Grève pour les papiers 2008:
ici / Suite: ici
Janvier 2010 ici
Février 2010 ici
Mars 2010: ici Avril
2010: ici Mai 2010: ici
|
Sommaire
de cette page
"ouvriers
en grève pour les papiers 2010"
- Le piquet d'ocupation devant l'Opéra
Bastille s'est remis en place aussitôt après l'expulsion
policière du 3 juin. Il a besoin de soutien:
L'appel de
FLORENCE:ici-
Après l'attaque violente d'une "bande"
de casqués en civil contre les grévistes de la boîte
d'intérim Multipro, à Paris, la décision d'une autre
société de "marchands d'hommes" exploitant
elle aussi des "sans papiers", STN, à Aulnay-sous-Bois
(93),violant une décision de justice et recourant à des
vigiles aidés de chiens pour expulser les grévistes démontre
l'acharnement du patronat le plus négrier, multipliant les provocations,
dangereuses, par crainte d'un compromis négocié.lire
ici
| |
Pour renforcer la solidarité,
un appel commun de syndicalistes, d'intellectuels et de cinéastes:lire
iciAu
cabaret l'Européen, rue Biot, près de le place de Clichy,
à Paris, ce samedi 20 février 2010, marqué par
une belle prestation des chantants rouges de
"Jolie Môme", la
CGT en a précisé l'annonce officielle: des négociations
s'ouvrent dès cette semaine avec le Medef,
mercredi, prélude à une rencontre avec le ministre
du travail, Xavier Darcos.Vers un compromis
négocié de fin de conflit? ICI
|
| |
|
(Rappel
de l'édito en Une du dimanche 21 février 2010)
Bouygues et
les grands rapaces du système d'exploitation colonial s'accrochent
encore. Mais Veolia, la CGPME, et de nombreux employeurs du secteur de
l' "aide à la personne" envoient des signes
clairs, vers l'ouverture d'une négociation directe avec les 6000
grévistes "pour les papiers et la dignité", dont
la rébellion tranquille, au cinquième mois, ébranle
tout l'édifice patronal. Au point que le MEDEF lui-même,
au bord de la crise de nerfs, propose une rencontre, ce mercredi. Et le
pouvoir est nu...

C'est au cabaret l'Européen,
place Clichy, grâcieusement ouvert, ce samedi, pour une
fête de soutien animée par les joyeux drilles de
"Jolie Môme"
(ci-dessus), en présence d'un public nombreux, et de représentants
des grévistes comme Grace
(ci-dessus), salariée CGT sans papiers de l'"aide
à la personne" et oratrice d'exception
(une des nombreuses révélations militantes de ce mouvement
historique) que l'ancien lycéen breton
de mai 1968 Raymond Chauveau, devenu
syndicaliste à la RATP, puis l'un
des principaux coordinateurs CGT du mouvement,
au côté, notamment, de ses camarades du prometteur
PCOF (Parti Communiste des Ouvriers de France,
né sous l'influence de la Révolution
Culturelle de Mao) en a fait l'annonce officielle. - Après
une longue navigation solitaire sur la mer démontée d'une
"lutte des classes" revenue à ses fondements
les plus prolétariens, et
portée, de ce fait, par les vents favorables d'un très
large de mouvement de soutien (78% d'approbation des
Français), la galère des soutiers sans papiers peut
enfin crier "Terre!, Terre!", à la
vue, dans le ciel, des premiers vols de goélands ou d'albatros,
signes annonciateurs de la présence, au loin, de ce qui
peut n'être qu'une Île offerte à leur longue peine
pou une halte provisoire, un peu d'eau fraîche et de repos, mais
est peut être aussi une première terre ferme au bout de l'aventure,
Continent de la Liberté.
(suite de l'éditorial
ci-dessous)
|
Les
militants du (fort) comité de soutien du XVIIème
arrondissement de Paris, force invitante, avec une importante
participation de sympathisants du syndicat SUD,
groupés autour des cheminots de SUD-RAIL, fer de
lance du soutien à la grève, ici, avec l'Union Locale
CGT du XVIIème sous la houlette de la truculente Fabienne,
et de sa casquette, ont ouvert le bal en rappelant le passé
ouvrier, aujourd'hui, occulté, de ce "beau quartier"
de Paris à tort réduit à son joyau "vert"
de grand luxe (le Parc Monceau et les immeubles bourgeois qui
l'entourent, où vit, notamment, le général
Gallois).
Le XVIIème, en efet, fut longtemps un foyer
de luttes ouvrières impulsées par les cheminots des
gares proches, avec une tradition anarchiste prolétarienne,
marquée, bien éloignée de l'anarchisme petit-bourgeois
des enragés amers et sectaires de l'époque actuelle.
C'est donc en fils, lointains, d'une riche tradition
de lutte que les ouvriers en grève pour les papiers
du chantier de construction...de la crèche municipale du
XVIIème, jouxtant la mairie elle-même, ont obtenu à
l'arraché neuf régularisations sur douze
- luttant encore, à ce jour, pour celle"des trois
jeunes", dont les anciens grévistes ayant repris
le travail financent intégralement
la poursuite du combat. Solidarité, vous dit-on.
- Solidarité? Comme l'expliquent Toure,
porte-parole des grévistes du XVIIéme, ou
Abdoulaye, les maîtres-chiens assurant -
sous faux-papiers - la tranquillité des voyageurs de la SNCF,
"n'ont pas perdu un seul centime au cours de plusiers
mois de grève" - aujourd'hui, pour eux,
victorieuse. "C'est pas tous les
Français qui sont racistes.Les Français ne sont pas
racistes. Ils ont le cœur limpide comme de l'eau. Merci, merci,
mille fois merci.!

Grace, qui fait jaillir des
larmes d'émotion dans les yeux des plus endurcis des militants
en évoquant les vieilles dames qu'elle-même et ses
camarades sans papiers du secteur de "l'aide à
la personne" assistent, réconfortent et
sécurisent "comme nos propres grands-mères",
et suscite un autre moment poignant, quand elle évoque, dans
un cri de colère puissant qui n'a ren d'un gémissement
plaintif "nos sœurs femmes de service violées,
tard le soir, sur le lieu de travail, oui, violées!",
utilise toutes les ressources d'un talent d'oratrice issu, peut-être,
de la fréquentation de ces messes "à
l'Africaine" qui n'ont rien de "messes noires",
mais ont donné naissance à la rythmique engagée
des "gospels":
"Les grévistes
présents dans la salle, levez-vous! Les grévistes,
pas les autres! Les noirs, oui,
levez-vous!" - Un peu interloqués,
comme nous tous, ils se lèvent, par dizaines, souvent engoncés
dans leurs cirés de travail qui les rendent encore plus massifs
qu'au naturel.."Tendez à la main à
ceux qui nous ont soutenus, et qui sont là, assis, venus
nous soutenir encore!..." Et une forêt
de mains noires se tend vers une forêt de mains blanches.
Et Grace, maîtresse de cérémonie parfaite
dont nous avions déjà découvert, à l'imposant
rassemblement du gymnase Carpentier, le visage énergique
tendu par une volonté farouche portée par une foi
inébranlable, autant que la maîtrise gestuelle et rhétorique
de "pasteur d'âmes",
reprend... la main très vite. "Cette étiquette
de "sans papiers" nous n'en
voulons plus! L'esclavage caché, nous n'en voulons plus!Nous
tiendrons un an s'il le faut".
- Un an, au cinquième mois déjà,ce
ne sera peut-être pas la peine.C'est en tout cas ce que laisse
entendre le coordinateur CGT Raymond Chauveau, qui partage, ce samedi,
"la pole position au hit parade" (prolétarien)
avec le rugueux dirigeant de SUD-Rail
Dominique Malvaud, récipiendaire d'un hommage
superbe des maîtres-chiens régularisés de Saint-Lazare,
son fief.
"En face, poursuit Raymond, ils
perdent leur sang-froid.En ce moment même, ils sont encore
en train d'organiser des expulsions de piquets de grève.
A Multipro hier soir (vendredi), ils ont suscité
une bagarre avec une partie des vigiles. Mais c'est parce
qu'aujourd'hui le mur est en train de se fissurer. Avec
les 11 organisations qui coordonnent le soutien unitaire, nous tenons
réunion sur réunion, et nous avons rassemblé
l'ensemble des délégués des grévistes,
hier: car il y a du nouveau, les organisations patronales
sont d'accord pour dire "OK,
on lâche l'éponge", régularisation des
travailleurs sans papiers"...La CGPME
nous a contactés pour dire son accord avec un processus d'accompagnement
de la régularisation des travailleurs sans papiers...VEOLIA
nous a adressé des signes allant dans le même sens...VEOLIA,
vous imaginez...Dans le secteur de l'aide à la personne,
la tendance est la même...Et nous avons un rendez-vous
avec le MEDEF lui-même le 24 à 9 heures, sur le sujet.
C'est la première fois. Une rencontre avec Darcos
(le ministre du travail, écarté jusqu'ici du
dossier au profit du douteux spécialiste "de l'immigration
et de l'identité nationale") est imminente,
juste après le Medef. Il faut donc renforcer
l'unité."
Si une vraie
négociation commence, dessinant le croquis d'un accord négocié,
le gouvernement sera nu - pris au piège d'une politique aussi
colonialiste qu'électoraliste d' "immigration
choisie", qui ne visait pas
seulement, on le voit, à piller les cerveaux
de l'ancien "Tiers Monde" aujourd'hui
redressé, devenant Centre du Monde, après
avoir sucé le sang des combattants et épuisé
les bras d'une force de travail vivace arrachée aux peuples
de ces pays ainsi condamnés à un sous-développement
organisé, mais qui visait
aussi, ce conflit historique en a fait la démonstration
éclatante avant même d'avoir définitivement
fait exploser cette politique, à "choisir"
au profit des nouveaux négriers du BTP, et même
de la sécurité, de la restauration, et de l' "aide
à la personne", toute une population d'esclaves
exilés, voués à un statut qu'on pouvait croire
éternel de "sans droits", "sans
papiers", "sans statuts"..
Et tous ceux
qui redoutaient, à l'extrême-droite, ou espéraient,
à l'ultra-gauche trotskiste et/ou "libérale-libertaire",
qu'une vague de régularisation par le
travail, si elle finissait par prendre un caractère
massif (ce qui est loin, à ce jour, d'être acquis)
provoquerait "un irrésistible appel d'air",
aspirant vers l'Europe, et d'abord, vers la France, de nouveaux
flux, irrépressibles, de réfugiés
du non-travail, vont en être pour leurs
frais.
Car une telle régularisation, arrachée
par les intéressés eux-mêmes, par l'action prolétarienne,
et par la grève, et réveillant au sein du mouvement
ouvrier de "l'Europe aux anciens parapets"
le meilleur d'une tradition de lutte solidaire, n'a pas
pour seul mérite de re-forger l'unité
d'un monde du travail, et de tout un peuple autour de lui,
qu'avait (presque) mortellement affaiblis les stratégies
politico-patronales de parcellisation, de division, et d'éclatement.
Elle ne pourra que donner aux "monstres froids"
du capitalisme impérialiste d'Etat à la Papa, un
signal fort. Les esclaves ayant
décidé de ne plus l'être, et les "travailleurs
libres" de devenir... authentiquement libres en
se libérant de toute compromission avec le système
d'esclavage lui-même, c'est à une
force de travail unie que le Capital va devoir, désormais,
de nouveau, se confronter: "l'armée de
réserve", coloniale ou néo-coloniale,
c'est fini.
Fin d'une époque. D'une ère.
Qi
|
| |
A tous
pour info et mobilisation :
Après un "jugement
de Salomon", les autorisant à poursuivre
la grève avec occupation des bureaux le jour, mais pas
la nuit, les grévistes de la boîte d'intérim
STN d'Aulnay-sous-Bois (93), qui
respectent la décision de justice, et l'appliquent, se
retrouvent face à un patron qui la
viole, les grévistes de la Société
STN demandent du soutien sur place...
Ce mercredi 24 février 2010, le Tribunal a rendu un jugement
de Salomon, reconnaissant l'occupation du siège de l'entreprise
comme légitime...durant les heures de bureau,
mais pas la nuit. Les grévistes sont rentrés chez
eux, forts du jugement, pour revenir sur les locaux de la
bote ce matin. ils ont trouvé vigiles et chien. Donc impossible
d'entrer. Déjà CGT, CIMADE, RESF , Elus Verts et
élus Communistes sont sur place mais ils ils demandent
du renfort...Passez les voir si vous pouvez :
STN , 124 route de Bondy à Aulnay- sous -Bois.
(Correspondance Aulnay-sous-Bois.)
|
| |
|
Page spéciale STN,
"garde à vue républicaine",
etc.
ici
| ccccccc |
-
Appel -
Qui
veut la peau des travailleurs et travailleuses sans papiers
?
Depuis le 12 octobre 2009, des milliers de travailleurs
sans papiers, soutenus par onze organisations syndicales et
associatives et leurs comités de soutiens , sont en grève
pour obtenir leur régularisation administrative et gagner
leurs droits et leur dû, à l’égal
des autres travailleurs. Commencé par un millier de grévistes,
le mouvement a été rejoint par 5000 autres grévistes.
On peut imaginer la somme de courage et de détermination
qu’il a fallu à ces travailleurs sans droits, parfois
isolés, toujours exploités, sous la menace d’une
expulsion, pour se lancer dans cette grève. Ils entrent
maintenant dans leur quatrième mois de conflit. Certaines
caisses de solidarité sont vides, les dettes de loyers
s’accumulent, ils ne peuvent plus envoyer d’argent
à leur famille, leur moral est parfois en berne. Pourtant,
la combativité est toujours là, alors que certains
ouvriers occupent jour et nuit, dans le froid, leurs lieux de
travail et que d’autres se font expulser, parfois illégalement,
des lieux qu’ils occupent.
Ce mouvement est plus unitaire qu’en 2008 et plus massif.
Il est plus ambitieux aussi car il réclame une véritable
circulaire de régularisation sur la base du travail et
non pas ce que les services de Besson ont produit en novembre,
une pseudo circulaire d’une page, confuse et très
restrictive, accompagnée de quatre pages d’«explications»
qui laissent perplexes certains services préfectoraux.
L’arbitraire des préfectures est encore renforcé.
Pourtant, dans ce contexte, nous ne sommes pas si loin d’une
victoire.
Ce mouvement a fait évoluer le patronat. Beaucoup d’employeurs
ont rangé leur menace de licenciement, des contrats de
travail ont été signés ou requalifiés,
des CDD et CDI arrachés – chose exceptionnelle
en ces temps de précarité organisée et
généralisée. Quelques responsables patronaux
ont aussi interpellé les pouvoirs publics, sachant parfaitement
– et pour cause - que le rôle de ces travailleurs
et travailleuses sans papier est indispensable à l’économie
nationale.
Depuis l’acte I de la grève lancée par la
CGT et quelques actions syndicales précédentes,
la bataille du sens et de l’opinion est en train d’être
gagnée. En plaçant le conflit sur le champ du
travail, en faisant découvrir l’exploitation éhontée
que subissent ces travailleurs, ce mouvement a changé
l’image des sans-papiers et une majorité de l’opinion
publique est maintenant prête à le soutenir aussi
au nom de la justice sociale et des droits de l’Homme.
Le gouvernement est ainsi coincé entre sa politique du
chiffre absurde et dangereuse – objectif de 30 000 expulsions
par an ! - , les réalités économiques et
un vaste mouvement de résistance populaire, à
l’image, par exemple, des actions de RESF. Quelle est
alors sa stratégie ? Le pourrissement, la division et
la répression. Ajoutons que le silence de la plupart
des médias à propos de ce deuxième mouvement
de grève n’est pas sans lien avec la puissance
économique, médiatique et politique du groupe
Bouygues. Face à cette stratégie et vu la situation
dramatique des travailleurs sans papiers, vu aussi la signification
éminemment politique et civilisationnelle de cette lutte
nous appelons à : - Redoubler d’effort financier
en solidarité avec les travailleurs sans papiers .
- Rompre le silence médiatique, notamment en sollicitant
les artistes et intellectuels, nombreux, qui veulent soutenir
ce mouvement.
- Placer ce combat au centre de nos pratiques syndicales, citoyennes
et politiques, dans un esprit unitaire, rassembleur et combatif.
Signataires
au 26 février
2010,
midi:
Paul Astre (syndicaliste), Josiane Balasko (actrice et réalisatrice),
Jean Bigot (producteur de films), François Bon (écrivain),
Sébastien Chatillon, (Sud-Rail, gare de Lyon), Jean-Paul
Cruse, journaliste, écrivain, Paris, Richard Delumbée
(syndicaliste Montreuil), Maurice Failevic (réalisateur),
Noëlle Gérôme (ethnologue),
Denis Gheerbrant (cinéaste), Laura Laufer (critique de
cinéma), Gérard Mordillat (écrivain et
réalisateur), Bruno Muel (cinéaste), Gérard
Noiriel (directeur d’études EHESS), Michel Pialoux
(sociologue), Patrick Picard (secrétaire général
de l’UD CGT de Paris)
Michel Pigenet (professeur d’histoire contemporaine à
Paris 1), Tangui Perron (historien), Marc Perrone (musicien),
Jean-François Téaldi (grand reporteur, secrétaire
général SNJ-CGT Audiovisuel), Bernard Pudal (professeur
de sciences politiques à Paris X), Marcel Trillat (journaliste
et réalisateur), Pierre Trividic (réalisateur),
Alain Ruscio (historien), Georges Séguy (déporté
résistant, ancien secrétaire général
de la CGT), Martine Sonnet (historienne et écrivain)
Frédéric Variot (réalisateur), Olivier
Villeret (secrétaire de l’UD CGT de Paris).
Pour signer cet appel, s'adresser à la rédaction
de ce site, Le Monde Réel (raoni@wanadoo.fr) qui transmettra.
Chèques à
l’ordre de CGT sans-papiers : CGT, 263 rue de Paris, 93516
Montreuil Cedex ou en ligne via RESF : http://www.educationsansfrontieres.org/ |
ccccccc |
|
|
Succédant
à Raymond Chauveau (UL-CGT Massy, 91), le "père"
du mouvement né sous son impulsion dans son coin de l'Essonne,
qui rappelle les 2800 régularisations arrachées au cours
de "l'acte I", en 2008-2009, irinise sur les critiques
théoricistes des marxistes-léninistes universitaires à
la Badiou pour qui ces grèves "réactionnaires"
car n'allant pas à l'essentiel (l'ouverture générale
des frontières au grand vent "libéral-libertaire"
et l'abandon de toute législation sur l'immigration...) "font
le jeu de Nicolas Sarkozy", ce qui ne semmble pas vraiment l'avis
de l'intéressé, de son ami Martin Bouygues, et de sa police...),
voici le "rasta" Adama. Avec ses longues tresses, son
foulard aux couleurs de Bob Marley, et sa façon de s'exprimer doucement,
"cool, man, cool", sans forcer le trait ni la voix,
ce représentant typique de la CGT "nouveau style"
émergeant en force
de ce conflit incroyable, commence par un rappel historique, acclamé:
"Si nous sommes venus en France, c'est que nous sommes issus
des ex-colonies. Et que nous faisons partie des néo-colonisés".Les
acclamations redoublent quend il évoque les "pères",
les "anciens", venus verser leur sang pour la libération
d'un pays qui les avait eux-mêmses opprimés, mais luttait
pour sa propre émancipation nationale, et contre l' "ordre
brun", raciste. "Si nous tenons depuis 6 mois que nous
nous sommes mis en grève, à plus de 6000, c'est qu'il s'agit
d'un combat pour nos libertés et pour nos droits".
Lui succède le cinéaste Laurent Cantet, l'"intellectuel
organique", le Jean-Paul Sartre (en moins phraseur et plus modeste)
de ce conflit emblématique du XXIème siècle
"Nous vous soutenons dans ce combat qui est politique, qui est un
combat moral aussi, nous sommes sûrs que vous irez jusqu'au bout:
et nous serons avec vous jusqu'au bout!"
Après lui, Feng, inoxydable déléguée
CGT des quelque
400 Chinois de
- France
toujours en lutte: "C'est très
dur, et six mois, c'est très long. Mais en restant unis, ensemble
avec tous les travailleurs africains, chinois, et tous les autres, on
va gagner!" -
"Inch'Allah!",
gronde la foule.
Après Feng, la représentante
de Femmes Egalité rappelle que 400 travailleuses
du secteur de l' "aide à la personne" sont
toujours en lutte, avec leur carte de gréviste à jour, s'ajoutant
aux 6263 lutteurs du bâtiment, de l'intérim, de la restauration,
ou de la sécurité...Suit Fofana, puis le
porte-parole de la Cimade, simple et direct, très
"prolo" dans le genre, et Moussa, intérimaire,
mais...permanent du piquet de grève de Croix de Chavaux.
"Nous sommes 1500 intérimaires en lutte sur les 6000 grévistes...Je
m'adresse au patronat de l'intérim, dont les agences du Boulevard
Magenta (nombreuses dans ce quartier des gares) ont dû
presque toutes fermer, tant notre pression est
forte... Nous ne les lâcherons pas...Vidés d'une agence occupée,
nous envahissons la suivante...Sous le froid comme sous le soleil,
nous portond le manteau du courage...La grève jusqu'au bout!"
Le secteur de l'intérim est un
de ceux où un patronat, à bout de nerfs, et financièrement,
presque aussi "au bout du rouleau" que
les grévistes prête une oreille de plus en plus attentive
aux voix qui, jusqu'à l'intérieru de la sphère dirigeante
du Medef, s'exaspèrent de l'attitude butée de Besson-Sarkozy,
et cherchent une issue négociée, rapide.
Suit Grace, le "Martin
Luther King" au féminin du mouvement des travailleuses
de l'"aide à la personne" - avec cette éloquence
particulière, spontanée et savante, propre au pasteurs des
Eglises Noires...Discret badge CGT, rouge vif, de la taille d'une Légion
d'Honneur, sur un strict costume anthracite, comme
 |
| Au micro, Grace. Tout
à droite, "boule de billard", le représentant
de la Cimade, élément fort de la lutte, et Emmanuel
Terray (derrière lui), un des très rares intellectuels
"historiques" des luttes dans le domaine de l'immigration
conscients de l'importance de cette grève et actifs le soutien. |
chaque fois qu'elle prend la parole,
elle galvanise la foule. "Ce n'est pas une question de
flux migratoires, mais un conflit du travail", martèle-t-elle,
lentement."Aujourd'hui, le monde sait. Toute la France sait.
Plus de la moitié des gens pensent qu'il faut régulariser!(...)Nous
sommes ensemble, travailleurs africains et chinois, unis. Nous sommes
forts. Cet esclavage déguisé, nous n'en voulons plus, et
nous allons gagner!"
Francine Blanche, après
elle, seule membre de la direction confédérale de la CGT
à s'investir pleinement dans cette grève depuis le début,
rappelle quelques données de base: come les "17 à
18 mois de grève" qu'il a fallu à un premier contingent
d'ouvriers en intérim pour ouvrir le chemin des premières
régularisations dans ce secteur;comme les "6263 cartes
de grévistes tenues à jour", auxquelles doivent s'ajouter
"les 400 cartes de femmes travaillant dans le secteur de l'aide à
la personne, avec souvent des employeurs individuels, personnes âgées
ou autres, avec qui elles entretiennent les meilleurs rapports, qui souhaitent
ardemment leur régularisation, et contre qui elles ne peuvent pas
faire grève" - total "6500 travailleurs sans
papiers engagés dans le mouvement", avec un soutien de "80%
de la population française", selon les sondages sérieux
les plus récents." - Ce qui signifie, soit dit entre parenthèses,
et cela devrait constituer un sujet de réflexion pour ceux qui
envisagent un élargissement du "Front de Gauche",
que, sur ce sujet emblématique, comme, par exemple, sur celui des
retraites, qui ne l'est pas moins, ou sur celui du retrait des troupes
françaises d'Afghanistan, et, finalement, contre une nouvelle candidature
de Sarkozy, c'est un rassemblement de "deux français sur
trois", solide, qu'il faut travailler à constituer. Il
inclut une partie significative de ce qu'on a grandement tort d'appeler
"le peuple de droite" - puisqu'il n'y a qu'un seul
peuple. "Une partie de nos politiques, y compris,
souligne d'ailleurs elle-même la dirigeante de la CGT, dans
la majorité présidentielle, s'interrogent sur le bien fondé"
de la politique Beson-Sarkozy dans cette affaire. "Aujourd'hui,
conclut Francine Blanche- et, venant d'une personne aussi
responsable et mesurée, c'est lourd de sens - "il y a
des signes qui vont dans le bon sens...De multiples discussions officieuses
sont amorcées ou sont en cours. Par exemple, et c'est nouveau depuis
quelques jours, un début de discussions officielles a lieu entre
nos camarades de la fédération de la Construction et les
interlocuteurs patronax. Des contacts sont prévus la semaine prochaine.
Même chose avec les associations patronales de l'aide à domicile.
Enfin, avec les 11 organisations qui portent cette lutte, nous ançons
un appel aux collectivité territoriales, aux élus municipaux,
pour que ceux qui disent nous soutenir fassent des coix cohérents
dans leurs domaines de gestion, en refusant de signer des contrats avec
des entreprises qui, de leur côté, bloquent la régularisation
de leurs ouvriers sans-papiers, y compris leurs sous-traitants."
Un appel qui, bien évidemment,
ne fait que donner plus de poids, et plus de responsabilités, aussi,
et d'occasions de "mettre les actes en accord avec les paroles",
aux forces politiques sorties victorieuses des dernières élections
régionales, et donc, tout particulièrement, au parti socialiste,
qui, pour la toute première fois, avait envoyé une représentante
s'exprimer au 
| Sandrine
Mazetier (PS): "Nous sommes
ici parce que, pour nous, aujourd'hui, la question sociale est la
question centrale. Et nous rendons hommage à ce mouvement..." |
| |
micro d'un rassemblement des grévistes
pour les papiers - auquel ce parti, et les jeunesses Socialistes, avaient
d'ailleurs, pour la première fois aussi, appelé à
participer (sans mobiliser, hélas, plus de quelques dizaines de
personnes).
Le communiste Pierre Laurent, dont la
position de "successeur désigné" de Marie-George
semble susciter quelques difficultés, plus sur le principe que
sur la personne, se fit remarquer par une intervention brève et
sobre - rompant avec la tradition des discours-fleuves et saluant, très
simplement, l'exemple "d'unité de toute la classe ouvrière"
donné par cette grève.Bref et simple lui aussi, l'orateur
du PCOF, le "petit parti communiste", fils de mai 1968 et de
la révolution chinoise, qui sort grandi de cette grande grève
où on lui doit beaucoup, souligna en quelques mots bien frappés
"l'honneur" que constitue, pour le PCOF, la participation
- en première ligne - à un mouvement tout à
l'honneur de la classe ouvrière de ce pays!"
Dimanche 18 avril
2010. 18 heures. Jean-Paul Cruse |