouvelle augmentation d'un produit de consommation basique, venant après bien d'autres, projette en pleine lumière l'insidieuse stratégie de dérapage des prix, qui mord de plus en plus avidement dans le "bifteck" arraché à Grenelle - juteux en première bouche, mais fondant à toute vitesse (10% d'augmentation du salaire nominal, rongés depuis par une inflation d'au moins 5% par an...).
Très vite, de jeunes "prolos" de Renault, excédés, commencent à passer sans payer.
Ils envahissent de préférence les wagons de première classe, seuls, ou en petites bandes.
Lecteurs de La Cause du Peuple, ils viennent d'y découvrir, le 16 janvier 1970 (numéro 15 ), le "récit d'expérience" de l'occupation sauvage des wagons de première classe d'un train de banlieue, gare de Lyon, "en masse à force ouverte". (suite troisième colonne ou accès direct par clic ici)

 

L'événement est tout frais.- "Et nous, qu'est-ce qu'on fait?"

Dans les mêmes pages, un autre article évoque le boycott des bus de ramassage des sidérurgistes de la Sollac, en Lorraine, un peu plus ancien, aux cris de "Plus de bétaillères! Transport gratuit!" . Mouvement agrémenté. de vifs accrochages avec es gardes mobiles...


Le journal des maos, vivant, et sec, propage une culture de l'action directe, populaire, au travers de récits concrets bien accrochés à des faits, vérifiables.
Il est régulièrement vendu à la criée aux portes de l'usine. Et circule déjà, aussi, par le petit réseau interne de diffuseurs de main à main organisé autour d'un premier noyau proprement G.P. d'une quinzaine d'ouvriers, groupés autour de deux "intellos" "établis".


Complémentairement, le "travail de zone" paye. La Cause du Peuple vole de main en main dans les petits cafés ouvriers de la porte Zola, côté Boulogne, ou de l'autre côté de la Seine, au Bas-Meudon. Ils sont minutieusement ratissés, jour après jour, par les infatigables militantes et militants du "groupe de porte", appelé à se transformer bientôt en "détachement de la zone de partisans Renault ".
Les militants de l'intérieur viennent les retrouver dans ces endroits alors tranquilles, pas encore saturés d'indics et de mouchards - comme on va le voir un peu plus tard sur un très vaste périmètre.


Avides d'action, et bien conscients que, sur la hausse des prix, on se "paye leur tronche", en bouffant les déjà maigres "acquis de mai", les jeunes de Renault se réjouissent aussi de l'occasion de "mettre une danse" aux "flics en civils de la RATP", ou aux "képis" - que, déjà, fin chasseurs, ils anticipent...
Enchaîne, dare-dare, un tract. "Esclaves à Renault, bétail dans le métro! Assez! ". Il est signé "Gauche prolétarienne- Renault-Billancourt" - et commence à voler de main en main, de chaînes en ateliers...
Etape suivante, cent jeunes défilent dans l'Ile Seguin, derrière les maoistes. Ils brandissent, et vendent, La Cause du Peuple: "Vie chère, vie d'esclaves, assez! " "Résistance populaire à la hausse!" "A bas les cadences infernales!"
Cent mètres derrière, bien séparé par un sas anti-contamination, un deuxième cortège: les syndicats, qui jugent prudents de ne pas déserter complètement ce terrain, et "marquent" les "maos" "à la culotte"...


- "Un bon petit bordel s'installe, raconte Didier Cornavin. Il va durer toute une semaine.
L'usine n'est pas la seule à être touchée. La station de métro Billancourt, où "de petits groupes de mecs continuent à passer sans payer", souffre ordinairement d'un décor un petit peu tristounet, on se charge de l'améliorer. Dès l'époque Vietnam, nous avions perçu l'intérêt de laisser libre cours en sens de l'expression murale, directe et colorée, des jeunes activistes, en faisant monter l'expérience juste d'un cran, et en réalisant ces productions d'art pictural, innocemment illégales, non de nuit, en cachette, mais en plein jour!
De cette façon, on suscite des discussions avec les passants, qu'ils soient favorables ou, mieux encore, hostiles: puisque dans ce cas il suffit de laisser la mayonnaise monter toute seule vers ce que nous appelons des "embrouilles" avec des allergiques à la peinture, ou mieux encore, avec les flics.
Les plus expérimentés d'entre nous saisissent l'occasion pour endurcir les sympathisants, en leur montrant qu'il n'est pas indispensable de détaler comme des lapins à l'arrivée du moindre képi - ou même, d'un car.
Rester, protester, "embrouiller", attrouper le chaland, à l'occasion, bousculer les "képis", un peu plus tard cogner: c'est toute une pédagogie active qui permet aux "plus avancés" comme au "moins avancés" de progresser ensemble - avant de passer, après bilan et analyse, à autre chose...
Un partage du travail, comme du savoir-faire, à mille lieues, donc, du taylorisme...
La station Billancourt se rafraîchit donc d'expressions graphiques réalisées à la bombe à peinture - un instrument d'autodéfense commode, de plus, en cas de difficulté...On pourrait, sur un plan strictement esthétique, nous le reprocher: mais nous ne donnons pas dans le classique. Ni dans le pastel. Nos couleurs pétillent. Les textes aussi...Soigneusement élaborés en réunion, ou improvisés sur le tas, mais toujours en très gros caractères, ils vont droit à l'essentiel: "Pas de pétition! Pas de pleurnicheries! Une seule voie: la résistance par l'action directe..."


Très vite, la RATP, débordée, fait appel à la police.
Les flics viendront trois fois. Trois jours de souffrance.
Le premier, ils doivent fuir, sous les baffes. Le deuxième, c'est une sérieuse volée qu'ils prennent. C'est Billancourt, ici, pas les processions de la Sainte-Vierge. Et les maos, à fortiori les jeunes métallos maos de Renault. ne connaissent qu'une phrase de catéchisme: "Frappe moi sur la joue gauche, je te défonce la couille de droite d'un coup de santiag, appuyé, en poussant bien à l'impact, et sans me contenter de "fouetter".
Le troisième jour, où les "keufs" ont le tort de revenir, car toute l'usine sait maintenant que c'est fête, les "tuniques bleues" prennent une vraie raclée. "De chez raclée" - comme ont dit aujourd'hui, ou tout est "marque".
Mauvais joueurs, et, de plus, engueulés par leurs supérieurs, qui ont suivi les choses de loin - la division capitaliste du travail et la scission "travail manuel/travail intellectuel", Taylor, toujours, s'est étendue partout comme une mauvaise vérole, jusque dans la police... - ils abandonnent alors le terrain pour deux longs mois.


Le territoire du métro devient "zone libérée".
Le Monde, soumis à la Préfecture, à Dreyfus (Pierre ), ce "P-dg de gauche" et à la CGT, ironise sur le "vicomte Charles-Henri de Choiseul Praslin", "héritier De Wendel et militant maoiste", qui, "établi", en fait, dans une autre usine Renault, à Flins, vient, selon le "journal de référence", haranguer les niais ouvriers de Billancourt et en entraîner "une cinquantaine, ravis de l'aubaine", à prendre le métro gratuit.
Mais le docte journal se trompe, car, au contraire, le pouvoir commence à changer de mains à l'intérieur de la G.P. de Renault. Plus que les "établis", ou les "intellos de porte" ce sont des "prolos de souche", comme Didier Cornavin, Pierre Overney, ou "Dédé Narbonne", qui entraînent derrière eux le gros des travailleurs d'une des équipes de Billancourt (17 000 personnes...). Ils imposent, de fait, la gratuité totale, avec le renfort d' une bonne bande de jeunes immigrés sans peur et sans reproches, plus à l'aise encore, à ce moment, pour "se farcir les flics" dans les souterrains du métro qu'en pleine rue, à la lumière du jour.
Dans l'autre équipe - elles alternent, à mi-journée, et n'ont ni la même composition sociologique (dans la géopolitique complexe des multiples ateliers et secteurs de cette énorme usine), ni le même profil de militants - les ouvriers sont moins unis, les choses se feront moins vite et le métro "total gratuit" ne sera vraiment réalité qu'au bout de trois semaines.

 

"C'est le début du communisme!", s'exclame un ouvrier


Ici comme à CODER , les maos ont l'idée, très vite, de ne pas laisser les combattants d'avant-garde d'une première bataille se sentir seuls, ou se faire effectivement isoler et encercler. Dès le 2 février, à 7H00 du matin, des incidents du même genre éclatent à Austerlitz.
La Cause du Peuple, dont les diffuseurs, militants de la G.P., n'y sont pas entièrement étrangers, les recense fidèlement, dans on numéros daté du 16.
"Contre les ennemis de la liberté, C'EST L'HEURE DES PARTISANS!", claque la manchette.
- "C'est Pompidou qui paye", titre la double page "transports".
On y relate aussi la mobilisation d'ouvriers de Citroën autour des maoistes. Imitant Renault (qui n'est pas loin, de l'autre côté de la Seine), ils commencent eux aussi à passer en groupe, en force, et sans payer. Insuffisamment organisés, eux, toutefois, à l'intérieur de leus ateliers, ils tiennent tout de même cinq jours avant d'être noyés sous une nuée de flics.
Rive gauche toujours, mais en aval, à Issy-les Moulineaux, au métro Corentin Celton, qui dessert les usines SEV et CSF de la ville, "les C.D.P. servent de billets", raconte un autre témoin de l'époque. "C'est le début du communisme", commente un ouvrier...


Pierrot, "P'tit Claude Marseille", Didier, "Roro",

"Bouclette", "Jean-Marc Moto" - Vincent, François, Paul,

et les autres...- les deux José du Portugal, et les Saddok...

 

A Billancourt, en tout cas, ce "communisme"-là ne passera pas - décrète la CGT de l'usine.
"Le pouvoir aux abois lance ce qu'il lui reste de troupes gauchistes pour tenter d'organiser des provocations que les policiers attendent avec impatience", écrit-elle dans un tract daté du 5 février, distribué, prudemment, à distance respectable d'un nouveau cortège ouvrier sorti cette fois de l'usine, en groupe compact de près de cinq-cents, drapeaux rouges en tête - qui s'engouffre dans le métro, sans ticket...
Encore un coup de ces distributeurs de tracts "intitulés "Gauche prolétarienne, maoistes, etc", qui "débitent de la prose fasciste" - et que dénonce la prose de la CGT-Renault-Billancourt...prudemment distillée...
"Ces soi-disant révolutionnaires, en fait émules des chemises noires de Hitler de 1933, saccagent tout sur leur passage, dégradent les voitures du métro, barbouillent les immeubles de leurs inscriptions obscènes, essayant ainsi de discréditer la classe ouvrière", insistent encore les représentants autorisés d'un jeune prolétariat rebelle, qui, même et surtout ici, commence à se passer du "bon de sortie" des "pontes".
- "Déguisés en "ouvriers", comme au 49 ou dans l'Ile, poursuit le syndicat de Billancourt, ou déguisés en étudiants, comme aux portes de l'usine, il s'agit bien de bandits, auxiliaires de la police".
Aimé Albeher, bientôt, va tenter de lui ouvrir les yeux: mais la CGT du rustique permanent Roger Sylvain, ne voit pas qu'à parler comme elle le fait là, c'est dans son propre cercueil que la vieille organisation ouvrière enfonce à ce moment les clous de son discours.
Surtout quand elle va jusqu'à accuser de jeunes sympathisants de la CGT, devenus compagnons de route, ou plutôt de rame, des maoistes, d'avoir "blessé huit travailleurs de la RATP à coups de manche de pioche à leur poste de travail à la station de métro Billancourt " .
- "Ce qui est vrai, raconte encore, frisottant sa moustache rousse de "Gaulois de chez Gaulois", le malicieux Didier Cornavin. "A part qu'ils étaient six, et pas huit, et qu'il s'agissait d'agents de la sécurité du métro, des "flics de la RATP" - et pas du brave "poinçonneur des Lilas" (ou de Billancourt), chanté par Serge Gainsbourg...
"Il est vrai que, des coups de manches de pioche, poursuit l'ancien ouvrier qualifié (O.P.) de l'entretien, il a bien fallu en donner pour lancer l'affaire du métro. Moi, pas tellement. Ces grands bouts de bois mal maniables, ça n'a jamais été mon truc...Mais Pierrot, ces jours-là, il s'est vraiment éclaté...Ça a vraiment été sa grande entrée en scène dans les rangs de la G.P....Il avait un humour incroyable ...Il ne pouvait pas s'empêcher...Il nous pliait de rire..."
Un jour, déchaîné, tapant à grands coups de manche de pioche, de toute sa puissance de fils d'ouvrier agricole de la Beauce, élevé à la dure, sur des "képis" venus prêter main forte aux "flics de la RATP", noyés sous le nombre, Pierre Overney accompagnait ses "han!..." et "han!..." de bûcheron de mots d'ordre à la chinoise, singeant les "Gardes Rouges"..."Les masses sont avec nous, les masses sont avec nous"...
"Personne n'en pouvait plus!, reprend "Didier le Gaulois". Même les meilleurs cogneurs, comme "Roro le Mammouth" - un des piliers de la "bande à Pierrot", formée de jeunes ouvriers professionnels qualifiés (O.P.), français antiracistes, en rupture de ban avec la CGT, qui rejoignent alors massivement les Comités de Lutte, ou la G.P,...- "étaient tellement écroulés de rire qu'ils ne pouvaient plus taper!".
Didier, que la Brigade criminelle allait un petit peu chatouiller en 1977, le soupçonnant - sans preuves, bien sûr - d'avoir été le passager de la moto, auteur des cinq coups de "calibre" mortels pour Tramoni (le vigile de Billancourt, meurtrier d'Overney, retrouvé, cinq ans après) se souvient encore aujourd'hui, nostalgique "des parties de pêche à la ligne qu'on organisait ensemble, avec "Pierrot" et d'autres, du bord de l'Ile Seguin, entre deux interventions d'urgence pour révision de machines. Nous placions un "chouf" (un guetteur) pour nous prévenir en cas de descente des chefs...".
Mais les meilleures choses ont une fin.
Les flambeaux du bal du métro vont s'éteindre, avec la sortie de piste de Didier - maître danseur à qui la modestie, mais aussi la prudence, interdit de "gonfler" si peu que ce soit le rôle qui fut le sien, dans cette histoire, au côté de Pierrot, de "Roro", de Jean-Marc "Moto", des deux José du Portugal, de Claude "Marseille", des Saddok, et des autres...


Dernier tango à Passy


Mais avant que les lumières s'éteignent - avec l'arrestation de "Didier le Gaulois" - et que Cendrillon reprenne, dépouillée de sa robe de Princesse d'un soir, et de ses chaussons de vair, le chemin du "chagrin" - un dernier tango à Paris, plus précisément à Passy, et plus exactement encore au métro Passy, va faire chavirer corps et cœurs, pour un dernier coup de flamme...
"Dans la nuit du 23 au 24 février (1970), à 2H30 du matin, indique un communiqué de la Nouvelle Résistance Populaire (N.R.P.), scrupuleusement exact jusqu'à ce point, "des partisans ouvriers de la N.R.P. se sont saisis de 30 000 tickets de métro à la station Passy, comme le faisaient les résistants, pendant la guerre, en allant "récupérer" des tickets d'alimentation...(...)
" Ces tickets ont été distribués dès le mardi 24, à Saint-Lazare, par cent manifestants, qui les accompagnaient d'un tract : "Tous les moyens sont bons pour faire cracher les voleurs...Nous avons volé dans une station de métro les tickets de métro que nous vous distribuons...Voler les voleurs, c'est justice. Tous les moyens sont bons pour faire cracher le patron".


Un mensonge de Rolin (Olivier)


L'auteur de ce petit texte, sobre pour l'occasion et correctement écrit, est Olivier Rolin, le transparent "Antoine" de la N.R.P. - aujourd'hui repenti honteux et collaborateur de la revue des néo-conservateurs français, Le Meilleur des Mondes, organe doté de vrais moyens, si l'on en juge par son papier, glacé comme par la quantité des textes discrètement propagandistes qui s'y entassent.
Le "commissaire politique" de ce "Monde"... des Maîtres, véritable Guantanamo œcuménique de la pire "intelligentsia" française, celle qui rampe sans vergogne aux pieds des puissants du Temps, quels qu'ils soient, puis, changeant les paroles, mais jamais la musique, cherche d'autres objets à sa passion maso du ralliement, est un tout petit maître à frange, vitupérant imprécateur à ailes variables, vaguement mao sans jamais se "mouiller" vraiment, connu pour avoir confondu Ponpon de Montboudif avec Adolf Hitler, mais il est vrai qu'il voit partout des petits bruns à moustache, hurleurs, et rallié, lui, sans fard à Sarkozy - dans une dégringolade sans fin de renégat allant jusqu'aux extrémités logiques d'une démarche toujours vitupérante, pleine d'arrogance et d'un d'un mépris haineux multidimensionnel, tombant d'on ne sait quelle hauteur sur des cibles perpétuellement changeantes (hors les Etats-Unis et Israël, intouchables protégés, depuis le milieu des années 1970, des postillons "tout azimut" d'une haine rabique tournant sur elle-même), et toujours donneur de leçons, impérieuses et coupantes comme un réquisitoire de procureur stalinien, mac carthyste, ou nazi, malgré cette manie des retournements de veste sans pudeur...
Peut-etre aura-t-on reconnu ici le portrait, vite torché, d' André Glucksmann, fils, dit-on, de deux militants communistes, juifs, eux, universalistes, agents des renseignements militaires de Staline, le prestigieux G.R.U, auprès de qui le grand K.G.B. de l'origine passe pour une équipe de joyeux drilles et d'amateurs brouillons...
C'est dans ce "Meilleur des..." laboratoires, à prétention "française", où s'élaborent, traduits ou adaptés de la langue texane de l'intellectuel américain Donald Rumsfeld, ou de celle du dangereux Richard Perle, que tente de s'organiser, avec l'aide de quelques donateurs aussi "éclairés" qu'anonymes, une "Nouvelle Résistance Impopulaire", pro-Bush et pro-Israël, inspirée des "faucons" "néocons" de l'extrême-droite américaine, que sévit désormais le renégat Rolin, dit "Antoine", puis "Antoine Liniers", mais que les ouvriers de Renault membres de la N.R.P. avaient intuitivement baptisé, très tôt, "Le Maréchal", sans allusion aucune à Lin Biao, puis "Pinochet", en référence à "pine", et à "hochet", mais pas seulement...
Avant de s'engager, l'âge de "raison" venu, dans une petite carrière d'écrivain à succès médiatique, son repentir lui valant un perpétuel dégueulis d'"articles" cire-pompes plus nombreux que ses lecteurs, Olivier, fils d'un fonctionnaire colonial qu'il aurait rêvé héros de la Résistance, ou, selon d'autres sources, d'un officier de l'armée d'Indochine tué par un obus de l'armée d'occupation terroriste où il "servait", s'apprête alors, sur ordre, à faire de la N.R.P., qui n'est qu' une "signature" pour des "opérations spéciales" un peu plus risquées que la moyenne, comme elle l'a été à Marseille, puis à Dunkerque (voir page), une véritable organisation clandestine, indépendante, avec son atelier de fabrication de faux papiers, son matériel radio, ses vieilles mitraillettes Sten de la guerre déterrées dans un maquis du Limousin rouge de Guingouin, ou des "outils" d'importation, plus modernes, ses "permanents" salariés (en liquide), etc.
Ce sera chose faite, bientôt, avec la construction de véritables structures à vocation rigoureusement clandestine, bien que la chose soit la "branche armée" au projet stupidement et vaniteusement claironné de l'"ex-G.P.", et que son recrutement initial laisse à bien des égards pensif...
Mais, au jour de Passy, une N.R.P. organisée n'est encore qu'un projet. Et Rolin ment, effrontément, dans les cocktails (sans Molotov) de Saint-Germain des Prés où son grand nez rouge de Pinocchio s'allonge au rythme de ses vantardises, et du whisky de marque que ce repenti lampe pour y noyer sa honte, quand il "fait le beau", en décrivant sur tous les tons, épique, fier à bras, faussement modeste, rouleur, amer, désabusé, en tout cas "romantique", et dans tous les cas, à la mode, dans l'attitude si bien décrite par Sartre de la "putain respectueuse", confite en bigoterie pour effacer ses "fautes" , comment lui et "(ses) hommes" ont réalisé, au métro Passy, une des actions "politico-militaires" de fait les plus justes, au sens où la "queue d'aronde", sous la lime d'un a-justeur est "juste" - parfaitement en place, et coulissante - opération à la fois la plus politiquement utile, la plus mesurée dans ses moyens et donc dans le défi qu'elle lance au puissant appareil de la police, et la plus moralement "juste", enfin - jamais revendiquée par la Nouvelle Résistance Populaire...
Il faut ce qu'il faut, pour toucher le "denier de Judas", et faire (petite) carrière de ses "exploits" de "grand chef militaire clandestin" - tout en traitant de façon amusée, un tantinet méprisante ("Tigre en papier") les pauvres crétins qui, selon lui, croyaient à tout ce "pathos" sur le "prolétariat", la révolution, "un pour tous, tous pour un", et surtout, surtout, la lutte armée...
Il en viendra à demander à l'un d'entre nous, peu avant la parution de ce tas de boue, de lui trouver une arme de poing de gros calibre pour pouvoir en finir, le moment venu, avec les tortures où se tortille un cerveau d'éternel "khâgneux", enrobant de phrases bien tournées, parfois même élégantes, les puantes défécations d'une âme déjà morte dans un corps tout d'os, maigre, rongé par l'alcool, la honte, et le remords.
Mais le hic (on nous pardonnera une métaphore tombant trop "juste" pour être biffée, parce que libérée d'une pitié imméritée...), c'est que Rolin, "Antoine", "Le Maréchal", Pinochet-Pinocchio-Pine-au-chose, n' est pour rien dans le coup de Passy.
Absolument, résolument et totalement pour rien.
Le soir où les billets ont été volés, en grand nombre, au prix de quelques risques tout de même pour les membres du commando, il ronflait dans sa piaule, à Normale Sup, rue d'Ulm.
Ce prudent "révolutionnaire" bénéficiait dans cette "Grande Ecole" de tout le confort, et surtout de la consistante bourse d' "études" de fonctionnaire d'Etat en formation dont cet incontestable spécialiste de la version latine et, à un moindre niveau, du thème grec, issu de la fameuse "khâgne à cogneurs" de Louis Le Grand, avait pu bénéficier pour trois ou quatre années, au prix d'une première (et très discrète) concession aux principes.
Il avait en effet décidé de présenter le concours, en mai 1968 - au moment où les plus cohérents d'entre nous décidaient, eux - rupture...- de s'arracher au "carriérisme petit-bourgeois des études", à tout destin de "mandarin bourgeois", d' "Ulmard", ou de clown grotesque au nez rouge de "la littérature nombriliste, pourrie et décadente" de Saint-Germain des Prés, pour larguer les amarres, et partir, à l'aventure, " s'établir en usine".


"U Cervu", "Dede La Couenne", "Titi d'Argenteuil":

les vrais "Robin des Bois" de Passy

 

Le véritable chef du commando de "nouveaux partisans" , auteur de la "récupération prolétarienne" au métro Passy est précisément un de ces jeunes gens sans peur et cohérents, qui, après un passage à Louis-Le-Grand, ont choisi d' "oublier Ulm", le prestige du concours, la bourse avantageuse, le petit studio peinard, le prestige qui va avec, et l'avenir universitaire qui s'y profile, pour se donner corps et âme à un militantisme de banlieue, âpre - que Rolin, lui n'a jamais pratiqué.
Nous l'appellerons "U Cervu", ("Le Cerf"), puisque ce grand Corse faussement nonchalant à la frappe sèche, insiste pour que son patronyme n'apparaisse pas, comme le fait son "compatriote îlien" "Marcel" de Marseille...


A l'époque du "braquage" de la station Passy, qui donne du souffle à la "bataille du métro", et donc aux ouvriers maos de Billancourt, en pleine percée, Rolin, bagarreur consciencieux, est membre du Comité Exécutif de la Gauche Prolétarienne depuis le début.
Pourtant, il n'a pas la moindre expérience de "travail de masse" direct, à la base, dans une usine, en "groupe de porte", ou sur un quartier - et, gourmand de "petits culs" "people" mais pas très "peuple", ne cherche nullement à en acquérir une.
Mais depuis l'époque Vietnam, et Flins 1968, puis 69, tout le monde reconnaît un certain savoir faire opérationnel, et du courage à cette caricature vivante d' "intellectuel bourgeois" à la papa, vivant dans le vase clos des livres, coincé et complexé, trop rarement libéré par de viriles chansons de marins d'autrefois chantées entre hommes, en groupe, et le soir, tard, arrosées d'alcool âpre, cher, ou par l'adrénaline propre aux actions violentes...
Comme ce garçon timide et renfermé, complètement coupé de la chaleur populaire, de la vie réelle du monde du travail et des "gens de peu", qu'il ignore, est sans contact direct avec la base, il ne dispose donc, début 1970, au début de l'affaire du métro, d'aucune véritable équipe autour de lui.
C'est la raison pour laquelle il se tourne vers "U Cervu", dont il a apprécié, comme nous tous, le calme, autant que la pugnacité, dans la cour de l'usine de Flins, le 17 juin 1969 - et qui, lui, aime les gens, vit entouré de "potes", et de "bonnes copines", ayant les mêmes qualités que lui, et peur donc constituer une équipe.
Jeune cadre audacieux et actif d'une G.P. en pleine ascension, sous son impulsion, dans son secteur de banlieue, "le grand" vit alors au contact permanent des ouvriers marocains de Chausson-Gennevilliers, de leur cadre mao, Mokhtar, resté toute sa vie un impeccable militant ouvrier, anti-impérialiste, antisioniste, doublé d'un homme de culture, de poésie et de théâtre, au côté de son amie Geneviève Clancy...
"U Cervu" vit aussi dans l'amitié de jeunes rebelles français d'Hispano, des filles de Jaeger ou de "Valentine-les-belles-peintures", des immigrés du bidonville d'Argenteuil, ou des jeunes des C.E.T. de toute la banlieue nord.
Vrai Corse, il a aussi ce sens instinctif - tragiquement absent chez Rolin - de la détection d'hommes et de femmes sûrs, de combattants solides, qui seront "bons sur un coup", sauront rester muets, ensuite, et ne lâcheront jamais, plus tard - même aux pires moment de décomposition générale, et de débandade.


Dédé La Couenne


C'est le cas de "Dédé La Couenne", un des jeunes militants d'Argenteuil qui va seconder "U Cervu" à Passy, et au-delà, comme de l'équipier qu'il a lui-même proposé, "Titi" - sans que personne d'autre que leur "chef de groupe" ne le sache, pendant longtemps.


Reste à choisir la bonne station, et la méthode.
Habitant rive gauche, le Corse cherche une station éloignée de ses parcours habituels - où il pourrait être reconnu, on ne sait jamais...
Son choix se porte vite sur Passy. Les possibilités de repli par un écheveau de petites rues et par des escaliers débouchant sur les quais de la Seine lui semblent convenables - ce qu'on peut d'ailleurs discuter.
"Dede" et "Titi" sont d'accord.
Et d'accord aussi sur le mode opératoire.
Un (vrai) polytechnicien en uniforme, discret militant de la G.P., et une accorte camarade blonde, des plus potelées, seron chargés du guet et de la diversion. Leur "couple", peu banal, attire l'attention. ...C'est une méthode d'aimantation des regards d'éventuels témoins sur un point de détail - le bicorne, les seins...- utilisée par les plus grands professionnels du "braquage" de banque, comme par les tueurs à gages, corses ou pas, ou ceux des services de renseignement officiels de l'appareil d'Etat, corses aussi, quelquefois, mais pas toujours...


En 1970, n'y a pas encore de caméras video dans le métro.
En revanche, il y a bien, dans un petit local fermé, une imposante réserve de tickets. Trente mille, d'après les décomptes faits au cours de la série de distributions militantes qui va suivre.
Au métro Pont de Levallois, par exemple, de jeunes ouvrières d'usine prendront des carnets entiers, et les tracts qui vont avec, "pour les copines, à l'atelier".
Gare d'Austerlitz, le mardi 10 mars, à 18H00, 4000 tickets de Passy sont distribués. Les flics, qui, trop de fois rossés, et dans les grandes largeurs, au métro Billancourt, y laissent désormais les contrôleurs de la RATP, philosophes et ravis, lire La Cause du Peuple au guichet tandis que passent à l'œil des centaines puis des milliers d'ouvriers de Renault, tentent de sauver l'honneur - c'est Austerlitz... Ils ne sauvent rien, mais doivent se sauver, sous les huées et sous les coups.


Comme au métro Billancourt, base de départ de cette fructueuse campagne, les militants de la G.P. sont loin d'être les seuls à donner, ce jour-là, de la voix, ou du poing.
Tous les gens en ont marre de la hausse des prix, qui mine leur pouvoir d'achat, et de plus, les humilie - puisque la plupart d'entre eux, grévistes en mai, ont repris le travail à l'appel de syndicats contre la garantie écrite d'une augmentation de 10%...
Et tout le monde est ravi de cette occasion géniale de marquer le coup...


C'est un événement majeur, marquant la société française toute entière. Il prouve l'efficacité d'une stratégie, combinant l'action de franc-tireur des premiers petits groupes d'ouvriers de Renault violant à force ouverte le tabou des guichets, puis des premières, puis entraînant 100 ouvriers d'une usine de 35 000 travailleurs dans un cortège interne, avant d'enchaîner sur une sortie à 500, de l'usine au métro, la marmelade des képis, les passages en force quotidiens, par milliers, et enfin l'action "politico-militaire", merveilleusement ciblée, réalisée sans faute parce qu'elle est "juste" et simple - puis exploitée par les vastes réseaux de la communication militante.
Un cas d'école, contrairement aux aventures "à la Tupamaros" où l'Ego hypertrophié de délirants dirigeants de la G.P., et du "Maréchal", futur "néo-cons", lui-même, entraîneront tout le monde à la catastrophe - sans même évoquer le cas de l' "embrouille" mortelle de la porte Zola, fruit de la même hyper-dilatation du même Ego des mêmes, "forçant" les choses, à mort, le 25 février 1972 (lire page)


"Procès de Moscou" pour "U Cervu"

Comme le "numéro deux" qu'il a choisi pour l' "action de partisans" de Passy, et qui reste aujourd'hui son ami, "Dede la Couenne", un jeune lycéen d'Argenteuil fils de militants communiste, et toujours aujourd'hui, et militant, et communiste, (contrairement à Rolin, Glucksmann, Theureau, Schiavo, July, Geismar et cie) "U Cervu" fera l'objet d'un règlement de comptes sordide, genre "procès de Moscou" - fin octobre 1970.
On viendra lui demander des comptes pour l'insuffisance, relative, des émeutes de "guérilla urbaine" préparées par le Comité Exécutif - dont il n'est pas - pour le procès d'un Geismar insuffisamment aimé, et surtout respecté, pour soulever la jeunesse - échec dû avant tout à la bureaucratisation accélérée d'anciens "cadres militaires" déjà sur le retour qui ont "refilé le bébé" à "U Cervu" comme Rolin, Passy, puis l'accablent et l'assomment de critiques après-coup.
Ces petits procureurs grotesques, plus rougeauds que rouges, bouffis de suffisance, de haine et de mépris, souvent d'une laideur physique à faire peur, reflet d'une décomposition dans la noirceur, côté cœur sont en général flanqués de compagnes zélées, qui leur ressemblent, jouant la "femme du chef", harpies boudinées montées sur de courtes pattes prêtes à tout pour transformer en "légitimité" politique, perverse, les rapports de plumard.
Tout ce tout petit monde, minuscule bureaucratie encore au stade du foetus, dont l'avidité à s'intégrer, quel qu'en soit le prix, aux nouvelles classes montantes de la modernité n'apparaît encore que de façon subliminale, s'inquiète, en fait, de la montée en puissance du grand Corse débrouillard aussi indépendant d'esprit que son "adjoint" de Passy, le robuste "Dédé d'Argenteuil", sur la base d'actions fortes, basées sur un travail de fond.
Leur autorité grandit alors au-delà même des limites de leur "willaya", de plus en plus puissante, "royaume indépendant" de "seigneurs de la guerre" liés, eux, aux fiers ouvriers marocains du redoutable "village arabe" de Chausson-Gennevilliers comme aux vaillants "établis" d'Unic ou de Valentine, et aux "milices ouvrières" indépendantes, alors au bord d' éclore dans le rude espace prolétarien de la grande "zone nord-ouest".
La "haute direction" de la G.P commence donc à s' inquiéter.
Un des anciens cadres opérationnels des C.V.B., alors remarquable, devenu, chez les mao, "cadre-dirigeant", et employé, plus souvent qu'à son tour, à ces basses besognes, se chargera d'organiser, avec l'appui de sa propre compagne, son "clone", pitoyable caricature de "femme de chef", une campagne de calomnies contre "Dédé La Couenne", "en procès", avant même "U Cervu", dès l'été 1970.
Pour avoir lancé un début de rébellion collective contre la façon dont les cadres "maos", "parachutés" de la région parisienne, et notamment de la fac de Vincennes, se sont "tirés des flûtes" en rentrant à la maison, intacts, après l'émeute juvénile du 14 juillet 1970, à Saint-Etienne du Rouvray, près de Rouen, pendant que les "prolos" de 20 ans de cette banlieue très ouvrière, réservoir de main d'œuvre de l'usine de Renault-Cléon, sur la Seine, "morflaient", tabassés, emprisonnés et condamnés pour avoir répondu aux appels à la révolte de l' "été chaud", glorieusement lancés par la G.P., il sera traité de "flic" ...
Trois mois plus tard, "U Cervu", pour sa part, traîné à une séance de "critique autocritique" pour "déviation hors-la-loi" dans la zone nord-ouest, et lâché, ignominieusement, par une (petite) partie de son équipe, partira, écœuré, faire son service militaire en Allemagne...
Il tentera bravement d'y mettre sur pied un "comité de soldats", avant de "rentrer au pays", en Corse, pour y retrouver des êtres humains dignes de ce nom, ayant sens de la dignité humaine et de la fraternité, et repartir du bond pied.
Au même moment, "La Couenne", qui a prises ses distances "avec tous ces malades", mais continue à militer, dans sa ville natale d'Argenteuil, ville de Gabriel Péri, puis Robert Montdargent, où vécutent Karl Marx et l'impressionniste Claude Monet, connue aussi pour ses carrières de marbre attirant une main d'œuvre abondante d'immigrés italiens, base d'un PC offensif, pendant la Résistance, et de réseaux de la M.O.I., où il connait tout le monde, aura été retrouver Driss, à Oran - où, expulsé, il survit dans la dèche, complètement paumé.
Driss est le Driss de "nous vengerons Kader et Driss", de l'époque Keloufi (voir page). Ce jeune immigré vivait, si on doit écrire "vivre", dans le cloaque immonde du bidonville d'Argenteuil, que les communistes de ce secteur du département du Val d'Oise devenu depuis le bastion du "brancardier du parti", le fourbe et jovial "nain de jardin", Robert Hue, voulaient raser, dispersant les immigrés pour construire la fameuse et juteuse "dalle" commerçante, entrée depuis dans l'histoire par une visite-éclair de l'agité de Neuilly.
L' "affaire du bidonville" allait se traduire par une monstrueuse "chicore" sur le marché, la municipalité PCF de l'époque ayant fait appel à ses "réserves" chez les blousons noirs de la cité Kruger, alors bastion du Parti, pour chasser les maos, mais la "bande Kruger" s'étant divisée en deux, une partie combattant au côté des "Arabes" et de la G.P...
Gilbert Castro, que sa qualité de trésorier, et ses jolis petits petits costars de quatre sous tirés à quatre épingle n'empêchaient pas de monter au front, quand ça chauffait, y perdit une paire de lunettes, brisée par "un gnon de première bourre", et Driss, qui, faisant toute confiance aux maos, avait pris la parole en plein marché, défendant ses "frères immigrés" et La Cause du Peuple fut aussitôt arrêté, conduit au premeir bateau, et expulsé.
Il n'avait plus eu de nouvelles de personne, il n'y avait pas eu plus d'actes de solidarité élémentaire que de "vengeance", quand le "salopard de dissident", Dédé la Couenne, vint lui serrer la main, puis le prendre dans ses bras, huit ans plus tard, dans son infinie détresse oranaise...
Le troisième homme de Passy, "Titi " (zone nord-ouest, toujours) sera, par chance, épargné.
Il ne faisait d'ombre à personne - mais il était venu, tout de même, accompagner ses deux copains, pas plus "ouvriers" l'un que l'autre, contrairement au communiqué de la N.R.P., et pas membres, non plus, d'une organisation qui, à ce moment, n'existe que sur le papier, pour apporter sur un plateau au "Maréchal" Rolin, le butin de l'opération de Passy.
Le "triangle" clandestin des auteurs réels du "braquage" avait agi avec méthode.
Enfouissant leur volumineuse "prise de guerre" dans d'énormes sacs de sport, bourrés à craquer, ils avaient gagné Ulm en voiture - et avaient pris soin d' y pénétrer par l'entrée du parking souterrain avant de se diriger le plus discrètement possible, gros sacs en main, jusqu'à la chambre du Normalien en pantoufles.


La bar corse de Gilles Millet, et sa fresque

Sans Gilles Millet, vaillant "mao" de Melun, puis vrai journaliste à Libé, "pote" de confiance de "l'ennemi public numéro 1" des années 70, Jacques Mesrine, ami de son "équipier" préféré, Charly Bauer ("bandit d'honneur" du quartier de l'Estaque, à Marseille, activiste des Jeunesses Communistes pour le soutien au F.L.N. pendant la guerre d'Algérie, puis du "gang des blouses grises"), on ne peut plus proche, comme le Marseillais moustachu, de Pierre Goldman, mais aussi d'Alain Orsoni, le grand "seigneur de la guerre" du FLNC corse de la belle époque, et de "Didier le Gaulois", de Billancourt, il n'aurait pas été possible de connaître la vraie histoire de l'opération "tickets de métro" de Passy - et de remettre Olivier, l'ami de l'ami de Sarkozy, à sa place: dans sa chambre avec ses pantoufles.
Grand amoureux de la vie, et donc, de la Corse, Gilles, fils d'un militant CGT d'EDF d'Île de France, est parti s'y donner de nouvelles racines et retrouver (au journal Corsica, excellent) "la possibilité de refaire enfin du journalisme, du vrai" (évanouïe dans la grisaille "résolument" vulgaire du "Libé" d'après 1981).
Dans une sérénité retrouvée, qui fait plaisir à voir, il vit maintenant dans une jolie petite chambre, au-dessus du bar "Ustaria" (L'Hostellerie, l'auberge...).
L'endroit, fort agréable, est plus connu dans le coin sous le nom de"chez Jojo".
Pour s'y rendre, il faut gagner Peracce, un hameau perché sur les hauteurs dominant la fameuse vallée de la Gravone, réputée pour ses figues, base de la bière corse "Pietra", et pour le mystérieux équilibre de ses clans -"même au plus fort des guerres fratricides qui ont déchiré les "natios", personne ne s'est flingué, ici".
C'est aussi la terre d'élection d'Antoine M., autre grand ami corse de Gilles,et l' un des fondateurs historiques du "Front". Emprisonné avec Alain Orsoni, puis libéré, c'est lui qui avait pris l'initiative d'aller voir " ce journaliste de Libé indépendant d'esprit, dont les articles ne semblaient pas écrits, eux, sous la dictée de la police...".
Au bar de Peracce, on voit aussi parfois passer Vincent Gaggini, ancien mao de Montreuil et du secteur de la place de la Réunion (XX ème arrondissement de Paris), dans la zone "extrême est", animée par Richard De Lumbée ("le petit Richard", aujourd'hui responsable d'une Union Locale CGT (lire page).
Vincent, dessinateur industriel d'une grande famille de la "diaspora" insulaire, à Paris, militant d'envergure, cultivé et réfléchi, resté un véritable ami de la Palestine, a été quelqu'un dont les flics, sur sa piste, ont "beaucoup parlé" à l'époque du tout-premier FLNC. Epoque où, selon les anciens maos corses Jean Jehasse et..., rencontrés par l'intermédiaire de Gilles et de son ami Antoine, à Ajaccio, ce sont "une bonne quarantaine" d'enfants perdus de la Gauche prolétarienne en capilotade qui sont "retournés au pays" peu après le grand mouvement social contre le déversement des "Boues Rouges" par une multinationale américaine de la chimie, au large. Parmi eux, Marie-Jeanne Nicoli, petite-fille d'un "clandestinu" "historique" de la Résistance française en Corse, Jean Nicoli, arrêté et fusillé par les troupes d'occupation du régime fasciste italien, mort pour la France, et pour la liberté de son île.
L'Île avait encore, mais pour très peu de temps, le choix entre "deux voies". Celle de la militarisation radicale (FLNC), ou le développement d'un mouvement sociétal large, incluant les aspirations à l'identité corse, et quelques actions ponctuelles, éventuellement, dans une vaste stratégie populaire d'action directe, sur le modèle défriché, notamment, dans le métro de Billancourt, par les Renault..Ici aussi, la débandade de "Pierre Victor", Geismar, et toute la clique, a été un désastre. Laissant le champ libre a des années de plomb, de mort - et de fuite en avant, stérile.
C'est là, donc, à l' "Ustaria" de Peracce, vallée de la Gravone, en bas, dans la grande salle de "chez Jojo", que Gilles m'a mis la piste d' "U Cervu", le "grand cerf" ajaccien de la zone "Nanterre-Saint-Denis-Asnières-Gennevilliers-Argenteuil" de la G.P., la "zone nord-ouest", véritable responsable opérationnel du "casse" prolétarien de Passy, avec son butin de 30 000 tickets de métro, pas un de moins - dont se vante, devant les jeunes filles naïves ou, au contraire, intéressées, celui que les anciens militants ouvriers de la N.R.P. de Renault, et même un père tranquille comme est aujourd'hui Didier Cornavin (resté proche d'eux comme aussi de Gilles Millet), n'appellent plus jamais, entre eux, depuis la sortie de "ses petits bouquins de merde, à gerber...", ni Olivier, ni "Antoine" - son "pseudo" officiel, mais, toujours "Le Maréchal", ou plus rarement "Pinochet", référence indirecte, aussi, à Pinocchio, dont le nez disgracieux s'allonge encore chaque fois qu'il ment...


Loin de Rolin, maintenant, mais resté, lui, comme "Didier le Gaulois", l'ami de Gilles Millet,"U Cervu", reste dans les mémoires des maos parisiens comme le dirigeant opérationnel d'un grand nombre d' "actions de partisans" intelligemment menées.
La plus retentissante, à égalité avec Passy dont presque aucun n'a su qu'il en était, est l'attaque de l'épicerie de luxe Fauchon (voir page) .
C'est à cette occasion qu'il rencontrera celle qui allait devenir sa compagne, puis la mère de leurs enfants, F., la fille d'un haut fonctionnaire parisien, capturée par les flics au cours du repli de chez Fauchon.
Elle le suivra en Corse.

Pour l'attaque de Fauchon, "U Cervu" avait travaillé en binôme avec "T.", le petit gros au groin de l'attaque du commissariat de Marseille - autrefois simple et direct, aujourd'hui "mandarin universitaire", imbu de la supériorité du "savoir des spécialistes", notamment en matière historique, et plus encore pour ce qui est de l'histoire de la liquidation de la G.P. (à laquelle ce militant longtemps brave, mais suiviste et quelque peu borné, a finalement participé de la façon, hélas, la plus active).


Mais ni "U Cervu", corse de souche, ni F., corse de cœur, ne figurent, c'est peut-être provisoire, mais c'est dommage, sur la grande et belle fresque murale, genre réalisme socialiste, naïf, où Gilles, l'ancien "mao" de Libé "nationalisé corse" pour "services rendus" à la patrie de Pascal Paoli, Bonaparte, Tino Rossi, Jean-Charles Marchiani et Charles Pasqua, figure en bonne place. La malice du Michel Ange de La Gravone l'a inscrit entre Bonaparte et...Mao, près de Pascal Paoli, déjà cité, de Staline, du "Che", qui est partout dans l'Île, depuis toujours, de Cindy Crawford, pourquoi pas?, et un vieux Monsieur du bar, respectueusement dessiné, et bien reconnaissable, d'autant qu'il est rarement absent de sa table, verre servi, et re-servi, mais dont il serait vulgaire, pour tout dire anti-Corse, et en tout cas, anti-Gravone, de citer ou même de murmurer le nom - encore faudrait-il avoir le privilège d'en connaître ne serait-ce que la première syllabe, ce dont on se garde ici, avec prudence, dans la plus religieuse omertà...
Cette décoration murale originale, qui, à elle seule, mérite le déplacement à Ajaccio, Peracce, et chez Jojo, constitue un hommage mérité au Corse de cœur, et d'adoption, qu'est Gilles, connu - à Paris...- pour avoir fêté au champagne, avec notre excellent confrère et ex-camarade mao Frederic Laurent, ainsi que quelques autres, l'exécution du Corse de Paris Jean Antoine Tramoni (déjà cité), l'assassin de "Pierrot" (Overney).


C'était en 1977.
C'est loin...
Et gageons que le petit salon de coiffure... Tramoni, à droite dans la côte en montant "chez Jojo", n'en tient nulle rigueur à Gilles - qui a le mérite, aussi, d'avoir fait entrer à Libération, par la petite porte, et pour de petits emplois d'ouvriers du bas de l'échelle, plusieurs des meilleurs combattants ouvriers de la G.P., "proches", pour quelques d'entre eux, de la N.R.P. - et alors à la rue...

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- Le "casse" du métro Passy, donc,un bol d'air.
La G.P. n'est plus une idée; elle ne se limite plus à de premières "colonnes", touchant de fort symboles, et propulsant la fusée, en attaquant un commissariat de police à force ouverte, ou en rossant, dans la cour d'une très importante usine, une tripotée de garde-chiourme, racistes, tandis que d'autres "partisans", agissant, eux, en petites unités, les traitent au pot de peinture, ou à la barre à mine... Elle devient une force de masse, défendant, concrètement, "le bifteck". Face à l'Etat lui-même, ouvertement mais astucieusement défié, puis ridiculisé, elle impose, là-dessus, aux yeux du public le plus large, son "contre-pouvoir".


La logique mao commence à s'incarner, dans toute sa pureté.

Il y avait matière à continuer, sur ce boulevard...Avec le recul, près de 40 ans plus tard, rien de tout cela n'a vieilli. C'est ça la politique, et la politique, au sens pur du terme, démocratique - dans les conditions d'une démocratie capitaliste moderne où la représentation parlementaire se corrompt, s'étiole, s'ankylose, et se ridiculise, et où de telles actions sont possibles sans trop de casse - à la différence des pays de dictature où la hausse doit être élevée, d'emblée, d'un cran, ce qui chez nous ne serait q'un raccourci vers l'Apocalypse, ou vers le cirque ("Bande à Baader", GRAPO d'Espagne, Action Directe, etc.)...


"Est-ce qu'on peut adhérer à votre parti?", demandent, à la gare d'Austerlitz - qui est bien notre Austerlitz...- de jeunes ouvrier prenant au vol un tract, ou un journal.
Ils se sont d'abord immobilisés quelques secondes au spectacle des képis qui volent, des matraques qui s'éparpillent dans le décor comme des brindilles chassées par le Mistral, et des maos qui, loin de s'enfuir ou de gémir, chargent - et sont des jeunes comme eux, et, pour certains au moins, des ouvriers comme eux.


Ces spectateurs souhaitent maintenant ne plus rester simples voyeurs, approbateurs et même admirateurs, mais participer à l'élaboration d'une "nouvelle politique".

Allons-nous être à la hauteur, faire ce qu'il faut pour les accueillir, les structurer, et leur donner toute leur place?

Pour y parvenir, il nous faut nous ouvrir, mais aussi tenir bons sur nos fondamentaux, et tenir, dans la durée.


C'est le défi.


Mais au point de départ de la bataille, à Renault même, ça va mal.
La Cause du Peuple a certes célébré, dans un méchant petit article ampoulé et méprisant - imputable sans doute à Jacques Theureau (que les flatteries de "Pierre " commencent à pourrir) - la fusion réalisée au cours de la campagne du métro, entre "un groupe se réclamant du maoisme, le Comité de Lutte, et la G.P"
"Ce groupe suivait en partie une ligne syndicaliste, mais il avait développé dans l'Ile l'expression des masses (autonome des syndicats) et réuni, à chaque grève sabotée par la CGT, des Comités de Lutte en général éphémères. Il a commencé lui aussi la bataille du métro, mais avec une ligne opportuniste, en se faisant aider par des groupuscules de parasites...Dès la première semaine, il abandonne cette ligne opportuniste, et l'unité d'action devient totale dans une équipe, partielle dans l'autre.
Son travail prolongé dans l'Ile (avant le métro), son caractère organisé, sa ligne politique
"définie par tous", lui permettent d'organiser dans la bataille de nouveaux activistes du métro et des cantines. (CDP 29. 14 10 1970.)


Du métro à la cantine: quand la gourmandise tue (suite ici)