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REBELLES
L'histoire secrète des "maos"
de la Gauche prolétarienne (1967-1973) - et ce
qui s'ensuivit (1974-2008)
(Le livre interdit de Jean-Paul
CRUSE)
- Bonnes feuilles -
II
"LE PARTI DE LA
BANLIEUE"
- La "Nouvelle
Résistance Populaire" naît à MARSEILLE
-
« Nous allons attaquer
le commissariat du quartier...(…) Le peuple ne tolérera
plus que ces chiens viennent nous mordre…Pour un œil
les deux yeux, pour une dent, toute la gueule! »
Depuis Flins 1969, "une organisation maoiste commence
à exister en France". écrit La Cause
du Peuple.
- "Maoiste", et non plus "marxiste-léniniste"...
Une démarche se découvre, au double sens de
"s'inventer" et d' "apparaître".
Une idée s'affirme - "dans la pratique".Elle
y devient "force matérielle", dans la chair
vive d' une première bataille où les âmes
s'éprouvent en engageant les corps dans la sèche
brutalité des coups, donnés ou reçus.
Une théorie, que l'on contemple, un concept, qu'on
a construit, et les voici en actes, forts. Ce que nous avions
lu dans l'œil complice du peuple de Montrouge, nous
le retrouvons dans la communion des gestes et des regards
où se scellent nos liens avec ces ouvriers de Flins
à qui nous avions fait serment, un an plus tôt,
de revenir, et que nous voulons pour maîtres dans
l'art de la lutte, dans le métier de la guerre.
Nous avons tenu parole.
Dans la cour-même de l'usine-bagne où chaque
jour elles les humilie, nous avons corrigé les arrogants
"agents de maîtrise" , jadis "cadres"
ou d' "ingénieurs" - dans cette organisation
du travail importée des Etats-Unis (Fordisme), où
l'"ouvrier" n'est plus le créateur d'une
"œuvre" de ses mains, mais le sujet d'une
activité soumise, que d'autres "maîtrisent"
comme ils le "maîtrisent", lui.
Au-delà, nous avons signifié à la jeunesse
étudiante, où la peur développait ses
ravages, qu'une force est bien née des barricades,
amplifiées par les grèves.
Même s'il lui a fallu le cycle d'une année
pour prendre forme.
Dès lors s'engage un processus dynamique "ininterrompu
par étapes" d'action-transformation permanente.
Chaque contradiction rencontrée, analysée,
au cours d'une démarche d'enquête, puis résolue
au fil tranchant de la "pratique", entraîne
la découverte, puis le dépassement, de la
suivante - dans le tumulte d'initiatives, osées -
qui, toutes, rencontrent leur épreuve de vérité,
notre ordalie.
Entraînés dans une spirale ascendante de mots
devenus gestes, actes, voire coups, donnés, esquivés,
ou reçus, tous en tout cas faisant signes, petits
humains que nous sommes, nous tournoyons au sein d'un tourbillon
que nous avons choisi pour y inscrire notre nage.
Nous l'avons bien senti dans les regards qu'échangent,
au cœur de la bousculade, des halètements, et
du tumulte, les filles et les garçons venus risquer
leurs corps unis dans la mêlée confuse des
charges et contre-charges - puis dans la vive alacrité
d'un repli vécu comme la seconde face d'une victoire,
mouvement bien ordonné toujours dans la logique de
la bataille qu'aucun ne vit comme une fuite...
Flins, donc, s'achève en plein bonheur malgré
douleurs, traumatismes, et fatigue. L'intensité de
notre défi s'élève, comme celui de
notre impact - et nous transforme.
Et c'est donc bien une force qui naît là -
une force d'action politique radicale.
Nous nous sommes donné naissance, libres.
Sans tuteurs, ni modèles. Ni financiers de l'ombre,
ni mystérieux conseillers venus d'ailleurs.
Nous sommes absolument nous-mêmes.
Et nous savons du savoir le plus sûr, celui qui naît
dans le souffle de l'affrontement au corps à corps,
autant que de la foulée légère où
nous dégageons, ensemble, notre première "unité
de combat" du piège des C.R.S. et des chiens
policiers, quel est le sens de la marche où nous
venons, dressés pour la première fois, de
faire nos premiers pas.
Dans la joie et dans la fierté, nous avons osé
transgresser sans peur les limites de la "légalité
bourgeoise", et, sans pudeur, celles de son pendant,
le communisme institutionnalisé du P.C.F, mais aussi
le "marxisme-lénnisme" rhétoriquement
"purifié " par un "retour" aux
"textes" où nous avons nous-mêmes,
après une tentation brève, refusé d'aller
devenir de jeunes vieillards moisis dans une précoce
usure, et la sclérose.
Dès cet instant, nous en avons déjà
fini, dans nos têtes, puisqu'aussi dans nos corps,
avec tout un corpus.
Ce qu'ils appellent "marxisme",
une doctrine, est daté - début du XXème
siècle.
Il est aussi situé - outil puis synthèse
d'expériences d'abord russes, puis allemandes, espagnoles,
italiennes, plus superficiellement françaises, dans
tous les cas européennes.
Respirant au gai soleil de ce deuxième printemps
de Flins, nous nous sommes libérés
du poids de cette chape.
C'est une "pratique" toute autre - dans le lieu
comme dans le temps - qui a produit, puis nourri, ce bond
d'une pensée toute en actes que nous faisons la nôtre:
"pensée mao tsetoung", maoisme.
Nous en étaient tout d'abord parvenus
de très lointains échos, rumeurs et polémiques,
reflets d'affrontements bien réels, mais à
longue distance, de soulèvements, de guerres, et
de batailles...
Ils étaient arrivés jusqu'à nos quartiers
par de rares récits de voyageurs, et par l'intermédiaire
de textes dont nous n'allions connaître, hélas,
longtemps, que de médiocres traductions en langue
de bois, pauvres en séduction et surtout réductrices.
Il s'agissait à peine de livres, mais de
la transcription sous forme d'austères brochures,
parfois très minces, d'exposés oraux développés
par des dirigeants armés, harassés et crottés,
à peine descendus de cheval, dans le fracas tout
juste retombé des canonnades...
Ils exprimaient en brefs rapports condensés à
la va-vite par de plus ou moins consciencieux secrétaires
les toutes premières leçons d'expériences
entièrement innovantes, nourries de la plus folle
audace physique autant que spirituelle, passées au
crible d'échecs saignants ou de victoires terribles,
et forgées dans un contexte lointain, chinois, "indochinois"
- asiatique.
Les maigres mais précieux écrits où
nous plongeons n'ont pas été couchés
sur le papier à l'intention de l'intellect sophistiqué
de philosophes d'Occident - fussent-ils gens à s'interpeller
eux-mêmes sur les limites et les contraintes de leur
langage et de leur savoir.
Ils s'adressent à un public rustique de combattants,
ouvriers ou paysans, d'officiers ou de chefs de guerre -
eux-même baignant dans un contexte social, géographique,
historique et culturel millénaire, à cent
mille lieues du nôtre.
Mais cette pensée, lointaine dans son fond,
sa forme et son lieu, sans même évoquer la
question de sa langue et des particularités, lourdes
de sens aussi, de son écriture, nous commençons,
après l'avoir tout juste effleurée, à
en approfondir le sens - dans la première boucle
d'un parcours hardi, loin des anciennes balises comme des
anciennes icônes, dans ce pays d'usines géantes,
parfois, comme Flins, "à la campagne",
que nous pouvons désormais, sans mentir, dire nôtre,
au cœur du capitalisme moderne hautement développé
d'un vieux pays aux fortes traditions forgées de
longue et belle histoire, la France de l'après mai
68 où naît, O.V.N.I. "politico-militaire",
la Gauche prolétarienne.
A partir de Flins, donc, en ce printemps 1969 qui à
nos yeux ravive ce que le précédent avait
eu de plus âpre, et d'essentiel, nous n'avons plus
de doute - si d'aventure, l'aile de l'incertitude avait
effleuré nos vingt ans intrépides...
Nous sentons clairement, sans parfaitement, peut-être,
le formuler, que ce qui s'ouvre ici est une "voie",
nouvelle.
Elle n'a pas l'aspect rectiligne et rassurant d'une "via"
romaine - mais le dynamisme jaillissant d'une énergie
liquide, fluctuante et floue, par nature, et philosophique
autant que "militaire".
C'est ce que la tradition chinoise entend dans le mot Tao
(ou Dao) ("voie").
Vocable dont il nous faudra des lustres pour découvrir
l'assonance avec Mao...
Il y a là aussi l'idée d'un secret qui résiste,
et dont le dévoilement, s'il advient, exige patience,
effort, vertu et grand courage, dans le lent parcours d'une
épreuve - pas si loin, osons, d'un certain mysticisme...
Nous n'aimons pas le mot "ligne". Sauf dans l'idée
d'en bousculer l'ordonnance, ou mieux les équilibres.
La G.P. "n'a pas de ligne", les "ossifiés"
du marxisme-léninisme "officiel" nous en
feront souvent le reproche, nous accusant, dans leur jargon,
de "spontanéisme". Comme si quelque chose
comme la colonne de Flins pouvait "spontanément"
surgir de rien, d'une humeur, d'un vertige...Comme si le
dense travail sur soi, dont la décantation donne
naissance au groupe uni des cent-cinquante, et la patiente
préparation pratique autant que politique faite avec
les ouvriers de l'usine, n'avaient pas constitué,
au fil d'une année bien employée, le socle
sur lequel l'événement inscrit sa trace...
"Pas de ligne", donc, non; résolument non.
Rien de figé.
Le vocable qui nous est cher est, et dont certains d'entre
nous usent et abusent avec un certain snobisme, est celui
d' "orientation". Nous ne "suivons"
aucun tracé, surtout pas rectiligne. Nous nous voulons
porteurs d'une "démarche"
jamais donnée d'avance, jamais inerte, et de ce fait
difficile - c'est aussi notre chance - à "saisir"...
Elle s'enrichit et se précise pas après
pas.
Nous sommes un tout jeune arbre fier de sa jeune sève,
mais soucieux d'aller enfouir au plus profond ses racines,
et pas seulement de pousser au grand soleil.
Notre "marche" va, comme "une force qui va",
dans un processus actif de découverte, et dans la
fécondité d'un terreau par nature unique,
la société qui est la nôtre, supérieure
à nulle autre, mais différente - spécifique...
Mais que pour cette idée prenne pleinement, un mouvement
"maoiste" en France doit se manifester aux quatre
coins de son espace avant de s'installer dans le temps.
Ce qui est né dans le sud des Hauts de Seine, et
dans une boucle des Yvelines, doit encore manifester sa
capacité de combat de Tourcoing, frontière
belge, au nord, aux rives de notre Méditerranée,
au sud - et inscrire le texte tumultueux d'une politique
nourrie d'"opérations" dans les diverses
composantes, en premier, "prolétariennes",
d'un peuple aux mille nuances - qui ne se limite pas grands
blonds de la Beauce aux yeux clairs, comme "Julien
de Flins", fussent-ils "prolos de Renault".
A ceux qui douteraient du bien fondé de l'entreprise,
ou de la possibilité de faire naître, "en
France", un mouvement se réclamant de pareille
conception de la souveraineté du peuple et prétendant
en incarner, de façon insolemment originale, le principe
le plus essentiel, le plus actif, la G.P. apporte une réponse
éclatante, dès l'automne 1969, à Marseille...
"Longues marches":
de la "révolte anti-autoritaire"
à la "révolution
prolétarienne"...
Entre temps, l'été a été consacré
aux "longues marches"
des jeunes lycéens qui se sont massivement intégrés
à notre mouvance tourbillonnante, dans la dynamique
de Montrouge, de Flins, et d'autres actions, diverses...
Ce passe-temps aride est proposé à ceux des
jeunes rebelles de la "révolte anti-autoritaire"
de l'après-mai prêts à aller
au bout d'une démarche d' insurgés de la culture.
S'ils veulent vraiment "subvertir" l'abstrait
pouvoir des "bonzes" mandarinaux d'un
savoir desséché, "coupé de
la vie", qui les fait "gerber"
- ils n'y parviendront pas seulement
par des "soulèvements" plus ou
moins "anarcho-maoistes" (on commence
à entendre: "mao-spontex").
Ils doivent aller un peu au-delà du "bordel"
spontané-organisé dont l'énergie fait
exploser l'ordre bureaucratique figé dans sa sclérose
qui pétrifie et fausse l'élaboration ou la
transmission d'un savoir.
Les chahuts des "bahuts" plus ou moins féconds,
ou "ultra", sont ardemment "théorisés",
par le gentil Christian Jambet (lire page), qui poussera
le bouchon un peu loin en laissant bénir dans La
Cause du Peuple, dont il est une des "autorités",
des lycéens qui ont refusé de venir en aide
à un responsable administratif pris d'un brutal malaise
cardiaque. Au nom de la suprématie absolue du Politique,
il faudrait, écrit le journal, ignorer le désarroi
et la souffrance d'une "sommité" du "savoir
académique", secouée, atteinte par "les
masses" dans son autorité...
Il y a plus digne, et plus sérieux.
A la frange de la jeunesse en révolte porteuse d'une
rébellion qui ne serait pas auto-centrée,
pas autiste, nous proposons autre chose qu'une révolte
brutale, aveugle, voire fascisante: une "voie".
Elle ne passe pas par la destruction de tout, la table rase.
Elle ne se situe pas non plus dans un détour (retour)
dans l'assujettissement à de "bons livres",
qui seraient ceux de "bons maîtres" - les
nôtres - comme le font, insatiables missionnaires
d'un insatiable colonialisme du savoir, les gens des "groupuscules"
de l'extrême-gauche "ossifiée", trotskistes,
"marxiste-léninistes" ou autres en "iste",
que nous appelons, de façon méprisante, les
"gauchistes"...
La "voie", la "voie", "juste",
passe par un "écart" - où s'incarne
le nouveau rapport "intellectuel/manuel" et "théorie/pratique"
qu'ont initié l' "établissement"
en entreprise - puis les premiers "détachements"
au cœur des rudes "zones-usine".
A de très jeunes lycéens pleins d'enthousiasme
acceptant de "descendre de son cheval pour regarder
les fleurs" (Mao), en s'appuyant sur des échanges
d'idées, concrets, avec "les masses fondamentales",
porteuses, elles, d'un savoir d'une autre nature, jugé
plus essentiel, nous proposons, donc, des "longues
marches" en "zones usines" (banlieues parisiennes,
nord, est), et aussi à la campagne. "Grandes"
(durables), ou "petites" (dans les fermes, l'été).
Elles ont lieu dans les régions ouvrières,
Île de France ou nord minier, pour commencer; ou dans
les zones rurales dont le souci nous habite: à commencer
pat l'ouest, et la région de Nantes, plus spécialement
(lire page).
Mais entre temps, l'automne est là.
Il faut relancer.
Et "nationaliser", surtout, la percée du
mois de juin, l'étendre à toute la France.
Un "mouvement de cadres" est donc organisé
dès la fin de l'été. Ils partiront
s'installer durablement, qui vers Nantes-Saint-Nazaire,
qui dans la dure "région stratégique"
de Sochaux-Montbéliard (Voloch, Cohen...), qui en
Lorraine...D'autres vont donner des "coups de main"
(le mot est à prendre dans son sens le plus littéral)
- qui peuvent rester ponctuels...
"Coup pour coup".
Abd-el-Kader Keloufi, militant de Roubaix, expulsé!
Riposte par l'attaque et l'incendie du commissariat Marseille,
où il transite
Cinq mois après sa concentration-dispersion éclair,
sur le modèle "guerillero" de la boule
de mercure, qui éclate en centaines de petites boulettes,
glissantes, insaisissables, dès qu'on la presse entre
ses doigts, puis se rassemble et reprend d'elle-même
sa forme, quand on relâche, la "colonne des "150"
de Flins 1969, fondatrice, semble s'être dissoute
dans le paysage...Elle a brisé un formidable encerclement
policier, sur les collines enchantées de Mantes-la-Jolie,
aux abords de l'usine Renault, nichées dans leur
boucle de la Seine, où s'était noyé
notre premier mort.
Evaporée à Flins, donc, théâtre
de la "résistance prolétarienne"
de juin 1968, moment inaugural la colonne semble rejaillir
comme un diable de sa boîte, cinq mois et deux jours
exactement après le coup de tonnerre, fondateur,
à l'autre bout du territoire - à Marseille,
à l’automne.
Transférant une toute jeune technologie "politico-militaire"
à nos camarades du midi, deux des meilleurs cadres
du jeune mouvement, "A"., le maigre mélancolique
au long pif disgracieux précocement rougi par le
picrate autant que par les coups, et T., le "petit
gros au groin", sanglier chargeant toujours en ligne
droite que seule une cartouche pour gros gibier genre "Brenneke"
pourrait stopper sont "descendus" de Paris pour
y organiser l'attaque du commissariat de police de la rue
Halle-Puget, le 19 novembre 1969.
Suivant leur "panache blanc", cette nouvelle "colonne
d'assaut" est, elle, intégralement marseillaise.
L'assaut est mené, en plein jour, « à
force ouverte », par un groupe de cent combattants
locaux, dont de jeunes ouvriers immigrés expulsables
sur le champ, en cas d'échec, et qui le savent.
Le commando d'assaut comprend plusieurs jeunes femmes
- pour certaines, "établies" en usine.
Tous ou presque sont équipés de barres de
fer, et de cocktail molotov…
S'y révèle un "élément
de choc", "Marcel", un corse sobre et sombre
au courage magnifique, et resté, jusqu'au bout, ce
n'est pas si fréquent, des plus modestes. (Il a fallu
sa demande pressante, fondée sur une contrainte professionnelle,
pour que ne soient pas donnés ici, en clair, son
identité réelle. C'est un regret.)
C'est à cette occasion qu'apparaît, pour la
première fois, une nouvelle signature - la "Nouvelle
Résistance Populaire" ("N.R.P."),
simple cache-sexe de certaines "opérations spéciales":
- "Mercredi 19, à 18h45, écrit
la N.R.P. dans La Cause du Peuple, "une centaine
de manifestants portant des drapeaux rouges ont attaqué
le commissariat de quartier, à Marseille, rue Halle
Puget.
"En marchant vers le commissariat, ils diffusaient
un tract: "Nous allons attaquer le commissariat
du quartier. Pourquoi? Parce que les flics sont les chiens
de garde des patrons, qu'ils nous obligent à vivre
dans la merde. Parce qu'à chaque fois qu'on relève
la tête, ils sont là pour matraquer, pour expulser,
comme ils l'ont fait récemment pour le révolutionnaire
Keloufi.
Le peuple ne tolérera plus que ces chiens essaient
de nous mordre. Pour un œil, les deux yeux, et pour
une dent, toute la gueule".
Arrivés devant le commissariat, les militants bloquent
calmement les deux portes. Pour le faire, ils choisissent
un moyen très simple: ils y balancent - c'est dissuasif...-
une volée de cocktail-molotov.
Il leur en reste assez pour en jeter à l'intérieur
d'une voiture de patrouille, garée, et vide, et de
deux fourgons, dont les vitres ont d'abord été
méthodiquement brisées à coups de gourdin.
Puis la manif repart comme elle était venue,
au cri de "Vive la Nouvelle Résistance Populaire".
Une photo des restes calcinés de la 404 beak
de patrouille immatriculée 1595 VG 13, véhicule
ordinaire des rondes de "maîtres-chiens"
solidement armés chargés de faire la chasse
aux immigrés "suspects" dans les rues de
la ville, illustrera, cinq jours plus tard, le mercredi
10 décembre, une double page du numéro 14
de La Cause du Peuple. Titre:"La Nouvelle Résistance".
Sous-titre: "Nous vengerons Kader et Driss".
"Nous sommes les nouveaux partisans"
Pour ceux qui n'auraient pas compris le message, la Une
du journal s'orne d'une manchette claire: "Nous sommes
les Nouveaux Partisans".
Un éditorial musclé y souligne que "des
résistances, il y en a. Partout, dans le peuple,
les ouvriers brisent les cadences, bloquent la production,
séquestrent les patrons..."
Mais s'il n'y avait que les ouvriers...
Ils ne sont plus seuls:
"Les paysans pénètrent dans les préfectures
et emmènent les préfets et les ministres dans
les fermes..". Les "paysans en lutte" de
la région de Nantes, poursuit l'éditorial,
ont fait faire une "promenade de santé"
au baron Olivier Guichard, hautain cacique de la Vème
République.
Appuyés par un petit groupe de métallos nantais,
deux-cents rebelles ruraux, de sensibilité mao, sont
en effet venus "choper" ce très haut personnage,
de passage.
Séquestration mobile: ils l'obligent à les
accompagner à pied "visiter" la ferme d'un
"paysan pauvre" - à deux kilomètres
de là. Il pleut, et c'est sous une averse... de mottes
d'herbes graissées de bouse de vache, que ce hiérarque
du régime et sa petite suite parviennent à
s'enfuir, sans gloire, quand un escadron de gendarmes mobiles
charge pour "récupérer le ministre",
en force. (lire page).
L'assaut contre le commissariat de Marseille riposte de
façon cinglante à l'expulsion du territoire
d'un militant immigré, ouvrier à La Redoute
de Tourcoing, une région bien éloignée
de Marseille - port par où transitent, à l'époque,
tous les retours forcés vers l'Algérie.
La Gauche prolétarienne, qui réalise dès
sa naissance une fulgurante percée chez les travailleurs
immigrés surexploités du nord comme du midi
ou de la région parisienne, démontre donc
à Abd-El-Kader Keloufi, et aux courageux militants
d'origine (et de nationalité) étrangère
dont il devient le porte-drapeau et le symbole, que le mouvement
forme un bloc.
La G.P. n'abandonne pas ses combattants.
Elle rend, comme pour le lycéen français Gilles
Tautin, "coup pour coup".
Y compris quand il s'agit d'aller frapper jusqu'à
un commissariat de police de Marseille, à l'autre
extrémité du territoire, pour sanctionner
comme elle le mérite une mesure de répression,
indéfendable, effectuée dans le nord - où
la mobilisation locale, amorcée, est restée,
elle, insuffisante...
Abd-el-Kader, père de famille d'une quarantaine d'années,
a fait l'objet d'une mesure d'expulsion "avec exécution
immédiate".
Pour quelle raison?
Au cours d'une perquisition à son domicile, dans
le cadre d'une "rafle" contre la G.P. du nord,
active, et déjà sous pression, les policiers
ont découvert deux exemplaires de La Cause du Peuple
numéro 13, parue le 31 octobre 1969.
La "manchette" du journal claque: "On a raison
de séquestrer les patrons!". Exemples à
l'appui, avec tous les détails.
Une vague d'actions de ce genre, partie de Babcock-Atlantique,
à Saint-Nazaire, et d'une (première) "vidange
des bureaux" à la SFAC-Batignolles, à
Nantes (lire page), commençait, en effet, à
s'étendre vers le nord de la France, notamment Dunkerque
(Usinor, lire page)...
Embryon fugitif de "pouvoir populaire", voire
incarnation symbolique de la "dictature du prolétariat",
cette dynamique de l'action ouvrière d'usine venait
converger avec le travail d'agitation des "maoistes",
présents, d'ailleurs, à l'intérieur
de l'usine-phare des Batignolles - et, loin d'être
isolés, mais au contraire parfaitement en phase,
donc, avec les couches les plus activement "prolétariennes"
de la société française.
Quelques ouvriers de la G.P. des Batignolles et des étudiants
maoistes avaient été d'ailleurs conviés
par leurs amis "paysans en lutte", connus depuis
l'époque des Comités Vietnam de Base, et retrouvés
aux heures les plus chaudes de mai 68, à participer
à la "fête" aux allures de "tribunal
du peuple " organisée à l'intention du
"grand mou de La Baule", au Dresny, à Plessé...
Délit de lecture
Le journal que Keloufi avait commis le crime d'acheter,
de lire, et, peut-être, de diffuser - le tout dans
la plus parfaite légalité - consacrait une
pleine page, la 14, à notre soutien aux Palestiniens
du Fatah, initiateurs de la lutte armée pour la libération
de la Palestine, alors très populaires chez les ouvriers
immigrés d'origine arabe ou berbère, comme
Abd-el-Kader lui-même.
La Cause du Peuple n'était nullement interdite.
A l'époque, elle ne faisait même pas encore
l'objet de mesures de saisie, dès parution (lire
page).
Sa possession, même en deux exemplaires, n'était
pas plus illégale que sa lecture.
Même si notre journal, lu et peut-être même
diffusé par l'ouvrier Keloufi, mettait aussi l'accent,
crime des crimes, sur un sujet des plus "sensibles",
surtout pour un homme comme Abd-el-Kader et tout son entourage:
les mouvements de résistance en cours chez les 10
000 ouvriers de Citroën Javel, dans le XVème
arrondissement de Paris, bastion prolétarien à
80% immigré.
Organisée autour d'un réseau de la G.P., la
lutte contre les pratiques de "marchand d'esclaves"
du constructeur d'automobiles y était alors en plein
essor. Avec l'appui d'un syndicat maison, raciste et fascisant,
un système sophistiqué de "contrats de
travail", alors "légal", permettait
à Citroën de renouveler, chaque année,
les trois quarts de son effectif - en en renvoyant "au
pays" la même proportion, et en les remplaçant
par d'autres...
La Cause du Peuple saisie chez Keloufi donnait aussi les
suites de l' "opération retour" à
Renault-Flins, le 17 juin précédent - avec
"une ambiance de débrayages permanents"
aux quatre coins de cette immense usine, combiné
à quelques premiers progrès de l'implantation
maoiste dans les cités voisines.
On pouvait aussi y lire des "papiers" sur les
battues "sauvages" organisées dans la région
de Nantes par des équipes de paysans proches de la
G.P. Ils abattaient les sangliers de grandes chasses privées
qui saccageaient régulièrement leurs champs
de maïs.
Immigré? Combattant!
Mais Keloufi n'était pas un "pauvre immigré
malheureux et sans défense", "victime"
de la police.
C'était un combattant.
Un militant ouvrier conscient, organisé, engagé,
solide.
Après la saisie des deux journaux, à 5H30
du matin, les flics ne lui laissent même pas le temps
d' embrasser sa jeune femme, ni ses petits enfants âgés
de un an et demi et trois semaines...Ils craignent ses réactions,
ou celles du voisinage.
Sous escorte renforcée, il est conduit le jour-même
à Marseille, "plaque tournante des négriers
français", selon La Cause du Peuple, "où
la plupart des immigrés arrivent, entassés
sur le pont des bateaux, pour être exploités
par les capitalistes français". C'est là
aussi que "la racaille policière" les ramène
"pour les expulser quand ils se sont joints au combat
de leurs frères de classe français".
C'est un vendredi, à l'aube, qu'a eu lieu la descente
de police au domicile familial d'Abd-El Kader. Le lendemain,
samedi, il était embarqué sur un navire en
partance immédiate pour l'Algérie, en compagnie
de trois autres frères de misère.
La riposte des copains, elle non plus, n'a pas traîné.
"Les flics se conduisent dans le peuple comme des occupants.
Qu'ils prennent garde, dit un tract "annonçant
la couleur" distribué dans les heures suivant
immédiatement son transfert aux portes des principales
usines de Marseille et sur le port. Signé "Les
maoistes de la Gauche prolétarienne", il appelle
la population marseillaise à renforcer "la nouvelle
résistance qui naît partout aujourd'hui."
- "Les flics traitent les ouvriers comme des
chiens: les ouvriers les traiteront comme des rats et les
écraseront...OUVRIERS FRANÇAIS ET IMMIGRES
TOUS UNIS. PATRONS, FLICS, VOUS PAIEREZ BIENTÔT TOUTES
VOS DETTES."
On le voit: la G.P. n'est pas SOS-Racisme. Heureusement!
Avant de mettre à exécution ce que les R.G.
ont pu interpréter, à tort, comme galéjades,
rodomontades, ou menaces en l'air, les maos de Marseille
n'ont pas perdu de temps.
Ils ne se sont pas attardés en plaintives jérémiades,
"droits de l'hommistes" et verbalement "anti-racistes",
comme la chose va devenir à la mode, vingt ans plus
tard, dans le vide laissé par la liquidation de la
Gauche prolétarienne, autour de "SOS-Racisme"
et de l' "extrême-gauche paillettes". `
Contrairement à l'anti-racisme de combat, prolétarien,
des années 1970, l'association financée par
l'Etat des trotskistes-socialistes Harlem Désir et
Julien Dray n'aura jamais le moindre souci d'un ancrage
de classe dans la réalité des luttes menées
d'abord par les ouvriers immigrés eux-mêmes.
Son rôle est autre.
Finances Elyséennes à l'appui, SOS-Racisme
se consacre, à une "dénonciation"
déclamatoire des discriminations, assurant ainsi,
à peu de frais, et sur le dos des "prolos"
immigrés, en fait abandonnés, l'hégémonie
du "Parti de la Rose au poing" sur la petite bourgeoisie
intellectuelle, avec l'appui naïf de profs coupés
du peuple, de paternels juristes, d'intermittents de la
créativité artistique en mal de pub' et de
faux-cul journalistiques, tous devenus professionnels de
la bienveillance, des "valeurs" (mot importé
alors de la Bourse à la Morale), et de la bonne conscience.
Loin de l'attitude paternaliste et charitable qui consisterait
à agir "en faveur" des "malheureux
immigrés", nos "copains" de Marseille,
tôt alertée, se sont aussitôt lancée
dans une campagne de mobilisation des principaux intéressés,
les ouvriers immigrés du grand port et le prolétariat
marseillais à la fière tradition "rouge",
internationaliste, que n'a pas encore rongé, sous
Mitterrand Ier, comme sous Mitterrand II - dans l'espace
libéré lui aussi par l'élimination
des "Maos" - le virus LePéniste...
"Vous voulez faire peur, écrit la Cause
du Peuple, en s'adressant au Ministère de l'Intérieur.
"A Marseille, les réactions du peuple sont
là pour montrer que vous vous êtes trompés.
Dès le premier jour (de la bataille pour Keloufi,
élargie en campagne de dénonciation générale
de la surexploitation et du racisme policier, patronal,
et...municipal), 45 travailleurs du bâtiment se
mettent en grève dans un chantier par solidarité
avec leur camarade expulsé."
- Et il ne s'agit nullement d'une solidarité
"communautariste" - comme on dit, hélas,
aujourd'hui, à droite comme à gauche - et
jusqu'au sein d'une soi-disant "extrême-gauche",
immunisée d'office, croit-elle, de tout penchant
raciste.
Faite de fraternité prolétarienne, de sentiment
de classe, plutôt que d'un "antiracisme moral"
désincarné, la solidarité de combat
à laquelle invitent les "maoistes" n'émane
pas uniquement des immigrés - en faveur d'un des
leurs, expulsé.
"Sur un marché, les flics qui veulent épingler
un camarade, sont écartés à coups de
parapluie dans les jambes par des ménagères.
Comme dit la Préfecture de police, ça devient
de plus en plus difficile d'arrêter un suspect parce
qu'à chaque fois les masses s'en mêlent (...)
Sur le port, prétendu bastion révisionniste
(P.C.F.) un meeting réunit plus d'un millier de dockers:
un tract est rédigé avec une vingtaine d'entre
eux: "Patron, tu nous réduis à la
misère, mais on va te casser la gueule! "
Une douzaine de gros bras de la C.G.T. des dockers ayant
tenté de "casser" le rassemblement, et
cogné " une camarade qui distribue des tracts",
ils sont "aussitôt ceinturés." "L'un
d'eux prend un bon coup dans la gueule, on leur demande
d'aller faire leur cinéma ailleurs..."
De La Redoute (Roubaix) au bidonville
de Sainte-Marthe (Marseille)
"La voie de la révolte frayée par Keloufi"
"Au bidonville de Sainte-Marthe (menacé d'être
rasé), poursuit La Cause du Peuple, la résistance
s'organise. Des meetings se tiennent dans les cafés,
les travailleurs immigrés commencent à combler
les tranchées creusées par les bulldozers,
une affiche contre les expulsions est faite par les habitants
et collée par eux sur toutes les baraques, ainsi
que des articles de la Cause du Peuple. Sur la voie de la
révolte frayée par Keloufi, des centaines
de travailleurs se sont engagés. La révolte
ne s'expulse pas, elle ne cessera de grandir, elle balaiera
le vieux monde."
Licencié de La Redoute au mois de septembre précédent,
après y être devenu " un des ouvriers
les plus actifs dans son atelier" bientôt repéré
pour avoir organisé des luttes "contre les patrons
et leur valetaille", le jeune père de famille
expulsé "travaillait, depuis, dans une autre
usine où il avait repris la lutte."
"Les patrons", insiste La Cause du Peuple, utilisent
tous les moyens de pression à leur disposition contre
les travailleurs étrangers. Ils croient pouvoir les
tenir en main, les utiliser comme briseurs de grèves".
Mais "Abd-el-Kader Keloufi travaillait à l'unité
des travailleurs français et immigrés. Il
avait raison. Les ouvriers ont raison de briser les cadences,
ils sont raison de foutre en l'air la hiérarchie,
ils ont raison de pourchasser les petits valets du patron.
Ils ont raison de foutre le poing sur la table et le pied
au cul du patron, c'est le seul langage qu'il comprenne.
C'est parce que Abd-el-Kader s'était mis au service
de la révolte des ouvriers français et étrangers
contre la vie d'esclave et la misère que la bourgeoisie
l'a frappé..."
"Marcel Le Corse"
L'opération "Halle-Puget" fait émerger
"Marcel le Corse". La décision d'en faire
le nouveau "cadre-dirigeant" de la région,
proposée par "A" - l'étique Don
Quichotte au long pif, toujours flanqué de son "Sancho
Pança", est aussitôt avalisée par
l' "A.G.de bilan".
"Marcel" sera coopté, dans la foulée,
au Comité Exécutif (C.E.) de la G.P. Peu loquaces,
dans ce cénacle, l'un et l'autre, concis et précis
dans nos interventions, et rapprochés, peut-être,
par ce commun souci de ne parler que pour les autres, et
pas devant on ne sait quel miroir, donc d'être, autant
que nous le pouvions, concrets, et denses, nous y subissions
stoïquement, assommés par trop de nuits sans
sommeil, les interminables tirades à rallonge de
"Jean d'Arras" ("Jean d'A", Schiavo,
du nord), bourrées d'idées pétillantes
hélas polluées par son ton de Savonarole prêcheur,
et du cauteleux "Eusébio" ("Eusèbe",
Michel Grandjean de Lyon, baratineur de première
classe, devenu, comme son compère, "blé
tendre" (selon la jolie métaphore utilisée
dans le "judaïsme classique" pour ironiser
sur les "goyim" prétendant accéder
au "privilège" inouï de la conversion...).
Encore quelque peu militant, et égaré au flanc
d'une vaste prairie en pente, au cours des affrontements
sur le site du surgénérateur nucléaire
Superphénix de Creys-Malville, en 1977, il y sera
gravement blessé à une jambe, par le tir d'une
grenade offensive (O.F.).
"Marcel " allait radicalement transformer les
méthodes de travail marseillaises. Il remplace un
militant bien en cour à Paris, respecté de
tous pour sa vaillance d'autant plus exemplaire que, physiquement,
c'est un très très petit format, "Toto",
Toni Lévy - qui allait perdre un œil au cours
d'un affrontement sur le port, avec des dockers. Devenu
un brillant spécialiste des Mathématiques
juives au CNRS, il semble aujourd'hui "retiré
des voitures" - et peu désireux, de ce fait,
de parler politique .
Avec "Marcel ", la G.P. s'oriente sur l' approfondissement
de l'implantation chez les ouvriers immigrés originaires,
notamment, du Maghreb (lire page).
Et elle renforce son action à l'entreprise CODER
(voir page) - principale usine de la ville, où, selon
l'expression d'un travailleur recueillie, deux ans plus
tard à peine, un journaliste de l'Express, "la
moitié des ouvriers sont "maos"... Et l'autre
moitié, elle les soutient"...
Roubaix-Tourcoing: Keloufi ne s'est
pas sacrifié pour rien
Entre temps, le combat de Keloufi, et la bataille menée
pour le défendre, ne sont pas restés sans
suite dans le nord. Deux ans après son expulsion,
l'usine de La Redoute où il avait été
repéré, puis licencié, s'engageait
dans une longue grève. Trois autres établissements
de la même société dans l'agglomération
de Roubaix-Touconing suivaient le mouvement.
Touchant, donc, quatre usines du même groupe en même
temps, le conflit n'était pas "une grève
d'immigrés" - comme il y en eut, et magnifiques.
Touchant au cœur du plus vieux prolétariat communiste
du nord, souvent issu d'une plus ancienne immigration, venue
d'Europe centrale, la grève coordonnée est
impulsée par les très jeunes filles de mineurs
de charbon de la région. Elles constituent à
La Redoute l'essentiel d'une main d'œuvre draguée
par une noria de cars de ramassage dans tout le bassin houiller.
Ceux qui se levent "tôt le matin" connaissent
ces convois de chair à travail qu'on voit passer
sur l'autoroute, au petites heures du matin, dans un secteur
où la besogneuse bourgeoisie du textile, devenue
riche et "lève-tard", n'a pas encore liquidé
toutes ses usines pour investir dans des "activités
de rente" (immobilier, sur place; ou tourisme, loin
des fumées du nord, de ses vieilles traditions ouvrières,
et de ses grèves).
Vu des trottoirs, les cars paraissent vides. Enfoncées
dans leurs sièges, les "gamines" dorment.
Levées à 3 heures, elles passent, "tous
les jours que le Bon Dieu fait", 8-9 heures à
la chaîne, avant d'être ré-embarquées
pour un retour à la maison vers 17 heures, en sueur
et pleines de crasse.
Elles ont juste le temps de se laver, de s'occuper des courses,
et du souper, d'aller s'effondrer dans un sommeil sans rêves,
et de repartir "au chagrin".
Le patient travail d'Abd-el-Kader et de ses camarades -
qui ont pris la relève - a fini par porter ses fruits.
Elles ont acquis la force de s'arracher du cycle infernal
dodo-boulot-dodo. Elles se sont rassemblées pour
exiger une augmentation de salaire égalitaire: 40
centimes de l'heure pour toutes et pour tous!
Entre temps, en février 1970, à La Redoute
de Roubaix, une "action de partisans" est venue
"réveiller les morts", contribuant à
"libérer les esprits" de l'apathie, de
l'abattement et de la peur.
C'est une petite "kollabo du patron", "la
Jacqueline", qui a été "ciblée".
"C'est toi l'emmerdeuse qui fait chier ls ouvriers!".
Splash! Pot de peinture en pleine figure...
Les "splasheurs" ne s'endorment pas sur leurs
lauriers.
Dès le lendemain, dominant la peur de se faire agresser
par d'autres "chiens du patron", dénoncer
à la police, et "piquer", ils diffusent
systématiquement dans tous les cars de ramassage
une "Cause du Peuple-Spécial Redoute".
Le journal amplifie la "popularisation" de l'action.
"Jacqueline, tu es verte de peur!"
Une vague de répression suit. Normal.
Mais elle ne fait que donner...un nouvel élan à
la vaillante Gauche prolétarienne du nord. "Coupable
", aux yeux de flics surexcités, d'avoir distribué
un tract "une étincelle peut mettre le feu à
toute la plaine", adaptant la célèbre
métaphore de Mao au contexte créé,
aussi, dans la même période, par l'incendie
d'un "bureau de reconversion des Houillères",
à Hénin-Liétard (nord) "sanction
prolétarienne" -signée N.R.P....- d'
"assassinat d'ouvriers" (la mort de 16 mineurs,
au fond d'un puits de Fouquières-lez-Lens sous l'effet
d'une explosion de grisou accumulé, annoncée
et prévisible depuis trois jours), Bernard Vittori,
une jeune assistant de faculté dynamique et chaleureux,
aux yeux rieurs, ancien des C.V.B., travaillant sur le campus
d'Annapes (nord), sera condamné à 3 mois de
prison, comme son camarade, l'étudiant Pierre Delannoy.
Mais les poursuites engagées contre eux soulèvent
une puissante mobilisation de cet important domaine universitaire,
bloc de béton perdu dans une mer de champs de betteraves...Et
Bernard, plus "dopé" que "cassé"
deviendra par la suite l'un des piliers de notre implantation
dans la vallée de la Sambre, avec Anne, sa compagne,
autour de Vallourec (Aulnoye), et de la cité de Hautmont,
devenues fief des "maos" et quatrième "zone
d'implantation" du nord - avec Dunkerque, Lille-Roubaix-Tourcoing,
et le bassin minier, autour de Bruay, notamment...
"Féministes de classe"
les ouvrières de La Redoute avaient formé,
elles-mêmes, un combatif piquet de grève, à
l'exemple des mineurs, leurs pères, ou des métallos,
leurs frères.
Sans le moindre respect pour ces femmes, ou ces (très)
jeunes filles, le directeur d'une des quatre usines rebelles
vient forcer en personne un de ces barrages. Il gifle une
des grévistes. Un paquet de cadres, bestiaux, s'engouffrent
derrière lui dans l'établissement - sous les
hurlements de rage, une pluie de tomates, de fruits plus
ou moins avariés, et une grêle de coups de
pied...
Les filles se mettent au foot, maintenant, c'est "tendance"...
L'amour du peuple: Alain Dugrand,
Anne
Il était temps qu'il fût, ce livre. Trente-six
années passées..."Sous le pont Mirabeau
coule la Seine..." - et nos souvenirs, bribes errantes
à la surface des choses, perdus dans les flots noirs
de la mémoire, ce Styx aux infernales Sirènes
dont le chant les attire vers le grand fond de l'oubli...Bribes
en désordre, exaspérantes...Pourquoi ceci,
enfui? - Et ça, qui revient, obsédant?
"Le temps s'en va, le temps s'en va, comme cette eau
courante..." - mais pas l'amour, qui dans l'Amour du
Peuple, on l'a dit, on le redit, nous lia, les "Marcel"
de Marseille, les "Anne" et les "Bernard"
d'Haumont, les "Momo" de partout, et, par eux,
les filles de La Redoute, les métallos de CODER,
les "paysans en lutte" de La Chapelle sur Erdre,
Fay-de- Bretagne ou Couëron, et Abd-El-Kader Keloufi,
pour ne parler que de lui...
C'est ce lien, et nul autre, qui conduisit l'ami Alain Dugrand,
"Dug", à me mettre sur la piste des survivants
de la G.P. de Marseille, et de la "colonne Keloufi".
Jeune rebelle lyonnais, fils de Dieulefit, Drôme -
terre d'anciennes et multiformes résistances...-
et du prolétariat des "canuts" "Dug"
est un anarcho-maoiste cultivé.
Devenu typographe au Méridional de Marseille - quotidien
d'extrême-droite, rival (fictif), mais complice (réel)
du Provençal de la maison Defferre - et militant
de la Gauche prolétarienne, puis de "l'ex-G.P.",
il va devenir devenir le premier correspondant régional
de Libération, "journal des maos", dès
son lancement, en 1973. Aspiré à la rédaction
parisienne de ce qui devient "Libé", avec
le côté "mode", il quittera, plus
tard, la capitale, pour former aujourd'hui avec la belle
et blonde Anne Vallaeys - dont la sœur vieillit toujours
rue Béranger, à Libé, ridée,
usée, mais richement mariée... - un couple
d'écrivains remarquables.
Alain Dugrand s'était joint, d'enthousiasme, au Collectif
Libération du 22 mars, contre les pantalonnades
"néo-patronales" du Serge July de 1981
et son aplatissement honteux au pied du nouveau trône,
prostituant le journal, puis l'amenant au bord de la faillite.
C'est ce qui nous a liés.
Parti d'un quotidien que désormais il méprisait,
c'est lui qui me mit sur les traces de Jean-Paul Riton,
responsable du premier Comité Libération de
la cité phocéenne, après avoir été
celui de la logistique et des "planques" de la
G.P. de Marseille, sous "Marcel", et dans la vie,
journaliste (aujourd'hui en retraite)...
La maison des maos de Marseille,
toujours là, dans sa venelle.
Jean-Paul vit toujours dans la maison de famille d'un père
"figure de la Résistance", devenue le "quartier
général" semi-clandestin où s'organisa
l'attaque du commissariat de la Halle Puget de Marseille,
parmi d'autres choses.
S'il se souvient, ô combien, de la "colonne",
il ne réagit plus au nom de Keloufi. Pas plus que
Claude, qu'il invite à se joindre à nous,
dans la "maison des maos", nichée dans
sa venelle, pour un repas fraternel. Claude, par qui, dit-il,
"tu pourras remonter jusqu'à "Marcel"...
Sauf qu'il ne dit pas "Marcel", et moi non plus.
Je cherche mon copain partout. J'ai perdu son "pseudo"
de l'époque, après l'avoir perdu de vue, lui,
il y a 20 ans...
J'étais passé le voir, en marge d'un reportage
pour le Figaro-Magazine - une "pige"...
L'enquête avait pour "cible" les gitans
d'une importante "tribu" vivant dans des caravanes
de grand luxe, spécialisée dans le vol de
statues de Jade par la méthode d'escroquerie dite
"au rendez-moi". J'allais visiter une par une,
à domicile, les innombrables victimes de ces imaginatifs
"voyageurs" transformés en "spécialistes"
de l'art chinois - vrai et faux.
Le milieu des "manouches" avait fait de moi l'un
des siens, ou peu s'en faut, depuis mon premier passage
en prison, dans les années G.P. - attaches ravivées
par un combat commun contre la police, à Nantes,
autour d'un piquet de grève de métallos, en
1972, juste après l'assassinat de "Pierrot",
puis par des études journalistiques, précoces,
sur le "milieu gitano-maghrebin" des frères
Hornec et d'Imed Mohieddine, influents dans le milieu parisien
autour de leurs bases en Seine-Saint-Denis, dans le secteur
Montreuil, Fontenay-sous-Bois, Montfermeil, Clichy-sous-Bois,
et principaux bénéficiaires de la mort subite
du regretté "Francis Le Belge", survenue
dans un P.M.U. des Champs-Elysées, d'une crise cardiaque
provoquée par une ingestion brutale de plomb de gros
calibre, non loin d'un bar à filles "de la couche
sociale moyenne-supérieure" (comme aurait dit
Mao) spécialisée dans le "traitement"
des hommes politiques, dans ce quarter chic, rue François
1er...
Ces liens s'étaient encore resserrés depuis
ma rencontre fortuite, source d' un livre, avec "Manu
Le Gitan", voleur de voitures à
12 ans, "braqueur" de banques à 15, redresseur
de torts-kidnappeur, puis "torpédo" des
services secrets en marge des guerres de Yougoslavie, ami
du fameux Pierre Falcone ("Angolagate") et grand
admirateur, comme moi, de Jean-Charles Marchiani - à
qui nous avons dédicacé, ensemble, le livre
(Moi, Manu Le Gitan", par Emmanuel Caldier, préface
de JP Cruse - Flammarion 2004).
Cette enquête sur les "Jade" devait mal
commencer, et curieusement finir.
Ravivant des souvenirs de jeunesse, les gendarmes du coin
m'avaient tendu une embuscade. Un vieil homme riche, importante
victime des gitans spécialistes du vol au "rendez-moi"
les avait appelés à venir se mettre en "planque",
craignant que le "journaliste du Figaro-Magazine",
qui avait pris rendez-vous chez lui, fût un des gitans
de la bande, de retour pour solder quelques "impayés"...
Carte de presse dégainée, puis longuement,
soupçonneusement et minutieusement vérifiée,
et gendarmes partis, après excuses polies, ce prudent
collectionneur de jades, escroqué et traumatisé
à vie de l'avoir été, m'avait ensuite...confié
le revolver dont il s'était armé pour attendre
le (présumé) journaliste.
Il ne savait pas trop bien s'en servir, et souhaitait -
intuitif... - mes conseils. Manipulant gravement son brave
vieux flingue, canon pointé bien vers le bas, pour
la démonstration, j'étais plié de rire.
Et si ma carte de presse avait été une "vraie
fausse", mais de qualité (il en existe...).
Et si j'avais été, de fait, un homme de la
mafia manouche des "Jade", tentant un petit coup
de "revenez-y", pour voir...
Et ce n'était pas fini.
Le soir, appelant de l'hôtel une liste d'amateurs
d'art, dépouillés, j'avais vécu un
autre instant d'absolue poésie...
"Bonsoir Monsieur, je suis Jean-Paul Cruse, journaliste.
je travaille pour le Figaro-Magazine. J'enquête sur
les escroqueries au Jade, et je crois... - "Jean-Paul
Cruse, Jean-Paul Cruse...On l'a connu, çui-là",
coupe une voix grasseyante, agrémentée d'un
fort accent du nord...
"Même qu'on devait aller lui casser
la gueule, dans sa cellule"...
C'était un gardien de prison retraité, longtemps
"maton" à la maison d'arrêt de Loos-les-Lille
- où j'avais été "stocké"
quelques temps, en 1971, après une première
arrestation sur la frontière, un jour où j'avais
rendez-vous, dans un café, flanqué de "Gérard
de Boulogne" (ex-C.V.B., "établi"
ensuite à Renault-Billancourt), avec Juliette
Révillon d'Aspreval, héritière
d'un des principaux actionnaires historiques de Saint-Gobain,
que je ne connaissais encore que sous son nom de guerre
de "Marie-Jo". Elle était en retard...
Juliette Révillon d'Aspreval,
"cadre mao". Pseudo: "Marie-Jo"
Après m'avoir "serré", en refermant
leurs "pinces" de métal sur mes poignets,
dans une émotion du moment qui était plus
la leur que la mienne, les flics, avaient tenté de
me faire croire, que "Marie-Jo" m'avait "balancé"...
J'ai essayé de la retrouver pour en parler avec elle,
avant d'écrire. Je voulais savoir, tout de même,
pourquoi elle n'était pas venue au rendez-vous -
ou très en retard...
Après avoir accueilli mon coup de fil avec chaleur,
elle avait annulé définitivement tout entretien,
quelques jours plus tard. Avec une explication embrouillée.
"Recentrée", selon son ex-mari, intermittent
du spectacle et ancien ouvrier dont le frère travaillait
comme O.S. à l'usine de chaussettes Phildar de Roubaix
(marquée, à l'époque, par une belle
grève), "Marie-Jo-Juliette" est restée
"très proche", semble-t-il, de "Jean
d'A." - "Savonarole" n'a pas changé.
Ayant consenti, lui, un rendez-vous d'évaluation,
pour voir où en était "Polo", puis
sachant que j'étais en chasse, et ayant de solides
raisons d'imaginer le ton et le fond du présent livre,
il avait refusé de me communiquer les coordonnées
de l' "ex-copine" que je ne connaissais que comme
une brune assez commune se faisant appeler "Marie-Jo"
- et sévissant dans le secteur de Roubaix-Tourcoing,
comme "chef" - "cheftaine"? Il m'avait
fallu trouver une solution de contournement. Juliette Révillon
d'Aspreval, dite "Marie-Jo", a dû appeler
"Jean d'A", entre mes deux coups de fil, pour
solliciter son feu vert. Dommage...
Travaillant aujourd'hui dans le secteur social, aux franges
du P.S., elle a non seulement changé de nom, gardant
celui de son ouvrier de mari, dont elle avait rapidement
divorcé, "balançant" (aux orties)
"Révillon d'Aspreval", mais aussi de prénom,
redevenant, donc, "Marie-Jo"...
Des "Bagdad" de Marseille
au "grand village
arabe" des nuits de l'affaire Jobic
Ces anecdotes ne nous éloignent nullement de notre
sujet. Car s'il est un endroit où l'histoire des
maos s'enracine du côté des Gitans, c'est bien
Marseille - au même titre que Nantes, au moins.
Dans les Bouches du Rhône et les départements
voisins, c'est le travail dans les bidonvilles, les cités
de transit et sur les terrains vagues où campent
les caravanes des "voyageurs" de la couche sociale
la plus pauvre, puisqu'il y a des classes, aussi, dans cette
société des routes et de la nuit, qui a rapproché
nos deux "communautés", unies par un même
rêve d'amour, de poésie, d'insolence absolue
et d'infinie liberté...
A Marseille, c'était l'époque "Toto"
- Toni Lévy, un des frères de "Pierre",
le numéro 1 de la G.P, avant l'avènement de
"Marcel", donc. Les maos avaient aidé des
Gitans pauvres, en pleine "mouise". Ceux-ci, fidèles
à leur tradition d'honneur, qui inclut la fraternité
autant que la vengeance, au sang l'une comme l'autre, leur
avaient rendu la pareille.
La G.P., en difficulté avec les mastodontes de la
C.G.T. des dockers, sur le port, et passablement rossée,
était venue demander de l'aide au camp. "Tcha-tcha-Tchatche",
explications, "négo", intérêts
convergents (le port...), accord, rendez-vous matinal dans
un café.
Les dockers sont dans le coin, matinaux. Mais les"manouches"
sont en retard. Quand ils arrivent dans une vieille Estafette
brinqueballante, ils y sont une quinzaine, tous avec des
"tronches" plus effroyables les unes que les autres,
balafres, cicatrices, etc., et tous armés de "lames",
de "pointes", de haches ou de ces petites "serpettes",
semblables à celles qu'utilisent les marchands de
journaux des kiosques pour couper net les liens tendus des
piles emballées - et que les jeunes Gitans manient
de façon fort habile, tailladant un visage, pour
seulement "marquer" - ou plus si affinités:
pour la gorge, ça va aussi, très vite, et
le sang gicle comme d'un tuyau de chauffage "éclaté".
On ne voyait pas les "calibres", ni d'éventuels
"tromblons", (fusils à pompe), voire "kalach"
(mais ces armes sont courtes, et dissimulables, facilement,
sous un blouson un peu long).
Effrayé, "Toto" les avait remerciés,
dans tous les sens du terme - et renvoyés, donc,
à leurs guitares avec tout leur mortel bazar.
C'est aussi dans la vaste communauté polysémique
et multiforme des "Bagdadine"
de l'ancienne Phocée, dits ici "les
Bagdad", ces gitans venus du
lointain Irak, protégés, comme chrétiens,
de Saddam, et nombreux dans les "réseaux parallèles"
travaillant pour ses "Moukhabarat" (services
secrets), que s'est planté un des rameaux
de la puissante tribu des Mustafa.
Les Mustafa, Jean ("Boukhit"), Jean-Claude ("Aziz":
"chéri"), et la vieille Jeanne du bazar
de Barbès, "La Marraine",
allaient se trouver au centre de l'affaire Jobic,
en 1987-88 - un faux scandale de commissaire "ripou"
utilisé pour tenter de "casser les pattes"
du "petit prince de la P.J. parisienne", un jeune
policier brillant et courageux, gaulliste et catholique
fervent, soupçonné par les "socialistes"
de l' époque flamboyante, Plenel, Le Monde Libé,
le Canard Echaîné etc, de "liaisons dangereuses"
dans des endroits nocturnes plus ou moins sous l'influence
de la célèbre "Sécurité
Militaire" (S.M.) algérienne ou d'autres "services"
arabes.
Sur simples "témoignages" d'une impressionnante
brochette d'indics, de maquereaux et de pauvres jeunes femmes
sous contrôle, protégées aussi des gendarmes
alors en guerre contre la P.J. parisienne pour une question
de territoire, Yves Jobic fut poursuivi pour "proxénétisme
aggravé". "Cible" d'un lynchage médiatique
d'une intensité hors du commun, il allait être
incarcéré quelques semaines, à grand
fracas - payant, avant tout jugement, ses liens,
effectivement étroits, avec certains des membres
de la grande tribu Mustafa, vaste "diaspora" gitane
étendant ses réseaux de Beyrouth
à Paris, Bruxelles ou Londres...
Un de leurs bars, base, effectivement, de somptueuses belles
de nuit brunes à la peau mate et satinée d'outre-
Méditerranée, se trouvait situé
dans l'immeuble même, rue de La Voûte, à
Paris, dans le XII ème, où la DST, aidée,
selon toute vraisemblance, par des anges, ou des fakirs
de Bagdad, allait placer les micros lui permettant de piéger
le réseau de porteurs de bouteilles d'arak remplies
d'explosif liquide qui allait ensanglanter Paris, en 1985-86
- juste avant qu'éclate "l'affaire Jobic".
L'Irak était en guerre avec l'Iran, l'Iran avec la
France (Eurodif, etc.) et les "Bagdadine" de Paris
ou de Marseille, des patriotes irakiens, doublés
de patriotes français, à l'écoute attentive
des oracles de La Vieille Jeanne (mère de Jean-Claude
et Jean, dit "Boukhit") cette gitane ridée
à qui on aurait donné quatre sous, dans la
rue, sans qu'elle les demande, ou qui se serait servie elle-même,
"à la détourne", juge de paix des
intérêts à long terme de son clan familial,
et sachant lire, pas seulement dans sa boule de cristal,
ou dans les cartes, dans les arcanes de la géopolitique...
Bref, la main des "Bagdad" n'avait pas
été pour rien dans la chute de réseaux
influencés par Téhéran dévastant
d'attentats sanglants la capitale, et le jeune
commissaire de la P.J., ami d'école d'un collègue
de la DST, se refusait, avec beaucoup de dignité
et de courage, à dévoiler aux juges, donc
à la presse, le rôle joué par
ses amis du monde de la nuit - qui n'auraient pas survécu
longtemps, à l'époque, à la révélation
de la vérité.
Toujours au cœur de notre sujet, la "guerre
de l'info" autour de l' "affaire Jobic",
aussi spectaculairement acquitté, réhabilité,
et indemnisé, qu'il avait été jeté
en pâture aux hyènes, allait donner
leur deuxième élan, après la liquidation
de Tramoni, aux fins réseaux "mao un jour, mao
toujours", indissolubles héritiers de la G.P.
de Nantes ou de Marseille, alors engagés dans une
incessante "guérilla de l'information",
autour de Libération, aux frontières du "grand
village arabe" de la nuit parisienne du banditisme
"gitano-maghrébin", du pouvoir médiatique,
de la P. J. et des services secrets - dans un mondes des
années 80-90 marqué par une intense et multiforme
"bataille des esprits", bien au-delà de
la France, où de lourds enjeux s'entrecroisent...(Sur
ce sujet: "Les combines des voleurs, éditions
du Rocher, 1998, JP Cruse, p 250 et suivantes).
"En planque" chez "Georges
Le Grec",
vieux résistant
contre le régime fasciste des colonels
rendu aveugle par
la torture,
homme de confiance
des maos de Marseille
Après un "établissement" à
risques sur les mortels chantiers de la SOLMER, à
Fos - où il avait acquis les rudiment au moins du
métier de "tuyauteur" - "Marcel",
quand je l'avais retrouvé, donc, une première
fois, à l'époque des "Jade", du
revolver, et du "maton cht'imi" à l'étonnante
mémoire, - vivait en HLM à Martigues.
L'ancien dirigeant des maos de Marseille s'était
reconverti comme artisan-plombier écologiste, spécialisé
dans les économies d'énergie et les technologies
nouvelles - après une dissolution de notre mouvement.
qu'il avait, lui, jugée inévitable(comme Claude,
Jean-Paul et beaucoup de mao marseillais), ...
Claude avait été sa femme, très jeune,
et la mère de leur fils, avant d'aller s' "établir"
- bien avant lui - à l'usine de biscottes Prior,
sans que rien de tout cela empêche cette jeune Maman
aussi souriante qu'énergique, aux convictions solides,
de participer à l'attaque du commissariat de la Halle
Puget ( organisée, se souvient-elle, "en partie
au moins pour Keloufi" ). C'est elle qui me le retrouve...Et
nous nous revoyons; il a grisonné, mais moins que
moi, et gardé, moi aussi, le même sourire.
Le sien est franc, retenu, grave - le mien, "toujours
ce drôle de petit sourire... qui en dit long sans
vraiment le dire.." (Julio Iglesias).
Et c'est donc, malgré ma barbe déjà
presque blanche, récente, à la lumière
éclairant aussitôt nos visages, que nous nous
reconnaissons, vraiment, sous une tonnelle de Provence où,
en avance, et placé dans un coin, à contre-jour
- une vieille manie - je suis venu l'attendre...
"Marcel" se souvient de la "planque"
où il était allé me conduire, "chez
le vieux Georges": un résistant grec anti-fasciste,
rendu aveugle par la torture au cercle de fer, boulonné,
millimètre par millimètre, en écrasant
les tempes. Cet hébergement provisoire, sûr,
et sympathique, lui avait été proposé
par ...nommé Jean-Paul Riton! Je l'ignorais, n'ayant
pas, comme on dit, "à en connaître",
ignorant jusqu'à l' existence de ce garçon...
C'est "Marcel" qui m'avait guidé, sur les
hauteurs de Saint-Luc, au bout d'un petit chemin de terre
serpentant entre les fleurs des tonnelles...
Jean-Paul, de son côté - nous en avons parlé
- croyait que la cachette demandée, pour quelques
jours, était destinée à abriter "Antoine",
dit "Le Maréchal", "patron" de
la N.R.P. Elle ne était pas pour "Le Maréchal",
mais pour un de ses "colonels": je l'ai dit à
Jean-Paul, pour l' "affranchir", avant de parler
de "Georges-le-Grec" (mort, depuis, il n'était
pas tout jeune...).
Mais ni "Marcel le Corse", ni aucun des
"ex" de la N.R.P. que je n'ai pas cessés
de fréquenter depuis, et qui sont relativement nombreux,
ne se souvient, de la nature exacte de la "mission"
pour laquelle on avait envoyé "Philippe"
(le pseudo de "Polo" à la N.R.P.) à
Marseille...
Pas moyen de retrouver non plus pour quelle raison, après
deux ou trois jours - magiques - passés dans la cabane
fleurie du Grec, dans l'attente d'un "contact"
qui se laissait désirer, j'avais été
prié de "remonter" dans la capitale, requis
pour une "urgence" - peut-être le "piège
à indic", à monter, contre notre "Carlos"
(Fofana, lire page)...
Avait-on fait "descendre" un "conseiller
technique" pour "régler", en équipe,
avec un groupe d'O.S. de l'usine, et à la barre de
fer, le dernier compte, non soldé, ouvert à
l'occasion de la mort du vieil ouvrier Sopazian, de CODER,
victime d'un "accident du travail" requalifié
dans toute l'usine en "assassinat d'ouvrier" (lire
page).
Il me faudra longtemps après ce premier retour sur
mes propres traces, à Marseille pour découvrir
enfin, au détour d'un passage dans les Alpes, ce
qu'il en est.
On m'avait fait venir, en fait, pour régler définitivement
son compte à un agent de maîtrise nommé
Colrat, jugé responsable d'un accident mortel du
travail dans la base-usine numéro 1 des maos de Marseille,
CODER (lire page). "Puni" une première
fois, puis absent quelque temps, pour se remettre, il venait
de reprendre le travail. Il avait été décidé
de lui en "redonner une". Et sans que je le sache
encore, n'ayant pas à l'apprendre avant l'heure,
c'était à titre de "conseiller opérationnel"
qu'on m'avait sollicité, le groupe ouvrier
de l'usine responsable de la correction initiale, sévère,
n'ayant pas besoin de substitut, ni de tuteur, mais craignant
qu'à répéter, on se fasse prendre...Il
fallait innover, donc.
Mais entre mon arrivée et mon départ, une
simple "piqûre de rappel", par tract avait
suffi. "Averti" une deuxième fois, l'homme
avait pris ses cliques et ses claques, cédé
devant la menace, et quitté, tout simplement, l'usine.
Problème réglé, donc, à peu
de frais.
CODER, Mère de la Guerre "...des
pots de peinture"
au visage des "petits-chefs"violents
ou racistes,
des syndicalistes
corrompus, ou des "mouchards"
Avant de partir pour Fos, "Marcel" avait concentré
l'essentiel des efforts sur l'implantation à CODER.
On a lu (page) que ce travail de longue haleine, s'étendant
sur plusieurs années, avait été marqué,
avant même l'attaque du commissariat de La Halle Puget,
par une autre "première", due à
la créativité des militants de la G.P. marseillaise:
l' "opération pot de peinture" sur un "petit
chef raciste" (voir page).
Les ondes ayant pour nature de se propager, ce premier coup
d' audace des Marseillais allait fouetter les imaginations,
et les "opérations pot de peinture" allaient
se succéder dans toute la France.
Pas pour le seul plaisir de peindre: mais parce qu'elles
permettent, à peu de frais - et sans risques excessifs...-
de résoudre des problèmes spécifiques.
Etude en jaune
Après Marseille (CODER), pot jaune, toujours, à
Roubaix - bataille pour Keloufi. Défendant les diffuseurs
d'un tract, agressés par un syndicaliste véreux,
devant sa propre usine, une ouvrière, enceinte, se
fait agresser par le sbire. Il ne perd rien pour attendre.
Pot (jaune) sur le malpoli. "Splash!" sur le malpoli.
Teinte? - mimosa (hiver 69).
Vert...de peur
Roubaix, deuxième, et Keloufi, toujours dans le paysage,
avec "Jacqueline, l'emmerdeuse qui fait chier les ouvriers"
à La Redoute. L' "emmerdeuse" est refaite
en "vert de peur" aussi épais qu' éclatant,
(février 70.)
Retour au jaune
Suit le "pot" d'UNIC à Gennevilliers (92),
ciblant un "ponte" du "syndicat indépendant"
(fasciste), (printemps 70, retour au jaune, lire page).
Bleu de trouille à
Renault
Le même trimestre, c'est à l'azur que recourent
les auteurs du "ravalement" de "la grosse
vache Drouin", spécialiste des avertissements
et licenciements dans "L'Île du Diable"
( l'île Seguin, à Renault-Billancourt (92):
"bleu de trouille" (lire page)
Fourrure, chignon, et tout...
Ce printemps 70 est bon pour la peinture. A Jaeger-Levallois
(92, encore...). Francine, une "monitrice", chargée
d' "enseigner les cadences" aux ouvrières,
"moucharde" à ses moments perdus, s'inquiète
de la découverte, sur son bureau, d' un simple dessin
sur la mésaventure, en vert, de sa consœur Jacqueline,
de La Redoute.
Le 25 mars 1970, exactement, à 7H00 pile du matin,
elle a beau s'en méfier, elle y passe, mais en jaune.
Manteau de fourrure, chignon, tout...Toute la journée,
dans tous les ateliers de l'usine, les ouvrières
se passent et se repassent le tract "Francine, fais
gaffe!". Il a été démocratiquement
distribué par les maos-peintres, au cours de leur
"travail".
Nantes préfère
le rouge
Le rouge manquant - étrangement - à la liste,
un rappel aux traditions survient. De Nantes, terre de l'
"ordre juste". La lacune est comblée...
par l'auteur de ces lignes, opérateur, personnellement,
d'un "splash!" sur le titulaire de l'ingrate fonction
de directeur du personnel de l'usine de fabrication de chauffe-eaux
Saulnier-Duval, juste à côté des Batignolles,
notre "base usine numéro 1" dans la cité
de la Duchesse Anne et de Jean-Marc Ayrault, alors plutôt
favorable aux maos...
La "cible" s'appelle Merel. C'est un costaud roublard,
pas très aimé des ouvrières. L' "étude
en rouge" a lieu à l'entrée de l'usine,
à l'heure de l'embauche, au milieu de la cohue pressée.
S'étant retourné, l'idiot, en entendant courir,
il prend en pleine gueule (ouverte dans un "oh!"
de protestation, contreproductif...) tout le contenu d'un
grand pot lancé en plein élan, à la
volée - le geste auguste du "poteur"...
Il devra passer des heures à se faire écorcher
le visage, qu'il a déjà rougeaud, par des
infirmières - ravies... - obligées de le "décaper"
au trichlore.
Il venait de sanctionner par un premier licenciement le
premier mouvement autonome, animé par les maos de
l'usine, et parti de la base, hors syndicats, à l''émaillerie
(lire page)...
Retour au vert à "Valentine
les belles peintures"
Retour au vert, en août, à Gennevilliers (92),
de nouveau, dans l'usine, où s'est "établi"
le cinéaste Jacques Kébadian. On y fabrique,
dans des conditions de travail immondes...les peintures
Valentine!...
"Michelet, le sale rat, le roi du licenciement...Un
pot de peinture vert comme sa trouille et sa gueule (...)
Attention: les belles peintures Valentine tiennent mieux
sur la gueule des cochons que sur les murs"...
Au travail ou à domicile...
- Bleu normand -
"Etude en bleu", enfin, au même moment,
à la Saviem de Caen - où un mouvement gréviste
mené par de très jeunes ouvriers avait allumé
les premières flammèches de 68, dès
janvier, .
"Chef-flic, un métier sans avenir", prophétisent
les tracts diffusés en interne, dans le secteur de
la Mécanique. A titre exceptionnel,"Le préfet
de police de l'atelier, celui qui ne fait rien mais passe
son temps à cavaler derrière nous sur ls chaînes,
à noter ce qui ne lui plaît pas, et à
moucharder..." n'est pas "traité"
à l'intérieur de l'usine, ni à la porte,
mais à la sortie de son coquet domicile, le matin...(une
faveur).
Comme on l'a lu, et comme on va, si on le souhaite, le relire,
les actions ponctuelles de ce type - sévèrement
condamnées par les "donneurs de leçons"
du "gauchisme légal" - sont le plus souvent
inscrites dans le cadre d'une politique, calmement réfléchie,
et rationnellement construite, de lutte "ininterrompue
et par étapes".
"Aujourd'hui, la situation change dans
l'usine, et y change rapidement", écrit
La Cause du Peuple à propos de CODER-Marseille,
dans son numéro 11 (février 1969),
suivant de peu le premier pot...."Les maoistes
y sont apparus au grand jour..."
Le raciste violent, précédemment dépeint
(et peint...), activiste de droite, et par ailleurs...secrétaire
de la CGT-CODER, " a été mis à
pied, mais défendu (!) par la Fédération
CGT des Métaux. Un arrangement a été
trouvé, lui évitant le licenciement..."
Cet "arrangement" n'a pas plu, dans l'usine...Les
maoistes de l'intérieur l'ont bien compris. Sentant
l'occasion reine, et le moment venu d'émerger en
force, et au grand jour, ils demandent le renfort de tout
Marseille. Les militants viennent se concentrer aux abords
de cette "base-usine" en construction. Ils épaulent
le premier "meeting" public officiellement appelé
par la Gauche prolétarienne devant la porte principale.
La participation ouvrière y est convenable, et les
interventions, bien écoutées.
"Un principe doit toujours nous guider, commente
La Cause du Peuple: il faut donner la parole aux ouvriers
eux-mêmes, il faut libérer leur initiative,
il faut soutenir sans restriction toute volonté d'action,
il faut rester à l'écoute des masses et garder
à l'esprit cette directive du Président Mao.:
"les masses sont les véritables
héros alors que nous sommes souvent d'une naïveté
ridicule"...
CODER: après le pot, la grève!
- Chaudronnerie inox:
victoire sur le boni
Ces "actions de partisans" ne sont pas une fin
en soi.
Elles peuvent être utiles, ou pas - "justes",
ou "fausses".
Critère d'évaluation: ce qui s'ensuit. Et
si elles rendent possibles, ou pas, des initiatives plus
larges, collectives - après avoir électrisé
l'atmosphère.
La question n'est pas de savoir si ces opérations
nous font "une bonne pub". De fait, neuf fois
sur dix, elles le font - et améliorent notre image...
C'est ce qui se passe après qui compte - "verdict
de la pratique"...
A CODER, donc, à peine cinq mois après la
juste "sanction", infligée, à la
peinture jaune, à l'étrange C.G.T-iste raciste,
l'atmosphère et surtout les rapports de force semblent
bien s'être modifiés dans les ateliers, à
la base. Là où ça compte.
Le 3 juin 1969, Henri-André David, notre
premier "établi"
au sein de l'entreprise, réussit, pour la
première fois, à lancer un conflit à
l'atelier de la Chaudronnerie générale (INOX).
Il démarre à l'issue d'une Assemblée
générale partie de la base. Les 50 ouvriers,
en grève (90% de l'effectif) demandent "l'intégration
du boni dans le salaire" - donc la suppression du travail
"au rendement", facteur d'intensification permanent
des cadences.
Les grévistes de la Chaudronnerie élisent
parmi eux deux délégués "non officiels"
pour les représenter devant la direction.
Le 5, la C.G.T., où tout le monde n'a pas avalé
la peinture jaune sur Monsieur le Secrétaire, ratisse
tous les ateliers. Elle prétend que "les problèmes"
de la Chaudronnerie "sont réglés".
La petite "grève sauvage" est isolée.
Mais elle tient bon, et, le 9, la direction cède.
- Pour Henri-André, et tous nos marseillais, c'est
une première victoire, nette. Pour la C.G.T.-CODER,
une deuxième gifle, plus retentissante, encore, au
fond, que la première (le pot)...
"Patrons, c'est la guerre!"
"Patrons, c'est la guerre", titre à ce
moment La Cause du Peuple - (n° 11, août 1969).
L'édito, sec, n'est pas de la plume d'un de nos brillants
mais fragiles "intellos". Le stylo qui le pond
paraît tout petit dans les grosses pattes du blond
"Julien", notre "balaize" de Flins -
licencié à la suite de la "cogne"
du 17 juin..."Avertissement à toute cette racaille:
ils auront la guerre, puisqu'ils la cherchent..."
A titre d'illustration, complétant l' "exemple"
de CODER, celui de FERODO - Amiens (un sous-traitant de
l'industrie automobile).
Un chef nommé Coronado, peu apprécié,
s'y est fait dérober son carnet. C'est là
qu'il inscrit toutes ses observations, particulièrement
sur l'action des "réseaux maoistes" , présents
dès cette date, ici aussi, à l'intérieur
d'une entreprise industrielle.
Les "réseaux" en question, soucieux, c'est
tout à leur honneur, de transparence, reproduisent
ce passage sur un tract. Il sera très lu...
La "guerre" de Ferodo ne fait que commencer.
Fin 1970, elle s'étendra aux usines normandes du
groupe, concentrées autour su site rural de Condé
sur Noireau, près de Caen, avec une double séquestration
des plus spectaculaires, faisant suite au licenciement d'un
ouvrier tranquille de près de 50 ans, Firmin, auteur
d'un geste de révolte contre un "petit cadre",
qui l'avait humilié (lire page)...
"Porions" traités
au désherbant au Puits Barrois,
"petit Auschwitz
du nord"
Mais "c'est la guerre ", aussi au pays du charbon.
La lutte contre les "porions" (cheffaillons) du
Puits Barrois, "petit Auschwitz du nord" se traduit
par une nouvelle innovation "politico-militaire":
le désherbant, généralement utilisé
comme composant de l' "allumeur" de nos cocktails
"Joliot-Curie", revient à sa fonction première.
Il est utilisé sur les pelouse vertes, soigneusement
"bichonnées" (grande tradition du nord)
des chefs les plus haïs. Ils découvrent, en
lettres d'herbe jaunie, sous leurs fenêtres, des avertissements,
menaçants.
"Vol de masse",
"acte de guerre", au Prisunic de Massy
"C'est la guerre " encore, à Massy (91),
en banlieue parisienne. Là, les lycéens maoistes,
dont l'influence s'étend maintenant dans la jeunesse
ouvrière de cette municipalité d' "Union
de la gauche", dirigée à l'époque
par le socialiste Germon, organisent une opération
"vol de masse" au Prisunic...
Elle suscite une large approbation de l' "union"...de
la population - et scandalise, symétriquement, la-dite
"gauche".
Karamé, Palestine: exemple,
stratégique...
Et c'est la guerre, enfin, en Palestine...
En passe de devenir le journal de toute l'immigration arabe
de France, La Cause du Peuple revient, à titre éducatif
et historique, sur la victoire de Karamé, en mars
1968.
Sous l'influence de l'offensive du Têt, au Vietnam,
qui bat son plein, c'est là que pour la première
fois des combattants personnellement conduits par Yasser
Arafat, lui-même, juché sur un deux-roues,
accrochent sévèrement des chars lourds israéliens
venus violer les frontières jordaniennes pour détruire
un petit village devenu une base des "actions de partisans"
du FATAH. Appuyés, alors, par l'artillerie locale,
survoltée par leur exemple, cette poignée
de combattants, armés de revolvers, de "kalach",
et d'efficaces lance-roquette, a décidé de
ne pas se disperser dans la nature à l'arrivée
d'un ennemi supérieurement armé, comme l'auraient
voulu les "règles", dogmatiquement appliquées,
d'une "guerre du peuple" étudiée
à l'Académie militaire de Nankin - et comme
l'imaginaient sans doute les assaillants.
Retranchés dans des tranchées de fortune,
creusées à la va-vite, puis dans les décombres
des masures villageoises, canonnées, les très
jeunes combattants du Fatah, seule force à se battre,
alors, vraiment, pour la libération de la Palestine,
sont galvanisés à l'idée d'être
dirigés, personnellement, par celui qu'ils n'appellent
pas encore "Le Vieux", "Abu Ammar" (Yasser
Arafat, dont "Tsahal" veut la peau à tout
prix, et qui a délibérément décidé,
lui aussi, de ne pas fuir).
Ses jeunes "fedayin" formés, comme son
frère de lutte Abu Jihad et lui-même, "à
la chinoise" utilisent aussi des "cocktail-molotov"
(les Joliot-Curie, les nôtres). Ils parviennent à
"carboniser" plusieurs blindés dans les
ruines du hameau dévasté, harcelant même
leurs ennemis, contraints de battre en retraite, jusqu'à
leur piteux retour à la frontière d'Israël.
Le Fatah, fort, à l'époque, d'à peine
quelques centaines de très jeunes combattants, en
perd le tiers dans cette bataille. Mais sa gloire nouvelle,
répercutée dans tout le monde arabe, jusque
chez les immigrés d'Europe - et dans La Cause du
Peuple - fait affluer dans ses rangs des dizaines de milliers
de volontaires.
Comme les Comités Vietnam de Base, puis le Fatah
d'Arafat, s'étaient inspirés de l'offensive
du Têt, la G.P., et avant tout ses jeunes ouvriers
arabes, vont tirer non beaucoup de force, et aussi d'utiles
leçons de stratégie, de cette expérience.
A Marseille comme à Billancourt, les jeunes immigrés
arabes viennent s'intégrer en masse au mouvement
dont le journal, sous le titre: "ma nationalité,
c'est mon fusil" présente alors la photo d'un"fiday"
en keffieh, et l' éloge d'un des héros de
Karamé, "le rouquin": "En creusant
ce fossé, dit-il à ses compagnons devant une
tranchée antichars, toute fraîche, "je
sais que je creuse ma tombe: mais je creuse aussi celle
du sionisme..."
CODER contre "boni": K.O.
au deuxième round
En matière de "guerre", mais contre le
patron, donc, à l'usine CODER de Marseille, c'est
"rebelote", en novembre.
La grève des chaudronniers sur le "boni",
en juillet, victorieuse dans les limites d' un petit atelier,
entraîne le licenciement punitif d'un ouvrier.
A ce moment, les maoistes de l'usine n'ont les moyens d'y
répondre que par un nouveau "meeting de masse",
devant les portes...
Pour des "liquidateurs" en "iste" comme
"défaitiste" des groupuscules trotskistes,
anarchistes, etc. de la ville du bon "Papy Gaston",
le protecteur des huiliers Rastoin de l'usine de citernes,
à moins que ce ne soient ceux-ci qui le protègent
en mettant "de l'huile dans les rouages" de la
vie politique de cette Phocée-Byzance, comme lui
protège les gauchistes en "iste", c'est
bien-la-preuve-que...
Mais quatre mois plus tard, en novembre, un nouveau licenciement
répressif entraîne, cette fois, une grève
de toute l'usine. Elle dure 11 jours, et se conclut par
"une victoire totale". La "guérilla"
ne cesse plus. Quatre mois passent, et un nouveau mouvement
sur le "boni" s'étend, cette fois, à
d'autres secteurs de CODER, prenant des formes encore nouvelles.
Les ouvriers exigent de se faire communiquer leurs fiches
de boni, pour les remplir eux-mêmes.
Dans un atelier, ils se mettent même à travailler
tous ensemble "à la journée" - sans
rien demander à personne, et en exigeant le paiement
de "4h de boni fixe par jour pour tous!"
Le mouvement est fort. Le patron cède.
Les immigrés de l'usine sont concentrés au
"lavage" des citernes. Il faut, racontent-ils,
"travailler toute la journée à l'intérieur
des cuves, à respirer des produits toxiques. Le bleu
de travail est complètement trempé en quelques
minutes, on doit le garder comme ça jusqu'au soir".
Un africain et trois arabes commencent à remplir
eux-mêmes leurs fiches de boni, qu'ils ont "récupérées".
Un chef vient faire le malin, sur une histoire de balai.
Un type lui crache à la gueule. Il s'écrase.
"Ça libère les gars de l'atelier, raconte
La Cause du Peuple ( (14 avril 1970, numéro 19).
"Quelques chefs continuent de jouer les durs."
Des jeunes travailleurs s'organisent. "On va leur péter
la gueule".
Un plan est mis au point. Des "prolos" le guettent
à la sortie, ils le ratent, mais ne loupent pas sa
voiture - les quatre pneux crevés, pare-brise et
phare brisés.
"Pour le patron, explique alors un ouvrier, tout ce
qui bouge, maintenant, dans son usine, c'est "les maos".
A Marseille comme à Montrouge,
le marché devient champ de bataille
Pour qu'ils restent forts, les "CODER" ne doivent
pas se sentir seuls.
Sur les marchés, les maos "popularisent"
leurs combats, les autres luttes, les pots de peinture jaune,
verte, rouge, ou bleue, les motifs de ces "punitions",
les avantages et les inconvénients, comparatifs,
d'autres procédés visant à atteindre
les mêmes buts - briser la peur et l'attentisme, "libérer
l'initiative des masses" - les méthodes de "préparation
politique" et surtout de suivi de ces "expériences
type".
Cette pédagogie active - panneaux, photos, sono,
"embrouilles " entretenues avec de "mauvais
coucheurs" pour créer des points de fixation,
et faire "rebondir la parole", etc. - est efficace.
Mais elle l'est plus encore quand les fonctionnaires de
la sécurité publique y apportent leur contribution
- pas toujours volontaire.
Au début du printemps 1970, des consignes venues
de très haut les pressent de harceler sans trêve,
sur les marchés, les vendeurs de La Cause du Peuple-
dont le numéro 18 fait l'objet d'une première
mesure de saisie le jour de sa parution - sans que le journal
lui-même soit juridiquement interdit.
Le numéro "saisi", mais tiré, en
douce, par l'imprimerie, complice (patron compris) est vendu
aussitôt, massivement, sous le manteau: comme vont
l'être tous les suivants. Pour cela, il faut s'organiser.
A Lyon, par exemple, raconte Alain Dugrand, ce sont des
cheminots, conducteurs d'une grosse locomotive BB, qui amènent
les paquets de journaux dans leur cabine.
Bref, le climat se tend - et la percée de la G.P.,
foudroyante, commence à déboucher sur une
lutte d'ensemble dont l'enjeu a pour nom: la liberté
de la presse.
Cette liberté, comme toutes les autres, n'a pas été
donnée.
Elle a été conquise. Par les larmes et par
le sang. On n'a pas le droit de la laisser filer.
Le 15 mars 70, au marché aux puces de Marseille,
près du port, le meeting hebdomadaire organisé
autour de la vente du journal, en général
suivi d'une petite manif, est perturbé par l'intervention
de 20 "guignols", munis de leurs matraques administratives.
Ils tapent, et de bon cœur.
Les militants répondent, sur le même ton.
On entend crier: "Gestapo!", "Liberté
pour le peuple!". - "Avé l'assent"..
Les gens s'attroupent, s'en mêlent. - "Mais pourquoi?..."
Après des heurts violents, mais brefs, repli. Un
"copain" est embarqué.
La semaine suivante - un 22 mars - belote, et rebelote.
Vingt maoistes, vingt manches de pioche, un flic en l'air,
les autres refluent. L'un deux perd les pédales,
il sort un pistolet. Un autre arme son P.m...
Quand cette "suite marseillaise" est publiée
dans "La Cause du Peuple" (numéro 19, mardi
14 avril 1970), le journal, de nouveau saisi au numéro,
vient de changer de directeur. Après l'arrestation,
l'incarcération et l'inculpation pour "apologie
de la violence,etc." de Jean-Pierre le Dantec, un jeune
centralien breton alors modeste et brave, aujourd'hui repenti,
donneur de leçons et infatué de lui-même,
il paraît désormais sous la responsabilité
d'un autre breton, Michel le Bris, spécialiste, de
la musique de jazz - aujourd'hui bon petit écrivain
sage à succès, porté par un combat,
pour lui passé et bien passé, qu'il commence
à renier, prolixe sur la liberté...des hommes
"aux semelles de vent", ceux de la mer, et du
voyage. Comme d'autres, du haut de sa falaise de plâtre,
ravalée, il raille désormais les sots qui
vont se brûler les yeux, mais, on le voit, pas les
ailes, au soleil de la politique.
Sur ce chemin médiocre, il chante sur le même
ton, sans fond - avec sans doute moins de morgue - que ce
pauvre Le Dantec - récompensé de sa conversion
à l'anticommunisme ordinaire par un petit poste de
mandarin universitaire de seconde zone...Sic transit gloria
mundi.
Mais en ce mois d'avril 1970, Michel tient encore la route,
bravement - et va bientôt rejoindre Jean-Pierre, qui
lui aussi s'accroche encore, en prison.
A la "guerre" défiant ainsi "les patrons",
le pouvoir répond par une série de mesures
qui ne se limitent pas à ces arrestations.
La manchette du numéro 18 de La Cause du Peuple avait
agacé Matignon, l'Intérieur, et l'Elysée,
où elle réveille, chez le roué Pompidou,
les boutons d'une certaine allergie - ou mieux, d'une "aversion":
"Pour construire la France Populaire, VIVE LA NOUVELLE
RESISTANCE".
L'édito n'arrange pas les choses.
Spécialement réussi, il évoquait la
mésaventure d'un patron du Mans, "particulièrement
pingre". Il a été "peint par ses
ouvriers au mercurochrome et décoré d'une
pancarte: "Je paye mes ouvriers 600F par mois".
Plus inquiétant encore, selon les R.G., la Gauche
prolétarienne n'est apparemment pour rien dans cette
décoration sauvage. Rien n'indique que le mouvement
soit présent dans cette usine, où la "base"
semble s'inspirer des méthodes d'action prônées
par le journal.
C'est ce que nous souhaitons, et c'est plus fort. La "révolution
idéologique" progresse d'elle-même. Nous
ne faisons que la stimuler, et, dans la mesure de nos petits
moyens, l'orienter.
"Je ne suis qu'une petite pierre au bord
du chemin. Les gens me demandent la route, je leur indique
la voie, écrit, dans un de ses poèmes
de guerre, Ho Chi Minh.
Dans la France du printemps 1970, un
verrou commence à sauter. Ce qu'on supportait
sans rien dire, on le supporte plus mal - ou plus du tout!
On le dit. On le crie... Et, mieux encore, on s'efforce
de "transformer ses paroles en actes"...
"Cette lutte directe, commente, pour "éclairer
la voie" l'éditorialiste anonyme de La Cause
du Peuple, est l'école de la guerre d'anéantissement
de la bourgeoisie." (...) "Le peuple ne parviendra
à obtenir du pain et des roses qu'après avoir
éliminé la poignée d'imposteurs qui
se vautrent sur sa sueur".
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Au
menu de cette page "DEBATS"
- Burqa: une violente attaque
du député UMP Jacques Myard contre l'excellent
Yazid Sabeg suscite une sèche
riposte de
Jean-Paul Cruse, rebondissant
en débat passionné chez
les gaullistes/ souverainistes:
ici
- Haine de l'islam, campagnes racistes, affaire
REDEKER: les vrais intellectuels français
passent à la contre-attaque:
ici
- REDEKER: ET SCHOEMANN? - Un texte de Jean-Paul CRUSE
- ici
- Elisabeth Lévy, Tarek Ramadan: un vrai
dialogue: ICI
- Menaces: en finir avec Danielle Bleitrach? ICI
Burqa:
Jacques Myard (UMP) et d'autres parlementaires de droite
et/ou d'extrême-droite exigent la tête de
Yazid Sabeg
Le 9 septembre 2009
Communiqué de Presse
De Jacques MYARD
avec
MM. L.LUCA, P. CALMEJANE, G. MOTHRON, Y. ALBARELLO,
J. REMILLER
et MMES Françoise HOSTALIER, Bérangère
POLETTI,
Arlette GROSSKOST
membres de la mission sur le voile intégral
(burqa) , s'exprimant au sujet des déclarations
de M. Yazid Sabeg
"C'est avec stupéfaction que les députés
membres de la mission sur le voile intégral (burqa)
ont pris connaissance des déclarations de Yazid
Sabeg, commissaire à la diversité et à
l'égalité des chances, dans le
journal La Croix du 8 septembre 2009.
Selon Yazid Sabeg « La polémique
sur la burqa va rouvrir des frustrations, des antagonismes,
des racismes alors qu'il faut au contraire rassembler
les Français (...) Les hommes et les femmes sont
libres de s'habiller comme ils le veulent (...) L'Etat
n'a pas à se prononcer sur les tenues vestimentaires
des Français ».
Ces propos mettent directement en cause le travail
de la mission parlementaire et foulent au pied l'égalité
des sexes et la dignité de la personne.
Monsieur Sabeg n'a plus la crédibilité
pour être ministre de la République;
il doit démissionner.
Burqa
etc...
Myard
et cie
sèchement
mouchés
par
Jean-Paul Cruse
Le 9 septembre 2009 14:29:
Sabeg a entièrement
raison! Comme Jean Foyer avait raison, parlant
en juriste et en légiste, en chrétien
et en gaulliste, en rédacteur de la Constitution
républicaine de 1958 et de l’article sur
la laïcité introduit à la demande expresse
du général pour faire plaisir à Guy
Mollet, par tactique, Jean Foyer – paix
à son âme noble – qui dénonçait,
à cette occasion, dans les colonnes du Figaro,
la loi d’exclusion des jeunes filles voilées
comme une loi purement et simplement anti-religieuse
de chasse aux jeunes musulmanes de France, drapées,
souvent, de tricolore -sous prétexte d’interdiction
du “hidjab”, méditerranéen
bien avant de devenir musulman, et
que Marie, mère du Christ, portait.
Nous, Gaulois, fiers de l’être,
qui, parlant d’où, de quelle “science”,
infuse, de quelle autorité, de quelle hauteur,
aurait le culot, l’insolence, l’imprudence,
de venir nous donner des leçons sur notre façon
de tailler nos moustaches, ou nos barbes - ou sur les
apprêts de nos filles, de nos compagnes?
Pareil impudent, qu’il soit Romain, Turc,
ou Franc, ou serviteur, aujourd’hui, de tel ou tel
des réseaux stipendiés de l'entité
raciste de Tel Aviv, serait considéré comme
un envahisseur barbare, colonial - et rudement traité,
comme tel...
La haine visant l’islam, c’est la
haine des sectateurs de la Torah contre les Evangiles
comme contre le Coran, émancipés que
sont ces deux Grands livres du Dieu de Haine, raciste,
imprécateur, sacrificateur, vengeur, cruel et tribaliste
du monothéisme archaïque.
Je me vêts comme je veux, je me coiffe comme
je veux, je dîne avec qui je veux, je dors avec
qui je veux, c’est la France, pays de la Liberté
- et j’emmerde les censeurs... Et la souveraineté,
c’est cela, aussi: une philosophie de l’indépendance
nationale, collective et culturelle, individuelle...
Mon visage, ma silhouette, mes atours, ma conception du
corps, de sa dignité, de la pudeur, c’est
ma liberté première - sans
laquelle, donc, il n’y aurait plus de libertés,
secondes.
Ralbol !!!!!!
Jean-Paul CRUSE
D'accord
avec M.Cruse
Hélène Faure Lequien
"Moi, catholique
pratiquante, quand je vois une jeune femme voilée,
je trouve cela admirable de sa part si cela montre son
amour pour son Dieu, et sa foi. Je n'oublie par que Christ
nous dit que ce ne sont pas les préceptes qui sont
importants mais l'amour qui sort du coeur.
Ces gens-là viennent avec l'amour de
leur Dieu, si ça ne nous plait pas, il
ne fallait pas se voiler la face et arrêter les
flux migratoires. Le général avait prévenu
Peyrefitte: "Nous sommes avant tout
un peuple européen.Nous sommes quand même
et avant tout un peuple européen de race blanche,
de culture grecque et latine et de religion chrétienne...Mon
village ne s'apellerait plus Colombey les Deux égliges,
mais Colombey les deux Mosquées."
Ils y sont, ils ont le droit à
la loi de 1905
Par contre si le voile est un signe de haine voulant
dire : "on est là et
on prendra votre place", ça
c'est autre chose...
De toutes façons quand
une civilisation perd la foi, elle est appelée
à disparaître et elle est remplacée
par une autre qui a la foi.
Ceux qui ne sont pas contents
parmis nos élus n'avaient qu'à affirmer
leur volonté avant. Et peut-être bien ne
pas oublier l'Eucharistie...
Bien à vous tous.
HL
Réponse
de X..., figure du mouvement souverainiste
- et signataire, dans un autre domaine, de
la pétition de soutien à la journaliste
de Libération Florence Cousin, alors en grève
de la faim pendant 45 jours contre un licenciement arbitraire..
Chère amie,
Comment pouvez vous voir chez une
femme voilée si elle montre son amour ou si elle
se trouve en situation de porter le voile contrainte
et forcée?
(...) Je viens de consulter le livre de Peyrefitte et
surtout le chapitre 17 "les rapports
France-Algérie doivent devenir un modèle"
rien de tel
- Et trés honnètement
je ne vois pas ce qu'apporterait la loi de 1905 aux Arabes
alors qu'au contraire elle stipule que l'Etat prendra
en charge les édifices religieux construits avant
cette date et que les Moquées sont TOUTES construites
aprés, et qu'elles ne rentrent justement pas dans
cette loi
La seule chose que je connaisse de De Gaulle sur la religion
Musulmane c'est "sans cela la France
ne serait plus la France. Nous sommes avant tout un peuple
européen.Nous sommes quand même et avant
tout un peuple européen de race blanche, de culture
grecque et latine et de religion chrétienne.....et
vous connaissez le reste Mon village ne s'apellerait plus
Colombey les Deux égliges, mais Colombey les deux
Mosquées"
Je ne pense pas que le Général
ait pu commettre l'erreur du droit à une loi, qui
est toujours au contraire contraignante.
Et
réplique
d'Hélène
Faure Lequien...
"Je m'en fiche comme d'une
datte de savoir si elles le font volontairement ou contraintes
et forcées.
J'en vois beaucoupe qui ont l'air
de le faire volontairement et je ne pense pas que ce soit
toujours par amour pour Dieu et son prochain. Si ça
ne leur plait pas, elles n'ont qu'à faire comme
moi, et être des femmes libres. Quoique l'Eglise
nous demande que l'épouse soit soumise au mari
comme l'Eglise doit être soumise au Christ.
Celles qui ont le coeur pur et qui
pensent que ce précepte doit être une manifestation
de leur foi, je trouve ça beau.
Les problèmes d'immigration
ont été provoqués par ceux-là
même qui se VOILENT la face et qui vont reprocher
aux Mahométanes qu'ils ont fait venir de se la
voiler ! C'est un peu fort quand même.! Et je suis
convaincue que le général nous aurait épargné
cela. Peut-être... Peut-être pas... Qui sait
?
Mon texte a mal été interprété
s'il laisse penser que le général de Gaulle
se reférait à la loi 1905. Je parlais bien
entendu du célèbre texte que vous citez.
(A suivre...)
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"Nous ne voulons pas
répéter
mai 68.
Mai a brisé
la paix sociale, après mai,
organisons la guerre
sociale"
"C'est l'heure des partisans", titre, pour
en rajouter une couche, la rubrique "Organisez-vous!"
en page 2. "Nous ne voulons pas répéter
mai 68 (...) Mai a brisé la paix sociale, après
mai, organisons la guerre sociale...
C'est en frappant que quelque chose change. On commence à
voir clair, on commence à avoir confiance, on relève
la tête...
Pour donner confiance à la masse, il faut frapper l'ennemi,
ce principe guide notre travail d'usine..."
L'objectif ouvertement assumé est de "rendre la
révolte individuelle de chaque ouvrier non seulement collective,
mais aussi continue". Il faut donc "installer
la guerre de manière permanente dans les ateliers. L'exploitation
est continue, la révolte aussi: il faut frapper sans trêve
le despotisme patronal"; et cela, "par une
sorte de guérilla incessante".
"On nous reproche, poursuit le journal, d'être
"des fanatiques du commando." "On s'en foutrait,
de l'action de masse (...). Déjà, en 1940, des liquidateurs
au sein du Parti Communiste" (le vieux Marcel Cachin
- note de l'auteur) " attaquaient les premiers francs-tireurs
et partisans avec cet argument...". Mais "toutes
les actions de partisan partent des masses (...) visent la mobilisation
des masses (...) Pour former la grande puissance populaire, pour
former une muraille indestructible, il faut qu'à travers
les actions de partisans des masses de plus en plus larges participent
à la résistance. Alors, la majorité du peuple
comprendra par sa propre expérience qu'il faut en finir
avec cet ordre social, que c'est possible, qu'il faut seulement
opposer à l'armée blanche des terroristes, l'armée
des CRS et des tortionnaires, l'armée rouge du peuple.
Alors, la vérité selon laquelle "le pouvoir
est au bout du fusil", cette vérité vaincra."
Saisi, à son tour, le numéro 19 de La Cause
du Peuple sera, comme le 18, diffusé
clandestinement à l'intérieur des ateliers de CODER-Marseille
- où le patient processus d' "édification"
d'une "base ouvrière" suit son cours,
bien dans la ligne d'ensemble exposée par le journal, dans
un patient travail de sape visant "à la
destruction de la bête immonde, le capitalisme".
On y construit, comme dans les principales "zones usines"
du pays, maintenant, "le Parti de la Nouvelle
Résistance"...Une "nouvelle
résistance" qui, ayant "commencé
en 1968", "n'est pas un mot d'ordre qui tombe du ciel;
il est né sur la terre, au sein des masses..."
Dans cette forme de progression continue propre à tous
les phénomènes d'envergure, la rébellion
se développe en forme de spirale. Comme les "circuits
de la peur" des fêtes foraines, l'action passe
par des boucles de montée en flèche, suivies de
descentes relatives où s'accumule l'énergie d'une
nouvelle boucle, plus haute...
"Contre l'Etat monopoliste répressif se lèvent,
vague après vague, les différentes couches populaires...Le
tonnerre gronde, vers ce que tous (savent) être l'issue,
qui (apparaît) encore lointaine, et presque inaccessible:
la lutte armée pour la pouvoir"...
Viol d'un tabou, le sabotage 30 ouvriers
licenciés? 30 citernes sabotées!
A CODER comme ailleurs, "c'est le temps de la guérilla
qui commence: une guérilla bien particulière, qui
ne vise pas à anéantir l'ennemi, mais à détruire
radicalement toute son autorité, tout son prestige",
rendant ainsi possibles des "soulèvements libérateurs"
(La Cause du Peuple, 14 avril 1970, numéro
19)....
Sur le chemin de cette "libération",
les coups que l'on donne, mais aussi ceux que l'on reçoit,
et qu'il faut rendre, au plus vite, sous peine de reperdre tout
le terrain gagné...
Dans l'usine de Marseille, les deux victoires successives contre
le licenciement d'un "activiste" ouvrier, puis sur le
"boni", transforment tout le rapport de force à
l'intérieur de l'entreprise.
Ça ne peut pas durer comme ça.
Les huiliers Rastoin, "huiles" de la cité
"socialiste" du madré parpaillot qu'est
l'hypocrite "Gastounet" (Gaston Defferre),
et maîtres de la toute-puissante Chambre de Commerce, répliquent
par une bonne dose de vinaigre. CODER licencie d'un coup 30 "durs".
Touché. Mais pas coulé. Amoindri, mais pas décapité,
loin de là, le collectif ouvrier garde le moral.
Les maoistes tentent d'abord, pour le principe, un appel direct
au "larges masses". Quatre cent braves s'affichent
sans peur au meeting devant la porte. Sur 1500 travailleurs, au
total, et sans l'aide d'aucun syndicat, ce n'est pas nul. Mais
les trente sont toujours dehors.
Pour que "le combat continue", il faut marquer
le coup.
Dans la nuit du 14 mai 1970, c'est fait.
Trente travailleurs licenciés? Trente citernes
sabotées!
Ça fait le compte. Et c'est cher.
Le "travail" a été réalisé
par un groupe ouvrier entièrement clandestin, agissant
de l'intérieur, qui fait circuler lui-même le tract
de revendication par un réseau interne - avant une distribution-éclair
du "détachement de porte", à
midi, le lendemain.
Le sabotage n'est pas une invention marseillaise.
Il s'agit d'une tradition prolétarienne presque aussi ancienne
que le mouvement ouvrier lui-même - mais enfouie
sous le poids de l'oubli par la gauche légaliste.
Les "cadres" maoistes ont étudié
les textes d'Emile Pouget, théoricien
français de cette forme de résistance anti-patronale,
qui peut être imprudente, si les ouvriers, détruisant
leur outil de travail ou la production faite, liquident anarchiquement
l'usine bouffant leur vie, certes, mais sans laquelle ils ne sont
même plus des "prolétaires" ayant
au moins leur force de travail à vendre quelque part -
mais des "sans rien", des "exclus"...
Les écrits de Pouget ne sont pas de la théorie spéculative.
Ils reflètent une expérience collective. Ils sont
beaux, ils sont forts - et la pensée qui s'y exprime va
bien au-delà de l'idéologie "anarcho-syndicaliste"
dont l'homme, en général, se réclame.
Pour nous, il n'y a pas de mots-fétiche, ni de tabous.
Tout est politique, tout s'inscrit dans une dynamique de rapport
de force, dans une "situation", dans un "moment".
La rupture par laquelle la GP, dans un "moment", donc,
exceptionnel, a violé l' "interdit"
du sabotage s'est produite à Dunkerque, aux Chantiers
Navals ACDB.
Une conception forcenée de la productivité y transforme
en véritables "cercueils d'acier" les énormes
navires, construits à toute vitesse. Toutes les corporations
possibles y coexistent, plutôt qu'elles n'y coopèrent,
dans un fouillis indescriptible, comme toutes les formes de sous-traitance
- rendant l'endroit particulièrement dangereux, surtout
pour les plus jeunes.
C'est un étudiant des Beaux-Arts "établi"
comme apprenti, Bernard Liscia, qui est à
l'origine du premier sabotage.
Aujourd'hui reconverti dans l'informatique et cadre "bien
dans ses bottes", prospère, il prétend "avoir
tout zappé", et ne conserver "aucun
souvenir précis" d'une époque où,
dit-il "pour moi, c'était le mouvement qui comptait!
La Révolution, je n'y ai jamais cru".
- Farceur...
N'ayant conservé, à le croire, de ces années
passées, que la même allure joviale sous la même
lourde mèche noire, il avait réagi, ce 26 janvier
197O, à un nouvel "assassinat d'ouvrier", celui
de Francis, un jeune de 26 ans.
Convaincu, à l'époque en tout cas, qu'
"il n'y a pas de pierre plus précieuse que le désir
de venger l'innocent", selon le proverbe arabe
fort répandu du côté de Naplouse et de Jérusalem,
en Palestine, il avait déduit d'une enquête ouvrière
soigneusement menée que le malheureux Francis, victime
d'une négligence dans l'organisation du travail imputable
à la haute hiérarchie du chantier ne portait aucune
responsabilité personnelle dans l' "accident"
qui allait lui coûter la vie - n'ayant commis, personnellement,
pas la moindre imprudence. C'est un "fardeau" de métal
mal arrimé au-dessus de lui, dont la chute allait lui coûter
la vie.
"Mao Le Vengeur", d' Usinor aux
Chantiers Navals, puis à Marseille
Dunkerque vit, à l'époque, sous le choc d'une "grève
sauvage", ponctuée par une séquestration elle-même
formidable (voir page), qui a secoué l'immense complexe
sidérurgique d'Usinor, sur la côte de la mer du nord,
proche, en décembre 1969. Un "assassinat d'ouvrier"
a entraîné une grève du zèle de ses
camarades pontonniers du hall des lingotières. Dans l'ordre
de l'usine, au royaume du capitalisme d'Etat, où règne
Ubu Roi, ils ont eu le mauvais esprit d'appliquer à la
lettre les consignes de sécurité. Cette "faute",
entraîne une volée de sanctions. Elles mettent le
feu aux poudres...
Aux Chantiers navals de Dunkerque, donc, quelques jours après
l'"assassinat" du jeune Francis, le jeudi 5 février
1970, exactement, le matin, après l'embauche, les trolleys
de deux grandes grues de la cale nord sont sabotés. Circulant
de main en main, un tract signé "Nouvelle Résistance
Populaire" commente "la bonne nouvelle"...
Comme on peut le lire aussi dans ce qu'on n'appelle pas encore
des "tags", la riposte de "Mao le vengeur",
est massivement approuvée par les ouvriers.
Les maoistes vont alors s'engouffrer dans la brèche.
Le recours aux sabotages s'étend. Ici, "riposte"
ponctuelle contre des "assassinats d'ouvriers" ou des
licenciements "punitifs" pour "faits de grève".
Là, moyen de résistance aux "cadences infernales"
- ou aux conditions de travail "pourries", en général.
A Renault-Billancourt, la méthode deviendra même
l' "arme secrète" de certains conflits salariaux,
sur les chaînes, autour d'un slogan appelé à
faire fureur: "à mauvaise paye, mauvais travail!"
Après sa condamnation à cinq ans de prison ferme
pour l' incendie d'un bureau de reconversion des Houillères,
à Hénin-Liétard (nord), action revendiquée
par la N.R.P., en riposte à la mort de 16 mineurs, le 4
février 1970, au fond d'un puits de mine de Fouquières
lez Lens,à la suite d'un "coup de grisou" prévisible,
prévu et annoncé...aux seuls "cadres",
le nom de Bernard Liscia va se trouver associé au combat
contre les "assassinats d'ouvriers" bien au-delà
de Dunkerque.
Dix militants du nord vont alors être arrêtés,
incarcérés et inculpés.
Les maoistes réussiront retourner l'opinion en leur faveur,
en instituant leur premier "tribunal populaire", celui
de Lens, présentant l'accablant bilan de l'insécurité
dans les mines de charbon, à l'aide de témoignages
d'experts, de médecins mais surtout de vétérans
ouvriers des mines. Ils pourront alors affronter sans trop de
"casse" le verdict de la Cour de Sûreté
de l'Etat, devant laquelle, la G.P. ayant été, entre
temps, interdite, ils sont finalement amenés à comparaître,
pour "reconstitution de ligue dissoute".
En fuite, et donc absent à l'audience, Bernard sera condamné,
"par défaut", au maximum (automatique) de la
peine encourue (cinq ans). Après son arrestation, un an
plus tard, il ne se verra finalement infliger qu' une peine légère
pour port de faux-papiers...
CODER: le "Groupe Ouvrier Anti-Flic (G.O.A.F.) Bernard Liscia"
tabasse
le responsable de la mort du vieux Sopazian: à l'intérieur
de l'usine!
Bernard vient d'être arrêté, début 1971,
quand les "maos" de CODER-Marseille donnent son nom
au commando qui vient punir, devant tous les ouvriers, dans la
cour même de l'usine, le responsable, formellement identifié,
d'un des ces "assassinats d'ouvriers" que la course
effrénée à la productivité des années
Pompidou, et l'arrogante incompétence de "cadres"
paresseux et cyniques multiplie dans toutes les entreprises.
Deux ans après la rébellion des pontonniers du hall
des lingotières d'Usinor-Dunkerque, suivie par le sabotage
des grues aux Chantiers navals du port, l'attentat de la N.R.P.,
à Hénin-Liétard, et le "tribunal populaire"
de Lens, c'est à la CODER de Marseille que la terrible
actualité de la mort au travail rend une "contre-frappe"
nécessaire.
Le 18 mai 1971, agissant dans la cour-même de l'usine, devant
tout le monde, les "partisans" du "GOAF Bernard
Liscia", masqués de foulards, et surgis de nulle part,
se jettent sur un cadre supérieur de l'usine, nommé
Colrat. Ils le flanquent par terre, et le rouent de coups devant
tout le monde. Ils prennent leur temps.
Il pleut. Pendant que les frappeurs s'affairent, un des membres
du commando distribue tranquillement un tract que les ouvriers
font soigneusement sécher sur de petits braseros allumés
spécialement pour ça, avant de le faire circuler
autour d'eux.
Toute l'usine considère COLRAT comme le responsable de
la mort de l'ouvrier Sopazian, 64 ans, survenue le 19 avril précédent.
Au même titre, ou presque, que son collègue SOLDINI
- à qui le GOAF Liscia donne un "avertissement"
écrit lui suggérant de démissionner, vite
fait.
A onze jours de la retraite, le vieux Sopazian, sexagénaire
à la vue basse, a été envoyé balayer
un toit recouvert de copeaux, à 10 mètres de hauteur.
Avant lui, deux jeunes étaient passés au travers
de la verrière, couverte de déchets. En bonne condition
physique, ils avaient réussi à sauver leur peau,
d'un saut. Sopazian, lui, n'a rien vu venir. Il n'a rien pu tenter.
Ce 14 avril, sur le coup de 10H30, il est passé au travers,
et il est mort.
Les ouvriers, bouleversés, se rassemblent aussitôt
en Assemblée Générale. Ils "montent
aux bureaux", direct. La C.G.T. fait écran devant
le patron. L'A.G. se transforme alors en tribunal du peuple. Elle
exige des explications, des responsables, des têtes. On
lui offre "une commission d'enquête". Elle se
met au travail, et remet ses conclusions au bout de quinze jours:
c'est la faute de l'ouvrier!
Les maoistes ont su faire preuve de retenue. Ils ont eu la patience
de dominer leur impulsivité, d'accepter le principe de
"commission d'enquête", et d'attendre un "verdict"
dont ils ne doutaient pas.
Maintenant que les "résultats" sont là,
reste à s'organiser pour rendre "coup pour coup"
- et à le faire bien...
Au moment où Colrat prend sa raclée, des amis des
"vengeurs masqués", munis de solides barres de
fer, distribuent le même tract qu'eux, signé G.O.A.F.,
et titré "La Justice des ouvriers", dans les
ateliers les plus éloignés.
La direction tape sur la table. Elle convoque toutes les sections
syndicales de l'usine. Elle exige une condamnation immédiate
de cet acte de violence, et la rédaction d'un communiqué
de protestation. Il devra dénoncer comme "étrangère
au syndicalisme responsable" la "punition prolétarienne"
infligée au "salarié" COLRAT.
Refus de la délégation du personnel, en bloc.
Quelque chose commene à changer dans le syndicalisme -
même danc celui, particulier, de la C.G.T. P.C.F.-U.D.R.
de CODER
- "Je vous remercie..." dit le directeur, glacial.
- "Il n'y a pas de quoi...", répond un délégué.
- "Au prochain!", lance un autre...
Il y a désormais deux pouvoirs à CODER - où
les "maos", ignorant les injonctions de leur direction
nationale, qui prône la "destruction de la police syndicale",
et le "parachutage", partout, de "Comités
de Lutte", vont voir, bientôt, la C.G.T. toute entière,
ou presque, tomber entre leurs mains comme un fruit mûr
- une partie des militants choisissant de s'y investir carrément,
tandis que les autres restent en dehors.
Mais ce n'est pas venu tout seul, et il est tard...
La riposte au "meurtre" du malheureux Sopazian, si elle
manifeste le franchissement d'une ligne, et d'un seuil de rupture,
est elle-même l'aboutissement du patient et long travail
de plusieurs années, initié par Henri-André,
l'"établi", impulsé par "Marcel"
et poursuivi minutieusement, de la "guérilla d'atelier"
contre le système du "boni" au sabotage des citernes,
et au G.O.A.F. - une idée, et un sigle repris de Renault-Billancourt...
Entre temps, les militants de Marseille ont continué à
associer l'usine aux combats politiques extérieurs, formant
ainsi des cadres.
Chez nous, ce travail d'éducation politique ne consiste
pas à "bourrer le crâne" de quelques ouvriers
combatifs, attirés par nos actions et nos idées,
sous prétexte de leur donner ainsi une "formation".
Notre conception de la formation de cadres est autre. C'est tout
un processus pratique-théorie-pratique. On commence par
aider les ouvriers déjà devenus des "activistes"
à "élargir leur point de vue" sans rester
enfermés dans le cadre étroit du face-à-face
"ouvrier-patron", stérile. Tous doivent prendre
conscience qu'une force se constitue, dans tout le pays, et pas
seulement à Marseille; c'est au travers de son expérience
d'ensemble qu'ils ont à situer leur propre cheminement.
Elle est la leur, il faut seulement qu'ils se donnent les moyens
d' y prendre toute leur place...
"Le chêne et le roseau": la massue de l'Etat n'abat
pas la flexible G.P.
L'occasion d'un élargissement de "point de vue",
de celui de l'usine, à celui de la société
politique dans son ensemble, se présente le 27 mai 1970,
à l'occasion des procès Le Dantec et Le Bris, à
Paris. Ils sont emprisonnés depuis déjà plusieurs
mois. Pour des directeurs de journaux,
c'est une première, en France, depuis des lustres. D'autant
que La Cause du Peuple, objet de saisies systématiques
au numéro, qui dopent l'enthousiasme des équipes
de "diffuseurs musclés", des "intellos"
mobilisés pour cette "cause juste" comme Sartre,
Simone de Beauvoir et bien d'autres, narguant la police sur les
grands boulevards, La Cause du Peuple brandie, sur le thème
"arrêtez-moi et je fais un malheur!", n'est toujours
pas interdite!
Rebelles, à leur tour, c'est une révolution, aux
injonctions on ne peut plus explicites du pouvoir, les magistrats
refuseront d'ailleurs, jusqu'au bout, et au cours du procès
lui-même, de prendre une telle mesure d'interdiction contre
un journal dont l'essentiel de la diffusion continue par réseaux
clandestins d'usine ou d'ateliers,
Le 27 mai sera chaud. Nous l'avons annoncé. On nous a crus.
A Paris, la saturation de la capitale en effectifs de police,
la peur de la brutalité des CRS, revenue au rythme des
"ratonnades" , et quelques erreurs d'organisation "politico-militaire",
enfin, se conjugueront pour un résultat seulement "moyen".
Quelques bonnes heures d'émeutes de niveau 4, sur une échelle
de 10, pas plus. C'est dans les grandes métropoles universitaires
de province, Grenoble, "capitale des maos", et Toulouse,
avant tout, que les choses vont prendre de réelles proportions.
Mais Marseille n'est pas en reste. Ni CODER, où "Marcel",
cohérent, ramène toujours la cuiller touiller la
bouillabaisse sur le même feu - où elle doit mijoter,
longtemps...
Une journée locale de résistance y prend donc la
forme d'un défilé dans le quartier de l'usine. Musclé.
Armés de drapeaux - aux gros manches de bois dur - une
centaine de maos attendent sans mollir l'inévitable débarquement
des flics. Ils accourent...Mais ce sont les copains qui chargent.Trois
policiers à l'hopital.
A l'intérieur de CODER, 5OO exemplaires du tract du jour
sont diffusés en interne par un réseau d'une douzaine
de militants ouvriers, qui se sont levés dès 5 heures
du matin pour les plier soigneusement. On doit pouvoir lire le
titre dès qu'on l'a en main. Chaque membre du réseau
en a 50 en poche. Et chacun a son truc."Hé, les gars,
j'ai le tract des maos...- Tu as le tract des maos? - Je l'ai
donné à X...Je vais le lui demander. - Je reviens,
et: "Tiens!, il me l'a redonné, tu me le rendras...Mais
"les gars ne rendent jamais un tract des maos."
La "guerre de partisans" s'étend à l'intérieur
des "chiottes"
D'autres préfèrent la méthode "chiottes".
Elle n'a rient de scato, et s'inscrit dans l'histoire de la lutte
des classes, en France, comme le prouve une expérience
concrète de l'auteur, vécue dans son usine des Batignolles,
à Nantes. Au bout de quelques mois, au cours de ce printemps
70 qui fut vraiment le nôtre, on y avait muté l'
"établi", manœuvre d'atelier, au nettoyage
de ces endroits alors peu ragoûtants - dans le vain espoir
de l'écœurer. Il en fallait bien plus. Et tout à
son revers. Les métallos de l'usine, dont cette brimade
m'avaient rapproché, y compris physiquement, venaient passer
le maximum de temps dans ce lieu malodorant, pour discuter avec
le "mannequin" (manœuvre) "mao", qu'au
fond, même pour les plus ultra-CGTistes d'entre eux, ils
aimaient bien - et qui complétait consciencieusement par
des mots d'ordre tout aussi enlevés, mais d'un registre
plus varié leurs graffiti ordinaires, ("Enculé
de Septier" - un chef d'atelier, peu aimé -, arrête
de nous emmerder...Septier, pédé!Tu nous casses
les couilles).
Les plus "stals" des abonnés permanents à
la pause W.C., où ils venaient les poches pleines de revues
porno, renonçaient même, par respect pour le "mannequin
de Nanterre", à manifester leur mépris pour
l'entreprise, le groupe S.F.A.C. dans son entier, le "capitalisme
monopoliste d'Etat" dans son ensemble, et les "syndicats
ramollis", en déposant soigneusement d'épais
étrons, acrobatiquement expulsés à hauteur
de l'anus d'un homme de taille poyenne, à peine fléchi
sur les cuisses, sur le principal tuyau d'arrivée d'eau.
Mon travail s'en trouvait allégé d'autant, et j'y
étais sensible...
Dans les "chiottes" de CODER, donc, le tract "pour
la libération de LE BRIS et LE DANTEC" et contre les
saisies de La Cause du Peuple est punaisé face intérieure
de la porte...Enlevé...Remis, repunaisé! "On
n'a jamais été autant aux waters de la journée."
- Un chef: "tu pourrais pas fermer la porte?
- Un vieux: "Si je ferme la porte, je ne vois plus rien,
je ne peux pas lire. - Lire quoi? - Ben, le tract des maos."
Maurice Clavel, Charles Tillon: deux "parrains"
de haute volée
Les condamnations des deux directeurs de La Cause du Peuple, immédiatement
remplacés par un Jean-Paul Sartre enthousiaste, ravi de
jouer les paratonnerres, et désireux, de plus, de mettre
son grain de poivre dans les pages du journal, est aggravée
par l'interdiction de la Gauche prolétarienne- qui n'avait
jamais cherché à se faire, de quelque façon,
autoriser. C'est donc une "association de fait", légale,
mais non déclaréen. qui est dissoute par décret
spécial pris en conseil des ministres, le 27 mai, le matin
du procès. Nous n"en faisons pas un fromage. Ils font
ce qu'ils veulent."Le chien aboie, la caravane passe".
En 1968, déjà, l'interdiction de l'UJC-ml ne nous
avait fait ni chaud ni froid. Pas plus que celle d'une palanquée
de groupuscules en "iste" , infatigables bla-blateurs
victimes, dans la même fournée, d'un "odieux
amalgame" - à la suite de l'émeute de Flins
où ils n'étaient effectivement pour rien...Mieux,
même, elle avait libéré, sous le poids de
la peur des uns, et du refus des autres d'y céder, une
possibilité de scission - sans laquelle la Gauche prolétarienne
n'aurait pu voir le jour...
La direction du mouvement "interdit" sans avoir jamais
demandé à être "autorisé"
prend alors une décision teintée d' "esprit
guerrier". Au lieu de nous crisper dans la bravade, en nous
lançant dans une fuite en avant, aveugle, nous allons manœuvrer
comme au judo, dans ces "chutes arrières" où
ces "clés" pernicieuses où l'on absorbe
l'énergie de l'adversaire pour la retourner contre lui
(la spirale, toujours...).
La situation ayant évolué, et l'expérience
progressé, bien avant ce procès, certaines de nos
formes d'action et d'organisation sont devenues caduques.
Il faut voir plus ample et plus large. Nous devons être
moins "goulus" d'une radicalisation qui, de fait, vient
d'elle-même. Il suffit maintenant de donner de légers
coups de pouce, et d'orienter le flux sans le brusquer. On peut
se permettre de laisser mûrir davantage des mouvements portés
par une marée montante, lente, mais continue. Et le moment
est venu d'en finir avec la tentation de "forcer", par
d'illusoires raccourcis menant à des impasses.
Le ministre Raymond Marcellin nous rend finalement service.
Nous allons effectivement saisir l'occasion qu'il nous donne pour
laisser se dissoudre d'elles-mêmes des structures mortes,
des méthodes discutables ou dépassées, trop
étroites, trop rigides, et faire fleurir partout autour
de nous, jusqu'à notre périphérie lointaine,
un faisceau d'organisations autonomes, largement décentralisées.
Nous pourrons ainsi continuer la lutte, ou, mieux, lui faire franchir
divers "sauts qualitatifs", noyés dans une brume
protectrice d'elle-même condensée, et sans crier
sur tous les toits, d'un ton vantard, que "l'interdiction
, on s'en fout", qu'elle ne change rien, et que la G.P. continue,
comme avant - mais sans renoncer non plus à un seul de
nos objectifs.
Du moins est-ce la théorie, le discours, en interne.
En fait tout va changer pour que rien ne change.
Seule la structure de direction centrale, le Comité Exécutif
(C.E.), reste tel que. C'est là où le bât
blesse. Car c'est dans cette instance stratégique, aussi,
que la "gloire" acquise par l'action de nos premières
dizaines de prisonniers en grève de la faim pour le statut
politique, les grands procès, l'afflux des média
et des "grand intellectuels", célèbres
et donc "friqués", offre de pernicieuses tentations,
tandis que les portes restent soigneusement fermées à
la montée de nouveaux dirigeants de terrain, ouvriers (ou
paysans), dont de nombreux "cadres" maghrébins.
Les bras leur sont largement ouverts, dans le principe, mais en
réunion centrale de direction, non. Même chose pour
les femmes; à l'exception, hélas, de quelques "femmes
de chefs", atteintes par un syndrôme Cécilia
travesti sous un discours pseudo-"féministe",
et tentant de tirer des ficelles dans les coulisses. Le C.E. reste
un "club de mecs".
Parmi ces "nouvelles formes d'organisations autonomes",
au service d'une stratégie qui s'élargit et s'enrichit:
1. - les Comités de Lutte d'atelier sont incités
à se fondre en une Union Nationale des Comités de
Lutte d'Atelier (UNCLA)
2 - sur le "front de l'information", un nouveau magazine,
"J'Accuse", plus ouvert, et plus professionnel, va naître,
puis fusionner avec La Cause du Peuple. L'éventail s'élargit
avec la naissance de l'Agence de Presse Libération (A.P.L.),
en 1971, matrice du quotidien du même nom (1973).
L'agence, puis le journal, doivent l'essentiel à Jean-Claude
Vernier, un jeune protestant de Besançon, très jeune
militant d'un des premiers réseaux de soutien au F.L.N.
algérien sur la frontière suisse, élève-ingénieur
à l'Ecole Centrale, devenu un des tout-premiers établis
en usine, dans la Réparation Navale, à Marseille,
fin 1967, puis à Renault (lire page). Il deviendra, enfin,
le véritable fondateur de Libération...
Souriant, toujours aimable, mais d'une énergie peu commune,
et d'un caractère difficilement accessible aux caprices
des "petits chefs", fussent-ils "autorités"
de la G.P., ou des supposés "grands", il saura
se battre pour imposer l'idée de l'A.P.L., et surtout celle
du quotidien Libération - d'abord jugée "trop
audacieuse" par l'impérieux "Comité exécutif",
avant que celui-ci ne décide, par un calcul manipulateur,
stupide, d'y "parachuter" Serge July, malgré
les sanglots d'angoisse de ce petit prof d'Histoire minable, passé
par le Mouvement du 22 mars et le grand Caca de " l'affaire
de Bruay", premier "bidonnage" journalistique d'une
longue carrière(il crève d'envie de devenir le "patron"
en titre du journal, mais ne s'en sent, à juste titre,
ni digne, ni capable (lire page)...
Il est vrai que Vernier - qui continue, aujourd'hui, à
"faire du terrain", tenant des permanences anti-racistes
pour la Cimade, en compagnie de son épouse, en Seine-Saint-Denis
- n'est pas seul.
L'un des tous premiers, il est allé prendre contact, dans
un appartement plein d'enfants tapageurs, avec un homme impressionnant,
à la haute stature, au propre comme au figuré, Maurice
Clavel.
Catholique d'une ardeur brûlante, aux marges du mysticisme,
ce gaulliste révolutionnaire n'a pas passé la guerre
à donner des cours, comme Pompidou, ou à adapter
des philosophes allemands un peu ardus, comme l'auteur de ce qui
va devenir, en 1943, "L'Être et le Néant",
Jean-Paul Sartre, entièrement absorbé, dans ces
années de feu, dans ses recherches métaphysiques,
sur les rives de l'Erdre, au nord de Nantes - à deux pas
du camp des "50 otages" de Chateaubriant...
Dirigeant des maquis de l'Eure en compagnie de l'actrice Sylvia
Montfort, sa compagne, Clavel lance les jeunes "partisans"
placés sous son commandement à l'assaut de la cathédrale
de Chartres, qu'ils libèrent ensemble, l'arme au poing.
Sur le parvis encore zébré de traces de balles de
mitrailleuse lourde ou déchiqueté d'éclats
de mortier, "le grand" rend les honneurs à un
autre combattant de très haute stature, le général
de Gaulle.
Qui lui rend grâce, et lui rend hommage, à son tour.
Compagnon de la libération, Clavel ne s'endort pas sur
ses lauriers. Il n'accepte ni ors ni sinécures, devient
journaliste à Combat, s'insurge avec les jeunes barricadiers
de 1968, occupe le CNPF avec Roland Castro, Tiennot Grumbach et
Didier Truchot, de VLR, pour dénoncer l' "assassinat"
des cinq noirs africains d'Aubervilliers asphyxiés dans
la nuit par les émanations d'un mauvais poêle, chez
un "marchand de sommeil", et invite une délégation
de "Nouveaux Résistants" maos, anti-impérialistes,
anti-racistes, anti-sionistes, à venir déposer une
gerbe au Mont-Valérien en compagnie de "vieux de la
vieille" comme lui, ravis du bras d'honneur que nous faisons,
ensemble à Pompidou.
Son appel à un "soulèvement de la vie",
assorti d'une phrase sèche, coupée au montage, contre
l'"aversion" à l'égard de la Résistance
manifestée par le successeur félon du général,
puis son départ en fanfare ("Messieurs les censeurs,
bonsoir!"), a fait exploser l'audimat, sous les yeux d'un
Duhamel effaré, (pas encore chroniqueur centre-droit-centre-gauche
du Libé repenti du renégat July). A la porte de
l'usine, Clavel recevra un accueil enthousiaste des prolos de
Renault (lire page).
3 - Directeur-protecteur, et vrai animateur journalistique, aussi,
de l'A.P.L, Clavel entraîne tout un réseau de "gaullistes
historiques" à parrainer, avec lui, le Secours Rouge,
joyau de la constellation de mouvements tourbillonnants dans la
nouvelles galaxie mao.
Ce rassemblement unitaire contre la répression se structure
autour de personnalités comme Clavel, mais aussi l'ancien
"mutin de la Mer Noire" Charles Tillon, devenu un des
principaux dirigeants des métallos CGT parisiens, et du
PCF, l'un des trois membres clandestins du "triangle de direction"
du Parti, sur le territoire français occupé par
l'Allemagne, pendant la guerre, le chef d'Etat-major militaire
des Francs Tireurs et Partisans (FTP), le ministre de l'Air (communiste)
du premier gouvernement de la Libération, sous la direction
du général De Gaulle, et le député-maire
(PCF) d'Aubervilliers (93).
Le libérateur de la cathédrale de Chartres et le
chef d'état-major militaire des F.T.P. sont entourés
de personnalités comme le Révérend Père
Jean Cardonnel, un prêtre Tiers Mondiste ami de la Palestine
à la flamme indomptable, aujourd'hui dans le grand âge
et toujours sur la brèche, le porte-parole des luttes paysannes
des nouveaux "Jacquou Le Croquant" de Nantes, de Bretagne,
de l'ouest, des Vosges, de la Drôme et du Larzac, Bernard
Lambert, Michel Foucault, l'inévitable Jean-Paul Sartre,
sa Simone, et bien d'autres.
Là où les ingérences des "taupes"
trotskistes et le sectarisme bavard des "gauchistes"
sont suffisamment réprimés, le Secours Rouge rayonne
en de multiples comités locaux, à caractère
social et populaire.
Il déclenchera des luttes autonomes, non seulement contre
la répression des flics ou de la justice, mais au service
des malheureux, des pauvres, des solitaires, des sans-papiers,
des expulsés, des mal logés, des victimes d'injustices
de toute nature...
4.- Autour du Secours Rouge naîtront bientôt tout
un essaim de "Comités pour la Vérité
et la Justice" (C.V.J.). Les plus connus seront celui de
Bruay-en-Artois (lire page), celui de Saint-Laurent du Pont, près
de Grenoble, après l'incendie meurtrier d'une salle de
bal dépourvue de tout dispositif de sécurité
(142 jeunes danseurs brûlés vifs), ou celui des victimes
du talc Morhange (une "affaire du sang contaminé"
avant la lettre, touchant de petits bébés, empoisonnés).
5. - Enfin, les maos ont l'insolence - et l'imprudence - d'annoncer
au clairon la création d'une "organisation partisane
secrète", "branche armée" d'un tronc
qui, officiellement, n'apparaît plus, La Nouvelle Résistance
Populaire (N.R.P.).
Cessant de n'être qu'un sigle de couverture pour des opérations-limite,
elle commence à se structurer en une véritable organisation,
en principe clandestine, autonome - avec l'injection de cadres
ouvriers, une logistique et une "force de frappe" améliorée.
Mais si notre stratégie de "dissolution-recomposition",
style "boule de mercure", intéresse, intellectuellement,
les R.G. de Jacques Harstrich et de Philippe Massoni, puis Yves
Bertrand (lire page), chargés par le ministre de l'intérieur
d'infiltrer, de manipuler ou de liquider la G.P. , puis l'"ex-G.P."
désignée dès lors communément sous
le sigle de ce qui reste notre journal, "La Cause du Peuple",
et enfin les "maos un jour, maos toujours" d'après
la deuxième dissolution, dite "définitive",
celle des "Chrysanthèmes" (1973), elle n'interdit
nullement l'ouverture de poursuites judiciaires contre Alain Geismar.
Désigné, sans doute par erreur, comme "porte-parole"
d'une entité ni vraiment maintenue, ni complètement
détruite, on le poursuit pour un discours ronflant clamé
dans la grande salle de chauffée à blanc d'un rassemblement
unitaire, incitant à la violence au nom de "La Cause
du Peuple".
. "Monsieur le Président, Monsieur le procureur, je
ne me rendrai pas devant votre tribunal, je témoignerai
dans la rue, etc."
Spécialité de ce théoricien de la "haine
de classe" et de la "guerre civile" aux sincérités
pomymorphes et successives, converti depuis à la supériorité
de la démocratie parlementaire...par les années
Mitterrand, et devenu, dès lors, un prospère mandarin,
"inspecteur général de de l'Education Nationale",
proche de Claude Allègre et de Lionel Jospin, doublé
d'un militant zélé de la tendance Strauss-Kahn,
la plus capitaliste et pro-Israélienne à l'intérieur
du Parti Socialiste, ce vibrant laïus pouvait éventuellement
être interprété comme une incitation au lynchage
de policiers.
Fort, toujours aujourd'hui, sur les leçons de morale, mais
incapable de discipliner une frénésie sexuelle compulsive
- nous avons tout essayé, tout, pour que sa libido ne perturbe
pas trop notre activité politique, il est resté,
jusqu'à la fin, incorrigible...- ce symbole-vivant rigolard
et grassouillet monté sur de courtes pattes, qui se sait
dès lors recherché, ne prend pas la précaution
la plus élémentaire d'aller se cacher, "vieilli",
aminci, et grimé, au fond d'une quelconque province - et
pourquoi pas dans le petit cabanon sympa de "Georges le Grec",
l'aveugle de Marseille, qui aurait pu lui expliquer la musique,
et lui donner, au passage, un exemple vivant de cohérence
et de fidélité politique?
Il se trouve beau, il veut le rester. Et ne pas quitter Paris,
où se trouve son harem de "bonnes copines", facilement
fascinées par cet "homme de pouvoir", célébré
comme rebelle, rond, lisse, ventru, sensuel et rigolard. Pourtant,
dans la capitale où un dense réseau de flics le
traque, le bon "Geis", ne sert plus à grand chose.
Il n'a jamais joué un réel rôle de direction
au sein du mouvement.
Il y fonctionne plutôt comme la grosse caisse, où
le maître-tambour fait résonner ses coups tout en
l'appelant, dans son dos "B52", comme un gros bombardier
à abattre, nom de code aussi du "Président
Mao" pour les comploteurs chinois de la "bande des 4"...
Et maintenant, nous ne pouvons même plus l'exhiber comme
potiche sonore aux tribunes des meetings, ni comme pot de miel
pour attirer les mouches journalistiques au cours de conférences
de presse.
"Balancé", selon toute vraisemblance, par un
des "indics" infiltrés au sein de la direction
"secrète" de la G.P., Alain sera vite arrêté
- roulé, terrorisé, dans les tapis de luxe du somptueux
duplex d'une amie proche, connu pour des réunions que le
C.E. y tenait, ou y avait tenues...
Entre temps, la "grosse caisse" a eu juste le temps
faire retentir la musique - un peu "cirque" - de la
"campagne de contre-attaque", destinée à
démontrer que la mouvance "La Cause du Peuple"
est toujours là, et bien là - et toujours "au
service du peuple" (malgré une répression que
l'interdiction intensifie, sous les prétextes les plus
variés, aux quatre coins du territoire, et les peines de
prison qui s'accumulent...)
C'est la campagne dite de l' "été chaud":
"Pas de vacances pour les riches, des vacances pour tous
les travailleurs!".
"L'été
chaud" de La Valbarelle
Marseille y apporte sa pierre, dans le quartier, toujours, de
CODER - stratégie de concentration cohérente sur
une "zone usine"...
Dans la Cité de La Valbarelle, un projet de rénovation
du square où jouent les enfants d'ouvriers, est mis sur
pied par ceux que CODER ne peut plus appeler maintenant que "les
maos" ("ex-GP" est insolent, certes, mais lourd...).
Ce plan "au service du peuple" est dessiné sur
une petite affichette signée "Les maos et les jeunes
de Valbarelle". Elle diffusée, pour avis et critiques,
avec la "C.D.P.". Puis on passe à l'exécution.
"A la chinoise"...Déblayage, d'abord, avec le
"matos" fourni gracieusement par les habitants, pelles,
pioches, et véhicules...Heureusement, les "gens eux-mêmes"
ne se contentent pas de prêter, et de regarder faire. Nous
ne sommes pas les petites Sœurs des Pauvres. Pas plus que
SOS-Rénovation-des-squares.
"On s'y est tous mis, et maintenant, c'est propre",
raconteront plus tard, heureux, les gens de La Valbarelle..."Les
jeux qui manquaient, on a été les récupérer
dans les villas des riches"..."Récupération
prolétarienne", une très ancienne tradition
ouvrière, comme le sabotage...Butin: trois bancs, trois
balançoires, un trapèze, un filet de volley, du
sable, du ciment...
Quand les flics viennent se mêler, dans leur rôle
préféré, à la "révolution
du square", ils renforcent...une mobilisation générale
au chant des "Nouveaux Partisans" - dû au talent
de la blonde à frange Dominique Grange, déjà
citée (voir page), la plus métallique de toutes
nos "dames de fer".
"Nous som' -Les-Nouveaux-Partisans...-Francs Tireu-eurs...
- De la guerre de classe-eee...Le camp-du-peuple est notre camp...Nous-somm'-les-Nou-veaux
par-tisans...", la chanson fétiche de "La Sorcière"
dégouline en boucle, en stéréo, de très
nombreux balcons de la cité, couverts de drapeaux rouges
et de portraits de Mao, au-dessus d' arbres entièrement
encollés de "Unes" de La Cause du Peuple.
"La campagne (de l'été chaud NDLR) a donné
l'image du monde que nous voulons: du soleil et des roses pour
les pauvres", écrira plus tard le journal, dans son
numéro 28.
Ça n'a pas été vrai partout, mais, autour
de la "base-usine" de Marseille, si...
CODER: de "l'été chaud" à la douche
froide. Le capital se met en grève: que faire? -
Autour du fabricant de citernes, dans la "zone-usine"
qui l'environne, et dans une large frange de la classe ouvrière
marseillaise, un travail solide a commencé. Une méthode
fonctionne.
Mais la vie n'est pas un chemin tranquille, pavé de pétales
de roses, sur fond de drapeaux rouges.
Les dirigeants de CODER commencent à fatiguer.
La fusion, envisagée, avec leur principal concurrent, Titan-Frangeco,
rencontre, annoncent-ils, des difficultés "inattendues".
Il faudrait des investissements, lourds pour un plan de modernisation
des vétustes installations de l'usine de Marseille. Investir?
Dans un établissement où une sage C.G.T., qui semblait
"tenir les choses en main", se fait ripoliner à
la peinture (jaune), puis semble elle-même progressivement
contaminée par le virus "mao"? - Dans une usine
où les 30 premiers licenciements de la "modernisation"
, touchant, comme par hasard, une bande identifiée de 30
"irréductibles", ont entraîné (voir
page) le sabotage de 30 grosses citernes? Ça n'est plus
évident du tout!
En fait, le schéma se répétera partout où
la "résistance prolétarienne", ravivée
par les maos, remporte de premiers succès contre l'intensification
de la productivité par la pression sur les cadences, au
lieu d'une politique d'avenir plaçant des capitaux dans
la formation de la "ressource humaine" conçue
non comme un "coût", mais comme une richesse,
à des technologies nouvelles en progrès continu,
c'est la politique de désindustrialisation et de délocalisation
du capital qui se dessine, avant celle du travail.
Elle esquisse déjà ce qui va devenir la stratégie
politico-financière des années 80 - "Vive la
Crise" - sous le nom de "modernisation, inéluctable".
Avant même les débuts de la phase suivante, tout
aussi délibérément politique, dite "mondialisation,
inéluctable"...
Dans ces conditions, après l' "été chaud",
c'est la douche froide.
Dès la rentrée, des bruits de dépôt
de bilan de CODER commencent à circuler..."Un trou
de plusieurs milliards..."
Le 26 octobre, les maos crèvent l'abcès. "On
veut savoir"...Tract, appel à un rassemblement de
masse devant la porte, arrivée des flics, bagarre.Ce sont
maintenant cinq ouvriers maos de l'usine qui prennent successivement
la parole. Ils entraînent plusieurs centaines d'ouvriers
vers les locaux de la direction. Mais la maîtrise et la
C.G.T. fond barrage. Nouvelle bagarre. Mais ce sont là
les ouvriers maos qui font l'essentiel. La plupart des travailleurs
de base se contentent de regarder, approbateurs, sur le principe,
mais attentistes, ou se contentant (selon la CDP 33, 8 janvier
1971), de frapper "tel chef ou tel gardien à la dérobée,
pour ne pas être reconnu"...
Le contexte change, en profondeur. Les ouvriers se posent beaucoup
de nouvelles questions.
Il est temps d'y chercher des réponses.
A ne pas le faire, plus rien n'avance.
CODER est placée sous le contrôle de la Chambre de
Commerce, fief de la famille Rastoin, et la gestion courante confiée
à un juge curateur.
Bientôt surviennent les premières baisses de la charge
de travail, avec réductions d'horaire et pertes sur le
boni. A la chaudronnerie, cette situation entraîne une érosion
"à la tête du client" sur le bulletin de
paye. Les travailleurs inventent une première riposte en
auto-organisant collectivement leur propre rotation des tâches
pour encaisser de façon au moins égalitaire les
pertes de salaire - sans demander l'autorisation de la hiérarchie,
mise hors circuit.
Parallèlement, des débrayages "sauvages"
éclatent d'un atelier à l'autre.
Début décembre, les maos réunissent, à
l'intérieur de l'usine, une vingtaine d'ouvriers pour une
discussion sur la stratégie à suivre. "Camarades,
commente la CGT, il y a ici un groupe d'ouvriers qui veut que
l'usine ferme".
Les maos sortent du piège avec un tract "Travailler
à CODER: Oui! Crever de faim: Non!" .Il remporte un
franc succès. L'initiative repart, avec des cortèges
d'atelier de 500 ouvriers vers les "grands bureaux"
des étages - où les cadres, effrayés, choisissent
alors eux-mêmes de s'enfermer...Auto-séquestration,
un pas vers l'auto-gestion: du neuf.
La CGT finit par appeler à une grève. Elle va durer
une semaine. Les maos de l'usine vont y multiplier les initiatives.
Ils diffusent maintenant quelque 150 exemplaires de La Cause du
Peuple, entièrement en interne. L'occasion de "populariser"
l'idée de lutte violente contre la menace de fermeture,
apparemment mieux adaptée au nouveau contexte de CODER,
la récession, que la seule grève, passive...
Le 22 octobre 1970, à l'occasion du procès Geismar,
à Paris, les Marseillais feront tout pour démontrer
à leurs amis de CODER, et à la ville entière,
que le mouvement ne se laisse abattre, ni autour de CODER, sa
base locale, ni par l'arrestation, à Paris de leur porte-parole
- bientôt suivie par une condamnation à 18 mois ferme.
Au moment même où, dans les rues d'un Quartier latin
littéralement saturé de CRS et de civils à
matraques, nous lançons une colonne de choc dirigée
par les "prolos" de Renault, à l'assaut de cars
des redoutables "brigades spéciales", incendiés
au cocktail-molotov (lire page), "Marcel", Claude et
les autres refont le "coup du commissariat" - réservant
leur faveur, cette fois, à celui de La Castellane.
Une éclaircie. Mais le climat reste pesant. Et CODER, tétanisée
par la menace de chômage, restera largement extérieure
au "printemps ouvrier de 1971" porté, autour
de Renault et de Berliet à Lyon par des usines d'O.S. travaillant
à la chaîne (lire page) . Là-bas, dans des
secteurs que n'a pas encore réellement touchés la
politique de récession amorcée dans le textile et
les mines du nord, puis de Lorraine (Faulquemont), la sidérurgie
de la vallée de la Fensch (de Wendel), et désormais,
à CODER, la priorité reste le combat contre les
cadences, les petits-chefs, et toute l'organisation "taylorienne"
du travail.
Il faudra attendre le terrible accident de l'ouvrier Sopazian
(voir page), pour que les maos reprennent l'initiative, avec la
création du premier GOAF marseillais. Puis le 6 juin 1972
pour qu'un nouveau conflit d'ensemble soulève l'usine.
Encore a-t-il fallu pour cela une série de provocations,
peut-être délibérées, d'un ingénieur.
Il retire l'équivalent d'une heure, sur leur fiche de paye,
aux ouvriers d'un chantier qui ont arrêté de bosser
à 16H 55 et non 17hoo - ayant fini leur travail.
Une semaine plus tard, le 13, il agresse des ouvriers qui mangeaient
sur le tas, autour d'un brasero après avoir déposés,
à leur arrivée, leurs sacs, blousons etc. dans l'atelier
- tradition à CODER, où il n'y a pas de cantine,
et peu de vestiaires. Le lendemain, 14 juin, la haine du chef
est plus forte que la peur du chômage, qui vient. L'esprit
mao se réveille. Toute l'équipe exige la mutation
du malpoli dans un autre atelier, à titre de sanction.
Un groupe monte à la direction, pour l'exiger.
"Faites une grève illimitée, je m'en fous...,
répond aimablement le interlocuteur. - OK. La grève
démarre. Elle durera 26 jours, avec occupation de l'usine,
et dépôt, en prime, d'une demande augmentation de
salaire pour tout le monde...
Les 1500 ouvriers que compte toujours CODER s'en sortiront avec
100 à 120F de salaire "de rab".
Entre temps, une bonne partie de la "bande mao" s'est
investie dans la C.G.T. de l'usine, où elle pèse
d'un poids croissant. Les militants de CODER bousculent ainsi
joyeusement les dogmes militants de l'époque - qui est
encore à la création de "Comités de
Lutte", partout, sur une base très "antisyndicale".
Ils n'en enverront pas moins un porte-parole à un "stage
préparatoire" à la création de l'Union
des Comités de Lutte d'Atelier (UNCLA), en juillet 1972.
Il se fera remonter les bretelles, après avoir révélé
que la grève, votée à la faible mais incontestable
majorité de 587 contre 399, avait été imposée,
"à l'ancienne", "sans consulter personne",
sous la menace de barres de fer, par les "barbares",
en guerre contre leur ingénieur.
"Nous avions mis de grosses chaînes aux portes et empêché
tout le monde de sortir: ni café, ni cigarettes...A ceux
qui rouspétaient, on a dit: "c'est le vote".
Au bout de deux heures, on s'est rendu compte qu'on avait un peu
charrié, on a laissé sortir..."
Evoquée dans un texte signé "Marc Jarrel"
(publié, en 1974, sous le titre "Eléments pour
une histoire de la Gauche prolétarienne" (Cinq ans
d'intervention en milieu ouvrier), aux éditions NBE (France
1), cette "prise de pouvoir" brutale
de la sensibilité "prolétarienne radicale"
survient dans un moment où "Marcel",
confronté, d'un côté, à des difficultés
personnelles, reflet d'un certain épuisement d'une forme
de militantisme forcené, subit l'influence démoralisante
d'un C.E. de l' "ex-GP" lui-même en pleine déprime.
Depuis l'assassinat de Pierre Overney,
en février, les "grands chefs", ou ce qu'il en
reste, ne sont obnubilés que par la question de savoir
comment fermer boutique sans se faire casser la gueule par les
militants décidés à "venger Pierrot",
comme "Mao le Vengeur", à Dunkerque, avait riposté
à l'"assassinat" de l'ouvrier Francis, ou le
GOAF Coder à celui du vieux Sopazian...
Se posant des questions compliquées sur la démocratie
ouvrière - qu'il y a évidemment matière à
renforcer à CODER - "Marcel" prend la décision,
un peu désespérée, mais courageuse, d'aller
s' "établir", seul, sur les dangereux chantiers
de la Solmer, à Fos sur Mer.
Car la politique de récession, déjà bien
amorcée avant même l'élection de Giscard,
en 1974, qui l'accélère, le premier gouvernement
Barre, en 1976, qui enfonce le clou, et Mitterrand-Fabius, à
partit de 1984, qui terminent le travail, c'est aussi la fermeture
progressive des immenses complexes sidérurgiques De Wendel,
en Lorraine. La classe ouvrière locale, enrichie par l'intégration
d'une immigration notamment italienne (forte d'une profonde culture
de lutte prolétarienne), commence à poser trop de
problèmes aux anciens "maîtres de Forges".
D'autant qu'elle est travaillée, elle aussi, par les maos
(premiers Comités de Lutte dans la vallée de la
Fensch).
La stratégie des barons de l'acier c'est désormais
"la sidérurgie sur l'eau", présentée
comme "plus rentable", à distance raisonnable
de la terrible Lorraine, avec ses bastions de Longwy, aux "pays
des Trois Frontières", ou de la Fensch, sans être
trop près de turbulentes agglomérations. C'est Fos-sur-Mer,
d'un côté, et le développement d'Usinor à
Dunkerque, de l'autre.
Protégé par 150 gardes privés, armés,
le chantier de Fos, réputé "le plus dur de
France", est alors une vaste fourmilière humaine.
Sur un théâtre dantesque, fait de pistes poussiéreuses
sinuant entre les marécages, sous un soleil de plomb, l'été,
et sous les capricieuses rafales du Mistral, à tout moment,
150 entreprises différentes emploient plusieurs milliers
de travailleurs - dont un très grand nombre d'immigrés.
Tout en dirigeant toujours, mais de plus loin, des maos de Marseille
où les "intellos", comme partout, épuisés,
et comme souvent, désorientés, cherchent petit à
petit une porte de sortie honorable, tandis que les ouvriers se
rabattent progressivement vers la C.G.T., et le P.C. - et leurs
camarades arabes, vers une organisation nouvelle, indépendante,
appelée à émerger bientôt sous le sigle
M.T.A. (Mouvement des Travailleus Arabes), "Marcel"
se met au travail de tuyauteur, et se lie avec Gilbert Picca,
un délégué C.G.T. de la société
S.G.E., maître d'œuvre de l'ensemble du chantier de
FOS, renversé par un camion fonçant sur un piquet
de grève,
le 22 juin 1972. Traîné sur 50 mètres, le
syndicaliste s'en tirera, mais d'extrême-justesse, avec
une cheville fracasssée, et une double fracture du tibia.
En novembre 1972, il sera l'un des invités d'honneur du
premier congrès de l'UNCLA.
Dans une intervention pleine d'émotion, il y remerciera
"les maos de Marseille" pour le soutien qu'ils lui ont
apporté pendant la longue épreuve qui devait suivre,
pour lui, l'agression dont il avait été la victime.
A Fos comme à Dunkerque, partout où la course à
la productivité devient course à la mort, autant
que dans les secteurs en crise, où, "faute d'argent",
on n'investit plus dans la sécurité, la France bat
alors tous les records en termes d'accidents du travail. Un ouvrier
y est blessé toutes les 7 secondes, un tué toutes
les 40 minutes, soit 36 par jour, 1080 par mois, 12960 par an.
(chiffres officiels de 1971).
Mais la Solmer, à Fos, y va quand même fort.
Selon une étude patronale communiquée au Comité
d'Entreprise dans le cadre d'une évaluation comptable -
coùt des investissements de sécurité, pensions
aux veuves, amendes, etc - 400 accidents mortels sont "provisionnés"
sur 15 ans de chantier - information rendue publique dans le numéro
30 de La Cause du Peuple J'Accuse, le 30 octobre 1972.
Mais, "sur onze mois, il y en a déjà eu 20...Dont
5 dans les 10 premiers jours d'octobre"...
Après la mort de Laïd Mahfoud, un père de quatre
enfants, retrouvé la figure complètement défoncée,
et la colonne vertébrale brisée, trois mille ouvriers,
presque tous maghrébins, vont manifester au cri de "Solmer
assassin" devant la gendarmerie la plus proche. Selon ses
camarades de travail, poussé par "un chef raciste"
"à monter trop tôt sur une grue", Laïd
a fait une chute de neuf mètres - qui n'a donc rien d'un
banal accident.
Les immigrés de Fos débrayeront à 100%, le
3 septembre 1973, à l'appel du Mouvement des Travailleurs
Arabes (MTA) de Marseille, à l'occasion de la première
grève générale des travailleurs arabes jamais
organisée à l'échelle d'une région
française. (Lire la suite
dernière colonne à droite en haut de la page, accès
par CLIC ici)
|
|
-
Haine de l'islam, des musulmans et des
Arabes, campagnes racistes d'hypocrisie hystérique:
LES
VRAIS INTELLECTUELS FRANCAIS PASSENT A LA CONTRE-ATTAQUE!
ENFIN! |
| Lire en bas de page la contribution
de JP CRUSE |
|
L'AFFAIRE REDEKER...
CORAN, BIBLE, TORAH...
|
(REBELLES, "Le parti
de la banlieue",
3. Marseille, suite de la col de gauche de cette
page DEBATS)
Les ouvriers arabes
du MTA
de Marseille,
enfants des "maos"
de la G.P.,
organisent
la première
grande grève
de plus de 10 000
ouvriers immigrés,
arabes,
contre
des attentats racistes
en série,
qu'elle stoppe net!
A Marseille, avec "Marcel le Corse", le travail en
milieu arabe, "dopé" par le "coup"
du commissariat pour Keloufi, à l'écho considérable,
a ensuite continué d'un bidonville à l'autre; il s'est
prolongé par les grèves de la faim d'ouvriers immigrés
revendiquant la "carte de travail" (lire
ici)...Il s'est intensifié avec la naissance du M.T.A.
(Mouvement des Travailleurs Arabes), dans l'orbite des "maos",
dans toute la France.
C'est à Marseille que le MTA organise la première
"grève générale d'ouvriers immigrés"
jamais organisée en France- en 1973, avant Paris, et le nord...
Suivie, selon la Préfecture elle-même, par 60% des 30 000
immigrés des Bouches du Rhône - et à 100% sur les
chantiers de la Solmer, à Fos, ou à Aix en Provence, elle
a été organisée parfaitement, et en un temps record.
Elle constitue la meilleure des ripostes à une impressionnante
série d' assassinats racistes.
Preuve que ces meurtres en rafales sont bien le fait de groupes extrémistes
organisés, et pas des "faits divers" la grève
stoppe net cette impressionnante série noire. Même Le Monde
ne peut passer pareil événement sous silence. Il y consacre
une colonne, le 4 septembre 1973 - alors qu'il est, s'en souvient-on?,
très "union de la gauche" (nuance Mitterrand...).
Parfum de haine raciste à
Grasse
Tout a commencé par une grève des immigrés maghrébins
de la petite ville de Grasse, connue pour les parfums exhalés
par les fleurs et plantes odorantes qui font le charme de ses collines,
et lieu de naissance du fils d'un gardien de la paix corse et républicain,
partisan déclaré du Front Populaire dont il portait le
brassard, puis maquisard, Charles Pasqua - "terroriste" en
culotte courte de scout devenu le courrier clandestin de son "partisan"
de Papa.
A la fin des années 60, la vieille de ville de Grasse est devenu
une sorte de "quartier réservé". Dans ce "ghetto"
, les ouvriers arabes s'entassent dans des taudis répugnants
de crasse, loués au prix fort par des "marchands de sommeil",
où grouillent cafards et rats.
Mais, comme l'ont déjà montré, dans des circonstances
historiques encore bien pires, de terribles et magnifiques expériences,
du ghetto peut surgir l'union, la révolte - et l'organisation,
surtout, de la révolte...
Solidement structurés, les ouvriers maghrébins des entreprises
du bâtiment de Grasse, rejoints par les esclaves modernes de l'arboriculture
et de l'agriculture régionale, s'inscrivent dans les mouvements
en cours, dans toute la France, à l'initiative des militants
arabes de l'"ex-GP" et sous l'influence générale
des maos, pour en finir avec l'arbitraire système des contrats
- plus de travail, plus de papiers: "Mohammed, prends ta valise...".
Conformément à des textes de lois datant de 1946, mais
rarement appliqués, ils revendiquent une carte de travail. Ce
document permet au moins à l'ouvrier s'orienter vers un employeur
de son choix, et surtout d'en retrouver un, en cas de chômage,
ou d'en changer. Un premier pas...
Les grévistes de Grasse ont distribué un premier tract
dès le 11 juin dans la vieille ville, hors de tout encadrement
syndical. Ils y demandent "la régularisation de tous les
sans-papiers", innombrables dans l'arboriculture, et formulent
aussi des revendications en matière de salaire et de logement.
Leur avant-garde est composée de 400 ouvriers du bâtiment
qui ont eu l'insolence d'aller déposer leurs demandes, en groupe,
à la mairie, au cri de "Liberté, Egalité,
Fraternité" - devise inscrite au fronton de l'édifice.
Cette impudence républicaine a déclenché, contre
eux, une violente réaction du maire, De Fontmichel (droite antigaulliste,
ancien de l' "Algérie française"). Les pompiers
municipaux, réquisitionnés, refoulent les ouvriers arabes
à la lance à incendie.
Mais ces hommes pleins de dignité et de détermination
reviennent l'après-midi même, au même endroit. Cette
fois, ce sont les gardes mobiles qui se jettent sur eux, et les poursuivant,
pour les tabasser un par un, jusque dans les cours d'immeubles.
Certains de ces gendarmes sont eux-mêmes travaillés au
corps par de petits réseaux racistes. Ils se livrent à
des exactions, fascistes. Des immigrés tombés entre leurs
mains sont brûlés au briquet.
- Ordre Nouveau:"Non à l'immigration
sauvage!"
La Ligue trotskiste
piégée -
Dans cette région où les pieds-noirs sont en grand nombre,
une houle de haine se déchaîné, effrayante. "Les
Arabes vont venir enlever nos gosses à la sortie de l'école..."
Les "ratonnades" se succèdent de jour comme de nuit,
et les fascistes d'Ordre Nouveau, le parti, légal, des héritiers
de Mussolini, Longuet, Madelin et Devedjian, commencent une campagne
"Non à l'immigration sauvage".
Elle va s'étendre à tout le pays, débouchant sur
l'appel à un grand meeting à Paris, le 21 juin 1973. Cette
initiative entraîne une vigoureuse réaction des maos, poussant
devant eux la malheureuse Ligue Communiste de Krivine - déjà
presque exclusivement composée de "petits-blancs" se
proclamant anti-racistes, mais peu présents sur le terrain de
l'immigration.
En perte de vitesse dans la jeunesse parisienne, où les maos
sont devenus hégémoniques, la Ligue de l' honnête
Recanati, traînant à ses basques le rusé petit Goupil
- aujourd'hui "Bushiste d'extrême-gauche"... - se croit
obligée de surenchérir sur le terrain militaire.
A son tour, et de façon excessivement ostentatoire, elle se résout
à former des colonnes de lanceurs de cocktail-molotov, qui assaillent
Ordre Nouveau, bravement. Elles sont flanquées par les maos,
noyés dans la foule - tout aussi efficaces, mais plus discrets.
Les CRS sont venus protéger les fascistes sur décision
du ministre de l'intérieur Marcellin bravant l'avis du premier
ministre gaulliste Chaban-Delmas, déjà très isolé
dans l'entourage de Pompidou. Ils doivent reculer plusieurs fois, devant
les charges successives, furieuses, de combattants antifascistes déchaînés,
commencées à l'artillerie légère (cocktails)
et terminées au corps à corps (barres de fer). L'impulsion
décisive est donnée par nos jeunes gars de Renault, d'Issy-les-Moulineaux,
ou de la banlieiue nord (Chausson Gennevilliers, Unic etc).
La Ligue est alors interdite, à son tour.
Au même moment, à Grasse, un "Comité de Vigilance"
(anti-immigrés) prépare une manifestation de masse, avec
un vrai risque de lynchages de style Setif (en mai 1945). L'atmosphère
qui règne dans la ville commence à ressembler à
celle des "pogrom" anti-juifs, sous le régime tsariste,
ou de l' "épuration ethnique" de 1948, anti-arabe,
fondatrice de l'Etat d'Israël.
Mais le dangereux "front uni" (fasciste) qui se met en place
est brisé par le refus des petits commerçants contestataires
du CID-UNATI de l'ancien ouvrier du bâtiment devenu patron de
café Gérard Nicoud, que les maos de Grenoble ont eu l'excellente
idée de soutenir dans leurs affrontements contre les C.R.S. autour
de leur fief de La Tour du Pin (Rhône-Alpes), alors que la Go-gauche
et ses domestiques d' "extrême-gauche" les insultait
en les traitant de "poujadistes"...Petits patrons de café,
restaurateurs endettés, épiciers, ces tout petits travailleurs
indépendants, ruinés par la prolifération des grandes
surfaces, qui cassent les prix, ont lu La Cause du Peuple, seul organe
de presse à comprendre la dimension anticapitaliste de leur étonnante
rébellion. Ils en ont retenu quelque chose, et refusent, donc,
à Grasse, d'aller "casser du bougnoule"...
Une des associations de rapatriés de la cité des parfums
rallie la position des partisans de Nicoud - tous les "pieds-noirs"
ne sont pas des fachos. Le pire est évité. De justesse.
Mais le préfet de la République ne fait pas son boulot.
L'Etat protége les "ratonneurs racistes".
La "grève arabe" s'étiole, et des milliers
d'immigrés fuient la ville - préférant perdre tout
travail, que perdre la vie.
Et c'est à ce moment qu' une nouvelle
vague se lève, à Marseille, où la déferlante
"brune" partie de Grasse, et gagnant Nice, puis Toulon,
a trouvé une brèche.
Le 25 aout, un conducteur de bus, Emile Gerlache, est sauvagement assassiné
par un malade mental algérien - lui-même lynché
sur le champ après avoir blessé plusieurs passagers, dans
une crise de démence.
"Nous en avons assez! Assez des voleurs algériens, assez
des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens,
assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens,
assez des violeurs algériens, assez des proxénètes
algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs
algériens!, écrit - si on doit appeler cela écrire
- l'éditorialiste phocéen Gabriel Domenech, le lendemain
même, dimanche 26 aout, en première page du deuxième
quotidien de la ville, Le Méridional - rival, en théorie,
du Provençal du maire socialiste Gaston Defferre, mais où
l'influente et richissime bourgeoisie de gauche de la grande métropole
portuaire possède aussi des intérêts...
"Nous en avons assez, poursuit le "journaliste",
de cette immigration sauvage qui amène dans notre pays toute
une racaille venue d'Outre-Méditerranée..."
"Racaille..."
"Racaille"...Le mot ne date
pas de 2005, sur la dalle d'Argenteuil..
Et, hier comme aujourd'hui, les mots entraînent des actes.
Le jour-même, tout autour de Marseille, commence une longue série
d'assassinats de la "racaille".
A l'époque, le mot désigne, chez un éditorialiste
reconnu, ayant pignon sur rue, carte de presse attribué par la
Commission de la carte, déontologie-bla-bla-bla etc., les travailleurs
immigrés en grève pour le droit à la dignité
la plus élémentaire.
Aujourd'hui, "là où le balai n'est pas passé"
(Mao), "la poussière ne s'en va pas d'elle-même",
et les enfants ou petits-enfants de cette "racaille"-là,
faite d'ouvriers durs à la peine, rejetés comme des citrons
pressés, mis au chômage, prisonniers de la déprime
ou de l'alcool plus, hélas, que pris d'ivresse mystique, sont
devenus des rebelles suicidaires, sans mots pour exprimer l' indicible
humiliation lue par les fils dans le regard des pères, porteurs
d' une infinie exigence de respect - pour leurs anciens, brisés,
comme pour eux-mêmes...
Aux source d'une aveugle violence, succédant à la résistance
organisée et bien dosée des années maos, qui offrait
la perspective d'une montée en puissance progressive, et d'une
issue, politique, ces "sauvageons" à capuche
au langage syncopé et aux yeux vides d'espoir sont devenus la
cible d'un autre discours du "nettoyage" et de la
"racaille"...
Si devait devenir définitive
- ce qui n'est pas - la désertion politique en rase
campagne qui fut, fin 1973, quelques mois après la grève
de Grasse et ses suites marseillaises, celle de "dirigeants"
maos ayant, selon eux, consacré trop d'années de leur
vie à la défense de ces immigrés devenus les pionniers
du meilleur des combats, les fils abandonnés de tous,
même de ceux qui s'étaient portés jadis au côté
de leurs pères, subiront les provocations et l'escalade d'une
"guerre civile ethnique" savamment programmée
- devenant les "cibles", à leur tour, des
forces nouvelles, organisées, des "néocons"
de France, ou d'ailleurs, capables de bien pire que le vitupérant
Domenech et son ami Le Pen...
Mais à Marseille, Toulon,
La Ciotat ou Fos sur Mer, en cet été brûlant de
l'an 1973, la décomposition du phénomène mao, bien
avancée, n'est pas encore complète.
Le travail amorcé mi-juin 1968, à Flins, relancé
là-même un an après, poursuivi à Marseille
avec la campagne Keloufi et l' attaque du commissariat de la Halle-Puget
garde encore de sa puissance. Comme la construction d'une première
base ouvrière, à CODER - initiée par la défense
d'un ouvrier traité de "sale arabe" et violemment projeté
contre un tas de caisses, prolongée par le travail dans les bidonvilles,
l'implantation à Fos, etc.
Et tout cela va permettre une riposte exemplaire à la
campagne raciste en cours.
Cette vaste opération de guerre
civile raciale, dotée de gros moyens, se manifeste aussi par
des affiches: "Halte à l'immigration sauvage!",
"Halte à la peste brune!", "Assez! Sept algériens
violent une jeune fiille de Manosque" etc.
Dans la ville de Gaston Defferre devenue depuis celle de Jean-Claude
Gaudin, un "Comité de Défense des Marseillais",
né de l'affaire Gerlache, appelle ceux qui en ont
"assez" à descendre dans la rue.
Ils sont plusieurs centaines.
L'extrême-gauche anti-raciste légaliste appelle à
une "riposte": un rassemblement en salle réunit
2000 personnes, sous la menace d'une contre-manifestation du "Comité
de défense des Marseillaisé", réduit,
pour l'occasion, aux fascistes d'Ordre Nouveau - admirateurs et successeurs
de Madelin, Longuet et Devedjian.
A Ollioules, près de Toulon, Alexandre
C., un ancien para en liberté conditionnelle après quelques
écarts, réunit autour de lui une petite bande de jeunes
attirés par son discours sur "l'assainissement national"
par des "fours crématoires", destinés, non aux
juifs, mais aux ouvriers arabes. La maison isolée d'un immigré
est attaquée à coups de pierres, puis à coups de
feu...
Mais les bandes de jeunes du Var sont déjà largement multi-ethniques,
et les patrons du bâtiment eux-mêmes occupés à
se défendre contre les plaintes légales en prudh'ommes
engagées par les immigrés, par dizaines, pour la carte
de travail, n'ont ni le temps ni même l'envie d'aller "ratonner"...
des ouvriers - sans lesquels ils ne seraient rien, et devraient fermer
boutique!
Ailleurs, c'est pire.
Les tueries d'Arabes réalisés par de petites bandes armées
politisées préméditant soigneusement leurs assassinats
se combinent avec des attaques menées en bande organisée
contre les bidonvilles. Les baraques flambent, incendiées comme
gourbis de "blacks" par le Ku-Klux-Klan du "Deep South"...
A Fos, autour de "Marcel", la
situation n'a rien non plus d'idyllique.
Sur les chantiers de la Solmer, pas de "chasse aux arabes",
certes.
Mais les ouvriers hautement qualifiés, le plus souvent français,
se répandent en propos méprisants, sur "les Arabes"
de Fos, "des fainéants", qui "n'ont pas la même
mentalité que nous", ne "veulent rien apprendre",
et "restent sur le chantier à manier la pelle et la pioche
sans se fatiguer..."."Les patrons perdent de l'argent à
faire travailler les Arabes, c'est à cause de la politique..."
Il faut un coup d'arrêt.
La "rupture" salvatrice
survient le 1er septembre 1973. Le corps de Ladj Lounes,
un jeune algérien de 17 ans sauvagement abattu quelques jours
plus tôt (lire ici) est porté
au bateau par 2000 travailleurs arabes. Ils prennent conscience de leur
nombre, et de leur force. La veille, à La Ciotat, toute proche,
une agression raciste au cocktail molotov a déjà déclenché
une grève des maghrébins du bâtiment, et du chantier
naval. Décidée et proclamée aussitôt, le
jour des obsèques de Lounes, par les militants marseillais du
M.T.A., la "grève des immigrés" s'organise
alors à toute allure.
En 48 heures, une masse d' ouvriers arabes des Bouches du Rhône
ont approuvé l'idée. Ils se sont engagés,
ferme - malgré les conseils dissuasifs de l'Amicale des
Algériens de France, hostile aux maoistes pour des raisons
de politique intérieure algérienne, et gangrenée
par la bureaucratie comme par la corruption. La C.G.T., de son côté,
dénonce "l'aventurisme" du
M.T.A.
Aux uns comme aux autres, la réponse est cinglante.
Lundi 3 septembre 1973,
jour fixé pour la grève, de Fos (100%) à Marseille,
Aix (100%) ou La Ciotat, la "grève arabe"
est massivement suivie.
La préfecture des Bouches du Rhône, qui vient précisément
d'expulser deux activistes du M.T.A., estime l'arrêt de travail
à 60% de la main d'œuvre immigrée des Bouches-du-Rhône.
Même les boutiques des commerçants ont porte close.
Le lendemain, le mouvement s'étend à Toulon, avec un défilé,
et des délégations à la préfecture du Var,
ainsi qu'à la mairie.
"Traités de voyous ou de fainéants, d'assassins
ou de gangsters, ils répondent: "Nous sommes des travailleurs,
et pour le prouver, nous ferons grève!", commente La
Cause du Peuple J'Accuse dans son numéro 48, daté
du jeudi 13 septembre 1973.
C'est le dernier numéro. On ferme.
Notre magasine aura été, jusqu'au bout, un bon et vrai
journal.
A quelques semaines à peine de la deuxième mort
de la GP, il s'efface devant Libération - qui
se lance...
Cherif, du bidonville de La Folie (Nanterre)
aux maos de la fac,
au M.T.A, et aux ventes de "Libé", à la criée...
Dans le beau coffre en bois de son modeste
HLM d'Asnières, dans les Hauts de Seine, Cherif, ancien du M.T.A.,
aujourd'hui père de famille alternant périodes de chômage
et "petits boulots", et toujours combattant pour la Palestine,
cherche et retrouve sans peine les premiers exemplaires de Libé
pieusement conservés par cet enfant du bidonville de La Folie,
Nanterre, venu traîner autour des militants de la fac avec les
autres gamins de son âge, avant de participer à toutes
les actions des maos, dans la zone nord (Nanterre-Gennevilliers- Asnières-
Argenteuil- Puteaux-Clichy etc)...
Ces Libé, "à la fin de la grande époque",
il en achetait par "piles de 20, au kiosque", avec "les
autres copains", tous aussi fauchés que lui, pour "faire
du chiffre"...Infatigables, ils allaient ensuite les revendre à
la criée.Ils reversaient scrupuleusement chaque centime rue de
Lorraine. Comme le dit lui-même avec un doux sourire sans joie
cet homme endurci par une vie difficile, sur un parcours commencé
dans un lieu de misère devenu la source d'une rébellion
profonde et collective, toujours vibrant d'espoir, et absolument dépourvu
de toute haine, même pour "ceux qui nous ont lâchés",
"on a dû arrêter très vite".
Dès la guerre du Kippour, à l'automne 1973, Libération,
où July, mis en place à coups de pied au cul par la G.P.
mais désormais convaincu d'avoir un avenir personnel de "patron
de presse", et prêt à tout pour y parvenir, prend
ses distances avec la Palestine, en s'appuyant sur Philippe Gavi, et
bientôt sur Kravetz.
Il est loin le temps où Serge sanglotait de panique, devant Houcine
de Renault et "Pierre Victor", dans le petit local du Comité
de Lutte, à Boulogne-Billancourt. Jusqu'aux grèves des
foyers Sonacotra, il collera, pour des raisons autant commerciales que
politiques, et aussi par prudence, avec les luttes des ouvriers immigrés
sans lesquelles "son" journal ne serait pas né. Ensuite,
il ira se perdre dans un trouble flirt avec SOS-racisme, refusera de
confier la rubrique immigration à une jeune candidat prénommé
Nidam, spécialiste du raï,"parce que, selon l'expression
même d'un rédacteur en chef, trotskiste, "il risquerait
de manquer de distance avec le sujet"
(lire ici)
Boucle enfin bouclée, peu avant l'éjection, salvatrice,
de Serge July, le journal qui avait été cher au cœur
de Cherif et de ses copains du bidonville, ira jusqu'au bout de l'abjection
raciste, en relayant l'infecte campagne anti-arabe, anti-"blacks"
et anti-jeunes de banlieue dite "affaire du RER-D..."
C'est par Cherif, passé entre temps
par Marseille, en 1979-80 (où il a travaillé à
la programmation cinématoraphique d'une salle de la ville, puis
fondé, avec d'autres, la première association de défense
du cinéma d'art, d'essai et expérimental dans le Sud de
la France, avant d'acquérir la qualification de formateur aux
métiers du bâtiment), que je retrouverai la trace de Sadok
Ben Mabrouk, le dynamique porte-parole des O.S. rebelles de
Renault-Billancourt.
C'est la grève de la faim de Sadok,
en compagnie du portugais José Duarte et de Christian Riss, contre
leur licenciement à tous trois, qui allait se trouver au cœur
de la bataille où allait être assassiné notre ami
Pierrot.
C'est par Cherif enfin que je pourrai joindre "Dédé
la Couenne", d'Argenteuil, lui aussi toujours accroché
à sa banlieue, au terrain, et au combat.
L'enfant de La Folie lui-même, la
chance l'a mis sur mon chemin à l'occasion du déménagement
d'un très ancien ami commun, Jean-Paul, dit "Sergent-chef",
ancien "syndicaliste prolétarien" de la CGT Hachette,
avant 1968, membre des groupes de choc des C.V.B. et de ceux de la G.P.,
ami de longue date du couple Linhart puis de Pierre Overney, devenu
veilleur de nuit militant de la CGT-Libé, activiste d'Europalestine,
et co-fondateur du Cercle Charles Tillon d'Aubervilliers.
"Sergent-chef" avait connu Cherif à l'époque
mao-MTA, avant de tomber sur lui, plus récemment, au détour
d'une manif pour la Palestine.
A suivre par:
REBELLES
III
Le Parti du Travail
1.
Renault: l'affaire DREYFUS
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