- Indissociable du débat sur les objectifs de lutte
- où tout ce qui ne dessine pas, serait-ce à très
gros traits, l'esquisse d'une voie "post-capitaliste"
allégée de la langue de ferraille du
"socialisme de grand-papa" est perte d'énergie,
et perte de temps - la discussion sur les formes
d'action populaires, syndicales, ouvrières, prolétariennes,
rebondit ces jours-ci, à l'approche de congrès vitaux
des grandes confédérations de salariés,
avec la publication d'une enquête de l' (excellent)
journal patronal Les
Echos.
- Qu'ont découvert, non sans effarement, nos excellents confrères?
S'appuyant sur un sondage réalisée, à leur demande,
par un institut sérieux, ils constatent d'abord que, face aux
ravages de la crise, doublés de l'incompétence avérée
des "décideurs" de la supposée
"élite", 75% des ouvriers se déclarent
favorables aux « modes de revendication les plus
durs ", sans exclure "le recours à
la force". C'est beaucoup, et c'est
bien: mais, chose plus surprenante, les cadres sont 43 % à
"comprendre" ce recours à la force - et à
ne pas l'écarter pour eux-mêmes. Ce qui ne les empêche
pas, et c'est d'autant plus remarquable, de réaffirmer leur fidélité
dans l'entreprise privée et ses principes. 65 % d'entre eux estimant
que l'économie vit une crise importante, mais que «
le système actuel reste le meilleur des systèmes »
Encore deux fois plus nombreux que les ouvriers à parler, à
propos de leur entreprise, d'enthousiasme (26 %), de fierté (33
%) et même d'attachement (43 %), ils ne sont toutefois
qu'à peine un sur deux à toujours estimer "que
les intérêts des dirigeants de leur entreprise et des salariés
vont dans le même sens." Les cadres sont aussi
93 % à valoriser la notion de « solidarité
» et presque autant (92 %) celle
de « partage » - mises en avant par (seulement)
74 % et 77 % des ouvriers...
- Quelques leçons à tirer de cette
enquête:
- 1. La crise des classes moyennes s'élargit
et s'approfondit, minant la base d'appui du "sarko-capitalisme"
de la grande bourgeoisie financière. En conséquence,
les séquestrations de cadres sont à manier avec doigté,
risquant de rejeter dans le camp de l'ordre et de la sécurité
patronale des gens qui s'en détachent: sauf à
concentrer le tir sur les "hauts cadres dirigeants",
seuls vrais responsables, précisément parce qu'ils ne
dirigent plus, feignant de le faire pour se livrer à un travail
de larbins de la finance.
- 2. Le
débat sur les séquestrations, vif, à
juste titre, dans les années
70, s'est donc trouvé complètement en porte-à-faux
en 2008-2009. D'autant qu'il est venu dans le cadre de conflits
ultra-défensifs, portant plus sur le taux des indemnités
de départ que sur des alternatives à la "casse"
économique et sociale..
- 3.En revanche, les
dirigeants des grandes confédérations syndicales, et,
sans doute, tout particulièrement, ceux de la CGT, semblent
être passés à côté de l'incontestable
soif d'action, mais d'action collective intelligente à haute
portée sylmbolique, et donc susceptible, à ce
titre, d'entraîner autour d'elles le plus large rassemblement
populaire et donc de bouleverser les équilibres sociaux et politiques,
telle qu'elle s'est manifestée avec les "opérations
coups de poing" de la jeune génération
d'EDF-GDF, et plus spécialement les "coupures
de courant ciblées", visant des objectifs
économiques, mais épargnant les quartiers populaires,
réalisés par des commandos syndicaux de pères
de famille "cagoulés", et allant
même jusqu'à des baisses de tarifs "sauvages"
ou des rétablissement de courant tout aussi
"sauvagement solidaires" à des familles
prolétariennes vivant dans la grande précarité
Actions
de haute portée, loin du repli corporatiste sur la défense
de "bastions" archaïques en voie de
repli ou d'extinction, avec les niveaux de salaire et de protection
statutaire qu'il contiennent, et qui devraient aussi entraîner
une réflexion plus générale sur les possibilités
de "grèves de gratuité" dans
les services publics comme les transports (RATP, SNCF), consistant
à "rouler" sans faire "payer".
Schéma que compléterait de la façon la plus
heureuse un soutien plus affirmé des militants
expérimentés et bien organisés des "bastions"
syndicaux des services publics ou de la grande entreprise privée
(automobile...) aux luttes de terrain initiées par les familles
les plus précarisées et prolétarisées elles-mêmes,
comme celles des familles d'Aubervilliers,
sur le logement ou l'exclusion
scolaire, actions qui elles aussi savent se monter très
inventives sans forcément recourir à un dangereux niveau
de violence (irruptions dans les mairies, pressions sur l'administration,
etc.)
C’est
une petite brève parue dans Le Figaro qui a provoqué
la colère des ouvriers. À Mardyck, dans
le Nord, les 385 salariés de la raffinerie Total,
les 450 entreprises de sous-traitance (soit plus de
600 travailleurs, dont beaucoup en intérim),
ainsi que les ouvriers des usines situées autour
de la raffinerie se sont pris un coup sur la tête.
« Pour le moment rien n’est encore officiel,
mais Total s’apprête
à trancher pour
sa raffinerie des Flandres,
située à la périphérie de
Dunkerque »,
écrit Le Figaro.
« Rien d’officiel » ? - «
Tout est prêt, l’usine est prête à
être démontée. On nous a dit de
finir nos dossiers et de cesser les projets »,
témoigne un ingénieur, loin de la raffinerie.
Il confirme ainsi que des quatre hypothèses avancées
par la direction (maintien du site, fermeture, mise
en cocon ou transformation en dépôt), celle
de l’arrêt définitif est plausible.
« Ils veulent fermer la raffinerie des Flandres
car elle n’est pas assez rentable. Il y a deux
(...) ans, les bénéfices étaient
(...) conséquents, mais avec la chute de la consommation
d’essence, qui est bien réelle, le groupe
perd de l’argent avec cette unité. »
Produisant 7 millions de pétrole brut par an,
celle-ci est la dernière construite en France,
dans la foulée du premier choc pétrolier
de 1973.(...)
Le groupe Total, dont la raffinerie des Flandres était
en « arrêt conjoncturel »
depuis le 15 septembre 2009, a donc choisi le quotidien
de Serge Dassault pour « tester »
la réaction syndicale à une éventuelle
fermeture de cette unité.
Le lendemain de cet « indiscret
», repris instantanément par l’AFP
puis par les radios, les salariés de la raffinerie
des Flandres entrent en
grève. Ils sont suivis
par les salariés de la quasi-totalité
des six raffineries françaises de Total.
Habituellement dociles, les salariés de Mardyck,
syndiqués à moins de 20%, sont indignés
par le « flou » dans lequel les
patrons les laissent. 300 d’entre eux ont décidé
le 13 janvier d’envahir
des locaux de la direction. (...): «
La situation n’est pas simple et l’analyser
prend du temps (…). Je me sens désemparé
face à votre cri du cœur, mais non, je n’ai
aucune réponse », leur a répondu
Éric Guillotin, le directeur du site [1].
« Manque de marge»?!:
12,2 milliards d'euros
de bénéfices!
L'« or noir »
sera exploité pendant encore plusieurs décennies,
(...mais) l’avenir du raffinage en France
est (...) compromis. (...)Le groupe Total a réalisé
en 2008 des bénéfices records : 12,2 milliards
d’euros. Le prétexte du « manque
de marges » est assez difficile à
digérer.
« En trente-cinq ans de travail ici, je n’ai
jamais vu une direction aussi autiste »,
confie Didier Demuyter, l’ancien secrétaire
de la CGT, aujourd’hui retraité. «
Christophe de Margerie, directeur général
de Total, est le financier de Desmaret : son objectif
est de faire plus de fric, un point c’est tout.
» Pour l’ancien syndicaliste, la décision
de Total est directement liée aux futures
taxes dont devront s’affranchir les groupes
les plus polluants. «
Total ne veut pas payer les taxes écologiques
européennes qui lui tomberont bientôt dessus,
comme la taxe carbone.
L’entreprise préfère aller
là où on extrait le pétrole brut
et où les charges sont les moins élevées,
pour conserver et augmenter ses
marges. » (...). «
Ça aura un coût terrible pour la région.
Total est extrêmement lié aux entreprises
du coin et, mine de rien, l’entreprise finançait
beaucoup de projets. Ça va faire mal au tissu
économique mais aussi social [2]. »
À Dunkerque, 20 000 emplois sont liés
à cette industrie.
Lutte des classes et "développement
durable": les
"seigneurs de la guerre"
de la bourgeoisie socialiste
du nord à la manœuvre!
« Il y a dix ans, on disait que Total faisait
7 à 8 milliards de bénéfices. Mais
c’étaient des francs. Aujourd’hui
le groupe fait 12 milliards de bénéfices,
mais ce sont des euros ! Jusqu’où ira cette
logique du profit à tout prix ? »,
s’indigne Marcel Croquefer, délégué
CGT Chimie. Il a réussi à faire entrer
quelques 60 salariés de Total et d’autres
entreprises dans les locaux de la Communauté
urbaine de Dunkerque (CUD) pour exiger un moratoire
sur l’avenir de la raffinerie.
Face à eux, en ce 19 janvier, dans la salle
de conférence aux couleurs blafardes, quatre
pros de la politique locale. Tous au service de Michel
Delebarre, maire de Dunkerque depuis 21 ans,
président de la CUD, député (PS),
sept fois ministre (entre 1984 et 1993)…
Le « prince »
de Dunkerque a son dada
: les énergies renouvelables et le développement
durable. Alors que Dunkerque détient
le record de la plus grande densité de sites
Seveso en France (15 !) et du nombre de cancers
professionnels, mais aussi un nombre impressionnant
de victimes de l’amiante
[3]. En 1996, la ville signait la Charte d’Aalborg
(Charte adoptée par les participants à
la Conférence européenne sur les villes
durables d’Aalborg, Danemark). En 1997, Dunkerque
a accueilli la première centrale éolienne
française de production d’électricité,
à Mardyck. Un champ de 45 hectares, capable d’alimenter
une ville de 15 000 habitants et géré
par… le groupe Total.
Ce soir-là, à la CUD, tous les amis de
Michel Delebarre ont juré
« partager les analyses des syndicats
de Total ». L’un promet de
« manifester avec les syndicats le 1er février
à La Défense », un autre de
« distribuer des tracts avec les syndicats ».
Et de railler ces «
patrons-terroristes », selon
l’expression de Marcel Croquefer (CGT). Claude
Nicolet, assistant parlementaire du député
Christian Hutin (groupe Socialiste, Radical, Citoyen),
parle de son côté de raffermir les liens
« des partis politiques de gauche avec le
mouvement ouvrier » et se demande si la
« lutte des classes n’est pas en train de
refleurir à nouveau dans un merveilleux bouquet,
mais qui ne profite qu’à quelques-uns »,
au micro de Delta FM, la radio locale. On est à
deux doigts de chanter l’Internationale. Les élus
se savent impuissants face à un groupe comme
Total, mais dans leurs mots et leurs regards, font
semblant d’être du côté des
ouvriers. Total fera ce qu’il
a décidé de faire. Dunkerque est ainsi
: colonisée par l’industrie qui fait la
pluie et le beau temps, quoi qu’en disent les
« élus du peuple ». (...)
En face de la raffinerie, sur
un des quinze sites Seveso que compte le port, des palettes
et des pneus brûlent. La fumée
lèche les vitres des bureaux de la direction,
qui redoute une séquestration.
Les portraits des dirigeants de la société
sont détournés sur des affiches du film
Asterix & Obélix (« ça va
être votre fête ! ») et
le visage moustachu de Christophe de Margerie est incrusté
dans le corps d’un nabab aux tétons percés
de boucles d’or et au torse couvert de médailles
clinquantes. (...) Pour beaucoup,
le « choix » se fera entre chômage
et mutation au sein du groupe, chez Total ou ses gros
sous-traitants comme GDF Suez ou Vinci. Si la raffinerie
devient un dépôt, ce seront quelques dizaines
d’emplois tout au plus qui seront conservés.
Dunkerque a déjà connu une longue période
de chômage partiel avec ArcelorMittal, Ascométal,
Valdunes, Tim... Et une vague impressionnante de suppressions
d’emplois industriels en 2009 (Betafence, Aluminium
Dunkerque - groupe Rio Tinto, Rexam, Isocab - groupe
ThyssenKrupp...). La crise a fortement impacté
cette ville industrielle : le chômage y a augmenté
de 17 % entre mars 2008 et mars 2009. La fermeture de
la raffinerie aura un impact réel sur les entreprises
du tissu industriel dunkerquois, déjà
fragilisé par une année de «
crise financière ». Polimeri Europa
(polyéthylène et plastiques), ArcelorMittal
(acier), Lesieur (huiles)… Beaucoup d’usines
avaient bâti des synergies avec la raffinerie.
Il va désormais leur falloir trouver du «
jus » ailleurs. Ce qui aura forcément
un impact sur leurs comptes.
(...) D’autres évoquent un avenir avec
les énergies renouvelables. Le groupe Total,
via la filiale Total Energie (possédée
à 35% par Total et 45% par EDF), participe au
capital de deux sociétés spécialisées
dans le photovoltaïque : Photovoltech produit des
cellules photovoltaïques à partir de silicium
cristallin et Tenesol des systèmes photovoltaïques.
Du coup, comme les dirigeants ont évoqué
une « activité parallèle »
pour les victimes de son plan social, les salariés
sentent le vent du « durable »
souffler dans leurs oreilles. « On a quand
même une belle façade maritime ici, les
énergies renouvelables, parlons-en ! Il y a l’éolien,
mais il parait que c’est pas beau dans le paysage.
Il y a l’hydrolien (éoliennes de mer qui
fonctionnent avec les courants marins), mais les fonds
marins sont déjà encombrés avec
les câbles. En fait, il y a toujours quelque chose
qui ne va pas. On ne sait pas ce qui va se passer mais
on a l’impression qu’on ne va pas finir
notre carrière dans le raffinage »,
souffle un agent instrumentiste qui a barré au
feutre rouge le mot «
Total » sur son manteau d’hiver.
Christophe, 37 ans, calaisien d’origine, travaille
à l’inspection de la raffinerie depuis
dix ans. Son métier consiste à superviser
la distillation du pétrole brut dans les grandes
cheminées de production. En haut, c’est
le GPL, au milieu, le gazole et en bas, restent les
résidus retraités qui sont revendus à
des dizaines d’entreprises avoisinantes, comme
Polimeri, Lesieur. « Le pétrole, il
y en a encore, dit-il. On ne conteste pas le fait que
les stocks diminuent et que l’or noir est de plus
en plus rare. Mais que l’on ne vienne pas nous
dire qu’il n’y en a plus et que c’est
à cause de ça qu’on se retrouve
sur le carreau. Dans ce cas-là, pourquoi est-ce
que Total construit une méga-raffinerie à
Jubail ? »
Le groupe pétrolier a lancé en 2006 la
construction de la « méga-raffinerie
» du XXIe siècle, dans la ville de
Jubail, en Arabie Saoudite.
Un investissement de 9,6 milliards de dollars, en partenariat
avec Saudi Arabian Oil Company (Saudi Aramco). Avec
une capacité de 400 000 tonnes par jour, cette
unité, qui doit entrer en fonctionnement fin
2011, permettra à Total de continuer
à raffiner du pétrole, plus près
des lieux d’extraction... Tout en tenant des discours
« écologiques » en France.
Délocaliser la pollution
et les émissions de CO2
Pour Total, qui reste un des plus gros pollueurs français
de la planète, avec ArcelorMittal et EDF (tous
trois sont présents dans le port de Dunkerque),
l’opération pourrait bien ressembler à
du green-washing. Ou du moins à un contournement
des règlementations internationales :
fermer des raffineries françaises, où
le groupe est exposé depuis le protocole de Kyoto
à des quotas d’émissions, pour les
délocaliser en Arabie Saoudite, pays
« du sud », qui n’est pas
concerné par les réductions des émissions
de gaz à effet de serre. Cela permet en tout
cas au groupe de continuer à marteler un discours
éco-responsable aussi inique que mensonger :
« Tout en poursuivant la croissance de ses
activités, Total a la volonté de contribuer
à l’effort international de lutte contre
le changement climatique. Le Groupe s’inscrit
dans l’esprit du protocole de Kyoto sur le long
terme et poursuivra les efforts réalisés
pour atteindre ses objectifs volontaires de maîtrise
des émissions de gaz à effet de serre
», peut-on lire dans un document mis en ligne
par le groupe. « L’esprit »
du protocole de Kyoto (s’échanger
des droits à polluer) convient donc assez bien
à Total, qui polluera moins en France, mais davantage
en Arabie Saoudite, en toute légalité.
« On n’a qu’une terre, non ? C’est
pas comme un ordinateur qu’on peut débarrasser
d’un virus ! », s’insurge Christophe.
Accepter une mutation à Jubail ?
« Pour rien au monde », répond-il,
la face rougie par les
lancers de pneus dans le brasier.
« Imaginez-vous : on est des centaines à
avoir notre vie ici, nos femmes ont des emplois ici,
on a des crédits sur le dos, pour la voiture,
la maison... et on nous demande d’aller travailler
sur un site complètement parqué, en vase
clos, comme les vieilles cités industrielles,
le tout sous barrage militaire ? Non merci ! »
Pour lui comme pour ses collègues, une seule
solution : forcer Total à revenir sur sa décision,
en continuant de bloquer les entrées et les sorties
de produits pétroliers.
(D'après un excellent reportage de Julien
Brygo)
Notes
[1] La Voix du Nord, 13.01.10
[2] Le sponsoring du Basket Club Maritime (BCM), l’aide
à l’association Les papillons blancs, association
philanthropique de Dunkerque… le pétrolier
a toujours aimé se poser en faiseur de bien,
à l’image des grandes entreprises paternalistes,
Péchiney et consorts, qui ont émaillé
l’histoire de la cité nordiste. Dernière
opération de lavage d’image : la rénovation
de la façade des Bains dunkerquois, un bâtiment
centenaire à l’entrée de la ville.
[3] La ville compte au moins 700 victimes de l’amiante,
rien que chez les dockers. La Communauté urbaine
est aussi celle qui touche, en France, le plus d’argent
issu de la taxe professionnelle. Malgré ce sombre
tableau, Dunkerque accueillera en mai prochain la 6e
Conférence européenne des villes durables.
[4] Le jugement sera rendu fin mars 2010
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PCF:
Marie-George s'interroge
(Rappel de l'éditorial en Une
du 25 mars 2010 -et suite...)
Femme
du peuple, toute simple, "claire dans sa tête",
et courageuse, elle a redonné au vieux Parti l'image
que les outrances en zigzags du brave Marchais, puis les dégoûtantes
compromissions de l'ex-communiste Robert Hue, avaient quelque
peu brouillée. Dépourvue de toute ambition personnelle
et de toute soif de pouvoir, elle espérait pouvoir se
retirer sur la pointe des pieds après les deux encourageants
succès électoraux du Front de gauche -succès
tactiques pas encore transformés en véritable
stratégie...- et surtout l'élan donné au
processus de recomposition de la classe ouvrière par
toute une génération de syndicalistes communistes,
issus souvent de la RATP, d'EDF, du Livre ou de la Poste, fer
de lance de la solidarité active avec les noirs
des soutes en lutte "pour
les papiers et pour la dignité"
- un combat "contre l'apartheid",
exemplaire, absolument central, bien loin d'être
terminé, répondant clairement à
la question de savoir qui est le sujet majeur de la lutte politique
en France: le plus pur prolétariat, dans la définition
de Marx actualisée dans le contexte post-colonial
de l'impérialisme pourrissant, "à l'agonie".
- A condition que ce prolétariat, qui est aussi
celui de la précarité des banlieues bigarrées,
sache s'unir avec l'ensemble de la classe ouvrière moderne,
élargie aux employés, techniciens, et cadres
au moins techniques, et trouve, pour cette union,
des interlocuteurs qualifiés, des "passeurs":
les ouvriers communistes des secteurs centraux de l'économie
moderne, qualifiés, organisés et syndiqués.
Mais
l'entrée en dissidence ouverte d'une des figures les
plus respectées du Parti, Jacqueline Fraysse,
l'ancienne maire et toujours députée communiste
de Nanterre (92), cardiologue de haut niveau et, par ailleurs,
connue pour son engagement irréductible au côté
de la Palestine
en compagnie de son ami et camarade Sadok Ben Mabrouk (l'ancien
porte-parole "mao"
de la rébellion des OS. de Renault-Billancourt en 1968-72,
avec Pierre Overney),
vient aujourd'hui démontrer que la "désignation"
de Pierre Laurent, fils de Paul Laurent comme
"probable" successeur de Marie-George, qui
avait semblé être accepté sans trop de problèmes
comme "pape de transition", grince
et même coince.
Jacqueline Fraysse est en effet co-signataire
d'un texte également rédigé par les opposants
"rénovateurs" habituels Patrick Braouzec,
François Asensi ou Roger Martelli, mais aussi par des
"dissidents de la dissidence" comme les
"déçus de la "gauche communiste"
Patricia Latour ou Francis Combes (Aubervilliers), et,
par ailleurs, l'ancien directeur de L'Humanité Pierre
Zarka.
L'appel lui-même, disponible par exemple
sur ce
site gauchiste de Malakoff, ne tranche pas par la profondeur
de ses vues sur les productions habituelles des "refondateurs"
- courant plus réactif que créatif,
animé par les récurrentes poussées d'urticaires
suscitées, chez les notables du Parti, par des pratiques
autoritaires issues de la grande époque du "communisme
militaire", dévoyées en bureaucratisme
banal par une formation devenue électoraliste, comme
les autres....
La présence en cet équipage du
sympathique "Pierrot" Zarka
n'est pas non plus un scoop. Aimé des jeunes cadres du
PCF des années 1980 pour avoir remis sur pied une organisation
des Jeunesses Communistes
digne de ce nom, c'est à dire musclée, en particulier
à l'occasion d'une campagne vigoureuse pour la libéation
de Nelson Mandela et le combat contre l'apartheid, Zarka avait
ensuite déçu ses plus chauds
partisans, quand, adoubé par Marchais lui-même
pour deveni, en 1993,
le nouveau "numéro 1" du Parti communiste,
il était resté tétanisé, incapable
de réagir, devant une furieuse campagne
"complotiste"
lancée dans la presse socialiste (Le Canard, Libération,
Le Monde) pour torpiller cette "pré-décision".
Ce fut la honteuse opération "rouge-brun",
désignant comme "nazis-communistes"
une bonne poignée de responsables du PCF, proches
du journal L'Idiot International du regretté
Jean-Edern Hallier - et, pour la plupart, d'origine juive,
mais "coupables" d'antisionisme:
parmi eux, Marc Cohen, ami de Zarka, Francette Lazard et...Henri
Krasucki (comme "rouge-brun",
on peut faire mieux: il était l'ami, effectivement, de
Jean-Edern Hallier, comme de Jacques Verges, et le discret protecteur
de L'Idiot auprès de Georges Marchais, lui-même
lecteur assidu de cet ébouriffant brulôt, imprimé
et diffusé dans les manifs de la CGT
avec la bénédiction de l' "andalou"
Roger Lancry,
"patron" du syndicat du Livre - un des rares
sépharades du "complot", avec Zarka
lui-même.
C'est Robert Hue,
ravi, mais tout surpris, qui, héritant d'une responsabilité
bien supérieure à ses capacités réelles,
allait bénéficier, in extremis, de la croisade
anti-Zarka - à qui le principal intéressé,
connu également, à l'époque, pour ses convictions
très "anti-Maastricht",
anti-mondialisation, et "bleu-blanc-rouge",
proches du"souverainisme de gauche" et même
du gaullisme historique alors aimanté par Charles Pasqua,
n'allait pas parvenir à résister, refusant le
combat pour des jeux d'appareil où allaient le piéger
quelques "vieux crabes" rescapés des
réseaux soviétiques à l'intérieur
du PCF, eux-mêmes non dépourvus de préjugés
racistes anti-juifs, et peu enclins à
laisser le parti français sur une ligne "bien
française", patriotique et donc indépendante
de Moscou comme de Bruxelles ou
Washington!...
1993:
c'est de l'histoire ancienne. Depuis, "PZ"
, durablement déprimé, désorienté,
a dérivé du côté des "refondateurs",
"opportunistes de droite", qu'il combattait alors
avec la dernière énergie. Pas plus que le chaleureux
breton du "9-3"
Patrick Braouzec,
qui annonce carrément un départ du Parti ne constituant
plus une surprise pour personne depuis son éviction de
la tête de liste en Île de France, ou l'excellente
Jacqueline Fraysse
- restée vraie militante de terrain, proche des militants
de base - il ne peut espérer représenter
une quelconque alternative.
Car une
alternative, à l'intérieur du PCF, est avant toute
chose une alternative sur les pratiques, avec un renouvellement
radical des priorités de fait, toujours actuellement
attachées au militantisme... électoral, lourd
de dérives opportunistes et clientélistesne. Une
"autre politique" , certes, éminemment
souhaitable, ne saurait s'appuyer que sur les
militants ouvriers, prolétariens, du PCF - ou
dans les marges du PCF... A condition que ceux-ci décident
de la considérer maintenant comme une urgence, puisqu'après
tout une direction "centriste", donc, par
nature, faible, a, certes, pour inconvénient de ne pas
esquisser la moindre perspective stratégique,
mais pour avantage, symétrique, de ne pas "emmerder"
ceux qui, à la pointe des luttes effectives, pensent
avoir encore du temps devant eux avant de se mettre à
débroussailler les contours d'une analyse du monde
réel - un monde où l'impérialisme de
"superpuissance", entré dans une agonie
qui est une agonie longue, laisse place à une grande
variété d'expériences "émergentes",
vers un "au-delà du capitalisme" qui,
effectivement, se dessine ou s'esquisse - hors
de tout chemin tracé.
Les communistes peuvent donc se permettre une
transition, tiède et fade. Mais l'accélération
de la crise de décomposition du Sarkozisme leur en laissera-t-elle
vraiment le temps? Ou va-t-il leur falloir se lancer,
dès maintenant, dans une "analyse
concrète de la situation concrète",
en France et dans le monde, seule démarche qui
vaille pour débattre sérieusement des enjeux politiques?
C'est tout de même la question qui se
pose.
25 mars 2010.
Qi
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Suicides
au travail:
Renault
condamné!
"C'est aussi un message à tous les employés:
"n'acceptez pas, battez-vous" (Sylvie, veuve
d'Antonio, cadre chez Renault au fameux "technocentre"
de Guyancourt, après avoir obtenu la condamnation de
l'entreprise pour le suicide de son mari. Il s'était jeté
du cinquième étage, sur son lieu de travail même,
où il ne supportait plus le "management
par la terreur" - extension au monde des ingénieurs
et techniciens des méthodes du nazi Ford brisées,
à l'Île Seguin, et dans les principaux ateliers de
Billancourt, par les
O.S.arabes, compagnons de Pierre Overney (assassiné en 1972,
vengé en 1977)... |
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actualité
du mouvement communiste |
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Contrairement à toutes
les autres, dans ce dossier "suicides",
l'image ci-dessus n'est pas satirique.
Elle montre un technicien de France Télécom
en plein travail. Un superbe métier, dangereux
et difficile. Qui mériterait d'être organisé
par une hiérarchie responsable et compétente,
respectueuse de la "valeur travail". Ou
qui, mieux encore, , comme dans tout service public
digne de ce beau nom, et dans toute entreprise moderne
digne de ce nom, lui aussi magnifique, mériterait
d'être placé sous "contrôle
ouvrier": une notion
historique, qui n'a rien d'archaïque, mais
suppose une place déterminante des travailleurs
et de leurs représentants, et avant tout des
ouvriers, dans l'organisation même
du travail, dans son contenu. |
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