 |
SADOK BEN MABROUK (ici,
micro en main, fin février 2008, en compagnie de Jacqueline
Fraysse, ancien maire de Nanterre, députée PCF
de la circonscription, elle aussi amie fidèle de la
Palestine.)
- Il a coupé les longs cheveux de ses 20 ans de feu,
et de conquêtes. Mais il a conservé la flamme,
et la pureté, qui dansent dans son regard...
Des chaînes d'exploitation où souffrent, humiliés,
les O.S. immigrés de Renault-Billancourt (92),
qui, avec lui, se révoltent - années
"maos", 1968-72... - à
Suresnes (92), où il apporte sa participation
active à la liste de rassemblement animée par
les communistes, contre la droite d'un dinosaure UMP du sarkozysme
- municipales
2008 - l'étincelant parcours d'un militant
courageux, sincère, conscient et cohérent,
qui n'a pas suivi le sentier ténébreux tracé
par les dirigeants "liquidateurs"
de l'ex-GP, Benny Levy, Geismar, Serge July et le "néo-cons"
Bushiste Olivier Rolin.
"Sadok,
dernier Baroud".
- Un licenciement à l'arraché à
Renault-Billancourt:
CLIC
ici |
Taylorisme, Fordisme
cf colonnes à droite,
accès par clic
ICI
|
- Ici en exclusivité: l'histoire de SADOK,
et de tous les autres, dans les bonnes feuilles du
livre interdit par la censure de l'édition couchée,
"REBELLES: histoire secrète
des "maos" de la Gauche prolétarienne - et
ce qui s'ensuivit (1967-2008)".
Pour accéder aux chapitres:
INTRO: "OSONS!"
ici.
- I -
La politique du choc
1. Vietnam:
ici .
2. Mai 1968 (ici)
- II -
"Le
Parti de la banlieue"
- Montrouge, Flins1969.ici
- La Nouvelle Résistance
Populaire (NRP) naît à Marseille :
ici
- III - "Le
Parti du Travail" 1.
Renault: l' affaire DREYFUS:dans cette page, colonnes
à droite de la photo, accès direct par clic
ici
- IV - Liquidation
ici
- V - Edification d'une
base "ouvriers paysans à Nantes-Saint-Nazaire:
ici
- VI - Guerre secrète
à LIBE
|
|
Ils censurent
REBELLES pour
mieux
cracher sur
le cadavre de
Pierre Overney
- dont le frère,
François, publie dans Le Monde 2, en application
de la loi sur le "droit de réponse",
un cinglant démenti aux
assertions des assassins de l'ouvrier "MAO"
de Billancourt, reprises sans
pudeur dans le livre obscène de Morgan
Sportes, porté aux nues par les MEDIA DE LA
HAINE (lire
ici)
|
REBELLES
III
- Le Parti du travail
-
1
- RENAULT: l'affaire Dreyfus -
La "forteresse ouvrière"
se prend...par le métro (gratuit)
Conclus sous la tutelle de de l'Etat entre patrons et syndicats,
les "accords de Grenelle", vont mettre fin au
puissant mouvement gréviste de mai 1968. Dans la peine...
A Renault-Billancourt, Georges Séguy, le rond et rubicond
secrétaire général de la CGT, communiste réformiste
tendance cassoulet-vin rouge, est venu tester la possibilité
de faire gober par la base ouvrière une remise en route des
chaînes, des fours, et des machines-outil, en échange
de 10% d'augmentation de salaire - mais 35%, tout de même,
pour le modeste SMIC...
Il doit faire machine arrière toute, sous une furieuse"bronca".
Le vieux Benoît Frachon, figure tutélaire de la plus
ancienne CGT "de lutte de classes" n'emporte pas non plus
le morceau.
"Il est vrai, rappelle La Cause du Peuple
(numéro 5, 29 mai 1968), que Frachon, devant
la grogne des Renault, a cru bon de recourir aux mânes du
Front Populaire de 1936, dont il fut - mais aussi "de
1955"...
1936, ça passe, 1955, ça casse. Cette
date est resté au travers de la gorge de beaucoup d'ouvriers.
Le prestigieux dirigeant de la centrale syndicale était déjà
venu faire, alors, souligne la C.D.P., "une sale besogne
à la Régie". Il tentait d'y faire entériner
par les grévistes "des accords d'entreprise " -
qu'ils avaient refusés par solidarité prolétarienne
avec "ceux de Saint-Nazaire".
Billancourt 1968
dans le souvenir de Saint-Nazaire
1955
A l'embouchure de la Basse-Loire, dans la capitale de l' "
action directe" ouvrière, un mouvement de grève
insurrectionnelle, parti des soudeurs de la Navale, avait, cette
année là, donné lieu à une invention
"politico-militaire" aussi "sauvage" que la
grève elle-même, tourbillonnant comme les flux d' un
furieux mascaret en remontée d'estuaire.
Contre les CRS qui libéraient eux-mêmes, sous le fouet
de la peur, leurs instincts les plus bestiaux, fracassant à
tour de bras les têtes les plus chenues comme les plus jeunes,
les insurgés de la Navale, démontrant une créativité
robuste et collective, allaient transformer des "tubes à
riveter" à air comprimé en canons-arquebuses,
"tirant" à plus de 100 mètres des "flèches"
de métal pointu - des baguettes de soudure acérées
"chargées" par le bout du "canon". Propulsées
comme des fusées, elles perçaient, "comme dans
du beurre", boucliers, casques - et corps..
.(Note : sur Saint-Nazaire,
ouvrage de référence "Les Prolos", livre
témoignage de l'ouvrier Louis Oury, Denoël, 1973. Sur
les luttes récentes, et notamment le travail de la CGT avec
les immigrés: "La mondialisation vécue à
Saint-Nazaire en l'an 2003, du syndicaliste Jo Patron, préface
de Serge Doussin, disponible à l'UD-CGT 44)
Les soudeurs canonniers, et d'autres bricoleurs de génie
de toutes les corporations des grands chantiers de Penhoët,
entraînaient alors dans leur farandole d'artilleurs, devenue
ronde infernale, toute la métallurgie de la Basse-Loire,
dont la fameuse usine des Batignolles, à Nantes...(Lire ici)
Les métallos reçoivent alors les renforts,
à l'époque, inattendus, de premiers "francs-tireurs"
issus de la petite et moyenne paysannerie "absolument moderne".
Montrant, pour pasticher, en l'inversant,un des plus savoureux mots
d'ordre de mai 1968, que le "drapeau rouge" ne faisait
plus "peur" aux éleveurs de "bêtes à
cornes".
Une poignée d'entre eux étaient venaient de Couëron
la Rouge, en aval de Nantes, sur la route de Saint-Nazaire,
vieille cité ouvrière baignée déjà
par l'air marin, entre Basse-Indre et les plaines boueuses de Savenay,
lieu d'un terrible massacre républicain contre les "Vendéens"...
(Note: sur l'histoire
ouvrière de Coueron, lire le témoignage de Peter Donzow,
immigré venu de l'est, enfant de la cité ouvrière
dite de "La Navale":, aujourd'hui secrétaire à
l'organisation de l'UD-CGT de Loire-Atlantique, - Peter Donzow."
La Citouche". - Centre d'Histoire du Travail. Nantes)
D'autres paysans progressistes les avaient rejoints, venant du secteur
de Teillé, aux portes d'Ancenis - en amont de la turbulente
Nantes, à mi-chemin d'Angers, et de sa douceur.
Teillé est déjà le fief d'un jeune
parlementaire MRP "chrétien-progressiste", solidaire,
"des travailleurs en lutte", qu'allait immortaliser, 20
ans plus tard, un discours coulé dans le bronze devant une
foule immense, sur le "Rajal del gorp", au Larzac (lire
ici).
Il s'appelle Bernard Lambert. Après avoir joué
un rôle pivôt dans la "commune de Nantes",
ouvrière et paysanne, en mai 1968, il va apporter au petit
groupe de "Paysans en lutte" de La Chapelle sur Erdre,
Coueron ou Fay-de Bretagne, proches des franciscains mao-guévaristes
de la revue Frères du Monde, eux-mêmes liés
aux marxistes-leninistes qui vont donner naissance à la G.P.,
le renfort d'une large fraction de la gauche syndicale de la FNSEA.
Bernard et son épouse Marie-Paule, elle-même militante
de choc, allaient même cacher près de leur poulailler
industriel les frères Gilbert et Marc Garel, deux des plus
vaillants jeunes ouvriers de la G.P., alors en fuite, et recherchés.
Puis Lambert allait impulser le Mouvement des Paysans-Travailleurs,
ancêtre de la Confédération Paysanne de José
Bové...
Bref, 1955 avait commencé à chambouler la
donne, faisant tourner la tête d'une IVème République
déjà bien saoule de scandales et de conflits de toute
nature - comme celle du veux cacique de la CGT venu amadouer ses
camarades de Billancourt.
Le mouvement des métallos de Nantes- Saint-Nazaire
avait eu son baptême de sang, avec la mort l'ouvrier nantais
Jean Rigollet, un gars du bâtiment venu se joindre aux métallos.
(ici)
Au plus fort de l'émeute, il avait été abattu
par balles par un CRS aux abois, en plein centre de Nantes, sur
le Cours des 50 Otages - ainsi baptisé en l'honneur de Guy
Moquet et de ses compagnons du camp de Chateaubriant, tout proche.
Les métallos avaient alors entrepris un pillage systématique
des armureries du centre-ville, à toutes fins utiles...
Dix-sept années plus tard, en février 1972,
à la mort de Pierre Overney, c'est devant la plaque
mortuaire fixée sur un arbre des "50 otages", à
l'endroit même où était tombé le jeune
Rigollet, qu'un ancien "établi" mao des
Batignolles, à peine sorti de prison - l'auteur du présent
livre - allait prononcer, au nom de la Gauche prolétarienne,
un bref discours d'adieu à "l'ami Pierrot", liant
le nom de Pierre à celui de Jean devant un cortège
ouvrier parti des abords immédiats de son ancienne usine
- où des "vieux de la vieille " gardaient encore
précieusement des "flingues" pillés, après
la mort de Rigollet, dans les armureries du centre-ville.(ici)
Les jours suivant, un commando nantais ouvrier-étudiant faisait
sauter, à l'aide de "super-ralbol" trois vitrines,
en série, de trois "boîtes de sécurité"
du Quai de la Fosse, ou de "marchands d'hommes" (boites
d'intérim)...Une initiative pilotée à moyenne
distance par un jeune briscard d'expérience, qui ne pouvait
pas prendre le risque d'une condamnation supplémentaire,
n'ayant pas encore purgé complètement les précédentes...
Ces petits attentats "de faible intensité", en
rafale, visant les cibles, approximatives, que nous avions sous
la main, étaient à la mesure de nos moyens locaux,
en pleine reconstruction après une série de rafles
- et allait valoir, au cours d'un Comité Exécutif,
les chaleureuses félicitations d'Alain Geismar à celui
dont le "rapport Montrouge", devant les poissons rouges
d'Ulm, avait été honoré du tonitruant "c'est
formidable" de Serge July (ici
)...
Castro (Roland): de La Cause du Peuple (première
série), à Charles Pasqua - en passant par la "base
ouvrière" de Renault-Flins, et V.L.R..
.
Quand La Cause du Peuple évoque une tranche de l'histoire
de la France prolétarienne, liant Renault et Saint-Nazaire
à l'intention de ses jeunes lecteurs,elle est encore l'organe,
frais comme un matin de printemps, en mai, d'un chimérique
"front populaire", perspective politique bricolée
à la hâte par ce qui reste de l'UJC-ml, matrice des
Comités Vietnam de Base, puis des maos...
"Journal de Front Populaire" , la "CDP", comme
nous l'appelons avec fierté, est encore placée sous
la direction de Roland Castro, jeune architecte-militant à
la silhouette précocement voûtée, dont la démarche
déjà traînante masque un inoxydable dynamisme
doublé d'une proverbiale et permanente bonne humeur...
Après 68, avec "Tiennot" Grumbach, Didier Truchot,
Annette Lévy-Willard, et d'auitres, il sera le fondateur
du groupe "Vive la Révolution" (VLR)
- fulgurante comète "mao-désirante" dans
la mouvance de la G.P., en plus festif. VLR édite le journal
"Tout" ("Ce que nous voulons: tout", beau slogan
ouvrier des grèves guérilla de Fiat, à Turin...).
Ce petit groupe plein de dynamisme, où s'illustrera un tout
jeune instituteur sauvagement blessé par un tir de grenade
offensive tiré à quelques mètres en plein visage,
Richard Deshayes, qui y perdra un œil, en 1971, s'accrochera
longtemps à sa "Base Ouvrière" de Renault
Flins. Une jeune ouvrier du secteur, passé dans la mouvance
de Casro, "Tiennot" et Didier Truchot, Michel Chemin,
deviendra, plus tard, un des piliers du service sports, animé,
à Libération, par un ancien prof de gym, fils de "russes
blancs" prolétarisés, blond comme les blés
d'Ukraine, Jean-Pierre Delacroix - homme de grande droiture, et
brillant professionnel, aimé de tous.
Roland Castro, progressiste aux convictions profondes sous des allures
de joyeux drille à moue sceptique, aussi cultivé que
courageux, et d'une indépendance d'esprit sereine mais radicale,
se rapprochera du PCF anti-Maastricht comme du "Rassemblement
pour la France" (RPF) de Charles Pasqua, comme plusieurs
d'entre nous, en 1992-93, vingt-quatre ans après
1968 et deux-cents ans, surtout, après Valmy.
L'union des forces historiques, aux sources de la Résistance,
dans ce (nouveau) combat fondamental "pour l'indépendance
et la liberté" de la France, trouvera
un prolongement triomphal avec le "NON" souverain
et majestueux au référendum sur la Constitution européenne,
ce "coup de tonnerre" surgi des profondeurs du peuple
de Valmy et de la Commune - où les voix
des gaullistes purs et durs, qui avaient rétabli le vieux
chef de la France Libre,le 30 mai 1968, à la force du poignet,
viendront apporter leur indispensable complément à
celles du "Non de gauche", Attac etc., dans un rassemblement
de fait qui fut la vraie source de la victoire - transcendant
les clivages moisis de la vieille politique parlementaire...
Dans ce peu banal équipage, où caracolent
les journalistes Philippe Cohen, de Marianne (futur exécuteur
d'Edwy Plenel) et Marc Cohen, de feu l'Idiot International de Jean-Edern
Hallier, flanqué de son ami Bruno Telenne, du groupe
Jalons, de sa compagne la très catholique et pétillante
"Frigide Barjot", et les "pablistes"
républicains et patriotes d'un second "VLR", le
"Vive la République" de l'excellent François
Morvan, Roland tâtonne alors, et n'est pas le seul...
Eparpillés, parfois honnis, nous sommes nombreux à
former le rêve, ô combien satanique aux yeux des petits
esprits confits et confus de la "pensée unique",
d'un vaste rassemblement populaire pulvérisant les lignes
du vieux clivage gauche-droite, pour "casser" le fumeux
projet d'un Super-Etat fédéral européen, bâti
à l'image des Etats-Unis d'Amérique, et instrument
pervers d'une dissolution dans la "globalisation" de l'Etat-nation
républicain, sauvé, deux siècles plus tôt
- c'est peu - par les volontaires à cocarde venus de Marseiile
avec leur chant de guerre, les va-nu-pieds de Valmy (1792) - et
les Sans-Culotte à piques des "sections" de 1793.
Dans ce combat bien dans la ligne de "front uni pour
la sauvegarde de la patrie", qui fut celui des communistes
chinois, et de Mao, contre "l'envahisseur fasciste japonais",
puis du Front de Libération National (F.N.L.) du Vietnam,
du FATAH palestinien, de la résistance irakienne, et de tant
d'autres, mais n'a rien d'exotique - portant sur
le principe de souveraineté, au cœur de la politique
- Roland de La (première) Cause du Peuple, puis du (premier)
VLR, est assez fin pour savoir que nous ne sommes pas si seuls que
nous en avons l'air, mais, "comme d'hab'...",
"francs-tireurs".
Renault au cœur de l'Histoire de France
- et du prolétariat
inter-national...
La défense de l'indépendance de la France Libre de
toujours, fille de Clovis et du baptême, à Reims, comme
de Jehanne d'Arc, bergère de Domrémy devenue bouteuse
d' "anglois", s'inscrit, en effet, dans un retour aux
sources vives de la République - et de la souveraineté
du peuple qui en est indissociable.
Elle est droit dans le sillage du proto-communisme bleu-blanc-rouge
du Babeuf de la Conspiration des Egaux, des barricades aux oriflammes
tricolores de l'insurrection républicaine de 1848, des communards
de 1871 insurgés, d'abord, contre la trahison du "bourgeois-collabo"
Adolphe Thiers face à l'invasion prussienne, parvenue aux
portes de la capitale, de Charles Tillon, Marty, Fabien, Guingouin,
Missak Manouchian, et des ingénieux époux Joliot-Curie,
comme d' Arthur Dallidet, de Nantes, apprenti aux Chantiers de la
Loire puis militant de la CGT de Renault-Billancourt, licencié
et réembauché sous un faux nom, puis métallo
résistant de l'appareil clandestin du PCF de l'intérieur,
mort sans avoir parlé, sous la torture.
Mais c'est aussi l'histoire de Krasucki, dit "La Mésange",
pour sa houppe de cheveux, alors fournie, et d'un noir de jais,
surmontant un nez déjà crochu, en forme de bec. Il
tenait ce surnom des groupes de "police spéciale"
du régime de Vichy qui, traquant les militants clandestins
de la Jeunesse Communiste, pépinière de FTP, avaient
repéré sa silhouette de "meneur", sans pouvoir
encore y mettre un nom, dans les ruelles du vieux Belleville entre
1941 et 1943.
Là, les bandes de jeunes immigrés - juifs de Pologne
ou de Bessarabie - "tenaient les murs", louches. Sans
capuches de "survêt", mais coiffés de casquettes
plates d' "Apache des fortifs", ces "sauvageons"
de l'époque étaient réputés "trafiquants",
"voleurs" ou "terroristes", et quand on eut
trouvé un revolver plus gros que lui dans sous le parquet
pourri de sa petite planque, "La Mésange", enfin
identifié comme Krasucki, Henri, 15 ans, fils d'un couple
de Krasucki du Komintern déjà dans la clandestinité
avant la guerre, on lui amena sa communiste de mère, juive
universaliste et révolutionnaire venue avec son camarade-mari
de sa lointaine Pologne.
On menaça de la torturer devant l'adolescent, s'il refusait
de parler, au moins, du revolver. En yiidisch, elle l'injuria, d'avance.
Elle le maudirait jusqu'au dernier de ses jours, et même au-delà,
s'il parlait.
Il n'en avait, de toute façon, pas l'intention.
Il avait décidé de se taire, il resta coi, Staline
négocia la peau de la mère, et celle du fils, contre
celle de fils de notables nazis, capturés. Déportés,
ils survécurent tous deux à une Résistance
aux accents d'épopée, d'un sens et d'une portée
infiniment supérieures à ceux de nos modestes "actions
de partisans" qui pourtant, nous n'en avions pas le moindre
doute, nous conduisait dans la même voie, et il alla plus
tard extraire, à l'époque où les purges antisémites
du régime "communiste" commençaient à
y prendre des proportions extrêmes, l'ancienne clandestine
du Komintern de sa Pologne natale où elle avait tenu, romantique,
à revenir...
Elle mourut avant lui, à Belleville - et nous fûmes
une poignée seulement, hélas, à accompagner
"La Mésange" à sa dernière demeure,
au Père Lachaise, sur des notes de Chopin et de Tchaïkovski,
sans chandeliers à 7 branches et sans rabbins, sans signes
religieux d'aucune sorte, et sans le drapeau blanc marquée
de la "croix de David" bleue d'un "Etat juif",
sioniste, que ce vieux communiste à la culture solide exécrait.
Seule une forêt de drapeaux rouges hauts levés dans
le silence de pierre du grand cimetière par les rudes militants
du syndicat du Livre devait saluer l'envol vers un ciel neutre de
"La Mésange" - promu au grade de lieutenant FTP
dès sa libération des camps, "Krasu" avait
ensuite dirigé les groupes de combat de rue de la CGT prolétarienne
des années 50, au tout début de la guerre froide,
formé d'une armature Renault et "Rotos" ou "Typos".
Après avoir été, contre la visite de "Ridgway
la peste", le boucher américain de la guerre de Corée,
en 1952, l'implacable "chef d'état-major" des métallos
du service d'ordre de fer de Billancourt propageant leur émeute
"anti-impérialiste", barres de fer en main, jusqu'au
centre de Paris il devint, sans sa houppe de cheveux noirs, disparue
pour laisser place à une luisante "boule de billard",
mais toujours avec son profil aigu en forme de bec d'oiseau, un
des meilleurs secrétaires généraux qu'ait jamais
eu la CGT, dans l'après 1981 - ...
(Note. Document pour
l'Histoire, une magnifique biographie de Krasucki, appuyée
notamment sur le dépouillement d'archives de la préfecture
de police, a été publiée sous la signature
d'un auteur plutôt marqué à droite, Nicolas
Tandler Un inconnu nommé Krasucki, éditions de la
Table Ronde, 1985. A lire absolument!)
Aujourd'hui comme hier, et à Renault plus qu'ailleurs, cette
profonde tradition du peuple de France rejoint celle du patriotisme
militaire, social et populaire du communard Rossel, général
élu par les délégués prolétariens
de l'Hôtel de Ville, insurgé contre l'abandon, par
la République de l'argent repliée dans les ors de
Versailles, du combat contre les Prussiens dont les canons installés
sur les hauteurs dominent, menaçants, les portes de Paris.
Rossel élu chef militaire de la Commune,
abattu au combat par les soudards du Pétain de l'époque...Rossel,
gaulliste avant la lettre, dont le général lui-même
honorait la mémoire - comme il allait saluer celle
du lieutenant de vaisseau royaliste Honoré d'Estienne
d'Orves, premier parachuté de Londres trahi par son premier
radio, à Nantes, et fusillé.
Avant que nous prenions tous clairement conscience de ce que son
nom, et son œuvre, signifiaient, et que nous décidions,
sans hésiter, de remettre nos pas dans les traces
de nos pères, les siennes, De Gaulle
avait su rassembler sous son insolent étendard, comme
nous aurons à le faire, les "blancs" du
lieutenant de Nantes, poussant l'Amour de Dieu, du Roy, de la France
et de son peuple jusqu'au tout dernier sacrifice, les "rouges"
déjà cités, et les "bleu de France"
du "colonel Passy", chef redouté des premiers services
secrets de la France Libre, le BCRA de Londres et de Dieulefit,
Drôme, entre autres places...Le colonel Passy, "cassé",
en 1946, par une conjuration, déjà, des socialistes
et des premiers revanchards de la collaboration sortant le nez du
trou, dans une affaire de "fonds secrets" dont il refusa,
jusqu'aux "arrêts de rigueur", et bien au-delà,
de révéler les clés et qui fut, plus
tard, un des inspirateurs du fils, en culotte courte, d'un
gardien de la paix corse porteur du brassard du Front Populaire
devenu porteur de messages clandestins pour le maquis de son Papa,
puis Ministre de l'Intérieur, en 1986, pour le pire, et 1993,
pour le meilleur, Charles Pasqua - "tête
de réseau" longtemps clandestin d'un autre
intrépide "franc-tireur" de souche corse,
français à en mourir, devenu "corsaire de
la République" : le catholique social Jean-Charles
Marchiani, ami du Hezbollah et de l'Iran, libérateur des
otages français du Liban et des pilotes de l'armée
de l'air aux mains des miliciens serbes de Bosnie, aujourd'hui
"cible", sous l'opprobre, dans le viseur
de ceux qui crurent, par les mêmes moyens, bas, très
bas, "avoir la peau de Passy"...
(NOTE: sur le colonel
Passy, lire notamment "Le colonel Passy et les services
secrets de la France libre", Guy Perrier (cadre supérieur
de Peugeot), Hachette littérature, 1999)
Issues, qu'on le veuille ou non, puis épisodes, de
cette très longue histoire, les luttes de tendances de l'immédiat
après mai 68 ayant été ce qu'elles furent,
byzantines et sauvages, au poste très exposé
de directeur de publication de La Cause du Peuple, passée
un petit peu en force aux mains de ce qui devient la Gauche prolétarienne,
Castro (Roland), proche, pourtant, de la naissante GP, refuse, comme
Didier Truchot, et d'autres, de reconnaître l'autorité
de son numéro 1 - ils le connaissent tous deux trop bien.
Roland de Nanterre s'efface donc devant Jean-Pierre Le Dantec puis
Michel Lebris et le brave vieux Sartre, déjà à
demi-aveugle...(voir page)
Comme le rappelle, donc, la première Cause du Peuple,
fin mai 1968, à Billancourt en colère, Séguy,
Frachon et cie doivent donc "donner du mou" devant la
rébellion ouverte des Renault, sous les sifflets et les huées
des ouvriers de cette vieille usine-fétiche de l'époque
du Front Populaire, en 1936, dont la mémoire accueille, comme
elle le peut, et sous l'aiguillon vif des jeunes maos, celle d'un
jeune prolétarat arabe du Maghreb, rêvant, à
son tour, et à sa façon, de "monter
à l'assaut du ciel"...
C'est ce nouveau sujet historique qui, dans la période
qui s'ouvre, va "réveiller les morts",
rafraîchir le souvenir des Jean-Pierre Timbaud, Dallidet,
et autres Jean Rigollet, et remettre Billancourt sur le chemin de
l'espoir - dans le droit fil de son ancienne histoire.
1912 : Billancourt en grève
contre "le
système Taylor"
C'est ici, donc, à deux pas du vert et coquin Bois de Boulogne,
sur une boucle de la Seine, en pleine agglomération parisienne,
que s'est forgé le mythe de la "forteresse ouvrière"
- imprenable "bastion" des communistes et de la CGT...
Il date...de 1912! Cet hiver-là, au moment même où
"l' ingénieur conseil en organisation" écossais
Frederic Winslow Taylor présente devant le Congrès
américain le cynique système de réorganisation-division
du travail dont il est l'inventeur, et qu'un milliardaire
américain, magnat d'une industrie automobile en pleine croissance,
et grand admirateur de Hitler, du nom de Henry Ford, va
bientôt généraliser, pour un bon siècle,
à toute la planète, les ouvriers français,
mais aussi chinois, ou "indochinois" de l'imposant complexe
industriel de Billancourt géré par Louis Renault -
admirateur de l' "organisation scientifique de la société"
d'Adolf Hitler, comme son rival et maître Henry Ford - y lancent
un grand mouvement de grève.
NOTE.
Sur Henry Ford, Hitler,
nazisme et taylorisme, lire "Le "fascisme"
améeicain et le fordisme", Dominique Amblard,
berg international éditeurs, 2007
Comme le souligne Robert Linhart,
dans un livre fondateur ("Lenine,
les paysans, Taylor", Le Seuil, 1976),
ouvrage de fond, dense et clair paru trois ans après
la deuxième dissolution, dite "définitive"
de la Gauche prolétarienne, et aussitôt
"bréviaire" des rescapés "mao
un jour, mao toujours" qui refusent l'abandon
de la question de l'usine, la rébellion ouvrière
de Billancourt a pour objet, explicite, de
faire barrage à l'introduction du "système
Taylor", des "chronos", qui l'accompagnent,
et de l'idée, "taylorienne", que "tout
ce qui au cours de la production réclamerait un effort de
réflexion, si minime soit-il, " (Linhart),
soit désormais "pris en charge par des représentants
de la direction - l'ouvrier parfait n'étant plus qu'un exécutant
décervelé que l'on peut entraîner à atteindre
le rythme de la machine".
Génie, à sa façon, Taylor
illustre de façon perverse, mais magistrale,
souligne ici Robert, une intuition de Karl
Marx, vieille alors d'un demi-siècle.
Le livre I du Capital (éditions de la Pléïade,
page 903), passe au scalpel de l'analyse la scission travail
intellectuel/travail manuel, au cœur des contradictions des
sociétés modernes, industrielles puis soi-disant post-industrielles.
Elle en constitue le vice caché, l'impensé radical,
la plaie essentielle, toujours à vif - source d'irrépressibles
autant que récurrentes "révolutions
culturelles", aux formes les plus diverses.
"Ce n'est pas seulement le travail qui est divisé,
subdivisé, et réparti entre divers individus,
écrit ici le Vieux Karl. "C'est l'individu
lui-même qui est morcelé et métamorphosé
en ressort automatique d'une opération exclusive,
de sorte que l'on trouve réalisée la fable absurde
de Mennenius Agrippa, représentant un homme comme
fragment de son propre corps. (...)
"Les puissances intellectuelles
de la production se développent d'un seul côté
parce qu'elles disparaissent sur tous les autres.
Ce que les ouvriers parcellaires perdent se concentre en face d'eux
dans le capital.
La division manufacturière leur oppose les puissances intellectuelles
de la production comme la propriété d'autrui et comme
pouvoir qui les domine.
Cette scission (...) s'achève (...) dans la grande industrie,
qui fait de la science une force productive indépendante
du travail et l'enrôle au service du capital."
"Au niveau de la société entière,
prolonge (page 82) Robert Linhart, accompagnant
ici sans l'épouser le mouvement de pensée de Taylor,
"les capitalistes pourraient attendre les plus heureux effets
quant à la paix sociale. Point que souligne à plusieurs
reprises Taylor, qui soutient que son "système
" évite les grèves. "
- Les grèves? Peut-être...Les révoltes
sûrement pas!
Linhart est un des mieux placés pour le
savoir. Dans un autre livre majeur, marquant une génération
entière dans les très nombreux pays où il a
été traduit, et lu, "L'Etabli",
il a fait une synthèse limpide et concise de sa propre expérience
d'intellectuel "établi" comme O.S., sur les chaînes
de Citroën.
Le plus brillant espoir de la philosophie française
des années 60-70 dans la pépinière d'Ulm, connue
pour son célèbre bassin aux poissons rouges (ici),
y a animé un Comité de Base original, d'inspiration
"mao", et de nombreuses luttes sur les chaînes.
Sur la dissolution des rébellions
prolétariennes par la parcellisation du travail
et la robotisation...des hommes, donc, F.W. Taylor, le vrai
"Maître Penseur" du XX
ème siècle industriel, et peut-être aussi, hélas,
malgré les possibilités de l'informatique, de celui
qui lui succède, se trompe.
Comme se trompent les congressistes américains qui boivent
ses paroles, et les germanolâtres Henry Ford ou Louis
Renault.
Ils sont dans l'erreur, c'est un fait. Historique, établi.
Ne souffrant plus aucune contestation, aucune polémique.
L'après-mai 68 des Maos, centré sur le soulèvement
des O.S. contre l'abrutissement du travail à la chaîne,
étendue, autour d'eux, au processus de "taylorisation"-
lobotomisation de toute la société, fondement de notre
combat, tout particulièrement autour de l' "Île
du Diable", au cœur de Billancourt, en
ont fait la démonstration,
"dans la pratique": l'atomisation "fordienne"
du processus de travail provoque,
et c'est heureux, d'infinies révoltes
- au lieu d'en supprimer les causes.
C'est
le centre de ce livre que d'en dévoiler,
déchirant l'épais manteau de plus de trente ans de
mensonges, l'histoire, d'abord factuelle -
"et ce qui s'ensuivit"...
Les Renault vont perdre la bataille de 1912, "Grand-Mère
de toutes les batailles" qui suivent, ...
de 1968 à 1972!
A deux ans, à peine, d'affrontements mondiaux d'une
toute autre dimension et d'une toute autre portée,
mais situés sur la même ligne de crête,
autour d' enjeux finalement liés, pouvait-il en
être autrement?
D'autant qu'au même moment, exactement, Lenine
lui-même, vieux guerrier de l'esprit épuisé
par toute une vie de lutte errant sur la glaciale banquise d'une
Révolution rongée par la famine, harcelé
par les loups eux-mêmes à bout de force d'un impérialisme
exsangue de trop et trop de massacres, mais pas encore "à
l'agonie" (Mao: l'époque suivante)
se prépare à introduire, "à la guerre
comme à la guerre", pense-t-il, l'efficacité
sans âme et sans pitié du "système Taylor"
au cœur de l'économie soviétique
- comme Robert Linhart en fait, encore, le récit, puis l'analyse.
- De premiers germes de destruction interne sont alors introduit
par son propre architecte au plus noir de sa pyramide...
Mais c'est ainsi.
"Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec,
nouvelle lutte encore, et cela jusqu'à la victoire - telle
est la logique du peuple, il n'ira jamais contre cette logique"
(Mao:"Rejetez vos illusions et préparez-vous
à la lutte", 14 aout 1949)...
Juste avant les premiers coups de canon de la "grande
guerre", et l'effroyable boucherie donnant naissance aux
premiers partis "communistes", l'expropriation
du savoir ouvrier, seul capital de la classe sans capital, commence
alors à exercer ses ravages à l'intérieur de
Renault - comme elle va le faire dans une URSS devenue
"bolchevique", où le mince prolétariat
industriel s'en va former les cadres de l'Armée Rouge, de
la police, de l'administration économique, et de la Tcheka
(Linhart, encore), tandis que dans les usines en voie de "taylorisation"
progressive, paysans ruinés et bourgeois déclassés
deviennent, sur les premières "chaînes"
d'un ersatz de "prolétariat", importé
de l'intérieur, les cobayes paradoxaux du "fordisme"...
A Billancourt, les nouvelles normes d'airain de
l'économie moderne étendent, de secteur en secteur,
aux diverses parties de l'usine, et au divers métiers, la
coupure absolue travail intellectuel/travail manuel.
Elles font des prolétaires de la grande industrie concentrée
ce qu'ils n'avaient jamais été: des exécutants
purs, privés de toute capacité d'initiative autonome,
de réflexion et de pensée - dans un travail de ce
fait dirigé, de ce jour, jusque dans ses plus infimes détails,
par une armada bureaucratique de grands et de petits chefs (un membre
de la direction pour trois ouvriers, avait calculé, d'avance,
Taylor).
L'entreprise, en tant que source de profit, y gagne un peu - à
court terme.
A plus longue échéance, elle perd d'autres
opportunités de faire bondir la productivité, par
d'autres moyens, faisant appel, eux, aux réserves infinies
de l'imagination créatrice, individuelle et collective, de
la "ressource humaine". Plus
grave, elle accumule la dynamite d'explosions à venir, qui
auront elles-mêmes leur coût en sang comme en argent...
Mais on ne peut pas mutiler l'intelligence humaine, l'intelligence
prolétarienne, en tout, et tout le temps.
Dans les ateliers de Louis Renault, le savoir professionnel de l'ancien
ouvrier de métier, cœur de l'ancien "compagnonnage",
puis du "syndicalisme de classe", résiste, sourdement,
par poches - chez les outilleurs, aux forges, etc.Il faudra des
"progrès" (techniques) ultérieurs, avec
l'invention puis le perfectionnement de machines-outil automatiques,
et surtout la mise au point du travail sur "chaîne"
proprement dit, mécanisation "perfectionnant"
les principes de base de Taylor, pour que l'Ïle Seguin,
centre vital de la grande usine, devienne enfin l' "Île
du Diable"...
1936-1942: Arthur Dallidet, de "Île
du Diable" à "Vaincre
et Vivre"...
Entre temps, Renault, restée à l'avant-garde des luttes,
engendre toujours des militants ouvriers de grande valeur. Mutilées,
dans le travail, intelligence et imagination trouvent à fleurir
dans le combat politique...Lutte anticoloniale contre la guerre
du Rif, brigades internationales de la guerre d'Espagne...
En 1936, après que la victoire électorale d'une gauche
d'un rose pastel des plus pâles eut entraîné
la formation d'un gouvernement "d'union", soutenu, mais
"de l'extérieur" par un Parti Communiste Français
(PCF) qui n'y participe pas, chassant la tentation de se lier les
mains pour quelques strapontins, le Parti dirigé par Maurice
Thorez, un "fils du peuple" ouvert et cultivé,
souche solide profondément plantée dans le rude prolétariat
du nord charbonnier des "ch'tis", a fait le bon choix.
Il en est récompensé par l'éclosion d'un puissant
mouvement gréviste, notamment dans la grande usine de fabrication
d'automobiles, ce produit encore quasiment futuriste auquel a su
croire l'industrieux Louis Renault.
La déferlante sociale balaye tout le pays, porteuse d' une
irrésistible aspiration au progrès et au bonheur.
Libre de toutes attaches gouvernementales, le "Parti",
y nage "comme un poisson dans l'eau".
Il peut sortir enfin d'une longue et laborieuse période de
labour au sein des les couches prolétariennes les plus profondes,
porteuse d'avenir, mais réalisée sur une base étroite,
et donc électoralement marginale.
C'est à ce moment qu'émerge, à Billancourt,
un rude lutteur nommé Arthur Dallidet. Organisateur-né,
ce combattant prolétarien d'une rigueur absolue, né
à Nantes en 1906, fils d'un couple d'ouvriers "rouges"
de la conserverie de légumes Cassegrain, deviendra la cheville
ouvrière de l'organisation clandestine du Parti pendant la
guerre.
Interdisant les retards aux rendez-vous de plus de six minutes,
et les réunions de plus d'un quart d'heure, il publiera une
brochure de conseils pratiques pour militants ouvriers clandestins,
"Vaincre et Vivre" - dont nous nous inspirerons, techniquement,
et surtout idéologiquement, pour produire, le moment venu,
la nôtre.
Arrêté finalement à une bouche de métro,
dans le XII ème arrondissement de Paris, et férocement
torturé par une Gestapo convaincue qu'il joue un rôle-clé
dans l'appareil le plus secret du "parti de l'intérieur",
celui qui fait si peur, il mourra sans avoir parlé, fusillé
par un peloton d'assassins en uniforme vert-de-gris des troupes
d'occupation allemandes, au Mont Valérien, le 26 mai 1942,
à trente-six ans.
"Numéro 1" ultra-protégé du PCF clandestin
en territoire français, devenu, après de tristes errements
dus à une excessive soumission à ses tuteurs de l'est,
l'âme d'une Résistance renouvelée, devenant
plus "populaire", Jacques Duclos ne modifiera pas ses
habitudes d'un centième de millimètre après
avoir appris que cet homme d'acier trempé était tombé.
Vivant dans la même banlieue sud, à quelques kilomètres
de lui, son numéro 3, Charles Tillon, "général"
de l'armée d'ombres rouges des FTP, fera le même choix
(le numéro 2, Frachon, l'homme de la CGT, a été
"exfiltré" en province).
C'est à Dallidet que
l'on doit, aussi, la métaphore de l' "Île
du Diable", dont il avait fait, et
dont nous (re)ferons sous l'insolente et bienvenue mention:
"directeur de publication: A. Dallidet",
un journal des Comités de Lutte Renault..
En 1936, autour de Billancourt, devenue capitale ouvrière,
le Front Popu est riche de potentiel. Les "grands frères"
soviétiques ne peuvent plus garder le contrôle intégral
d'un Parti faisant, désormais, rayonner ses propres racines
dans le riche terreau d'une société capitaliste sortant
à peine du Moyen-Âge social, décrit, pour l'Angleterre,
par le premier Marx.
Les communistes français combinent alors avec bonheur une
pratique syndicale indépendante, unitaire et offensive, une
politique, porteuse, de rassemblement de tout le "peuple de
France" au service du succès de ce "gouvernement
d'union" qu'ils ont choisi de priver de leur présence,
et un internationalisme vivant, clandestin, qui s'incarne,
après le soutien plein d'énergie aux fiers insurgés
"rifains" d'un Maroc indomptable engagé dans un
combat à mort pour "l'indépendance et la liberté",
dans le soutien aux "rouges" de la jeune Rébublique
espagnole. Appui en hommes - volontaires pour les "Brigades
Internationales..." comme en matériel (trafic d'armes,
école d'une clandestinité pratique et efficace)...
Mais dans la France des Renault, base du Front Populaire, tandis
que gronde, aux frontières du nord-est, l'organe menaçant
du chancelier Hitler, trop peu de voix s'élèvent pour
crier "au loup!", comme le fait depuis 1933, et sa lecture
de "Mein Kampf", le royaliste Henri de Kérilis,
député-journaliste sonnant de son cor solitaire dans
un désert sans écho, et appelant, contre les menaces
d'une guerre d'agression, imminente et la propagation de la "peste
brune", à l'urgence des urgences: la mobilisation de
toutes les énergies dans plus large rassemblement pour la
défense aux frontières contre l'horreur nazie, crocs
bavants, à la porte...
Terrible cécité, double.
Elle est d'abord celle d'une droite bourgeoise tétanisée
par la terreur des "rouges" et la défense de ses
propres "avantages acquis" de classe dès lors,
plus déclinante que dominante.
Elle est aussi celle d' une "gauche
de gouvernement" démagogique, "poussée
au cul" par les grévistes.
Pendant ce temps-là, tranquille, le Front Popu de
la base - où les communistes, le front sur
le guidon des grèves, n'éclairent pas le brusque renversement
des priorités que les signes de la guerre dessinent
- déploie ses drapeaux rouges au fronton des usines soulevées
par la houle puissante et paisible d'occupations sereines et festives.
De grands cortèges heureux défilent gentiment sur
les avenues.
Partout, chantent les accordéons des bals musettes.
Et bientôt roulent les vélos, et les tandems, des premières
sorties à la mer en couple. Quand le mouvement gréviste
a fini par arracher - à l'exemple, précisément,
de Renault - les premiers congés payés - sous les
hurlements d' "experts" économiques (patronaux),
bien plus excessifs encore que ceux qui ont salué nos modestes
et douteuses 35 heures...
Prolonger mai 68,
devenir "absolument
modernes",
c'est porter les valeurs
de libération
au cœur du processus
de travail!
Trente-deux ans après 1936, ces accords de Grenelle de 1968,
finalement entérinés, bon gré mal gré,
sous la pression de la CGT, par une base ouvrière furieuse,
rétive, amère, puis apparemment résignée,
vont s'avérer, à l'usage, d'une rare perversité.
Personne - pas plus la gauche politique ou syndicale que les "gauchistes"
- n'avait été en mesure de synthétiser réellement
les exigences portées par un mouvement gréviste d'une
rare puissance, aux chiffres dépassant de très loin
ceux de 1936 - dix millions de grévistes, en principe, au
lieu de trois; signe, aussi, de l'expansion continue des forces
productives, et d'abord du nombre de salariés, et d'ouvriers,
en valeur absolue (surmontant la saignée de guerre, et les
crises...Et ce n'est qu'un début, le progrès continue...)
Mais les luttes de l'après-68 vont enfin faire "parler"
ce qui, en mai, n'avait été que le bouillonnant brouillon
d'une expression collective. Et le cri porteur de ces conflits
de l'après-mai, révélateurs à retardement
de ce qu'avait été ce souverain printemps est purement
démocratique - mais en allant au bout de cette idée.
Il peut se résumer à une formule: pour "changer
la vie", mais pour changer la vie, vraiment , faire rejaillir
la vie "au cœur-même du travail".
Renault, de Rimbaud à July...
Il s'agit là de la seule authentique "modernisation"
de l'impérieux mot d'ordre du Prince des "sulfureux"
, seigneur fou des poètes, Rimbaud de Charleville, devenu
marchand d'armes en Afrique, et mort très jeune - après
avoir épuisé toutes les ressources de la poésie
écrite et poussé jusque au-delà de ses limites
le souci d'une poésie de la vie, conforme au sens profond,
grec, de "poésie" (de poiein, faire, créer...
).
Être, donc, "absolument moderne", au sens authentique,
subversif, poétique, rimbaldien, surréaliste, du terme,
c'est se situer dans un antagonisme lui-même absolu à
l'égard de ce "résolument moderne", citation
approximative dont l'inculte Serge July fera le douteux drapeau
du "nouveau Libé" de 1981, "résolument"
prostitué, à genoux devant la vieille carne de Jarnac
- chien de garde aux canines limées veillant sur son vieux
"pote" Bousquet du Vel d'Hiv, convive d'Attali ...
"Modernes", "absolument": seuls le seront ceux
qui sauront dire "j'ose", ou
mieux encore "osons",
dans le fil de Rimbaud comme de Maïakovski. Et pousser jusqu'à
l'intérieur de la sphère, interdite, du travail productif,
le "soulèvement" poétique et populaire de
mai...
Pensée, Travail, Taylor
(suite deuxième colonne,
à droite, accès par clic:
ici)
|
Pour en arriver là, il faut marcher beacoup. Et s'écarter,
d'abord, des savants badinages de l'"université critique"
puis du "soutien critique" au nouveau "pouvoir rose",
où gazouille, de l'immédiat après 68, au Congrès
d'Epinay de 1971, germe de 1981, une génération entière
de bébés-politiciens à peine ornés de
fin duvet, avides de hochets...
Il faut "descendre de cheval pour regarder les
fleurs" (Mao), aller, sur place, se mettre "au
service" du peuple des "lève-tôt" du
métro, ceux qui, chantera Dominique Grange, la Magny des
Maos, en ont "marre de se lever tous les jours à cinq
heures / Pour prendre un car, un train, serrés comme du bétail"
( "Nous sommes les nouveaux partisans"); ces "racailles"
que le Neuilly des "avocats d'affaires", politiciens provocateurs
de novembre 2005, fils-à-papa (douteux), et "copains"
des "coquins" héritiers jouisseurs projettent toujours
de "nettoyer au kärcher" - comme le juin 1968 de
Marcellin ou le Versailles de Thiers et Pinochet-Gallifet, en 1871..."Racaille"
qu'ils peuvent couvrir d'insultes, et d'insultes allant au sang,
mais dont ils ont besoin, car, sans eux, la "valeur
travail" n'est rien, pour autant que le destin
de Sisyphe de banlieue reste d'aller subir, tous les jours que le
Capital fait, l'oppression monotone d'interminables journées
de bagne, ou simplement d'indignité molle, source à
terme d'une révolte plus brûlante que celle des
"sans espoir", privés même de l'idée
d'un travail, dans sa toujours possible dignité, dans sa
noblesse...
Changer le travail, donc, dans
son contenu, dans sa nature, dans son essence...
Jusqu'au point où, cessant enfin d'être "forcé",
"chagrin", peine, souffrance, voire torture, il devienne
le lieu de la libération active, de l'initiative utile qui
jaillit, d'un "faire" qui soit aussi "se
faire" - dans une intelligence infiniment supérieure,
parce que mise en partage, et dans l'effervescence d'une créativité
d'ensemble de sujets du travail devenus ses maîtres souverains
- au delà des limites du rapport salarial.
Pour en arriver là, il faut briser l'étau
du système Taylor, cette perversion parfaite du
noble acte de produire, d'une efficacité barbare, fruit monstrueux
du cerveau d'un ingénieur écossais - créature
immonde digne du plus ténébreux Loch de cette impitoyable
Grande-Bretagne des Lords qui faisait trancher, au sabre, et en
grande série, le poignet droit de enfants-ouvriers d'industrieux
Etats de l'Inde pour que jamais leurs bras ne viennent concurrencer
ceux qu'elle avait elle-même asservis, déjà,
au mécanique travail des filatures de Manchester...
Mais déjà le mal taylorien, virus de la vache folle
proliférant partout dans le cerveau de l'humanité
productrice, a contaminé les Etats-Unis d'Amérique.
Sur cette Terre Promise, "offerte" par un Dieu d'Enfer,
plus cruel encore que celui de Génocide-Josué dans
la Torah, où de sadiques SS en tunique bleue-Custer ou tenue
de vachers armés à la John Wayne figurent au Panthéon
national, avec les grands massacreurs de bisons, de Navajos, de
Sioux ou de Pawnees, fracasseurs de crâne d'enfants, violeurs
bottés des filles de nobles guerriers, chair à soldat
souillée au cours d'infectes "tournantes"
dans les campements brûlés par les émules "western"
des somptueux safari aux Noirs du grand sud cotonnier, l'innommable
invention de l'Ecossais cynique est reçue comme de nouvelles
Tables de la Loi, comme le don d'un Messie.
Manquaient encore les capitaux, et l'énergie d'un nazi américain
du nom de Ford, "führer" incontesté
de l'industrie du "siècle de l'automobile",
dont le "modèle d'organisation" va s'étendre
à l'industrie entière, d'un bout à l'autre
de la planète, et même, au XXIème siècle,
aux métiers du "tertiaire" à leur tour et
de force "modernisés" dans un infernal truandage
retournant contre l'intelligence humaine les merveilleuses possibilité
de l'informatique - des banques et de l'assurance aux bureaux d'ingénieurs
où la robotisation des "blouses blanches" tue désormais
par des vagues de suicides..."Les plateformes de workflow nous
permettent de faire pour le secteur des services ce que Henry Ford
a fait pour l'industrie. Nous isolons chaque tâche, nous la
standardisons et nous la confions à ceux qui l'exécutent
le mieux, explique un "industriel de la comptabilité"
au journaliste du New York Times Thomas Friedman, admiratif (NOTE
BAS DE PAGE: "La terre est plate - une brève histoire
du XXIème siècle", ICL Londres 2006, traduit
de l'américain et publié par la Fondation Saint-Simon,
Paris, 2006). "(...)Les gens n'ont pas besoin d'être
physiquement proches les uns des autres. Ensuite, nous rassemblons
toutes les pièces. Ce n'est pas une révolution ordinaire,
c'est une révolution majeure, grâce à laquelle
le patron peut être sur un site, et ses employés sur
un autre. C'est le moyen de créer des bureaux virtuels dans
le monde entier, d'avoir accès aux talents présents
dans les différentes parties du monde, pour travailler en
continu..."
Tandis que la logique de la lobotomisation sur "console",
combinée à la pure et simple corruption, et à
l'ivresse narcissique de mini-cerveaux taylorisés d' Albert
Londres de bureau, gangrène et prostitue jusqu'au métier
jadis bohème, artisanal, créatif et poétique,
qu'avait été, avant l'extension du Fordisme aux rédactions,
celui des journalistes...
De Ford à Renault:
importation-mutation de l'O.S.
Sectateur de la force brutale et
de la domination raciale, dont il admire la version "brune",
vérole totalitaire proliférant au centre de l'Europe,
l'industriel de Detroit métisse, au cœur du processus
industriel, l'infernale invention de Taylor et la culture violente
du "wild west" - celle du massacre de masse, de la loi
de Lynch, du colt et de la corde.
Avec le syndicalisme-mafia, la consommation de masse et le "welfare"
social, redistribuant quelques prébendes extraites sans douleur
de monstrueux profits il en fait un système total qui portera
son nom, le "fordisme".
La machine infernale consomme comme carburant une déshumanisation
résolument radicale du travail, étendue à toute
la société - au monde "global".
L'indolore lobotomisation du cerveau ouvrier transforme le prolétaire
d'antan, homme dénué de tout sauf de sa force de travail,
et de l'intelligence collective transformée en culture ouvrière,
"de classe", nomade insoumis et rebelle, en robot mécanique
à peau humaine, cliquetant au rythme fou de la chaîne
où le profit le rive.
Dès lors, l'intrusion de la logique de fer du capital, découpant
au scalpel le travail ouvrier, décomposé jusque dans
ses gestes les plus fugitifs, issus de siècles d'intelligence
humaine, accumulée dans la culture manuelle, fait pénétrer
au cœur de la grande usine la culture des conquérants
barbares, celle de la loi des "cow-boys", à peine
aseptisée en "système d'organisation de Ford",
bientôt norme invisible à prétention universelle
d'un travail partout raboté jusqu'à la chair vive,
amputé de la partie intellectuelle inhérente, à
l'origine, à tout pratique productive - fût-elle manuelle...
Cette gangrène qui mutile l'activité, subtile et riche,
de l'ancien ouvrier de métier, déqualifié et
devenu lui-même homme-machine, passe, donc, par l'avènement
de "Temps Modernes", ceux des "chaînes"
- il fallait que ces mots fussent...
Et voici "l'individu sans qualités" qu'elles s'asservissent,
celui que la "langue de fer" administrative va désigner,
dérision, comme "ouvrier spécialisé",
O.S....
Et voici que point le temps où celui-ci ébauche ses
premiers hurlements de révolte, et les secoue, ces chaînes,
à défaut, encore, de les briser...
Dans notre pays, la France, c'est le temps des "Maos"...
Salaires, cadences, prix...Les effets pervers de l'accord
négocié par
les "bonzes" de Grenelle
Avant d'en être là, mais juste avant, dans ce printemps
panique de l'an de grâce 1968, où tous les "décideurs"
du système de pouvoir encore pour un temps dominant, et qui
pour eux, donc, est "le monde libre", voient trembler
sous leurs pieds un univers d'une "globalité" (déjà)
américaine, mise à nue, comme le Roi du même
nom, par l'effarante offensive du Têt, le printemps lunaire
vietnamien (janvier-mars 1968), la flûte du gai mouvement
gréviste de France et de Navarre étourdit et saoule,
partout, les "responsables".
Rue de Grenelle, donc, on se "plante" à 100%.
On voit court, et petit.
Loin d'aborder l'état des problèmes bien réels
qui sont aux sources des grèves, puis d'envisager une méthode
pour les régler, technocrates patronaux, capitalistes d'Etat
et "bonzes" sans esprit, sans souffle, des centrales syndicales
d'alors ne peuvent imaginer qu'une solution, celle qui fait refroidir
les vieilles soupes dans les plus usées des soupières:
éteindre le feu qui ronfle en l'arrosant, à gros jet,
de billets de banque.
- "Ils" veulent rendre du sens à leur vie d'ouvriers,
et d'abord au cœur de cette vie, à leur travail?
- On va les inonder d'argent, du moins, en contrôlant les
vannes, pour qu'ils la bouclent - et cessent de déranger
les gens sérieux avec leurs prétentions absurdes,
avec leurs rêves...
Gouvernement, patrons et syndicats se mettent donc d'accord pour
"sortir du conflit à l'ancienne" : par des augmentations
de salaires, certes bienvenues, mais très loin de répondre
à la question posée.
Mais les temps ont changé, et l'inconvénient de cette
fuite en avant est double.
1. - Du point de vue des salariés, et d'abord, des ouvriers,
les germes de conflit demeurent.
Les tensions, même, redoublent.
Elles portent sur les contraintes d'un travail répétitif
de plus en plus abrutissant, aux limites désormais permanentes
de l'insupportable absolu. Car les cadences s'en accélèrent
d'autant: puisque Grenelle entraîne, "deuxième
aspect de la contradiction", côté patrons, le
souci forcené de récupérer au plus vite la
part de productivité "dissipée" , d'une
bouffée, en salaires.
2. Loin de s'alléger, la pression, de plus en plus explosive,
se trouve encore accentuée par l'activisme lui aussi forcené
de la petite maîtrise, camarilla d'ex-frères de classe
félons transformés en "petit chefs", ou
en "régleurs" collés aux chaînes comme
les sangsues aux chairs.
On les paie, eux, et un peu mieux, pour contrôler le rythme
de gestes toujours plus mécaniques, et l'accélérer
encore et toujours, comme pour le Charlot des "Temps Modernes"
- avec toutes les conséquences, pour les "enchaînés",
en termes d'humiliation, de "stress", de pénibilité
mais aussi de sécurité du travail.
3. Circonstance aggravante: la France interprète à
sa façon le nouvel ordre "fordien", importé
des Etats-Unis.
- Fordisme américain: l'esclave noir
sur les chaînes
- Fordisme d'importation, "français":
arabe ou africain, l'O.S. est colonial...
Sur le continent américain, le "modèle Ford "
s'est procuré la matière humaine qu'il dévore
par l'intégration "volontaire" à ce nouveau
type de "chaînes" des fils des esclaves noirs des
champs de coton du Sud. Ils ont été reconvertis dans
le tissage ou le montage des jeans, et la fabrication de ces gros
engins phalliques aux chromes rutilants où les rejetons des
maîtres de leurs aïeux, voire des discrets financiers
de l'immonde "Shoah" des "untermenschen" à
peau noire, cette "immigration choisie", palpation à
l'appui, par les immigrateurs négriers du moment, puissent
se vautrer plus lascivement encore que dans les dansantes calèches
d'' "Autant en emporte le vent"...
Mais "on" a su saisir les circonstances de guerre pour
diluer ce noir trop concentré, porteur de mutineries "raciales"
à échelle industrielle, en brassant cette immigration,
devenue intérieure, montant du sud cotonnier aux froids halls
de Detroit, en brassant sa matière humaine, trop explosive
parce que trop homogène, avec une variété d'immigrants
"blancs" "de complément" venus, éparpillés,
des pays les plus pauvres d'Europe centrale ou méridionale...
La France, de son côté, ancienne puissance coloniale,
élabore sa propre version du taylorisme-fordisme, de façon
plus simpliste. Après avoir "asséché"
ses campagnes, c'est jusqu'à la dernière masure du
dernier village des territoires anciennement soumis à la
loi de son Empire - restés sous son Emprise... - qu'elle
envoie les "marchands de viande" des grandes firmes du
BTP ou de l'automobile ratisser jusqu'aux dernières miettes
la force de travail "disponible", vidant ces espaces instables
de leur turbulente jeunesse, force de travail porteuse de développement,
de progrès, et d'espoir d'une libération politique
intégrale venue de l'intérieur des peuples, tout un
important ainsi de nouvelles espèces de "bétail",
déjà "immigration choisie", sélectionnée
- dont le destin devient d'être décervelée sur
les chaînes de montage ou massacrée sur les plus mortels
des chantiers.
On se se procure, certes, ainsi, à très bas prix,
une main d'œuvre jeune et vigoureuse, pauvre, et donc dure
au mal comme au travail - mais dont on n'a pas pu raboter complètement
la cerveau de la mémoire anti-coloniale - plaie vive et source
de fierté pour des rebelles aux mains (presque) nues ayant
humé l'âcre parfum de la victoire.
Et ce n'est donc pas un troupeau humble et soumis d'esclaves courbés,
la main toujours tendue pour une aumône ou un pourboire, mais
une jeune masse dynamique, au seuil d'explosions toujours latentes,
qui vient se concentrer, poing facilement levé, sur les chaînes
d'O.S. ou dans les bagnes industriels les plus infâmes, les
plus archaïquement sous-équipés, les plus dangereux,
les plus pénibles et les plus sales d'une métropole
post-coloniale bruissant encore des pétarades de guerres
de libération à peine terminées.
Parallèlement, la grande industrie s'efforce d'intégrer,
en la faisant changer de camp, la fraction la plus large possible
de l'ancienne classe ouvrière "blanche" et européenne.
On en aspire la partie la plus qualifiée, porteuse d'un savoir
pratique accumulé, vers un avenir de techniciens, voire d'ingénieurs.
Tandis que la couche la plus frustre, elle, scindée de l'ancien
collectif ouvrier dont elle vient, se voit sommée de renier
tout un passé de luttes et de solidarité de classe
pour accéder aux postes de "régleurs", de
"chefs d'équipe" ou de contremaîtres, garde-chiourme
en surnombre d'une masse d'O.S. majoritairement maghrébins.
1962: Algérie. - 1968: Billancourt:
6 ans...
Alors qu'à ce moment les cicatrices des guerres coloniales
sont encore vives, de part et d'autre - et d'abord celles, purulentes,
de la guerre d'Algérie...
Mai 1968 survient dix ans après 1958 - et six ans à
peine après la fin de ce conflit, et le retour en masse,
en 1962, de tout un petit peuple de pieds-noirs sévèrement
traités, frustrés, et humiliés, souvent revanchards...Et
ce sont eux qu'on vient appeller désormais à faire
trimer "les arabes" sur les chaînes, en métropole,
en leur donnant les ordres, et la cadence, avant d'aller les côtoyer,
un peu plus tard, dans les HLM qui bourgeonnent, construits par
la "plèbe" industrieuse des bidonvilles, qui va
elle-même s'y concentrer, bientôt, dans certaines "barres"
- et y retrouver, et y défier, les "petits blancs"
rétro-coloniaux, devenus leurs garde-chiourme au travail,
puis leurs voisins de tour ou de palier, tout en perturbant, dans
le même mouvement, les habitudes plan-plan des petits retraités
"blancs" gentils et pépères, qui n'ont fait
de mal à personne. Beaucoup de ces derniers vont fuir ces
territoires "colonisés" par les "barbares",
pour aller "se réfugier" dans les espaces verts,
pavillonnaires, des "grandes ceintures", et/ou chez Le
Pen.
Deuxième étape: les années 1974-1995.
La trahison des "chefs maos" vient cumuler ses effets,
sur le chemin de la déprime et de la désespérance,
à l' irréductible glaucome aveuglant ce qui reste
d'un très vieux PC. Terrain nettoyé, les maîtres
cyniques du capital, libres, dès lors, de tout contre-pouvoir,
de toute menace, et de toute contrainte, se mettent, tranquillement,
à "liquider" des centres de pharaoniques profits
devenus "bases rouges" (1920, Front Popu), "bleu-blanc-rouge"
Résistance), puis "bases rouges rebelles" (années
70-73: la grande époque mao, flamboyante...)
C'est le temps où l'on ferme, en série, les usines-bagnes,
même les plus modernes, pour les délocaliser vers de
plus accueillants pâturages.
A moins qu'on ne se contente d'en réduire les effectifs,
et leur périmètre d'activité, au minimum. A
l'image des Wendel du baron Seillère (mais pas de Peugeot
ou de Michelin, qui, contre-exemple positifs, restent des industriels
à base française, orientés vers un développement
productif, créateur ou conservateur d'emplois, et d'emplois
ouvriers).
Et les anciens "maîtres de Forges", vainqueurs d'une
première bataille du savoir (Taylorisme) en attaquent une
deuxième: ils en recyclent joyeusement, les milliards de
superprofits de ce post-colonialisme interne dans la "nouvelle
économie" (anti-économie...) de la finance abstraite
mondialisée, destructrice acharnée du travail, comme
dans l'essor foudroyant des "industries du savoir" (informatique,
communication, multi-media multi-décervelant etc).
Alors, à la rébellion devenue collective et bien organisée
de la "première génération", dont
les hommes sont devenus, dans la froideur de cités de béton
empilées, chômeurs quinquagénaires, gangrénés
par l'inaction, l'amertume et bientôt le cancer, quasi-clochards
à domicile, rongés souvent par l'alcool autant que
par la honte de soi et la déprime, va se substituer la "barbarie",
rebelle, mais éclatée, des "sauvageons"
- orphelins du pouvoir du Père et au cerveau mutilé,
non plus par la chaîne, qu'ils ignorent sans s'abstenir de
la haïr, mais par la drogue et les mirages de la survie dans
le trafic, en l'absence de tout horizon de travail, donc de fraternité
de lutte, et d'espérance...
C'est chez ceux-là, maintenant que les héritiers des
premiers "francs-tireurs" de la "guerre des maos",
survivant à la trahison suivie par trente années de
négationnisme historique absolument global de ce qui fut
et reste notre histoire, entreprennent en ce moment même de
ressusciter la vigueur d'une parole vibrante, et collective...
C'est autour des survivants ouvriers de l' "époque mao",
et d'abord des anciens "clandestins" ouvriers de la Nouvelle
Résistance Populaire (N.R.P.), - dont pas un seul n'a été
abattu, arrêté, ou condamné - et avant tout
des anciens de Billancourt, première vraie base, aujourd'hui,
bien entendu liquidée malgré d'ultimes sursauts d'une
CGT trop tard revivifiée - que doit désormais s'amplifier
ce travail.
On s'y colle. Il est temps.
Fille de celle d'hier, la situation d'aujourd'hui est explosive.
Comme en témoignent les mots de haine, "racaille",
à "nettoyer au kärcher", d'un candidat à
la Présidence de la République, "Sarko, racaille
toi-même!", dont l'ego dévorant, la communication
frénétique, la soif de pouvoir pathétique,
les galipettes publiques, et la victoire, enfin, sur un discours
il est vrai rectifié dans l'urgence, et jouant sur la "valeur
travail", ont eu le mérite, au moins, de réveiller
d'anciennes énergies dispersées, assoupies, et dans
certains cas sommeillantes - sous le fouet de l'injure, du mépris,
et donc de la menace...
Ainsi, spirale rebondissante, redevient possible la "fusion
nucléaire" de ce qui reste des maos - presque rien n'est
pas rien - avec de nouveaux électrons libres lancés
dans de nouveaux tourbillons, source de nouvelles molécules
de combat, mutantes, en gestation - ou là, déjà...
La "surdétermination"
Palestine
Mais, explosive, l'est-elle tellement plus, la situation
de 2007, que celle de ces années 1967-77, où "surdéterminant"
les contradictions du fordisme rétro-colonial à la
française dans le monde immigré du travail, l'impact
du conflit en Palestine se fait grandissant - et chez les O.S. maghrébins,
d'abord, dont elle ne contribue pas peu à maintenir la mémoire
vivante, et l'esprit de lutte indomptable, contre la pression décérébrante
du "système Taylor", et de la chaîne?
Le contre-choc Palestine n'est pas plus faible, alors (années
70), de l'autre côté: dans la fraction de la classe
ouvrière "blanche", traditionnelle, qui a fourni
la chair à canon mais aussi les "bouchers", français,
de la guerre d'Algérie, et en porte encore les stigmates
- moins, certes, que les victimes,
De part et d'autre, donc, le conflit en "Terre Sainte"
retentit dans une société française de souche
chrétienne et catholique, plus fort encore que les coups
de gong du Têt vietnamien.
Il fonctionne comme le cadre où se joue la revanche de1962.
Impression que l'opération combinée entreprise, en
1956, par la triple alliance franco-israélo-britannique,
archéo-coloniale, contre l'Egypte de Nasser, accusée
de soutenir le F.L.N. algérien (avant les Palestiniens du
Fatah...) était déjà venue donner.
Juste avant 1968, enfin, en 1967, la "guerre des Six Jours"
et l'écrasante victoire d' un Israël, étendant
son "anchluss" jusqu'à Jérusalem sont venus,
s'il le fallait, rafraîchir les mémoires.
Et s'aiguisent encore le tranchant de contradictions déjà
au vif.
Pour le colonel insoumis d'avant 1940, devenu le le général
de la Libération, l'allié "nationaliste"
- à peine plus qu'implicite - des communistes, l'homme des
accord d'Evian et le seul grand prophète blanc de l'émergence,
géopolitique, d'une résistance libératrice
et nationale, en Palestine, l'Israël d'après 1967 devient
l' "ennemi de trop" - celui qui donne, derrière
les tentures, le coup fatal.
Mais ce n'est pas tout.
- L'enchaînement -
Vietnam - coût de la guerre - crise économique - esclavage
du dollar,
Europe soumise - exception française- grèves...
La conjoncture économique internationale se détériore
au rythme de l'enlisement américain au Vietnam.Elle a commencé
à se dégrader dès le milieu des années
60, au moment des premières difficultés rencontrées
par Washington sur le théâtre indochinois, avec le
coût toujours croissant de la guerre. Et Washington tente
alors de faire payer...aux Européens l'hémorragie
- financière - où saigne aussi sa guerre.
Les Etats-Unis peuvent jouer, pour cela, sur toute une gamme de
leviers.
A commencer par la distorsion perverse d'une concurrence transatlantique
faussée par les financement d'Etat liés au Pentagone.
Et Concorde, déjà, est concerné, comme l'ensemble
de l'aérospatiale civile et militaire - plans de charges,
etc.
Mais c'est aussi le yoyo savamment entretenu et géré
d'un dollar désormais "monnaie unique", d'abord
du "monde libre"...
S'ensuit, dans la partie du monde vassalisée, sur le plan
technique et financier, par un des trois grands vainqueurs (dont
la Chine!) de la deuxième guerre mondiale, une détérioration
lente mais continue du "climat des affaires".
Fascinée, selon sa pire tradition, par tout ce qui est étranger,
brille, et semble porter les atours de la force, la technocratie
patronale parisienne n'aspire qu'à la liquidation d'un capitalisme
d'Etat indépendant et national, façonné par
le gaullisme, ordre ancien à abattre, donc - et pas seulement
aux yeux de l'hilare et jouisseur "anarchiste allemand"
de Nanterre.
Le Capital ne bande plus - quand il le peut encore - que pour les
jeunes vieux-beaux qui lui promettent une ouverture complète
aux grands vents financiers du grand large, soufflant de l'Atlantique.
"Même combat" dans les rangs de la haute bureaucratie
d'Etat pompidolienne, sa maîtresse incestueuse, devenue sa
soumise.
Elle aussi s'engage presque sans frein dans une dérive l'éloignant
chaque jour d'avantage des investissements sacrificiels du colbertisme,
comme du progressisme social-catholique, tous deux propres au gaullisme
de l'origine (avec ses évidentes limites...).
Aux divers défis réels du moment, formant système,
"le pouvoir", pris dans l'étau d'une tenaille à
mâchoires multiples, ne sait donc répondre que par
une pression toujours plus forte du haut vers le bas - du "sommet"
sur la base.
En recul forcé sur le salaire, le Capital répond par
une intensification toujours plus forcenée des cadences,
dans le cadre de fer de "rapports de production" inchangés
(Fordisme américain importé dans le néocolonialisme
interne "à la française")...Et cela malgré
les premiers craquements qu'une oreille attentive ne peut que percevoir
- "signaux faibles, signaux forts"...
Il fallait remettre la société, et d'abord l'entreprise,
en marche avant, regard porté loin vers le futur, et vers
le haut - anticipation économico-stratégique, investissements
d'Etat tirant l'investissement privé vers les technologies
d'avenir, la formation et la qualification...
On pouvait ainsi restaurer la confiance au cœur d'une force
de travail progressivement émancipée des carcans d'un
mode de production fordien, mutilateur de l'intelligence ouvrière,
et régressif - en mobilisant dans l'intérêt
de tous l'énergie formidable d'une jeunesse à juste
titre rebelle contre le vieil ordre.
Au contraire, avec le "Grenelle" d'un Jacques Chirac au
garde-à-vous devant l'obtus de Montboudif, puis la succession
de celui-ci, mort tôt, par l'ondoyant Giscard, suivi par le
vampire de Jarnac, on bride toute la mécanique socio-industrielle
- en croyant compenser l'humiliation par le salaire, puis le chômage
par la com', et la rébellion suicidaire des petits enfants
des ex-"travailleurs immigrés" par le "chicha",
puis la "poudre" , et la musique de S.O.S. Racisme. Non
sens sur non sens.
Même si quelques points d'augmentation, pour tous, au cours
de la "négo" qui clôt, sans l'achever, mai
1968, sont bons à prendre.
Grenelle ayant donné tout de même un sérieux
coup de pouce au pouvoir d'achat, les tensions de l'après
68, toujours vivaces, s'orientent donc dans trois directions, combinées:
- 1. Un "rétablissement de la productivité"
sous le fouet d'une accélération toujours plus brutale
des cadences, par une pression toujours plus insupportable des petits
chefs, et avant tout concentrée sur les OS immigrés.
- 2. L'essor de l'inflation, qui ronge, dès septembre, le
fragile bonus de mai, et va rendre "ultra-sensible", très
vite, la question du prix du ticket de métro, puis du salaire
et du "Mal-Logement" des éclopés de la bataille
- 3. L'amorce ou l'accentuation, d'une politique de récession
par secteurs, avec ses suppressions d'emploi en cascade - appelée
à se généraliser dans la période suivante...
C'est l'ensemble de ces facteurs, condensés - unité
de lieu - sur une immense usine d'automobiles (35 000 salariés),
située à l'intérieur même du "grand
Paris", desservie par le métro, et à portée
de manif de la place de l'Etoile, du Quartier Latin, du ministère
de l'Intérieur, ou de l'Elysée, qui vont faire de
l'usine Renault de Billancourt une poudrière, dès
la renrée 68.
Secouée d'incessants conflits, elle va devenir l'enjeu d'une
bataille à mort.
La Gauche prolétarienne va y jeter progressivement une part
croissante de son énergie, jusqu'à porter de sérieux
coups au pouvoir du capitalisme d'Etat dans cette entreprise-kollabo
nationalisée à la Libération, devenue le laboratoire
privilégié d'une façon "résolument
moderne" de "faire suer le burnous" au fils de Marrackech,
de Tunis, ou d'Alger - comme aux porteurs de casquette "à
la papa" du Gennevilliers ou de l'Aubervilliers d'antan, ou
à leurs fils, loubards d'usine aux blousons noirs.
Nom:Dreyfus. Prénom Pierre. Profession:
P-dg.
Le "patron" à qui la G.P. s'affronte, P-dg d'une
entreprise publique, grand commis de l'Etat, technocrate politique
plus que chef d'entreprise, n'est pas n'importe qui.
Pierre Dreyfus est porteur d'un nom-symbole, souvent associé
à l'émergence de la "gauche" moderne, soixante-dix
ans plus tôt ans plus tôt, vers 1898, à l'époque
de la première affaire Dreyfus,mettant en scène Alfred,
le capitaine, homme d'honneur, juif républicain universaliste,
amoureux de la France, sa patrie, de son armée, son rempart
- et donc à mille lieux de l'infecte idéologie sioniste
qui va le prendre en otage, prostituant son nom, et sa mémoire.
Poursuivi comme traître, dégradé comme espion
de l'ennemi héréditaire, l'Allemagne, condamné
sans preuve à l'issu d'un procès douteux marqué
par une poussée de fièvre antisémite, déporté
à Cayenne, dans un bagne surnommé - ô Dallidet
-..."L'Île du Diable", Dreyfus (Alfred) sera enfin
réhabilité à l'issue d'une campagne superbe
menée tambour battant par ceux qu'on commence à désigner
comme les "intellectuels" - dont le Zola de..."J'Accuse"!.
Contrairement à ce que prétendra, à cette occasion,
Herzl, le journaliste autrichien persuadé que l' "affaire"
démontre à une "race juive", par nature
inintégrable, inassimilable dans les sociétés
républicaines d'Europe vouées à un antisémitisme
rabique, éternel, cette première affaire Dreyfus,
se conclut par une rébellion, victorieuse, de l'opinion française,
contre la calomnie, le lynchage médiatique, l'intolérance
et la haine raciale, ici anti-juive. Elle apporte la preuve que
l'antisémitisme, comme toute autre forme de racisme, peut
être terrassé. A condition d'être combattu, sur
des bases claires. En France et en Europe, comme partout ailleurs.
Mais que démontre l'immonde scandale qui aurait dû
devenir la "deuxième affaire Dreyfus", et ne l'a
pas été, faute, pour les gens qui avaient donné
pour titre à un de leurs journaux le nom de "J'Accuse",
d'avoir eu un minimum de dignité, d'honneur et de courage,
dès le meurtre de l'ouvrier de Dreyfus Pierre Overney, en
tout cas, puis au procès de Tramoni, son assassin stipendié,
salarié lui aussi de Dreyfus (Pierre), et encore à
la libération de ce tueur, un tout petit peu plus tard, puis
après la condamnation du Corse indigne de son Île à
la peine, pour l'appareil judiciaire, infâmante, de...quatre
ans de prison - et enfin, à sa sortie en catimini, accélérée,
qui n'attendit pas les quatre ans?
Nous y venons.
Dreyfus (Pierre), nommé par un gouvernement de droite, vient
lui-même de cette gauche dont les racines remontent à
la bataille autour de Dreyfus (Alfred). Il est même proche
de cette "gauche de la gauche" qu'influence, à
l'aube des années 1970, le Parti Socialiste Unifié
(PSU) du technocrate "gauchiste" Michel Rocard.
Au fil du temps, comme le souligne Aimé Albeher, ancien apprenti
de Billancourt à 14 ans devenu le rénovateur "à
l'italienne" de la CGT-Renault, tentant tout en souplesse de
juguler les intempérances de sa brutale section de Billancourt,
l'entourage de ce "vrai-faux patron", sournois, se pollue
de la présence d'un aéropage d'anciens "socialistes
d'extrême-gauche", plus ou moins trotskisants.
Ils ont été progressivement injectés, par giclées,
au sein de la hiérarchie, à la suite des grèves
"ultra-gauchistes" des années 1947-50 - qui, sous
l'impulsion de premiers "Comités de Lutte" de Pierre
Bois, tout différents des nôtres, ont brisé
l'axe d'acier trempé gaullistes-communistes, forgé
au cours de la Résistance - et poussé le PCF hors
du gouvernement, aggravant encore les choses après le départ,
hautain, du général...
A Billancourt, ce service trouve sa récompense. Ces gens-là
deviennent les "conseillers du prince"...
Dans Renault nationalisée, devenue bien public, et donc,
dans le principe, propriété du peuple, un laboratoire
d'un nouvel ordre social fait bouillonner ses cornues, avec la gaie
collaboration, contre les communistes, d'hommes de la droite la
plus dure avec ces "socialistes d'extrême-gauche"
privés de tout repère par leur haine viscérale
des communistes, couvés par les Américains, et directement
ou indirectement liés à l'éminence grise du
grand patronat de l'après-guerre, l'ancien socialiste collaborationniste
Georges Albertini, de "L"Institut d'Histoire Sociale",
et de la revue "est et ouest", payé par une grande
banque pour entretenir, des "passerelles", devenues "liaisons
dangereuses", entre anticommunistes d'"extrême-gauche"
et d'extrême-droite.
L'axe "brun-rouge", ou "rose-brun", lié,
notamment par l'intermédiaire de fascistes d'Occident, qu'il
recycle, aux experts syndicaux de la CIA - par l'intermédiaire,
notamment, du syndicaliste Irving Brown, patron pour l'Europe de
la riche et puissante AFL-CIO - connue aussi sous son sobriquet
de la guerre froide, "AFL-CIA".
Nos militants ouvriers de Renault s'affrontent donc à une
direction particulière, plus machiavéliquement sophistiquée
qu'elle en a l'air, que, du coup, la presse de la "gauche respectueuse"
exonérera longtemps de ses forfaits - voire de ses crimes...
Mais ce combat se double d'un autre, d'une grande violence, contre
le pouvoir syndical d'une CGT d'autant plus "stalinienne"
, dans ses méthodes et son langage qu'elle s'est "khroutchévisée"
(ramollie) sur le fond, et semble prête vraiment à
tout pour préserver le mythe d'une "forteresse"
sous son complet contrôle dans une usine-fétiche....
Alors qu'avant même 1968, Billancourt avait changé.
Dès le milieu des années 50, les traditions ouvrières
de grève et même de lutte directe, encore vivaces jusque-là,
avaient commencé à s'affadir. Sans pouvoir faire disparaître,
tout de même, jusqu'au souvenir des 'equipes ouvrières
"de choc", partant de l'usine par le métro, porteuses
de barres de fer par sacs entiers, pour les violentes manifestations
contre la venue à Paris de "Ridgway la Peste",
ce général américain de la guerre de Corée
soupçonné de quelques inquiétants penchants
pour la guerre bactériologique - tandis que son collègue
Mac Arthur milite lui, ouvertement, pour le recours à la
bombe atomique...
A la fin des années 60, la vieille CGT, toujours électoralement
hégémonique dans l'usine, n'y repose plus réellement,
en fait, que sur une coriace cohorte de rudes permanents, passablement
endurcis dans des habitudes bureaucratiques et un système
de "délégation de pouvoir" poussé
jusqu'aux limites de la corruption, et de l'absurde.
Cette croûte desséchée de ce qui fut un grand
prolétariat de lutte, dont la mémoire, presque moribonde,
conserve tout de même quelques éclairs, ne repose pas
que sur du vide.
La CGT de Renault-Billancourt gère tout de même encore
quelques bastions solides, aux Forges, ou à "Nationale"
(dans le secteur de l'usine donnant sur la place Nationale, à
Boulogne).
Son influence, enfin, demeure prépondérante chez les
O.P. ( les Ouvriers Professionnels, titulaires d'une qualification
reconnue, d'un vrai "métier", le plus souvent français,
et vieillissants).
Mais ceux-ci ne constituent plus qu'une (consistante...) minorité.
L'écrasante majorité des ouvriers sont désormais
de jeunes OS immigrés de toutes les nationalités,
mais surtout maghrébins. Ils sont concentrés sur les
chaînes, notamment dans l' "Île du Diable"
(l'Ile Seguin, sur la Seine).
Des pavés lancés avec les étudiants,
au retour à l'usine...
En mai 1968, répondant, parmi les tout-premiers,
à l'appel de la poudre et des premières barricades,
ce sont de jeunes O.P. français de Billancourt qui vont,
individuellement ou par petites bandes, tâter de leurs grosses
pognes musclées ces jolis petit blocs de granit gris que
dépavent, savamment, les étudiants.
Comme dans la clé de voûte d'une cathédrale,
une seule pierre verrouille tout l'assemblage - sans le moindre
ciment, superflu. Trouver le pavé-clé, le faire sauter
d'un coup de barre à mine, et pour le reste, tout vient.
Il suffit de se baisser, de ramasser, et de faire passer. A la chaîne...
Dans la chaleur de l'émeute, des contacts se nouent. Une
fraternisation s'amorce. Ces jeunes "prolos" de chez Renault,
banlieusards prolétariens quelque peu "blousons noirs"
, issus, pour la plupart d'entre eux, d'une ancienne tradition communiste
de "baston", peuvent facilement être confondus,
par leur style vestimentaire et leur argot musclé de "titis"
parisiens comme par leur aisance dans le combat de rue et toutes
les formes possibles de "cogne", avec les bandes du "lumpen",
mi-prolos, mi-gangsters, venues des cités de transit de Sartrouville,
Nanterre, ou de la banlieue sud - la "pègre" (selon
la méprisante expression chère au ministre de l'intérieur
Christian Fouchet), qui ne rechigne pas, de fait, en marge de l'émeute,
sur la rapine ou le pillage.
A l'usine, ou dans leurs familles, ceux qui sont ainsi allés
"barricader", tout naturellement, avec les étudiants,
"discutent le bout de gras" avec de plus anciens qu'eux
- qui n'ont pas tous complètement accepté le virage
légaliste du PCF des années Khrouchtchev, suivant
la mort de Staline - et encore moins sa traduction, à l'intérieur
de Billancourt.
Comme le racontera plus tard à une journaliste de La Cause
du Peuple un ancien délégué CGT se rapprochant
doucement des "maos" (comme beaucoup de militants de base,
et même certains permanents, jusqu'à des membres de
la direction CGT- Renault...) c'est à partir de1962, précisément,
que se manifeste une soudaine prohibition de mœurs prolétariennes
traditionnellement robustes, à Billancourt (saccages de bureaux
de cadres, cassages de gueules de chefs, de syndicalistes "fascistes"
du S.I.R. ("Syndicart Indépendant Renault") - voire
de journalistes "pourris" - ou pourris...
Cette année-là, pour la première fois, à
la suite d'incidents à caractère prolétarien
pourtant d' intensité à peine moyenne, une liste de
"casseurs", à mille lieues encore du "gauchisme",
est affichée sur les murs de l'usine par un responsable CGT
- à l'attention de la direction du personnel...
Un mauvais pli se prend...
De la cour de la Sorbonne à Billancourt:
la marche des 1000 et la
pensée de Staline
De retour "au chagrin", donc, où "ça
discute sec", les jeunes O.P. attirés par l'odeur des
lacrymogènes au chaud Quartier latin des étudiants
- et des étudiantes, ils sont très "féministes"
- deviennent les premiers dissidents d'un Billancourt où
le mot désespoir n'a jamais cours. Dans la sympathie naissante
qu'ils portent aux jeunes de la Sorbonne "tatanés par
les "cognes", ils sont désormais confortés
par le discours que tiennent, encore "mezzo voce", à
l'intérieur de leur usine, de récents embauchés
- dont l'allure générale, et surtout le langage, ont
suscité, comme l'indique aujourd'hui Aimé Albeher
"une première petite mise en alerte du côté
de la CGT".
Quand, sortant d'une période d'attentisme et de trouble où
nous ne voyons pas la perspective politique d'une brutale escalade
anti-flics étroitement limitée, craignons-nous, aux
jeunes "enragés" de la "petite bourgeoisie
intellectuelle", nous formons à partir de la Sorbonne
un premier cortège délibérément tourné
"vers les quartiers populaires" (la banlieue) "et
les usines en grève" , le 16 mai 1968, sur le coup de
17H30, un bon millier d'étudiants progressistes nous suivent
vers les lointains ateliers de Renault-Billancourt.
Mais seuls une petite poignée de porteurs de la banderole
de tête ("Les ouvriers prendront des mains fragiles des
étudiants le drapeau de la lutte contre le régime
anti-populaire" ) - dont l'auteur...- savent que la formule
constitue l'adaptation créatrice... d'une célèbre
citation de Staline.
Dans le texte original, l'oriflamme, est "le drapeau rouge
de la révolution prolétarienne" .
Coopté, sans façon, par le service d'ordre du "Mouvement
de Soutien aux Luttes du Peuple" (MSLP), "organisation
de masse" de l'UJC-ml de Robert Linhart, pour diriger, sur
le flanc droit - encore...- un S.O. où se retrouvent la plupart
des équipes-choc des C.V.B., j'ignore en revanche à
ce moment, une information aussi soigneusement cadenassée
que les grilles protégeant la virginale pureté du
prolétariat des chaînes, verrouillées par la
CGT de Billancourt enfin occupée, sous la pression - après
Sud Aviation (future EADS) de Nantes-Bouguenais, puis les autres
usines Renault de Cléon, Le Mans, et Flins...
En effet, quand notre cortège déterminé achève
sa marche de plusieurs heures au travers de Paris, pour gagner enfin
les grilles fermées de l'usine Renault, où se pressent,
amicaux, mais coupés de nous, les ouvriers, face au désert
dont surgissent ce soir-là les Tartares porteurs d'un texte...du
Géorgien à moustache, les garde-frontières
du syndicat protègent une citadelle... investie, déjà,
de l'intérieur!
Parmi ceux qui, fiévreusement, nous attendent, se trouve
une première poignée de jeunes ouvriers proches des
"étudiants" - mais aussi plusieurs de nos "copains",
"établis"...
Jean-Claude Vernier
Jean-Claude Vernier a été un de ces premiers intellectuels
"établis", qui ont fait des petits - prêtres-ouvriers
d'une religion sans dieu, venus des Comités Vietnam de Base
et de l'U.J.C.m-l.
Ce jeune chrétien progressiste d'une tranquille famille protestante
de Besançon (voir page), qui va devenir, fin 1972, début
1973, le véritable fondateur de Libération, avait
suivi, dès 1957, à l'âge de 14 ans, le pasteur
Mathiot, homme de foi et de courage, dans des activités risquées
de "passeurs" des clandestins du F.L.N. algérien,
sur la frontière suisse, toute proche d'une maison de sa
famille.
"Les Algériens nous faisaient confiance, mais n'étaient
pas bavards...Ahmed Ben Bella a même dormi une nuit dans mon
lit...Je lui avais laissé ma chambre, donnant directement
sur l'entrée, mes parents n'y ont vu que du feu...").
Son père commence tout de même à s'inquiéter
- et se renseigne, dans la discrétion la plus absolue, sur
son fils.
La suite était écrite. "Passé par Centrale,
je suis d'abord allé m'établir comme manœuvre
dans la Réparation navale marseillaise, en janvier 1968...Moi
aussi, je suis passé par l'expérience du "nettoyage
des chiottes"...Puis, un chef d'équipe m'a orienté
vers le C.A.P de tuyauteur-chauffagiste, que j'ai passé...Ayant
dû quitter la "Répa", j'ai acquis une troisième
qualification professionnelle, après celle d'ingénieur
diplômé de l'Ecole Centrale, et de tuyauteur. Je suis
devenu "saucier" - "saucier, qualifié"
- dans les cuisines d'un établissement coté de Saint-Tropez.
Puis nous avons eu, ma femme et moi, notre premier enfant, en juin.
Nous sommes alors "remontés" à Paris,et
je suis entré à Billancourt, à l'Ile Seguin,
comme tôlier-débosseleur...J'y ai passé le C.A.P
- quatrième métier...Il y avait déjà
deux copains "établis" qui faisaient du bon boulot,
sans se montrer trop..."
Aboulker, Theureau
Le premier de ces deux "kamikazes" s'appelle
Jacques Aboulker.
Fils d'une riche dynastie de médecins juifs, ce militant
sérieux, intègre, et peu accessible à la peur,
a laissé un souvenir éblouissant aux "prolos"
de Renault, rescapés de la "bande à Pierrot"
(Overney) , et notamment aux O.S. maghrébins, qui parlent
encore aujourd'hui de lui avec une tendresse émue et chaleureuse,
où transparaît l'admiration de ces durs militants pour
son dévouement "à la cause du peuple".
C'est Aboulker, animateur du journal "Métallo Rouge",
qui créera, organisera, et animera les premiers "Comités
de Lutte Renault", structures de base, démocratiques,
ouvertes à tous, originales, souples et presque informelles,
créées, atelier par atelier, pour des luttes ponctuelles,
hors syndicats...
Un "grand bond en avant" va se produire en février
1970, avec la fusion entre la G.P. officielle animée par
un autre établi, Jacques Theureau, et ces "comités
de lutte" où s'illustrent , au côté d'Aboulker,
un jeune O.P. de l'entretien, quasi-sosie de Pierre Overney, et
son "grand pote" "à la vie, à la mort",
Didier Cornavin - aujourd'hui professionnel du cinéma, et
proche de la CGT comme du PC, dans le Val de Marne...
Sans être aux antipodes des thèses générales
de la G.P., le fondateur des Comités de Lutte est un militant
de caractère, extrêmement indépendant.
Selon les anciens ouvriers maos de Renault, qui gardent de "Jacques"
(Aboulker), le souvenir d'un garçon "merveilleux",
il avait toujours eu beaucoup de recul à l'égard de
"Pierre", le principal dirigeant connu de la GP.
Comme Roland Castro, Didier Truchot, et bien d'autres...
C'est ce qui explique qu'il n'ait pas souhaité placer une
activité tout de même risquée sous l'autorité
du personnage - au début, en tout cas.
Tous les anciens ouvriers maos de Billancourt qu'il a été
possible de voir ou de revoir, dans la préparation de ce
livre, partagent aujourd'hui, sans exception aucune, le jugement
avisé qu'avait formulé, très tôt, cet
"établi" historique, à l'avant-garde...
Opinion pour le moins critique - "qu'on m'indique où
il est enterré, que j'aille, pisser dessus", dit un
des O.S. "historiques". Un rejet sans ambiguité,
désormais étendu aux principaux lieutenants, courtisans,
ou subalternes, de la "cour" de celui qui va bientôt
se faire appeler, pour les journalistes, "Pierre Victor",
un pseudo claquant fort, mais qu'il lui faudra assumer dans la douleur,
avant de devenir le "gourou" à grand chapeau noir
ridicule, puant de suffisance d'une mini-secte pseudo -"Lévinassienne
- au terme d'un sinueux parcours, après avoir liquidé
la G.P., et sucé la roue du vieux Sartre dont il est devenu
le secrétaire payé, et bien payé.
De ce côté, et très loin de Renault, comme du
monde du travail, dans son ensemble, il est de bon ton maintenant
d'afficher, menton levé, un très altier souci de philosophie
morale, fondé sur un accès privilégié
à d'obscures et savantes lectures - et sur une dédaigneuse
distance avec "ceux qui ignorent l'hébreu" , et
sont encore, de ce fait, dans les ténèbres du Non-Savoir
et l'"illusion du politique"...
16, 66% d'augmentation du ticket de métro
d'un seul coup!
Revanche sur les augmentations de salaire des accords de Grenelle!
"Pas de pétition!
Pas de pleurnicheries!La résistance par l'action directe..."
La fusion des deux groupes de militants maos de Billancourt, et
l'essor foudroyant des "Comités de Lutte", ont
une origine commune: la "bataille du métro", déclenchée
en février 1970.
Il s'agit d'une vraie bataille. Au sang.
Elle va durer deux mois, se traduire par des victoires en série
des "rebelles prolétariens" de la grande usine,
succès politiques autant que "militaires", et provoquer
notre première "percée de masse" à
l'intérieur des ateliers de Renault- Billancourt - avant
de s'étendre, en tache d'huile, en région parisienne...
Franchissant la Seine, les affrontements vont rayonner vers Citroën
Balard-Javel (XVème arrondissement: sur l'actuel "Front
de Seine", bâti sur le cadavre de l'usine, liquidée).
Ils vont s'étendre très vite aux usines SEV et CSF
d'Issy les Moulineaux, "branchées" sur le métro
Coirentin Celton, presque en face de Billancourt, et jusqu'aux gares
d'Austerlitz et de Saint-Lazare, carrefours de la banlieue, puis
enfin au Pont de Levallois, au nord-ouest...
Tout commence par l'annonce brutale d'une augmentation de 16, 66%
du prix du ticket de métro - applicable au 2 février
1970.
A Billancourt, presque tout le monde utilise ce moyen de transport.
La hausse fait l'effet d'une bombe, en forme de gifle. Par son sens,
plus encore que que par la somme: elle est reçue comme la
caricature cruelle du "revanchisme" d'après mai
68. Cette nouvelle augmentation d'un produit de consommation basique,
venant après bien d'autres, projette en pleine lumière
l'insidieuse stratégie de dérapage des prix, qui mord
de plus en plus avidement dans le "bifteck" arraché
à Grenelle - juteux en première bouche, mais fondant
à toute vitesse (10% d'augmentation du salaire nominal, rongés
depuis par une inflation d'au moins 5% par an...).
Très vite, de jeunes "prolos" de Renault, excédés,
commencent à passer sans payer.
Ils envahissent de préférence les wagons de première
classe, seuls, ou en petites bandes.
Lecteurs de La Cause du Peuple, ils viennent d'y découvrir,
le 16 janvier 1970 (numéro 15 ), le "récit
d'expérience" de l'occupation sauvage des wagons de
première classe d'un train de banlieue, gare de Lyon, "en
masse à force ouverte". (suite troisième
colonne ou accès direct par clic
ici)
|
| L'événement
est tout frais.- "Et nous, qu'est-ce qu'on
fait?"
Dans les mêmes pages, un autre article
évoque le boycott des bus de ramassage des sidérurgistes
de la Sollac, en Lorraine, un peu plus ancien, aux cris de
"Plus de bétaillères! Transport gratuit!"
. Mouvement agrémenté. de vifs accrochages avec
es gardes mobiles...
Le journal des maos, vivant, et sec, propage une culture de
l'action directe, populaire, au travers de récits concrets
bien accrochés à des faits, vérifiables.
Il est régulièrement vendu à la criée
aux portes de l'usine. Et circule déjà, aussi,
par le petit réseau interne de diffuseurs de main à
main organisé autour d'un premier noyau proprement
G.P. d'une quinzaine d'ouvriers, groupés autour de
deux "intellos" "établis".
Complémentairement, le "travail de zone"
paye. La Cause du Peuple vole de main en main dans les petits
cafés ouvriers de la porte Zola, côté
Boulogne, ou de l'autre côté de la Seine, au
Bas-Meudon. Ils sont minutieusement ratissés, jour
après jour, par les infatigables militantes et militants
du "groupe de porte", appelé à
se transformer bientôt en "détachement
de la zone de partisans Renault ".
Les militants de l'intérieur viennent les retrouver
dans ces endroits alors tranquilles, pas encore saturés
d'indics et de mouchards - comme on va le voir un peu plus
tard sur un très vaste périmètre.
Avides d'action, et bien conscients que, sur la hausse des
prix, on se "paye leur tronche", en bouffant
les déjà maigres "acquis de
mai", les jeunes de Renault se réjouissent
aussi de l'occasion de "mettre une danse"
aux "flics en civils de la RATP", ou aux
"képis" - que, déjà,
fin chasseurs, ils anticipent...
Enchaîne, dare-dare, un tract. "Esclaves
à Renault, bétail dans le métro! Assez!
". Il est signé "Gauche
prolétarienne- Renault-Billancourt"
- et commence à voler de main en main, de chaînes
en ateliers...
Etape suivante, cent jeunes défilent dans l'Ile Seguin,
derrière les maoistes. Ils brandissent, et vendent,
La Cause du Peuple: "Vie chère, vie d'esclaves,
assez! " "Résistance populaire à la
hausse!" "A bas les cadences infernales!"
Cent mètres derrière, bien séparé
par un sas anti-contamination, un deuxième cortège:
les syndicats, qui jugent prudents de ne pas déserter
complètement ce terrain, et "marquent" les
"maos" "à la culotte"...
- "Un bon petit bordel s'installe, raconte Didier
Cornavin. Il va durer toute une semaine.
L'usine n'est pas la seule à être touchée.
La station de métro Billancourt, où "de
petits groupes de mecs continuent à passer sans payer",
souffre ordinairement d'un décor un petit peu tristounet,
on se charge de l'améliorer. Dès l'époque
Vietnam, nous avions perçu l'intérêt de
laisser libre cours en sens de l'expression murale, directe
et colorée, des jeunes activistes, en faisant monter
l'expérience juste d'un cran, et en réalisant
ces productions d'art pictural, innocemment illégales,
non de nuit, en cachette, mais en plein jour!
De cette façon, on suscite des discussions avec les
passants, qu'ils soient favorables ou, mieux encore, hostiles:
puisque dans ce cas il suffit de laisser la mayonnaise monter
toute seule vers ce que nous appelons des "embrouilles"
avec des allergiques à la peinture, ou mieux encore,
avec les flics.
Les plus expérimentés d'entre nous saisissent
l'occasion pour endurcir les sympathisants, en leur montrant
qu'il n'est pas indispensable de détaler comme des
lapins à l'arrivée du moindre képi -
ou même, d'un car.
Rester, protester, "embrouiller", attrouper le chaland,
à l'occasion, bousculer les "képis",
un peu plus tard cogner: c'est toute une pédagogie
active qui permet aux "plus avancés" comme
au "moins avancés" de progresser ensemble
- avant de passer, après bilan et analyse, à
autre chose...
Un partage du travail, comme du savoir-faire, à mille
lieues, donc, du taylorisme...
La station Billancourt se rafraîchit donc d'expressions
graphiques réalisées à la bombe à
peinture - un instrument d'autodéfense commode, de
plus, en cas de difficulté...On pourrait, sur un plan
strictement esthétique, nous le reprocher: mais nous
ne donnons pas dans le classique. Ni dans le pastel. Nos couleurs
pétillent. Les textes aussi...Soigneusement élaborés
en réunion, ou improvisés sur le tas, mais toujours
en très gros caractères, ils vont droit à
l'essentiel: "Pas de pétition! Pas de pleurnicheries!
Une seule voie: la résistance par l'action directe..."
Très vite, la RATP, débordée, fait appel
à la police.
Les flics viendront trois fois. Trois jours de souffrance.
Le premier, ils doivent fuir, sous les baffes. Le deuxième,
c'est une sérieuse volée qu'ils prennent. C'est
Billancourt, ici, pas les processions de la Sainte-Vierge.
Et les maos, à fortiori les jeunes métallos
maos de Renault. ne connaissent qu'une phrase de catéchisme:
"Frappe moi sur la joue gauche, je te défonce
la couille de droite d'un coup de santiag, appuyé,
en poussant bien à l'impact, et sans me contenter de
"fouetter".
Le troisième jour, où les "keufs"
ont le tort de revenir, car toute l'usine sait maintenant
que c'est fête, les "tuniques bleues" prennent
une vraie raclée. "De chez raclée"
- comme ont dit aujourd'hui, ou tout est "marque".
Mauvais joueurs, et, de plus, engueulés par leurs supérieurs,
qui ont suivi les choses de loin - la division capitaliste
du travail et la scission "travail manuel/travail intellectuel",
Taylor, toujours, s'est étendue partout comme une mauvaise
vérole, jusque dans la police... - ils abandonnent
alors le terrain pour deux longs mois.
Le territoire du métro devient "zone libérée".
Le Monde, soumis à la Préfecture, à Dreyfus
(Pierre ), ce "P-dg de gauche" et à la CGT,
ironise sur le "vicomte Charles-Henri de Choiseul Praslin",
"héritier De Wendel et militant maoiste",
qui, "établi", en fait, dans une autre usine
Renault, à Flins, vient, selon le "journal de
référence", haranguer les niais ouvriers
de Billancourt et en entraîner "une cinquantaine,
ravis de l'aubaine", à prendre le métro
gratuit.
Mais le docte journal se trompe, car, au contraire, le pouvoir
commence à changer de mains à l'intérieur
de la G.P. de Renault. Plus que les "établis",
ou les "intellos de porte" ce sont des "prolos
de souche", comme Didier Cornavin, Pierre Overney, ou
"Dédé Narbonne", qui entraînent
derrière eux le gros des travailleurs d'une des équipes
de Billancourt (17 000 personnes...). Ils imposent,
de fait, la gratuité totale, avec le renfort
d' une bonne bande de jeunes immigrés sans peur et
sans reproches, plus à l'aise encore, à ce moment,
pour "se farcir les flics" dans les souterrains
du métro qu'en pleine rue, à la lumière
du jour.
Dans l'autre équipe - elles alternent, à mi-journée,
et n'ont ni la même composition sociologique (dans la
géopolitique complexe des multiples ateliers et secteurs
de cette énorme usine), ni le même profil de
militants - les ouvriers sont moins unis, les choses se feront
moins vite et le métro "total gratuit" ne
sera vraiment réalité qu'au bout de trois semaines.
|
"C'est le début
du communisme!",
s'exclame un ouvrier
Ici comme à CODER , les maos ont l'idée, très
vite, de ne pas laisser les combattants d'avant-garde d'une première
bataille se sentir seuls, ou se faire effectivement isoler et encercler.
Dès le 2 février, à 7H00 du matin, des incidents
du même genre éclatent à Austerlitz.
La Cause du Peuple, dont les diffuseurs, militants de la G.P., n'y
sont pas entièrement étrangers, les recense fidèlement,
dans on numéros daté du 16.
"Contre les ennemis de la liberté, C'EST L'HEURE DES
PARTISANS!", claque la manchette.
- "C'est Pompidou qui paye", titre la double page "transports".
On y relate aussi la mobilisation d'ouvriers de Citroën autour
des maoistes. Imitant Renault (qui n'est pas loin, de l'autre côté
de la Seine), ils commencent eux aussi à passer en groupe,
en force, et sans payer. Insuffisamment organisés, eux, toutefois,
à l'intérieur de leus ateliers, ils tiennent tout
de même cinq jours avant d'être noyés sous une
nuée de flics.
Rive gauche toujours, mais en aval, à Issy-les Moulineaux,
au métro Corentin Celton, qui dessert les usines SEV et CSF
de la ville, "les C.D.P. servent de billets", raconte
un autre témoin de l'époque. "C'est le début
du communisme", commente un ouvrier...
Pierrot, "P'tit Claude
Marseille", Didier, "Roro",
"Bouclette", "Jean-Marc
Moto" - Vincent, François, Paul,
et les autres...- les deux
José du Portugal, et les Saddok...
A Billancourt, en tout cas, ce "communisme"-là
ne passera pas - décrète la CGT de l'usine.
"Le pouvoir aux abois lance ce qu'il lui reste de troupes gauchistes
pour tenter d'organiser des provocations que les policiers attendent
avec impatience", écrit-elle dans un tract daté
du 5 février, distribué, prudemment, à distance
respectable d'un nouveau cortège ouvrier sorti cette fois
de l'usine, en groupe compact de près de cinq-cents, drapeaux
rouges en tête - qui s'engouffre dans le métro, sans
ticket...
Encore un coup de ces distributeurs de tracts "intitulés
"Gauche prolétarienne, maoistes, etc", qui "débitent
de la prose fasciste" - et que dénonce la prose de la
CGT-Renault-Billancourt...prudemment distillée...
"Ces soi-disant révolutionnaires, en fait émules
des chemises noires de Hitler de 1933, saccagent tout sur leur passage,
dégradent les voitures du métro, barbouillent les
immeubles de leurs inscriptions obscènes, essayant ainsi
de discréditer la classe ouvrière", insistent
encore les représentants autorisés d'un jeune prolétariat
rebelle, qui, même et surtout ici, commence à se passer
du "bon de sortie" des "pontes".
- "Déguisés en "ouvriers", comme au
49 ou dans l'Ile, poursuit le syndicat de Billancourt, ou déguisés
en étudiants, comme aux portes de l'usine, il s'agit bien
de bandits, auxiliaires de la police".
Aimé Albeher, bientôt, va tenter de lui ouvrir les
yeux: mais la CGT du rustique permanent Roger Sylvain, ne voit pas
qu'à parler comme elle le fait là, c'est dans son
propre cercueil que la vieille organisation ouvrière enfonce
à ce moment les clous de son discours.
Surtout quand elle va jusqu'à accuser de jeunes sympathisants
de la CGT, devenus compagnons de route, ou plutôt de rame,
des maoistes, d'avoir "blessé huit travailleurs de la
RATP à coups de manche de pioche à leur poste de travail
à la station de métro Billancourt " .
- "Ce qui est vrai, raconte encore, frisottant sa moustache
rousse de "Gaulois de chez Gaulois", le malicieux Didier
Cornavin. "A part qu'ils étaient six, et pas huit, et
qu'il s'agissait d'agents de la sécurité du métro,
des "flics de la RATP" - et pas du brave "poinçonneur
des Lilas" (ou de Billancourt), chanté par Serge Gainsbourg...
"Il est vrai que, des coups de manches de pioche, poursuit
l'ancien ouvrier qualifié (O.P.) de l'entretien, il a bien
fallu en donner pour lancer l'affaire du métro. Moi, pas
tellement. Ces grands bouts de bois mal maniables, ça n'a
jamais été mon truc...Mais Pierrot, ces jours-là,
il s'est vraiment éclaté...Ça a vraiment été
sa grande entrée en scène dans les rangs de la G.P....Il
avait un humour incroyable ...Il ne pouvait pas s'empêcher...Il
nous pliait de rire..."
Un jour, déchaîné, tapant à grands coups
de manche de pioche, de toute sa puissance de fils d'ouvrier agricole
de la Beauce, élevé à la dure, sur des "képis"
venus prêter main forte aux "flics de la RATP",
noyés sous le nombre, Pierre Overney accompagnait ses "han!..."
et "han!..." de bûcheron de mots d'ordre à
la chinoise, singeant les "Gardes Rouges"..."Les
masses sont avec nous, les masses sont avec nous"...
"Personne n'en pouvait plus!, reprend "Didier le Gaulois".
Même les meilleurs cogneurs, comme "Roro le Mammouth"
- un des piliers de la "bande à Pierrot", formée
de jeunes ouvriers professionnels qualifiés (O.P.), français
antiracistes, en rupture de ban avec la CGT, qui rejoignent alors
massivement les Comités de Lutte, ou la G.P,...- "étaient
tellement écroulés de rire qu'ils ne pouvaient plus
taper!".
Didier, que la Brigade criminelle allait un petit peu chatouiller
en 1977, le soupçonnant - sans preuves, bien sûr -
d'avoir été le passager de la moto, auteur des cinq
coups de "calibre" mortels pour Tramoni (le vigile de
Billancourt, meurtrier d'Overney, retrouvé, cinq ans après)
se souvient encore aujourd'hui, nostalgique "des parties de
pêche à la ligne qu'on organisait ensemble, avec "Pierrot"
et d'autres, du bord de l'Ile Seguin, entre deux interventions d'urgence
pour révision de machines. Nous placions un "chouf"
(un guetteur) pour nous prévenir en cas de descente des chefs...".
Mais les meilleures choses ont une fin.
Les flambeaux du bal du métro vont s'éteindre, avec
la sortie de piste de Didier - maître danseur à qui
la modestie, mais aussi la prudence, interdit de "gonfler"
si peu que ce soit le rôle qui fut le sien, dans cette histoire,
au côté de Pierrot, de "Roro", de Jean-Marc
"Moto", des deux José du Portugal, de Claude "Marseille",
des Saddok, et des autres...
Dernier tango à Passy
Mais avant que les lumières s'éteignent - avec l'arrestation
de "Didier le Gaulois" - et que Cendrillon reprenne, dépouillée
de sa robe de Princesse d'un soir, et de ses chaussons de vair,
le chemin du "chagrin" - un dernier tango à Paris,
plus précisément à Passy, et plus exactement
encore au métro Passy, va faire chavirer corps et cœurs,
pour un dernier coup de flamme...
"Dans la nuit du 23 au 24 février (1970), à 2H30
du matin, indique un communiqué de la Nouvelle Résistance
Populaire (N.R.P.), scrupuleusement exact jusqu'à ce point,
"des partisans ouvriers de la N.R.P. se sont saisis de 30 000
tickets de métro à la station Passy, comme le faisaient
les résistants, pendant la guerre, en allant "récupérer"
des tickets d'alimentation...(...)
" Ces tickets ont été distribués dès
le mardi 24, à Saint-Lazare, par cent manifestants, qui les
accompagnaient d'un tract : "Tous les moyens sont bons pour
faire cracher les voleurs...Nous avons volé dans une station
de métro les tickets de métro que nous vous distribuons...Voler
les voleurs, c'est justice. Tous les moyens sont bons pour faire
cracher le patron".
Un mensonge de Rolin (Olivier)
L'auteur de ce petit texte, sobre pour l'occasion et correctement
écrit, est Olivier Rolin, le transparent "Antoine"
de la N.R.P. - aujourd'hui repenti honteux et collaborateur de la
revue des néo-conservateurs français, Le Meilleur
des Mondes, organe doté de vrais moyens, si l'on en juge
par son papier, glacé comme par la quantité des textes
discrètement propagandistes qui s'y entassent.
Le "commissaire politique" de ce "Monde"...
des Maîtres, véritable Guantanamo œcuménique
de la pire "intelligentsia" française, celle qui
rampe sans vergogne aux pieds des puissants du Temps, quels qu'ils
soient, puis, changeant les paroles, mais jamais la musique, cherche
d'autres objets à sa passion maso du ralliement, est un tout
petit maître à frange, vitupérant imprécateur
à ailes variables, vaguement mao sans jamais se "mouiller"
vraiment, connu pour avoir confondu Ponpon de Montboudif avec Adolf
Hitler, mais il est vrai qu'il voit partout des petits bruns à
moustache, hurleurs, et rallié, lui, sans fard à Sarkozy
- dans une dégringolade sans fin de renégat allant
jusqu'aux extrémités logiques d'une démarche
toujours vitupérante, pleine d'arrogance et d'un d'un mépris
haineux multidimensionnel, tombant d'on ne sait quelle hauteur sur
des cibles perpétuellement changeantes (hors les Etats-Unis
et Israël, intouchables protégés, depuis le milieu
des années 1970, des postillons "tout azimut" d'une
haine rabique tournant sur elle-même), et toujours donneur
de leçons, impérieuses et coupantes comme un réquisitoire
de procureur stalinien, mac carthyste, ou nazi, malgré cette
manie des retournements de veste sans pudeur...
Peut-etre aura-t-on reconnu ici le portrait, vite torché,
d' André Glucksmann, fils, dit-on, de deux militants communistes,
juifs, eux, universalistes, agents des renseignements militaires
de Staline, le prestigieux G.R.U, auprès de qui le grand
K.G.B. de l'origine passe pour une équipe de joyeux drilles
et d'amateurs brouillons...
C'est dans ce "Meilleur des..." laboratoires, à
prétention "française", où s'élaborent,
traduits ou adaptés de la langue texane de l'intellectuel
américain Donald Rumsfeld, ou de celle du dangereux Richard
Perle, que tente de s'organiser, avec l'aide de quelques donateurs
aussi "éclairés" qu'anonymes, une "Nouvelle
Résistance Impopulaire", pro-Bush et pro-Israël,
inspirée des "faucons" "néocons"
de l'extrême-droite américaine, que sévit désormais
le renégat Rolin, dit "Antoine", puis "Antoine
Liniers", mais que les ouvriers de Renault membres de la N.R.P.
avaient intuitivement baptisé, très tôt, "Le
Maréchal", sans allusion aucune à Lin Biao, puis
"Pinochet", en référence à "pine",
et à "hochet", mais pas seulement...
Avant de s'engager, l'âge de "raison" venu, dans
une petite carrière d'écrivain à succès
médiatique, son repentir lui valant un perpétuel dégueulis
d'"articles" cire-pompes plus nombreux que ses lecteurs,
Olivier, fils d'un fonctionnaire colonial qu'il aurait rêvé
héros de la Résistance, ou, selon d'autres sources,
d'un officier de l'armée d'Indochine tué par un obus
de l'armée d'occupation terroriste où il "servait",
s'apprête alors, sur ordre, à faire de la N.R.P., qui
n'est qu' une "signature" pour des "opérations
spéciales" un peu plus risquées que la moyenne,
comme elle l'a été à Marseille, puis à
Dunkerque (voir page), une véritable organisation clandestine,
indépendante, avec son atelier de fabrication de faux papiers,
son matériel radio, ses vieilles mitraillettes Sten de la
guerre déterrées dans un maquis du Limousin rouge
de Guingouin, ou des "outils" d'importation, plus modernes,
ses "permanents" salariés (en liquide), etc.
Ce sera chose faite, bientôt, avec la construction de véritables
structures à vocation rigoureusement clandestine, bien que
la chose soit la "branche armée" au projet stupidement
et vaniteusement claironné de l'"ex-G.P.", et que
son recrutement initial laisse à bien des égards pensif...
Mais, au jour de Passy, une N.R.P. organisée n'est encore
qu'un projet. Et Rolin ment, effrontément, dans les cocktails
(sans Molotov) de Saint-Germain des Prés où son grand
nez rouge de Pinocchio s'allonge au rythme de ses vantardises, et
du whisky de marque que ce repenti lampe pour y noyer sa honte,
quand il "fait le beau", en décrivant sur tous
les tons, épique, fier à bras, faussement modeste,
rouleur, amer, désabusé, en tout cas "romantique",
et dans tous les cas, à la mode, dans l'attitude si bien
décrite par Sartre de la "putain respectueuse",
confite en bigoterie pour effacer ses "fautes" , comment
lui et "(ses) hommes" ont réalisé, au métro
Passy, une des actions "politico-militaires" de fait les
plus justes, au sens où la "queue d'aronde", sous
la lime d'un a-justeur est "juste" - parfaitement en place,
et coulissante - opération à la fois la plus politiquement
utile, la plus mesurée dans ses moyens et donc dans le défi
qu'elle lance au puissant appareil de la police, et la plus moralement
"juste", enfin - jamais revendiquée par la Nouvelle
Résistance Populaire...
Il faut ce qu'il faut, pour toucher le "denier de Judas",
et faire (petite) carrière de ses "exploits" de
"grand chef militaire clandestin" - tout en traitant de
façon amusée, un tantinet méprisante ("Tigre
en papier") les pauvres crétins qui, selon lui, croyaient
à tout ce "pathos" sur le "prolétariat",
la révolution, "un pour tous, tous pour un", et
surtout, surtout, la lutte armée...
Il en viendra à demander à l'un d'entre nous, peu
avant la parution de ce tas de boue, de lui trouver une arme de
poing de gros calibre pour pouvoir en finir, le moment venu, avec
les tortures où se tortille un cerveau d'éternel "khâgneux",
enrobant de phrases bien tournées, parfois même élégantes,
les puantes défécations d'une âme déjà
morte dans un corps tout d'os, maigre, rongé par l'alcool,
la honte, et le remords.
Mais le hic (on nous pardonnera une métaphore tombant trop
"juste" pour être biffée, parce que libérée
d'une pitié imméritée...), c'est que Rolin,
"Antoine", "Le Maréchal", Pinochet-Pinocchio-Pine-au-chose,
n' est pour rien dans le coup de Passy.
Absolument, résolument et totalement pour rien.
Le soir où les billets ont été volés,
en grand nombre, au prix de quelques risques tout de même
pour les membres du commando, il ronflait dans sa piaule, à
Normale Sup, rue d'Ulm.
Ce prudent "révolutionnaire" bénéficiait
dans cette "Grande Ecole" de tout le confort, et surtout
de la consistante bourse d' "études" de fonctionnaire
d'Etat en formation dont cet incontestable spécialiste de
la version latine et, à un moindre niveau, du thème
grec, issu de la fameuse "khâgne à cogneurs"
de Louis Le Grand, avait pu bénéficier pour trois
ou quatre années, au prix d'une première (et très
discrète) concession aux principes.
Il avait en effet décidé de présenter le concours,
en mai 1968 - au moment où les plus cohérents d'entre
nous décidaient, eux - rupture...- de s'arracher au "carriérisme
petit-bourgeois des études", à tout destin de
"mandarin bourgeois", d' "Ulmard", ou de clown
grotesque au nez rouge de "la littérature nombriliste,
pourrie et décadente" de Saint-Germain des Prés,
pour larguer les amarres, et partir, à l'aventure, "
s'établir en usine".
"U Cervu", "Dede La Couenne",
"Titi d'Argenteuil":
les vrais "Robin
des Bois" de Passy
Le véritable chef du commando de "nouveaux
partisans" , auteur de la "récupération
prolétarienne" au métro Passy est précisément
un de ces jeunes gens sans peur et cohérents, qui, après
un passage à Louis-Le-Grand, ont choisi d' "oublier
Ulm", le prestige du concours, la bourse avantageuse, le petit
studio peinard, le prestige qui va avec, et l'avenir universitaire
qui s'y profile, pour se donner corps et âme à un militantisme
de banlieue, âpre - que Rolin, lui n'a jamais
pratiqué.
Nous l'appellerons "U Cervu", ("Le Cerf"),
puisque ce grand Corse faussement nonchalant à la frappe
sèche, insiste pour que son patronyme n'apparaisse pas, comme
le fait son "compatriote îlien" "Marcel"
de Marseille...
A l'époque du "braquage" de la station Passy, qui
donne du souffle à la "bataille du métro",
et donc aux ouvriers maos de Billancourt, en pleine percée,
Rolin, bagarreur consciencieux, est membre du Comité Exécutif
de la Gauche Prolétarienne depuis le début.
Pourtant, il n'a pas la moindre expérience de "travail
de masse" direct, à la base, dans une usine, en "groupe
de porte", ou sur un quartier - et, gourmand de "petits
culs" "people" mais pas très "peuple",
ne cherche nullement à en acquérir une.
Mais depuis l'époque Vietnam, et Flins 1968, puis 69, tout
le monde reconnaît un certain savoir faire opérationnel,
et du courage à cette caricature vivante d' "intellectuel
bourgeois" à la papa, vivant dans le vase clos des livres,
coincé et complexé, trop rarement libéré
par de viriles chansons de marins d'autrefois chantées entre
hommes, en groupe, et le soir, tard, arrosées d'alcool âpre,
cher, ou par l'adrénaline propre aux actions violentes...
Comme ce garçon timide et renfermé, complètement
coupé de la chaleur populaire, de la vie réelle du
monde du travail et des "gens de peu", qu'il ignore, est
sans contact direct avec la base, il ne dispose donc, début
1970, au début de l'affaire du métro, d'aucune véritable
équipe autour de lui.
C'est la raison pour laquelle il se tourne vers "U
Cervu", dont il a apprécié, comme nous tous,
le calme, autant que la pugnacité, dans la cour de l'usine
de Flins, le 17 juin 1969 - et qui, lui, aime les gens,
vit entouré de "potes", et de "bonnes copines",
ayant les mêmes qualités que lui, et peur donc constituer
une équipe.
Jeune cadre audacieux et actif d'une G.P. en pleine ascension,
sous son impulsion, dans son secteur de banlieue, "le
grand" vit alors au contact permanent des ouvriers marocains
de Chausson-Gennevilliers, de leur cadre mao, Mokhtar, resté
toute sa vie un impeccable militant ouvrier, anti-impérialiste,
antisioniste, doublé d'un homme de culture, de poésie
et de théâtre, au côté de son amie Geneviève
Clancy...
"U Cervu" vit aussi dans l'amitié de jeunes rebelles
français d'Hispano, des filles de Jaeger ou de "Valentine-les-belles-peintures",
des immigrés du bidonville d'Argenteuil, ou des jeunes des
C.E.T. de toute la banlieue nord.
Vrai Corse, il a aussi ce sens instinctif - tragiquement
absent chez Rolin - de la détection d'hommes et de femmes
sûrs, de combattants solides, qui seront "bons sur un
coup", sauront rester muets, ensuite, et ne lâcheront
jamais, plus tard - même aux pires moment de décomposition
générale, et de débandade.
Dédé La Couenne
C'est le cas de "Dédé La Couenne", un des
jeunes militants d'Argenteuil qui va seconder "U Cervu"
à Passy, et au-delà, comme de l'équipier qu'il
a lui-même proposé, "Titi" - sans que personne
d'autre que leur "chef de groupe" ne le sache, pendant
longtemps.
Reste à choisir la bonne station, et la méthode.
Habitant rive gauche, le Corse cherche une station éloignée
de ses parcours habituels - où il pourrait être reconnu,
on ne sait jamais...
Son choix se porte vite sur Passy. Les possibilités de repli
par un écheveau de petites rues et par des escaliers débouchant
sur les quais de la Seine lui semblent convenables - ce qu'on peut
d'ailleurs discuter.
"Dede" et "Titi" sont d'accord.
Et d'accord aussi sur le mode opératoire.
Un (vrai) polytechnicien en uniforme, discret militant de
la G.P., et une accorte camarade blonde, des plus potelées,
seron chargés du guet et de la diversion. Leur "couple",
peu banal, attire l'attention. ...C'est une méthode d'aimantation
des regards d'éventuels témoins sur un point de détail
- le bicorne, les seins...- utilisée par les plus
grands professionnels du "braquage" de banque, comme par
les tueurs à gages, corses ou pas, ou ceux des services de
renseignement officiels de l'appareil d'Etat, corses aussi,
quelquefois, mais pas toujours...
En 1970, n'y a pas encore de caméras video dans le métro.
En revanche, il y a bien, dans un petit local fermé, une
imposante réserve de tickets. Trente mille,
d'après les décomptes faits au cours de la série
de distributions militantes qui va suivre.
Au métro Pont de Levallois, par exemple, de jeunes ouvrières
d'usine prendront des carnets entiers, et les tracts qui vont avec,
"pour les copines, à l'atelier".
Gare d'Austerlitz, le mardi 10 mars, à 18H00, 4000 tickets
de Passy sont distribués. Les flics, qui, trop de fois rossés,
et dans les grandes largeurs, au métro Billancourt, y laissent
désormais les contrôleurs de la RATP, philosophes et
ravis, lire La Cause du Peuple au guichet tandis que passent à
l'œil des centaines puis des milliers d'ouvriers de Renault,
tentent de sauver l'honneur - c'est Austerlitz... Ils ne sauvent
rien, mais doivent se sauver, sous les huées et sous les
coups.
Comme au métro Billancourt, base de départ de cette
fructueuse campagne, les militants de la G.P. sont loin d'être
les seuls à donner, ce jour-là, de la voix, ou du
poing.
Tous les gens en ont marre de la hausse des prix, qui mine leur
pouvoir d'achat, et de plus, les humilie - puisque la plupart d'entre
eux, grévistes en mai, ont repris le travail à l'appel
de syndicats contre la garantie écrite d'une augmentation
de 10%...
Et tout le monde est ravi de cette occasion géniale de marquer
le coup...
C'est un événement majeur, marquant la société
française toute entière. Il prouve l'efficacité
d'une stratégie, combinant l'action de franc-tireur
des premiers petits groupes d'ouvriers de Renault violant
à force ouverte le tabou des guichets, puis des premières,
puis entraînant 100 ouvriers d'une usine de 35 000
travailleurs dans un cortège interne, avant d'enchaîner
sur une sortie à 500, de l'usine au métro,
la marmelade des képis, les passages en force quotidiens,
par milliers, et enfin l'action "politico-militaire",
merveilleusement ciblée, réalisée sans faute
parce qu'elle est "juste" et
simple - puis exploitée par les vastes réseaux de
la communication militante.
Un cas d'école, contrairement aux aventures "à
la Tupamaros" où l'Ego hypertrophié de délirants
dirigeants de la G.P., et du "Maréchal", futur
"néo-cons", lui-même, entraîneront
tout le monde à la catastrophe - sans même évoquer
le cas de l' "embrouille" mortelle
de la porte Zola, fruit de la même hyper-dilatation
du même Ego des mêmes, "forçant"
les choses, à mort, le 25 février 1972 (lire
page)
"Procès de Moscou" pour
"U Cervu"
Comme le "numéro deux" qu'il a choisi
pour l' "action de partisans" de Passy, et qui reste aujourd'hui
son ami, "Dede la Couenne", un jeune lycéen d'Argenteuil
fils de militants communiste, et toujours aujourd'hui, et militant,
et communiste, (contrairement à Rolin, Glucksmann, Theureau,
Schiavo, July, Geismar et cie) "U Cervu" fera l'objet
d'un règlement de comptes sordide, genre "procès
de Moscou" - fin octobre 1970.
On viendra lui demander des comptes pour l'insuffisance, relative,
des émeutes de "guérilla urbaine" préparées
par le Comité Exécutif - dont il n'est pas - pour
le procès d'un Geismar insuffisamment aimé, et surtout
respecté, pour soulever la jeunesse - échec dû
avant tout à la bureaucratisation accélérée
d'anciens "cadres militaires" déjà sur le
retour qui ont "refilé le bébé" à
"U Cervu" comme Rolin, Passy, puis l'accablent et l'assomment
de critiques après-coup.
Ces petits procureurs grotesques, plus rougeauds que rouges, bouffis
de suffisance, de haine et de mépris, souvent d'une laideur
physique à faire peur, reflet d'une décomposition
dans la noirceur, côté cœur sont en général
flanqués de compagnes zélées, qui leur ressemblent,
jouant la "femme du chef", harpies boudinées montées
sur de courtes pattes prêtes à tout pour transformer
en "légitimité" politique, perverse, les
rapports de plumard.
Tout ce tout petit monde, minuscule bureaucratie encore au stade
du foetus, dont l'avidité à s'intégrer, quel
qu'en soit le prix, aux nouvelles classes montantes de la modernité
n'apparaît encore que de façon subliminale, s'inquiète,
en fait, de la montée en puissance du grand Corse débrouillard
aussi indépendant d'esprit que son "adjoint" de
Passy, le robuste "Dédé d'Argenteuil", sur
la base d'actions fortes, basées sur un travail de fond.
Leur autorité grandit alors au-delà même des
limites de leur "willaya", de plus en plus puissante,
"royaume indépendant" de "seigneurs de la
guerre" liés, eux, aux fiers ouvriers marocains du redoutable
"village arabe" de Chausson-Gennevilliers comme aux vaillants
"établis" d'Unic ou de Valentine, et aux "milices
ouvrières" indépendantes, alors au bord d' éclore
dans le rude espace prolétarien de la grande "zone nord-ouest".
La "haute direction" de la G.P commence donc à
s' inquiéter.
Un des anciens cadres opérationnels des C.V.B., alors remarquable,
devenu, chez les mao, "cadre-dirigeant", et employé,
plus souvent qu'à son tour, à ces basses besognes,
se chargera d'organiser, avec l'appui de sa propre compagne,
son "clone", pitoyable caricature
de "femme de chef",
une campagne de calomnies contre "Dédé
La Couenne", "en procès", avant même
"U Cervu", dès l'été 1970.
Pour avoir lancé un début de rébellion collective
contre la façon dont les cadres "maos", "parachutés"
de la région parisienne, et notamment de la fac de Vincennes,
se sont "tirés des flûtes" en rentrant à
la maison, intacts, après l'émeute juvénile
du 14 juillet 1970, à Saint-Etienne du Rouvray, près
de Rouen, pendant que les "prolos" de 20 ans de cette
banlieue très ouvrière, réservoir de main d'œuvre
de l'usine de Renault-Cléon, sur la Seine, "morflaient",
tabassés, emprisonnés et condamnés pour avoir
répondu aux appels à la révolte de l' "été
chaud", glorieusement lancés par la G.P., il sera traité
de "flic" ...
Trois mois plus tard, "U Cervu", pour sa part, traîné
à une séance de "critique autocritique"
pour "déviation hors-la-loi" dans la zone nord-ouest,
et lâché, ignominieusement, par une (petite) partie
de son équipe, partira, écœuré, faire
son service militaire en Allemagne...
Il tentera bravement d'y mettre sur pied un "comité
de soldats", avant de "rentrer au pays", en Corse,
pour y retrouver des êtres humains dignes de ce nom, ayant
sens de la dignité humaine et de la fraternité, et
repartir du bond pied.
Au même moment, "La Couenne", qui a prises ses distances
"avec tous ces malades", mais continue à militer,
dans sa ville natale d'Argenteuil, ville de Gabriel Péri,
puis Robert Montdargent, où vécutent Karl Marx et
l'impressionniste Claude Monet, connue aussi pour ses carrières
de marbre attirant une main d'œuvre abondante d'immigrés
italiens, base d'un PC offensif, pendant la Résistance, et
de réseaux de la M.O.I., où il connait tout le monde,
aura été retrouver Driss, à Oran - où,
expulsé, il survit dans la dèche, complètement
paumé.
Driss est le Driss de "nous vengerons Kader et Driss",
de l'époque Keloufi (voir page). Ce jeune immigré
vivait, si on doit écrire "vivre", dans le cloaque
immonde du bidonville d'Argenteuil, que les communistes de ce secteur
du département du Val d'Oise devenu depuis le bastion du
"brancardier du parti", le fourbe et jovial "nain
de jardin", Robert Hue, voulaient raser, dispersant les immigrés
pour construire la fameuse et juteuse "dalle" commerçante,
entrée depuis dans l'histoire par une visite-éclair
de l'agité de Neuilly.
L' "affaire du bidonville" allait se traduire par une
monstrueuse "chicore" sur le marché, la municipalité
PCF de l'époque ayant fait appel à ses "réserves"
chez les blousons noirs de la cité Kruger, alors bastion
du Parti, pour chasser les maos, mais la "bande Kruger"
s'étant divisée en deux, une partie combattant au
côté des "Arabes" et de la G.P...
Gilbert Castro, que sa qualité de trésorier, et ses
jolis petits petits costars de quatre sous tirés à
quatre épingle n'empêchaient pas de monter au front,
quand ça chauffait, y perdit une paire de lunettes, brisée
par "un gnon de première bourre", et Driss, qui,
faisant toute confiance aux maos, avait pris la parole en plein
marché, défendant ses "frères immigrés"
et La Cause du Peuple fut aussitôt arrêté, conduit
au premeir bateau, et expulsé.
Il n'avait plus eu de nouvelles de personne, il n'y avait pas eu
plus d'actes de solidarité élémentaire que
de "vengeance", quand le "salopard de dissident",
Dédé la Couenne, vint lui serrer la main, puis le
prendre dans ses bras, huit ans plus tard, dans son infinie détresse
oranaise...
Le troisième homme de Passy, "Titi " (zone nord-ouest,
toujours) sera, par chance, épargné.
Il ne faisait d'ombre à personne - mais il était venu,
tout de même, accompagner ses deux copains, pas plus "ouvriers"
l'un que l'autre, contrairement au communiqué de la N.R.P.,
et pas membres, non plus, d'une organisation qui, à ce moment,
n'existe que sur le papier, pour apporter sur un plateau au "Maréchal"
Rolin, le butin de l'opération de Passy.
Le "triangle" clandestin des auteurs réels du "braquage"
avait agi avec méthode.
Enfouissant leur volumineuse "prise de guerre" dans d'énormes
sacs de sport, bourrés à craquer, ils avaient gagné
Ulm en voiture - et avaient pris soin d' y pénétrer
par l'entrée du parking souterrain avant de se diriger le
plus discrètement possible, gros sacs en main, jusqu'à
la chambre du Normalien en pantoufles.
La bar corse de Gilles Millet, et sa fresque
Sans Gilles Millet, vaillant "mao" de Melun,
puis vrai journaliste à Libé, "pote" de
confiance de "l'ennemi public numéro 1" des années
70, Jacques Mesrine, ami de son "équipier" préféré,
Charly Bauer ("bandit d'honneur" du quartier de l'Estaque,
à Marseille, activiste des Jeunesses Communistes pour le
soutien au F.L.N. pendant la guerre d'Algérie, puis du "gang
des blouses grises"), on ne peut plus proche, comme le Marseillais
moustachu, de Pierre Goldman, mais aussi d'Alain Orsoni, le grand
"seigneur de la guerre" du FLNC corse de la belle époque,
et de "Didier le Gaulois", de Billancourt, il n'aurait
pas été possible de connaître la vraie histoire
de l'opération "tickets de métro" de Passy
- et de remettre Olivier, l'ami de l'ami de Sarkozy, à sa
place: dans sa chambre avec ses pantoufles.
Grand amoureux de la vie, et donc, de la Corse, Gilles, fils d'un
militant CGT d'EDF d'Île de France, est parti s'y donner de
nouvelles racines et retrouver (au journal Corsica, excellent) "la
possibilité de refaire enfin du journalisme, du vrai"
(évanouïe dans la grisaille "résolument"
vulgaire du "Libé" d'après 1981).
Dans une sérénité retrouvée, qui fait
plaisir à voir, il vit maintenant dans une jolie petite chambre,
au-dessus du bar "Ustaria" (L'Hostellerie, l'auberge...).
L'endroit, fort agréable, est plus connu dans le coin sous
le nom de"chez Jojo".
Pour s'y rendre, il faut gagner Peracce, un hameau perché
sur les hauteurs dominant la fameuse vallée de la Gravone,
réputée pour ses figues, base de la bière corse
"Pietra", et pour le mystérieux équilibre
de ses clans -"même au plus fort des guerres fratricides
qui ont déchiré les "natios", personne ne
s'est flingué, ici".
C'est aussi la terre d'élection d'Antoine M., autre grand
ami corse de Gilles,et l' un des fondateurs historiques du "Front".
Emprisonné avec Alain Orsoni, puis libéré,
c'est lui qui avait pris l'initiative d'aller voir " ce journaliste
de Libé indépendant d'esprit, dont les articles ne
semblaient pas écrits, eux, sous la dictée de la police...".
Au bar de Peracce, on voit aussi parfois passer Vincent Gaggini,
ancien mao de Montreuil et du secteur de la place de la Réunion
(XX ème arrondissement de Paris), dans la zone "extrême
est", animée par Richard De Lumbée ("le
petit Richard", aujourd'hui responsable d'une Union Locale
CGT (lire page).
Vincent, dessinateur industriel d'une grande famille de la "diaspora"
insulaire, à Paris, militant d'envergure, cultivé
et réfléchi, resté un véritable ami
de la Palestine, a été quelqu'un dont les flics, sur
sa piste, ont "beaucoup parlé" à l'époque
du tout-premier FLNC. Epoque où, selon les anciens maos corses
Jean Jehasse et..., rencontrés par l'intermédiaire
de Gilles et de son ami Antoine, à Ajaccio, ce sont "une
bonne quarantaine" d'enfants perdus de la Gauche prolétarienne
en capilotade qui sont "retournés au pays" peu
après le grand mouvement social contre le déversement
des "Boues Rouges" par une multinationale américaine
de la chimie, au large. Parmi eux, Marie-Jeanne Nicoli, petite-fille
d'un "clandestinu" "historique" de la Résistance
française en Corse, Jean Nicoli, arrêté et fusillé
par les troupes d'occupation du régime fasciste italien,
mort pour la France, et pour la liberté de son île.
L'Île avait encore, mais pour très peu de temps, le
choix entre "deux voies". Celle de la militarisation radicale
(FLNC), ou le développement d'un mouvement sociétal
large, incluant les aspirations à l'identité corse,
et quelques actions ponctuelles, éventuellement, dans une
vaste stratégie populaire d'action directe, sur le modèle
défriché, notamment, dans le métro de Billancourt,
par les Renault..Ici aussi, la débandade de "Pierre
Victor", Geismar, et toute la clique, a été un
désastre. Laissant le champ libre a des années de
plomb, de mort - et de fuite en avant, stérile.
C'est là, donc, à l' "Ustaria"
de Peracce, vallée de la Gravone, en bas, dans la grande
salle de "chez Jojo", que Gilles
m'a mis la piste d' "U Cervu", le "grand
cerf" ajaccien de la zone "Nanterre-Saint-Denis-Asnières-Gennevilliers-Argenteuil"
de la G.P., la "zone nord-ouest", véritable
responsable opérationnel du "casse" prolétarien
de Passy, avec son butin de 30 000 tickets de métro, pas
un de moins - dont se vante, devant les jeunes filles naïves
ou, au contraire, intéressées, celui que les anciens
militants ouvriers de la N.R.P. de Renault, et même un père
tranquille comme est aujourd'hui Didier Cornavin (resté proche
d'eux comme aussi de Gilles Millet), n'appellent plus jamais, entre
eux, depuis la sortie de "ses petits bouquins de merde,
à gerber...", ni Olivier, ni "Antoine"
- son "pseudo" officiel, mais, toujours "Le
Maréchal", ou plus rarement "Pinochet",
référence indirecte, aussi, à Pinocchio, dont
le nez disgracieux s'allonge encore chaque fois qu'il ment...
Loin de Rolin, maintenant, mais resté, lui, comme "Didier
le Gaulois", l'ami de Gilles Millet,"U Cervu", reste
dans les mémoires des maos parisiens comme le dirigeant opérationnel
d'un grand nombre d' "actions de partisans" intelligemment
menées.
La plus retentissante, à égalité avec Passy
dont presque aucun n'a su qu'il en était, est l'attaque
de l'épicerie de luxe Fauchon (voir page) .
C'est à cette occasion qu'il rencontrera celle qui allait
devenir sa compagne, puis la mère de leurs enfants, F., la
fille d'un haut fonctionnaire parisien, capturée par les
flics au cours du repli de chez Fauchon.
Elle le suivra en Corse.
Pour l'attaque de Fauchon, "U Cervu" avait
travaillé en binôme avec "T.", le
petit gros au groin de l'attaque du commissariat de Marseille -
autrefois simple et direct, aujourd'hui "mandarin universitaire",
imbu de la supériorité du "savoir des spécialistes",
notamment en matière historique, et plus encore pour ce qui
est de l'histoire de la liquidation de la G.P. (à laquelle
ce militant longtemps brave, mais suiviste et quelque peu borné,
a finalement participé de la façon, hélas,
la plus active).
Mais ni "U Cervu", corse de souche, ni F., corse de cœur,
ne figurent, c'est peut-être provisoire, mais c'est dommage,
sur la grande et belle fresque murale, genre réalisme socialiste,
naïf, où Gilles, l'ancien "mao" de Libé
"nationalisé corse" pour "services
rendus" à la patrie de Pascal Paoli, Bonaparte,
Tino Rossi, Jean-Charles Marchiani et Charles Pasqua, figure en
bonne place. La malice du Michel Ange de La Gravone l'a inscrit
entre Bonaparte et...Mao, près de Pascal Paoli, déjà
cité, de Staline, du "Che", qui est partout dans
l'Île, depuis toujours, de Cindy Crawford, pourquoi pas?,
et un vieux Monsieur du bar, respectueusement dessiné, et
bien reconnaissable, d'autant qu'il est rarement absent de sa table,
verre servi, et re-servi, mais dont il serait vulgaire, pour tout
dire anti-Corse, et en tout cas, anti-Gravone, de citer ou même
de murmurer le nom - encore faudrait-il avoir le privilège
d'en connaître ne serait-ce que la première syllabe,
ce dont on se garde ici, avec prudence, dans la plus religieuse
omertà...
Cette décoration murale originale, qui, à elle seule,
mérite le déplacement à Ajaccio, Peracce, et
chez Jojo, constitue un hommage mérité au Corse de
cœur, et d'adoption, qu'est Gilles, connu - à Paris...-
pour avoir fêté au champagne, avec notre excellent
confrère et ex-camarade mao Frederic Laurent, ainsi que quelques
autres, l'exécution du Corse de Paris Jean Antoine Tramoni
(déjà cité), l'assassin de "Pierrot"
(Overney).
C'était en 1977.
C'est loin...
Et gageons que le petit salon de coiffure... Tramoni, à droite
dans la côte en montant "chez Jojo", n'en tient
nulle rigueur à Gilles - qui a le mérite, aussi, d'avoir
fait entrer à Libération, par la petite porte, et
pour de petits emplois d'ouvriers du bas de l'échelle, plusieurs
des meilleurs combattants ouvriers de la G.P., "proches",
pour quelques d'entre eux, de la N.R.P. - et alors à la rue...
.
- Le "casse" du métro
Passy, donc,un bol d'air.
La G.P. n'est plus une idée; elle ne se limite plus
à de premières "colonnes",
touchant de fort symboles, et propulsant la fusée, en attaquant
un commissariat de police à force ouverte, ou en rossant,
dans la cour d'une très importante usine, une tripotée
de garde-chiourme, racistes, tandis que d'autres "partisans",
agissant, eux, en petites unités, les traitent au pot de
peinture, ou à la barre à mine... Elle devient
une force de masse, défendant, concrètement,
"le bifteck". Face à
l'Etat lui-même, ouvertement mais astucieusement
défié, puis ridiculisé, elle impose,
là-dessus, aux yeux du public le plus large, son
"contre-pouvoir".
La logique mao commence à s'incarner, dans toute sa pureté.
Il y avait matière à continuer, sur
ce boulevard...Avec le recul, près de 40 ans plus
tard, rien de tout cela n'a vieilli. C'est ça
la politique, et la politique, au sens pur du terme,
démocratique - dans les conditions d'une démocratie
capitaliste moderne où la représentation
parlementaire se corrompt, s'étiole, s'ankylose, et se ridiculise,
et où de telles actions sont possibles sans trop
de casse - à la différence des pays de dictature où
la hausse doit être élevée, d'emblée,
d'un cran, ce qui chez nous ne serait q'un raccourci vers l'Apocalypse,
ou vers le cirque ("Bande à Baader", GRAPO
d'Espagne, Action Directe, etc.)...
"Est-ce qu'on peut adhérer à votre parti?",
demandent, à la gare d'Austerlitz - qui est bien notre
Austerlitz...- de jeunes ouvrier prenant au vol un tract, ou
un journal.
Ils se sont d'abord immobilisés quelques secondes au spectacle
des képis qui volent, des matraques qui s'éparpillent
dans le décor comme des brindilles chassées par le
Mistral, et des maos qui, loin de s'enfuir ou de gémir, chargent
- et sont des jeunes comme eux, et, pour certains au moins, des
ouvriers comme eux.
Ces spectateurs souhaitent maintenant ne plus rester simples voyeurs,
approbateurs et même admirateurs, mais participer à
l'élaboration d'une "nouvelle politique".
Allons-nous être à la hauteur, faire
ce qu'il faut pour les accueillir, les structurer, et leur donner
toute leur place?
Pour y parvenir, il nous faut nous ouvrir, mais aussi
tenir bons sur nos fondamentaux, et tenir, dans la durée.
C'est le défi.
Mais au point de départ de la bataille, à
Renault même, ça va mal.
La Cause du Peuple a certes célébré, dans un
méchant petit article ampoulé et méprisant
- imputable sans doute à Jacques Theureau (que les flatteries
de "Pierre " commencent à pourrir) - la fusion
réalisée au cours de la campagne du métro,
entre "un groupe se réclamant du maoisme, le Comité
de Lutte, et la G.P"
"Ce groupe suivait en partie une ligne syndicaliste, mais
il avait développé dans l'Ile l'expression des masses
(autonome des syndicats) et réuni, à chaque grève
sabotée par la CGT, des Comités de Lutte en général
éphémères. Il a commencé lui aussi la
bataille du métro, mais avec une ligne opportuniste, en se
faisant aider par des groupuscules de parasites...Dès la
première semaine, il abandonne cette ligne opportuniste,
et l'unité d'action devient totale dans une équipe,
partielle dans l'autre.
Son travail prolongé dans l'Ile (avant le métro),
son caractère organisé, sa ligne politique "définie
par tous", lui permettent d'organiser dans la bataille
de nouveaux activistes du métro et des cantines. (CDP
29. 14 10 1970.)
Du métro à la cantine: quand
la gourmandise tue (suite
ici)
|
|
|