REBELLES

L'histoire secrète des "maos" de la Gauche prolétarienne (1967-1973) - et ce qui s'ensuivit (1974-2008)

(Le livre interdit de Jean-Paul CRUSE)

- Bonnes feuilles -

II

"LE PARTI DE LA BANLIEUE"

- La "Nouvelle Résistance Populaire" naît à MARSEILLE -

 

« Nous allons attaquer le commissariat du quartier...(…) Le peuple ne tolérera plus que ces chiens viennent nous mordre…Pour un œil les deux yeux, pour une dent, toute la gueule! »


Depuis Flins 1969, "une organisation maoiste commence à exister en France". écrit La Cause du Peuple.
- "Maoiste", et non plus "marxiste-léniniste"...
Une démarche se découvre, au double sens de "s'inventer" et d' "apparaître".
Une idée s'affirme - "dans la pratique".Elle y devient "force matérielle", dans la chair vive d' une première bataille où les âmes s'éprouvent en engageant les corps dans la sèche brutalité des coups, donnés ou reçus.
Une théorie, que l'on contemple, un concept, qu'on a construit, et les voici en actes, forts. Ce que nous avions lu dans l'œil complice du peuple de Montrouge, nous le retrouvons dans la communion des gestes et des regards où se scellent nos liens avec ces ouvriers de Flins à qui nous avions fait serment, un an plus tôt, de revenir, et que nous voulons pour maîtres dans l'art de la lutte, dans le métier de la guerre.
Nous avons tenu parole.
Dans la cour-même de l'usine-bagne où chaque jour elles les humilie, nous avons corrigé les arrogants "agents de maîtrise" , jadis "cadres" ou d' "ingénieurs" - dans cette organisation du travail importée des Etats-Unis (Fordisme), où l'"ouvrier" n'est plus le créateur d'une "œuvre" de ses mains, mais le sujet d'une activité soumise, que d'autres "maîtrisent" comme ils le "maîtrisent", lui.
Au-delà, nous avons signifié à la jeunesse étudiante, où la peur développait ses ravages, qu'une force est bien née des barricades, amplifiées par les grèves.
Même s'il lui a fallu le cycle d'une année pour prendre forme.
Dès lors s'engage un processus dynamique "ininterrompu par étapes" d'action-transformation permanente.
Chaque contradiction rencontrée, analysée, au cours d'une démarche d'enquête, puis résolue au fil tranchant de la "pratique", entraîne la découverte, puis le dépassement, de la suivante - dans le tumulte d'initiatives, osées - qui, toutes, rencontrent leur épreuve de vérité, notre ordalie.
Entraînés dans une spirale ascendante de mots devenus gestes, actes, voire coups, donnés, esquivés, ou reçus, tous en tout cas faisant signes, petits humains que nous sommes, nous tournoyons au sein d'un tourbillon que nous avons choisi pour y inscrire notre nage.
Nous l'avons bien senti dans les regards qu'échangent, au cœur de la bousculade, des halètements, et du tumulte, les filles et les garçons venus risquer leurs corps unis dans la mêlée confuse des charges et contre-charges - puis dans la vive alacrité d'un repli vécu comme la seconde face d'une victoire, mouvement bien ordonné toujours dans la logique de la bataille qu'aucun ne vit comme une fuite...
Flins, donc, s'achève en plein bonheur malgré douleurs, traumatismes, et fatigue. L'intensité de notre défi s'élève, comme celui de notre impact - et nous transforme.
Et c'est donc bien une force qui naît là - une force d'action politique radicale.
Nous nous sommes donné naissance, libres.
Sans tuteurs, ni modèles. Ni financiers de l'ombre, ni mystérieux conseillers venus d'ailleurs.
Nous sommes absolument nous-mêmes.

Et nous savons du savoir le plus sûr, celui qui naît dans le souffle de l'affrontement au corps à corps, autant que de la foulée légère où nous dégageons, ensemble, notre première "unité de combat" du piège des C.R.S. et des chiens policiers, quel est le sens de la marche où nous venons, dressés pour la première fois, de faire nos premiers pas.
Dans la joie et dans la fierté, nous avons osé transgresser sans peur les limites de la "légalité bourgeoise", et, sans pudeur, celles de son pendant, le communisme institutionnalisé du P.C.F, mais aussi le "marxisme-lénnisme" rhétoriquement "purifié " par un "retour" aux "textes" où nous avons nous-mêmes, après une tentation brève, refusé d'aller devenir de jeunes vieillards moisis dans une précoce usure, et la sclérose.
Dès cet instant, nous en avons déjà fini, dans nos têtes, puisqu'aussi dans nos corps, avec tout un corpus.
Ce qu'ils appellent "marxisme", une doctrine, est daté - début du XXème siècle.
Il est aussi situé
- outil puis synthèse d'expériences d'abord russes, puis allemandes, espagnoles, italiennes, plus superficiellement françaises, dans tous les cas européennes.
Respirant au gai soleil de ce deuxième printemps de Flins, nous nous sommes libérés du poids de cette chape.
C'est une "pratique" toute autre - dans le lieu comme dans le temps - qui a produit, puis nourri, ce bond d'une pensée toute en actes que nous faisons la nôtre: "pensée mao tsetoung", maoisme.

Nous en étaient tout d'abord parvenus de très lointains échos, rumeurs et polémiques, reflets d'affrontements bien réels, mais à longue distance, de soulèvements, de guerres, et de batailles...
Ils étaient arrivés jusqu'à nos quartiers par de rares récits de voyageurs, et par l'intermédiaire de textes dont nous n'allions connaître, hélas, longtemps, que de médiocres traductions en langue de bois, pauvres en séduction et surtout réductrices.
Il s'agissait à peine de livres, mais de la transcription sous forme d'austères brochures, parfois très minces, d'exposés oraux développés par des dirigeants armés, harassés et crottés, à peine descendus de cheval, dans le fracas tout juste retombé des canonnades...
Ils exprimaient en brefs rapports condensés à la va-vite par de plus ou moins consciencieux secrétaires les toutes premières leçons d'expériences entièrement innovantes, nourries de la plus folle audace physique autant que spirituelle, passées au crible d'échecs saignants ou de victoires terribles, et forgées dans un contexte lointain, chinois, "indochinois" - asiatique.
Les maigres mais précieux écrits où nous plongeons n'ont pas été couchés sur le papier à l'intention de l'intellect sophistiqué de philosophes d'Occident - fussent-ils gens à s'interpeller eux-mêmes sur les limites et les contraintes de leur langage et de leur savoir.
Ils s'adressent à un public rustique de combattants, ouvriers ou paysans, d'officiers ou de chefs de guerre - eux-même baignant dans un contexte social, géographique, historique et culturel millénaire, à cent mille lieues du nôtre.
Mais cette pensée, lointaine dans son fond, sa forme et son lieu, sans même évoquer la question de sa langue et des particularités, lourdes de sens aussi, de son écriture, nous commençons, après l'avoir tout juste effleurée, à en approfondir le sens - dans la première boucle d'un parcours hardi, loin des anciennes balises comme des anciennes icônes, dans ce pays d'usines géantes, parfois, comme Flins, "à la campagne", que nous pouvons désormais, sans mentir, dire nôtre, au cœur du capitalisme moderne hautement développé d'un vieux pays aux fortes traditions forgées de longue et belle histoire, la France de l'après mai 68 où naît, O.V.N.I. "politico-militaire", la Gauche prolétarienne.


A partir de Flins, donc, en ce printemps 1969 qui à nos yeux ravive ce que le précédent avait eu de plus âpre, et d'essentiel, nous n'avons plus de doute - si d'aventure, l'aile de l'incertitude avait effleuré nos vingt ans intrépides...
Nous sentons clairement, sans parfaitement, peut-être, le formuler, que ce qui s'ouvre ici est une "voie", nouvelle.
Elle n'a pas l'aspect rectiligne et rassurant d'une "via" romaine - mais le dynamisme jaillissant d'une énergie liquide, fluctuante et floue, par nature, et philosophique autant que "militaire".
C'est ce que la tradition chinoise entend dans le mot Tao (ou Dao) ("voie").
Vocable dont il nous faudra des lustres pour découvrir l'assonance avec Mao...
Il y a là aussi l'idée d'un secret qui résiste, et dont le dévoilement, s'il advient, exige patience, effort, vertu et grand courage, dans le lent parcours d'une épreuve - pas si loin, osons, d'un certain mysticisme...


Nous n'aimons pas le mot "ligne". Sauf dans l'idée d'en bousculer l'ordonnance, ou mieux les équilibres.


La G.P. "n'a pas de ligne", les "ossifiés" du marxisme-léninisme "officiel" nous en feront souvent le reproche, nous accusant, dans leur jargon, de "spontanéisme". Comme si quelque chose comme la colonne de Flins pouvait "spontanément" surgir de rien, d'une humeur, d'un vertige...Comme si le dense travail sur soi, dont la décantation donne naissance au groupe uni des cent-cinquante, et la patiente préparation pratique autant que politique faite avec les ouvriers de l'usine, n'avaient pas constitué, au fil d'une année bien employée, le socle sur lequel l'événement inscrit sa trace...


"Pas de ligne", donc, non; résolument non.

Rien de figé.
Le vocable qui nous est cher est, et dont certains d'entre nous usent et abusent avec un certain snobisme, est celui d' "orientation". Nous ne "suivons" aucun tracé, surtout pas rectiligne. Nous nous voulons porteurs d'une "démarche" jamais donnée d'avance, jamais inerte, et de ce fait difficile - c'est aussi notre chance - à "saisir"...
Elle s'enrichit et se précise pas après pas.
Nous sommes un tout jeune arbre fier de sa jeune sève, mais soucieux d'aller enfouir au plus profond ses racines, et pas seulement de pousser au grand soleil.
Notre "marche" va, comme "une force qui va", dans un processus actif de découverte, et dans la fécondité d'un terreau par nature unique, la société qui est la nôtre, supérieure à nulle autre, mais différente - spécifique...


Mais que pour cette idée prenne pleinement, un mouvement "maoiste" en France doit se manifester aux quatre coins de son espace avant de s'installer dans le temps.
Ce qui est né dans le sud des Hauts de Seine, et dans une boucle des Yvelines, doit encore manifester sa capacité de combat de Tourcoing, frontière belge, au nord, aux rives de notre Méditerranée, au sud - et inscrire le texte tumultueux d'une politique nourrie d'"opérations" dans les diverses composantes, en premier, "prolétariennes", d'un peuple aux mille nuances - qui ne se limite pas grands blonds de la Beauce aux yeux clairs, comme "Julien de Flins", fussent-ils "prolos de Renault".
A ceux qui douteraient du bien fondé de l'entreprise, ou de la possibilité de faire naître, "en France", un mouvement se réclamant de pareille conception de la souveraineté du peuple et prétendant en incarner, de façon insolemment originale, le principe le plus essentiel, le plus actif, la G.P. apporte une réponse éclatante, dès l'automne 1969, à Marseille...


"Longues marches": de la "révolte anti-autoritaire"

à la "révolution prolétarienne"...


Entre temps, l'été a été consacré aux "longues marches" des jeunes lycéens qui se sont massivement intégrés à notre mouvance tourbillonnante, dans la dynamique de Montrouge, de Flins, et d'autres actions, diverses...
Ce passe-temps aride est proposé à ceux des jeunes rebelles de la "révolte anti-autoritaire" de l'après-mai prêts à aller au bout d'une démarche d' insurgés de la culture.
S'ils veulent vraiment "subvertir" l'abstrait pouvoir des "bonzes" mandarinaux d'un savoir desséché, "coupé de la vie", qui les fait "gerber" - ils n'y parviendront pas seulement par des "soulèvements" plus ou moins "anarcho-maoistes" (on commence à entendre: "mao-spontex").


Ils doivent aller un peu au-delà du "bordel" spontané-organisé dont l'énergie fait exploser l'ordre bureaucratique figé dans sa sclérose qui pétrifie et fausse l'élaboration ou la transmission d'un savoir.
Les chahuts des "bahuts" plus ou moins féconds, ou "ultra", sont ardemment "théorisés", par le gentil Christian Jambet (lire page), qui poussera le bouchon un peu loin en laissant bénir dans La Cause du Peuple, dont il est une des "autorités", des lycéens qui ont refusé de venir en aide à un responsable administratif pris d'un brutal malaise cardiaque. Au nom de la suprématie absolue du Politique, il faudrait, écrit le journal, ignorer le désarroi et la souffrance d'une "sommité" du "savoir académique", secouée, atteinte par "les masses" dans son autorité...


Il y a plus digne, et plus sérieux.


A la frange de la jeunesse en révolte porteuse d'une rébellion qui ne serait pas auto-centrée, pas autiste, nous proposons autre chose qu'une révolte brutale, aveugle, voire fascisante: une "voie".
Elle ne passe pas par la destruction de tout, la table rase.
Elle ne se situe pas non plus dans un détour (retour) dans l'assujettissement à de "bons livres", qui seraient ceux de "bons maîtres" - les nôtres - comme le font, insatiables missionnaires d'un insatiable colonialisme du savoir, les gens des "groupuscules" de l'extrême-gauche "ossifiée", trotskistes, "marxiste-léninistes" ou autres en "iste", que nous appelons, de façon méprisante, les "gauchistes"...
La "voie", la "voie", "juste", passe par un "écart" - où s'incarne le nouveau rapport "intellectuel/manuel" et "théorie/pratique" qu'ont initié l' "établissement" en entreprise - puis les premiers "détachements" au cœur des rudes "zones-usine".
A de très jeunes lycéens pleins d'enthousiasme acceptant de "descendre de son cheval pour regarder les fleurs" (Mao), en s'appuyant sur des échanges d'idées, concrets, avec "les masses fondamentales", porteuses, elles, d'un savoir d'une autre nature, jugé plus essentiel, nous proposons, donc, des "longues marches" en "zones usines" (banlieues parisiennes, nord, est), et aussi à la campagne. "Grandes" (durables), ou "petites" (dans les fermes, l'été).
Elles ont lieu dans les régions ouvrières, Île de France ou nord minier, pour commencer; ou dans les zones rurales dont le souci nous habite: à commencer pat l'ouest, et la région de Nantes, plus spécialement (lire page).

Mais entre temps, l'automne est là.
Il faut relancer.

Et "nationaliser", surtout, la percée du mois de juin, l'étendre à toute la France.
Un "mouvement de cadres" est donc organisé dès la fin de l'été. Ils partiront s'installer durablement, qui vers Nantes-Saint-Nazaire, qui dans la dure "région stratégique" de Sochaux-Montbéliard (Voloch, Cohen...), qui en Lorraine...D'autres vont donner des "coups de main" (le mot est à prendre dans son sens le plus littéral) - qui peuvent rester ponctuels...


"Coup pour coup".
Abd-el-Kader Keloufi, militant de Roubaix, expulsé!
Riposte par l'attaque et l'incendie du commissariat Marseille, où il transite


Cinq mois après sa concentration-dispersion éclair, sur le modèle "guerillero" de la boule de mercure, qui éclate en centaines de petites boulettes, glissantes, insaisissables, dès qu'on la presse entre ses doigts, puis se rassemble et reprend d'elle-même sa forme, quand on relâche, la "colonne des "150" de Flins 1969, fondatrice, semble s'être dissoute dans le paysage...Elle a brisé un formidable encerclement policier, sur les collines enchantées de Mantes-la-Jolie, aux abords de l'usine Renault, nichées dans leur boucle de la Seine, où s'était noyé notre premier mort.
Evaporée à Flins, donc, théâtre de la "résistance prolétarienne" de juin 1968, moment inaugural la colonne semble rejaillir comme un diable de sa boîte, cinq mois et deux jours exactement après le coup de tonnerre, fondateur, à l'autre bout du territoire - à Marseille, à l’automne.
Transférant une toute jeune technologie "politico-militaire" à nos camarades du midi, deux des meilleurs cadres du jeune mouvement, "A"., le maigre mélancolique au long pif disgracieux précocement rougi par le picrate autant que par les coups, et T., le "petit gros au groin", sanglier chargeant toujours en ligne droite que seule une cartouche pour gros gibier genre "Brenneke" pourrait stopper sont "descendus" de Paris pour y organiser l'attaque du commissariat de police de la rue Halle-Puget, le 19 novembre 1969.
Suivant leur "panache blanc", cette nouvelle "colonne d'assaut" est, elle, intégralement marseillaise.
L'assaut est mené, en plein jour, « à force ouverte », par un groupe de cent combattants locaux, dont de jeunes ouvriers immigrés expulsables sur le champ, en cas d'échec, et qui le savent.

Le commando d'assaut comprend plusieurs jeunes femmes - pour certaines, "établies" en usine. Tous ou presque sont équipés de barres de fer, et de cocktail molotov…
S'y révèle un "élément de choc", "Marcel", un corse sobre et sombre au courage magnifique, et resté, jusqu'au bout, ce n'est pas si fréquent, des plus modestes. (Il a fallu sa demande pressante, fondée sur une contrainte professionnelle, pour que ne soient pas donnés ici, en clair, son identité réelle. C'est un regret.)  


C'est à cette occasion qu'apparaît, pour la première fois, une nouvelle signature - la "Nouvelle Résistance Populaire" ("N.R.P."), simple cache-sexe de certaines "opérations spéciales":
- "Mercredi 19, à 18h45, écrit la N.R.P. dans La Cause du Peuple, "une centaine de manifestants portant des drapeaux rouges ont attaqué le commissariat de quartier, à Marseille, rue Halle Puget.
"En marchant vers le commissariat, ils diffusaient un tract:
"Nous allons attaquer le commissariat du quartier. Pourquoi? Parce que les flics sont les chiens de garde des patrons, qu'ils nous obligent à vivre dans la merde. Parce qu'à chaque fois qu'on relève la tête, ils sont là pour matraquer, pour expulser, comme ils l'ont fait récemment pour le révolutionnaire Keloufi.
Le peuple ne tolérera plus que ces chiens essaient de nous mordre. Pour un œil, les deux yeux, et pour une dent, toute la gueule".


Arrivés devant le commissariat, les militants bloquent calmement les deux portes. Pour le faire, ils choisissent un moyen très simple: ils y balancent - c'est dissuasif...- une volée de cocktail-molotov.
Il leur en reste assez pour en jeter à l'intérieur d'une voiture de patrouille, garée, et vide, et de deux fourgons, dont les vitres ont d'abord été méthodiquement brisées à coups de gourdin.
Puis la manif repart comme elle était venue, au cri de "Vive la Nouvelle Résistance Populaire".
Une photo des restes calcinés de la 404 beak de patrouille immatriculée 1595 VG 13, véhicule ordinaire des rondes de "maîtres-chiens" solidement armés chargés de faire la chasse aux immigrés "suspects" dans les rues de la ville, illustrera, cinq jours plus tard, le mercredi 10 décembre, une double page du numéro 14 de La Cause du Peuple. Titre:"La Nouvelle Résistance". Sous-titre: "Nous vengerons Kader et Driss".


"Nous sommes les nouveaux partisans"


Pour ceux qui n'auraient pas compris le message, la Une du journal s'orne d'une manchette claire: "Nous sommes les Nouveaux Partisans".
Un éditorial musclé y souligne que "des résistances, il y en a. Partout, dans le peuple, les ouvriers brisent les cadences, bloquent la production, séquestrent les patrons..."
Mais s'il n'y avait que les ouvriers...
Ils ne sont plus seuls:
"Les paysans pénètrent dans les préfectures et emmènent les préfets et les ministres dans les fermes..". Les "paysans en lutte" de la région de Nantes, poursuit l'éditorial, ont fait faire une "promenade de santé" au baron Olivier Guichard, hautain cacique de la Vème République.
Appuyés par un petit groupe de métallos nantais, deux-cents rebelles ruraux, de sensibilité mao, sont en effet venus "choper" ce très haut personnage, de passage.
Séquestration mobile: ils l'obligent à les accompagner à pied "visiter" la ferme d'un "paysan pauvre" - à deux kilomètres de là. Il pleut, et c'est sous une averse... de mottes d'herbes graissées de bouse de vache, que ce hiérarque du régime et sa petite suite parviennent à s'enfuir, sans gloire, quand un escadron de gendarmes mobiles charge pour "récupérer le ministre", en force. (lire page).


L'assaut contre le commissariat de Marseille riposte de façon cinglante à l'expulsion du territoire d'un militant immigré, ouvrier à La Redoute de Tourcoing, une région bien éloignée de Marseille - port par où transitent, à l'époque, tous les retours forcés vers l'Algérie.
La Gauche prolétarienne, qui réalise dès sa naissance une fulgurante percée chez les travailleurs immigrés surexploités du nord comme du midi ou de la région parisienne, démontre donc à Abd-El-Kader Keloufi, et aux courageux militants d'origine (et de nationalité) étrangère dont il devient le porte-drapeau et le symbole, que le mouvement forme un bloc.
La G.P. n'abandonne pas ses combattants.
Elle rend, comme pour le lycéen français Gilles Tautin, "coup pour coup".
Y compris quand il s'agit d'aller frapper jusqu'à un commissariat de police de Marseille, à l'autre extrémité du territoire, pour sanctionner comme elle le mérite une mesure de répression, indéfendable, effectuée dans le nord - où la mobilisation locale, amorcée, est restée, elle, insuffisante...
Abd-el-Kader, père de famille d'une quarantaine d'années, a fait l'objet d'une mesure d'expulsion "avec exécution immédiate".
Pour quelle raison?
Au cours d'une perquisition à son domicile, dans le cadre d'une "rafle" contre la G.P. du nord, active, et déjà sous pression, les policiers ont découvert deux exemplaires de La Cause du Peuple numéro 13, parue le 31 octobre 1969.
La "manchette" du journal claque: "On a raison de séquestrer les patrons!". Exemples à l'appui, avec tous les détails.
Une vague d'actions de ce genre, partie de Babcock-Atlantique, à Saint-Nazaire, et d'une (première) "vidange des bureaux" à la SFAC-Batignolles, à Nantes (lire page), commençait, en effet, à s'étendre vers le nord de la France, notamment Dunkerque (Usinor, lire page)...
Embryon fugitif de "pouvoir populaire", voire incarnation symbolique de la "dictature du prolétariat", cette dynamique de l'action ouvrière d'usine venait converger avec le travail d'agitation des "maoistes", présents, d'ailleurs, à l'intérieur de l'usine-phare des Batignolles - et, loin d'être isolés, mais au contraire parfaitement en phase, donc, avec les couches les plus activement "prolétariennes" de la société française.
Quelques ouvriers de la G.P. des Batignolles et des étudiants maoistes avaient été d'ailleurs conviés par leurs amis "paysans en lutte", connus depuis l'époque des Comités Vietnam de Base, et retrouvés aux heures les plus chaudes de mai 68, à participer à la "fête" aux allures de "tribunal du peuple " organisée à l'intention du "grand mou de La Baule", au Dresny, à Plessé...


Délit de lecture


Le journal que Keloufi avait commis le crime d'acheter, de lire, et, peut-être, de diffuser - le tout dans la plus parfaite légalité - consacrait une pleine page, la 14, à notre soutien aux Palestiniens du Fatah, initiateurs de la lutte armée pour la libération de la Palestine, alors très populaires chez les ouvriers immigrés d'origine arabe ou berbère, comme Abd-el-Kader lui-même.
La Cause du Peuple n'était nullement interdite.
A l'époque, elle ne faisait même pas encore l'objet de mesures de saisie, dès parution (lire page).
Sa possession, même en deux exemplaires, n'était pas plus illégale que sa lecture.
Même si notre journal, lu et peut-être même diffusé par l'ouvrier Keloufi, mettait aussi l'accent, crime des crimes, sur un sujet des plus "sensibles", surtout pour un homme comme Abd-el-Kader et tout son entourage: les mouvements de résistance en cours chez les 10 000 ouvriers de Citroën Javel, dans le XVème arrondissement de Paris, bastion prolétarien à 80% immigré.
Organisée autour d'un réseau de la G.P., la lutte contre les pratiques de "marchand d'esclaves" du constructeur d'automobiles y était alors en plein essor. Avec l'appui d'un syndicat maison, raciste et fascisant, un système sophistiqué de "contrats de travail", alors "légal", permettait à Citroën de renouveler, chaque année, les trois quarts de son effectif - en en renvoyant "au pays" la même proportion, et en les remplaçant par d'autres...
La Cause du Peuple saisie chez Keloufi donnait aussi les suites de l' "opération retour" à Renault-Flins, le 17 juin précédent - avec "une ambiance de débrayages permanents" aux quatre coins de cette immense usine, combiné à quelques premiers progrès de l'implantation maoiste dans les cités voisines.
On pouvait aussi y lire des "papiers" sur les battues "sauvages" organisées dans la région de Nantes par des équipes de paysans proches de la G.P. Ils abattaient les sangliers de grandes chasses privées qui saccageaient régulièrement leurs champs de maïs.


Immigré? Combattant!


Mais Keloufi n'était pas un "pauvre immigré malheureux et sans défense", "victime" de la police.
C'était un combattant.
Un militant ouvrier conscient, organisé, engagé, solide.
Après la saisie des deux journaux, à 5H30 du matin, les flics ne lui laissent même pas le temps d' embrasser sa jeune femme, ni ses petits enfants âgés de un an et demi et trois semaines...Ils craignent ses réactions, ou celles du voisinage.
Sous escorte renforcée, il est conduit le jour-même à Marseille, "plaque tournante des négriers français", selon La Cause du Peuple, "où la plupart des immigrés arrivent, entassés sur le pont des bateaux, pour être exploités par les capitalistes français". C'est là aussi que "la racaille policière" les ramène "pour les expulser quand ils se sont joints au combat de leurs frères de classe français".
C'est un vendredi, à l'aube, qu'a eu lieu la descente de police au domicile familial d'Abd-El Kader. Le lendemain, samedi, il était embarqué sur un navire en partance immédiate pour l'Algérie, en compagnie de trois autres frères de misère.
La riposte des copains, elle non plus, n'a pas traîné.
"Les flics se conduisent dans le peuple comme des occupants. Qu'ils prennent garde, dit un tract "annonçant la couleur" distribué dans les heures suivant immédiatement son transfert aux portes des principales usines de Marseille et sur le port. Signé "Les maoistes de la Gauche prolétarienne", il appelle la population marseillaise à renforcer "la nouvelle résistance qui naît partout aujourd'hui."
- "Les flics traitent les ouvriers comme des chiens: les ouvriers les traiteront comme des rats et les écraseront...OUVRIERS FRANÇAIS ET IMMIGRES TOUS UNIS. PATRONS, FLICS, VOUS PAIEREZ BIENTÔT TOUTES VOS DETTES."


On le voit: la G.P. n'est pas SOS-Racisme. Heureusement!
Avant de mettre à exécution ce que les R.G. ont pu interpréter, à tort, comme galéjades, rodomontades, ou menaces en l'air, les maos de Marseille n'ont pas perdu de temps.
Ils ne se sont pas attardés en plaintives jérémiades, "droits de l'hommistes" et verbalement "anti-racistes", comme la chose va devenir à la mode, vingt ans plus tard, dans le vide laissé par la liquidation de la Gauche prolétarienne, autour de "SOS-Racisme" et de l' "extrême-gauche paillettes". `
Contrairement à l'anti-racisme de combat, prolétarien, des années 1970, l'association financée par l'Etat des trotskistes-socialistes Harlem Désir et Julien Dray n'aura jamais le moindre souci d'un ancrage de classe dans la réalité des luttes menées d'abord par les ouvriers immigrés eux-mêmes.
Son rôle est autre.
Finances Elyséennes à l'appui, SOS-Racisme se consacre, à une "dénonciation" déclamatoire des discriminations, assurant ainsi, à peu de frais, et sur le dos des "prolos" immigrés, en fait abandonnés, l'hégémonie du "Parti de la Rose au poing" sur la petite bourgeoisie intellectuelle, avec l'appui naïf de profs coupés du peuple, de paternels juristes, d'intermittents de la créativité artistique en mal de pub' et de faux-cul journalistiques, tous devenus professionnels de la bienveillance, des "valeurs" (mot importé alors de la Bourse à la Morale), et de la bonne conscience.


Loin de l'attitude paternaliste et charitable qui consisterait à agir "en faveur" des "malheureux immigrés", nos "copains" de Marseille, tôt alertée, se sont aussitôt lancée dans une campagne de mobilisation des principaux intéressés, les ouvriers immigrés du grand port et le prolétariat marseillais à la fière tradition "rouge", internationaliste, que n'a pas encore rongé, sous Mitterrand Ier, comme sous Mitterrand II - dans l'espace libéré lui aussi par l'élimination des "Maos" - le virus LePéniste...
"Vous voulez faire peur, écrit la Cause du Peuple, en s'adressant au Ministère de l'Intérieur. "A Marseille, les réactions du peuple sont là pour montrer que vous vous êtes trompés. Dès le premier jour (de la bataille pour Keloufi, élargie en campagne de dénonciation générale de la surexploitation et du racisme policier, patronal, et...municipal), 45 travailleurs du bâtiment se mettent en grève dans un chantier par solidarité avec leur camarade expulsé."
- Et il ne s'agit nullement d'une solidarité "communautariste" - comme on dit, hélas, aujourd'hui, à droite comme à gauche - et jusqu'au sein d'une soi-disant "extrême-gauche", immunisée d'office, croit-elle, de tout penchant raciste.
Faite de fraternité prolétarienne, de sentiment de classe, plutôt que d'un "antiracisme moral" désincarné, la solidarité de combat à laquelle invitent les "maoistes" n'émane pas uniquement des immigrés - en faveur d'un des leurs, expulsé.
"Sur un marché, les flics qui veulent épingler un camarade, sont écartés à coups de parapluie dans les jambes par des ménagères. Comme dit la Préfecture de police, ça devient de plus en plus difficile d'arrêter un suspect parce qu'à chaque fois les masses s'en mêlent (...)
Sur le port, prétendu bastion révisionniste (P.C.F.) un meeting réunit plus d'un millier de dockers: un tract est rédigé avec une vingtaine d'entre eux:
"Patron, tu nous réduis à la misère, mais on va te casser la gueule! "
Une douzaine de gros bras de la C.G.T. des dockers ayant tenté de "casser" le rassemblement, et cogné " une camarade qui distribue des tracts", ils sont "aussitôt ceinturés." "L'un d'eux prend un bon coup dans la gueule, on leur demande d'aller faire leur cinéma ailleurs..."


De La Redoute (Roubaix) au bidonville de Sainte-Marthe (Marseille)
"La voie de la révolte frayée par Keloufi"


"Au bidonville de Sainte-Marthe (menacé d'être rasé), poursuit La Cause du Peuple, la résistance s'organise. Des meetings se tiennent dans les cafés, les travailleurs immigrés commencent à combler les tranchées creusées par les bulldozers, une affiche contre les expulsions est faite par les habitants et collée par eux sur toutes les baraques, ainsi que des articles de la Cause du Peuple. Sur la voie de la révolte frayée par Keloufi, des centaines de travailleurs se sont engagés. La révolte ne s'expulse pas, elle ne cessera de grandir, elle balaiera le vieux monde."
Licencié de La Redoute au mois de septembre précédent, après y être devenu " un des ouvriers les plus actifs dans son atelier" bientôt repéré pour avoir organisé des luttes "contre les patrons et leur valetaille", le jeune père de famille expulsé "travaillait, depuis, dans une autre usine où il avait repris la lutte."
"Les patrons", insiste La Cause du Peuple, utilisent tous les moyens de pression à leur disposition contre les travailleurs étrangers. Ils croient pouvoir les tenir en main, les utiliser comme briseurs de grèves". Mais "Abd-el-Kader Keloufi travaillait à l'unité des travailleurs français et immigrés. Il avait raison. Les ouvriers ont raison de briser les cadences, ils sont raison de foutre en l'air la hiérarchie, ils ont raison de pourchasser les petits valets du patron. Ils ont raison de foutre le poing sur la table et le pied au cul du patron, c'est le seul langage qu'il comprenne.
C'est parce que Abd-el-Kader s'était mis au service de la révolte des ouvriers français et étrangers contre la vie d'esclave et la misère que la bourgeoisie l'a frappé..."


"Marcel Le Corse"


L'opération "Halle-Puget" fait émerger "Marcel le Corse". La décision d'en faire le nouveau "cadre-dirigeant" de la région, proposée par "A" - l'étique Don Quichotte au long pif, toujours flanqué de son "Sancho Pança", est aussitôt avalisée par l' "A.G.de bilan".
"Marcel" sera coopté, dans la foulée, au Comité Exécutif (C.E.) de la G.P. Peu loquaces, dans ce cénacle, l'un et l'autre, concis et précis dans nos interventions, et rapprochés, peut-être, par ce commun souci de ne parler que pour les autres, et pas devant on ne sait quel miroir, donc d'être, autant que nous le pouvions, concrets, et denses, nous y subissions stoïquement, assommés par trop de nuits sans sommeil, les interminables tirades à rallonge de "Jean d'Arras" ("Jean d'A", Schiavo, du nord), bourrées d'idées pétillantes hélas polluées par son ton de Savonarole prêcheur, et du cauteleux "Eusébio" ("Eusèbe", Michel Grandjean de Lyon, baratineur de première classe, devenu, comme son compère, "blé tendre" (selon la jolie métaphore utilisée dans le "judaïsme classique" pour ironiser sur les "goyim" prétendant accéder au "privilège" inouï de la conversion...).
Encore quelque peu militant, et égaré au flanc d'une vaste prairie en pente, au cours des affrontements sur le site du surgénérateur nucléaire Superphénix de Creys-Malville, en 1977, il y sera gravement blessé à une jambe, par le tir d'une grenade offensive (O.F.).


"Marcel " allait radicalement transformer les méthodes de travail marseillaises. Il remplace un militant bien en cour à Paris, respecté de tous pour sa vaillance d'autant plus exemplaire que, physiquement, c'est un très très petit format, "Toto", Toni Lévy - qui allait perdre un œil au cours d'un affrontement sur le port, avec des dockers. Devenu un brillant spécialiste des Mathématiques juives au CNRS, il semble aujourd'hui "retiré des voitures" - et peu désireux, de ce fait, de parler politique .
Avec "Marcel ", la G.P. s'oriente sur l' approfondissement de l'implantation chez les ouvriers immigrés originaires, notamment, du Maghreb (lire page).
Et elle renforce son action à l'entreprise CODER (voir page) - principale usine de la ville, où, selon l'expression d'un travailleur recueillie, deux ans plus tard à peine, un journaliste de l'Express, "la moitié des ouvriers sont "maos"... Et l'autre moitié, elle les soutient"...


Roubaix-Tourcoing: Keloufi ne s'est pas sacrifié pour rien


Entre temps, le combat de Keloufi, et la bataille menée pour le défendre, ne sont pas restés sans suite dans le nord. Deux ans après son expulsion, l'usine de La Redoute où il avait été repéré, puis licencié, s'engageait dans une longue grève. Trois autres établissements de la même société dans l'agglomération de Roubaix-Touconing suivaient le mouvement.
Touchant, donc, quatre usines du même groupe en même temps, le conflit n'était pas "une grève d'immigrés" - comme il y en eut, et magnifiques.
Touchant au cœur du plus vieux prolétariat communiste du nord, souvent issu d'une plus ancienne immigration, venue d'Europe centrale, la grève coordonnée est impulsée par les très jeunes filles de mineurs de charbon de la région. Elles constituent à La Redoute l'essentiel d'une main d'œuvre draguée par une noria de cars de ramassage dans tout le bassin houiller.
Ceux qui se levent "tôt le matin" connaissent ces convois de chair à travail qu'on voit passer sur l'autoroute, au petites heures du matin, dans un secteur où la besogneuse bourgeoisie du textile, devenue riche et "lève-tard", n'a pas encore liquidé toutes ses usines pour investir dans des "activités de rente" (immobilier, sur place; ou tourisme, loin des fumées du nord, de ses vieilles traditions ouvrières, et de ses grèves).
Vu des trottoirs, les cars paraissent vides. Enfoncées dans leurs sièges, les "gamines" dorment. Levées à 3 heures, elles passent, "tous les jours que le Bon Dieu fait", 8-9 heures à la chaîne, avant d'être ré-embarquées pour un retour à la maison vers 17 heures, en sueur et pleines de crasse.
Elles ont juste le temps de se laver, de s'occuper des courses, et du souper, d'aller s'effondrer dans un sommeil sans rêves, et de repartir "au chagrin".
Le patient travail d'Abd-el-Kader et de ses camarades - qui ont pris la relève - a fini par porter ses fruits. Elles ont acquis la force de s'arracher du cycle infernal dodo-boulot-dodo. Elles se sont rassemblées pour exiger une augmentation de salaire égalitaire: 40 centimes de l'heure pour toutes et pour tous!
Entre temps, en février 1970, à La Redoute de Roubaix, une "action de partisans" est venue "réveiller les morts", contribuant à "libérer les esprits" de l'apathie, de l'abattement et de la peur.
C'est une petite "kollabo du patron", "la Jacqueline", qui a été "ciblée".
"C'est toi l'emmerdeuse qui fait chier ls ouvriers!". Splash! Pot de peinture en pleine figure...
Les "splasheurs" ne s'endorment pas sur leurs lauriers.
Dès le lendemain, dominant la peur de se faire agresser par d'autres "chiens du patron", dénoncer à la police, et "piquer", ils diffusent systématiquement dans tous les cars de ramassage une "Cause du Peuple-Spécial Redoute". Le journal amplifie la "popularisation" de l'action. "Jacqueline, tu es verte de peur!"
Une vague de répression suit. Normal.
Mais elle ne fait que donner...un nouvel élan à la vaillante Gauche prolétarienne du nord. "Coupable ", aux yeux de flics surexcités, d'avoir distribué un tract "une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine", adaptant la célèbre métaphore de Mao au contexte créé, aussi, dans la même période, par l'incendie d'un "bureau de reconversion des Houillères", à Hénin-Liétard (nord) "sanction prolétarienne" -signée N.R.P....- d' "assassinat d'ouvriers" (la mort de 16 mineurs, au fond d'un puits de Fouquières-lez-Lens sous l'effet d'une explosion de grisou accumulé, annoncée et prévisible depuis trois jours), Bernard Vittori, une jeune assistant de faculté dynamique et chaleureux, aux yeux rieurs, ancien des C.V.B., travaillant sur le campus d'Annapes (nord), sera condamné à 3 mois de prison, comme son camarade, l'étudiant Pierre Delannoy.
Mais les poursuites engagées contre eux soulèvent une puissante mobilisation de cet important domaine universitaire, bloc de béton perdu dans une mer de champs de betteraves...Et Bernard, plus "dopé" que "cassé" deviendra par la suite l'un des piliers de notre implantation dans la vallée de la Sambre, avec Anne, sa compagne, autour de Vallourec (Aulnoye), et de la cité de Hautmont, devenues fief des "maos" et quatrième "zone d'implantation" du nord - avec Dunkerque, Lille-Roubaix-Tourcoing, et le bassin minier, autour de Bruay, notamment...


"Féministes de classe" les ouvrières de La Redoute avaient formé, elles-mêmes, un combatif piquet de grève, à l'exemple des mineurs, leurs pères, ou des métallos, leurs frères.
Sans le moindre respect pour ces femmes, ou ces (très) jeunes filles, le directeur d'une des quatre usines rebelles vient forcer en personne un de ces barrages. Il gifle une des grévistes. Un paquet de cadres, bestiaux, s'engouffrent derrière lui dans l'établissement - sous les hurlements de rage, une pluie de tomates, de fruits plus ou moins avariés, et une grêle de coups de pied...
Les filles se mettent au foot, maintenant, c'est "tendance"...


L'amour du peuple: Alain Dugrand, Anne


Il était temps qu'il fût, ce livre. Trente-six années passées..."Sous le pont Mirabeau coule la Seine..." - et nos souvenirs, bribes errantes à la surface des choses, perdus dans les flots noirs de la mémoire, ce Styx aux infernales Sirènes dont le chant les attire vers le grand fond de l'oubli...Bribes en désordre, exaspérantes...Pourquoi ceci, enfui? - Et ça, qui revient, obsédant?
"Le temps s'en va, le temps s'en va, comme cette eau courante..." - mais pas l'amour, qui dans l'Amour du Peuple, on l'a dit, on le redit, nous lia, les "Marcel" de Marseille, les "Anne" et les "Bernard" d'Haumont, les "Momo" de partout, et, par eux, les filles de La Redoute, les métallos de CODER, les "paysans en lutte" de La Chapelle sur Erdre, Fay-de- Bretagne ou Couëron, et Abd-El-Kader Keloufi, pour ne parler que de lui...
C'est ce lien, et nul autre, qui conduisit l'ami Alain Dugrand, "Dug", à me mettre sur la piste des survivants de la G.P. de Marseille, et de la "colonne Keloufi".


Jeune rebelle lyonnais, fils de Dieulefit, Drôme - terre d'anciennes et multiformes résistances...- et du prolétariat des "canuts" "Dug" est un anarcho-maoiste cultivé.
Devenu typographe au Méridional de Marseille - quotidien d'extrême-droite, rival (fictif), mais complice (réel) du Provençal de la maison Defferre - et militant de la Gauche prolétarienne, puis de "l'ex-G.P.", il va devenir devenir le premier correspondant régional de Libération, "journal des maos", dès son lancement, en 1973. Aspiré à la rédaction parisienne de ce qui devient "Libé", avec le côté "mode", il quittera, plus tard, la capitale, pour former aujourd'hui avec la belle et blonde Anne Vallaeys - dont la sœur vieillit toujours rue Béranger, à Libé, ridée, usée, mais richement mariée... - un couple d'écrivains remarquables.
Alain Dugrand s'était joint, d'enthousiasme, au Collectif Libération du 22 mars, contre les pantalonnades "néo-patronales" du Serge July de 1981 et son aplatissement honteux au pied du nouveau trône, prostituant le journal, puis l'amenant au bord de la faillite. C'est ce qui nous a liés.
Parti d'un quotidien que désormais il méprisait, c'est lui qui me mit sur les traces de Jean-Paul Riton, responsable du premier Comité Libération de la cité phocéenne, après avoir été celui de la logistique et des "planques" de la G.P. de Marseille, sous "Marcel", et dans la vie, journaliste (aujourd'hui en retraite)...


La maison des maos de Marseille, toujours là, dans sa venelle.


Jean-Paul vit toujours dans la maison de famille d'un père "figure de la Résistance", devenue le "quartier général" semi-clandestin où s'organisa l'attaque du commissariat de la Halle Puget de Marseille, parmi d'autres choses.
S'il se souvient, ô combien, de la "colonne", il ne réagit plus au nom de Keloufi. Pas plus que Claude, qu'il invite à se joindre à nous, dans la "maison des maos", nichée dans sa venelle, pour un repas fraternel. Claude, par qui, dit-il, "tu pourras remonter jusqu'à "Marcel"...
Sauf qu'il ne dit pas "Marcel", et moi non plus. Je cherche mon copain partout. J'ai perdu son "pseudo" de l'époque, après l'avoir perdu de vue, lui, il y a 20 ans...
J'étais passé le voir, en marge d'un reportage pour le Figaro-Magazine - une "pige"...
L'enquête avait pour "cible" les gitans d'une importante "tribu" vivant dans des caravanes de grand luxe, spécialisée dans le vol de statues de Jade par la méthode d'escroquerie dite "au rendez-moi". J'allais visiter une par une, à domicile, les innombrables victimes de ces imaginatifs "voyageurs" transformés en "spécialistes" de l'art chinois - vrai et faux.


Le milieu des "manouches" avait fait de moi l'un des siens, ou peu s'en faut, depuis mon premier passage en prison, dans les années G.P. - attaches ravivées par un combat commun contre la police, à Nantes, autour d'un piquet de grève de métallos, en 1972, juste après l'assassinat de "Pierrot", puis par des études journalistiques, précoces, sur le "milieu gitano-maghrebin" des frères Hornec et d'Imed Mohieddine, influents dans le milieu parisien autour de leurs bases en Seine-Saint-Denis, dans le secteur Montreuil, Fontenay-sous-Bois, Montfermeil, Clichy-sous-Bois, et principaux bénéficiaires de la mort subite du regretté "Francis Le Belge", survenue dans un P.M.U. des Champs-Elysées, d'une crise cardiaque provoquée par une ingestion brutale de plomb de gros calibre, non loin d'un bar à filles "de la couche sociale moyenne-supérieure" (comme aurait dit Mao) spécialisée dans le "traitement" des hommes politiques, dans ce quarter chic, rue François 1er...


Ces liens s'étaient encore resserrés depuis ma rencontre fortuite, source d' un livre, avec "Manu Le Gitan", voleur de voitures à 12 ans, "braqueur" de banques à 15, redresseur de torts-kidnappeur, puis "torpédo" des services secrets en marge des guerres de Yougoslavie, ami du fameux Pierre Falcone ("Angolagate") et grand admirateur, comme moi, de Jean-Charles Marchiani - à qui nous avons dédicacé, ensemble, le livre (Moi, Manu Le Gitan", par Emmanuel Caldier, préface de JP Cruse - Flammarion 2004).


Cette enquête sur les "Jade" devait mal commencer, et curieusement finir.
Ravivant des souvenirs de jeunesse, les gendarmes du coin m'avaient tendu une embuscade. Un vieil homme riche, importante victime des gitans spécialistes du vol au "rendez-moi" les avait appelés à venir se mettre en "planque", craignant que le "journaliste du Figaro-Magazine", qui avait pris rendez-vous chez lui, fût un des gitans de la bande, de retour pour solder quelques "impayés"...
Carte de presse dégainée, puis longuement, soupçonneusement et minutieusement vérifiée, et gendarmes partis, après excuses polies, ce prudent collectionneur de jades, escroqué et traumatisé à vie de l'avoir été, m'avait ensuite...confié le revolver dont il s'était armé pour attendre le (présumé) journaliste.
Il ne savait pas trop bien s'en servir, et souhaitait - intuitif... - mes conseils. Manipulant gravement son brave vieux flingue, canon pointé bien vers le bas, pour la démonstration, j'étais plié de rire. Et si ma carte de presse avait été une "vraie fausse", mais de qualité (il en existe...). Et si j'avais été, de fait, un homme de la mafia manouche des "Jade", tentant un petit coup de "revenez-y", pour voir...
Et ce n'était pas fini.
Le soir, appelant de l'hôtel une liste d'amateurs d'art, dépouillés, j'avais vécu un autre instant d'absolue poésie...
"Bonsoir Monsieur, je suis Jean-Paul Cruse, journaliste. je travaille pour le Figaro-Magazine. J'enquête sur les escroqueries au Jade, et je crois... - "Jean-Paul Cruse, Jean-Paul Cruse...On l'a connu, çui-là", coupe une voix grasseyante, agrémentée d'un fort accent du nord...
"Même qu'on devait aller lui casser la gueule, dans sa cellule"...
C'était un gardien de prison retraité, longtemps "maton" à la maison d'arrêt de Loos-les-Lille - où j'avais été "stocké" quelques temps, en 1971, après une première arrestation sur la frontière, un jour où j'avais rendez-vous, dans un café, flanqué de "Gérard de Boulogne" (ex-C.V.B., "établi" ensuite à Renault-Billancourt), avec Juliette Révillon d'Aspreval, héritière d'un des principaux actionnaires historiques de Saint-Gobain, que je ne connaissais encore que sous son nom de guerre de "Marie-Jo". Elle était en retard...


Juliette Révillon d'Aspreval, "cadre mao". Pseudo: "Marie-Jo"


Après m'avoir "serré", en refermant leurs "pinces" de métal sur mes poignets, dans une émotion du moment qui était plus la leur que la mienne, les flics, avaient tenté de me faire croire, que "Marie-Jo" m'avait "balancé"...
J'ai essayé de la retrouver pour en parler avec elle, avant d'écrire. Je voulais savoir, tout de même, pourquoi elle n'était pas venue au rendez-vous - ou très en retard...
Après avoir accueilli mon coup de fil avec chaleur, elle avait annulé définitivement tout entretien, quelques jours plus tard. Avec une explication embrouillée.
"Recentrée", selon son ex-mari, intermittent du spectacle et ancien ouvrier dont le frère travaillait comme O.S. à l'usine de chaussettes Phildar de Roubaix (marquée, à l'époque, par une belle grève), "Marie-Jo-Juliette" est restée "très proche", semble-t-il, de "Jean d'A." - "Savonarole" n'a pas changé. Ayant consenti, lui, un rendez-vous d'évaluation, pour voir où en était "Polo", puis sachant que j'étais en chasse, et ayant de solides raisons d'imaginer le ton et le fond du présent livre, il avait refusé de me communiquer les coordonnées de l' "ex-copine" que je ne connaissais que comme une brune assez commune se faisant appeler "Marie-Jo" - et sévissant dans le secteur de Roubaix-Tourcoing, comme "chef" - "cheftaine"? Il m'avait fallu trouver une solution de contournement. Juliette Révillon d'Aspreval, dite "Marie-Jo", a dû appeler "Jean d'A", entre mes deux coups de fil, pour solliciter son feu vert. Dommage...
Travaillant aujourd'hui dans le secteur social, aux franges du P.S., elle a non seulement changé de nom, gardant celui de son ouvrier de mari, dont elle avait rapidement divorcé, "balançant" (aux orties) "Révillon d'Aspreval", mais aussi de prénom, redevenant, donc, "Marie-Jo"...


Des "Bagdad" de Marseille

au "grand village arabe" des nuits de l'affaire Jobic


Ces anecdotes ne nous éloignent nullement de notre sujet. Car s'il est un endroit où l'histoire des maos s'enracine du côté des Gitans, c'est bien Marseille - au même titre que Nantes, au moins.
Dans les Bouches du Rhône et les départements voisins, c'est le travail dans les bidonvilles, les cités de transit et sur les terrains vagues où campent les caravanes des "voyageurs" de la couche sociale la plus pauvre, puisqu'il y a des classes, aussi, dans cette société des routes et de la nuit, qui a rapproché nos deux "communautés", unies par un même rêve d'amour, de poésie, d'insolence absolue et d'infinie liberté...
A Marseille, c'était l'époque "Toto" - Toni Lévy, un des frères de "Pierre", le numéro 1 de la G.P, avant l'avènement de "Marcel", donc. Les maos avaient aidé des Gitans pauvres, en pleine "mouise". Ceux-ci, fidèles à leur tradition d'honneur, qui inclut la fraternité autant que la vengeance, au sang l'une comme l'autre, leur avaient rendu la pareille.
La G.P., en difficulté avec les mastodontes de la C.G.T. des dockers, sur le port, et passablement rossée, était venue demander de l'aide au camp. "Tcha-tcha-Tchatche", explications, "négo", intérêts convergents (le port...), accord, rendez-vous matinal dans un café.
Les dockers sont dans le coin, matinaux. Mais les"manouches" sont en retard. Quand ils arrivent dans une vieille Estafette brinqueballante, ils y sont une quinzaine, tous avec des "tronches" plus effroyables les unes que les autres, balafres, cicatrices, etc., et tous armés de "lames", de "pointes", de haches ou de ces petites "serpettes", semblables à celles qu'utilisent les marchands de journaux des kiosques pour couper net les liens tendus des piles emballées - et que les jeunes Gitans manient de façon fort habile, tailladant un visage, pour seulement "marquer" - ou plus si affinités: pour la gorge, ça va aussi, très vite, et le sang gicle comme d'un tuyau de chauffage "éclaté".
On ne voyait pas les "calibres", ni d'éventuels "tromblons", (fusils à pompe), voire "kalach" (mais ces armes sont courtes, et dissimulables, facilement, sous un blouson un peu long).
Effrayé, "Toto" les avait remerciés, dans tous les sens du terme - et renvoyés, donc, à leurs guitares avec tout leur mortel bazar.


C'est aussi dans la vaste communauté polysémique et multiforme des "Bagdadine" de l'ancienne Phocée, dits ici "les Bagdad", ces gitans venus du lointain Irak, protégés, comme chrétiens, de Saddam, et nombreux dans les "réseaux parallèles" travaillant pour ses "Moukhabarat" (services secrets), que s'est planté un des rameaux de la puissante tribu des Mustafa.
Les Mustafa, Jean ("Boukhit"), Jean-Claude ("Aziz": "chéri"), et la vieille Jeanne du bazar de Barbès, "La Marraine", allaient se trouver au centre de l'affaire Jobic, en 1987-88 - un faux scandale de commissaire "ripou" utilisé pour tenter de "casser les pattes" du "petit prince de la P.J. parisienne", un jeune policier brillant et courageux, gaulliste et catholique fervent, soupçonné par les "socialistes" de l' époque flamboyante, Plenel, Le Monde Libé, le Canard Echaîné etc, de "liaisons dangereuses" dans des endroits nocturnes plus ou moins sous l'influence de la célèbre "Sécurité Militaire" (S.M.) algérienne ou d'autres "services" arabes.
Sur simples "témoignages" d'une impressionnante brochette d'indics, de maquereaux et de pauvres jeunes femmes sous contrôle, protégées aussi des gendarmes alors en guerre contre la P.J. parisienne pour une question de territoire, Yves Jobic fut poursuivi pour "proxénétisme aggravé". "Cible" d'un lynchage médiatique d'une intensité hors du commun, il allait être incarcéré quelques semaines, à grand fracas - payant, avant tout jugement, ses liens, effectivement étroits, avec certains des membres de la grande tribu Mustafa, vaste "diaspora" gitane étendant ses réseaux de Beyrouth à Paris, Bruxelles ou Londres...
Un de leurs bars, base, effectivement, de somptueuses belles de nuit brunes à la peau mate et satinée d'outre- Méditerranée, se trouvait situé dans l'immeuble même, rue de La Voûte, à Paris, dans le XII ème, où la DST, aidée, selon toute vraisemblance, par des anges, ou des fakirs de Bagdad, allait placer les micros lui permettant de piéger le réseau de porteurs de bouteilles d'arak remplies d'explosif liquide qui allait ensanglanter Paris, en 1985-86 - juste avant qu'éclate "l'affaire Jobic".
L'Irak était en guerre avec l'Iran, l'Iran avec la France (Eurodif, etc.) et les "Bagdadine" de Paris ou de Marseille, des patriotes irakiens, doublés de patriotes français, à l'écoute attentive des oracles de La Vieille Jeanne (mère de Jean-Claude et Jean, dit "Boukhit") cette gitane ridée à qui on aurait donné quatre sous, dans la rue, sans qu'elle les demande, ou qui se serait servie elle-même, "à la détourne", juge de paix des intérêts à long terme de son clan familial, et sachant lire, pas seulement dans sa boule de cristal, ou dans les cartes, dans les arcanes de la géopolitique...
Bref, la main des "Bagdad" n'avait pas été pour rien dans la chute de réseaux influencés par Téhéran dévastant d'attentats sanglants la capitale, et le jeune commissaire de la P.J., ami d'école d'un collègue de la DST, se refusait, avec beaucoup de dignité et de courage, à dévoiler aux juges, donc à la presse, le rôle joué par ses amis du monde de la nuit - qui n'auraient pas survécu longtemps, à l'époque, à la révélation de la vérité.


Toujours au cœur de notre sujet, la "guerre de l'info" autour de l' "affaire Jobic", aussi spectaculairement acquitté, réhabilité, et indemnisé, qu'il avait été jeté en pâture aux hyènes, allait donner leur deuxième élan, après la liquidation de Tramoni, aux fins réseaux "mao un jour, mao toujours", indissolubles héritiers de la G.P. de Nantes ou de Marseille, alors engagés dans une incessante "guérilla de l'information", autour de Libération, aux frontières du "grand village arabe" de la nuit parisienne du banditisme "gitano-maghrébin", du pouvoir médiatique, de la P. J. et des services secrets - dans un mondes des années 80-90 marqué par une intense et multiforme "bataille des esprits", bien au-delà de la France, où de lourds enjeux s'entrecroisent...(Sur ce sujet: "Les combines des voleurs, éditions du Rocher, 1998, JP Cruse, p 250 et suivantes).


"En planque" chez "Georges Le Grec",

vieux résistant contre le régime fasciste des colonels

rendu aveugle par la torture,

homme de confiance des maos de Marseille


Après un "établissement" à risques sur les mortels chantiers de la SOLMER, à Fos - où il avait acquis les rudiment au moins du métier de "tuyauteur" - "Marcel", quand je l'avais retrouvé, donc, une première fois, à l'époque des "Jade", du revolver, et du "maton cht'imi" à l'étonnante mémoire, - vivait en HLM à Martigues.
L'ancien dirigeant des maos de Marseille s'était reconverti comme artisan-plombier écologiste, spécialisé dans les économies d'énergie et les technologies nouvelles - après une dissolution de notre mouvement. qu'il avait, lui, jugée inévitable(comme Claude, Jean-Paul et beaucoup de mao marseillais), ...
Claude avait été sa femme, très jeune, et la mère de leur fils, avant d'aller s' "établir" - bien avant lui - à l'usine de biscottes Prior, sans que rien de tout cela empêche cette jeune Maman aussi souriante qu'énergique, aux convictions solides, de participer à l'attaque du commissariat de la Halle Puget ( organisée, se souvient-elle, "en partie au moins pour Keloufi" ). C'est elle qui me le retrouve...Et nous nous revoyons; il a grisonné, mais moins que moi, et gardé, moi aussi, le même sourire.
Le sien est franc, retenu, grave - le mien, "toujours ce drôle de petit sourire... qui en dit long sans vraiment le dire.." (Julio Iglesias).
Et c'est donc, malgré ma barbe déjà presque blanche, récente, à la lumière éclairant aussitôt nos visages, que nous nous reconnaissons, vraiment, sous une tonnelle de Provence où, en avance, et placé dans un coin, à contre-jour - une vieille manie - je suis venu l'attendre...


"Marcel" se souvient de la "planque" où il était allé me conduire, "chez le vieux Georges": un résistant grec anti-fasciste, rendu aveugle par la torture au cercle de fer, boulonné, millimètre par millimètre, en écrasant les tempes. Cet hébergement provisoire, sûr, et sympathique, lui avait été proposé par ...nommé Jean-Paul Riton! Je l'ignorais, n'ayant pas, comme on dit, "à en connaître", ignorant jusqu'à l' existence de ce garçon...
C'est "Marcel" qui m'avait guidé, sur les hauteurs de Saint-Luc, au bout d'un petit chemin de terre serpentant entre les fleurs des tonnelles...
Jean-Paul, de son côté - nous en avons parlé - croyait que la cachette demandée, pour quelques jours, était destinée à abriter "Antoine", dit "Le Maréchal", "patron" de la N.R.P. Elle ne était pas pour "Le Maréchal", mais pour un de ses "colonels": je l'ai dit à Jean-Paul, pour l' "affranchir", avant de parler de "Georges-le-Grec" (mort, depuis, il n'était pas tout jeune...).


Mais ni "Marcel le Corse", ni aucun des "ex" de la N.R.P. que je n'ai pas cessés de fréquenter depuis, et qui sont relativement nombreux, ne se souvient, de la nature exacte de la "mission" pour laquelle on avait envoyé "Philippe" (le pseudo de "Polo" à la N.R.P.) à Marseille...
Pas moyen de retrouver non plus pour quelle raison, après deux ou trois jours - magiques - passés dans la cabane fleurie du Grec, dans l'attente d'un "contact" qui se laissait désirer, j'avais été prié de "remonter" dans la capitale, requis pour une "urgence" - peut-être le "piège à indic", à monter, contre notre "Carlos" (Fofana, lire page)...


Avait-on fait "descendre" un "conseiller technique" pour "régler", en équipe, avec un groupe d'O.S. de l'usine, et à la barre de fer, le dernier compte, non soldé, ouvert à l'occasion de la mort du vieil ouvrier Sopazian, de CODER, victime d'un "accident du travail" requalifié dans toute l'usine en "assassinat d'ouvrier" (lire page).
Il me faudra longtemps après ce premier retour sur mes propres traces, à Marseille pour découvrir enfin, au détour d'un passage dans les Alpes, ce qu'il en est.
On m'avait fait venir, en fait, pour régler définitivement son compte à un agent de maîtrise nommé Colrat, jugé responsable d'un accident mortel du travail dans la base-usine numéro 1 des maos de Marseille, CODER (lire page). "Puni" une première fois, puis absent quelque temps, pour se remettre, il venait de reprendre le travail. Il avait été décidé de lui en "redonner une". Et sans que je le sache encore, n'ayant pas à l'apprendre avant l'heure, c'était à titre de "conseiller opérationnel" qu'on m'avait sollicité, le groupe ouvrier de l'usine responsable de la correction initiale, sévère, n'ayant pas besoin de substitut, ni de tuteur, mais craignant qu'à répéter, on se fasse prendre...Il fallait innover, donc.
Mais entre mon arrivée et mon départ, une simple "piqûre de rappel", par tract avait suffi. "Averti" une deuxième fois, l'homme avait pris ses cliques et ses claques, cédé devant la menace, et quitté, tout simplement, l'usine. Problème réglé, donc, à peu de frais.


CODER, Mère de la Guerre "...des pots de peinture"

au visage des "petits-chefs"violents ou racistes,

des syndicalistes corrompus, ou des "mouchards"


Avant de partir pour Fos, "Marcel" avait concentré l'essentiel des efforts sur l'implantation à CODER. On a lu (page) que ce travail de longue haleine, s'étendant sur plusieurs années, avait été marqué, avant même l'attaque du commissariat de La Halle Puget, par une autre "première", due à la créativité des militants de la G.P. marseillaise: l' "opération pot de peinture" sur un "petit chef raciste" (voir page).
Les ondes ayant pour nature de se propager, ce premier coup d' audace des Marseillais allait fouetter les imaginations, et les "opérations pot de peinture" allaient se succéder dans toute la France.
Pas pour le seul plaisir de peindre: mais parce qu'elles permettent, à peu de frais - et sans risques excessifs...- de résoudre des problèmes spécifiques.


Etude en jaune


Après Marseille (CODER), pot jaune, toujours, à Roubaix - bataille pour Keloufi. Défendant les diffuseurs d'un tract, agressés par un syndicaliste véreux, devant sa propre usine, une ouvrière, enceinte, se fait agresser par le sbire. Il ne perd rien pour attendre. Pot (jaune) sur le malpoli. "Splash!" sur le malpoli. Teinte? - mimosa (hiver 69).


Vert...de peur


Roubaix, deuxième, et Keloufi, toujours dans le paysage, avec "Jacqueline, l'emmerdeuse qui fait chier les ouvriers" à La Redoute. L' "emmerdeuse" est refaite en "vert de peur" aussi épais qu' éclatant, (février 70.)


Retour au jaune


Suit le "pot" d'UNIC à Gennevilliers (92), ciblant un "ponte" du "syndicat indépendant" (fasciste), (printemps 70, retour au jaune, lire page).


Bleu de trouille à Renault


Le même trimestre, c'est à l'azur que recourent les auteurs du "ravalement" de "la grosse vache Drouin", spécialiste des avertissements et licenciements dans "L'Île du Diable" ( l'île Seguin, à Renault-Billancourt (92): "bleu de trouille" (lire page)


Fourrure, chignon, et tout...


Ce printemps 70 est bon pour la peinture. A Jaeger-Levallois (92, encore...). Francine, une "monitrice", chargée d' "enseigner les cadences" aux ouvrières, "moucharde" à ses moments perdus, s'inquiète de la découverte, sur son bureau, d' un simple dessin sur la mésaventure, en vert, de sa consœur Jacqueline, de La Redoute.
Le 25 mars 1970, exactement, à 7H00 pile du matin, elle a beau s'en méfier, elle y passe, mais en jaune. Manteau de fourrure, chignon, tout...Toute la journée, dans tous les ateliers de l'usine, les ouvrières se passent et se repassent le tract "Francine, fais gaffe!". Il a été démocratiquement distribué par les maos-peintres, au cours de leur "travail".


Nantes préfère le rouge


Le rouge manquant - étrangement - à la liste, un rappel aux traditions survient. De Nantes, terre de l' "ordre juste". La lacune est comblée... par l'auteur de ces lignes, opérateur, personnellement, d'un "splash!" sur le titulaire de l'ingrate fonction de directeur du personnel de l'usine de fabrication de chauffe-eaux Saulnier-Duval, juste à côté des Batignolles, notre "base usine numéro 1" dans la cité de la Duchesse Anne et de Jean-Marc Ayrault, alors plutôt favorable aux maos...
La "cible" s'appelle Merel. C'est un costaud roublard, pas très aimé des ouvrières. L' "étude en rouge" a lieu à l'entrée de l'usine, à l'heure de l'embauche, au milieu de la cohue pressée.
S'étant retourné, l'idiot, en entendant courir, il prend en pleine gueule (ouverte dans un "oh!" de protestation, contreproductif...) tout le contenu d'un grand pot lancé en plein élan, à la volée - le geste auguste du "poteur"...
Il devra passer des heures à se faire écorcher le visage, qu'il a déjà rougeaud, par des infirmières - ravies... - obligées de le "décaper" au trichlore.
Il venait de sanctionner par un premier licenciement le premier mouvement autonome, animé par les maos de l'usine, et parti de la base, hors syndicats, à l''émaillerie (lire page)...


Retour au vert à "Valentine les belles peintures"


Retour au vert, en août, à Gennevilliers (92), de nouveau, dans l'usine, où s'est "établi" le cinéaste Jacques Kébadian. On y fabrique, dans des conditions de travail immondes...les peintures Valentine!...
"Michelet, le sale rat, le roi du licenciement...Un pot de peinture vert comme sa trouille et sa gueule (...) Attention: les belles peintures Valentine tiennent mieux sur la gueule des cochons que sur les murs"...


Au travail ou à domicile... - Bleu normand -


"Etude en bleu", enfin, au même moment, à la Saviem de Caen - où un mouvement gréviste mené par de très jeunes ouvriers avait allumé les premières flammèches de 68, dès janvier, .
"Chef-flic, un métier sans avenir", prophétisent les tracts diffusés en interne, dans le secteur de la Mécanique. A titre exceptionnel,"Le préfet de police de l'atelier, celui qui ne fait rien mais passe son temps à cavaler derrière nous sur ls chaînes, à noter ce qui ne lui plaît pas, et à moucharder..." n'est pas "traité" à l'intérieur de l'usine, ni à la porte, mais à la sortie de son coquet domicile, le matin...(une faveur).


Comme on l'a lu, et comme on va, si on le souhaite, le relire, les actions ponctuelles de ce type - sévèrement condamnées par les "donneurs de leçons" du "gauchisme légal" - sont le plus souvent inscrites dans le cadre d'une politique, calmement réfléchie, et rationnellement construite, de lutte "ininterrompue et par étapes".


"Aujourd'hui, la situation change dans l'usine, et y change rapidement", écrit La Cause du Peuple à propos de CODER-Marseille, dans son numéro 11 (février 1969), suivant de peu le premier pot...."Les maoistes y sont apparus au grand jour..."
Le raciste violent, précédemment dépeint (et peint...), activiste de droite, et par ailleurs...secrétaire de la CGT-CODER, " a été mis à pied, mais défendu (!) par la Fédération CGT des Métaux. Un arrangement a été trouvé, lui évitant le licenciement..."
Cet "arrangement" n'a pas plu, dans l'usine...Les maoistes de l'intérieur l'ont bien compris. Sentant l'occasion reine, et le moment venu d'émerger en force, et au grand jour, ils demandent le renfort de tout Marseille. Les militants viennent se concentrer aux abords de cette "base-usine" en construction. Ils épaulent le premier "meeting" public officiellement appelé par la Gauche prolétarienne devant la porte principale.
La participation ouvrière y est convenable, et les interventions, bien écoutées.
"Un principe doit toujours nous guider, commente La Cause du Peuple: il faut donner la parole aux ouvriers eux-mêmes, il faut libérer leur initiative, il faut soutenir sans restriction toute volonté d'action, il faut rester à l'écoute des masses et garder à l'esprit cette directive du Président Mao.: "les masses sont les véritables héros alors que nous sommes souvent d'une naïveté ridicule"...


CODER: après le pot, la grève!

- Chaudronnerie inox: victoire sur le boni


Ces "actions de partisans" ne sont pas une fin en soi.
Elles peuvent être utiles, ou pas - "justes", ou "fausses".
Critère d'évaluation: ce qui s'ensuit. Et si elles rendent possibles, ou pas, des initiatives plus larges, collectives - après avoir électrisé l'atmosphère.
La question n'est pas de savoir si ces opérations nous font "une bonne pub". De fait, neuf fois sur dix, elles le font - et améliorent notre image...
C'est ce qui se passe après qui compte - "verdict de la pratique"...
A CODER, donc, à peine cinq mois après la juste "sanction", infligée, à la peinture jaune, à l'étrange C.G.T-iste raciste, l'atmosphère et surtout les rapports de force semblent bien s'être modifiés dans les ateliers, à la base. Là où ça compte.
Le 3 juin 1969, Henri-André David, notre premier "établi" au sein de l'entreprise, réussit, pour la première fois, à lancer un conflit à l'atelier de la Chaudronnerie générale (INOX). Il démarre à l'issue d'une Assemblée générale partie de la base. Les 50 ouvriers, en grève (90% de l'effectif) demandent "l'intégration du boni dans le salaire" - donc la suppression du travail "au rendement", facteur d'intensification permanent des cadences.
Les grévistes de la Chaudronnerie élisent parmi eux deux délégués "non officiels" pour les représenter devant la direction.
Le 5, la C.G.T., où tout le monde n'a pas avalé la peinture jaune sur Monsieur le Secrétaire, ratisse tous les ateliers. Elle prétend que "les problèmes" de la Chaudronnerie "sont réglés".
La petite "grève sauvage" est isolée. Mais elle tient bon, et, le 9, la direction cède. - Pour Henri-André, et tous nos marseillais, c'est une première victoire, nette. Pour la C.G.T.-CODER, une deuxième gifle, plus retentissante, encore, au fond, que la première (le pot)...


"Patrons, c'est la guerre!"


"Patrons, c'est la guerre", titre à ce moment La Cause du Peuple - (n° 11, août 1969). L'édito, sec, n'est pas de la plume d'un de nos brillants mais fragiles "intellos". Le stylo qui le pond paraît tout petit dans les grosses pattes du blond "Julien", notre "balaize" de Flins - licencié à la suite de la "cogne" du 17 juin..."Avertissement à toute cette racaille: ils auront la guerre, puisqu'ils la cherchent..."
A titre d'illustration, complétant l' "exemple" de CODER, celui de FERODO - Amiens (un sous-traitant de l'industrie automobile).
Un chef nommé Coronado, peu apprécié, s'y est fait dérober son carnet. C'est là qu'il inscrit toutes ses observations, particulièrement sur l'action des "réseaux maoistes" , présents dès cette date, ici aussi, à l'intérieur d'une entreprise industrielle.
Les "réseaux" en question, soucieux, c'est tout à leur honneur, de transparence, reproduisent ce passage sur un tract. Il sera très lu...
La "guerre" de Ferodo ne fait que commencer.
Fin 1970, elle s'étendra aux usines normandes du groupe, concentrées autour su site rural de Condé sur Noireau, près de Caen, avec une double séquestration des plus spectaculaires, faisant suite au licenciement d'un ouvrier tranquille de près de 50 ans, Firmin, auteur d'un geste de révolte contre un "petit cadre", qui l'avait humilié (lire page)...


"Porions" traités au désherbant au Puits Barrois,

"petit Auschwitz du nord"


Mais "c'est la guerre ", aussi au pays du charbon. La lutte contre les "porions" (cheffaillons) du Puits Barrois, "petit Auschwitz du nord" se traduit par une nouvelle innovation "politico-militaire": le désherbant, généralement utilisé comme composant de l' "allumeur" de nos cocktails "Joliot-Curie", revient à sa fonction première. Il est utilisé sur les pelouse vertes, soigneusement "bichonnées" (grande tradition du nord) des chefs les plus haïs. Ils découvrent, en lettres d'herbe jaunie, sous leurs fenêtres, des avertissements, menaçants.

"Vol de masse", "acte de guerre", au Prisunic de Massy


"C'est la guerre " encore, à Massy (91), en banlieue parisienne. Là, les lycéens maoistes, dont l'influence s'étend maintenant dans la jeunesse ouvrière de cette municipalité d' "Union de la gauche", dirigée à l'époque par le socialiste Germon, organisent une opération "vol de masse" au Prisunic...
Elle suscite une large approbation de l' "union"...de la population - et scandalise, symétriquement, la-dite "gauche".


Karamé, Palestine: exemple, stratégique...


Et c'est la guerre, enfin, en Palestine...
En passe de devenir le journal de toute l'immigration arabe de France, La Cause du Peuple revient, à titre éducatif et historique, sur la victoire de Karamé, en mars 1968.
Sous l'influence de l'offensive du Têt, au Vietnam, qui bat son plein, c'est là que pour la première fois des combattants personnellement conduits par Yasser Arafat, lui-même, juché sur un deux-roues, accrochent sévèrement des chars lourds israéliens venus violer les frontières jordaniennes pour détruire un petit village devenu une base des "actions de partisans" du FATAH. Appuyés, alors, par l'artillerie locale, survoltée par leur exemple, cette poignée de combattants, armés de revolvers, de "kalach", et d'efficaces lance-roquette, a décidé de ne pas se disperser dans la nature à l'arrivée d'un ennemi supérieurement armé, comme l'auraient voulu les "règles", dogmatiquement appliquées, d'une "guerre du peuple" étudiée à l'Académie militaire de Nankin - et comme l'imaginaient sans doute les assaillants.
Retranchés dans des tranchées de fortune, creusées à la va-vite, puis dans les décombres des masures villageoises, canonnées, les très jeunes combattants du Fatah, seule force à se battre, alors, vraiment, pour la libération de la Palestine, sont galvanisés à l'idée d'être dirigés, personnellement, par celui qu'ils n'appellent pas encore "Le Vieux", "Abu Ammar" (Yasser Arafat, dont "Tsahal" veut la peau à tout prix, et qui a délibérément décidé, lui aussi, de ne pas fuir).
Ses jeunes "fedayin" formés, comme son frère de lutte Abu Jihad et lui-même, "à la chinoise" utilisent aussi des "cocktail-molotov" (les Joliot-Curie, les nôtres). Ils parviennent à "carboniser" plusieurs blindés dans les ruines du hameau dévasté, harcelant même leurs ennemis, contraints de battre en retraite, jusqu'à leur piteux retour à la frontière d'Israël.
Le Fatah, fort, à l'époque, d'à peine quelques centaines de très jeunes combattants, en perd le tiers dans cette bataille. Mais sa gloire nouvelle, répercutée dans tout le monde arabe, jusque chez les immigrés d'Europe - et dans La Cause du Peuple - fait affluer dans ses rangs des dizaines de milliers de volontaires.
Comme les Comités Vietnam de Base, puis le Fatah d'Arafat, s'étaient inspirés de l'offensive du Têt, la G.P., et avant tout ses jeunes ouvriers arabes, vont tirer non beaucoup de force, et aussi d'utiles leçons de stratégie, de cette expérience.
A Marseille comme à Billancourt, les jeunes immigrés arabes viennent s'intégrer en masse au mouvement dont le journal, sous le titre: "ma nationalité, c'est mon fusil" présente alors la photo d'un"fiday" en keffieh, et l' éloge d'un des héros de Karamé, "le rouquin": "En creusant ce fossé, dit-il à ses compagnons devant une tranchée antichars, toute fraîche, "je sais que je creuse ma tombe: mais je creuse aussi celle du sionisme..."


CODER contre "boni": K.O. au deuxième round


En matière de "guerre", mais contre le patron, donc, à l'usine CODER de Marseille, c'est "rebelote", en novembre.
La grève des chaudronniers sur le "boni", en juillet, victorieuse dans les limites d' un petit atelier, entraîne le licenciement punitif d'un ouvrier.
A ce moment, les maoistes de l'usine n'ont les moyens d'y répondre que par un nouveau "meeting de masse", devant les portes...
Pour des "liquidateurs" en "iste" comme "défaitiste" des groupuscules trotskistes, anarchistes, etc. de la ville du bon "Papy Gaston", le protecteur des huiliers Rastoin de l'usine de citernes, à moins que ce ne soient ceux-ci qui le protègent en mettant "de l'huile dans les rouages" de la vie politique de cette Phocée-Byzance, comme lui protège les gauchistes en "iste", c'est bien-la-preuve-que...
Mais quatre mois plus tard, en novembre, un nouveau licenciement répressif entraîne, cette fois, une grève de toute l'usine. Elle dure 11 jours, et se conclut par "une victoire totale". La "guérilla" ne cesse plus. Quatre mois passent, et un nouveau mouvement sur le "boni" s'étend, cette fois, à d'autres secteurs de CODER, prenant des formes encore nouvelles. Les ouvriers exigent de se faire communiquer leurs fiches de boni, pour les remplir eux-mêmes.
Dans un atelier, ils se mettent même à travailler tous ensemble "à la journée" - sans rien demander à personne, et en exigeant le paiement de "4h de boni fixe par jour pour tous!"
Le mouvement est fort. Le patron cède.
Les immigrés de l'usine sont concentrés au "lavage" des citernes. Il faut, racontent-ils, "travailler toute la journée à l'intérieur des cuves, à respirer des produits toxiques. Le bleu de travail est complètement trempé en quelques minutes, on doit le garder comme ça jusqu'au soir".
Un africain et trois arabes commencent à remplir eux-mêmes leurs fiches de boni, qu'ils ont "récupérées". Un chef vient faire le malin, sur une histoire de balai. Un type lui crache à la gueule. Il s'écrase. "Ça libère les gars de l'atelier, raconte La Cause du Peuple ( (14 avril 1970, numéro 19). "Quelques chefs continuent de jouer les durs." Des jeunes travailleurs s'organisent. "On va leur péter la gueule".
Un plan est mis au point. Des "prolos" le guettent à la sortie, ils le ratent, mais ne loupent pas sa voiture - les quatre pneux crevés, pare-brise et phare brisés.
"Pour le patron, explique alors un ouvrier, tout ce qui bouge, maintenant, dans son usine, c'est "les maos".


A Marseille comme à Montrouge, le marché devient champ de bataille


Pour qu'ils restent forts, les "CODER" ne doivent pas se sentir seuls.
Sur les marchés, les maos "popularisent" leurs combats, les autres luttes, les pots de peinture jaune, verte, rouge, ou bleue, les motifs de ces "punitions", les avantages et les inconvénients, comparatifs, d'autres procédés visant à atteindre les mêmes buts - briser la peur et l'attentisme, "libérer l'initiative des masses" - les méthodes de "préparation politique" et surtout de suivi de ces "expériences type".
Cette pédagogie active - panneaux, photos, sono, "embrouilles " entretenues avec de "mauvais coucheurs" pour créer des points de fixation, et faire "rebondir la parole", etc. - est efficace. Mais elle l'est plus encore quand les fonctionnaires de la sécurité publique y apportent leur contribution - pas toujours volontaire.
Au début du printemps 1970, des consignes venues de très haut les pressent de harceler sans trêve, sur les marchés, les vendeurs de La Cause du Peuple- dont le numéro 18 fait l'objet d'une première mesure de saisie le jour de sa parution - sans que le journal lui-même soit juridiquement interdit.
Le numéro "saisi", mais tiré, en douce, par l'imprimerie, complice (patron compris) est vendu aussitôt, massivement, sous le manteau: comme vont l'être tous les suivants. Pour cela, il faut s'organiser.
A Lyon, par exemple, raconte Alain Dugrand, ce sont des cheminots, conducteurs d'une grosse locomotive BB, qui amènent les paquets de journaux dans leur cabine.
Bref, le climat se tend - et la percée de la G.P., foudroyante, commence à déboucher sur une lutte d'ensemble dont l'enjeu a pour nom: la liberté de la presse.
Cette liberté, comme toutes les autres, n'a pas été donnée.
Elle a été conquise. Par les larmes et par le sang. On n'a pas le droit de la laisser filer.
Le 15 mars 70, au marché aux puces de Marseille, près du port, le meeting hebdomadaire organisé autour de la vente du journal, en général suivi d'une petite manif, est perturbé par l'intervention de 20 "guignols", munis de leurs matraques administratives.
Ils tapent, et de bon cœur.
Les militants répondent, sur le même ton.
On entend crier: "Gestapo!", "Liberté pour le peuple!". - "Avé l'assent"..
Les gens s'attroupent, s'en mêlent. - "Mais pourquoi?..."
Après des heurts violents, mais brefs, repli. Un "copain" est embarqué.
La semaine suivante - un 22 mars - belote, et rebelote.
Vingt maoistes, vingt manches de pioche, un flic en l'air, les autres refluent. L'un deux perd les pédales, il sort un pistolet. Un autre arme son P.m...
Quand cette "suite marseillaise" est publiée dans "La Cause du Peuple" (numéro 19, mardi 14 avril 1970), le journal, de nouveau saisi au numéro, vient de changer de directeur. Après l'arrestation, l'incarcération et l'inculpation pour "apologie de la violence,etc." de Jean-Pierre le Dantec, un jeune centralien breton alors modeste et brave, aujourd'hui repenti, donneur de leçons et infatué de lui-même, il paraît désormais sous la responsabilité d'un autre breton, Michel le Bris, spécialiste, de la musique de jazz - aujourd'hui bon petit écrivain sage à succès, porté par un combat, pour lui passé et bien passé, qu'il commence à renier, prolixe sur la liberté...des hommes "aux semelles de vent", ceux de la mer, et du voyage. Comme d'autres, du haut de sa falaise de plâtre, ravalée, il raille désormais les sots qui vont se brûler les yeux, mais, on le voit, pas les ailes, au soleil de la politique.
Sur ce chemin médiocre, il chante sur le même ton, sans fond - avec sans doute moins de morgue - que ce pauvre Le Dantec - récompensé de sa conversion à l'anticommunisme ordinaire par un petit poste de mandarin universitaire de seconde zone...Sic transit gloria mundi.
Mais en ce mois d'avril 1970, Michel tient encore la route, bravement - et va bientôt rejoindre Jean-Pierre, qui lui aussi s'accroche encore, en prison.
A la "guerre" défiant ainsi "les patrons", le pouvoir répond par une série de mesures qui ne se limitent pas à ces arrestations.
La manchette du numéro 18 de La Cause du Peuple avait agacé Matignon, l'Intérieur, et l'Elysée, où elle réveille, chez le roué Pompidou, les boutons d'une certaine allergie - ou mieux, d'une "aversion":
"Pour construire la France Populaire, VIVE LA NOUVELLE RESISTANCE".
L'édito n'arrange pas les choses.
Spécialement réussi, il évoquait la mésaventure d'un patron du Mans, "particulièrement pingre". Il a été "peint par ses ouvriers au mercurochrome et décoré d'une pancarte: "Je paye mes ouvriers 600F par mois".
Plus inquiétant encore, selon les R.G., la Gauche prolétarienne n'est apparemment pour rien dans cette décoration sauvage. Rien n'indique que le mouvement soit présent dans cette usine, où la "base" semble s'inspirer des méthodes d'action prônées par le journal.
C'est ce que nous souhaitons, et c'est plus fort. La "révolution idéologique" progresse d'elle-même. Nous ne faisons que la stimuler, et, dans la mesure de nos petits moyens, l'orienter.
"Je ne suis qu'une petite pierre au bord du chemin. Les gens me demandent la route, je leur indique la voie, écrit, dans un de ses poèmes de guerre, Ho Chi Minh.


Dans la France du printemps 1970, un verrou commence à sauter. Ce qu'on supportait sans rien dire, on le supporte plus mal - ou plus du tout! On le dit. On le crie... Et, mieux encore, on s'efforce de "transformer ses paroles en actes"...
"Cette lutte directe, commente, pour "éclairer la voie" l'éditorialiste anonyme de La Cause du Peuple, est l'école de la guerre d'anéantissement de la bourgeoisie." (...) "Le peuple ne parviendra à obtenir du pain et des roses qu'après avoir éliminé la poignée d'imposteurs qui se vautrent sur sa sueur".

 

 

Au menu de cette page "DEBATS"

- Burqa: une violente attaque du député UMP Jacques Myard contre l'excellent

Yazid Sabeg suscite une sèche riposte de

Jean-Paul Cruse, rebondissant en débat passionné chez

les gaullistes/ souverainistes: ici

- Haine de l'islam, campagnes racistes, affaire REDEKER: les vrais intellectuels français

passent à la contre-attaque: ici

- REDEKER: ET SCHOEMANN? - Un texte de Jean-Paul CRUSE - ici

 

- Elisabeth Lévy, Tarek Ramadan: un vrai dialogue: ICI

- Menaces: en finir avec Danielle Bleitrach? ICI

 

Burqa: Jacques Myard (UMP) et d'autres parlementaires de droite et/ou d'extrême-droite exigent la tête de Yazid Sabeg

Le 9 septembre 2009
Communiqué de Presse
 
De Jacques MYARD
avec
MM. L.LUCA, P. CALMEJANE, G. MOTHRON, Y. ALBARELLO,
J. REMILLER
et MMES Françoise HOSTALIER, Bérangère POLETTI,
Arlette GROSSKOST
 
membres de la mission sur le voile intégral (burqa) , s'exprimant au sujet des déclarations de M. Yazid Sabeg
 
 "C'est avec stupéfaction que les députés membres de la mission sur le voile intégral (burqa) ont pris connaissance des déclarations de Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, dans le journal La Croix du 8 septembre 2009.
 
 Selon Yazid Sabeg « La polémique sur la burqa va rouvrir des frustrations, des antagonismes, des racismes alors qu'il faut au contraire rassembler les Français (...) Les hommes et les femmes sont libres de s'habiller comme ils le veulent (...) L'Etat n'a pas à se prononcer sur les tenues vestimentaires des Français ».
 
 Ces propos mettent directement en cause le travail de la mission parlementaire et foulent au pied l'égalité des sexes et la dignité de  la personne.
 
 Monsieur Sabeg n'a plus la crédibilité pour être ministre de la République; il doit démissionner.

 

Burqa etc...

Myard et cie

sèchement mouchés

par Jean-Paul Cruse

Le 9 septembre 2009 14:29:

Sabeg a entièrement raison! Comme Jean Foyer avait raison, parlant en juriste et en légiste, en chrétien et en gaulliste, en rédacteur de la Constitution républicaine de 1958 et de l’article sur la laïcité introduit à la demande expresse du général pour faire plaisir à Guy Mollet, par tactique, Jean Foyer – paix à son âme noble – qui dénonçait, à cette occasion, dans les colonnes du Figaro, la loi d’exclusion des jeunes filles voilées comme une loi purement et simplement anti-religieuse de chasse aux jeunes musulmanes de France, drapées, souvent, de tricolore -sous prétexte d’interdiction du “hidjab”, méditerranéen bien avant de devenir musulman, et que Marie, mère du Christ, portait.


Nous, Gaulois, fiers de l’être, qui, parlant d’où, de quelle “science”, infuse, de quelle autorité, de quelle hauteur,  aurait le culot, l’insolence, l’imprudence, de venir nous donner des leçons sur notre façon de tailler nos moustaches, ou nos barbes - ou sur les apprêts de nos filles, de nos compagnes?


Pareil impudent, qu’il soit Romain, Turc, ou Franc, ou serviteur, aujourd’hui, de tel ou tel des réseaux stipendiés de l'entité raciste de Tel Aviv, serait considéré comme un envahisseur barbare, colonial - et rudement traité, comme tel...


La haine visant l’islam, c’est la haine des sectateurs de la Torah contre les Evangiles comme contre le Coran, émancipés que sont ces deux Grands livres du Dieu de Haine,  raciste, imprécateur, sacrificateur, vengeur, cruel et tribaliste du monothéisme archaïque.


Je me vêts comme je veux, je me coiffe comme je veux, je dîne avec qui je veux, je dors avec qui je veux, c’est la France, pays de la Liberté - et j’emmerde les censeurs... Et la souveraineté, c’est cela, aussi: une philosophie de l’indépendance nationale, collective et culturelle, individuelle... Mon visage, ma silhouette, mes atours, ma conception du corps, de sa dignité, de la pudeur, c’est ma liberté première - sans laquelle, donc, il n’y aurait plus de libertés, secondes.
Ralbol !!!!!!

Jean-Paul CRUSE

 

 
D'accord avec M.Cruse
Hélène Faure Lequien

"Moi, catholique pratiquante, quand je vois une jeune femme voilée, je trouve cela admirable de sa part si cela montre son amour pour son Dieu, et sa foi. Je n'oublie par que Christ nous dit que ce ne sont pas les préceptes qui sont importants mais l'amour qui sort du coeur.
Ces gens-là viennent avec l'amour de leur Dieu, si ça ne nous plait pas, il ne fallait pas se voiler la face et arrêter les flux migratoires. Le général avait prévenu Peyrefitte: "Nous sommes avant tout un peuple européen.Nous sommes quand même et avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne...Mon village ne s'apellerait plus Colombey les Deux égliges, mais Colombey les deux Mosquées."

Ils y sont, ils ont le droit à la loi de 1905
Par contre si le voile est un signe de haine voulant dire :
"on est là et on prendra votre place", ça c'est autre chose...

De toutes façons quand une civilisation perd la foi, elle est appelée à disparaître et elle est remplacée par une autre qui a la foi.

Ceux qui ne sont pas contents parmis nos élus n'avaient qu'à affirmer leur volonté avant. Et peut-être bien ne pas oublier l'Eucharistie...
Bien à vous tous
.
 
HL

Réponse de X..., figure du mouvement souverainiste - et signataire, dans un autre domaine, de la pétition de soutien à la journaliste de Libération Florence Cousin, alors en grève de la faim pendant 45 jours contre un licenciement arbitraire..

 

Chère amie,

Comment pouvez vous voir chez une femme voilée si elle montre son amour ou si elle se trouve en situation  de porter le voile contrainte et forcée?
(...) Je viens de consulter le livre de Peyrefitte et surtout le chapitre 17
"les rapports France-Algérie doivent devenir un modèle" rien de tel

- Et trés honnètement je ne vois pas ce qu'apporterait la loi de 1905 aux Arabes alors qu'au contraire elle stipule que l'Etat prendra en charge les édifices religieux construits avant cette date et que les Moquées sont TOUTES construites aprés, et qu'elles ne rentrent justement pas dans cette loi
La seule chose que je connaisse de De Gaulle sur la religion Musulmane c'est
"sans cela la France ne serait plus la France. Nous sommes avant tout un peuple européen.Nous sommes quand même et avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.....et vous connaissez le reste Mon village ne s'apellerait plus Colombey les Deux égliges, mais Colombey les deux Mosquées"

Je ne pense pas que le Général ait pu commettre l'erreur du droit à une loi, qui est toujours au contraire contraignante.

 

Et réplique

d'Hélène Faure Lequien...

 

"Je m'en fiche comme d'une datte de savoir si elles le font volontairement ou contraintes et forcées.

J'en vois beaucoupe qui ont l'air de le faire volontairement et je ne pense pas que ce soit toujours par amour pour Dieu et son prochain. Si ça ne leur plait pas, elles n'ont qu'à faire comme moi, et être des femmes libres. Quoique l'Eglise nous demande que l'épouse soit soumise au mari comme l'Eglise doit être soumise au Christ. 

Celles qui ont le coeur pur et qui pensent que ce précepte doit être une manifestation de leur foi, je trouve ça beau.

Les problèmes d'immigration ont été provoqués par ceux-là même qui se VOILENT la face et qui vont reprocher aux Mahométanes qu'ils ont fait venir de se la voiler ! C'est un peu fort quand même.! Et je suis convaincue que le général nous aurait épargné cela. Peut-être... Peut-être pas... Qui sait ?
 
Mon texte a mal été interprété s'il laisse penser que le général de Gaulle se reférait à la loi 1905. Je parlais bien entendu du célèbre texte que vous citez.

 

(A suivre...)

 


"Nous ne voulons pas

répéter mai 68.

Mai a brisé la paix sociale, après mai,

organisons la guerre sociale"


"C'est l'heure des partisans", titre, pour en rajouter une couche, la rubrique "Organisez-vous!" en page 2. "Nous ne voulons pas répéter mai 68 (...) Mai a brisé la paix sociale, après mai, organisons la guerre sociale...
C'est en frappant que quelque chose change. On commence à voir clair, on commence à avoir confiance, on relève la tête...
Pour donner confiance à la masse, il faut frapper l'ennemi, ce principe guide notre travail d'usine..."


L'objectif ouvertement assumé est de "rendre la révolte individuelle de chaque ouvrier non seulement collective, mais aussi continue". Il faut donc "installer la guerre de manière permanente dans les ateliers. L'exploitation est continue, la révolte aussi: il faut frapper sans trêve le despotisme patronal"; et cela, "par une sorte de guérilla incessante".


"On nous reproche, poursuit le journal, d'être "des fanatiques du commando." "On s'en foutrait, de l'action de masse (...). Déjà, en 1940, des liquidateurs au sein du Parti Communiste" (le vieux Marcel Cachin - note de l'auteur) " attaquaient les premiers francs-tireurs et partisans avec cet argument...". Mais "toutes les actions de partisan partent des masses (...) visent la mobilisation des masses (...) Pour former la grande puissance populaire, pour former une muraille indestructible, il faut qu'à travers les actions de partisans des masses de plus en plus larges participent à la résistance. Alors, la majorité du peuple comprendra par sa propre expérience qu'il faut en finir avec cet ordre social, que c'est possible, qu'il faut seulement opposer à l'armée blanche des terroristes, l'armée des CRS et des tortionnaires, l'armée rouge du peuple. Alors, la vérité selon laquelle "le pouvoir est au bout du fusil", cette vérité vaincra."
Saisi, à son tour, le numéro 19 de La Cause du Peuple sera, comme le 18, diffusé clandestinement à l'intérieur des ateliers de CODER-Marseille - où le patient processus d' "édification" d'une "base ouvrière" suit son cours, bien dans la ligne d'ensemble exposée par le journal, dans un patient travail de sape visant "à la destruction de la bête immonde, le capitalisme". On y construit, comme dans les principales "zones usines" du pays, maintenant, "le Parti de la Nouvelle Résistance"...Une "nouvelle résistance" qui, ayant "commencé en 1968", "n'est pas un mot d'ordre qui tombe du ciel; il est né sur la terre, au sein des masses..."
Dans cette forme de progression continue propre à tous les phénomènes d'envergure, la rébellion se développe en forme de spirale. Comme les "circuits de la peur" des fêtes foraines, l'action passe par des boucles de montée en flèche, suivies de descentes relatives où s'accumule l'énergie d'une nouvelle boucle, plus haute...
"Contre l'Etat monopoliste répressif se lèvent, vague après vague, les différentes couches populaires...Le tonnerre gronde, vers ce que tous (savent) être l'issue, qui (apparaît) encore lointaine, et presque inaccessible: la lutte armée pour la pouvoir"...


Viol d'un tabou, le sabotage 30 ouvriers licenciés? 30 citernes sabotées!


A CODER comme ailleurs, "c'est le temps de la guérilla qui commence: une guérilla bien particulière, qui ne vise pas à anéantir l'ennemi, mais à détruire radicalement toute son autorité, tout son prestige", rendant ainsi possibles des "soulèvements libérateurs" (La Cause du Peuple, 14 avril 1970, numéro 19)....
Sur le chemin de cette "libération", les coups que l'on donne, mais aussi ceux que l'on reçoit, et qu'il faut rendre, au plus vite, sous peine de reperdre tout le terrain gagné...
Dans l'usine de Marseille, les deux victoires successives contre le licenciement d'un "activiste" ouvrier, puis sur le "boni", transforment tout le rapport de force à l'intérieur de l'entreprise.
Ça ne peut pas durer comme ça.
Les huiliers Rastoin, "huiles" de la cité "socialiste" du madré parpaillot qu'est l'hypocrite "Gastounet" (Gaston Defferre), et maîtres de la toute-puissante Chambre de Commerce, répliquent par une bonne dose de vinaigre. CODER licencie d'un coup 30 "durs".
Touché. Mais pas coulé. Amoindri, mais pas décapité, loin de là, le collectif ouvrier garde le moral.
Les maoistes tentent d'abord, pour le principe, un appel direct au "larges masses". Quatre cent braves s'affichent sans peur au meeting devant la porte. Sur 1500 travailleurs, au total, et sans l'aide d'aucun syndicat, ce n'est pas nul. Mais les trente sont toujours dehors.
Pour que "le combat continue", il faut marquer le coup.
Dans la nuit du 14 mai 1970, c'est fait.
Trente travailleurs licenciés? Trente citernes sabotées!
Ça fait le compte. Et c'est cher.
Le "travail" a été réalisé par un groupe ouvrier entièrement clandestin, agissant de l'intérieur, qui fait circuler lui-même le tract de revendication par un réseau interne - avant une distribution-éclair du "détachement de porte", à midi, le lendemain.


Le sabotage n'est pas une invention marseillaise.
Il s'agit d'une tradition prolétarienne presque aussi ancienne que le mouvement ouvrier lui-même
- mais enfouie sous le poids de l'oubli par la gauche légaliste.
Les "cadres" maoistes ont étudié les textes d'Emile Pouget, théoricien français de cette forme de résistance anti-patronale, qui peut être imprudente, si les ouvriers, détruisant leur outil de travail ou la production faite, liquident anarchiquement l'usine bouffant leur vie, certes, mais sans laquelle ils ne sont même plus des "prolétaires" ayant au moins leur force de travail à vendre quelque part - mais des "sans rien", des "exclus"...


Les écrits de Pouget ne sont pas de la théorie spéculative. Ils reflètent une expérience collective. Ils sont beaux, ils sont forts - et la pensée qui s'y exprime va bien au-delà de l'idéologie "anarcho-syndicaliste" dont l'homme, en général, se réclame.


Pour nous, il n'y a pas de mots-fétiche, ni de tabous.
Tout est politique, tout s'inscrit dans une dynamique de rapport de force, dans une "situation", dans un "moment".


La rupture par laquelle la GP, dans un "moment", donc, exceptionnel, a violé l' "interdit" du sabotage s'est produite à Dunkerque, aux Chantiers Navals ACDB.
Une conception forcenée de la productivité y transforme en véritables "cercueils d'acier" les énormes navires, construits à toute vitesse. Toutes les corporations possibles y coexistent, plutôt qu'elles n'y coopèrent, dans un fouillis indescriptible, comme toutes les formes de sous-traitance - rendant l'endroit particulièrement dangereux, surtout pour les plus jeunes.
C'est un étudiant des Beaux-Arts "établi" comme apprenti, Bernard Liscia, qui est à l'origine du premier sabotage.
Aujourd'hui reconverti dans l'informatique et cadre "bien dans ses bottes", prospère, il prétend "avoir tout zappé", et ne conserver "aucun souvenir précis" d'une époque où, dit-il "pour moi, c'était le mouvement qui comptait! La Révolution, je n'y ai jamais cru".

- Farceur...


N'ayant conservé, à le croire, de ces années passées, que la même allure joviale sous la même lourde mèche noire, il avait réagi, ce 26 janvier 197O, à un nouvel "assassinat d'ouvrier", celui de Francis, un jeune de 26 ans.
Convaincu, à l'époque en tout cas, qu' "il n'y a pas de pierre plus précieuse que le désir de venger l'innocent", selon le proverbe arabe fort répandu du côté de Naplouse et de Jérusalem, en Palestine, il avait déduit d'une enquête ouvrière soigneusement menée que le malheureux Francis, victime d'une négligence dans l'organisation du travail imputable à la haute hiérarchie du chantier ne portait aucune responsabilité personnelle dans l' "accident" qui allait lui coûter la vie - n'ayant commis, personnellement, pas la moindre imprudence. C'est un "fardeau" de métal mal arrimé au-dessus de lui, dont la chute allait lui coûter la vie.


"Mao Le Vengeur", d' Usinor aux Chantiers Navals, puis à Marseille


Dunkerque vit, à l'époque, sous le choc d'une "grève sauvage", ponctuée par une séquestration ell
e-même formidable (voir page), qui a secoué l'immense complexe sidérurgique d'Usinor, sur la côte de la mer du nord, proche, en décembre 1969. Un "assassinat d'ouvrier" a entraîné une grève du zèle de ses camarades pontonniers du hall des lingotières. Dans l'ordre de l'usine, au royaume du capitalisme d'Etat, où règne Ubu Roi, ils ont eu le mauvais esprit d'appliquer à la lettre les consignes de sécurité. Cette "faute", entraîne une volée de sanctions. Elles mettent le feu aux poudres...
Aux Chantiers navals de Dunkerque, donc, quelques jours après l'"assassinat" du jeune Francis, le jeudi 5 février 1970, exactement, le matin, après l'embauche, les trolleys de deux grandes grues de la cale nord sont sabotés. Circulant de main en main, un tract signé "Nouvelle Résistance Populaire" commente "la bonne nouvelle"...
Comme on peut le lire aussi dans ce qu'on n'appelle pas encore des "tags", la riposte de "Mao le vengeur", est massivement approuvée par les ouvriers.
Les maoistes vont alors s'engouffrer dans la brèche.
Le recours aux sabotages s'étend. Ici, "riposte" ponctuelle contre des "assassinats d'ouvriers" ou des licenciements "punitifs" pour "faits de grève". Là, moyen de résistance aux "cadences infernales" - ou aux conditions de travail "pourries", en général.
A Renault-Billancourt, la méthode deviendra même l' "arme secrète" de certains conflits salariaux, sur les chaînes, autour d'un slogan appelé à faire fureur: "à mauvaise paye, mauvais travail!"
Après sa condamnation à cinq ans de prison ferme pour l' incendie d'un bureau de reconversion des Houillères, à Hénin-Liétard (nord), action revendiquée par la N.R.P., en riposte à la mort de 16 mineurs, le 4 février 1970, au fond d'un puits de mine de Fouquières lez Lens,à la suite d'un "coup de grisou" prévisible, prévu et annoncé...aux seuls "cadres", le nom de Bernard Liscia va se trouver associé au combat contre les "assassinats d'ouvriers" bien au-delà de Dunkerque.
Dix militants du nord vont alors être arrêtés, incarcérés et inculpés.
Les maoistes réussiront retourner l'opinion en leur faveur, en instituant leur premier "tribunal populaire", celui de Lens, présentant l'accablant bilan de l'insécurité dans les mines de charbon, à l'aide de témoignages d'experts, de médecins mais surtout de vétérans ouvriers des mines. Ils pourront alors affronter sans trop de "casse" le verdict de la Cour de Sûreté de l'Etat, devant laquelle, la G.P. ayant été, entre temps, interdite, ils sont finalement amenés à comparaître, pour "reconstitution de ligue dissoute".
En fuite, et donc absent à l'audience, Bernard sera condamné, "par défaut", au maximum (automatique) de la peine encourue (cinq ans). Après son arrestation, un an plus tard, il ne se verra finalement infliger qu' une peine légère pour port de faux-papiers...
CODER: le "Groupe Ouvrier Anti-Flic (G.O.A.F.) Bernard Liscia" tabasse
le responsable de la mort du vieux Sopazian: à l'intérieur de l'usine!
Bernard vient d'être arrêté, début 1971, quand les "maos" de CODER-Marseille donnent son nom au commando qui vient punir, devant tous les ouvriers, dans la cour même de l'usine, le responsable, formellement identifié, d'un des ces "assassinats d'ouvriers" que la course effrénée à la productivité des années Pompidou, et l'arrogante incompétence de "cadres" paresseux et cyniques multiplie dans toutes les entreprises.
Deux ans après la rébellion des pontonniers du hall des lingotières d'Usinor-Dunkerque, suivie par le sabotage des grues aux Chantiers navals du port, l'attentat de la N.R.P., à Hénin-Liétard, et le "tribunal populaire" de Lens, c'est à la CODER de Marseille que la terrible actualité de la mort au travail rend une "contre-frappe" nécessaire.
Le 18 mai 1971, agissant dans la cour-même de l'usine, devant tout le monde, les "partisans" du "GOAF Bernard Liscia", masqués de foulards, et surgis de nulle part, se jettent sur un cadre supérieur de l'usine, nommé Colrat. Ils le flanquent par terre, et le rouent de coups devant tout le monde. Ils prennent leur temps.
Il pleut. Pendant que les frappeurs s'affairent, un des membres du commando distribue tranquillement un tract que les ouvriers font soigneusement sécher sur de petits braseros allumés spécialement pour ça, avant de le faire circuler autour d'eux.
Toute l'usine considère COLRAT comme le responsable de la mort de l'ouvrier Sopazian, 64 ans, survenue le 19 avril précédent. Au même titre, ou presque, que son collègue SOLDINI - à qui le GOAF Liscia donne un "avertissement" écrit lui suggérant de démissionner, vite fait.
A onze jours de la retraite, le vieux Sopazian, sexagénaire à la vue basse, a été envoyé balayer un toit recouvert de copeaux, à 10 mètres de hauteur. Avant lui, deux jeunes étaient passés au travers de la verrière, couverte de déchets. En bonne condition physique, ils avaient réussi à sauver leur peau, d'un saut. Sopazian, lui, n'a rien vu venir. Il n'a rien pu tenter. Ce 14 avril, sur le coup de 10H30, il est passé au travers, et il est mort.
Les ouvriers, bouleversés, se rassemblent aussitôt en Assemblée Générale. Ils "montent aux bureaux", direct. La C.G.T. fait écran devant le patron. L'A.G. se transforme alors en tribunal du peuple. Elle exige des explications, des responsables, des têtes. On lui offre "une commission d'enquête". Elle se met au travail, et remet ses conclusions au bout de quinze jours: c'est la faute de l'ouvrier!
Les maoistes ont su faire preuve de retenue. Ils ont eu la patience de dominer leur impulsivité, d'accepter le principe de "commission d'enquête", et d'attendre un "verdict" dont ils ne doutaient pas.
Maintenant que les "résultats" sont là, reste à s'organiser pour rendre "coup pour coup" - et à le faire bien...
Au moment où Colrat prend sa raclée, des amis des "vengeurs masqués", munis de solides barres de fer, distribuent le même tract qu'eux, signé G.O.A.F., et titré "La Justice des ouvriers", dans les ateliers les plus éloignés.
La direction tape sur la table. Elle convoque toutes les sections syndicales de l'usine. Elle exige une condamnation immédiate de cet acte de violence, et la rédaction d'un communiqué de protestation. Il devra dénoncer comme "étrangère au syndicalisme responsable" la "punition prolétarienne" infligée au "salarié" COLRAT.
Refus de la délégation du personnel, en bloc.
Quelque chose commene à changer dans le syndicalisme - même danc celui, particulier, de la C.G.T. P.C.F.-U.D.R. de CODER
- "Je vous remercie..." dit le directeur, glacial.
- "Il n'y a pas de quoi...", répond un délégué.
- "Au prochain!", lance un autre...
Il y a désormais deux pouvoirs à CODER - où les "maos", ignorant les injonctions de leur direction nationale, qui prône la "destruction de la police syndicale", et le "parachutage", partout, de "Comités de Lutte", vont voir, bientôt, la C.G.T. toute entière, ou presque, tomber entre leurs mains comme un fruit mûr - une partie des militants choisissant de s'y investir carrément, tandis que les autres restent en dehors.
Mais ce n'est pas venu tout seul, et il est tard...
La riposte au "meurtre" du malheureux Sopazian, si elle manifeste le franchissement d'une ligne, et d'un seuil de rupture, est elle-même l'aboutissement du patient et long travail de plusieurs années, initié par Henri-André, l'"établi", impulsé par "Marcel" et poursuivi minutieusement, de la "guérilla d'atelier" contre le système du "boni" au sabotage des citernes, et au G.O.A.F. - une idée, et un sigle repris de Renault-Billancourt...
Entre temps, les militants de Marseille ont continué à associer l'usine aux combats politiques extérieurs, formant ainsi des cadres.
Chez nous, ce travail d'éducation politique ne consiste pas à "bourrer le crâne" de quelques ouvriers combatifs, attirés par nos actions et nos idées, sous prétexte de leur donner ainsi une "formation".
Notre conception de la formation de cadres est autre. C'est tout un processus pratique-théorie-pratique. On commence par aider les ouvriers déjà devenus des "activistes" à "élargir leur point de vue" sans rester enfermés dans le cadre étroit du face-à-face "ouvrier-patron", stérile. Tous doivent prendre conscience qu'une force se constitue, dans tout le pays, et pas seulement à Marseille; c'est au travers de son expérience d'ensemble qu'ils ont à situer leur propre cheminement. Elle est la leur, il faut seulement qu'ils se donnent les moyens d' y prendre toute leur place...
"Le chêne et le roseau": la massue de l'Etat n'abat pas la flexible G.P.
L'occasion d'un élargissement de "point de vue", de celui de l'usine, à celui de la société politique dans son ensemble, se présente le 27 mai 1970, à l'occasion des procès Le Dantec et Le Bris, à Paris. Ils sont emprisonnés depuis déjà plusieurs mois. Pour des directeurs de journaux,
c'est une première, en France, depuis des lustres. D'autant que La Cause du Peuple, objet de saisies systématiques au numéro, qui dopent l'enthousiasme des équipes de "diffuseurs musclés", des "intellos" mobilisés pour cette "cause juste" comme Sartre, Simone de Beauvoir et bien d'autres, narguant la police sur les grands boulevards, La Cause du Peuple brandie, sur le thème "arrêtez-moi et je fais un malheur!", n'est toujours pas interdite!
Rebelles, à leur tour, c'est une révolution, aux injonctions on ne peut plus explicites du pouvoir, les magistrats refuseront d'ailleurs, jusqu'au bout, et au cours du procès lui-même, de prendre une telle mesure d'interdiction contre un journal dont l'essentiel de la diffusion continue par réseaux clandestins d'usine ou d'ateliers,
Le 27 mai sera chaud. Nous l'avons annoncé. On nous a crus.
A Paris, la saturation de la capitale en effectifs de police, la peur de la brutalité des CRS, revenue au rythme des "ratonnades" , et quelques erreurs d'organisation "politico-militaire", enfin, se conjugueront pour un résultat seulement "moyen". Quelques bonnes heures d'émeutes de niveau 4, sur une échelle de 10, pas plus. C'est dans les grandes métropoles universitaires de province, Grenoble, "capitale des maos", et Toulouse, avant tout, que les choses vont prendre de réelles proportions.
Mais Marseille n'est pas en reste. Ni CODER, où "Marcel", cohérent, ramène toujours la cuiller touiller la bouillabaisse sur le même feu - où elle doit mijoter, longtemps...
Une journée locale de résistance y prend donc la forme d'un défilé dans le quartier de l'usine. Musclé. Armés de drapeaux - aux gros manches de bois dur - une centaine de maos attendent sans mollir l'inévitable débarquement des flics. Ils accourent...Mais ce sont les copains qui chargent.Trois policiers à l'hopital.
A l'intérieur de CODER, 5OO exemplaires du tract du jour sont diffusés en interne par un réseau d'une douzaine de militants ouvriers, qui se sont levés dès 5 heures du matin pour les plier soigneusement. On doit pouvoir lire le titre dès qu'on l'a en main. Chaque membre du réseau en a 50 en poche. Et chacun a son truc."Hé, les gars, j'ai le tract des maos...- Tu as le tract des maos? - Je l'ai donné à X...Je vais le lui demander. - Je reviens, et: "Tiens!, il me l'a redonné, tu me le rendras...Mais "les gars ne rendent jamais un tract des maos."
La "guerre de partisans" s'étend à l'intérieur des "chiottes"
D'autres préfèrent la méthode "chiottes". Elle n'a rient de scato, et s'inscrit dans l'histoire de la lutte des classes, en France, comme le prouve une expérience concrète de l'auteur, vécue dans son usine des Batignolles, à Nantes. Au bout de quelques mois, au cours de ce printemps 70 qui fut vraiment le nôtre, on y avait muté l' "établi", manœuvre d'atelier, au nettoyage de ces endroits alors peu ragoûtants - dans le vain espoir de l'écœurer. Il en fallait bien plus. Et tout à son revers. Les métallos de l'usine, dont cette brimade m'avaient rapproché, y compris physiquement, venaient passer le maximum de temps dans ce lieu malodorant, pour discuter avec le "mannequin" (manœuvre) "mao", qu'au fond, même pour les plus ultra-CGTistes d'entre eux, ils aimaient bien - et qui complétait consciencieusement par des mots d'ordre tout aussi enlevés, mais d'un registre plus varié leurs graffiti ordinaires, ("Enculé de Septier" - un chef d'atelier, peu aimé -, arrête de nous emmerder...Septier, pédé!Tu nous casses les couilles).
Les plus "stals" des abonnés permanents à la pause W.C., où ils venaient les poches pleines de revues porno, renonçaient même, par respect pour le "mannequin de Nanterre", à manifester leur mépris pour l'entreprise, le groupe S.F.A.C. dans son entier, le "capitalisme monopoliste d'Etat" dans son ensemble, et les "syndicats ramollis", en déposant soigneusement d'épais étrons, acrobatiquement expulsés à hauteur de l'anus d'un homme de taille poyenne, à peine fléchi sur les cuisses, sur le principal tuyau d'arrivée d'eau.
Mon travail s'en trouvait allégé d'autant, et j'y étais sensible...
Dans les "chiottes" de CODER, donc, le tract "pour la libération de LE BRIS et LE DANTEC" et contre les saisies de La Cause du Peuple est punaisé face intérieure de la porte...Enlevé...Remis, repunaisé! "On n'a jamais été autant aux waters de la journée."
- Un chef: "tu pourrais pas fermer la porte?
- Un vieux: "Si je ferme la porte, je ne vois plus rien, je ne peux pas lire. - Lire quoi? - Ben, le tract des maos."


Maurice Clavel, Charles Tillon: deux "parrains" de haute volée


Les condamnations des deux directeurs de La Cause du Peuple, immédiatement remplacés par un Jean-Paul Sartre enthousiaste, ravi de jouer les paratonnerres, et désireux, de plus, de mettre son grain de poivre dans les pages du journal, est aggravée par l'interdiction de la Gauche prolétarienne- qui n'avait jamais cherché à se faire, de quelque façon, autoriser. C'est donc une "association de fait", légale, mais non déclaréen. qui est dissoute par décret spécial pris en conseil des ministres, le 27 mai, le matin du procès. Nous n"en faisons pas un fromage. Ils font ce qu'ils veulent."Le chien aboie, la caravane passe". En 1968, déjà, l'interdiction de l'UJC-ml ne nous avait fait ni chaud ni froid. Pas plus que celle d'une palanquée de groupuscules en "iste" , infatigables bla-blateurs victimes, dans la même fournée, d'un "odieux amalgame" - à la suite de l'émeute de Flins où ils n'étaient effectivement pour rien...Mieux, même, elle avait libéré, sous le poids de la peur des uns, et du refus des autres d'y céder, une possibilité de scission - sans laquelle la Gauche prolétarienne n'aurait pu voir le jour...
La direction du mouvement "interdit" sans avoir jamais demandé à être "autorisé" prend alors une décision teintée d' "esprit guerrier". Au lieu de nous crisper dans la bravade, en nous lançant dans une fuite en avant, aveugle, nous allons manœuvrer comme au judo, dans ces "chutes arrières" où ces "clés" pernicieuses où l'on absorbe l'énergie de l'adversaire pour la retourner contre lui (la spirale, toujours...).
La situation ayant évolué, et l'expérience progressé, bien avant ce procès, certaines de nos formes d'action et d'organisation sont devenues caduques.
Il faut voir plus ample et plus large. Nous devons être moins "goulus" d'une radicalisation qui, de fait, vient d'elle-même. Il suffit maintenant de donner de légers coups de pouce, et d'orienter le flux sans le brusquer. On peut se permettre de laisser mûrir davantage des mouvements portés par une marée montante, lente, mais continue. Et le moment est venu d'en finir avec la tentation de "forcer", par d'illusoires raccourcis menant à des impasses.
Le ministre Raymond Marcellin nous rend finalement service.
Nous allons effectivement saisir l'occasion qu'il nous donne pour laisser se dissoudre d'elles-mêmes des structures mortes, des méthodes discutables ou dépassées, trop étroites, trop rigides, et faire fleurir partout autour de nous, jusqu'à notre périphérie lointaine, un faisceau d'organisations autonomes, largement décentralisées.
Nous pourrons ainsi continuer la lutte, ou, mieux, lui faire franchir divers "sauts qualitatifs", noyés dans une brume protectrice d'elle-même condensée, et sans crier sur tous les toits, d'un ton vantard, que "l'interdiction , on s'en fout", qu'elle ne change rien, et que la G.P. continue, comme avant - mais sans renoncer non plus à un seul de nos objectifs.
Du moins est-ce la théorie, le discours, en interne.
En fait tout va changer pour que rien ne change.
Seule la structure de direction centrale, le Comité Exécutif (C.E.), reste tel que. C'est là où le bât blesse. Car c'est dans cette instance stratégique, aussi, que la "gloire" acquise par l'action de nos premières dizaines de prisonniers en grève de la faim pour le statut politique, les grands procès, l'afflux des média et des "grand intellectuels", célèbres et donc "friqués", offre de pernicieuses tentations, tandis que les portes restent soigneusement fermées à la montée de nouveaux dirigeants de terrain, ouvriers (ou paysans), dont de nombreux "cadres" maghrébins. Les bras leur sont largement ouverts, dans le principe, mais en réunion centrale de direction, non. Même chose pour les femmes; à l'exception, hélas, de quelques "femmes de chefs", atteintes par un syndrôme Cécilia travesti sous un discours pseudo-"féministe", et tentant de tirer des ficelles dans les coulisses. Le C.E. reste un "club de mecs".
Parmi ces "nouvelles formes d'organisations autonomes", au service d'une stratégie qui s'élargit et s'enrichit:
1. - les Comités de Lutte d'atelier sont incités à se fondre en une Union Nationale des Comités de Lutte d'Atelier (UNCLA)
2 - sur le "front de l'information", un nouveau magazine, "J'Accuse", plus ouvert, et plus professionnel, va naître, puis fusionner avec La Cause du Peuple. L'éventail s'élargit avec la naissance de l'Agence de Presse Libération (A.P.L.), en 1971, matrice du quotidien du même nom (1973).
L'agence, puis le journal, doivent l'essentiel à Jean-Claude Vernier, un jeune protestant de Besançon, très jeune militant d'un des premiers réseaux de soutien au F.L.N. algérien sur la frontière suisse, élève-ingénieur à l'Ecole Centrale, devenu un des tout-premiers établis en usine, dans la Réparation Navale, à Marseille, fin 1967, puis à Renault (lire page). Il deviendra, enfin, le véritable fondateur de Libération...
Souriant, toujours aimable, mais d'une énergie peu commune, et d'un caractère difficilement accessible aux caprices des "petits chefs", fussent-ils "autorités" de la G.P., ou des supposés "grands", il saura se battre pour imposer l'idée de l'A.P.L., et surtout celle du quotidien Libération - d'abord jugée "trop audacieuse" par l'impérieux "Comité exécutif", avant que celui-ci ne décide, par un calcul manipulateur, stupide, d'y "parachuter" Serge July, malgré les sanglots d'angoisse de ce petit prof d'Histoire minable, passé par le Mouvement du 22 mars et le grand Caca de " l'affaire de Bruay", premier "bidonnage" journalistique d'une longue carrière(il crève d'envie de devenir le "patron" en titre du journal, mais ne s'en sent, à juste titre, ni digne, ni capable (lire page)...
Il est vrai que Vernier - qui continue, aujourd'hui, à "faire du terrain", tenant des permanences anti-racistes pour la Cimade, en compagnie de son épouse, en Seine-Saint-Denis - n'est pas seul.
L'un des tous premiers, il est allé prendre contact, dans un appartement plein d'enfants tapageurs, avec un homme impressionnant, à la haute stature, au propre comme au figuré, Maurice Clavel.
Catholique d'une ardeur brûlante, aux marges du mysticisme, ce gaulliste révolutionnaire n'a pas passé la guerre à donner des cours, comme Pompidou, ou à adapter des philosophes allemands un peu ardus, comme l'auteur de ce qui va devenir, en 1943, "L'Être et le Néant", Jean-Paul Sartre, entièrement absorbé, dans ces années de feu, dans ses recherches métaphysiques, sur les rives de l'Erdre, au nord de Nantes - à deux pas du camp des "50 otages" de Chateaubriant...
Dirigeant des maquis de l'Eure en compagnie de l'actrice Sylvia Montfort, sa compagne, Clavel lance les jeunes "partisans" placés sous son commandement à l'assaut de la cathédrale de Chartres, qu'ils libèrent ensemble, l'arme au poing.
Sur le parvis encore zébré de traces de balles de mitrailleuse lourde ou déchiqueté d'éclats de mortier, "le grand" rend les honneurs à un autre combattant de très haute stature, le général de Gaulle.
Qui lui rend grâce, et lui rend hommage, à son tour.
Compagnon de la libération, Clavel ne s'endort pas sur ses lauriers. Il n'accepte ni ors ni sinécures, devient journaliste à Combat, s'insurge avec les jeunes barricadiers de 1968, occupe le CNPF avec Roland Castro, Tiennot Grumbach et Didier Truchot, de VLR, pour dénoncer l' "assassinat" des cinq noirs africains d'Aubervilliers asphyxiés dans la nuit par les émanations d'un mauvais poêle, chez un "marchand de sommeil", et invite une délégation de "Nouveaux Résistants" maos, anti-impérialistes, anti-racistes, anti-sionistes, à venir déposer une gerbe au Mont-Valérien en compagnie de "vieux de la vieille" comme lui, ravis du bras d'honneur que nous faisons, ensemble à Pompidou.
Son appel à un "soulèvement de la vie", assorti d'une phrase sèche, coupée au montage, contre l'"aversion" à l'égard de la Résistance manifestée par le successeur félon du général, puis son départ en fanfare ("Messieurs les censeurs, bonsoir!"), a fait exploser l'audimat, sous les yeux d'un Duhamel effaré, (pas encore chroniqueur centre-droit-centre-gauche du Libé repenti du renégat July). A la porte de l'usine, Clavel recevra un accueil enthousiaste des prolos de Renault (lire page).
3 - Directeur-protecteur, et vrai animateur journalistique, aussi, de l'A.P.L, Clavel entraîne tout un réseau de "gaullistes historiques" à parrainer, avec lui, le Secours Rouge, joyau de la constellation de mouvements tourbillonnants dans la nouvelles galaxie mao.
Ce rassemblement unitaire contre la répression se structure autour de personnalités comme Clavel, mais aussi l'ancien "mutin de la Mer Noire" Charles Tillon, devenu un des principaux dirigeants des métallos CGT parisiens, et du PCF, l'un des trois membres clandestins du "triangle de direction" du Parti, sur le territoire français occupé par l'Allemagne, pendant la guerre, le chef d'Etat-major militaire des Francs Tireurs et Partisans (FTP), le ministre de l'Air (communiste) du premier gouvernement de la Libération, sous la direction du général De Gaulle, et le député-maire (PCF) d'Aubervilliers (93).
Le libérateur de la cathédrale de Chartres et le chef d'état-major militaire des F.T.P. sont entourés de personnalités comme le Révérend Père Jean Cardonnel, un prêtre Tiers Mondiste ami de la Palestine à la flamme indomptable, aujourd'hui dans le grand âge et toujours sur la brèche, le porte-parole des luttes paysannes des nouveaux "Jacquou Le Croquant" de Nantes, de Bretagne, de l'ouest, des Vosges, de la Drôme et du Larzac, Bernard Lambert, Michel Foucault, l'inévitable Jean-Paul Sartre, sa Simone, et bien d'autres.
Là où les ingérences des "taupes" trotskistes et le sectarisme bavard des "gauchistes" sont suffisamment réprimés, le Secours Rouge rayonne en de multiples comités locaux, à caractère social et populaire.
Il déclenchera des luttes autonomes, non seulement contre la répression des flics ou de la justice, mais au service des malheureux, des pauvres, des solitaires, des sans-papiers, des expulsés, des mal logés, des victimes d'injustices de toute nature...
4.- Autour du Secours Rouge naîtront bientôt tout un essaim de "Comités pour la Vérité et la Justice" (C.V.J.). Les plus connus seront celui de Bruay-en-Artois (lire page), celui de Saint-Laurent du Pont, près de Grenoble, après l'incendie meurtrier d'une salle de bal dépourvue de tout dispositif de sécurité (142 jeunes danseurs brûlés vifs), ou celui des victimes du talc Morhange (une "affaire du sang contaminé" avant la lettre, touchant de petits bébés, empoisonnés).
5. - Enfin, les maos ont l'insolence - et l'imprudence - d'annoncer au clairon la création d'une "organisation partisane secrète", "branche armée" d'un tronc qui, officiellement, n'apparaît plus, La Nouvelle Résistance Populaire (N.R.P.).
Cessant de n'être qu'un sigle de couverture pour des opérations-limite, elle commence à se structurer en une véritable organisation, en principe clandestine, autonome - avec l'injection de cadres ouvriers, une logistique et une "force de frappe" améliorée.
Mais si notre stratégie de "dissolution-recomposition", style "boule de mercure", intéresse, intellectuellement, les R.G. de Jacques Harstrich et de Philippe Massoni, puis Yves Bertrand (lire page), chargés par le ministre de l'intérieur d'infiltrer, de manipuler ou de liquider la G.P. , puis l'"ex-G.P." désignée dès lors communément sous le sigle de ce qui reste notre journal, "La Cause du Peuple", et enfin les "maos un jour, maos toujours" d'après la deuxième dissolution, dite "définitive", celle des "Chrysanthèmes" (1973), elle n'interdit nullement l'ouverture de poursuites judiciaires contre Alain Geismar.
Désigné, sans doute par erreur, comme "porte-parole" d'une entité ni vraiment maintenue, ni complètement détruite, on le poursuit pour un discours ronflant clamé dans la grande salle de chauffée à blanc d'un rassemblement unitaire, incitant à la violence au nom de "La Cause du Peuple".
. "Monsieur le Président, Monsieur le procureur, je ne me rendrai pas devant votre tribunal, je témoignerai dans la rue, etc."
Spécialité de ce théoricien de la "haine de classe" et de la "guerre civile" aux sincérités pomymorphes et successives, converti depuis à la supériorité de la démocratie parlementaire...par les années Mitterrand, et devenu, dès lors, un prospère mandarin, "inspecteur général de de l'Education Nationale", proche de Claude Allègre et de Lionel Jospin, doublé d'un militant zélé de la tendance Strauss-Kahn, la plus capitaliste et pro-Israélienne à l'intérieur du Parti Socialiste, ce vibrant laïus pouvait éventuellement être interprété comme une incitation au lynchage de policiers.
Fort, toujours aujourd'hui, sur les leçons de morale, mais incapable de discipliner une frénésie sexuelle compulsive - nous avons tout essayé, tout, pour que sa libido ne perturbe pas trop notre activité politique, il est resté, jusqu'à la fin, incorrigible...- ce symbole-vivant rigolard et grassouillet monté sur de courtes pattes, qui se sait dès lors recherché, ne prend pas la précaution la plus élémentaire d'aller se cacher, "vieilli", aminci, et grimé, au fond d'une quelconque province - et pourquoi pas dans le petit cabanon sympa de "Georges le Grec", l'aveugle de Marseille, qui aurait pu lui expliquer la musique, et lui donner, au passage, un exemple vivant de cohérence et de fidélité politique?
Il se trouve beau, il veut le rester. Et ne pas quitter Paris, où se trouve son harem de "bonnes copines", facilement fascinées par cet "homme de pouvoir", célébré comme rebelle, rond, lisse, ventru, sensuel et rigolard. Pourtant, dans la capitale où un dense réseau de flics le traque, le bon "Geis", ne sert plus à grand chose.
Il n'a jamais joué un réel rôle de direction au sein du mouvement.
Il y fonctionne plutôt comme la grosse caisse, où le maître-tambour fait résonner ses coups tout en l'appelant, dans son dos "B52", comme un gros bombardier à abattre, nom de code aussi du "Président Mao" pour les comploteurs chinois de la "bande des 4"...
Et maintenant, nous ne pouvons même plus l'exhiber comme potiche sonore aux tribunes des meetings, ni comme pot de miel pour attirer les mouches journalistiques au cours de conférences de presse.
"Balancé", selon toute vraisemblance, par un des "indics" infiltrés au sein de la direction "secrète" de la G.P., Alain sera vite arrêté - roulé, terrorisé, dans les tapis de luxe du somptueux duplex d'une amie proche, connu pour des réunions que le C.E. y tenait, ou y avait tenues...
Entre temps, la "grosse caisse" a eu juste le temps faire retentir la musique - un peu "cirque" - de la "campagne de contre-attaque", destinée à démontrer que la mouvance "La Cause du Peuple" est toujours là, et bien là - et toujours "au service du peuple" (malgré une répression que l'interdiction intensifie, sous les prétextes les plus variés, aux quatre coins du territoire, et les peines de prison qui s'accumulent...)
C'est la campagne dite de l' "été chaud": "Pas de vacances pour les riches, des vacances pour tous les travailleurs!".

"L'été chaud" de La Valbarelle


Marseille y apporte sa pierre, dans le quartier, toujours, de CODER - stratégie de concentration cohérente sur une "zone usine"...
Dans la Cité de La Valbarelle, un projet de rénovation du square où jouent les enfants d'ouvriers, est mis sur pied par ceux que CODER ne peut plus appeler maintenant que "les maos" ("ex-GP" est insolent, certes, mais lourd...).
Ce plan "au service du peuple" est dessiné sur une petite affichette signée "Les maos et les jeunes de Valbarelle". Elle diffusée, pour avis et critiques, avec la "C.D.P.". Puis on passe à l'exécution. "A la chinoise"...Déblayage, d'abord, avec le "matos" fourni gracieusement par les habitants, pelles, pioches, et véhicules...Heureusement, les "gens eux-mêmes" ne se contentent pas de prêter, et de regarder faire. Nous ne sommes pas les petites Sœurs des Pauvres. Pas plus que SOS-Rénovation-des-squares.
"On s'y est tous mis, et maintenant, c'est propre", raconteront plus tard, heureux, les gens de La Valbarelle..."Les jeux qui manquaient, on a été les récupérer dans les villas des riches"..."Récupération prolétarienne", une très ancienne tradition ouvrière, comme le sabotage...Butin: trois bancs, trois balançoires, un trapèze, un filet de volley, du sable, du ciment...
Quand les flics viennent se mêler, dans leur rôle préféré, à la "révolution du square", ils renforcent...une mobilisation générale au chant des "Nouveaux Partisans" - dû au talent de la blonde à frange Dominique Grange, déjà citée (voir page), la plus métallique de toutes nos "dames de fer".
"Nous som' -Les-Nouveaux-Partisans...-Francs Tireu-eurs... - De la guerre de classe-eee...Le camp-du-peuple est notre camp...Nous-somm'-les-Nou-veaux par-tisans...", la chanson fétiche de "La Sorcière" dégouline en boucle, en stéréo, de très nombreux balcons de la cité, couverts de drapeaux rouges et de portraits de Mao, au-dessus d' arbres entièrement encollés de "Unes" de La Cause du Peuple.
"La campagne (de l'été chaud NDLR) a donné l'image du monde que nous voulons: du soleil et des roses pour les pauvres", écrira plus tard le journal, dans son numéro 28.
Ça n'a pas été vrai partout, mais, autour de la "base-usine" de Marseille, si...
CODER: de "l'été chaud" à la douche froide. Le capital se met en grève: que faire? -
Autour du fabricant de citernes, dans la "zone-usine" qui l'environne, et dans une large frange de la classe ouvrière marseillaise, un travail solide a commencé. Une méthode fonctionne.
Mais la vie n'est pas un chemin tranquille, pavé de pétales de roses, sur fond de drapeaux rouges.
Les dirigeants de CODER commencent à fatiguer.
La fusion, envisagée, avec leur principal concurrent, Titan-Frangeco, rencontre, annoncent-ils, des difficultés "inattendues".
Il faudrait des investissements, lourds pour un plan de modernisation des vétustes installations de l'usine de Marseille. Investir? Dans un établissement où une sage C.G.T., qui semblait "tenir les choses en main", se fait ripoliner à la peinture (jaune), puis semble elle-même progressivement contaminée par le virus "mao"? - Dans une usine où les 30 premiers licenciements de la "modernisation" , touchant, comme par hasard, une bande identifiée de 30 "irréductibles", ont entraîné (voir page) le sabotage de 30 grosses citernes? Ça n'est plus évident du tout!
En fait, le schéma se répétera partout où la "résistance prolétarienne", ravivée par les maos, remporte de premiers succès contre l'intensification de la productivité par la pression sur les cadences, au lieu d'une politique d'avenir plaçant des capitaux dans la formation de la "ressource humaine" conçue non comme un "coût", mais comme une richesse, à des technologies nouvelles en progrès continu, c'est la politique de désindustrialisation et de délocalisation du capital qui se dessine, avant celle du travail.
Elle esquisse déjà ce qui va devenir la stratégie politico-financière des années 80 - "Vive la Crise" - sous le nom de "modernisation, inéluctable". Avant même les débuts de la phase suivante, tout aussi délibérément politique, dite "mondialisation, inéluctable"...
Dans ces conditions, après l' "été chaud", c'est la douche froide.
Dès la rentrée, des bruits de dépôt de bilan de CODER commencent à circuler..."Un trou de plusieurs milliards..."
Le 26 octobre, les maos crèvent l'abcès. "On veut savoir"...Tract, appel à un rassemblement de masse devant la porte, arrivée des flics, bagarre.Ce sont maintenant cinq ouvriers maos de l'usine qui prennent successivement la parole. Ils entraînent plusieurs centaines d'ouvriers vers les locaux de la direction. Mais la maîtrise et la C.G.T. fond barrage. Nouvelle bagarre. Mais ce sont là les ouvriers maos qui font l'essentiel. La plupart des travailleurs de base se contentent de regarder, approbateurs, sur le principe, mais attentistes, ou se contentant (selon la CDP 33, 8 janvier 1971), de frapper "tel chef ou tel gardien à la dérobée, pour ne pas être reconnu"...
Le contexte change, en profondeur. Les ouvriers se posent beaucoup de nouvelles questions.
Il est temps d'y chercher des réponses.
A ne pas le faire, plus rien n'avance.
CODER est placée sous le contrôle de la Chambre de Commerce, fief de la famille Rastoin, et la gestion courante confiée à un juge curateur.
Bientôt surviennent les premières baisses de la charge de travail, avec réductions d'horaire et pertes sur le boni. A la chaudronnerie, cette situation entraîne une érosion "à la tête du client" sur le bulletin de paye. Les travailleurs inventent une première riposte en auto-organisant collectivement leur propre rotation des tâches pour encaisser de façon au moins égalitaire les pertes de salaire - sans demander l'autorisation de la hiérarchie, mise hors circuit.
Parallèlement, des débrayages "sauvages" éclatent d'un atelier à l'autre.
Début décembre, les maos réunissent, à l'intérieur de l'usine, une vingtaine d'ouvriers pour une discussion sur la stratégie à suivre. "Camarades, commente la CGT, il y a ici un groupe d'ouvriers qui veut que l'usine ferme".
Les maos sortent du piège avec un tract "Travailler à CODER: Oui! Crever de faim: Non!" .Il remporte un franc succès. L'initiative repart, avec des cortèges d'atelier de 500 ouvriers vers les "grands bureaux" des étages - où les cadres, effrayés, choisissent alors eux-mêmes de s'enfermer...Auto-séquestration, un pas vers l'auto-gestion: du neuf.
La CGT finit par appeler à une grève. Elle va durer une semaine. Les maos de l'usine vont y multiplier les initiatives. Ils diffusent maintenant quelque 150 exemplaires de La Cause du Peuple, entièrement en interne. L'occasion de "populariser" l'idée de lutte violente contre la menace de fermeture, apparemment mieux adaptée au nouveau contexte de CODER, la récession, que la seule grève, passive...
Le 22 octobre 1970, à l'occasion du procès Geismar, à Paris, les Marseillais feront tout pour démontrer à leurs amis de CODER, et à la ville entière, que le mouvement ne se laisse abattre, ni autour de CODER, sa base locale, ni par l'arrestation, à Paris de leur porte-parole - bientôt suivie par une condamnation à 18 mois ferme.
Au moment même où, dans les rues d'un Quartier latin littéralement saturé de CRS et de civils à matraques, nous lançons une colonne de choc dirigée par les "prolos" de Renault, à l'assaut de cars des redoutables "brigades spéciales", incendiés au cocktail-molotov (lire page), "Marcel", Claude et les autres refont le "coup du commissariat" - réservant leur faveur, cette fois, à celui de La Castellane.
Une éclaircie. Mais le climat reste pesant. Et CODER, tétanisée par la menace de chômage, restera largement extérieure au "printemps ouvrier de 1971" porté, autour de Renault et de Berliet à Lyon par des usines d'O.S. travaillant à la chaîne (lire page) . Là-bas, dans des secteurs que n'a pas encore réellement touchés la politique de récession amorcée dans le textile et les mines du nord, puis de Lorraine (Faulquemont), la sidérurgie de la vallée de la Fensch (de Wendel), et désormais, à CODER, la priorité reste le combat contre les cadences, les petits-chefs, et toute l'organisation "taylorienne" du travail.
Il faudra attendre le terrible accident de l'ouvrier Sopazian (voir page), pour que les maos reprennent l'initiative, avec la création du premier GOAF marseillais. Puis le 6 juin 1972 pour qu'un nouveau conflit d'ensemble soulève l'usine.
Encore a-t-il fallu pour cela une série de provocations, peut-être délibérées, d'un ingénieur. Il retire l'équivalent d'une heure, sur leur fiche de paye, aux ouvriers d'un chantier qui ont arrêté de bosser à 16H 55 et non 17hoo - ayant fini leur travail.
Une semaine plus tard, le 13, il agresse des ouvriers qui mangeaient sur le tas, autour d'un brasero après avoir déposés, à leur arrivée, leurs sacs, blousons etc. dans l'atelier - tradition à CODER, où il n'y a pas de cantine, et peu de vestiaires. Le lendemain, 14 juin, la haine du chef est plus forte que la peur du chômage, qui vient. L'esprit mao se réveille. Toute l'équipe exige la mutation du malpoli dans un autre atelier, à titre de sanction. Un groupe monte à la direction, pour l'exiger.
"Faites une grève illimitée, je m'en fous..., répond aimablement le interlocuteur. - OK. La grève démarre. Elle durera 26 jours, avec occupation de l'usine, et dépôt, en prime, d'une demande augmentation de salaire pour tout le monde...
Les 1500 ouvriers que compte toujours CODER s'en sortiront avec 100 à 120F de salaire "de rab".
Entre temps, une bonne partie de la "bande mao" s'est investie dans la C.G.T. de l'usine, où elle pèse d'un poids croissant. Les militants de CODER bousculent ainsi joyeusement les dogmes militants de l'époque - qui est encore à la création de "Comités de Lutte", partout, sur une base très "antisyndicale". Ils n'en enverront pas moins un porte-parole à un "stage préparatoire" à la création de l'Union des Comités de Lutte d'Atelier (UNCLA), en juillet 1972.
Il se fera remonter les bretelles, après avoir révélé que la grève, votée à la faible mais incontestable majorité de 587 contre 399, avait été imposée, "à l'ancienne", "sans consulter personne", sous la menace de barres de fer, par les "barbares", en guerre contre leur ingénieur.
"Nous avions mis de grosses chaînes aux portes et empêché tout le monde de sortir: ni café, ni cigarettes...A ceux qui rouspétaient, on a dit: "c'est le vote". Au bout de deux heures, on s'est rendu compte qu'on avait un peu charrié, on a laissé sortir..."
Evoquée dans un texte signé "Marc Jarrel" (publié, en 1974, sous le titre "Eléments pour une histoire de la Gauche prolétarienne" (Cinq ans d'intervention en milieu ouvrier), aux éditions NBE (France 1), cette "prise de pouvoir" brutale de la sensibilité "prolétarienne radicale" survient dans un moment où "Marcel", confronté, d'un côté, à des difficultés personnelles, reflet d'un certain épuisement d'une forme de militantisme forcené, subit l'influence démoralisante d'un C.E. de l' "ex-GP" lui-même en pleine déprime.

Depuis l'assassinat de Pierre Overney, en février, les "grands chefs", ou ce qu'il en reste, ne sont obnubilés que par la question de savoir comment fermer boutique sans se faire casser la gueule par les militants décidés à "venger Pierrot", comme "Mao le Vengeur", à Dunkerque, avait riposté à l'"assassinat" de l'ouvrier Francis, ou le GOAF Coder à celui du vieux Sopazian...
Se posant des questions compliquées sur la démocratie ouvrière - qu'il y a évidemment matière à renforcer à CODER - "Marcel" prend la décision, un peu désespérée, mais courageuse, d'aller s' "établir", seul, sur les dangereux chantiers de la Solmer, à Fos sur Mer.
Car la politique de récession, déjà bien amorcée avant même l'élection de Giscard, en 1974, qui l'accélère, le premier gouvernement Barre, en 1976, qui enfonce le clou, et Mitterrand-Fabius, à partit de 1984, qui terminent le travail, c'est aussi la fermeture progressive des immenses complexes sidérurgiques De Wendel, en Lorraine. La classe ouvrière locale, enrichie par l'intégration d'une immigration notamment italienne (forte d'une profonde culture de lutte prolétarienne), commence à poser trop de problèmes aux anciens "maîtres de Forges". D'autant qu'elle est travaillée, elle aussi, par les maos (premiers Comités de Lutte dans la vallée de la Fensch).
La stratégie des barons de l'acier c'est désormais "la sidérurgie sur l'eau", présentée comme "plus rentable", à distance raisonnable de la terrible Lorraine, avec ses bastions de Longwy, aux "pays des Trois Frontières", ou de la Fensch, sans être trop près de turbulentes agglomérations. C'est Fos-sur-Mer, d'un côté, et le développement d'Usinor à Dunkerque, de l'autre.
Protégé par 150 gardes privés, armés, le chantier de Fos, réputé "le plus dur de France", est alors une vaste fourmilière humaine. Sur un théâtre dantesque, fait de pistes poussiéreuses sinuant entre les marécages, sous un soleil de plomb, l'été, et sous les capricieuses rafales du Mistral, à tout moment, 150 entreprises différentes emploient plusieurs milliers de travailleurs - dont un très grand nombre d'immigrés.
Tout en dirigeant toujours, mais de plus loin, des maos de Marseille où les "intellos", comme partout, épuisés, et comme souvent, désorientés, cherchent petit à petit une porte de sortie honorable, tandis que les ouvriers se rabattent progressivement vers la C.G.T., et le P.C. - et leurs camarades arabes, vers une organisation nouvelle, indépendante, appelée à émerger bientôt sous le sigle M.T.A. (Mouvement des Travailleus Arabes), "Marcel" se met au travail de tuyauteur, et se lie avec Gilbert Picca, un délégué C.G.T. de la société S.G.E., maître d'œuvre de l'ensemble du chantier de FOS, renversé par un camion fonçant sur un piquet de grève,
le 22 juin 1972. Traîné sur 50 mètres, le syndicaliste s'en tirera, mais d'extrême-justesse, avec une cheville fracasssée, et une double fracture du tibia. En novembre 1972, il sera l'un des invités d'honneur du premier congrès de l'UNCLA.
Dans une intervention pleine d'émotion, il y remerciera "les maos de Marseille" pour le soutien qu'ils lui ont apporté pendant la longue épreuve qui devait suivre, pour lui, l'agression dont il avait été la victime.
A Fos comme à Dunkerque, partout où la course à la productivité devient course à la mort, autant que dans les secteurs en crise, où, "faute d'argent", on n'investit plus dans la sécurité, la France bat alors tous les records en termes d'accidents du travail. Un ouvrier y est blessé toutes les 7 secondes, un tué toutes les 40 minutes, soit 36 par jour, 1080 par mois, 12960 par an. (chiffres officiels de 1971).
Mais la Solmer, à Fos, y va quand même fort.
Selon une étude patronale communiquée au Comité d'Entreprise dans le cadre d'une évaluation comptable - coùt des investissements de sécurité, pensions aux veuves, amendes, etc - 400 accidents mortels sont "provisionnés" sur 15 ans de chantier - information rendue publique dans le numéro 30 de La Cause du Peuple J'Accuse, le 30 octobre 1972.
Mais, "sur onze mois, il y en a déjà eu 20...Dont 5 dans les 10 premiers jours d'octobre"...
Après la mort de Laïd Mahfoud, un père de quatre enfants, retrouvé la figure complètement défoncée, et la colonne vertébrale brisée, trois mille ouvriers, presque tous maghrébins, vont manifester au cri de "Solmer assassin" devant la gendarmerie la plus proche. Selon ses camarades de travail, poussé par "un chef raciste" "à monter trop tôt sur une grue", Laïd a fait une chute de neuf mètres - qui n'a donc rien d'un banal accident.
Les immigrés de Fos débrayeront à 100%, le 3 septembre 1973, à l'appel du Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) de Marseille, à l'occasion de la première grève générale des travailleurs arabes jamais organisée à l'échelle d'une région française. (Lire la suite dernière colonne à droite en haut de la page, accès par CLIC ici)

 

 

- Haine de l'islam, des musulmans et des Arabes, campagnes racistes d'hypocrisie hystérique:

 

LES VRAIS INTELLECTUELS FRANCAIS PASSENT A LA CONTRE-ATTAQUE!

ENFIN!

Lire en bas de page la contribution de JP CRUSE  

L'AFFAIRE REDEKER...

CORAN, BIBLE, TORAH...

 


(REBELLES, "Le parti de la banlieue", 3. Marseille, suite de la col de gauche de cette page DEBATS)

Les ouvriers arabes

du MTA

de Marseille,

enfants des "maos"

de la G.P.,
organisent

la première

grande grève

de plus de 10 000

ouvriers immigrés,

arabes,
contre

des attentats racistes

en série,

qu'elle stoppe net!


A Marseille, avec "Marcel le Corse", le travail en milieu arabe, "dopé" par le "coup" du commissariat pour Keloufi, à l'écho considérable, a ensuite continué d'un bidonville à l'autre; il s'est prolongé par les grèves de la faim d'ouvriers immigrés revendiquant la "carte de travail" (lire ici)...Il s'est intensifié avec la naissance du M.T.A. (Mouvement des Travailleurs Arabes), dans l'orbite des "maos", dans toute la France.

C'est à Marseille que le MTA organise la première "grève générale d'ouvriers immigrés" jamais organisée en France- en 1973, avant Paris, et le nord...
Suivie, selon la Préfecture elle-même, par 60% des 30 000 immigrés des Bouches du Rhône - et à 100% sur les chantiers de la Solmer, à Fos, ou à Aix en Provence, elle a été organisée parfaitement, et en un temps record. Elle constitue la meilleure des ripostes à une impressionnante série d' assassinats racistes.
Preuve que ces meurtres en rafales sont bien le fait de groupes extrémistes organisés, et pas des "faits divers" la grève stoppe net cette impressionnante série noire. Même Le Monde ne peut passer pareil événement sous silence. Il y consacre une colonne, le 4 septembre 1973 - alors qu'il est, s'en souvient-on?, très "union de la gauche" (nuance Mitterrand...).

Parfum de haine raciste à Grasse


Tout a commencé par une grève des immigrés maghrébins de la petite ville de Grasse, connue pour les parfums exhalés par les fleurs et plantes odorantes qui font le charme de ses collines, et lieu de naissance du fils d'un gardien de la paix corse et républicain, partisan déclaré du Front Populaire dont il portait le brassard, puis maquisard, Charles Pasqua - "terroriste" en culotte courte de scout devenu le courrier clandestin de son "partisan" de Papa.
A la fin des années 60, la vieille de ville de Grasse est devenu une sorte de "quartier réservé". Dans ce "ghetto" , les ouvriers arabes s'entassent dans des taudis répugnants de crasse, loués au prix fort par des "marchands de sommeil", où grouillent cafards et rats.
Mais, comme l'ont déjà montré, dans des circonstances historiques encore bien pires, de terribles et magnifiques expériences, du ghetto peut surgir l'union, la révolte - et l'organisation, surtout, de la révolte...
Solidement structurés, les ouvriers maghrébins des entreprises du bâtiment de Grasse, rejoints par les esclaves modernes de l'arboriculture et de l'agriculture régionale, s'inscrivent dans les mouvements en cours, dans toute la France, à l'initiative des militants arabes de l'"ex-GP" et sous l'influence générale des maos, pour en finir avec l'arbitraire système des contrats - plus de travail, plus de papiers: "Mohammed, prends ta valise...". Conformément à des textes de lois datant de 1946, mais rarement appliqués, ils revendiquent une carte de travail. Ce document permet au moins à l'ouvrier s'orienter vers un employeur de son choix, et surtout d'en retrouver un, en cas de chômage, ou d'en changer. Un premier pas...
Les grévistes de Grasse ont distribué un premier tract dès le 11 juin dans la vieille ville, hors de tout encadrement syndical. Ils y demandent "la régularisation de tous les sans-papiers", innombrables dans l'arboriculture, et formulent aussi des revendications en matière de salaire et de logement.
Leur avant-garde est composée de 400 ouvriers du bâtiment qui ont eu l'insolence d'aller déposer leurs demandes, en groupe, à la mairie, au cri de "Liberté, Egalité, Fraternité" - devise inscrite au fronton de l'édifice.
Cette impudence républicaine a déclenché, contre eux, une violente réaction du maire, De Fontmichel (droite antigaulliste, ancien de l' "Algérie française"). Les pompiers municipaux, réquisitionnés, refoulent les ouvriers arabes à la lance à incendie.
Mais ces hommes pleins de dignité et de détermination reviennent l'après-midi même, au même endroit. Cette fois, ce sont les gardes mobiles qui se jettent sur eux, et les poursuivant, pour les tabasser un par un, jusque dans les cours d'immeubles.
Certains de ces gendarmes sont eux-mêmes travaillés au corps par de petits réseaux racistes. Ils se livrent à des exactions, fascistes. Des immigrés tombés entre leurs mains sont brûlés au briquet.


- Ordre Nouveau:"Non à l'immigration sauvage!"

La Ligue trotskiste piégée -

Dans cette région où les pieds-noirs sont en grand nombre, une houle de haine se déchaîné, effrayante. "Les Arabes vont venir enlever nos gosses à la sortie de l'école..." Les "ratonnades" se succèdent de jour comme de nuit, et les fascistes d'Ordre Nouveau, le parti, légal, des héritiers de Mussolini, Longuet, Madelin et Devedjian, commencent une campagne "Non à l'immigration sauvage".
Elle va s'étendre à tout le pays, débouchant sur l'appel à un grand meeting à Paris, le 21 juin 1973. Cette initiative entraîne une vigoureuse réaction des maos, poussant devant eux la malheureuse Ligue Communiste de Krivine - déjà presque exclusivement composée de "petits-blancs" se proclamant anti-racistes, mais peu présents sur le terrain de l'immigration.
En perte de vitesse dans la jeunesse parisienne, où les maos sont devenus hégémoniques, la Ligue de l' honnête Recanati, traînant à ses basques le rusé petit Goupil - aujourd'hui "Bushiste d'extrême-gauche"... - se croit obligée de surenchérir sur le terrain militaire.
A son tour, et de façon excessivement ostentatoire, elle se résout à former des colonnes de lanceurs de cocktail-molotov, qui assaillent Ordre Nouveau, bravement. Elles sont flanquées par les maos, noyés dans la foule - tout aussi efficaces, mais plus discrets.
Les CRS sont venus protéger les fascistes sur décision du ministre de l'intérieur Marcellin bravant l'avis du premier ministre gaulliste Chaban-Delmas, déjà très isolé dans l'entourage de Pompidou. Ils doivent reculer plusieurs fois, devant les charges successives, furieuses, de combattants antifascistes déchaînés, commencées à l'artillerie légère (cocktails) et terminées au corps à corps (barres de fer). L'impulsion décisive est donnée par nos jeunes gars de Renault, d'Issy-les-Moulineaux, ou de la banlieiue nord (Chausson Gennevilliers, Unic etc).
La Ligue est alors interdite, à son tour.
Au même moment, à Grasse, un "Comité de Vigilance" (anti-immigrés) prépare une manifestation de masse, avec un vrai risque de lynchages de style Setif (en mai 1945). L'atmosphère qui règne dans la ville commence à ressembler à celle des "pogrom" anti-juifs, sous le régime tsariste, ou de l' "épuration ethnique" de 1948, anti-arabe, fondatrice de l'Etat d'Israël.
Mais le dangereux "front uni" (fasciste) qui se met en place est brisé par le refus des petits commerçants contestataires du CID-UNATI de l'ancien ouvrier du bâtiment devenu patron de café Gérard Nicoud, que les maos de Grenoble ont eu l'excellente idée de soutenir dans leurs affrontements contre les C.R.S. autour de leur fief de La Tour du Pin (Rhône-Alpes), alors que la Go-gauche et ses domestiques d' "extrême-gauche" les insultait en les traitant de "poujadistes"...Petits patrons de café, restaurateurs endettés, épiciers, ces tout petits travailleurs indépendants, ruinés par la prolifération des grandes surfaces, qui cassent les prix, ont lu La Cause du Peuple, seul organe de presse à comprendre la dimension anticapitaliste de leur étonnante rébellion. Ils en ont retenu quelque chose, et refusent, donc, à Grasse, d'aller "casser du bougnoule"...
Une des associations de rapatriés de la cité des parfums rallie la position des partisans de Nicoud - tous les "pieds-noirs" ne sont pas des fachos. Le pire est évité. De justesse.
Mais le préfet de la République ne fait pas son boulot.
L'Etat protége les "ratonneurs racistes". La "grève arabe" s'étiole, et des milliers d'immigrés fuient la ville - préférant perdre tout travail, que perdre la vie.

Et c'est à ce moment qu' une nouvelle vague se lève, à Marseille, où la déferlante "brune" partie de Grasse, et gagnant Nice, puis Toulon, a trouvé une brèche.
Le 25 aout, un conducteur de bus, Emile Gerlache, est sauvagement assassiné par un malade mental algérien - lui-même lynché sur le champ après avoir blessé plusieurs passagers, dans une crise de démence.
"Nous en avons assez! Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens!, écrit - si on doit appeler cela écrire - l'éditorialiste phocéen Gabriel Domenech, le lendemain même, dimanche 26 aout, en première page du deuxième quotidien de la ville, Le Méridional - rival, en théorie, du Provençal du maire socialiste Gaston Defferre, mais où l'influente et richissime bourgeoisie de gauche de la grande métropole portuaire possède aussi des intérêts...
"Nous en avons assez, poursuit le "journaliste", de cette immigration sauvage qui amène dans notre pays toute une racaille venue d'Outre-Méditerranée..."

"Racaille..."

"Racaille"...Le mot ne date pas de 2005, sur la dalle d'Argenteuil..
Et, hier comme aujourd'hui, les mots entraînent des actes.
Le jour-même, tout autour de Marseille, commence une longue série d'assassinats de la "racaille".
A l'époque, le mot désigne, chez un éditorialiste reconnu, ayant pignon sur rue, carte de presse attribué par la Commission de la carte, déontologie-bla-bla-bla etc., les travailleurs immigrés en grève pour le droit à la dignité la plus élémentaire.
Aujourd'hui, "là où le balai n'est pas passé" (Mao), "la poussière ne s'en va pas d'elle-même", et les enfants ou petits-enfants de cette "racaille"-là, faite d'ouvriers durs à la peine, rejetés comme des citrons pressés, mis au chômage, prisonniers de la déprime ou de l'alcool plus, hélas, que pris d'ivresse mystique, sont devenus des rebelles suicidaires, sans mots pour exprimer l' indicible humiliation lue par les fils dans le regard des pères, porteurs d' une infinie exigence de respect - pour leurs anciens, brisés, comme pour eux-mêmes...
Aux source d'une aveugle violence, succédant à la résistance organisée et bien dosée des années maos, qui offrait la perspective d'une montée en puissance progressive, et d'une issue, politique, ces "sauvageons" à capuche au langage syncopé et aux yeux vides d'espoir sont devenus la cible d'un autre discours du "nettoyage" et de la "racaille"...

Si devait devenir définitive - ce qui n'est pas - la désertion politique en rase campagne qui fut, fin 1973, quelques mois après la grève de Grasse et ses suites marseillaises, celle de "dirigeants" maos ayant, selon eux, consacré trop d'années de leur vie à la défense de ces immigrés devenus les pionniers du meilleur des combats, les fils abandonnés de tous, même de ceux qui s'étaient portés jadis au côté de leurs pères, subiront les provocations et l'escalade d'une "guerre civile ethnique" savamment programmée - devenant les "cibles", à leur tour, des forces nouvelles, organisées, des "néocons" de France, ou d'ailleurs, capables de bien pire que le vitupérant Domenech et son ami Le Pen...

Mais à Marseille, Toulon, La Ciotat ou Fos sur Mer, en cet été brûlant de l'an 1973, la décomposition du phénomène mao, bien avancée, n'est pas encore complète.
Le travail amorcé mi-juin 1968, à Flins, relancé là-même un an après, poursuivi à Marseille avec la campagne Keloufi et l' attaque du commissariat de la Halle-Puget garde encore de sa puissance. Comme la construction d'une première base ouvrière, à CODER - initiée par la défense d'un ouvrier traité de "sale arabe" et violemment projeté contre un tas de caisses, prolongée par le travail dans les bidonvilles, l'implantation à Fos, etc.
Et tout cela va permettre une riposte exemplaire à la campagne raciste en cours.

Cette vaste opération de guerre civile raciale, dotée de gros moyens, se manifeste aussi par des affiches: "Halte à l'immigration sauvage!", "Halte à la peste brune!", "Assez! Sept algériens violent une jeune fiille de Manosque" etc.
Dans la ville de Gaston Defferre devenue depuis celle de Jean-Claude Gaudin, un "Comité de Défense des Marseillais", né de l'affaire Gerlache, appelle ceux qui en ont "assez" à descendre dans la rue.
Ils sont plusieurs centaines.
L'extrême-gauche anti-raciste légaliste appelle à une "riposte": un rassemblement en salle réunit 2000 personnes, sous la menace d'une contre-manifestation du "Comité de défense des Marseillaisé", réduit, pour l'occasion, aux fascistes d'Ordre Nouveau - admirateurs et successeurs de Madelin, Longuet et Devedjian.

A Ollioules, près de Toulon, Alexandre C., un ancien para en liberté conditionnelle après quelques écarts, réunit autour de lui une petite bande de jeunes attirés par son discours sur "l'assainissement national" par des "fours crématoires", destinés, non aux juifs, mais aux ouvriers arabes. La maison isolée d'un immigré est attaquée à coups de pierres, puis à coups de feu...
Mais les bandes de jeunes du Var sont déjà largement multi-ethniques, et les patrons du bâtiment eux-mêmes occupés à se défendre contre les plaintes légales en prudh'ommes engagées par les immigrés, par dizaines, pour la carte de travail, n'ont ni le temps ni même l'envie d'aller "ratonner"... des ouvriers - sans lesquels ils ne seraient rien, et devraient fermer boutique!
Ailleurs, c'est pire.
Les tueries d'Arabes réalisés par de petites bandes armées politisées préméditant soigneusement leurs assassinats se combinent avec des attaques menées en bande organisée contre les bidonvilles. Les baraques flambent, incendiées comme gourbis de "blacks" par le Ku-Klux-Klan du "Deep South"...

A Fos, autour de "Marcel", la situation n'a rien non plus d'idyllique.
Sur les chantiers de la Solmer, pas de "chasse aux arabes", certes.
Mais les ouvriers hautement qualifiés, le plus souvent français, se répandent en propos méprisants, sur "les Arabes" de Fos, "des fainéants", qui "n'ont pas la même mentalité que nous", ne "veulent rien apprendre", et "restent sur le chantier à manier la pelle et la pioche sans se fatiguer..."."Les patrons perdent de l'argent à faire travailler les Arabes, c'est à cause de la politique..."
Il faut un coup d'arrêt.

La "rupture" salvatrice survient le 1er septembre 1973. Le corps de Ladj Lounes, un jeune algérien de 17 ans sauvagement abattu quelques jours plus tôt (lire ici) est porté au bateau par 2000 travailleurs arabes. Ils prennent conscience de leur nombre, et de leur force. La veille, à La Ciotat, toute proche, une agression raciste au cocktail molotov a déjà déclenché une grève des maghrébins du bâtiment, et du chantier naval. Décidée et proclamée aussitôt, le jour des obsèques de Lounes, par les militants marseillais du M.T.A., la "grève des immigrés" s'organise alors à toute allure.
En 48 heures, une masse d' ouvriers arabes des Bouches du Rhône ont approuvé l'idée. Ils se sont engagés, ferme - malgré les conseils dissuasifs de l'Amicale des Algériens de France, hostile aux maoistes pour des raisons de politique intérieure algérienne, et gangrenée par la bureaucratie comme par la corruption. La C.G.T., de son côté, dénonce "l'aventurisme" du M.T.A.


Aux uns comme aux autres, la réponse est cinglante.

Lundi 3 septembre 1973, jour fixé pour la grève, de Fos (100%) à Marseille, Aix (100%) ou La Ciotat, la "grève arabe" est massivement suivie.
La préfecture des Bouches du Rhône, qui vient précisément d'expulser deux activistes du M.T.A., estime l'arrêt de travail à 60% de la main d'œuvre immigrée des Bouches-du-Rhône.
Même les boutiques des commerçants ont porte close.
Le lendemain, le mouvement s'étend à Toulon, avec un défilé, et des délégations à la préfecture du Var, ainsi qu'à la mairie.
"Traités de voyous ou de fainéants, d'assassins ou de gangsters, ils répondent: "Nous sommes des travailleurs, et pour le prouver, nous ferons grève!", commente La Cause du Peuple J'Accuse dans son numéro 48, daté du jeudi 13 septembre 1973.
C'est le dernier numéro. On ferme.
Notre magasine aura été, jusqu'au bout, un bon et vrai journal.
A quelques semaines à peine de la deuxième mort de la GP, il s'efface devant Libération - qui se lance...


Cherif, du bidonville de La Folie (Nanterre) aux maos de la fac,
au M.T.A, et aux ventes de "Libé", à la criée...

Dans le beau coffre en bois de son modeste HLM d'Asnières, dans les Hauts de Seine, Cherif, ancien du M.T.A., aujourd'hui père de famille alternant périodes de chômage et "petits boulots", et toujours combattant pour la Palestine, cherche et retrouve sans peine les premiers exemplaires de Libé pieusement conservés par cet enfant du bidonville de La Folie, Nanterre, venu traîner autour des militants de la fac avec les autres gamins de son âge, avant de participer à toutes les actions des maos, dans la zone nord (Nanterre-Gennevilliers- Asnières- Argenteuil- Puteaux-Clichy etc)...
Ces Libé, "à la fin de la grande époque", il en achetait par "piles de 20, au kiosque", avec "les autres copains", tous aussi fauchés que lui, pour "faire du chiffre"...Infatigables, ils allaient ensuite les revendre à la criée.Ils reversaient scrupuleusement chaque centime rue de Lorraine. Comme le dit lui-même avec un doux sourire sans joie cet homme endurci par une vie difficile, sur un parcours commencé dans un lieu de misère devenu la source d'une rébellion profonde et collective, toujours vibrant d'espoir, et absolument dépourvu de toute haine, même pour "ceux qui nous ont lâchés", "on a dû arrêter très vite".
Dès la guerre du Kippour, à l'automne 1973, Libération, où July, mis en place à coups de pied au cul par la G.P. mais désormais convaincu d'avoir un avenir personnel de "patron de presse", et prêt à tout pour y parvenir, prend ses distances avec la Palestine, en s'appuyant sur Philippe Gavi, et bientôt sur Kravetz.
Il est loin le temps où Serge sanglotait de panique, devant Houcine de Renault et "Pierre Victor", dans le petit local du Comité de Lutte, à Boulogne-Billancourt. Jusqu'aux grèves des foyers Sonacotra, il collera, pour des raisons autant commerciales que politiques, et aussi par prudence, avec les luttes des ouvriers immigrés sans lesquelles "son" journal ne serait pas né. Ensuite, il ira se perdre dans un trouble flirt avec SOS-racisme, refusera de confier la rubrique immigration à une jeune candidat prénommé Nidam, spécialiste du raï,"parce que, selon l'expression même d'un rédacteur en chef, trotskiste, "il risquerait de manquer de distance avec le sujet" (lire ici)
Boucle enfin bouclée, peu avant l'éjection, salvatrice, de Serge July, le journal qui avait été cher au cœur de Cherif et de ses copains du bidonville, ira jusqu'au bout de l'abjection raciste, en relayant l'infecte campagne anti-arabe, anti-"blacks" et anti-jeunes de banlieue dite "affaire du RER-D..."

C'est par Cherif, passé entre temps par Marseille, en 1979-80 (où il a travaillé à la programmation cinématoraphique d'une salle de la ville, puis fondé, avec d'autres, la première association de défense du cinéma d'art, d'essai et expérimental dans le Sud de la France, avant d'acquérir la qualification de formateur aux métiers du bâtiment), que je retrouverai la trace de Sadok Ben Mabrouk, le dynamique porte-parole des O.S. rebelles de Renault-Billancourt.

C'est la grève de la faim de Sadok, en compagnie du portugais José Duarte et de Christian Riss, contre leur licenciement à tous trois, qui allait se trouver au cœur de la bataille où allait être assassiné notre ami Pierrot.


C'est par Cherif enfin que je pourrai joindre "Dédé la Couenne", d'Argenteuil, lui aussi toujours accroché à sa banlieue, au terrain, et au combat.

L'enfant de La Folie lui-même, la chance l'a mis sur mon chemin à l'occasion du déménagement d'un très ancien ami commun, Jean-Paul, dit "Sergent-chef", ancien "syndicaliste prolétarien" de la CGT Hachette, avant 1968, membre des groupes de choc des C.V.B. et de ceux de la G.P., ami de longue date du couple Linhart puis de Pierre Overney, devenu veilleur de nuit militant de la CGT-Libé, activiste d'Europalestine, et co-fondateur du Cercle Charles Tillon d'Aubervilliers.
"Sergent-chef" avait connu Cherif à l'époque mao-MTA, avant de tomber sur lui, plus récemment, au détour d'une manif pour la Palestine.

A suivre par:

REBELLES

III

Le Parti du Travail

1.

Renault: l'affaire DREYFUS - ici

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Chercheur au CNRS, Patrick Prado se livre, dans les colonnes du Figaro, ce jeudi 5 octobre, à une décapante autant qu'insolente analyse.

"Quand laissera-t-on tranquilles nos frères musulmans? (...) Fichons leur donc la paix.

Quand le jeu de l'allusion provocatrice et de la menace va-t-il cesser?

A quel usage sert-il donc, sinon à attiser sans répit le feu de l'intégrisme, avons-nous vraiment besoin d'en réactiver périodiquement l'énergie afin de légitimer notre panique du terrorisme et notre guerre contre les "Forces du Mal"?

 

"Et l'intégrisme est-il toujours du côté que l'on pense?

Le professeur Redeker est un récdiviste de l'insulte antimusulmane, et il n'est pas le seul.

(...) Plutôt que par une irresponsable et dangereuse fatwa, d'ailleurs non pas émise par quelques imam mais par d'irresponsables illuminés (...) l'agnostique signataire de ce lignes n'est pas allé bien loin chercher des propos de violence religieuse, comme de tolérance, dans les trois religions monothéistes."

Et de citer, non seulement les sourates de paix et les versets de pardon contenus, effectivement - à côté d'autres propos - dans le Coran, mais" deux chapitres de guerre et dix versets d'insultes tirés de la Torah, et donc des cinq premiers livres (Le Pentateuque) de l'Ancien Testament, juif autant que chrétien: (...)

 

" Nous nous mîmes à marcher jusqu'à ce que toute la race des premières gens de ce pays eût été exterminée du camp selon ce que le Seigneur avait juré" (Deutéronome, II, 11)...

 

"Je multiplierai vos plaies sept fois (...) J'enverrai contre vous des bêtes sauvages qui vous dévoreront, vous et vos troupeaux (...) J'enverrai la peste au milieu de vous (...) Je vous rédurai jusqu'à vous faire manger la chair de vos enfants" (Lévitique, XXVI, 16-33).

"En fait de religion pacifique, poursuit le chercheur, chrétiens, juifs, encore un effort!"

 

"Citations, pièges à confusion et à fanatisme, écrit encore Patrick Prado. Mais pourquoi choisir à la Redeker ou à la Houellebecq la pire des évocations plutôt que le meilleur de ces livres (...) écrits, pour une bonne part, en période de guerre religieuse, de conquête territoriale et d'autodéfenne pour la survie" (...)

 

"Le Coran, la Bible, la Torah, ne sont pas des livres à l'eau de rose (...) On peut y trouver ce que l'on cherche selon la mode et la violence des temps. Alors, nous recommandons chaudement au professeur Redeker (...) de lire, au moins, une fois sérieusement le Coran, et nous nous engageons, qu'il le fasse ou non, à nous opposer par tous les moyens à la bêtise criminelle de l'incertaine fatwa qui le vise.

Redeker n'est pas Rushdie. Peut-être redécouvrira-t-il un jour, en tant qu'intellectuel et philosophe, ce beau mot de tolérance et ce que KANT APPELAIT "L'ESPRIT ÉLARGI", À SAVOIR QUE L'ESPRIT RELIGIEUX N'EST PAS PAR NATURE INTOLÉRANT."

Au passage, cet érudit à "l'esprit élargi" - que le Figaro, souvent moins inspiré, s'honore de publier - rappelle aux imbéciles, aux racistes et aux incultes - ce sont parfois, mais pas toujours, les mêmes - "le verset 45, dit de l'Annonciation", de la sourate d'Imran, où le Coran rejoint le plus pur christianisme: "Ô Marie, Dieu t'annonce la bonne nouvelle d'un Verbe émanant de lui. Son nom est le Messie, Jesus, fils de Marie, illustre dans ce monde et dans la vie future. Il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu"..."Mahomet est un prophète parmi d'autres. Des prophètes ont vécu avant lui" (III,144)

 

- Une belle leçon de modestie, et de philosophie aussi, c'est-à-dire de Sagesse, pour les faux prophètes, mais vrais provocateurs cherchant à bouter le feu, à la Robert Redeker...

LE POINT DE VUE DE JEAN-PAUL CRUSE


- REDEKER: ET SCHOEMANN ? -

L'affaire REDEKER enflamme les esprits. Ce fils, nous dit Le Monde, d'un soldat nazi de l'AFRIKA KORPS - les troupes coloniales de Hitler qui dévastèrent l'Afrique du Nord pendant la seconde guerre mondiale - est prof de philo, dans le civil. Il ne s'intéresse pas à la philosophie allemande - un sujet pourtant à la mode, dans son milieu - mais à l'islam, bien sûr, inépuisable thème sur lequel l' inculture la plus crasse n'empêche jamais les ignorants de dégoiser les pires insanités... Le FIGARO - qui a bien le droit d'écrire et de publier n'importe quoi, c'est la presse...- a jugé ce torchon digne d'être édité, sous la noble qualification de "tribune libre".

Là-dessus, REDEKER affirme avoir fait l'objet de menaces, provenant de musulmans, ou présumés tels, qui se seraient exprimés contre lui, pour lui intimer de la boucler, sur INTERNET. La DST et les services de SARKOZY ayant confirmé les dires du fils du guerrier colonial, tous les journaux - et l'organe de BHL, en première ligne, ce jeudi - considèrent que l'enquête est faite, et la vérité établie...

L'insupportable Glucksmann, et son nouveau porte-flingue, l'ancien intellectuel Olivier Rolin, jadis combattant de l'anti-racisme... militaire, hurlent au scandale dans le colonnes du journal d'Alain Minc, ouvertes, béantes, à leurs bêlements. Flanqués de quelques seconds couteaux, ils nous somment, tous, de soutenir le soldat REDEKER, devenu le symbole d'un viol odieux - et islamique - des Droits de l'Homme.

Sommés nous sommes: donc, au garde-à-vous, et sous contrainte des Maîtres, nous soutenons. Et soutenons, les souteneurs - sur la foi de REDEKER, des flics, du Ministre de l'Intérieur-candidat, et du couple de renégats André Olivier GlucksRolin. Espérons, Inch Allah!, qu'il n'arrive pas à ce nauséabond "intellectuel", ou prétendu tel, ni à ses peu ragoûtants promoteurs, de quoi venir couronner sa provocation... Il y a des imbéciles partout, même chez ceux qui disent défendre l'islam... Autant, ou presque, que chez ceux qui crachent sur cette grande religion, noble sœur du christianisme, "soupir, elle aussi, selon la belle expression du sage Marx, "de la créature malheureuse" - et fille, elle aussi, d'une superbe civilisation remontant à la nuit des temps...Et quand les imbéciles gratuits se font attendre, il y a des gens vénaux, qu'on paye pour faire du mal...

- Mais quand des menaces de mort bien réelles parviennent, sous forme de lettres anonymes, au domicile de citoyens engagés dans le combat anti-raciste, pour la Palestine, l'Irak, ou d'un ancien héros du combat clandestin contre l'OAS, Lucien Bitterlin - un vieillard aujourd'hui sans défense -, quand elles visent une avocate exemplaire, Isabelle Coutant-Peyre, figure courageuse du barreau de Paris, respectée de ses pairs, et quand elles sont accompagnées de balles de revolver, envoyées, sous enveloppe, par un frappadingue, collectionneur, qui plus est, d'un stock impressionnant d'armes de guerre, persone ne moufte.

Il est vrai que le "Corbeau d'Israel", l'auteur de ces menaces ignobles, ouvertement terroristes, et qui continue à narguer ses victimes, avec une arrogance cynique, jusque sous le nez des (indulgents) magistrats chargés, théoriquement, de le juger, affirme agir pour le plus grand bien de l'Etat colonial qui-a-bien-le-droit-de-se-défendre - et qui ne survit que par la guerre, l'épuration ethnique érigée en coutume, et les massacres, depuis que le "dur XX ème siècle", et les puissances du temps, ont enfanté, dans le sang, cet avorton sans avenir, fils des rêves racistes de Théodor Herzl... Il est vrai, aussi, et surtout, que cet héritier de l'autrichien pervers, aux fantasmes de mort et de terreur, et aux balles réelles, se prénomme RAPHAEL - et pas OMAR, ALI ou MOHAMMED...(Pour en savoir plus sur le scandale Schoemann, cliquer ici)

Jean-Paul CRUSE

Journaliste indépendant, écrivain

Paris (FRANCE)

Article publié sur le blog IMBONGI

6.10.06 14:56

Aller voir Imbongi: clic ici



 

Pour le grand intellectuel chrétien Jean Baubérot, historien du protestantisme, spécialiste de la laïcité à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, s'exprimant dans Le Monde du 6 octobre, les signataires de l’appel en faveur de Robert Redeker, publié dans le journal d’Alain Minc il y a 3 jours (l’insupportable Glucksmann et son compère Olivier Rolin, ou ce qu’il en reste, lui aussi professionnel de l'engagement à élasticité contrôlée, flanqués de quelques seconds couteaux- NDLR) ont, certes, raison, de se placer sur le terrain « de la défense vigilante de la liberté d’expression »... Mais ils sont indéfendables d’assortir leur défense de Redeker d’un « quel que soit le contenu de l’article ».
« J’imagine la situation en 1894; supposons une minute qu’ait existé à l’époque un groupe d’extrémistes menaçant Edouard Drumont ou un autre publiciste antisémite (…) Pouvons-nous concevoir ceux que l’affaire Dreyfus allaient faire qualifier d’intellectuels écrivant pour défendre le publiciste attaqué « quel que soit le contenu des articles de la Libre Parole » (l’organe de Drumont) (…)

La lutte contre l’intolérance ne dispense pas de la lutte contre la bêtise haineuse»

L'entretien Elisabeth Lévy Tareq Ramadan
 

C'est à un modèle d'entretien philosophique autant que journalistique que le journal Le Point, en date du 6 octobre, nous convie, à propos de l'affaire Redeker. Situons les deux boxeurs - les deux intellectuels émergents dans le désert du débat français du début du XXIème siècle. Elisabeth, d'abord: journaliste pétillante, cultivée - quand son sionisme militant ne l'aveugle pas trop-indépendante et courageuse, elle est l'unde des figures centrales de la mouvance souverainiste, nationale-républicaine en France (en contradiction avec le nationalisme ethnique, qui semble constituer le fond de son point de vue sur Israël. Ramadan, maintenant:le philosophe suisse, conseiller anti-terroriste de Tony Blair, semble avoir dépassé ce qui avait caractérisé la première phase de son travail, sur cette terre de mission, et donc de djihad, mais au sens le plus profond et le plus spirituel, non militaire du terme, qu'est pour lui l'Occident - dont il se réclame, à juste titre, en tant que musulman. Celui qui avait été le "sparring-partner" (ou le punching ball) de speedy Sarkozy à la télévision, et qui semblait tenté, lui aussi, piégé par son abord séduisant, par le rôle mediatique d'une sorte de BHL-beur, a beaucoup réfléchi, et mûri. Dans un de ses derniers articles, de très haute tenue, il incite les jeunes musulmans d'Europe, qui sont nombreux à l'écouter, à l'admirer, et à le suivre, à ne pas s'enfermer, ni s'aigrir, dans la posture "victimaire". A ne pas à se replier sur leur "communauté". Mais à se jeter hardiment, et de la façon la plus ouvertes, dans les eaux agitées de leur société, qui est la nôtre, à tous, et à y devenir le ferment constructif d'un grand et nouveau "Nous". En particulier, au niveau de l'engagement local le plus concret, municipal. En réponse aux questions-dialogue de sa "sœur" juive, Elisabeth Lévy, qui ne le comprend pas toujours, mais semble aujourd'hui le respecter, autant qu'il la respecte, Ramadan condamne, come tous les gens censés, les menaces contre Redeker (- si elles ont existé. NDLR). Mais il refuse le terrorisme de la pensée consistant à interdire, au même moment, et en même temps, de critiquer le texte "approximatif, grossier, par moments haineux et raciste" du petit prof.

"Pour se distinguer d'un univers fantasmé de l'islam, poursuit-il, certains intellecuels et journalistes redéfinissent les principes de l'Occident de façon caricaturale (...) Certes, la provocation et le blasphème " (comme vient de le lui dire Elisabeth) "font partie de l'unvers culturel européen, mais la liberté d'expression n'y a jamais été absolue. Des lois limitent l'expression du racisme, de l'antsémitisme - et pafois du négationnisme - de même qu'il existe dans chaque société une sensibilité commune que les citoyens respectent intuitivement parce qu'elle permet la cohésion nationale. Il ne viendrait à aucun individu sensé, en Europe, de se moquer de la souffrance du peuple juif. Il est bon qu'on ait cette pudeur intellectuelle quand on touche à la sensibilité des gens.Il ne s'agit pas d'autocensure, mais de dignité dans l'usage que l'on fait de ses droits. certains propos peuvent être légaux, mais stupides ou insultants, et s'entêter à promouvoir la stupidité ou l'odieux au nom du droit que l'on a à le faire ne préjuge rien de bon pour nos démocraties. Il ne s'agit pas d'être moins soi-même, mais simplement, et humblement, de mieux savoir qui est autrui (...)

" Je ne cesse de répéter que les musulmans doivent prendre une distance intellectuelle critique, comprendre leur société, et s'opposer aux réctions émotives et violentes tout à fait disproportionnées. Ils doivent répondre par une réflexion argumentée..."

A lire intégralement dans l'hebdomadaire du milliardaire Pinault, toujours en kiosque jusqu'à mercredi soir.

Merci Elisabeth, merci Tareq, et merci au Point - dont la tonalité générale est toutefois affaiblie par un éditorial d'une rare indigence de F.O.G. et une chronique très pauvre d'un BHLen petite forme.

 

Faut-il en finir avec Danielle Bleitrach ?

En Provence, nous avons une très jolie expression pour désigner les gens comme Redeker, « il verrait passer un bel enterrement, il voudrait être le mort »…

? La question que je voudrais poser aux belles âmes qui s’inquiètent pour la liberté d’expression, pour ce pauvre Redeker menacé et qui sont prêt à le soutenir même s’ils détestent son idéologie est de savoir ce qu’ils font quand les menaces me concernent ? Je ne parle même pas des autres, les BHL et autres Adler et Finkelkraut, ils s’en foutent même si je suis leur coreligionnaire, il n’est de bon juif que sioniste… D’ailleurs il faut reconnaître à leur décharge qu’il n’y a même pas à être juif, la liberté d’expression est réservé aux sionistes, aux pro-étasuniens… Les autres peuvent crever en tout cas être censurés…

? Est-ce que la DST va se mobiliser, est-ce qu’elle va intervenir pour faire fermer les sites où on en appelle au meurtre contre moi ? Est-ce que l’hebdomadaire Marianne et son impertinent directeur J.F.Khan va se refendre d’un article sur le thème « une femme est menacée ? »

Car je voudrais signaler que j’ai personnellement subi à peu près tout ce qui peut exister en matière d’intégrisme et de menaces fanatiques. Il y a eu les néo-nazis de ZZZ XXX (celle-ci proposant que Chavez me tonde comme collaboratrice, j’ai jugé que le péril n’était pas très grand). Son ami et collègue en néo-nazisme, XXX YYY est allé nettement plus loin jusqu’aux lettres de dénonciation, distribution de tracts, au point que mon président d’Université excédé a menacé de porter plainte pour harcèlement.
Mais cela ne s’est pas arrêté là, les sionistes en particulier les fascistes du Betar m’ont poursuivi et insultée de belle manière. Ainsi sur un site intitulé AntiTerrorismCoalition • The Anti-Terrorism Coalition (ATC) voilà ce qu’on peut lire me concernant et je ne cite ce texte que pour mémoire, il y en a d’autres ou entre autres gracieuseté je suis traitée d'idiote, de truie et également soumise à une fatwa de meurtre….

Voici donc le texte :

"Il faut en finir avec Danielle BLEITRACH
La liquidation de cette nuisance s’impose dans les plus brefs délais. Bien entendu, la saleté dont la marque apparait ici, ne doit pas être détruite seule. C’est l’ensemble de ces nuisances, accidentellement nées juives qu’il faut éliminer sans pitié, avec férocité. Hélas, on en trouve même en Israël.
Des aliénés s’imaginent pouvoir parler avec ces nuisances, comme les illuminés s’imaginent parler avec les esprits. Leurs propos sont exactement de même nature.
Cette pourriture qui pollue la terre, est de la même engeance que les nazislamistes ou n’importe quelle autre variété de nazi. Ca doit se détruire sans discuter, sans se poser de question. Au contraire, ne pas détruire ces saletés, quand on en a l’occasion relève de la non assistance à Juifs en danger."


Alors je pose la question : « qui va se mobiliser pour me défendre ? » Rassurez-vous je connais déjà la réponse, personne et même pas dans mon propre camp…

La seule chose que je demande alors est l’arrêt de l’hypocrisie : dites clairement que seules certaines personnes ont le droit à la parole, voir à la vie … Et que c'est ce régime d'apartheid que vous appellez la démocratie...

Danielle Bleitrach

NOTE DE LA REDACTION

Pour des raisons strictements juridiques, nous avons dû nous résoudre, le cœur serré, à supprimer deux noms qui figuraient en toutes lettres dans le texte ci-dessus de Danielle Bleitrach, universitaire renommée, et militante anti-impérialiste infatigable. Elle a tout notre respect.